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http://archive.org/details/lessixliuresdelaOObodi 



LES 




S IX LIVRE 

DE LA REPVBLI- 

CLV E DE I. B O- 



din Angeuin. &■./*-> ^ 



''TTt. . * 



c^ JUON SEIGN EVR T) V FAVR S E /- 

rnettrde Tibrac, Qonfie'&er du Roy enfin priue Çonjeil. 







A PARIS, 

Chez Iacques du Puys , Libraire Iuré 
à la Samaritaine. 



M7 7. 
Auec priuilege du Roy. 



EXTRAÏCT DV PRI- 

uilege du Roy. 

ar lettres patentes du Roy noftre Sire données à Paris du 
ii. Aouft 1 57^. ilgnecs PoufTe-pin , & fceellees du grand 
ceaude cireiaune. Il eft permis à laques du Puys Marchant, 
'V^'^cA Libraire Iuréen l'Vniuerfîté de Paris, d'Imprimer ou faire 
Imprimer, Six hures delà République de çj^faifire Jehan "Bodin. Etdefen- 
fcs à tous autres Libraires &Imprimeurs, d'Imprimer oufaire Impri- 
mer lcfdictsliures pendant le temps & terme de dix ans, comme plus à 
plein appert, & eft déclaré efdidtes lettres. 






PREFACE SVR LES 

SIXLIVRESDELA RE- 

P V B L I QV EDEIEHANBODIN. 

A MO'NSEIGNEVR DV FAVR SEIGNEVR 
de Pibrac,Con(èiller du Roy en Ton priué Confeil. 

V I s-QX E la conferuation des Royaumes & Empires, 
■ & de tous peuples dépend après Dieu,des bons Princes 
& Cages Gouuerneurs 3 c eflbien raifon (Aîonfeigneur) 
quechafcun leurajjiflefoita maintenir leurpuiffance y 
(oit a exécuter leurs Jainéîes loix 3 foit a ployer leurs flu- 
\gets par dits &par efcrits ,quipuijfentreujflrau bien 
eomun de tous en gênerai 3 & de chacun en particulier • 
Et fi cela efltoufiours honefie, ô" beau à toute perfonne, 
maintenant il nous eft neceffaire pluf-que iamais. Car 
pendatque le nauirede noflre République auoit en pou- 
pe le vent agréable 3 on nepenfoit qua iouïrd'vn repos tref haut ferme, & affleuré, 
aucc toutes les farces 3 mommeries 3 & mafcarades quepeuuent imaginer les hommes 
fondus en toutes fortes de plaifirs .Mais depuis quel orage impétueux a tourmenté le 
vaiffeau de noflre République, auec telle violence que le Patron mefmes , & les pilo- 
tes font comme las 3 & recruds d'vn trauail continuel 3 il faut bien que les paffagers y 
preflent la main , qui aux voiles, qui aux cordages 3 qui a l ancre : & ceux à qui la 
force manquer a qu'ils donnent quelque bon aduertiflement, ou qu ils présentent leurs 
vœu^ey 'prières aceluy qui peut commander aux vents 3 &appaiferlatempefle, 
puif-que tous enfemble courent vn mefme danger, ce quil ne faut pas attendre des en- 
nemis qui font en terre ferme, prenans vn fingulier plaifir au naufrage de noflre Ré- 
publique 3 pour courir au bris 3 & qui japieçafe font enrichis du ieéî des chofes les plus 
pretieufes , qu'on fait incefflamment pour flauuer ce Royaume : lequel autre sf ois a eu 
tout l'Empire d'Âlmaigne,les Royaumes d' Hogrie 3 d' Eflaigne 3 & d'Italie 3 & tout 
lepourpris des Gaules iufques au Rhin Joubs lobeïjjance défis loix : & ores qu'il efl 
réduit au petit pied 3 ce peu qui refle efl expofé enproye 3 par les fliens mefmes 3 & au dan- 
ger deftrejroijjéybrifé entre les roches perilleufes } [î on ne met peine de getter les ancres 
facrées 3 affin d 'aborder ,apre s l or ave, au port de falut,qui nous efl moflrédu Ciefauec 
bone eflerance d'y paruenirjî on veulty ajhirer. C'eflpourquoy de mapart 3 ne pou- 

a ij 



PREFACE 

uant rien mieux 3 ïay entrefris le difeours de la Republiq ue 3 &en langue populaire, 
tantpource que lesfources de la langue Latine font pre (que taries , & qui ficheront 
du toutji la barbarie caufee parles guerres ciuiles continue 3 que pour eflre mieux en- 
tendu de tous François naturels'.le dy ceux qui ont vn defir 3 & vouloir perpétuel de 
voir l'eflat de ce Royaume en fa première fllendeur fleuri fiant encore s en armes 6f en 
loix'.ou s'il eflainfi qu'il n'y eutonques 3 & riy aura iamais Republique fi excellente en 
beauté qui ne vieillifje 3 come fugette au torrent de nature fluide 3 qui rauifi toutes cho- 
fes 3 du moins qu'on face en forte que le changemétfoit doux & naturel 3 fi fait efe peut, 
& non pas violet 3 nyfanglant.C efl l'vn despoinéls que lay traiéléen cefl œuure,co- 
mençantpar la famille, & continuant par ordre a lafouueraineté 3 difcourant de cha- 
cun membre de la République 3 àfçauoir du Prince Jouuerain & de toutes fortes de 
Republique s-.puis du Sénat, des officiers & Magiflrats 3 des corps &Colleges 3 eftats & 
communaute^de lapuijfance,& debuoird'vn chacun.apres ïay remarqué l'origine, 
accroi/Jement J 'efiai tfeurifjant 3 changemet 3 decadéce 3 & ruine des Républiques :auec 
plufieurs que fiions politique s, qui mejemblent necefjaires d! eflre bien entendues. Et 
pour la conclufion de l'œuure,iay touché la iuflice diflributiue, commutatiue 3 & har- 
monique 3 monflrant laquelle des trois efl propre à l'eftat bien ordonné. En quoy 3 peut 
eflre 3 ilfemblera que iefuis par trop long à ceux qui cherchent la brieueté: & les au- 
tres me trouueront trop court'.carï œuure ne peut eflre figrand,qu il ne floit fort petit 
tour la dignité du fluget , qui eflprefque infini 3 çy neantmoins entre vn million de li- 
ures que nous voyons en toutes fciences 3 à peine qu'il s en trouue trois ou quatre de la 
Republique ,qui toutesfois efl la princefj e de toutes lesfeiences. Car Platon & -dri- 
flote ont tranché fi court leurs difeours Politiques, qu'ils ontpluflofl lai fié en appétit, 
que raffafiéceux qui les ontleu^. ioint aujjïque l expérience depuis deux milans on 
enuiron qu'ils ont efeript, nous a fait cognoiflre au doigt & a ïml 3 que lafeience Poli- 
tique cfloit encore s de ce temps la cachée en texebresfort ejpejjes : &mefmes Platon 
confefje quelle efloit fi obfcure qu'on n'y voyoitprej que rien. & s ily en auoit quel- 
ques vns entendus au maniment des affaires d'eftat, on les appelloit les (âges par ex- 
cellence 3 comme dit Plutarque. Car ceux qui depuis en ont efeript à veu'è de pays, & 
difeouru des affaires du monde fans aucune cognoijfance des loix 3 & mefmementdtc 
droit public 3 qui demeure en arrière pour le profit qu'b tire du particulier, ceux là difie 
ont prophané les facrcxjmyflefes delà Philofophie politiqueichofe qui a donéoccafion 
de troubler & renuerfer de beaux eflats. nous auons pour exemple vnAdacciauel, 
qui a eu la vogue entre les couratiers des tyrans , £$r lequel Paul loue ayant mis au 
rangdes hommes fignale^J,' appelle neantmoins t^Atheifle , & ignorant des bonnes 
lettres, quanta ÏAtheifme il en faiél gloire par fies eferits. & quant aufçauoir, 
iecroy que ceux qui ont accouflumé de dijeourir doélement , pe^er fagement 3 & 
refoudre fubtilement les hauts affaires d'eftat 3 s'accorderont quilna jamais fondéle 
gué de lafciéce Politique,qui negiflpas en rwçes tyranniques,qu il a recherchées par 
tous les coins d' Italie 3 & comme vne douce poison coulée enfon liure du Prince 3 ou 
il rehauffe iufques au Ciel 3 & met pour vn Parangon de tous les Roy s , le plus defi- 
loyalfil^ de Preftre qui fut onques: & lequel neantmoins auec toutes fies fineffes fut 
honteufement précipité de la roche de tyrannie haute &glijjante , où il sefloit niché, 

& 



lib.*. 

ac 

Rc 

manor.difa- 

a. 



DE L'AVTHEVR. 

& ew/ïw cxpofe comme vn bcliflre a la mercy & rifee defès ennemis , comme il efl, 
aduenu depuis aux autres Princes qui ontfuyuifapifte 3 & pratique les belles reines 
de Macciauehlequel amis pour deux fondemens des Républiques l'impiété &lin^ 
iuflice 3 blafimantla religion comme contraire a l'cflat.çy tôutesfois ° Polybegouuer- °- Po, y b H 
neur& lieutenant de Scipion l'Africain, eflimé le plus fage politique de (on aage 3 domdUcaRo 
om qudfufl droit Atheifle, neantmoins il recommande U religion fur toutes chofes 3 p i m 
comme le fondement principal de toutes Republiques 3 de l'executio des loix y de l'obeif- 
sace desfugets enuers les Adagiflrats.de la crainte enuers les Princes, le l'amitié mu- 
tuelle entre eux, & delà luflice enuers tom:quandildit que les Romains ri ont ia- 
mais rien eu de plus grand que la reliqion 3 pour eflendre les frontières de leur Empire, 
& la gloire de leurs hauts faits par toute la terre. Et quant a la luflice, fi Macciauel 
eufl tant floit peu getélesy eux fur les bons autheurs,il eufl trouuéque Platon intitule 
Ces liures de la République 3 les liures de la luflice , comme eflant icelle l'un des plus 
fermes pilliers de toutes Republiques. Et d' autât qu il aduint a Carneade Ambajja- 
deur d 'Athènes vers les Romains 3 pour faire preuue defon éloquence , louer vn wur 
ïiniuflice } & le iourfuyuant la luflice -Caton le Cenfeur,qui l'auoit ouy haranguer > 
difl en plein Sénat 3 qU il falloit depeficher , & licentier tels Ambafifadeurs 3 qui pour- 
voient altérer, & corrompre bien toft les bonnes mœurs d'un peuple, & enfin reuerfer 
vn beleflat. AuJJiefl ce abufer indignement des loixfacrees de nature, qui veultnon 
feulement que les feeptresf oient arrache^ des mains des mefehans 3 pour eflre baille^ 
aux bons & vertueux Princes, comme dit le f âge Hebrieu:ains encore s que le bien en 
tout ce monde foit plus fort 3 & plus puijjant que le mal. Car tout ainfi que le grand 
Dieu de nature tres-fage & trefiufle commande aux Anges 3 ainfi les Anges com- 
mandent aux hommes Jes hommes aux beflesj'ame au corps, le (fiel a la terre Ja rai- 
fon aux appétit s :affn que ce qui efl moins habile a commander 3 f oit conduit & guidé 
parceluy qui le peut guarentir,& preferuer pour loyer de fon obeififance.Maisau co- 
trairesil aduient que les appétits defobeiffent a la raifonjes particuliers aux Aiagi- 
flratsjes Aïagiflrats aux Princes, les Princes a Dieu 3 alors on voit que Dieu vient 
vanger Je s iniures , & faire exécuter la loy éternelle par luy eftablie , donnant les 
Royaumes & Empires aux plus fages & vertueux Princes 3 ou (pour mieux dire) 
aux moins iniufles 3 & mieux entendu^ au maniment des affaires 3 & gouuernement 
des peuple s, qu'il fait venir quelque s fois d'vn bout de la terre a ï autre 3 auec vn eflon- 
nementdes vainqueurs & des vaincu^quandie dy luflice ï entends la prudence de 
commander en droiture & intégrité. C'eftdonques vne incongruité bien lourde en 
matière d'eftat 3 & d' vne fuite dangereufe 3 enfeigner aux Princes des reigles d'iniufli- 
ce pour afjeurer leur puifj'ance 3 par tyrannie qui tôutesfois n'a point de fondemet plus 
ruineux que cefiuy la. car depuis que l'iniuslice armée de force prend fa carrière d'vne 
puiffiance abfolue 3 elle prejje lespajfions violentes de l'amefaifant qu'vne auarice de- 
uientfoudain confifeation, vn amour adultère 3 v ne cholere fureur 3 vne iniure meur- 
tre\& tout ainfi que le tonerre va deuant l' éclair , encore s quilfemble tout le cotrai- 
reiaufifi le Prince depraué d'opinions tyranniques fait pafijer l 'amende deuant / 'accu- 
fation,&la condemnation deuant lapreuueiqui efl le plus grâd moyen qu on puiffe 
imaginer pour ruiner les Princes ,ô leur eflat .lly en a d'autres contraires, & droits 

a iij 



PREFACE DE L'AVTHEVR. 

ennemis de ceux cy 3 qui ne font pas moins ,& peut eftre plus dangereux 3 quifoub s voi- 
le d'une exemption de charges 3 & liberté populaire font rebeller lesfugets contre leurs 
Princes naturels fiuurant laporte a njne licentieufe anarchie > oui efipire que laplus 
forte tyrannie du monde. Voila deux fortes d'hommes quipar efcripts & moyens du 
tout cotraires conspirent a la ruine des Républiques: non pas tant par malice que par 
ignorance des affaires d'efiat 3 que ie me fuis efforcé d'eclarcir en cefl œuurejequelpour 
neftre tel que ie defire,n'euft encores efiémis en lumière fivnperfonnage de mes amis 
pourl'affeélion naturelle qu 'il porte au public ^ne m 'eufl incite a ce faire 3 c'efi Nicolas 
de Liurefieur de HumerollesJ'vn des gentils-hommes de ce Royaume des plus affe- 
élionne^ à toutes bonnes fcie ce s. Et pour la cognoijjance que îay depuis dixhuit ans 3 
de vous auoir veu monter par tous les de gre^d ' honneur 3 maniant Jî dextrement les 
affaires de ce Royaume, iaypenfé que ie nepouuois mieux adrejjermon labeur pour 
en faire fain iugement 3 qua vous mefmes. le vous ïenuoye donc pour le cefurer a vo- 
jlre difcretion & en faire tel prix qu'il vous plaira:tenant pour affeuré qu'il fer a bien 
venu par tout s'il vous ejl agréable. 



Voftre tre£affe£tioné fèruiteur, 

I. B o d ï N. 



i 



SOMMAIRE DES 

CHAPITRES. 

î 

Livre i. 
C H A P. I. S^ffE V E L L E eft la fin principale de la Republique bien or- 

C H A P. Il Du ménage 3 & la différence entre la République £r la famille. 
CHAP. m. De la puiffance maritale > & s'il eft expédient renouveler la 

loyde répudiation. 
C H A P. 1 1 1 1. De la puiffance paternelle 3 & s'il eft bon d'en vfer comme les 

anciens Romains. 
C H A p. v. De lapuiffancefeigneuriale& s'ilfautfbujrir les efclaues en la 

Republique bien ordonnée. 
CHAP. VI. Du citoyen , & la différence d'entre le citoyen Je figet> ïeftran- 

gerja ville 3 cité 3 & Republique. 
CHAP. VII. De ceux qui font enproteÛion >&la différence entre les alliez^ 

eftrangers,&fugets. 
CHAP. Vin. De la fouuerainetê. 
CHAP. IX. Du Prince tributaire 3 oufeudataire } & s'il eftfouuerain , & de 

laprerogatiue d'honneur entre les Princes fouuerains. 
CHAP. X. Des vrayes marques de fouuerainetê. 

LITRE IL 
CHAP. i. De toutes fortes de Republiques en gênerai. 
CHAP. II. De la monarchie feigneuriale. 
CHAP. ni. Delà monarchie Royale. 
CHAP. 1 1 1 1. De la monarchie tyranniquë. 
CHAP. v. S'il eft licite d'attenter à la perfonne du tyran 3 Sf après fa mort 

anuller 3 & cafferfes ordonnances. 
CHAP. VI. Del'eftat Ariftocratique. 
CHAP. Vli. Del'eftat Populaire. 

LITRE 11L 
CHAP. i. Dufenat& de fa puiffance. 
CHAP. h. Des ojficiers & Commijfaires. 
CHAP. m. Des Magtftrats. 
CHAP. 1 1 1 1. De l'obetjjance que doibt le Magtftrat aux loix & au Prince 

fouuerain. 
C H A P. v. De lapuijfance des Magtftrats fur les particuliers, 
chap. vi. De la puiffance que les Magtftrats ont les vnsfur les au! 
CHAP. vu. Des corps <& collèges 3 eftats & communauté^. 



LIVRE 1111. 

C H A P. I. De la nai/]dnce i dcroijpment 3 eftatfleuriJJant ) decadence i & rui- 
ne des Républiques. 

C H A P. il S'il y a moyen dejçauoir les changemens , & ruines des Répu- 
bliques à faduenir. 

C H A P. m. Que les changemens des Republiques , & desloix ne Je doibt 
faire tout a coup. 

C H A P. 1 1 1 1. 5'// efl bon que les officiers d'vne Republique foient perpétuels. 

C H A P. v. S'il eft expediet que les officiers cfime République foiëtd'acord. 

C H A P . VI. S'il efl expédient que le Prince iuge les Juge t s , & qu'il Je com- 
munique jouuent a eux. 

C H A P. VII. S île Prince ésjaflios ciuilesje doibt ioindre à l'aune des parties. 
&fi lejugct doibt eflre contraint de Juyure l'in ou l'autre, 
auccles moyens de remédier aux Jeditions. 
L IVRE V 

C H A P. i. Du règlement qùiljaut tenir pour accommoder lajorme de Ré- 
publique à la diuerfitédes hommes ,& le moyen de cognoiftre le 
naturel des peuples. 

C H A P. II. Les moyens de remédier aux changemens des Republiques. ■ 

C H A P. ni. Si les biens des condamne^ doiuent eflre applique^ auflJque,ou 
employé^ aux œuures pitoyables ,ou laiffe^ aux héritiers. 

C H A P. 1 1 1 1. Du loyer & de la peine. 

CHAP. v. S' il eft bond' armer & aguerrir lesJugetSyJortifier les villes 3 & 
entretenir la guerre. 

CHAP. VI. De lajeureté & droits des alliacés, & traite^ entre les Princes, 

LIVRE VI 

CHAP. i. De la cenjure } & s 'il efl expédient de leuerle nombre des furets, 
& les contraindre de bailler par déclaration les bies qu'ils ont. 

CHAP. il Des finances. 

CHAP. m. Le moyen d'empejcher que les monnoy es Joyent altérées de prix, 
oujaljifiees. 

CHAP. ni i. Comparaison des trois Jormes de Republiques , £?° des commo- 
dité^ & incommodité^ de chacune : & que la monarchie 
Royale efl la meilleure. 

CHAP. V. Que la monarchie bien ordonnée ne tombe en chois ,ny enJort,ny 
en quenoille ,ains quelle efldeuoluepar droit fucctjjij au majle 
le plus proche de l'eftoc paternel & hors partage. 
De la luflice diflributiue, commutatiue & harmonique , & la- 
quelle des trois efl propre à chacune Republique. 

FIN. 



CHAP. VI. 




LE PREMIER LIVRE 

DE LA REPVBLI Q_V E. 
Quelle efl; la fin principale delà République bien ordonnée. 
CHAPITRE I. 




e p v B l i Q^y e eft vn droit gouucrnement de 
plufîeurs mefnages, 8c de ce qui leur eft com- 
mun, auec puiiTancefouueraine» Nous mettons 
celte définition en premier lieu, par ce qu'il faut 
chercher en toutes chofes la fin principale : 8c 
puis après les moyens d'y paruenir. Or la défi- 
nition n'eft autre chofèque la fin du fugetqu 
fe prefente : 8c il elle n'eft bien fondée , tout ce 
qui fera bafti fur icelle fe ruinera bié toft après. 
Etiaçoitqueceluy quiatrouué la fin de ce qui 
eft mis en auant., netrouue pas toufiours les moyens d'y paruenir, non 
plus que le mauuais archer, qui voit le blanc 8c n'y vife pas : neantmoins 
auec ladrerie 8c la peine qu'il emploira , il y pourra fraper , ou appro- 
cher: 8c ne fera pas moins eftimé,f'il ne touche au but,pourueu qu'il 
race tout ce qu'il doit pour y attaindre .Mais qui ne fçait la fin 6V défi- 
nition du fugetqui luy eft propofé, ceftuy-là eft hors d'efperancede 
trouuer iamais les moyens d'y paruenir , non plus que celuy qui don- 
ne en l'air fans voir la bute. Deduifonsdonc parle menu les parties de 
la définition, que nous auonspofee. Nousauons dit en premier lieu, 
droit gouuernement , pour la différence qu'il y a entre les Républi- 
ques, 8c les troupes des voleurs 8c pirates, auec lefquels on ne doibt 
auoir parc, ny commerce,ny alliance : comme il a toufiours cité gardé 
en toute Republique bien ordonnée, quand ilaeftéqueftion de don- 
ner la foy , traîner la paix , dénoncer la guerre , accorder ligues ofFen- 
fiucs , ou defenfiues , bourner les frontières, 8c décider les differens 
entre les princes 8c feigneurs fouuerains , on n'y a iamais compris les 
voleurs , ny leur fuitterfi peut cftre cela ne f'eft fait par necefiîté for- 
cée, qui n'eft point fugeue à la diferetion des loix humaines , lefquellcs 
ont toufiours feparé les brigans &corfaires,d'auec ceux que nous di- 

a 



2 DE LA REPVBLIQJ/E 

fons droits ennemis en fait de guerre: qui maintiennent leurs eftats & 
Republiques par voye de iuftice , de laquelle les brigans & corfaires 
cherchent l'euerfion & ruine . C'eft pourquoy ils ne doiuent iouyr du 
droit de guerre commun à tous peuples, ny fepreualoir des loixque 
les vainqueurs donnent aux vaincus. Et mefmela loy n'a pas voulu, 
que celuy qui tomberoit entre leurs mains , perdift vn feul poinâ de fa 
Do ca P P °i! 1 I is m ff num ' liberté, 1 ou qu'il ne peuft faire teftament, l & tousa&es légitimes, que 
x.i.T.dcic ? a t| î. pouuoit'celuyquieftoitcaptif des ennemis,comeeftant leur efcla- 

j. l.em.iqui a latro- i J i x 

nibus. De teftam.ff. ue.qui perdoit fa liberté, & la puiffanec 4 domeftique furies liens . Et fi 

4 .LinbeUo.Deca- >}. T >, t I I * I J ni 1 

priuis.ff. on dit,que la loy ' veut qu on rende au voleur le gage,le aepoit,la cho- 

s\ 'praf^aâ' be fe empruntée , & qu'il foit reflaifi des chofes par luy occupées iniufte- 
plïdo'.ibonafidcf ment fur autruy,f'il en eft dépouillé par violence, il y a double rai- 
Yef°r rit do tavtfifur ^ on : ^ vnc » 4 ue ^ e brigand mérite, qu'on ayt égard à luy, quand il vient 
<fcc faire hommage aumagiftrat , & ferend foubsi'obeiffance desLix pour 

demander, & receuoir iuftice : l'autre , que cela ne fefair pas tant en fa- 
ueur des brigans, qu'en haine de celuy , qui veut retenir le fàcré depoft, 
ou qui procède par voye de fait ayant la iuftice en main. Et quant au 
premier, nous en auons allez d'exemples , mais il n'y en a point de plus 
mémorable que d'Augufte l'Empereur , qui Ri\ publier à fon de trom- 
pe, qu'il donneroit xx v. mil efeus à celuy, qui prendroit Crocotas, 
chef des voleurs en Elpagne ; dequoy aduerty Crocotas, fc reprefente 
luy mefme à l'£mpereur,& luy dcmâde x x v. mil efeus. Auguftc les luy 
<..Dion.iib.5*. fift payer/ & luy donna fa grace:affin qu'on ne penfaft point qu'il vou- 
îuft luy ofter la vie,pour le fruftrer du loyer promis, & que la foy &feu- 
reté publique fufteirdeeàceluyquivenoit en iuftice : combien qu'il 
pouuoitproced ' uy faire fon procès. Mais qui voudroit 

vfer du droit commun enu :ts ! es corfaires & voleurs, comme au ec les 
droits ennemis, il feroi s erilleufeouuertureàtousvagabonsdefe 
ioindreaux brigans, &affeurer leurs actions & ligues capitales foubs le 
voile de iuftice. Non pas qu'il foit impollible de faire vn bon Prince 
dvn voleur, ou d'vn corfaire vn bon Roy :& tel pirate y a, qui mérite 
mieux d'eftre appelle Roy, que plufîeursqui ont porté les fccptres& 
diadèmes, qui n ont exeufe véritable, ny vray-femblablc, des voleries 
& cruautez, qu'ils faifoient fouffrir aux fugets : corne difoit Demetrius 
le corfaire au Roy Alexandre le Grâd 9 qu'il n'auoit appris autre meftier 
defonpere,nyheritépourtoutbiéquedeuxfregates:maisquantàluy, 
qui blafmoit lapiratique.il rauageoitneatmoins,&brigâdoitauecdeux 
puifTantesarmees,par mer, & par terre, encore qu'il euft de fon père vn 
grâd & florifsatroyaume.ee qui efmeutAlexâdrepluftoftàvn remords 
dec6fcience,quavangerlaiufte reproche à luy faite par vn efeumeur, 
qu'il fîft alors capitaine en chef d'vne légion: côme de noftre aage Sulta 
Sulyman appellaàfon cofeil les deux plus nobles corfaires de mémoire 
d'homme, Ariadin Barberou(Te,& DmgutReis,faifant l'vn & l'autre 

Amiral, 



LIVRE PREMIER. 3 

Amiral .,& Bafcha,tant pour nettoyer la merdes autres pirates, que 
pour afleurer Ton citât , & le cours de la trafrique . Ces moyens d'attirer 
les chers des pirates au port de vertu , eft, & fera toufîours louable , non 
feulement affin de ne réduire point telles gés au defefpoir d'enuahir l'e- 
ftat des Princes, ainsaulfi pour ruiner les autres corne ennemis du genre 
humain : & quoy qu'ils femblent viure en amitié & focieté partageans 
également le butin, comme on difoit de Bargule & de Vinat,neant- 
moins cela ne doit eftre appelle focieté, ny amitié, ny partage en ter- 
mes 7 de droit :ains coniurations, voleries,& pillages: carie principal 7-1 commun **a- 
poin6t } auquclgiitlavrayemarquedamitie,leurderaut, celtaiçauoir, mumdiuid. 
le droit crouuernement félon les loix de nature. Ceftpourquoy les an- 
ciens 8 appelloient Republique, vne focieté d'hommes affemblez.pour g. cic cro & Arifto 
bien & heureufement viure : laquelle définition toutesfois a plus qu'il mpoht ' 
ne faut d'vne part,& moins d'vne autreicar les trois poincts principaux 
y manquet,c'eft à fçauoir,la famille,la fouueraineté , & ce qui eft com- 
mun envne Republique: iointaufliquece mot, heureufement, ainfi 
qu'ils entendoient,n'eîl: point neceflaire: autremét la vertu n'auroit au- 
cun pris,fî le vent ne foufloit toufîours en poupe:ce que iamais homme 
d e bien n'accordera:car la republique peut eftre bien gouuernee,& fe- 
ra neantmoins affligée de pauureté,delaiffee des amis,afïiegee des enne- 
mis,, & comblée de plufieurs calamitez : auquel eftat Ciceron mefmes 
eonfefle auoir veu tomber la Republique de Marfeille en Prouence, 
qu'il dit auoirefté la mieux ordônee,& la plus accoplie^quifuftonques 
en tout le monde fans exception : & au contraire,ilfaudroit,que la Re- 
publique fertile enaffiette,abondante en richeffes,flcurinanre enhom- 
mes^eueree desamis.,redoutee des ennemis^inuincibleen armes, puif 
fante enchafteaux,fuperbe en maifons,triôphante engloire,fuftdroit- 
tementgouuernee,ores qu'elle fùft débordée en mechancetez, & fon- 
due en tous vices. Et neantmoins il eft bié certain, que la vertu n'a point 
d'ennemy plus capital , qu'vn tel fuccés qu'on dit tresheureux : & qu'il 
eft prefque impoflible d'accoler enfemble deux chofes fi contraires. 
Par ainfi nous ne mettrons pas en ligne de copte,pour définir la Repub . 
ce mot,heureufement:ains nous prendrons la mireplus haut pourtou- 
cher,ou du moins approcher,au droit gouuernement : toutefois,nous 
ne voulôs pas aufli figurer vue Republique en Idée (ans efTedt, telle que 
Platon, & Thomas le More chancelier d'Angleterre,ont imaginé, mais 
nous contenterons de fuiure les règles Politiques au plus presqu'il fera 
pofîible:enquoyfaifant.,onnepeut iuftement eftre blaimé,cncores 
qu'on n'ayt pas attaint le but où l'on vifoit, non plus que le maiftre pi- 
lote tranfporté de la tempefte , ou le médecin vaincu de la maladie , ne 
font pas moins eftimez, pourueu que l'vn ayt bien gouuerné fon mala- 
de^ l'autre fon nauire. 
Oiffî la vraye félicité d'vne Republique, & d'vn homme feul eft tout 

a ij 



4 DE LA REP : &tl QVE 

vn,&qucle fouuerain bien de la Repi ! gênerai, aufti bien que 

d'vn chacun en particulier,gift es vertus intellectuelles^ contemplati- 

<>. Ariftord. îib. 7 . ues,côme les mieux entendus 9 oin-refolu: il faut auffi accorder, que ce. 

HJTio.eAicfadNi. peuple là iouift du fouuerain b*en, quand il a ce but deuant les yeux,de 

comach. {'"exercer en la cotemplation des choies naturelles Jiumaincsj&diuines, 

en rapportât la lr- ange du tout au grâd prince de nature. Si donc nous 
contenons, que cela eft le but principal de la vie biê heureufe d'vn cha- 
cun en particulier , nous concluons aufïi que c'eft la fin & félicité d'vne 
Republique . mais d'autant que les hommes d'affaires, &: lesPrmces,ne 
font iamais tombez d'accord pour ce regard, chacun mefuràt fon bien 
au pied de fesplaifirs cVcontentemens: & que ceux qui onteumefme 
opinion du fouuerain bien d'vn particulier, n'ont pas toufiours accor- 
dé que l'homme de bien,cV le bon citoyen foit tout vn:ny que la félici- 
té d'vn home , & de toute la Republique fuft pareille : cela fait, qu'on a 
toufiours eu variété de loix,de couftumes,& deffeings,fcloles humeurs 
de pallions des Princes & gouuerneurs. Toutefois puifque l'homme fà- 
ge eft lamefurc de iuftice & de vérité: & que ceux là qui font reputez les 
plus fages,demeurent d'accord, que le fouuerain bien d'vn particulier, 
& de la Republique n'eft qu'vn , {ans faire différence enrre l'homme de 
bien,& le bon citoyen, nous arrefteros laie vraypoin6tdefehcité J & le 
bu tprincipal,auquelfe doit rapporter le droit gouuernemét d'vne Re~ 
publique : iaçoit qu'Ariftote a doublé d'opinion , & tranché quelque- 
fois le différent des parties par la moitié 3 couplant tantoft les richeffes, 
tantoftlaforce&IafaïKéauec faction de vertu,pourfaccorderàlaplus 

i.iib.ro. C thic.Nico. comune opinion des homesrmais 1 quand il en difpute plus fubtilemét. 
il metle comble derelicite en contemplation. Quilemble auoir donne 
occafion à Marc Varron de dire,que la félicité des homes eft meflee d'a- 
ction, & de contemplation: & (à raifon eft à monaduis,que d'vne chofe 
iimple la félicité eft fimple,& d'vne chofe double.,compofee de parties 
diuerfes,la félicité eft double: comme le bié du corps gift en fanté^for- 
ce,alegreffe,,cx: en la beauté des membres bien proportionnez: & la féli- 
cité de l'âme inférieure, qui eft la vraye liaifon du corps & de l'intellect, 
gift en l'obciffancé que les appétits doiuent à la raifon: c'eft à dirc,en l'a- 
ction des vertus morales : tout ainfi que le fouuerain bié de la partie in- 
tellectuelle, gift aux vertus intellectuelles : c'eft à fçauoir, en prudence, 
fcience,& vraye religion : l'vne touchant les chofes humain es,i'autre les 
chofes naturelles : la troifiefmc., les chofes diuines : la première monftrc 
la différence du bié & du mal :lafeconde.,duvray & du£uix:latroifie£- 
me,dela pieté & impieté,&ce qu'ilfaut choifir & fuir: car de ces trois fc 
côpofe la vraye fagefîe, où eft le plus haut poinct defelicité en ce mon- 
de. AuiTi peut on dire par comparaifon du petit au grand,que la Répu- 
blique doit auoir vn territoire fuffifant, &lieu capable pourleshabi- 
tans,la fertilité d'vn paysaifczplantureux,& quantité de beftailpourla 



nour- 



LIVRE PREMIER. 5 

nourriture & veftemes des fugets:& pour les maintenir en fante^Ia dou- 
ceur du ciel, la température de l'air,la bonté des eaux: 8c pour la defenfe 
& retraite du peuple.lesmarieres propres à baftir maifons 8c places for- 
tes'jfl le lieu de foy n'eft a(Tez couuert 8c defenfable. Voila les premières 
chofes, defquellcs on eft leplusfoigneux en route Republique , & puis 
on cherche fes aiiances : comme les medecines,les metaux,lcs teintures: 
& pour aflugetir les ennemis, & allonger fes frontières par conqueftes, 
on fait prouifion d'armes offenilues: & d'autant que les appétits des 
hommes font le plus fouuent infatiables, on veut auoir en affluéee, non 
feulementleschoicsvtiles&nccen r iires 5 ainsauiilplaifantes 8c inutiles. 
Ettout ainfi qu'on ne penfe gueres à l'inftrudtion d'vn enfant qu'il ne 
foit eleué , nourri, 8c capable de raifon : auflî les Republiques n'ont pas 
grand foing des vertus moraIes,ny des belles fciences,& moins encores 
de la contemplation deschofesnaturelles&diuines, qu'elles ne foienc 
garnies de cequi leur fait befoin : & fe contentent d'vne prudence me- 
diocre,pouraîreurerleureftat contre les eftrangers, & garder les fugets 
d'ofFenfer les vns les autres, ou fi quelcun eft ofFenfé , réparer la faure. 
Mais l'homme fe voyant e(l eue & enrichi d e tout ce qui luy eft neceilai- 
re &comode,& fa vie alTeuree d'vn bon repos, 8c tranquillité douce, 
fil eft bien né,il prend à contre-cueur les vicieux 8c mefchas,& Rappro- 
che des gens de bien 8c vertueux: 8c quand fon efprit eft clair & net des 
vices 8c partions, qui troublent l'âme , il prend garde plus foigneufemét 
àvoirladiuerfité des choies humaines, les aages difFerens, les humeurs 
contraires,la grandeur des vns,Ia ruine des autres,le changement des Re- 
publiques : cherchant toufiours les caufes des effe&s qu'il voit . puis a- 
pres, fe rournant à la beauté de nature, il préd plaîfir à la variété des ani- 
maux,des plantes,desmineraux,c6liderant la forme,la qualité, la vertu 
de chacune, les haines & amitiez des vnes entiers les autres, &la fuitre 
des caufes cnchaifnees,& depédentes l'vne de l'autre : puis laiilant la re- 
gio élémentaire^ drerTe fon vol iufques au ciel,auec les ailles de conté- 
plation,pour voir la (plédeur,la beauté, la force des lumières celeftes, le 
mouuement terrible, lagrâdeur& hauteur d'icelles, & l'harmonie me- "* 
îodieufe de tout ce monde: alors il eft raui d'vn plaifîr admirable,acco- 
pagné d'vn defir perpétuel de trouuer la première caufc,& celuy qui fut 
autheur d'vn fi beau chef-d'œuure: auquel eftant paruenu, il arrefte là le 
cours de Ces contemplations, voyant qu'il eft infini 8c incomprehenfi- 
. ble en e(Ience,en grâdeur,en puifîance,en fagefle,en bote . Par ce moye 
de contemplation , les hommes fages & entendus, ont refolu vne trnf- 
belle ' dcm6ftration,c'eft afçauoir,qu'il n'y aqu'vn Dieu éternel 8c infi- z.Ariftot.iib.* P hyl 
ni : & de la ont quali tire vne conclulion de la reiicite humaine. tap h r f. 

Si donc vn tel home eft iugé iage,& bien heureux, aulïi fera la Repu- 
blique tref-heureufe, ayât beaucoup de tels citoy es, encores qu'elle ne 
(bit pas de grande eftendue,ny opulente en biens, meiprifant les pom- 

a iij 



6 DELA REPVBLIQJV E 

pes & delices,des citez fuperbes.plogees en plàifirs,& ne faut pas pour- 
tant conclure, que la félicité de l'homme foitconfufe& meflee: car co- 
bienque l'homme (bit compofé d'vn corps mortel, &d'vneameim- 
mortelle,fi faut-il confeffer,que fon bien principal depéd de la partie la 
plus noble:carpuifque le corps doibtferuir à l'ame,& l'appétit beftial à 
laraifondiuine, fon bien fouuerain defpédauffi des vertus intellectuel- 
les,qu'Ariftote appelle l'action de l'intellect: & iacoit qu'il euft dit, que 
le fouuerain bien gift en l'action de vertUjfi eft-ce qu'en fin il a efté con- 
î.Arift.iib.io.ethi- traint de confefTer, 3 que l'action fe rapporte à la contéplation , comme 
&ca P .7.p 01 t. v ^ g fi r §r qu'en icelle gift le fouuerain bien: autrement, dit-il, leshômes 
feroient plus heureux que Dieu, qui n'eft point empefché aux actions 
muables,iouiilaùt du fruit éternel de contemplation, & d'vn repos tref- 
hault. mais ne voulant pas farreftcrouuertement à raduisdefon mai- 
^re,ny fe départir de la maxime qu'il auoit pofee, c'eft à fçauoir, que le 
muerain bien gift en l'action de vertu , quand il a conclula difputc du 
fouuerain bien,il a coulé doucemét ce mot a?quiuoque,i'action del'in- 
tellect, pour cotemplation,difant que la félicité de l'homme gift en l'a- 
ction de l'intelledbaffin qu'il nefemblaft vouloir mettre la fin principa- 
le de l'homme, ôc des Républiques, en deux chofes du tout contraires, 
c'eft à fçauoir,en mouuement & en repos, en action & contemplation. 
& neantmoins voyant que les hommes & les Republiques font en per- 
pétuel mouuement, empefehez aux actions neceflaires, il n'a pas voulu 
dire fimplemenr,que la félicité gift en contéplation, ce qu'il faut néant- 
moins aduouër.car quoy que les actions, par lefquellcs la vie de l'hom- 
me eft entretenuè',foient fort neceflàires,comme boire &mager, fi eft- 
ce qu'il n'y eut iamais homme bien appris, qui fondait en cela le fouue- 
rain bien, aufli l'action des vertus morales eft bien fort louable : par ce 
qu'il eft impofïible,que l'ame puiffe recueillir le doux fruit de contem- 
plation, qu'elle ne foitefclarcie,& purifiée par les vertus morales,ou par 
la lumière diurne : de forte, que les vertus morales fe rapportent aux in- 
tellectuelles, or la félicité n'eft pas accôplie , qui fe rapporte., & cherche 
quelque chofe de meilleur, commefa fin principale,& ce qui eft moins 
noble, au plus noble, corne le corps à l'âme, celle cy à l'intellect, l'appé- 
tit à la raifort & viure pour bien viure. Par ainfi Marc Varron, qui amis 
la félicité en action 3 & en contemplation, euft mieux dit. à mon aduis, 
que la vie de l'homme a befoin d'action,& de contemplation:mais que 
done lar ° in Phae " k f° uueraul bien gift encontemplation 4 ,queles Académiques ont ap- 
y. FfiLnç, &Leo pelle la mort plaifante.,& les Hebrieux la mort 5 precieufe,d'autât qu'cl- 
amorc " le rauift lame hors delà fange corporelle, pour la dcïfier. Etneâtmoins 

il eft bien certain, que la Republique ne peut eftre bien ordonnée^ on 
laiffedutout, ou pour long temps lesactions ordinaires 3 la voye de iu- 
fticeja garde & defenfe des fugets,lcs viures, & prouifions neceflaires à 
l'entretenementd'iceux, non plus que l'homme ne peut viurelongue- 



LIVRE PREMIER. 7 

mcntj fi lame eltfifortrauie en contemplation , qu'on en perde le boi- 
re & le manger. 

Mais tout ainfi qu'en ce monde, quieftla vraye image de la Repu- 
blique bien ordonnée, & de l'homme bien reiglé,on voit la lune com- 
me lame {'approcher du Soleil , laillant aucunement la région élémen- 
taire, qui relient vn merueilleux changement,pour le déclin de celte lu- 
mière j & toit après l'accouplement du Soleil fe remplir d'vne vertu ce- 
lefte , qu'elle rend à toutes choies : auiîi lame de ce petit monde eftant 
par foisrauieen contemplation, & aucunement vnie à ce grand Soleil 
intellectuel, elle ['enflamme d'vne clarté diuine, & force émerueillable^ 
& d'vne vigueur celefte fortifiant le corps, & les forces naturelles. mais 11 
lame Paddonne par trop au corps, &f'enyuredesplaifirsfenfuels,fans 
rechercher lefoleil diuin,illuy en prendtoutainfiqualalune, quand 
elle fenuelope du tout en l'ombt e de la terre, qui luy ofte fa lumière, & 
faforce, & produit par ce défaut plufieurs monftres. &neantmoinsfî 
elle demeuroittoufiours vnie au Soleil,ii eft bien certain que le monde 
élémentaire periroit. Nous ferons mefmeiugement de la Republique 
bien ordonnce,la fin principale de laquelle gift aux vertus contempla- 
tiues,iacoit que les adb'os politiques foient preallables,& les moins illu- 
ftresfoient les premières: comme faire prouifionsnecelTaires, pour en- 
tretenir & défendre la vie des fugets: & neantmoins telles actions fe rap- 
portent aux morales, &: celles cy aux intellectuelles, la fin defquelles eft 
la contemplation du plus beau fuget qui foit,& qu'on puiffe imaginer. 
Aufïî voyons nous.,que Dieu a laiflêfix iours pour toutes actions, eftât 
la vie de l'home fugette pour la pluf-part a icelles:mais il a ordonné, que 
le feptiefme, qu'il auoit benifus tous les autres,feroit chomé,comme le 
faintiour du repos,aftin de l'employer * en la contemplation defes œu- j.pûU 
uresdefaloy, & de fes louanges. Voila quant à la fin principale des Re- 
publiques bien ordonnées , qui (ont d'autant plus heureufes, que plus 
près elles approchent de ce but : car tout ainfi qu'il y a plufieurs degrez 
de félicité es hommes,autTi ont les Republiques leurs degrez de félicité, 
les vnes plus,les autres moins,felon le but que chacune fe propofe pour 
imiter : comme l'on difoit *des Lacedemoniens , qu'ils eftoient coura- *P lat0 - 
geux, & magnanimes, & au relie de leurs a6tions,iniuftes : par ce que 
leurinftitution,leursloix,&couftumes n'auoient autre but deuant les 
yeux , que rendre les hommes courageux , & inuincibles aux labeurs ôc 
douleurs, meprifanslesplaifirs& délices, mais la Republique deRo- 
mainsa fleuri en iuftice J & furpaiïé celle de Lacedemonne,par ce que les 
Romains n'auoient pas feulement la magnanimité,ains auili la vraye iu- 
ftice leureftoit comme vn fuget, auquel ils adreflbient toutes leurs a- 
ctions. Il faut donc s'efforcer de trouuer les moyens de paruenirou 
approcher de la félicité, que nous auons dit, & à la définition de la Re- 
publique, que nous auonspofee. 

a iiij 




DE LA REPVBLIQJ/E 

T>V MESNJÇE, ET LA T> 1 F F E- 
rence entre la République &* la famille. 

C H A P. II. 

e sn a g e eftvn droit gouuernemcnt depluileursfu- 
gctSj fous l'obeitTance d'vn chef de famille, & de ce qui 
luy eft propre. La féconde partie de la definitio de Re- 
publique que nous auons pofee, touche la famille, qui 
eftlavraye fource& origine de toute Republique, & 
membre principal d'icelle. Et par ainfî Xenophon& 
Ariftote.fans occasion, à mon aduis, ont diuifé Tceconomie de la poli- 
ce : ce qu'on ne peut faire fans démembrer la partie principale du total, 
& baftir vne ville fans maifons,ou bien par mefme moyen il falloit faire 
vne fciéce à part des corps & colleges,qui ne font ny familles, ny citez, 
& fontneantmoinspattiede la République. Mais les Iurifconfultes,&: 
legiflateurs, que nous deuons fuiure, ont traitté les loix & ordonances 
de la police,des colleges,& des familles en vne mefme fciéce. toutefois 
ils n'ont pas pris l'œconomie comme Ariftote, qui l'appelle fciéce d'ac- 
quérir des biens , qui eft cômunc aux corps & collèges auffi bien corne 
aux Republiques. Or nous entendons par la mefnagerie , le droit gou- 
uernemét de la famille, & de la puiflance que le chef de famille a fus les 
liens, &del'obeiflancequiluy eft deuë,quin a point efté touchée aux 
traittez d'Ariftote, & de Xenophon.Tout ainfî donc que la famille bie 
conduitte,eft la vray e image de laRcpubliquc,& la puiffanec domefti- 
que femblable à la puiflance fouueraine: auflî eft le droit gouuerneméc 
delamaifon,levraymoddledugouuernemétdelaRepub.Ettoutain(î 
que les mébres chacun en particulier faifans leur deuoir,tout le corps fc 
porte bieniauili les familles eftants bien gouuerneeSjlaRepub. ira bien. 
Nous auons dit que Republique eft vn droitgouuernement de plu- 
fieurs mefnages, cV de ce qui leur eft commun, auec puiflance fouuerai- 
ne . le mot de plufieurs ne peut eftrc fignifié par deux au cas qui f'offre, 
i. L Neratins.de car la loy 1 veut du moins trois perfonnes pour faire vn coliegc,&autâc 
pour faire vne famille, outre le chef de famille, foient enfans , ou efcla- 
ues, ou afranchisjou gens libres qui fe foubmettent volontairement à 
l'obeiilancedu chef de mefnage, qui fait lequatriefme, & toutesfois 
1. 1. ramiiis. eod. membre '"de la famille. Et d'autant que les mefnages, corps & collèges, 
enfemblelesRepubliques,& toutlegenre humain periroit, fil n'eftoit 
repeuplé par mariages,il {'enfuit bié que la famille ne fera pas accomplie 
detoutpcindfciansiafemme., qui pour ceftecaufecftappelleemere de 
famille : teliemét qu'il faut à ce compte cinq perfonnes du moins^pour 
accôplir vne famille entière. Si donc il faut trois perfonnes poui faire vn 
collège, & autat pour vn mefnage, outre le chef de famille & fafemme: 

nous 



LIVRE PREMIER. 9 

nous dirons par mefme raifon, qu'il faut du moins trois mefnages pour 
faire vnc Republique,qui feroic crois fois cinq pour trois mefnages par- 
faits. Et a mon aduis que les anciens appclloientpour celte caulevn 
peuple quinze perfonneSjComme dit Apulée, rapportas le nombre de 
quinze à trois familles parfaites. Autrement f'il n'y a qu'vn mefnage,en- 
cores que le perc de famille eufl trois ces femmes, & iïx cens enfans, au- 
tant qu'en auoit Hermotimus Roy de Parthe,oucinq cens efclaues, 
comme Craifus : fils font tous fous la puillance d'vn chef de mefnage, 
ce n'elt pas vn peuple,ny vne Republique, ains vn mefnage feulement, 
encore qu'il y eult plufieurs enfans, & plufieurs efclaues , ou feruiteurs 
mariez ayans d'autres enfans , pourueu qu'ils foient tous en la puillance 
d'vn chef, quelaloy 3 appelle père de famille,ore qu'il fuit au berceau, ^i""^" 0,5 ' 
Et pour celte caufe les Hebrieux , qui monltrent toufiours la propriété 
des choies par les noms , ont appelle famille nV|, non pas pour ce que 
la famille contient mil perfonnes , comme dit vn Rabin , mais du mot 
*|i7S, qui lignifie chef, feigneur, prince, nommant la famille parle chef 
d'icelle.Mais on dirapeuc eftre,que trois corps & colleges,ou plufieurs 
particuliers fans famille, peuuentaulïi bien compofer vne Repu blique., 
i'ils font gouuernezauecpuiflance fouueraine: il y a bienapparéce:& 
toutefois ce n'elt point Republique, veu que tout corps & collège l'a- 
neantiitdefoy mefme., fil n'eft reparé parles familles. - 

Or la loy die, que le peuple ne meurt 4 iamais, & tient que cenr,voirc 4- f- proponebawr. 
mil ans après, c'elt le mefme peuple, encore cjue l'vfufruit lailîé à la Re- 
publique,eit reiini à la propriété, qui autremét feroit inutile, cent ans a- 
pres :'car on prefume, que tous ceux qui viuoient, meuret en cent ans, iurâJ&,£ 
combien qu'ils foient immortels par fuccelïîon,c6me le nauire deThe- 
fee,qui dura tât qu'on eut foin delereparer.Mais tout ainfi que le naui- 
re n'elt plus que bois,fans forme de vai(leau,quad la quille,qui foultiéc 
les coites, la proùe,la poupe, & le tillac, font oltez : aulïi la Republique 
fans puillance fouueraine , qui vnilt tous les mébres ôc parties d'icelles, 
& tous les mefnages & collèges en vn corps, n'eft plus Republique. Ec 
fans fortir de la fimiIitude,tout ainfi que le nauire peut eftre démembré 
en plufieurs pièces , ou bruflé du tout : aufil le peuple peut eltre efearté 
en plufieurs endroits,ou du tout elteint,encore que la ville demeure en 
Ion entier: car ce n'elt pas la ville,ny les perfonnes qui font la cité : mais 
l'vnion d'vn peuple fous vne feigneurie fouueraine, encore qu'il n'y ay t 
que trois mefnages. Car corne le ciron ou laformi font aulTi bien nom- 
brez entre lesanimaux,cômeles Elephansiaulïi le droir ^ouuernement 
de trois familles auec puillance fouueraine, fait aulfi bien vne Républi- 
que^ comme d'vne grande feigneurie . Et la feigneurie de Rhagule n'elt 
pas moins République , que celle des Turcs , ou des Tarcares . Et tout 
ainfi qu'au dénombrement des maifons,vn petit mefnage elt aufii bien 
compté pour vn feu , que la plus grade & la plus riche maifon delà cité: 



,0 DELAREPVBLIQjyE 

auin vn petit Roy eft autant fouuerain,que le plus grand Monarque de 
la terre : car vn grand royaume n'eft autre chofe, difoit Cafïiodore, que 
vne grande Republique fous la garde d'vn chef fouuerain. Et par ainfi 
de trois mefnages.fi l'vn des chefs demefnageapuillancefouueraine fus 
les deux autres: ou les deux enfemble fus le tiers,ou les trois en nom col- 
lectif fur chacun en particulier,c'eft auili bien Republique, comme fil 
y auoit fix millions de fugets. Et par ce moyen il fe pourra faire, qu'vne 
famille fera plus grande qu'vne Republique,& mieux peupleeicomme 
londidt du bon père de famille yEliusTuberon, qui eftoitchef defa- 

«.piutar.injEmyiio. mille de feize enfans tous mariez iiïusdeluy, qu'il auoit tous en fa puif- 
fance,auec leurs enfans & feruiteurs demeurans auec luy en mefme e lo- 
gis. Et au contraire, la plus grande cité ou monarchie , & la mieux peu- 
plée qui foit fur la terre , n'eft pas plus Republique, ny cité que la plus 
petite : quoy que dift Ariftote,que la ville de Babylone,qui auoit trois 

7.H«odo.iib j. iournees 7 de tour en quarré ., eftoit vne nation pluftoft qu'vne Repu- 
blique, qui ne doit auoir > à fon dire , que dix mil citoyens pour le plus: 
comme fil eftoit inconuenient qu Vne, voire cent nations diuerfes 
fous vne puifTancefouueraine,feiildit vne Republique. Or fî l'opinion 
d'Ariftote auoit lieu, la Republique Romaine, qui a efté la plus illuftre 
qui fut onquesj n euft pas mérité le nom de Republique, veu qu'au 
temps de fafondation elle n'auoit que trois mil citoyens , & fous l'Ern- 
pereur Tibère il fen trouua quinze millions & centdixmil,efparsen 
tout i'Empire,fans y comprendre les efclaues,qui eftoiétpour le moins 
dix pour vn, & fans compter les alliez , ny les autres peuples libres, aux 
enefauesde l'Empirejquiauoientleureftatàpartentiltrede fouuerai- 
neté:qui eft le vray fondemét^cV le piuot,fur lequel tourne Teftar d'vne 
cité,& de laquelle dépendent tous les magiftrats,loix,& ordonnances, 
&qui eft la feule vnion, &liaifon des familles, corps, & collèges, & de 
tous les particuliers en vn corps parfaid de Republique , foit que tous 
les fugets d'icelle foient enclos en vne petite ville, ou en quelque petit 
rerritoire-.comme la Republique de Schunits,l'vn des cantôs de SuifTe, 
qui n'eft pas de 11 grand' eftédue,que plufîeurs fermes de ce Royaume, 
ne foiét de plus grâd reuenu : foit que la Republique ayt plufîeurs bail- 
liages,ou prouinces : comme le Royaume de Perfe, qui auoit fîx vingts 
gouuernemésj & celuy d'Ethiopie, qui en a cinquante, que Paul loue 
fans propos appelle royaumes : & toutesfois il n'y a qu'vn Roy,vn 
Royaume,vne Monarchie, vne Republique,fous lapuiffancefouuerai- 
ne du grad Negus.Mais outre la fonuetaineté , il faut qu'il y ait quelque 
chofedec6mun,&depublic:commeledomainepublic,le threforpu- 
blic,lepourprisdelacité, lesruesj les murailles, les places, les temples, 
les mtirchez, les vfages , les loix, les couftumes, la iuftice , les loyers , les 
p ein es, & autres chofes femblables., quifot ou comunes,ou publiques, 
ou l'vn «S: l'autre enfemble . car ce n'eft pas Repub. fil n'y a rien de pu- 
blic. 



LIVRE PREMIER. n 

blic. Il fe peut faire aufli que la plufpart des héritages foient communs a 
tous en gênerai, & la moindre parue propre à chacun en particulier, co- 
rne en la diuifion du territoire, que Romule occupa au tour de la ville de 
Rome qu'il auoit fondée , tout le plat païsn'auoit en pourpris que dix- 
huit mil iournaux 8 de terre, qu'il diuifa en trois parties égales: amgnant 8 ;Fj b nyf ' HaUca ' 
vn tiers pour lesfraisdes facrifices , l'autre pour le domaine de la Repu- 
blique,lerefte fut parti à trois mil citoyens, ramaflez de toutes pieces,à 
chacun deuxiournaux: lequel partage demeura 16g temps en quelque 
cotrepoix d'equalitéicar mefme le dictateur Cincinnat,deux ces foixâ- 
te ans apres,n'auoit 9 que deuxiournaux queluymefmelabouroit.Mais 9 ' plinUb7 - 
en quelque forte qu'on diuife les terres, il ne fe peutfaire que tous les 
biens foient communs, comme Platon vouloit en fa première Repu- 
blique,iufqiies aux femmes & enfans, affin de bannir delà cité ces deux 
mots tien&mien, qui eftoient, à fon aduis, caufe de tous les maux 
&ruinesqui aduiennentaux Republiques. Or il neiugeoitpasquefî 
cela auoit lieu, la feule marque de Republique feroit perdue : car il n'y a 
point de chofe publique,s'il n'y a quelque chofe de propre:&nefe peut 
imaginer qu'il y ait rien commun,s'il n'y a rien particulier :non plus que 
il tous les citoyens eftoient Roy s , il n'y auroit point de Roy : ny d'har- 
monie aucune,fi les accords diuers,doucemét entremeflez,qui rendent 
l'harmonie plaifante,eftoiét réduits à mefme fon.Cobie que telleRepu- 
blique feroit dir eCtemét cotraire à la loy de Dieu & de natut c,qui dete- 
ftenon feulementlesinceftes, adultères, &rparicidesineuitables, fi les 
femmes eftoient comunesrains aufïi de rauir,ni mefinc de couoiter rien 
qui (bit d'autruy .où il appert euidément,que les Republiques font aufïî 
ordoneesdeDieu, pour rendre à la Republique ce qui eft public, &à 
chacun ce qui luy eft propre: ioint auflî que telle comunauté de toutes 
chofes eft impoitible,& incompatible auecle droict des familles, carfî 
la fam.ille & la cité.le propre & le comun,le public & le particulier font 
confusjil n'y a ny Republique,ny famille. Aufli Platon excellét en tou- 
te autre chofe, après auoir veu les inconueniens & abfurditez notables, 
que tiroit aptes foy telle communautéjs'en eft fàgement departiirenon- 
çanttaifiblemét à (à première Republique, pour doncr lieu à la fécon- 
de. Et quoy qu'on die des Maflagetes , que toutleur eftoit commun, fi 
cft-ce qu'ils auoient la coupe , & le côufteau , chacun à part foy , & par 
confequent les habits , & veftements. autrement toufiours le plus fort 
euft defrobé le plus foible luy oftantfes robes, lequel mot fignifie allez 
ennoftrelâgue, queles veftemens ont toufiours efté propres à chacun, 
eftant celuy qui defrobe appelle larron. 

Tout ainfi donc que la Republique eft vn droit gouuernementde 
plufieurs fimilles ,.& de ce qui leur eft cômun, auec puiffance fouuerai- 
ne:au(fi la famille eftvn droit gouuernement de plufieurs (ugets fous 
l'obenTance d'vn chef de fimille , & de ce qui luy eft propre. & en cela 



Il DE L A REPVBLIQJ/E 

giftla vraye différence de la Republique & de la famille, car les chefs de 
famille oncle gouuernemét de ce quileur eft propre : encores que cha- 
cune famille foie bien fouuent,& quafi par tout obligee,d'apporter,&: 
cotribuer quelque chofe de particulier en cômun, foit par forme de tail- 
|es,ou de peages,oud'impofts extraordinaires. Et fe peut faire que tous 
les fugets d'vne Republique viucront en cômun, comme il le faifoitan- 
cienneméc en Crète, & en Lacedemône , où les chefs de famille viuoiéc 
en côpagnies de x v.ou xx. & les femmes en leurs mefnages,& les enfuis 
cnfcmble. Et mefmes en la Republique ancienne de Candie, tous les ci- 
toyens,hômcs ôc femmes, ieunes ôc vieux, riches & pauures mangeoiêt 
ôc beuu oient toufiours enfemble : & neatmoins chacun auoit fes biés à 
part & côtribuoit chacun en cômun pour fa defpenfe : ce que les Ana- 
baptiftes vouloiet pratiquera cômencerent en la ville de Munftre:à la 
charge que tous biens feroiét comuns,horfmis les femmes, ôc les verse- 
ments: p en fans mieux entretenir l'amitié ., & concorde mutuelle entre 
eux: mais ils fe trouueret bien loing de leur compte: car tât f'en faut que 
ceux là qui veulent que tout foit cômun , ayent ofté les querelles & ini- 
mitiez, que m efmes ils chaffent l'amour d*entre le mari & la femme, l'af- 
fection des pères enuers les enfans,lareuerence des enfans enuers les pè- 
res, ôc la bienueillance des parens entr'eux, oftant la proximité de fang, 
qui les vnit dvn plus eftroit lien qui peut eftrc.car on fçait affez qu'il nV 
a point d'arfecliô amiable,en ce qui elt commun à tous: ôc que la com- 
munauté tire après foy toufiours des haines ôc querelles, comme dit la 
t!xaropatcr.j.dui- loy. 1 encores plus fabufent ceux là, qui penfent,queparlcmoycndcla 

cillîmis de légat, i. J f . ., oïl- r - * \ r ■ 

1. 1 quando&qni- communaute,Ies perlonnes ôc [es biens communs leroiet plus ioigneu- 

bus quarra pars Cl. /" • • 1 • • 1 1 r " o 1 1 • 

inrecomniuni.vt- fement traittezxar on voit ordinairement les choies comunes & pubh* 
l'fanciliTuSluu- 4 UCS mc fp f if ees * d'vn chacun , fi ce n'eft pour en tirer quelque profit en 
tcm,dedonat.c.i. particulier.-d'autant que ia nature d'amour eft telle, que plus elîceft co- 

Lucius.-.Caius , de * . * ■ r l n 

légat.*. munc,& moins a de vigueur: ôc toutainli que les grosrleuues, qui por- 

ïus^uTuc? qui " tentlesgradsfardeauXjeftâsdiuifeZjneportétriendutout-.auiïîfamour 
elpars à toutes perfonnes , ôc à toutes chofès , perd fa force ôc fa vertu. 

Or mefnage,& droit gouuernement d'iccluy fait la diferenon &diui- 
fion des biens,desfemmes,desenfans,desfetuiteurs., d'vne famille à l'au- 
tre^ de ce qui eft propre en particulier, à ce qui leur eft commun en 
gênerai , ceft à dire , au bien public . Et melmes les magiftrats en toute 
Republique bien ordônee , ont foin ôc fouci du bien particulier des or- 
phelins, des infenfez, ôc des prodigues: comme chofe qui touche ôc 
Li.de tofd.ff.1 ius conccrnc ' c ? public, affin que les biens foient conferuez à qui ils ap- 
dandi.eod. partiçnent,& qu'ils ne foient dilïîpez : corne en cas pareil , les loix fou- 

uent font defenlè d'acquérir, ou d'aliéner, ou hypothéquer fon bien, 
finon à certaines concluions , ôc à certaines perfonnes : caria conferua- 
non des bics d'vn chacun en particulier, eftla conferuation du bien pu- 
blic: mais les loix font publiques, cV communes, Ôc dépendent feule- 
ment 



LIVRE PREMIER. ij 

metdufouucrain.Etneatmoinsiln'eftpasinconuenierjquelesflimilles 
avec quelques ftatuts particuliers pour eux & leurs fuccefleurs , faits par 
les anciés chefs de familles,& ratifiez par les princes fouuerains:& les do- 
cteurs en loix en 4 demcurét d'accord pourlaplufpart.Nousenauosle- 4 . Bart.ini. omnes 
xéple en la maifon de Saxe, quiaplufieurs chefs de familles, qui ontcer- BaUni.'cùmomnei 
tain droit particulier^ tout autre que les couftumes générales d'Alma- &cumaT\fd?lî- 
o-nc,& les couftumes particulières du pays de Saxe . Et entre les Ducs de fta , m • Andr.adspe- 

£> > . ,, Jf - . •'.■**.■. 1 i • i cul. mtir. dctefta. §. 

Bauieres,& les cotes Palatins, y a loix particulières, tant pour le droit de compendiofe.Bai.m 
leurs fuccefïîons , que pour le droit d'electorat, qui eft alternatif en ces c^nnocent tU incap; 
deux maifos, par les anciés traitez de leurs predecefleurs,dequoyle Duc cotiSt^ 
deBauiere fift grande inllance à la diette d'Aufpurg, l'an m.d.l v. ce qui 
n'eft point es autres familles des électeurs. Et entre les maifons de Saxe &c 
de Hes, y a traitez & loix particulières homologuées par les Empereurs 
Charles s 1 1 1 1.& Sigifmôd: 6 & entre les maifons d'Auftriche & de Bohe- f^ à \ Dcciu 
me, y aflatut que l'vne fuccedera à l'autre, à faute de mafles , corne il eft «>nfii.jij. 
auenu . Et fans aller plus loing qu'en ce Royaume, i'ay veu vnc charte de 
lamaifondeLaualau£torifeeparleRoy,& homologuée au parlement 
deParisrquieftdirectemétcôtraireaux couftumes d'Anjou, Bretaigne, 
Mayne.,où la plufpart des biés de cefte maifon là font fituez,par laquelle 
le premier héritier habile à fucceder,doit tout auoir,& n'eft tenu de rien 
bailler à (es coheritiers,fïnon meubles, à la charge que l'héritier portera 
le nom de Guy de Laual fil eft malle, ou de Guyonne fî c'eft vne héritiè- 
re, & les armes pleines. Et pareillemét es maifons de la Baume, d'Albret, 
de Rhodez,les filles parles traitez anciens eftoientexclufès en ligne dire- 
cte & collaterale,tant qu'il y auoit malles, parles traitez des anciens Sei- 
gneurs,come il f eft fait aufli en la maifon de Sauoye,qui vfè de la loy Sa- 
lique. Telles loix des familles,que les Latins auoiétaufti,& les appelloiet 
iusfamiliare /ont faites par les chefs defamilles,pour la côferuation mu- 
tuelle de leurs biés,nom,& marques anciénes:ce qui peut eftrepafle par 
foufFrance es grandes & illuftres 7 maifons: & de fait ces traitez & ftatuts 7 . B ai.ïn ca P 1.$. 
domeftiques ont quelquefois conferué,non feulement les familles,ains comrou'erïp^" 
aumTeftat de la Republique: quifutcaufe qu'à la diette d'Aufpurg faite cap.i.defiUisa*is 

,, 1 r. • J Vr • 11 1 • • admorganaticam. 

1 an m. D. l v. les Princes de 1 Empire renouuellerent les anciens traitez 
des familles,ayas bien apperceu, que par ce moyé l'Empire feftoit gua- 
réty d'vne ruine èV fubuerfion totale de l'eftat d'Alemagne. Mais cela ne 
doit pas auoir lieu es autres maifons particulières : affin que les loix pu- 
bliques foient communes autant qu'il fera pofïible. Etnefautpasaifé- «.Aicxmd . i n i.fi 

1 1 1 1 r -11 J 8 n J non ( P f ciali. de te- 

ment endurer, que les traitez des ramilles dérogent auxcoultumesdu ftamem.c.Bart. 
pays : & moins encores aux loix & ordonnâmes 'générales. Et quelque cLifteÏÏafo a* s l 
traité qu'onface contre les couftumes & ordonnacesjes fuccefleurs n'y JT ? " ^«'dc re- 
font point tcnus,ny obligez, comme défait les fuccefleurs de la maifon P ulc ii>° «oiat. ff. 
d'Albret, de Laual, & de Montmorancy ont obtenu 1 arrefts du Parle- îcgan. 
ment de Paris,contraires aux anciénes chartes de leurs predeceffeurs, en ijsiw! 17 ' 

b 



1. 1 libertas. de ftatu 
hora. 




i.Gcncf.cap. 



i 4 DE LA REPVBL1QVE 

ce qu'elles eftoient contraires aux couftumes des lieux, quâd il fur que- 
ftion des fucceflions de Laual., du comté de Dreux., & de Montmoren- 
cy, qu'on vouloit faire indiuifiblc contrclacouftumc du Vicomte de 
Pans . car il faut que les traitez des familles foienc fugets aux loi\-, tout 
ainlï que les chefs de famille font fugets aux Princes fouue reins. Voila 
quant à la différence , ôdimilitude de la famille & de laRcpubliciuc eu 
gênerai : difons maintenant des membres de la famille. 

DE LA PUISSANCE MA'RJT ALLE, 
( " &fd e ft expédient de renouuellcr la loyde répudiation. 

C H A P. III. 

o vte Republique,tout corps & collège^' tout mef- 
nage fe gouuernc par commandement, & obciifancc: 
quand la liberté naturelle, qu'vn chacun a de viure à 
fon plaifir,eft rangée foubsla puiifance d'autruy:& 
toute puiflance dccommaderàautruy^elt publique ou 
particulière . la puiflance publique gin: au fouuerain, 
quidonnelaloy,ouenlaperfonnedesmagiftrats,,qui ploient foubsla 
loy, & commandent aux autres magiftrats., & aux particuliers, le com- 
mâdement particulier eft aux chefs de mefnages , &: aux corps & collè- 
ges en gênerai, fur chacun deux en particulier, & à la moindre partie de 
toutle corps en nom collectif Le comandement des mefnages fepréd 
en quatre fortesjdu mari enuers la femme, du père enuers les enfuis, du 
feigneur enuers les efclaues,du maiftre enuers les feruiteurs . Et d'autant 
que le droit gouuernement de toute Republique,corps & collèges, fo- 
cietez& mefnages dépend de fçauoir bien commander & obcir:nous 
dirons par ordre de la puiflance de commander, fuiuantladiuifionqiie 
nous auôs pofee.Nous appelions liberté naturelle de n'eftre fuget, après 
DieUjàhomme 1 viuant, & ne fournir autre comandement que de foy- 
mefmerc'eit à dire,de la raifon,quiefttoufîours conforme àlavoloté de 
Dieu. Voila le premier & le plus ancien commandement qui foit,c'eit a 
fçauoir,de la raifon fus l'appétit beftial :&auparauat qu'on puifle bic co 
manderauxautresjilfautapprédreacomanderàfoymefme, rendat à la 
raifon la puiflance de comandcr,& aux appétits l'obeiflance : & en celte 
forte chacun aura ce qui luy appartiét,qui eft la première & la plus belle 
iuftieequifoit : & ce que les Hebrieux difoient en commun prouerbe, 
comencer charité parfoymefme,qui n'eftautrechofe,querédre les ap- 
pétits ployables à la raifon. c eft le premier commandement que Dieu a 
eftabli par edit ' exprès , parlant à celuy qui premier tua fo n frere. Car le 
cômandemcnr,quilauoitdônéauparauaraumanpardcflusla femme, 
porte double fens, & doubIecommandement:rvn,quieftlitcraldela 
puiflance maritale:c\: l'autre moral, qui eft de l'amelusiecorps^dela rai- 
ion fus la cupidité, que refcriturefaincle appelle quafi touliours fem- 
me, & principalement Salomon, quifemblcà beaucoup deperfonnes, 

cftre 



LIVRE PREMIER. 15 

eftre ennemi iuré desfcmmes,aufquellesilpenfoitle moins quand il en 
efcriuoic, comme tresbien a monftré le fage Rabin 'May mon. Or nous j.iib.i.nemorcan- 
laifleronsauxPhilofophes & Théologiens le difcours moral , &pren- ncuo ° mm - 
drons ce qui eft politique 3 pour le regard de la puiflance du mari fus la 
femme,qui eft lafource & origine de toute focieté humaine. Quand ie 
dy la femme,i'entens celle qui eft légitime & propre au mari, non pas la 
concubine,qui n'eft point en la puiflance du concubin: cncores que la 
loy des 4 Romains appelle mariage, & non pas concubinage, fi la con- 41 % Kbcr*,de con- 
cubine eftfrache & librerce que tous les peuples ont regetté à bô droit, 
comme chofe deshonnefte, & de mauuais exemple, aufsi nous n'enten- 
dons pas quela fiancée foitTugete au fiancé,ny tenue de le fuyure:& ne y .i. 4 . <j e CO ndit. & 
peut le fiancé 6 mettre la main fus elle,cequi eft permis 7 au mari de droit ^J; ca i us ad 
ciuil & 8 canon. 6c fi le fiancé auoitvfé de main mile , & rauifafiancee.il 6 - "p- dcilIis &ibi 

1 I9l-i- \ r Hoftien. & Panor. 

doit eftre punicapitalement en termes de droit.Et ores que leconlen- defponk. 
tement des parties y foit, voire contractpafle par parole de prefent^ce i.'raptorcs.DcEpT. 
quelaloy appelle Mariage: fi eft- ce toutefois que la droite puiflance q.Tdê n P w?lir! 
maritale n eft point acquife, fi la feme n a fuiuy le mari : veu que la pluf- J^t^'j? 1 ' ™ i_ 
part des canoniftes^theologiés^ui s'en font croire en cefte matière, <Jcremdici.vk.de 

1 ».i , 1 ° . l 1,1 _ 1 r ».i libero homine . C. 

onttenu qu il n y a point de mariage entre 1 homme & la remme, s il ne 8.ca.duo. 55 .q .*. 
eft confommé de fait , ce que noz couftumes ont difertement articulé, "u-denotâ^ir. 
quandil eft queftion des profits du mariage &de la communauté. Mais c : , 

r 1 n r r r nrii n- i naptias de rcgul. 

depuis que le mariage eft confomme,la remme eft loubs la puiflance du *• «p • debimm.de 

• r\ > CL r î C J C 11 1 I» C\ bigam. Lombardus 

man,li le marin eit elclaue ou enfant de ramille : auquel cas ny 1 eiclaue, in. 4 . fentemia. di- 
ny l'enfant de famille,n'ont aucun 6 comandement (us leurs femmes,& Barbada S ' & confiil ' % i 
moins encores fus leurs enfans, qui demeurent toufîours foubs la puif- c ° 1 ^ 1 ib :fc& oAa 
fance de l'ayeul,encores qu'il ait emâcipé fon fils marié. Et la raifon eft, « tdc «Miner, con- 

1 p 7 p r » 1 r * 'ïl » r- iugali • Corne, con- 

parcequelemelnagenc' loutre quvn cher, qu vn maiitre, qu vn lei- fiu 4 8.iib.i.Feiin. 
gneunautremét s'il y auoit plufieurs chefs,lcs comandemés feroient co- p a r "(J m e p r . t10 ' locodc 
traires,& la famille en trouble perpétuel. Et par ainfi la femme de côdi- 6 a t ° to «^«^«jod. 
tionlibre,fe mariant à l'enfant de famille,eft loubs la puiflance du beau 7J. pronuntiatio.de 
pere:aufsibien quel'homme libre le mariantàla fille defamille,eft en la 8.1.1. $ g i. de Hberis 
puiflance d'au tru y, s'il va demeurer en la maifon du beau pererbien que qS!$!fi nup^dc"* 
en toute autre chofe il ioùifle de Ces droits & libertez.Mais il y a peu d ap iniuriisLl - fine* 

1 1 • 8 r% • 1 1 ni «qoeat . de libcns 

parence quelesloix Romaines veulent que la hlle mariée, & menée en «hibend i.z.$. 
la maifon du mari,fî elle n'eft emacipee du pere,nefoit pointfugette au quotics. foC".'^ 
mari, ains au père, qui eft contre la loy de nature , qui veut que chacun ^Kfi *!La. 
foit maiftre en fa maifon, corne dit Homère, affin qu'il puilTe dôner loy j?[J[; îï™^; 1 ^" 
a fa famille:aufli eft-ce cotre la loy de Dieu,qui ? veut,que la femme lait- la "°c.i. fi vx 0r & 

r o r 1 • o l" -rr r • î ibi Accurf. Cin. 

le père ce mère pour luyure ie mari:& done puiflance au mari des vœuz ftmoi.Baid . saïk. 
de la femme. aufli les loix Romaines n'ont aucun lieu pour ce regard, & fntSc? c ° ndit ' 
moins en ce Royaume qu'en lieu du monde : caria couftume 1 gênera- *•&*&**?•*• 

1 \ r * . « 1 j#w* • i i.Numer.cap.jo. 

le exempte laremme mariée delà puiflance du père : qui eftoitfembla- Auguffiniq.». 
ble en Lacedemone, corne ditPlutarque aux Laconiques, où la femme iuitjjq.j. 

L '• i. Fabcr.in.$.i. in- 



i6 DE LA REPVBLI QJ/ E 

ditut. dcs.c.Tcr- mariée parle amfi.Quadi'eltois fidèle failois les côman démens de mon 
co ouîiSc.M™ pere:mais puifquc ie luis mariée, c'eit au mari, a qui le dois robciifancc-. 
fuer.muidein.un*. auI:r c[i-icc la tomme foulcroit aux pieds les comandcmens du mari, &lc 
de dore. $. ncm de quittcroit quand bon luy fcmblcroic , prenant le père a çarend . les' in? 

coaToccadinc - 1 1 r i i • t» \ r \ r 

j. «cipiun: conçu- terpretes cxculans les loix Romaines , y ont adjointe pluiieurs exec- 

birum & operas .Ac- l r 1 : f 1 C > /"L • j~ 

cuiiînd.i.iivxor:. puons, pour les inconueniens qui relulteroient, ii laremmcneltoitlu- 
ÏctctSSSot g^tte au mari , encores qu'elle ne fuft émancipée du père . A lais hors la 
deopcrisiibttcBan. puiflance paternellc.toutesles loix diuines & humaines lont d'accord en 

Imol.Caftrenf.in *■ K v \ r i • i • v ~ i j 

î.rei iodicano.cum ce poinctla, que la rem me doit obeiliance aux comandcmens du mari, 
^Andr^rspêcui. Oik ne font illicitcs.ll n'y a qu'vn docteur 4 Italien,quiatcnu,quela fem- 
ïv:S3tedicafc me n'eft point enlapuiffance du mari: mais tout ainiî qu'il n'anyau- 
,ib - 2 - clorité.ny raifon de fon dire.auih n'v a il perfonne quil'avt iuiui . Car il 

6.Tacit.lib^ ' ' î i i r. I ri 1 

elt tout certain, que par la loy de Romule,non ieulement Je manauoic 

tout commadement fus la femme,ains auffi, pouuoir de la taire mourir, 

fans forme, ny figure deprocesen quatre cas, ceft à fçauoir, pour adul- 

tere,pourauoirfuppofé vn enfant, pour auoir de faulfes clefs, &beu du 

vin. Peu àpeularigueur des loix &couftumesfut modérée, & la peine 

de l'adultère permis à la difererion des parens de la femme : ce qui lut re- 

nouuellé,c\: pratiqué au temps de Tibère l'Empereur: par ce que le mari 

repudjant fa femme pour adultère, ou fevoyâtattaint de mefme crime, 

le cas demeuroit impuni,au grand deshonneur des parés , qui bien fou- 

cap 4 9 ' uent f a ifoient mourir 7 ou banniflbient la femme. Et combien que la 

8.Liui.ub.3f. puiflanec des maris fe diminua bien fort : fî ehVce ncantmoins par la ha- 

?.ritui.xi.& 9 . ran£ue,queMarc 8 CatonleCenfeurfiit; au peuple pour ladefenfede la 
infhcut. o a. . t , r r r 

loy Oppiajqui retranchoit auxremmes les habits de couleur, ôc deren- 
doit de porter plus d'vne once d'or,ilaperr, que les femmes eifoiét tou- 
te leur vie en la tutelle de leurs percs,freres,maris, ôc parés, de forte qu el- 
les ne pouuoient contracl:er,ny faire aucun acte legitimejans l'aucïon- 
té, & volonté d'iceux. Catonviuoit enuiron l'an d. t. après la loy de 
Romulus. & deux cens ans après Vlpian Iurifconfulte dit, qu'on don- 
ne tuteurs aux femmes, &: aux pupilles : ôc quand elles eftoient mariées, 
qu'elles eif oient inmamtviri, c'eit à dire, en la puiflance du mari . Etfî 
on dit qu'il a diuifé letiltre des perfonnes , quœ funt in poteftate } d'auec 
celles quœ funt in manu 3 cela ne conclud pas, que la femme ne fuit 
en la puiffancedu mari : car cela felt fait pour monftrer la différence 
du pouuoir que le mari a fus la femme, &]epeiefuslesenfans,c\:leiei- 
gneur fus les efclaues . & qui doubte que ce mot, manus > ne lignifie 
i.Gcne:. 14 .Exod. pouuoir, auclonté , puiflance ? les ^ebrieux, 1 Grecs & Latins en ont 
l. XewSfori* toufiours ainfi vfé,quand ils difent la main du Roy, & in manus hofiium 
-' centre, oVmefmesFeite ? Pompe parlant du mari qui prend femme , dit 
::"verboEmanc;. maciparc^uïciï vn mot propre aux efclaues. duquel mot vient plufieurs 
coull:umesdeceRoyaume,oiiilell:quell:iond'emacipcrlesfemmes.Ec 
pour monitrcr,que la puillance des maris fus les femmes., a elle généra- 
le 



patum 



LIVRE PREMIER. 17 

Je à tous les pcuplcs,ie n'en mettray que deux ou trois exemples. Olore 
Roy deThrace contraignit 4 les Daces, pour auoir cité vaincus des en- JiniS'/Rotaris 
nemis, deferuir à leurs femmes, en figne de feruitude extrême. &de la ac Luicpr3ndi,& 
plus^mdecontumeliedontilfepeutaduifèr.AuffilifonsnouSjquepar bard.c3 P .r.&vît. 

l 1 • J fr ^L 1 f n.-^ r r 1 • &pcnu!rm.qiMliter 

les loix des 5 Lo bars la femme eitoitenmelmelugetion que les anciennes muiier. îiber.aiien. 
Romaines: & les maris auoient toute puiflance delà vie & de la mort,de pmni ' 






laquelle ils vfoiét encore au tépsde'NBalde, iln'y a.pas c c LX.ans . Quat 6 - * cm .f , & B3ld - 

v l 1 . ' ». 1 — n vcllesdc rtuo- 

ànos anceftres Gaulois, y eut-il iamais en lieu du monde plus grande can.doimc. 
puiflance fus les femmes» qu'ils ont eu? Carfar 7 le monitre bien en les me- 8 Dtëfajr. H*fi- 
moires,ouil dit, que les Gaulois auoiét toute puiflance de la vie & de la 1" cîp i^vaicrdé 
mort fus leurs femmes & enfans. tout ainfi que fus leurs efclaues. & fil y Inftltu j • amic i- Cl_ 

, • r i r» 1" /• naru. deor. 

auoit tat foit peu defoupçon que le mari fuit mor^par le fait de la fem- j!j>- ?•& de Rc ?u b. 
me, Iesparensla prenoient, &luy bailloientla queftion,& fi ellceftoit bicmat.Rom ,«J" 
conuaincue,ils la faifoient mourir cruellemét, fans l'au6torité du magi- uerfo^cn^Tcr- 
ftrat.mais la caufe eftoit bien plus apparete, que pour auoir beu du vin, SîSifiSïb 
quifuffifoit aumaripar laloydes Romains, pour faire mourir fa fem- lo -ci;. & Aidmus 

1 1 I • > { r 1 /-v • » n • ri 1 Slcu lus apud A:he 

me:& en cela tous les anciens raccordent. Quineitoitpasieulementla «xum. 

couftume des Romains, ainsaufïi Theophralte efeript, que les anciens 

habitans de Marfeille en Prouence , & les Milefiens vfoiét demefme loy 

contre les femmes, qui auoient beu du'vin : iugeans que les appétits im- 

modérez de la femme fugette au vin , la feroient aufli toft y urongne, & 

puis adultère. AufTi trouuons nous,que la puiflance dônee au mari, par 

laloy de Romulus, défaire mourir fafemmepour caufe d adultère fans 9 . Poiyb . «b. z. Ly- 

au doritédumagiftratjeftoit commune à toute la 9 Grèce aufïi bien co- fias d f Eratofthc- 

11 I» r- 1 nis carde. 

me aux Romains. car la loy r Iulia,qui permet feulement au pere z de tuer i-Li.ad.Lioi.de *■ 
fa fille auec l'adultère trouuez fus le fait , & non autrement , a efté faite u. 'madré. 1. P am. 
par Augufte fèpt cens ans après la loy de Romulus. & neantmoins la loy £5 imanro. 
Iulia a permis aufîi au J marid en vfer corne le père enuers certaines per- 4 '.fiaduherium.ç. 

- , I ■ . » . • - J m P erat °res eod. 1. 

fonnes exceptées :punifTant le mari bien légèrement/ qui auroit pâlie l - ad] - comci.de n- 

,, l . jii w • 1 • 11- 1 • \ I car.l. Gracchus. 

outre 1 exception delà loy. Mais la peine publique ne déroge point a la eod. 0.1.3 .§. fi mari- 
puiflancedu mari en autre forte de corrections, que le mari auoit fus la ""uA.ooc'Sk. de 
fèmmej outre la peine de mort, qui pour ce regard luy eftoit interdite. o ^D em ' 0ft he. cao. 
Depuis Theodora Impératrice, ayant toute puiffance fus l'Empereur ^Ne^ram 
Iuftinian.hommehebeté de fonfens,fift toutes les loix quelle peut à l'a- fitfcogi coofaêt.c. 

dr \ • l • Benedic.incap.Rav- 

cs femmes, & entre autres mua la peine de mort en vne peine nucius.inverbocui- 

d'infamie, comme firent aufïi anciennement les Atheniens/excommu- dam - Nu,<f * 
niansles adultères, auec noted'infamie,ainfiquenouslifons auxplai- 
doyez de Demoflhene : qui femble chofe ridicule , attendu que l'infa- 
mie ne peut ofter l'honneur à celle qui l'aperduj&r qui eft du tout deho- 7 .L«m.io. Daniel. 
tee,teîlemét qu elle demeu* quafi fans peine,, mefmemét en ce Royau- &R a WMa?mê u ,. 
me, d'vn crime que la loy de Dieu 7 puniftde la plus rieoureufe mort n . cnao ^ f" 00 ^ ™ 

■ - -VI »n.^r • 8 1 1 • 1 • r i & -l aitciudehfl.rr.uom- 

t lors , c clt a lçauoir, de lapidation : de que du moins les JEgy- nm . m moms s ci:us 
punifîoient,en coupât le nez à la femme , & les parties hoteufes à ? DiodotEb* 



iS DE LA REPVBLIQVE 

i. eu. duo ifta.ij. o. rhôme. Es autres crimes qui couchée plus le mari que le public,& qui ne 

4 Accuif 111 1. et il. • - -1 I /' J> J 1 'C" 3 1 

^.vitaai.aquii &in memec p oint la mort,tous lonrdaccord,quelcmariapuilsaccdccna- 
Tun!" o U ia C vcro ^ lcr naodcrémét fa femme? Et affin que les maris n'a bu (a (lent de la puif- 
Bal.wLfiUus.dsp»- fonce que la loy leur donoit fur les femmes, elles au oiét contre les maris 
& in i.ncc patronus. actioen cas de mauuais traittemet, oudemauuaiicsmcurs, que depuis 
&«S!i 7 «.Pa- Iuitinia 3 ofta: ordonnât quelques peines ciuilcs & pécuniaires à prédre 
S"aacrdw aur ms lcsdroidsdes conuentions matrimoniales à celuy quiauroiedon- 
fpoii.-itBan.mi.iu- né caufe defcparation.quifontprincipalemétfondccsiùs l'adultère. & 

bemusde repud. C. ., ,_ *■ t / ' r ■ ri* n t ■ ! n 1» 

z.Quinti!.iib. 7 . c. lempoilonnementellaye,&n ayant lortiefrech Maisnonobitantl or- 
tai. t viro & vxori. donnance de Iuftinian,il eft permis à la femme iniunec, & tràittec indi- 
!°u°t!dc rcpud.c. gnemenf par fon mari, demander feparation : toutefois on ne doit per- 
4Andrinaddit. mettre l'action d'iniures entrele mari & la femme 'corne quelques 4 vns 

adipecul.rubnc. i l ■ ■ c 

deiniariisexu ont voulu)pour l'honneur & dignité du mariao;e,quc la loy J a lantefti- 

ienimamotar.1. / > u 1 °- r C '. A . r ._..- 

non débet de doio. me,qu elle ne veut pas que le mari ny melmcs vn tiers, p uilie auoir aCtio 
ruiiïïd^aS dC m de larcin contre la femme , encores qu elle euft expilé tous les meubles 
î. dmortio. . fifun- Ju mar i m Mais d'autant qu'il n'y a point d'amour plus çrand queceluv 

dum. col.4. loluto. T. > / X l p i j 

Ancaran. côûi 4 o8. du mariage,comme dit Artemidore, aum la hayne y eft la plus capitale, 
mot.i.aduerfusdc fi vnefoisellc prend racine.Et pour celte caufe la loy de Dieu, touchant 
lSc. ,piiafte hac ^ es feparations,qui depuis fut commune à tous les peuples, àc eft enco- 
res àprefent vfîtee en Afrique,&en toutrOriét^permertoitaumaride 
répudier fa femme,fi elle ne luy plaiioit , à la charge qu'il ne pourroit ia- 
mais la reprédre, mais bien le remarier à vnc autre, quieftoit vn moyen 
pourtenir enceruelleles femmes fuperbes: &auxfafcheuxmarisdene 
trouuer pasay (ément femme.,!! on cognoifloit qu'ils euilent répudié la 
leur (ans iufte caufe. Et 11 on dit,qu'il n'y a point d'apparéce de répudier 
fa femme fans caule : ie me rapporteroy à î'vfage commun : mais il n'y a 
rien plus pernicieux , que contraindre les parties de viure enfemble , fils 
ne difent la caufe de la feparation qu'ils demandent , & qu'elle foit bien 
vérifiée : car en ce faifmt,l'honneur des parties eft au hazard ., qui feroic 
couuert,quàd la feparation ne porteroit point de caufe: comme faifoiéc 
anciennement, & font encores àprefent les Hebrieux, ainfî qu'on peut 
voir en leurs pandecTes,& mefinementdu Iurifconfulte MoyfeCotfi, 
^.cap.nnnaideft, au chap. duretrenchement*(ils appellentainfilarepudiation)oiiilmec 

ablcilhonis. t> r> 1 ^• • \ r\ \ • v • t r> • r 1 1 t -C 1 

i acte de répudiation „ que le Rabin Ieiel Panlien , lors que les Iuirs de- 
meuroientenParisjenuoya a fa femme le mardi xx i x. Oc~tobre,l'ande 

chrUH.i^T 10 h création du mode cinq mil dix huicT: : où l'acte ne porte aucune cau- 
fe de répudiation. l'en trouue vne autre en l'epitome des pandectes He- 
braïques 3 recueillie par le Iurifconfulte Moyle de May mon, au titre des 

7.ca P .c^3 femmes 7 chap. 1 n. qui fiit fait en Chaldee.oiî le iuge des lieux,ayâtveu 

la procuration (pédale , & l'acte de celuy qui auoit répudié fa femme en 
prefence de trois tefmoins^adioufte ces mots,qu'il la répudiée puremét 
& fîmplement & fans y adioufter caule, luy permettant de fe remarier à 
qui bon luy fèmbleroir, &le iuge en décerne acte aux parties . En quoy 



LIVRE PREMIER. 19 

faifant,la femme n'eil point dcshonoree,& peur trouuer autre parti lor- 
tableàfaqualité.Etdefait.ancienncment les Romains ne mettoient au- 
cune caulè., comme on peut voir quand Paul 8 yEirnl répudia fa femme, s. Piurar. ^je™- 
qu'ilconfelloiteilrefortfage&hônelle^&de maifon fore noble, eVde 
laquelle il auoit plufîeurs beaux enfans. & lors que les parcs de la femme 
fen plaignirent aluy,voulans fçauoir la caufe } il leur monftra fon fou- 
lier, quieftoit beau, & bien fait, mais qu'il n'y auoit que luy qui (entilt- 
l'endroit oii il blefloit. & fi la caufe ne femble lurhlantc au ingc^ou qu'el- 
le ne ioit bien verifiee,il faut que les parties viuent enfemble,ayat à tout 
heure l'vn 6V l'autre l'obiectdefon maldeuant{esyeux.Celafucl:,queic 
voyans réduits en extrême feruitude, crainte 3 & difeord perpétuel , les 
adultères, & bien fouuent les meurtres, & empoifonnemens fen enfui- 
uenr,& qui font pour la plufpart incognus aux hommes : comme il fut 
decouuert en Rome., auparauant que la coufl urne fut pratiquée de ré- 
pudier fa femme(car le premier fut SpuriusCarnilius,enuiron cinq cens 
ans après la fondation de Rome) vne femme eftantiurprinlcj & con- 
damnée d'auoir empoifonné fon mari , elle en aceufa d'autres , qui par 
compagnie & communication entre elles en aceuferenr iufquesàioi- 
xante & dix de mefme crime, qui furent toutes exécutées, chofe qui eic 
encoresplusàcraindre,oùilny a aucun moyen de répudier lVn l'autre. 
Caries Empereurs Romains ay as voulu ofter la facilité àcs repudiatios, 
& corriger 9 l'ancienne coult-iime., n'ont or-doné aune peine que la per- *l-«nfciriMere- 
te des conuentions matrimoniales, a celuy qui leroit cauledudiuorce: BaU.ini.r. .^ d 

* n r 1 • \ r • ^ r i t feimus de l'aâna. 

encores Anaitale permit lateparationdu conientemcntdes deux par- iibcrt.Panor.«oflfit 
ties fans peine : ce que luftinian l a défendu . chacun peut iuger en foy- aShS !ï.i°i & fi ab 
mefme, fî l'vn eft plus expédient que l'autre. b ° mb> loluto lï)a ~ 

Mais quelque changement & variété de loix qui puiffe ellre.il n'y a ia- »■ i- fi confiante , d s 
maiseuloy ny couflume,quiaytexêptélafemmederobeiiïance, &nô %. i.amhorc qood 
feulement de l'obeiffance^ins aum* de la rcuerece ? qu'elle doit au mari, 5 10 |. J x °ùod amern 
cVtellequelaloy 4 nepermettoitpasàIafemmcd'appellcr lemarieniu- A f. ÏC \ V ™ T \ X . c K 

J J r 1 Fr alla $ vbi.io!u:o. 

gementfans permiffion du ma^illrat. Or tout ainh qu'il n'y a rien plus 4'i-generaKrcr de 
grad en ce monae,come dit tunpide,ny plus neceilaire pour la co nier- dus in î.vk. «>d. m 
uatiô desRepubliqueSjquel'obeinancedelafemmeaumariiauiTiIema- 
ri ne doit pas fous ombre de h puiiTance maritale,faire vne efclaue de fa 
femme: côbien que Marc Varrô veut que les efclaues foicr pluftoif cor- 
rigez de paroles que de batures , à plus forte raifon lafcmme.que la îoy 
appelle copagne de lamailon diurne & humaine : corne nous monitie crjmïne «piiat». 
aflez Homere^introduifantïupiter, qui reprend fa femme, & la voyant ^b.i.iiud. 
rebelle, vfc de menaces J & ne pafle point outre. Et mefme Caton, qu'on 
difoiteltrc l'ennemy iurédes femmes.ne frappa 7 iamais lafienne.cenât 7mvuic atonisc: . 
cela pour facriîege : mais bien fçauoit il garder le râg & la dignité mari- 
tale, qui retient la femme en obeiiîance : ecauene fera iamais celuy, qui 
demaiflrel'eftfaicl; compagnon, puis féru iteur, & de (eruiteur efclaue: 

b iiij 



20 DELAREPVBLIQJVE 

s. Arift.iib i. io. lu. comme on reprochoie 8 aux Lacedemonicns , qui appclloiét leurs ftm- 
l *' a Tnà"ilî. c în lc ' mes mailtrcffes ôc clames: ce que faifoient bien aufli les Romains/ ayans 
cbuJie i. vxorcm : a pcrc | u J a dio;nité maritale, & la marque virile de commander aux fem- 

de légat.] Initia. ■> L o ii ' »■ r i t • r* v 

§ . cjui marito. de mes . Combien que celles., qui prennentii grand plaiiira commander 
vxor.de auro&arg. aux maris effe minez , reflcmblent à ceux , qui ay ment mieux guider les 

aueugles, que de luiure les fages & clairuoyans. 
t J S?î?L i JkS Or laloy de Dieu & la langue fain£te,qui a nome toutes chofes félon 
eu m. i vit. de in- favravenature«S ( :proprieté,appcllelemanBahal,c , eltàdire,lerci2neur 

colis . C Bartol. 7 ï^ t. ,A' l rr l 

Faigo.GaftrenCiafo & mailtre., pour moftrer qu aluy appartient de comanaer.Aufh les loix 
gn ■■"Guidopapacô- de tous les peuples , pour abaiifer le cueur des femmes, & faire cognoi- 
vÏaJi».' e? * ftre aux homes 5 qu ils doiuent palier les femmes en (àgefle&vcrtu, ont 
^Bart.m [t-ic&p ordôné.,querhonneur & fplendeur de la femme depédroit du mari.de 

C Caitrcnf. in al. J i. i L 

vkdeverb.fig Cor- forte que fi le mari eft noble,il annoblilt la femme 1 roturiere:& 11 la da- 
i&con(ii.:6.iib : 4. moifelle efpoufe vn roturier,elle perd 1 fa noblefle. iaçoit qu'il y euftan- 
knandSîTnm- ciennemét quelques peuples,qui tiroiét leur noblefle Ôc qualité des me- 
h Ban An^ei.piat in res ->& non P as des peres,come 3 les Ly cienSjDelphiéSjXantiqueSjlliéfes, 
î. «cmpio.de decu- & quelques peuples d'Amafie, pour l'incertitude des peres:ou poura- 

rio CBarbat.confil. 7 T T T , i n ~ r ~ r-\ * M T 

57.Bcncdk.in cap. uoir perdu toute la no bielle en guerre, corne en Chapagne, ou les rem- 
i;.ArS. S &FeUn I î mes nobles annobliflent leurs maris roturiers , & leurs enfans pour la 
c^p. iupcteo.de te- cau f e q Ue i'ay die . côbien que tous les IurifconfuItes 4 tiennét,qu'ilnefe 
5 hb. ; Bai in î.vit d c p em f aire p ar cou(tume,obftant le droit de tous les peu pies^comme die 

feruisfuçn^dl.rce- * t < • \ C • 6\ I- ■ « r • 1 

mine defcnaror. Hérodote: 5 qui veut que la remme tienne la condition, & luiue la qua- 
Angei CU p:atc a i r n°i d- licé du mari, & le païs, 7 & la famille, 8 & le domicile, 9 & l'origine : & ores 
ucs de incoiis. c. q Ue I e mar j f u ft; Dann i & vagabond , neantmoins la femme le doit 'fui- 

Bal.conm i?9- ''b y- x i\ 1 1 n r rr 

8.1-uicuncuc.derc ure y & en cela tous les Iurifconfultes & Canoniltes raccordent. 1 Aufii 
confii. 4 i. coi. vit. toutes les loix & couftumes ont faictle mari maiftre des actions de la 
y.i'cunvbradan dc femme, & del'vfufruicl: de tous les biens qui luy efcheenr, 3 ôc ne permet- 
iurirdic fficxigere. tenc q ue j a femme puifle efter en iugemét . foit en demandant ou defen- 

dfiudic. 1. caque. I. T I t> ' 

vu ad municip. ^nz fans laudtorité du mari ou du iuee à fon refus : qui font tous argu- 

il.oreine.&ibiglo. • 1 l • 1 1 n I» /v • / • rr « 1 

eoa Bai.confii.jp. mens indubitables,pour monitrer l auttoruc,puilianoc,&.commande- 
"i.îibi.'' mentjque le mari a fus la femme de droit diuin,& humain: & lafugen5, 

vx^r.'mn^ccunl» reucrcncc, & obeilîance , que doit lafemmeau mari en tout honneur &c 
&Aibcricusini.ob- c h fe licite . le fçay qu 'il y a plufieurs claufes & conuentions es traitiez 

feniaredcoffi. pro- x W 1 7 T r • - f 

c5fu.Bai.Roma An- de manages,ou les femmes ont Itipule, quelles ne ieroiet enjienluget- 
SotemTfimariuJ! tes aux maris : mais telles paclions &ftipuIationsnepeuuétempefcher 
Hc^enCP^noï ^ a puiflance & auclorité du mari,attendu qu'elles font cotraires au droit 
Amoni . cardmaiis cliuin & humaiiij & àThonnefteté publique , & font de nul efîecT: «5c va- 

vteroue in cap . de . i , * • i i 

iiiis dcfponfa & in lcur,de lorte melme, que les lermens n y peuuent obliger les maris. 

cap.i. dc conn:giis A *" ® 

Jeprof 

iicMSiS ^^ ^^ VV1SSÀNCE PATERNELLE, 



&filejl bon d'enl>fèr comme les anciens 'Romains, 



dot. Cl. fi ego. <j. do 

ti%eod.fF4.1 jurific- 

tium.iJ. fi plagij. dc 

paftis. I .gencraliicf C H A P. I I- 1 I. 

de vcr'o.obligat. _ 

Le 



I 



LIVRE PREMIER. 21 

E droit gouuernemct du perecV des enfans gift à bien 
vler de la pui{lance,que Dieu a dôné au père iur les en- 
jÇf^§®2p fans propies, ou laloy fur les enfans adoptez, &enl'o- 
l^wfë?' beiflànce,amour, & reuerence des enfans cnuers les pe- 



OLKâf 






l^^jx^ res.Lemotdepuiflànce,eft propre à tous ceux quient 
pouuoirde commander a autrui. Ainfi le Prince, dit 
Seneque,comande aux fugets,lemagiftrataux citoyens, le pere aux en- 
fans, le maiftre aux difciples., le capitaine aux ibldats, le feigneuraux et- 
claues.Mais de tous ceux là,il n'y en a pas viijà qui nature donneaucun 
pouuoirde commander, & moins encores d'afleruir autruy,horimis au 
pere,qui eft la vraye image du grand Dieu fouuerain , pere vmuerfel de 
toutes chofes,comme difoit Procle Académicien. Auiu Platon ayât en 
premier lieuarticulélesloix,quitouchentriionneur de Dieu, il dit,que 
c'eft vne préface de la reuerence que l'enfant doit au pere,duquel,apres 
Dieu,il tient la vie,& tout ce qu'il peut auoir en ce monde . Et tout ainfi 
que nature oblige le pere à nourrir l'enfant, tant qu'il eftimpui{]ant r & 
l'inftruire en tout honneur & vertu : aufTi l'enfant eft obligc,mais beau- 
coup plus eftroictement, d'aimer, reuerer,feruir, nourrir le perc,& 
ployer fous fesmâdemés en toute obeiiTance,fupporter,cacher,&:cou- 
utir toutes fes infirmitez ôcimperfectios, &: n'efpargner iamais (es blés, 
ny fon fang,pour fauuer, de entretenir la vie de celuy, duquel il tient la 
fîëne. Laquelle obligatiô ores qu'elle foit {ellee dufeau de nature,voire 
qu'elle porte executio parée, fi eft- ce toutesfois pour môftrer comblé 
elle eft grande, il n'y en apoint déplus certain argumët,que le premier 
comandement r de la fecôde table, & feul en tous les dix articles du De- ^ Exodi ir - 

, , Deuterono.f. 

calogue,qui porte fon loyer ^combié qu'il n'eftdeu aucun loyer à ce- *• Deuteron . «.& 
luy,qui eft obligé de faire quelque chofe , mefmement par obligatiô fi 
eftroicte, que toutes les loixdiuines 3 & humaines en font pleines. Au j.EzechicUi. 
contraire,nouslifons^ que la première malédiction, qui foit en la Bible, 4 euc -7 ' 
4 eft celle qui fut donnée à" Cham, pour n auoir pas couuert la honte de 
fon pere. Et non fans caufeles enfans anciennement eftoient fî ialoux 
Mes vns des autres, à qui emporteroit la bénédiction du pere,craignant j.Gcnefc.7 is. 
plus (à malédiction que la mort. Et de fait le ieune Torquatus 6 eftant ^^'^"J^' 3 " 
chafféde lamaifon de fon pere,fetuaderegret.C'eftpourquoy Platon 
7 difoir, qu'il faut bien fur tout prédre garde aux malédictions & bene- 
dictions^que les pères douent aux enfans : & qu'il n'y a prière que Dieu 
plus volontiers exauce 3 que celle du pere enuersles enfans. Si donc les 
enfans font fi eftroictement obligez à feruir, aimer,obeir,& reuererles 
peres & mères, quelles peines meritétceux-là,qui fontdefobeuTans, ir- 
reuereSjiniurieux? quel fupplice peut eftreaifez grand à celuy, qui frap- 
pe le pere oulamere? car quat au meurtrier du pere, ou de la mère, il ne 
i'cft iamais trouuéiuge,ny legiflateur,quifceuft imaginer formes fuffi- 
* lanspourvncasfi exécrable, quoy que laloy PôpeiaMes Parricides, ait su.ad.1. Pompai 



n DELAREPVBLIQJ/E 

ordonné vn rorment plus eftrange,que digne d Vn tel crime:& encores 
que nous en ayons veu vn de noitre mémoire , qui a efté tenaillé , puis 
rompu fur la roue, 6V en fin bruflé : fî eft-ce qu'il n'y auoit homme,, qui 
n'eut plus d'horreur de fa mefchâccté,que de frayeur de fa peine,& qui 
ne confefTaft,qu'il meritoit plus qu'il ne fouffroit. Aufli le fage Solon in- 
terrogé pourquoy ilauoit oublié la peine du Parricide,fift refpofe,qu'il 
ne penfoit pas qu'il y euft homme fi deteftable, qui vouluft commet- 
>.ciccro P roRofcio tre vn a&e fi mefchant. 9 quieftoitfagement refpondu.car le fagelegifla- 
pcraud. tcuJ . ne c j Q - c j ama j s f a j rc mention dvn crime , qui n'eft point , ou bien 

peu cogneu,affin qu'il ne donne exemple aux mefchans d'en faire l'eflay . 

mais file crime eft grand, & exécrable , il ne doit pas le couler parfouf- 

france, ny lemonftreraufliau doigt & à l'œil :ains par circonftances, & 

peines qui enapprochent.commenous voyons la loydeDieun'auoir 

eftabli aucune peine au meurtrier du pcre ou de la mère , ny mefmes à 

i.iexScmia hisvcr- celuy qui afrappé l'vn ou l'autre (comme la loy Seruia, x qui condamne 

pndMhta*p^n£ à mort pour tel crime) mais elle donne plein pouuoir, & puitfànce au 

si patentera pu« p e re,& à la mère de lapider l'enfant defobeiflant. & veut qu'ils en foient 

verberam , aft elle * * £ » Jl - 

pioiamt, patentes, creus, & que 1 executio le race enpreienceduiugc .cViansquiHuyloit 

puer diuis lacer efto . i> • i i • / i» i • rr 

aft.inquit.pro cette: permis de 1 enquérir de la vente, ny d en prendre aucune cognoitlance. 
m.'id'cft^capluîc car en ce fai(ànt,l'enfant n'eft oit pas tué en cholere,comme il peut adue- 
fuppiiciumirrogan- mr nv cn fecret.pour couurirle deshoneur delamaifon.ainfi que nous 

dum ei eft catenus, ' J T p N ~ * ± 

niachryma, VOX.& voyons en nos loix vn père auoir tueion fils a la chaûe,pour auoir ince- 
lonm teSficentut. ftué fa belle mère : c'cft,dit la loy, 1 tuer cn voleur: car le principal fruict 
peiatTc^patricS." de la peine,eft qu'elle foit exemplaire à tous. L'autre article de la loy ? de 
Dcutero ' Dieu veut,que l'enfant quiaura mefdit au pere,ou àla mere,foit execu- 

Exodji. té à mort : & en donne la cognoifïànce aux iuges,ne laifTant pas la p einc 

ala diferetion des pères & meres,afrin que le crime ne demeure impuni, 
car l'amour du père & de la mère eft fi ardent en u ers leurs enfans, qu'ils 
ne voudroient pas que la iuftice en euft iamais la cognoiflànce.,encores 
que leurs enfans les cufTent frappez à mort: comme défait iladuint à 
Chaftillon fur Oing > l'an m.d.lxv. que le père ayant receu vn coup 
d'efpecàtrauerslecorpsparfonfilsjluy voulant donervnfoufflet,ilne 
ceflade crier après fonfils,iufquesà la mort qu'il (!cn fuift, craignant 
qu'il tombaft entre les mains de iuftice &: qu'il fuft exécuté à mort,ain- 
fi qu'il fut les pieds pendus contremôt quelque temps, &vne pierre au 
col , & puis bruflé tout vif, renonçant à l'appel par luy intergetté delà 
fentence . qui monftre affez l'eftrange & violente pafîîon d amour du 
pcre enuers £cs enfans. nous en auons aufli de noftre temps vn exemple 
de la mère , qui aimoit mieux foufîrir eftre mefprifee , iniuriee , batue, 
frappée & foulée aux pieds par fon propre filsjque de s'en plaindreau 
iuge , qui laiiToit tout cela impuni , iufques à ce qu'il eut fait (es ordures 
aupotagedefamere(ilfautquelapofteritéfçacheceftevilainie)alorsle 
iuge condamna le fils à faire amende honorable, & requérir pardon à 



LIVRE PREMIER. 2$ 



§ e 



a mere.Ie fils en appelle au Parlement de Toulouze,oii il fut dit mal iu- 
rê. &c en amendant le incrément , il fut condamné a cftrc bruflé tout vif, 
lansauoir ëfgard aux cris, & lamentations delà merc,quiproteltoit luy 
pardonner, &: n auoirrcceu aucune iniurc.Seneque parlant dupcre,qui 
chafle feulement fon fils defamaifon,0]que le perc, dit- il, coupe les me- 
bresàgrandregrctjCombien îlfaitdcfoufpirsen les coupant, combien 
de fois il pleure après les auoir coupez, & combié il iouhaitte les remet- 
tre en leur place. 

Tout cequci'ay dit, & les ex épies, que iay deduidh défi fraiche mé- 
moire, feruiront pour monftrer, quileff befoin de rendre aux pères la 
puillance de la vie &: de lamort,quela ioy de Dieu Ôc de nature leur do- 
ne:loy,quiaelté la plus ancienne qui fut onqueSjCÔmuncaux Perfcs, 8c 
aux peuples de la haute Afie,comune auxRomains,aux Hebrieux, aux 
Celtes, &: pratiquée en toutes les Indes Occidentales auparauant qu'elles 
fuffent afïugettics des Efpagnols:autremét il ne faut pas efperer de ïamais 
voiries bonnes mcurs,rhôneur,Ia verru,l'ancienne ipîendcur des Repu- ,.i„ t itcîcpamapo» 
bliquesrefbblies. CarnoftreIuftinian 3 fcit.abu{édc dire, qu'il n'y auoit lninltltul - 
peuple, qui eufl: telle puifïance fus leurs enfans,que les Romains, & ceux 
quiontfuiuifonopinion.nousauonslaloy de Dieu, qui doit cltiefain- 
Ù.c & inuiolable à tous peuples .nous auôs le tefmoignage des hiftoires 
Greques &Latines J pour le regard des Perles, 4 des Romains/ & dc 3 Cel- 4 .Ariftot.inpoijt. 
tes, 6 dcfquels parlât Cefar en fes mémoires: Les Gaulois,dit-il, ont puif- & P ofthû s ' < 
lance de la vie & de la mort fus leurs enfans, &: fur leurs femmes, aufli bie 6 cxfariib.6.com- 

3 . . .. mentar. 

que fus leurs efclaues . Et combié que Romule, 7 en la publication dc[cs i- Dk>»yf. haiicar. 

loix,euil limité la puifïance de la vie &dc la mort,qu'il dônoit aux maris 

lus les femmes,en quatre c^s:(l eft-ce qu'il ne limita rie pour le regard des 

peres,leurdônant pleine puifïance de difpoferdelavie & delà mort de 

leurs enfans,& fans qu'ils peuflent rien acquérir /qui ne fuit aux nei es. Et 8 - L pUcuh."d c ac- 

ri 1 t* ■ • n v r 1 quir.hxredic. 

non ieuicmentles Romains auoient telle puillance lus leurs propres en- 

fans,ains aufii (us les enfans dautruy par eux adoptez. 9 Laquelle puillan- ?. Geii.iib.j- ci* 

ce deux cens foixante ans après fut ratifiée, & amplifiée parles loix des 

douze 1 tables: qui donnèrent aulli puifïance au père de vendre fes en - 

fans,& fils fe racheptoientjes reuendre iufques à troisfois. Ioy, qui feff. 

trouuee du tout femblableaux Iflcs Occidentales , corne nous liions en 

l'hiitoire des Indes . Et encores à prefent il eft permis au pere en tout Je 

païs de Mofcouie,èV de Tartarie,de vendre iufques à quatre foisin- 

clufiuement fes enfans : puis fils ferachcptent,ils font afranchis du tout. 

Par le moyé de celle puifïance paternelle, les Romains ont fleuri en tout 

honeur & vertu,& fouuét la Republique a efté releuee de fa cheute înc- 

uicable par la puillance paternellc,alors queles percs venoiét tirer 1 leurs Jb5° nyf ' haIic3r ' 

enfans magiftratsdela Tribune aux harangues, pour les empclchcrde 

publier ny Ioy ny rcqueftc,quitcndiftàfedition.& entre autresCaflius 

getta ion fils hors la Trib une, & le filt rnourir,pour auoir publié la Ioy 



24 DELAREPVBLIQJVE 

des herirages,demeurans les huiiTiers,fergens,magiftrats,& tout le peu- 
ple eftonné,fans ofer luy faire aucune refiftence, encorcs que le peuple 
vouluft à toute force qu'on publiait la loy. Qui monftrenonfeulemet 
que celte puiflance paternelle eftoit comme làcree c^inuiolable^ains 
auffi que lepere pouuoit à tort ou adroit difpofer de lavie,& de la 
val Max lib mort ^ e ^ es enfans,fans que les magiftrats en peuffent prendre cognoil- 
fance.Car côbien que le Tribun Pôponius 3 euft chargé Torquat enuers 
le peuple de plufieurs chefs d'aceufatio, &: entre autres qu'il greùoitpar 
trop fon fils à cultiuer la terre : fi eft-cc neâtmoins, que le fils melme al- 
la trouuer le Tribun en fonli£t,& luy mettant la dague fus la gorge, luy 
fiftiurer, qu'il fedefifteroit de la pourfuicte.,qu'ilfaifoit cotre ion père. 
Le Tribun priale peuple de l'excuferpour le ferment qu'il auoitfait. le 
peuple ne voulut point qu'on paffaft outre . Par ces deux exemples on 
peut iuger,que les Romains faiïbient plus d'eftat de la puiflance pater- 
nelle que des loix mefmes qu'ils appelloient facrees, par lefquelles la te- 
4 . Dion>f. Haiicar. fte de celuy eftoit voiiee àluppiter, quiauroitfeulemétattétédetou- 
1 .7.&Liuiusiibj. cher 4 au Tribun pour roffenfer.Carilstenoient,quela mftice dome- 
ftique,& puiflance paternelle,eftoitvntreiTeur fondement des loix,de 
l'hôneur, delà verur, & de toute pieté. AulTinous trouuonsles rares & 
beaux exemples de pieté enuers les pères & mères en la Republique 
Romaine,qui ne fc trouuét point ailleurs, l'en ay marqué vn entre mil, 
i'enmettray encoresvnautre,quetous lespeintresdu mondeontprins 
pour embellir leur feience, c'eft à fçauoir,de la fille,qui allai ttoit le père 
codamné à mourir de l'ancienne peine ordinaire de faminequi ne fouf- 
j. piin.iib. freiamais^ l'homme lain pafTerle feptiefmeiour: le geôlier ayant efpié 

ceita&ede pieté, en auertit les magiftrats, & le fait eftant rapporté au 
peuple,Ia fille obtint la gracepour la vie du père, combié que les beftes 
fans raifon nous enfeignent allez ce deuoir naturel , tefmoing la Cico- 
é. icuitici.ii. gne,quela langue faindle, qui nomme les chofesfelo leur propriété ca- 
piamiLicordj. chee , appelle Chafida , c'eft à dire 3 debonaire & charitable , d'autant 
qu'elle nourrift (es père & mère en vieillelTe. Et combié que le père foit 
tenu d'enfeigner & inftruire fes enfans,mefmemé'ten la crainte de Dieu, 
il eft-ce neantmoins s'il n'a fait fon debuoir.l'enfant n'eft pas exeufé du 
fien,quoy que Solon par (es loix euft acquité les enfans de nourrirleurs 
pères, s'ils ne leurs auoient apprins vn meftier pour gaigner leur vie . Il 
n'eft pas befoin d'entrer en cefte difpute, où il eft principalement que- 
ftiô de la puiflance paternelle, de laquelle l'vn des plus grâds biens, qui 
en refultoitjanciennement eftoitla droite nourriture des enfans. Caria 
iuftice publique ne prend iamais cognoiffance du mefpris, defobeif- 
fance , & irreuerence des enfans enuers le père & merc,ny pareillement 
des vices,que la licécedefbordee apporte à la ieuneffe en excezd'habits, 
d yurongnie,paillardife,jeux de hazard,ny mefmes de plufieurs crimes 
fugets à la iurifdiduon publique, que les pauures parens n'ofent dé- 

couurir, 



X IVRE PREMIER. 25 

couurir, & neantmoins la puiflance de les punir leur cfl: oftee : car les en- 
fans n'ayans aucune craincte des parcns, & de Dieu encores moins ,(c 
garentiront aflèz des magiftrats , la plufparr defquels ne punift ordinai- 
rement que les beliftres. 

Or cft il impolTible que la Republique vaille rie,fi les familles qui font 
les pilliers d'icelle,font mal fondez.Dauâtage tous les procez, querelles, 
& differens, qui font ordinaires entre les frères & feurs, eftoient tous e- 
ftain6bs,& aflbpis,tant que le père viuoit,car les mariages ne luy oftoiet 
point la pui(Tance J & encorcs qu'il reuftemâcipé,ceux qui fe marioient, 
& fortoiét de (a maifon pour tenir mefnage à part , ce qu'ils ne faifoient 
pas ayfémét,neâtmoins la reueréce , & craincîe du père leur demeuroit 
toufïours. C'eft vne des caufes principales d'où viennét tant de procès: 
car on ne voit les magiftrats empefehez , qu'à vuider ceux qui fe proui- 
gnent,non fèulemct entre le mari, & la femme, ains aufli entre les frères, 
& feurs,& qui plus eft entre les peres,& les enfàns.Or la puiflance pater- 
nelle eftant peu à peu lâchée fus le déclin de l'Empire Romain, aufli toft 
après f euanouit l'ancienne vertu,& toute la fplendeur de leur Républi- 
que^ au lieu de pieté,& de bonnes meurs,il l'en enfuiuit vn million de 
vices , & de mechancetez . Car la puiflance paternelle de la vie , & de la 
mort , fut oftee peu à peu par l'ambitio des magiftrats,pour attirer tout 
àieurcognoiflance,&cela aduint après la mort d'Augufte, depuis le- 
quel temps on n'eftoit quail empcfché qu'à punir les parricides : côme 
nous lifons en Seneque, 7 lequel adreflantfà parole à Néron. Onaplus 7 .iib.i.dedcmemia. 
veu,dit-il, punir de Parricides en cinq ans foubs le règne de voftre père, 
que iamais onn'auoit veu depuis la fondation de Rome. Or il eft bien 
certain que pour vn Parricide qu'on punift,ilfen cornet dix,ellantla vie 
du pere,& delà mereexpofee a mil mors,!! la bote de nature,& la crain- 
te de Dieu ne retient les enfàns.Et ne fe faut pas cfmerueiller 11 Néron ne 
iift point de confeiencede tuer, ny derepentenccd'auoirtué fàmere, 
car c'eftoit alors vn crime tout comun: mais Seneque ne dit pas lacau- 
fè,c cft à fçauoir, qu'il falloi t 8 que le père pour chaftier renfant,allaft au s. 1. inauditum. td 1. 
magiftrat l'accufèr,ce que iamais les anciens Romains n auoiét foufFert. 
Et mefme le Sénateur Fuluius du temps de Ciceron, Rd mourir fon fils, 
pourauoir eu part àlaconiurationdeCatilina,defa pleine puiflance. 
9 & encores du temps d'Augufte. le Sénateur Tariusfift le procez à fon ,*.„,,„ 

ri 1» • 1 b 11 . n • n -r 1 ? Salufhn bdlo C»- 

hlsdvn crime capital, &appelIaAugultepour venir en la mailonluy ofia. 
doner con(èiI, en qualité de particulier,& ne fe mit pas, dit Seneque,en 
la place du luge. Aufli voyons nous que par la loy Pompeia r des Parri- , j.,. a di.pompdam. 
cides,tous les parens font comprins foubs la peine de la loyhorfmis 
le père : mais il apert afïez que du temps d'Vlpian , & de Paul lurifcon- 
fultes, les pères n'auoient plus telle puiflance de la vie & de la mort : car 
lVnMitquelepcredoibtaccuferle fîlsdcuant le magiftrat: l'autre que i.i.in*udirum.adi. 
les enfans n ont que plaindre, fî le père les déshérite, attendu qu'ils pou- cor dcûcar * 



c 



hé DE LA RÈPVBLI (VV E 

* î.mfuisdcii'ocris uoient anciennement, ■ dic-il, les mettre à mort, l'vn ôc l'autre fut du 
& p jft «• temps de l'Empereur Alexandre : & ncantmoins il ne fe trouue point 

deloy qui ayt plié lapuiflanccdelavic & de la mort auxpercs,iufqucs 
4 . 1.1 de emendat. à Conftantin le grand , 4 encores fa lov n'eft pas dérogatoire en ter- 
j. \.ù films «kpama mes exprès . & melmes Dioclctian J peu d années auparauantConltan- 
ruqurfi: îon^a tin dit que le luge doibt donner la fentence contre le fils telle que le pe- 
coa(b«.c re VOU( j ra , Or cil il certain en termesde droit 6 que la cou (lu me pour 

inueteree qu'elle foit^nepeut ofter l'erfccl: de la lov, fil n'y a loy con- 
traire portant dérogation exprefle : &fe peut toufiours l'ancienne loy 
ramener en vfage. Depuis que les enfans eurent gaigné ce poincl: par la 
fouffrancedes pères , de fexempter de leur puillanceabfoluë 3 ils obtin- 
drent auiTidumefmc Empereur, que la propriété des biens maternels 
7. 1.1. de bonis ma- leur demeureroit : 7 &c puis foubs l'Empire de Théo dofe le ieune, ils ar- 
rachèrent vn autre edicl pour tous biens généralement,- qu'ils pour- 
roient acquérir en quelque forte que ce fuft , demeurant feulement l'v- 
s.Lcumoportet de fufruicl: aux percs 8 qui ne pourroient aliéner la propriété, ny en^ifpo- 

bonisouxlibcns. I ~1 T \ r ■ r r r • r\ 

1er en lorte quelconque . encores n ont ils propriété ny vlurruict en 
payscouftumier, ce qui a tellement enflé le cucur des enfans,que bien 
fouuent ils commandent aux percs, qui font contraindts d'obéir à leurs 
volontez, ou mourir de faim. Et au lieu de reftraindre la licence des 
enfans, & entretenir en quelque degré la puiffanec paternelle, Iufti- 
nian n'a pas voulu que le père peuft émanciper fes enfans fans leur con- 

9. l.iubcraus. de e- r 9 > n ^ V r 1 r ■ 1 I- 

mancipat.c-Noaei. lentement : c cit a aire, lans leur faire quelque auantage,au lieu que 
?3«?i^enfrSiKr l'émancipation eftoit anciennement letefmoignage,& loyer de l'o- 
coibt. 7 .].cumina- bciifance filiale . mais après auoir perdu la dignité paternelle , les enfans 

doptiuis. §. 1. de a- v r ^ K O L ' 

dopt.c. commencèrent a trafiquer auec les pères pour les émancipations , en 

i.l.i §.ncccaftrcnfe .-. I 1 ^ r • n_ 1 r • 1 n 

de coibt. bon 1 1. de lorte que les dos faicts par le père aux enrans, pour auoir quelque eitar, 
SriTadSd^dt ou °ffi ce j l eur demeuroient en pur gain , I & ce qu'ils donnoient enles 
aduoeatis diucr.iu- émancipant , ne leur eftoit précompté enauancemcntdc droit fuccef- 

dK.or.C.lm.eema- . r j . T T 

oparus.c Aicxand. lif^ il 1 acte d émancipation ne le portoit. qui le pratique encores au- 
. i. fi qiando^. ge iou rd'huy en tous les pays de droit eferic . & fi le fils cft riche par fon in- 



c i^erodekBUM. duftrie, ou autrement, il fe fait émanciper par le père en luy donnant 
bcnTbtr^ïfinon ( ] ue ^ c î uc choie, qui luy eft comptépour droit de légitime, 5 auenant la 



dcinofE.te.c. mort du fils deuant le père, encores qu'il ne foitd i£t par l'acle d'éman- 
és 'à paren^'a- 1 cipation,ou mefmcs qu'il fuitdicl: que c'eftpour récompense de 1 c- 
""ic définit Eaid.in mancipation , cela neantmoins luy tient lieu de légitime: 4 tellement 
i. iiiud de coiiat . & q ue ] e p crc c [\ en danger d e mou rir de faim, fil n'a autres moyens, co m- 

lacob arenainl. vt i l o * J 

iib. eod. c. & oi- bien que l'équité naturelle veut quela raifon foie réciproque, 5 quand 

drad.fc NKol.dc- . V. y r. *1 c 1 7. > J 

tnatcod.iacob.Bu- ores le hls ncleroit en nen tenu au père :& us font la condition du pe- 
IuosSkîlc^aLJ. r ^ beaucoup pire que celle du fils :qui efttenupar toutes lesloix diui- 
rcu.mrektoramfît llc * • de nourrir le pcrc tant qu'il viura :& le père n'efl: tenu de nour- 
carit m rat-o i. vitro n r ] c fjj s mefnic par l'ancienne loy de-Romulc , que iufques à fept 

indicla vjduit, C.l. r . ,. . J _ A . ... * *■ , , l 

vit.deexccpr.i.i.de ans . Auec toutes ces mdignitez encores Iultinian acxempîe toutsles 

confulib. authtt. Si. n r .: 



p.anuo 1331. Fcbru- 
ar.17. 



LIVRE PREMIER. 27 

Patriccs,Euefques,&Confuls delapuilfance paternelle qui leurreftoie: 7 - A« H rC bi. fie* 

fi . / i) 7 c n caufa S.Panin. de 

& en cas pareil ceux qui entrent es monaitercs & en pays coultu- minor.Bart.An-ci. 
mier, outre ce que i'ay dit, on a exempté les mariez, & ceux qui ont ^ITdoiSogS 
efté dix ans abfens hors lamaifon du pere .qui a fait que les Iurtfconlul- i ' , 1 / ,uthau - "^ ltui 

1 1 1 Albenc.eod.Alexan. 

tes Italiens ont eferit, que les François ne (ont point en la puiflance iafo. Roman . m 1. 

. \ 1 • / -l > n > 1 l • • 'ùb condirionc. de 

du pere: comme a la vente il n en relte quvne ombre imaginaire, hber&poft 
quand lepereauctorifefes enfans pour les adtes légitimes , ou pour les j^*"^. §" vï! t 

retraits féodaux, & lignagers, dece quele pereavédu : ou pour appre- '. nftit - Bai.inc.i.$.fi 

'oo J i r 1 ri> no matr ' 

hender vne iuccemon doubteufe : alorslepere émancipe ion hls. Et nonobe«fi. 

combien que Philippe de Valois émancipa 9 ion fils Iean , pour Iuy 

donner le Duché de Normandie : neantmoins l'émancipation nefer- 

uoitde rien, non plus que celles qu'on fait ordinairement, vcuquele 

donateur,, ny le donataire , ny la chofe donnée n'eftoient tenus en rien 

qui foit du droit eferit , &queles pères en pays couftumier n'ont rien 

es biensdes enfans. Apres auoirainfîdefpouillé lesperesde la puiflan- 

ce paternelle, & des biens acquis à leurs enfans, on elt venu à demander 

fi le fils fèpeut défendre , & repoufler la force iniuftedu pere par force: 

& f'en eft trouué r qui ont tenul'afïirmatiue : comme fil n'y au oit point S 1 fS" 1,,kvira de 

de différence entre celuy quia commandement, & chaitirnent furau- 

truy,& celuy qui n'en a point. Et fil eft ainfi que le foldat qui auoit feu- * vit ^ us fcr ^ bara 

' 11 t -1 r ' ' • \ milices . Phn. 

lement rompu le baftondevi^ne^e fon capitaine, quand il frapoit a Kb.». 

\ 1 • n . .\ 11? 1 1 ri 3 -î.omnis de ic mi- 

tort ou a droit, eltoit mis a mort par laloy des armes, que mente le hls i ic . 

qui met la main fus lepere ? On a paflé plus outre,car on a bien ofé pen- 

fèr, voire eferire, & mettre en lumiere,que le fils peut tuer le pere, fil eft 

ennemi delà Republique : ce que iene toucherois , fi les plus eftimez ne 4 Bm in , riadultc . 

l'auoient ainfîrefolu. 4 le tiens que c'eft vne impieté, non feulemét de le »um.$.iib«to.dca. 

r- rr J I» r ■ • /l I r J 1 J •« uult.Angel.Aremi. 

taire ,ains auliidel elerire : car c elt abioudre les parricides qui 1 auront & imoh m i.tritic&. 

r-oJ ^ • » r • irol- deverb.oblif*. Sali- 

lait, & donner courage a ceux qui n oioient le penier,&: les inuiter ou- cet ini.i.deiis oui 

uertement à commettre chofe fî deteftable,foubsle voile de charité pu- «m^de ^dfJX. 
blique : mais difoit vn ancien autheur \ °nullum tantumfcelus à pâtre ad- ^«J* 1 confilio - 
mini potefl auodfit parricidio vindicandum . O que de pères feroient en- o. cnmuiUccUs*. 
nemis de la Republique, fî ces refolutions auoient lieu .' Et qui elt le 
pere quipourroit en guerre citiile efchaper les mains d'vn enfant parri- 
cide? car on fçait bien qu'en telles guerres, les plus foibiesont le torr, 
8c que les plus forts déclarent toufioursles autres ennemis de la patrie. 
Et hors la guerre ciuile, celuy eft s ennemi de la Republique, non feu- 
lement qui a donné confeil, confort &c ayde aux ennemis , ains auflî qui J, 
leuraprefté,ou vendu bien cher des armes, ou des viures. Et mefmcs 
par les ordonnances d'Angleterre publiées l'an m.d. lxii i.ayderaux 
ennemis en quelque forte que ce foit , eft appelle crime de haulte trahi- 
fon. Et toutefois ces maiftres d'efchole , n'en font point diftinclaon. 
Or il eft aduçnu de ces refolutions,ce que la pofterité ne croira pas, que 
vn banni de Vcnizcayât apporté la tefte de fon pere banni comme luy, 



tas. 



28 DELAREPVBLIQJVE 

demanda le retour en Ton pays,biens & honneurs/uyuant l'ordonnais 
& a^^oMcIobni CC* de Venife pratiquée prefque en toutel'Italic : & obtint loyer de ion 
anno ^1564. Auguiio exccra ble defloyauté . Ilvaudroitpcutcftrc mieux que leur cité fufta- 
byfmeequ vntel casfuftaduenu.LeRoyde France receut en bône part 
lcxcuiè de Maximilian Roy deBoheme,ran m. d. l v i i. de ce qu'il auoic 
refufé (aufeonduit au Duc de Wittemberg pour les Ambafladeurs de 
France, cofeflant que c'eftoit enfraindre le droit des gens : neantmoins 
il dift qu'il n'ofoitderobeiràfon père. Et fil eft licite de violer le droit 
des gens pour obéir au père en 11 peu de chofè,quelle raifon^quel argu- 
ment pourroit on trouuer. quel qu'il fuft , d'attenter à la vie du père? Et 
combien que tel parricide foit fort deteftable, fî eft- il encores plus per- 
nicieux pour la confequence.car puifque on doue loyer à celuy qui tue 
fon père pour quelque couleur que ce (bit, qui eft celuy qui fera affeuré 
des frères, & proches parés/Et dé fait il eft aduenu l'an m.d.lx v i i. que 
Sampetre Corfefut tuéparfoncoufîn germain } qui eut dix mil efeus 
pour le taillo qui auoit elle leué., par ordonancè delà feigneurie de Gè- 
nes. Il eftoit bien plus expédient de fuiure Ciceron, lequel n'a pas (eule- 
ment voulu coucher par eferit les mefmes queftions formées par deux 
anciésPhilofophes Antioque & Antipater , ains les a cuitees comme vn 
4.1. non omnesde précipice haut &gliflant. Iointaufïî que la loy 4 refïfte formellement Ôc 
rcmiiitari. défend de permettre aucun loyer au banni,pour tuer les brigans, enco- 

res quel'Emperenr Adrianfuft bien d'auis qu'on pardonnait la faute au 
banni, ie di donc qu'il eft bien expédient, que les Princes &legiflateurs 
remettêt fus les anciennes loix, touchât la puiffance des pères fur les en- 
fans,& qu'ils fe règlent félon la loy de Dieu : foient enfans legitimes^ou 
naturels, ou Tvn & l'autre enfemble.» pourueu qu'ils ne foient point co- 
ceuspar incefte,que les loixdiuines & humaines ont toufiours eu en 
6. 1. humiiem & au- abomination . 6 Mais on dira , peut eftre , qu'il y a danger que le père fu- 
thent ex compiexu. r j eux ou prodigue abufe de la vie,& des biés de fes enfans. Ierefponds 

de înceftis & inuti- » 1 t> * l 

iib.c.Bart.ini.fu S - q ue ] es loix ont pourueu de curateurs a telles gés,& leur ont ofté la puifc 

geftio.de verb. fis;- 3 r -J "1 1» r r r\ , n 

c. AUxand . coniu. tance lur autruy,attedu qu ils nel ont pas iur eux-melmes.Si le père n elt 
p°s qiiçfi. dei j8o" point infenféjiamais il ne luy aduiendra de tuer fon enfant fans caufe. & 
tn l'ait proponï ^ l'enfant 1 a merité,les magiftrats ne f en doiuent point mefler . car l'af- 
de , di s nit ; . r , fection & amour eft fi grande des père & mère enuers les enfans.que la 

7. 1. cumfunofusde _ , . . r f »-l f • > r 1 1 

curat.fun.civit.fa- ' loy n a ïamais prelume qu ils racent rien qu auproht & honneur des 
ri.firatdr.de inter- enfans:& que toute fufpicion de fraude 8 celle pour le regard des percs 
f c ?6 "pcnu'i^dcai enuersleurs enfans.Et qui plus eft,ils oublientiouuent tout droit diuin 
dopt.i nonfoium.s. ^ numa j n pour les faire grands à tort ou à droit . Et pour cefte caufe Je 

de vno.de ntunupt. r p T » 

i.ii.adi.Pompeiam. pereayanttue Ion nls,n eltpointlugetalapeine desparricides : caria 
deaduîtk loyn'apasprefumé qu'il vouluftfaire fans bonne &iufte caufe :& luy a 

donné priuatiueméV à tous autres,pui(Tance de tuer l'adultère, & fa fil- 
le trouuez fus le fait.Quj font tous argumés neceflaires, pour monftrcr 
qu'il ne fuit pas craindre que les pères abufent deleurpuhTance . Mais 



r 



. 



LIVRE PREMIER. iy 

oh répliquera, qu'il fen eft trouué ,qui en ont abufé : foit, ie dy neant- 
moins,queiamais fagelegiflateur nelaiifaàfairevne bonne loy,pour 
lesinconueniens, quiaduiennentpeu 3 fbuuent. Etoùfutoncques loy 3 .i M .j.deicg.ff. 
fîiuitejiinaturellejiînecefraire^quinefuilfugette à plufieurs inconue- 
niens ? & qui voudroit arracher toutes les loix , pour les abfurditez qui 
en refultent,iln'en demeureroit 4 pas vne. Brief ie dy,que l'amour natu- 4 . Catoin ora cione 
rel des père & mère enuers leurs enfans.eftimpoflible, & incompatible K°.|fg e I 5PP ia »H 
auec la cruauté, & que le plus grand tourment, que peut endurer vn pè- 
re, c'eftd'auoir tué fon' fils: comme de fait il eftaduenude noftreme- ' 
moire au pays d'Anjou, quVn père ayant, fans y penfer, tué fon fils 
d'vnemotede terre, fè perdit à l'heure mefme,encores que perfonne 
n'enfeeuft rien. Auffiies 5 ^Egyptiens, pour toutepeine qu'ilsordon- > ,Dl ° a ° r - 
noient au perc,qui auoit tué fon enfant à tort & fins caufc,c'eil:oit,de le 
enfermer trois iours auprès du corps mort, car ils tenoientpourchofe 
deteftable, quepour la mort du fils on oftaft la vie au pere,duquel il te- 
noit la fïenne . Encores peut on dire,que fi les pères auoient la puiflance 
de la vie & de la mort fus leurs enfans, qu'ils pourroient les contraindre 
à faire chofè contre la Republique. Ierefponds, que cela n'eft pas à pre- 
fumer : & toutefois quand bien il feroit ainfi , les 6 loix y ont làgement ^maqoo.j.ifc.ad 
pourueu,ayant de tout temps exempté les enfans de la puiflance des pè- 
res, en cequi touche le public: commeaufli fiftbien entendre Fabius 
Gurgés: car eftant ConfuI,& voyant,que fon père venoit àluy monté à* 
cheual, il commâda à vn huifiier de le faire defeendre , qui le trouua fore 
bon, fanant honneur à fon fils, & le carénant, pour auoir bien entendu 
(a charge. Et tant fen fàut,que les fages pères vouluflent rien comman- 
der à leurs enfans, qui portait coup au bien public, que mefmes il fen 
efl: trouué, qui les ontfait mourir , pour auoir contreuenu aux loix pu- 
bliques : corne fift Brutus fes deux enfans,&TorquatleConful,qui fin: 
triompher fon fils en fon camp, pour auoir vaincu fon ennemi au corn- 
bat.&puis luy fift trancher la telle, pour auoir combatu contre fade- 
fenfè, fuiuant la loy des 7 armes. Il y a encores vne obiection pour 1ère- 7 -'-i- Je rc œiiit.fK 
gard des biens des enfans,fils eftoient en la pleine difpofition des pères, 
ils pourroient fans caufè déshériter les vns, & enrichir les autres . le ref- 
pods,que les loix y ont auilï pourueu,faifant ounerture de la iuftice aux 
enfans déshéritez fans 8 caufe. combien que l'ancienne façon des Ro- * Noud.vtcûmJc 
mainseltoit encores plus louable, de ne receuoiriamais l'enfant à deba- ù <- 
tre la volonté du pere , par voye d'action , ains feulement 9 par voye de teftam. 
requelte, & parlant du peredefundt. en toute humilité, hôneur, & re- 
uerenceilaiflantletoutàla diferetion & religion des iuges. mais depuis 
quelcs Prêteurs, qui nepouuoient donner les fucceiïions , donnèrent 
la poilcflion des biens qui valoit autant, & qu'on les eut attachez à cer- o-J^&bonûr. por- 
tâmes légitimes, & ordonnaces teftamétaircs, aufli toft on apperceut la 
defobcillance&-rebellion des enfans, qui fut la feule 'caui^quel'vn des i.Piurar.iaLycur. 

c iij 



i.Numeri iji 



p DE LA REPVBLIQVE 

Ephorcs publia la loy tcilamcntairc en Lacedemonne,à ce qu'il fuit des 
lors eu auac permis à chacun de faire héritier qu'il voudroit 5 n 3 ayât autre 
occaiion que l'arrogance de Ton fils, auquel la fucceflion du père ne , 
pouuoitfuirparlacouftumedupays. O que fi cela auoit lieu par tour, 
ou'onverroit les enfans obciflàns,&fcruiab!es aux perc &merc: &co- 
bienils auroient peur de les orienter . Mais affin de trancher la racine a 
tous les arguments qu'on peut faire, nousauôs la loy deDieucxpreilc, 
qui pour le moins nous garentira de tous inconuemcns,pour le regard 
de la puiOance de la vie Ôc de la mort , donnée aux pere ôc mere fus leurs 
enfans,encoresque iesbiensfuilcntcnla difpofïtion de la 1 loy. 

Nous auons dit, que la puitlance paternelle f'eltcndauffi entiers les cn- 
fans adoptez : ôc combien que le droidl des adoptiôs eftant decheu peu 
à peUjfoit prcfque eit.aint,par le moyen des loix de Iuftinia, lequel vou- 
lant retrancher les abus quii'vcommettoicnt/aprcfcjucancaric- néan- 
moins il eft bien certain, que c'eftvn ancien droit, & commun à tous le*s 
peuples, & de grade coniequence à toutes Republiques. Nous voyons 
les plus anciens peuples l'auoir eu en finguliere recommâdation:S>: mef- 
me Iacob 3 adopta EphraimcV Manaflé fils de Iofeph,encores qu'il euft 
douze enfans viuanSjquien auoient plufieurs autres, ôc leur donna part 
& portion des acquefts par luy faits. Et quant aux yEgyptiens.nous en 
auons l'exemple de Moyfc, qui fut adopté 4 comme fils deRoy . Nous 
voyons auiîiThefeeauoirefté adopté folennellement par^Egeus, Roy 
d'Athènes , le fufant fon fucceflcur en J'citat : vray clr qu'il eftoit fon fils 
5 naturel. ôc depuis ce tépslà,tous les Athéniens quiauoient enfans natu- 
rels des femmes d'Athènes, furent contraints les adopter, ôc les faire en- 
regillrer comme enfans légitimes, & leur laifler leur part ôc portion des 
T biens comme aux autres, ainfi que nous lifons 6 és plaidoycz des dix 

tiaBœotum.Spudiâ, ., , ,. L fi. J 7 1 A • ' J 

phœnippum , Ma- orateurs . car îisn appelloient baltaray queceluyquieitoit nedepere, 

curtatum , Leocha- 

rem 

7.Nothum vocabâc. 

l ) luthar.mThemi.& 

Fcr.de. 



GencCvlt. 



4.Exodii. 



j.Plutar.in TheH 



6. Demofthcn. con 



ou de mere efi:rangere,ores qu'elle fufl femme d'honneur, comme aufïi. 
tous les peuples d'Orient ne faifoient point ou peu de différence entre 
les enfans naturels, & légitimes, ainfi que nous voyôs les enfans des cha- 
brieresde Iacobauoir eftéenpareil degré de biens, & d'honneurs que 
les autres légitimes. &mefmeDiodore b cfcritque les enfans desvEgy- 
ptiensconceusdes cfclaues, auoient autant de prerogatiue que les au- 
tres . car il leur cftoir permis 9 d'auoir tant de femmes qu'ils vouloient. 
i.Heiod.iib.j.Tufiin. comme aux Perfes l & à tous les peuples de la haute Afîe : coultumc que 
lis ont encores a prêtent, ôc prelquc en toute 1 Afrique : & n y auoit, dit 
TacitCjdc touslcs Barbarcs,quc les peuples d'Alcmagne , qui n 'auoient: 
que chacun vue femme. Nous auons rendu la railon en la méthode des 
hilloit es . ! 1 falloir donc par confequent , que tous les enfans d'vn mcl- 
mepc:'e,fuflenrcn fa puiflance,foit qu'ils fufîcut adoptez ou non. Mais 
les lomains ne faifoient nymifc,nyreccptc anciennement des enfans 
naturels , non plus que d'eitrangers, qui ne leur eufîent en rien touché, 

comme 



8 Hb.i.c.?. 
<>.Hcrodot.lib.i 



|ib. -: Tcnul. lib 
vxorcm. 



j.cap 



LIVRE PREMIER. 31 

comme dit 4 Iuftinian, &n'eftoient point tenus l'es adopter, comme les 4 . çonftitut . ao - 
Atheniens,auifi n'auoient ils aucune puiflance (ur eux : & n'eftoient ac ' $9 ' 
penus de rien leur laitier, &mc(mes Conftantin'le défendit, mais Arca- 5u.denaturai.iibc». 
dius & Thcodofe le ieune modérèrent 6 la rigueur des loix : K depuis £ u . &3>catI . No _ 
Zenon 7 l'Empereur ordonna, qu ils feroientreputez légitimes, par ma- u ç ls ?- 

r ' _1 . j I , n r • 1 V 7-l-4.de natura.hbcr. 

riageduperc auec leur mère. Et qui pluselt^ Analtaieauoit ordonne, c. 
que tous baftardsferoientreputez légitimes paradoption: mais Iuftin 
& Iuftinian caflerent l'edicl:: & fermèrent la porte aux baftards , atiin 
qu'vn chacun penfaft d'auoir femmes & enfans légitimes : &: que les an- 
ciennes familles, & droits des fucceflionsnefuflent altérez., & troublez 
par les baftars: demeurant encoresneantmoins le droit des adoptions,' 
qui a cftéreceu pour fupployer le défaut de nature:& duquel lesanciés 
Romainsont tant fait d'eftimejqueles peresadopdfs auoientmefme 
puiflance de la vie & de la mort 8 fus les enfans ad optez, comme fus leurs 8 .Gc! r iib.j.c.i» 
propres enfans : qui eftoit la vraye caule 3 pour laquelle les femmes ne 
pouuoicntadopter^iufquesàredidtpubliéparDiocletian/attéduque 
elles enrôlent 1 en la puiflance perpétuelle des maris , ou pareils : comme *J ^"'^ ' ic 
aufli en Grèce il ne leur eftoit permis d'adopter, comme dit l'Orateur '• FaiiitGeiHnsfibr. 

iir r»ri 1 li-ii • I i 1t-» ■ o 5- cap. 19. qui putar, 

Ilxus. EitantdoncledroitaesadoptionsaiinoblypaiiesRomains, & adopta» non pom- 

r 1 >-i • n 1 l C J 1 r- • 1 ifl'e .-quiacommitiis 

melmes alors qu ils auoient eitendu les frontières deleur empire plus ; m ercflen6 Kceret. 
que iamais,tous les autres peuples en firent d'autat plus d'eftime, &iuf- "ommirioSt? 110 
ques aux Goths, Alemans, François, Saliens, comnle nous voyons aux *• i^us, 
Joix des Ripuaires,ou us vient du mot adjatinir ,pour adopter: teilans les 



CilWZ)iH70f- 



enfans adoptez en mefme degré, que les enfans propres au droit des fuc- «VcdcafnîïftiÇïe 

ceffions,fuyuât le droit 5 commun, qui les réputé comme héritiers 4 fi es. hçredkat.qu Ç abïn- 

rf\T *-» rf 1 t*i i • 1 r» 1 r^ 1 1 tcftato.l.fî te parens. 

Aulli liions nous en Caliiodorc,que rheodonch,Roy des Goths, ado- dcfuis.&ie S i t .c.i. 

ptale Roy des Herules:cVLuitprand,Roy des Lombards,adopta le fils dTrnïadoptxT 

de Charles Prince de France . enluy coupant les cheueux.encores qu'il 4 ; ir \ l arro s at0 ^ 

* * I ' l vit. deadopt. I. cer- 

euft d'autres enfans: corne fîitMicipia Roy des Numides, adoptant lu- tam.de |niufto m - 

, ,., n j C \ • ■ } -fV s ■ P pto.l.r.S.fuos.dc fuis 

gurtha,encores qiul euit deux ciirans légitimes, lailianta tous trois Ion &iegic.&§;i me fta- 

Royaume par égales portions.Mais la première occafîon des adoptions q°ïï'ab hn£b- 

fut prife pour le défaut d'enfans, ou pour le moins d'enfans malles :co- ^T'i y 

I r r>\ i . J. laul.diacon. hb. 

me Scipionl'aifné n'ayant qu'vne fille, adopta le ieune Scipionfils de [ e "° .dcgdhsioa- 
Paul vEmil, le faifant héritier de fon bien^ de fon nom : &Cefarle Di- 
ctateur n'ayant eu quVnefillc, adopta fonneueu, le faifantauffi héritier 
pour trois quarts,à la charge de porter fon nom : car celuy du père pro- 
pre eftoit diminué, & mis après le nom du père adoptif. & Auguftcpar 
faute d'hoirs procréez de fon corps,adoptaCaius, & Lucius, enfuis de 
fafilie,dcdans fa maifon, les acheptant de leur perc Agrippa, fuyuant la 
forme ancienne, & depuis leur mort adopta Tibère : & ceftuy-cy Cali- 

çula: & ClaudeadoptaNcron.-auquelfuccedant Galba fans enfuis/ a- ^uquijjn Galba,. 

r,-/' j V n ■ 1 • r 1 h 7«VoptfcusiaAnrc- 

dopta filon deuant Ion armée : coultume qui depuis rut gardée en 1 a- liai», 
doption de l'Empereur Aurclian : 7 & que l'Empereur Iuftinian voulut 

c iiij 



p DELAREPVBLIQJ/E 

pratiquer cnl'adoptio de Cofroc, Roy de Pcife,qui le refufà,ayatfceu, 
que par cemoyen il ne pourroit eltre Empereur , comme dit Procope. 
Auflilifons nous que l'Empereur Nerua par faute d'enfans adopta Tra- 
ian,ceftuy-cy Adrian, qui depuis adopta Anronin le Piteux, & ne le 
contenta pas d'auoir adopté vn fi homme de bien , ains auïli le chargea 
d'adopter de Ton viuât yElius Verus, & Marc Aurele furnommé le Phi- 
lofophe.afrln que l'Empire n'euir. faute d'Empereurs les plus vertueux 
qui furent onques . mais ce dernier ayant eu vn fils le plus vicieux qu'il 
eiloit pofîiblejlaiiTa vn trefmauuais fucceflcur,6<: eneuft adopté vn, 
comme il en auoit grand vouloir, fi Ces amis ne l'en euflent deltourné: 
car ce n'eftoit pas lacouftume en Rome d'adopter, fi on auoit enfans: 
&pour ceftecaufèfut blafmé Claude l'Empereur d'auoir adopté Né- 
ron, fils de fa féconde femme, ayant fils & fille du premier lict: qui 
furent tuez par Néron. Mais fans vfer d'exemples des eftranges,qui 
font infinis, nous auons l'adoption de Loys de France Duc d'Anjou, 
8.Anthonin.chroni. P ar Anne la Louuette , Royne de Naples & de Sicile à faute d'hoirs , a- 
°m 1 unv pres'auoir regetté comme ingrat fon neueu Alphons, Roy d'Aragon, 

qu'elle auoit auparauant adopté, & du eonfentement du 9 Pape,fei- 
gneur fouucrain de Naples & de Sicile : & depuis René d'Anjou fon ar- 
rière neueu fut auffi adopté par Ieanne la ieune,auiTi Royne de Naples,à 
faute d'enfans, & quafi au mefme temps , c'eft à dire,îan m. c c c c 
vu i.Hcnri , Duc de Pomeran, fut adoptépar Marguerite de Vvolmar 
Euwpa.«pj 5 uiusin Royne de DancmarCjNoruege, 1 & Suéde, pourfuccefleurefdits Roy- 
aumes: & toft après Henry cinquiefme, Roy d'Angleterre, fut adopté, 
non par Charlefixiefme.qui cftoit hors de fon fens, mais par fa femme, 
qui fift par fon nouueau gendre déclarer Charlc feptiefme s fon pro- 
pre fils., incapable delà couronne : encores qu'il fuit fage & vertueux 
Prince. Iuftinian voulant remédier à tels abus , ordonna , l que les 

*: L 5*" "j^optî- enfans adoptez ne laifieroient pas de fucceder à leurs propres parens, 
u>s.c.dcadopt. r r r. r r y > 

par ce que les pères adoptirs,pour pcudoccaiion,challoient les en- 
fans adoptez, aufquels les pères propres n'au oient rien laide pourl'e- 
fperance de la fuccefiion d'autruy : mais il fut mal confeillé d'ofter 
la puiffance paternelle , qui eftoit la feule marque d'adoption , la- 
quelle oftce,ne reftoit plus rien . Or il eftoit plus expédient de met- 
tre au néant les adoptions, file père auoit des enfans naturels & légi- 
times, ou fil en auoit, ordonner que l'enfant adopté fuccederoit aux 
mefmcs droi&:s,que l'enfant propre, nous auons bien retenu l'vn en ce 
Royatime,mais nous auons laiflé l'autre : car nous ne fourrons 1 pas 3 que 
i.Mi r ucr.rir.<iepro- les enfans adoptez fuccedent en rien qui foitauec les enfans propres ôc 
h * T / v " ç - n J: m ? fl ledtimes , & ce qu'on leur laifleàfaute d'enfans, peu teilre laifTc à vn 

dcfunftus. Bencdic. b i * 1 • r l 1» 1 J 

incap.Rayr.utiusin effranger : & le père peut cependant tirer profit de i adoption , dc- 

verbo&vxoremnu. ri- <■ i r n " • ■ 1» a C ■ 11 3 r 

7 $ &7<o.Ribcr in quoy le plai^noit de ion temps Scipionl Arncan, en la harangue delà 
J'^ffiSf 01, cenfurc qu'il fift au 3 pcuple. ôc depuis la publication de la loy Iulia 

Pappia 



LIVRE PREMIER. 33 

Pappia, qui donoit de grands priuileges à ceux, qui auoient descnfans: 
ceux,quin'enauoientpoint.,enadoptoient, pourauoirpartauxmagi- 
itra es, Câpres auoir eu ce qu'ils demandoienr^ils emancipoient 4 les en- 4 Tacniib.i. 
fans: corne au contraire Claudius eftantnoble/efift adopter par vnro- 5 " 
turier/& quitta fanobleffe pour eftrc Tribun du peu pie, & toit après fe ci.JeTdopV' 1 ' 11 " 
fift émanciper, c'en: purquoyle Sénat Romain fit vn s arreft,que les en- 
fans adoptez ne iouyroient d'aucun priuilege des charges publiques, 
futt de tutelles, ou d'impofts. & depuis fut ordonné,qu'on ne pourroic 7 1.1. f. adoptiui.de 
tenir aucun orhee: ny empelcnerleslubltitutiosrai- i.ininfti:u.decxcu- 
tesàfauted'enfans: 8 ny faire obtenir ce qui eftoit laiffé^oupron is ,au gj^eicommiflum 
cas qu'on 9 auroit enfansmy caffer les donations, quilontreuoquees, de co »^-& de- 
quand le donateur a des enfans: r ny faire, que les filles par la* couitu me ?• i.fi naquis §. fi 
foienr exclufes : ny que le 3 mot de fils fimplement appolé aux loix, cou- ? confia u a 
ftumes,& autres a&es legitimes,(îgnifie l'enfant adopté, toutes lelquel- ç. &confii.SS 
les fraudes il efr. bon de retrancher, & non pas eitaindre le droit des ado- $&f$®- t 4ty a * 
ptions, & pour le moins laifler au père adoptif la puiflance paternelle, 3 ivit.de iisqdven. 
pour tenir en obeiflance le fils adopté. Voila quantau fécond poinct de îumdecondi.&de. 
la famille touchant legouuernement du père enuers fes enfans : difons dopX° ncs ' dc a 
du troifiefme. 

DE LA PUISSANCE S E I Ç N EV RI A L E, 

& fil faut joujfrir les efclaues en la République bien ordonnée. 

C H A P. V. 

A troifiefme partie du gouuernemenr des mefhages 
dépend de la puifTance du Seigneur enuers fes efclaues, 
& du maiftre enuers fes feruiteurs . Car mefme le nom 
de famille vient afamulis &famulitio ,par ce qu'il y auoic 
grand nombre d efclaues, &dela plufpart des fugets 
de la famille, on nommoit tout le meïnage, 1 famille: ijpronumiario.de 
ou pource qu'il n'y auoit riche/les que d'efclaues,on appella les compa- YhmiShn^té 
gnies d'efclaues,familles,& la fucceffio du deffuncl:, famille. Et Seneque çg ld i uod dciu - 
voulantmonftrer combien le Seigneur doibt eftre modéré enuersfes 
efclaues., il dit, que les anciens ont appelle le chef de la maiion, père de 
famille,& no pas feigneur.Et d'aurât que tout le mode eft rempli d'efcla- 
ues,horfmis vn quartier de l'Europe,qui les reçoit défia peu à peu, il eft 
icy befoinde toucher & delà puillance du feigneur enuers les efclaues, 
& des inconueniens & commoditez, qui refultent de receuoir les elcla- 
ues, qui eft vn poinâ: de confequence, non feulement à toutes familles 
en gênerai, ains aufll à toutes Republiques . Or tout efclaue cil naturel j 
a {çauoir^engédré de femme efclaue: ou fait par droit de guerre : ou par 
çhme, qu'on appelle efclaue de peine: ou qui a eu part au pris de fa li- 




54 DELAREPVBLIQVE 

berté, ou qui a ioué la liberté , comme faifoient anciennement les peu- 

i. Tarit, de morib. pics d'Alemagne : * ou qui volontairement felt voué d'eltre efclaue per- 

petucl d'autruy , comme les Hebrieux le pratiquoient. Le prifonnier 

de guerre eltoit efclaue du vainqueur, qui n'ettoit pas tenu le mettre a 

rançon , fî autrement il n'eult cité conuenu : comme il fut ancienne- 

l Ariftodib j.ctiuc. ment 5 en Grèce, que le Barbare prifonnier de guerre pourroit cltrc mis 

à la cadene , & retenu comme efclaue : mais quant au Grec , qu'il feroic 

mis en liberté, en payant par luy vne liure d'or. & par l'ancienne ord on- 

4 .cromcr.in hidor. naiice 4 de Polongne , auparauant, & depuis trois cens ans,il fut arreité 

roion.' &m lUtucls par les citais, que tous ennemis pnfonniers de bonne guerre demeure- 

5.Dion V .Haiic.iib.3. 10 ient efclaues des vainqueurs,!! le Roy n'en vouloir payer deux florins 

xwfi^W c« «r»M- pour telte. maisceluy quiapayelarançondiiprilonnicr^eittenulerc- 

i2'^Ê 1Vt ' mettre cn liberté, ayant receulc pris : autrement il le peut garder non 

yôTÇit- comme ciclaue, mais comme prilbnnier,fuiuant l'ancienne *loy prati- 

Dcmofthen . contra . \, . r . , y , 1 

Lacriram . Vairo in quee en la Grece,puis cn tout 1 Empire Romain . Quant aux debteurs 
MÏT&lfcroi'us .de prifonniers des creanciers,encores qu'il fuit permis par la loy des douze 
negot . geft. & ibi taD J es les démembrer en pièces pourles diitribuer aux créanciers , qui 

«H.l.qui teftamento. . r l f 1 

detcframentis.i.pa- plus qui moins , comme au loi laliure:iien>ce toutefois que l'iln ya- 

ter.decaptiuisl. (c- r . * , • -1 -1 ni o • I 

natusj.vic. de kgat. uoitquvu creancicr,il ne pouuoit luy oiterla vie, oc moins encores la 
Êruamdrlptmï 1 * liberté,qui eltoit plus chère que la vie. car le père pouuoit bien vendre, 
6 i r.dcpatnapot. troquer.efchanger.voire oitet la vie àfesenfans^mais il ne pouuoit leur 

C. Ciccro pro Ca> n * * • i.i 9 /r i i r r 

canna. oitcr Ja liberté . aufli le cueur bon , & généreux aymera touiiours 

mieux mourir honneltement,que feruirindignemcntd'efclaue. Celt 

pourquoy la loy des douze tables, qui adiugeoitle debteur non folua- 

ble au creacier,fut bien toit caflee à la requelte des Petiliens Tribuns du 

peuple,qui firent ordonner, que deflors en auâtle debteur ne feroit ad- 

iugé au créancier , & qu'il ne pourroit eltre par luy retenu pour debtc, 

fauf aucreâcieràfepouruoirparfaifiedebiésj&autresvoyesdeiuitice, 

ainfl qu'il verroit eltre à faire parraifon . laquelle loy demeura inuiola- 

deacîiû^c'Aïajtus blefept cens ans, cV mfquesau règne de Diocletian, 7 qui lafllt publier de 

vroPrïnii 1 ."" 1 ' 71 ' rec bef fus peine de la vie. Voila toutes les fortes defclaues. Car quant à 

siT.dèiegàclî*ras ceux quiiontprins parles brigans & corfaircs, ou qui font védusàfaux 

oui a latrombus de ., * r 1 *1 1 • !•! 8 i 

rc;>amcm.fi. tiltrepour eiclaues, ils demeurent neantmoins libres, cV en termes de 

droit peuuent faire tous actes légitimes. Et quant aux autres feruiteurs 

domeltiquesj ils ne peuuent par contrat, ny conuention quelconque 

faire aucun prciudice à leur liberté, ny en rcceuantvnlaiz teltamétaire, 

, t.M*uiusdecon- fous vne conditio 9 tant foit peuferuile: ny mefmel'efclauenepeut pro- 

f.'us.^eoïmn. mettre au ieigneur qui l'afranchilt,chofe qui tourne a la diminution 

dx. quarum remm j e Ciîibcrcé, horfmis les feruices agréables & ordinaires aux afranchis. 

aaio non detur. ' Dp 

Celt pourquoy les arreits du Parlement de Paris , fouuent ont cane 
lescontracts des feruiteurs, qui f'o bligentfoubs peine àieruir certaines 
années rlefquelles neantmoinsfont receusen Angletcrre,& enEfcolTc: 
où les maiitres après le terme du ieruicc expiré , ('en vont deuantle iu^e 

des 



LIVRE PREMIER. ^ 

des lieux émanciper leurs feruiteurs, & leur donner puiflanec de porter 
bonnet, quicltoit l'ancienne marquede l'cfclauenouucllemcnt afran- 
chi,pour cacher fa relie pelee,iufques ace que les cheueuxluy fuiTentre- 
uenus. Qm donna occafîon à Brutus après auoir tué Celar, défaire bat- 
treMamonnoyeau bonnet , comme ayant afranchi le peuple Romain, f^ 1 "" 1 ' 1 
& après la mort de Néron, le menu peuple alloit par les rues portant 
bonnets 5 en teile,en nVne de liberté. Et le Roy Eumenesvintcn Rome 3 Transi, in Nc- 
après la mort de Mithndatc, & entrant au Sénat auec bonnet, aduoua 
tenir (a liberté du peuple-Romain. Or combien que les feruiteurs do- 
meftiques ne foienr point cfclaues , & qu'ils puifîent faire tous actes de 
libcrté.foit eniugement,foithorsiugement :fi eft-ce qu'ils ne font pas 
cômefimples mercenaires , ou gaigne-deniers àla iournee , fur leiquels 
celuy qui les alouezna pouuoir,ny commandement, ny correction 
quelconque, comme le maiftre a fus les feruiteurs domeftiques, qui 
doibuent feruicc, honneur , Se obeiflance au mairtre tant qu'ils font en 
fa maifon,& les peut chaftier& corriger auec di(cretion& modération. 
Voila en trois mots la puiflance du maiftreenuers les feruiteurs ordinai- 
res, car nous ne voulons pas icy entrer aux règles morales, du compor- 
tement des vns enuers les autres. Mais quant aux efclaues,il y a deux dif- 
fîcuIteZjqui ne font point encores refolues. La première efl^àfçauoir fî 
feruitude des efclaues eftnaturelle,&vtile,ou cotre nature. La féconde, 
quelle puiflance doit auoir le feigneurfusl'efclaue. Quant au premier 
point Ariftorc 4 efl d'aduis que la feruitude des efclaues eft de droit na- 4 inPoin. 
turel : & pourlapreuue. Nous voyons,dit-il,les vns naturellement fairs 
à ieruir ,& obéir : les autres à commander, & gouuerner . Mais les Iurif- 
confultes,quinefarreftentpastant aux diicours des Philofophes, qu'à 
l'opinion populaire, tiennent que laferuitudeeft droiclement contre 
nature, ôc font tout ce qu'ils peuuent pour maintenir laliberté,* contre r.i iibcnas.de/iAM 
lobfcurité,ouambiguitédesloix, des teftaments, desarreils, des con- ora1 ' 
tra£ts:& quelquesfoisiln'yaloy,ny teftamétqui tienne, qu'on ne don- 
ne coup ài'vn,&àrautre, pour afranchirrefclaue,comme on peutvoir 
entout*Iedroir.&fïlfaut que laloy tienne,fieft-cequcleïurifconful- ^^!s^ 
tefait coenoiftretoufiours que l'acerbitéd'icelle contre les efclaues luy ?*• L dclcnt ; , vb! 11CC 
deplaiir,' 1 appellantdure & cruelle. De ces deux opinions il rautchoi- K«am«o îocnmre- 
firla meilleure . Il y a beaucoup d'apparence, pour fourtenir que la fer- uoreiiboSs! 1 J 
u itude cù. vtile aux Rcpubliques,& qu'elle eft naturelle. Car toute cho- f qu!b^"durâ 9 q!i* 
fe contre nature ne peut eftre de longue durée : & fi on vient àforcer la fafaiptti«'cft. fed 
nature, elle retourneratoufioursenfon premier eftat, corne on voit e- 
uidcmmét en toutes chofes naturelles. Oreft-il quelaleruitudea prins 
fon origine foudain après le déluge , & au Ai toit qu'on a commencé 
d'auoir quelque forme de République^ depuis a toufiours continué: 
cVia^oit que depuis trois ou quatre cens ans elle a difeontinué en quel- 
ques lieux , fi cit-cc qu'on la voit retourner. Et mefmes les peuples 



p DE LA REPVBLIQVE 

des Mes Occidentales, quifont trois fois de plus grande eftendue, que 
toute l'Europe, qui n'auoient iamais ouy parler de loix diuines , ny hu- 
maines, ont toufiours efté pleines d'efclaucs : & ne fe trouue pasvne 
feule Republique qui fe foit exemptée des efclaues: voire les plus fain&s 
perfonnages qui furent onques en ont vfé. qui plus eft,en toute Répu- 
blique le feigneur a eu la puiflance des biens , de la vie , & de la mort fus 
l'cfclaue: excepté quelques vnesoù les princes de législateurs ont mo- 
déré cefte puiflance. Il n'eft pas vray-fèmblable que tant de Roys & le- 
giflateurs euffent attenté contre nature, ny que les fages & vertueux 
nommes l'euflènt approuué , ny tant de peuples par tant de fïecles euf- 
i.tit.quibusexcau- ç re ccu les feruitudes > voire défendu par quelques 8 loix d'affranchir 

in manu mitterc no * L x l 

"cet. les efclaues, finonen certain nombre : &neantmoins ont fleuri en ar- 

mes^ en loix. Etquivoudroitnyer, que ce ne fuft chofehonnefte, ôc 
charitable de garder vn prifonnier de bonne guerre, le loger, coucher, 
veftir, nourrir, enfaifant le feruicc qu'il pourra, s'il n'a dequoy payer (à 
rançon, au lieu de le maflacrer de fang froid ? c'eft la première caufè des 

9. l i.$. gcncraiitcr efclaues. Dauantage, les loix diuines & humaines veulét ' que celuy qui 

de pœnis. l.fi quis id , i i r i -r r • u 

S uod de iurifdiaj. n a dequoy payer pour la raute par luy commile, loit puni corporellc- 

cûabeo^diadiam menr# Or celuy qui fait iniuftement la guerre aux biens, à la vie, à l'eftat 

dautruy > qui doubte qu'il ne foit vray brigand , & voleur , & qu'il ne 

mérite la mort ? Ce n'eft donc pas contre nature de le garder pour fèr- 

uir au lieu de le faire mourir, carie mot dcferuus,c[uoy qu'on ayt voulu 

».Eft enim ,>j«t, v reprendre Iuftinian, vient a fernando. l Et il c'eftoic contre nature que 

ûatSusti apud Hc- vn homme euft puiflance fus l'autre de la vie , & de la mort , il n'y auroic 

&«m fiEfoêx,' ny Royaumes, nyfcigneuries qui ne fuflènt contre nature, veu que les 

tv« fcnio , vt t > R y S & Monarques ont mefme puiflance fur touts leurs fugets , foyent 

nonàfehc vtvarro leigneurs ou elclaues. Ces railons ont bien quelque apparence pour 

Ecm imcr U prc C tï monftrer que la fèruitude eft naturelle., vtile, & honefte. mais il y a bien 

wr feruitutem &ex re fp f e , \ c confeflèray que la fèruitude fera naturelle. & quand l'homme 

jtoheo dieama hcT J X i«j* r^t 

feifos vt dlfos , o- fortjroidejnchej&ignorantjObeiraau lage,difcret & foibIc,quoy qu il 

fom, arfbm quod ef- r , . i> /v* • i r C \ I 1 

ferebantvcterejda- loitpauurc. mais d afleruir les iages au rois, les ignorans aux nommes 
entendus, les mechans aux bons, qui dira que ce ne foit chofè contre 
nature? îlcen'eftoitquonvouluft fubtilizer, que l'cfclaue bien auifé 
gouucrne& commande à fon feigneur, &le (âge confèillerà fon Roy 
mal-aduifé . De dire que c'eft vne charité louable garder le prifonnier 
qu'on peut tuer, c'eft la charité des voleurs, & corfaires qui fè glorifient 
d'auoir donné la vie à ceux qu'ils n'ont pas tuez. Or voit on bien fou- 
uent que les hommes doux & paifîbles font la proye des mechans, 
quand on vient à départir les differens des princes par guerre , où le 
vaincueur a bon droi&,& le plus foiblc a toufiours tort.Et illes vaincus 
ont fait la guerre à tort, & fans caufè comme brigans,pourquoy ne les 
met-on à mort? pourquoyn'en fait-on iuftice exemplaire? pourquoy 
les reçoyt-on à merci puifqu'ils font voleurs? Et quant à ce qu'on di£c 

que 



uuj, ouuni,acuum. 



LIVRE PREMIER. 37 

que la feruitude n'euft pas duré illonguement,fîelle euft efté contre 
nature: cela eft bien vray es chofes naturelles, qui de leur propriété 
fuyuent l'ordonnance de Dieu immuable : mais ayant donné à l'hom- 
me le chois du bien & du mal , il contreuient le plus fouuent à la de- 
fenfe, & choifift le pire contre la loy de Dieu & de nature . Et l'opi- 
nion deprauee en luy a tant de pouuoir, qu'elle paffe en force de loy, 
qui a plus d'autorité que la nature , de forte qu'il n'y a fî grande impie- 
té, ny méchanceté,, qui nefoiteftimee,&iugee vertu & pieté. ie n'en 
mettray qu'vn exemple . On fçait affez qu'il n'y a chofe plus cruelle ny 
plus deteftable, que de (àcrifier les hommes , & toutesfois il n'y a quafî 
peuple qui n'enaye ainfî vfé,& tous ont couuert cela du voile de pie- 
té par plufîeursfiecles. voire iufques à noftre aage toutes les Ifles Oc- 
cidentales l'ont ainfî pratiqué: & quelques peuples fus Iariuieredela 
Plate en vfent encores : comme lesThraces auflî, par charité & pieté, 
auoient accoutumé de tuer leurs pères & mères caffez de vieillefTe., &c 
de maladie, cVpuis après les mangeoient,affin qu'ils ne fuffentpaftu- 
re aux vers , comme ils refpondirent au Roy de Perfe . Et ne faut pas 
dire qu'il n'y ait que les anciens Gaulois , qui facrifiaffent les hommes, 
cequ'ils ontfair 4 iufques à Tibère l'Empereur: car lone temps aupar- 4-c*farhb.<?.bei- 

i li Gallici Ciccro 

auant les Amorriens°& Ammonites, & depuis encores Agamemnon, p ro Fonrêio. piin. 
facrifioient leurs enfans: & prefquetous les peuples y alloient com- oÎYapientixcap.î. 
meàl'enuLvoireles plus humains &mieux policez:car 'Themifto- f-riutar.inThem. 

/ ts r ■ 11 i • l> <$ Plutar. cod.& in 

cle,&Xerxes*Roy de Perle, immolèrent les hommes, l'vn trois, 1 au- Anaxcrxc. 
tre douze en mefme temps : ce qui cftoittout commun , dit Plutarque 
en toute la Scy thie . & anciennement , ditVarron, en toute l'Italie , & 
enlaGrece,foubs ombre d'vn oracle portant le mot <pw , qui lignifie 
homme & lumière , fî on n'y met l'accent, qui monftre bien qu'il ne 
faut pas mefurerlaloy dénature aux actions des hommes, quoy qu'el- 
les foient inueterees : ny conclure pour cela , que la feruitude des efcla- 
ues foitde droit naturel. & encores moins y a de charité de garder les 
captifs, pour en tirer gain, & profit comme de belles. Et qui eft celuy, 
qui efpargne la vie du vaincu, s'il en peut tirer plus de profit en le tuât, 
qu'en luy fauuant la vie? De mil exemples ie n'en mettray qu'vn. Au 
fiege de Hierufalem foubsla coduitte de Vefpafîan,vn foldat Romain 
ayât apperceudel'or es entrailles d'vn Iuif, qu'on auoittué, enauertit 
fescompagnons,lefquels bien toft coupèrent la gorge àleursprifon- 
niers,pour fçauoir, fils auoient auallé leurs efcus,& en fut tué envn 
mométplus de 7 vingtmille.Ola belle charité.' Encores dit-on qu'on les i iofcph. in bdio 
nourrift,& qu'on les traite bié pour quelque feruicc. mais quelle nour- 
riture,quel feruice / Caton le cenfeur,eftimé le plus homme de bien de 
fon aage, après auoir tiré tout le feruice qu'il pouuoit 8 de fes efclaues, n/cenforîo?"" " 
iufques à ce qu'ils fuflent recruds de vieillefle,ils les vendoit au plus of- 

d 



*8 DE LA REPVBLI QV E 

frant, pour arracher encores ce profit du prix de leur fang, qui leur re- 
ftoit, &c pour euker à la defpéfe, de forte que les pauures ciclaues pour 
recompenfe de tous leurs feruices, eiloiét traittez a la fourche par nou- 
ucaux maillrcs. encores la mule de Pallas en Athènes eftoit plusheu- 
reufe, parce qu'elle viuoit en pleine liberté fans qu'on ofaft la charger, 
ny encheueftrer . Et combié qu'il n'y a chofe plus naturelle, que le ma- 
iia^e,fî eft- ce qu'il n'eftoit pas permis a l'efclaue: de forte quefî l'ho- 
me franc captif euft eu enfant de fi femme légitime, fi le père mouroic 
entre les mains des ennemis, quoy que la mère retournait en liberté, 
ou qoîspnegoaB. neantmoins Ion enfant eftoit réputé baftard . le megarde'ray bien de 
tcdccaptims. coucher par efcritles contumelies deteftables qu'on faifoit fouffnraux 
efclaucs:mais quant a la cruauté,il ell incroyable ce que nous en lifons. 
& que diroit-on (î lamilliefme partie eftoit eferipte î car les autheurs 
n'en difent rien,fi l'occaiio ne fe prefente : & n auôs que les hiftoires des 
plus humains peuples, qui ayent efté en tout le monde. On leur faifoic 
labourer la terre 9 enchaînez, corne on fait encores en barbarie, &cou- 

9 Collumci.hb.1. , , r n , . i r 1 11 -1 r C p^-w 

cher es toiles en tirant les etcnelles,comme il le tait encores en tout 1 O- 
rient , pour la crainte qu'on a de les perdre , ou qu'ils ne mettent le feu 
en la maifon,ou qu'ils ne tuent les maiftres. Or pour vn voirre caffé, il y 
alloitdeleurvie. Et de fait l'Empereur Augufte,foupant enlamaifon 
de VediusPollion, l'vn des eiclaues caffa vn voirre , il nauoit fait que 
i lib-j-dcira.!. celte faute,comme dit 1 Scnecquc,aufïîtoftilfut tiré au viuier des Mu- 
virgiu.yEncL renés, qu'on nourriifoit de telle viande . lepauurcefclaue f'en fuit aux 
pieds d'Augufte, le fuppliant qu'il ne fuft pas mangé des pohTons après 
qu'on l'auroit tué: car il fe fentoit coulpable de mort pour le voirre caf- 
fe :mais l'opinion commune eftoit, que l'ame des noyez ne tragnet- 
toit ïamais aux champs civiles : ou-quclle mouroitauec le corps : corn- 

in epiftoiis.qui meSynefîus efcritde fes compagnons, lefquelsvoyans l'orage impe- 
Sm^bfXdt r " c ux fur la mer, tirèrent leurs dagues affin de fe couper la gorge, & 
verbo «*bm«x» £ure fortir l'ame de peur qu'elle ne fuft noyée . ainfi le pauure eiclaue 

de anima demerfi • n ^ ' l ■ n" a n r î • ■> î • o 

haminis quo figni- craignoit citre mage d es poilions. Auguite eimeu de pitie,dit Scneque, 
inwriaS Ult p a " e fift cafTer tous les voirres , & combler le viuier . mais Dion z Thiftorien 

1 Iib -j4- racomptant la mefme hiftoire, dit tout le contraire, qu'Auçrufte ne 

peut obtenir de Pollion la grâce de l'efclaue, & ne dit point qu'il fiit 
combler le viuier: iointaufiï que Scneque dit, qu'il ne laiiTa pas de fai- 
re bonne chère auecfonhofte. Et pourmonftrer, que ce n'eftoitrien 
oPiutar.invitaTiù de iiouueau,plus de cent ans auparauanr, Quintus Flaminius Séna- 
teur Romain fift tuer Tvn de fes efclaues , fans autre caufe que pour 
gratifier & complaire à fon bardache, quidifoit n'auoir iamais veu tuer 
d'homme . Or s'il aduenoit, que le maiftre fuit tué en fa maifon par 
qui quece fuft,on faifoitmcurirtous fes efclaues, corne il aduintpour 
le meurtre de Pedanius grand PreuoftdeRome, quand il futqueftion 

de 



LIVRE PREMIER. 39 

de mettre à mort tous fes efclaues, fuiuant, dit 4 Tacite,Ia couftumean- 4UL14. 
cienne, le menu peuple, qui eftoit pour la plus part d'homes afranchis, 
f'efmeut, d'autant qu'on fçauoit bien qui eftoit le meurdrier, &ncant- 
moins il falloit mettre à mort quatre cens efclaues innocés du fait : tou- 
tefois la chofe debatuc au Sénat, il fut refolu que lacouftume feroit 
gardée, &: de fait tous les efclaues furet mis àmort . le laifle les meurdres 
des efclaues, qui eftoient contraints f entretuer aux arènes pourdoner 
plaifïr au peuple , & l'açcouftumer au mefpris de la mort . Et iaçoit que 
la loyPetronia euft fait defenfe d'y mettre efclauc, qui neuft mérité la 
mort,fîeft-ce qu'elle nefuftiamaisgardec,non plus que l'edit de l'Em- 
pereur Néron, qui fut le premier, qui députa commiffaires pour ouyr o sencca.iit>.j. de 
les plaintes des e(claues:& après luy,rEmpcrcurAdrian J ordona, qu'on js P an»a. 
informeroit contre ceux qui malicieufement tucroient leurs efclaues 
fans caufe : combien que long temps au parauant ceux là eftoient coul- 
pablcs comme meurdriers , par la loy * Cornelia, mais on n'en tenoie t L ubcr j, #ino#ad 
compte, & tout ce que pouuoient faire les efclaues, pour obuier àla u 3 uiL 
colère des maiftr es, c'eftoit d'aller ambraffer les images des Empereurs, 
car ny le temple de Diane en Rome, que le Roy Seruius 7 fils d'vn cfcla- 7Di©n y aii M . 
ue, auo jt ordonné pour la frâchife des efclaues, ny l'image de Romule, 
quele Sénat auoit eftabli pour mcfmc caufe , ne pouuoient pas empef- 
cncrlafuriedesfeigneurs.-nôplusquelefepulchrede ' Thefce en Athc- 8.pi«tar.inThefeo. 
nés, ny l'image de Ptolcmce en Cyrene, ny le téplc de Diane * en Ephc- J JS^/." 1 **" 
fc. iaçoit que fî l'ordonnance des Ephefîens euft efté gardée , l'efclauc 
feftant retiré au temple, fil auoit iufte caufe , eftoit perdu pour le fei- 
gneur, & feruoit à Diane, fî ce n'eftoient femmes qui n'entroient point 
en fon temple : &fî lefclaue auoit toft,il eftoit rendu au feigncur,aprcs 
auoir fait ferment de ne le traitter point mal, comme eferit Achilles 
Statius' . Mais Tibère, l'vn des plus ruzez tyrans qui futoneques , fur fa [ophoods"^ & 
vieilleifTe * ordonna , que les efclaues qui auroiet recours à fon image, "^J oftminTit » 
fuifent en feureté, & fus la' vie d'en arracher l'efclaue tenant l'image: p°iionij. 
arhn que par ce moyen les elclaues pour la moindre occafion vinlent <fc pœnis u.de & 
aceufer leurs maiftres : car mefmes on voit en Scncque vn Sénateur fex- ^.j. de Wbç& 
eufer cnuers Tibère, d'auoir cuidé toucher l'vrinal fans y penfer , ayant 
l'anneau au doigt, -auquel l'image de Tibère eftoit grauec, craignant 
la délation .-tellement que les images des Empereurs, mefmementdcs 
tyrans, eftoient comme pièges pour attraper les maiftres, quifaifoient 
mourir bien fouuent leurs efclaues, pour auoir eu recours aux images, 
fï toft qu'ils eftoient de retour. La loy de Dieu y auoit bien mieux 
pourueu, donnant la maifon d'vn chacun pour franchife à l'efclauc 
fuyant fon maiftre , & defenfe de luy rendre en cholere. Car tous les 
maiftres n'eftoient pas fi fages que Platon , qui dift à fon efclaue , qu'il 
l'euft bien chaftié filn'euit efté en cholere :veu mefmes que Tacite 
dit, que les Alemans ne punifToicnt jamais fînon en cholere. Ainfi 

d ij 



4 o DELAREPVBLIQ^VE 

voit-on que la vie des maiftres n'eftoit point afleurce, & des cfclaues 
encores moins. Et qui euft peu eftrc afleuré de fa vie, ny de fes biés fous 
la tyrannie de Sy lla,qui offroit quinze cens efeus à l'homme libre, & li- 
berté à lefclaue qui apporteroit la telle dVn banni? celle cruauté là co- 
j.piutar.in Syiia tinua, iufques ' à ce que les troubles cftans aucunemét apaifez, après a- 

& Appian.libi. . r • ' -• ni- » -t • -i ri • 

bcii.ciu. uoir fait mourir ioixante mil citoyens,il y eut encore vn elclaue,qui ap- 

porta la tefte defonfeigneurrSylIarafrâchitj&tollapreslelillprecipi- 
ter.Et alors que les perfecutions f echauferent cotre les Chreftiens,il n'y 
auoit maiftre qui ofaft eftre Chreftien,fïnon au hazard de fa vie , ou bie 
qu'il afranchift fes cfclaues. Et fi on dit que la tyrannie ceiîant,la crainte 
des feigneurs, & la calonie des efclaues celle, & ce pédant qu'on fe peut 
afTeurer des efclaues : foit , mais auiîi la cruauté & licence des feigneurs 
augméte. Et neâtmoins l'eftat des familles & des Republiques, eft touf- 
iours en branle, & au hazard defa ruine, fî les efclaues fe liguent . toutes 
les hiftoircs font pleines des rebellios & guerres feruiles.Et quoy queies 
Romains fulTent trefgrands & trefpuiiTans,ii eft-cc qu'ils ne peurét em- 
pefcher que les efclaues ne f'edeuaflent par toutes les villes d'îtalie,hor£- 
misjdit Orofe,en la ville de Meflane:& depuis quelques loix qu'on euft: 
Pompent? 3 1& faites, ils ne peurét obuier qu'il ne feleuall°foixante mil efclaues foubs 
la coduite de Spartac, qui vaincut par trois fois les Romains en bataille 
râgee. Car il eft bié certain qu'il y auoit pour le moins dix efclaues pour 
vn home libre^n quelque pays que ce fuit: comme il eft ayféà iuger du 
nombre qui fut leué des habitas d'Athènes, quife trouuapour vne fois 
de vintmil citoyens g dix mil eftrangers, & quatre cens mil efclaues . & 
l'Italie victorieufe de tous les peuples en auoit beaucoup plus,ainfï 
qu'on peut voir en la harâgue de Calîius Senateunnous auons,dit-il,en 
nos familles diuers peuples & nations , en langues & religions différés. 
Et mefmes Craflus outre ceux . qu'il employ oit à. fon feruice , en auoit 
cinq cens, quirapportoient tous les iours leur gain des arts & feiences 
queftuaires. Milon pour vniour en afranchit trois cens ,afrln qu'on ne 
les appliquait à la queftion pour depofer du meurtre commis en la 
perfonne de Claude leTribun .ceftpourquoy le Sénat Romain vou- 
lant diuerfifier l'habit des efclaues, affin qu'on les peuft cognoiftre d'a- 
uec les hommes libres , l'vn des plus fages Sénateurs remonltra le dan- 
ger qu'il y auroit,fi les efclaues venoient àfe compter, car bien toft 
ils fe fuiTent depefehez des feigneurs pour la facilité de confpirer , & le 
lignai de leurs habits, auquel danger eft expofee l'Efpagnc^ la Barba- 
rie, où Ion marque les efclaues auvifage : ce qu'on ne faifoit ancienne- 
é. iniurcvocautur ment qu'aux plus mefchans,& qui ne pouuoient iamais'iouïr plei- 
%madd. d ciccro nement du fruit de liberté, ny du priuilege des citoyens . mais bien on 
inoffichs. lesmarquoitauxbras.C'eftpourquoy lcsLaccdcmonienSjVoyansque 

, , r , burs efclaues femultiplioientfanscomparaifoh plus que les citoyens, 

7.Urethufa.de 71» r" ' 11 l / 1 n i \ 1 

ftamhora. pour 1 efperance de liberté queies mailtres donnoient a ceux qui plus 

failoient 






LIVRE PREMIER. 41 

faifoicnt d'cnfans , & pour le profit qu'en droit chacun en particulier 

fcirét vn arreft qu'on en leueroir iufques à trois mil des plus habiles à la 

guerre : mais fi toit qu'ils furent leuez,on les tua tous en vne 8 nuic~t,fans s pium.in Lycurg. 

qu'on euft apperceu qu'ils eftoient deuenus. Aritocia^rfk. 

Or la crainte que les citez & Republiques auoient de leurs efclaues, 
faifoit qu'ils n'ont iamais ofé les aguerrir , ny permettre que pas vn fuft 
enrôlé : comme les loix y fontexprefles auec peine capitale. & fila iîfaB , S?oi3 
neceffité le contraignoit de prendre des efclaues , ils les afFranchiffoicnt miima.cod. 
gratuitement, comme fift Scip ion qui afranchit trois cens bons hom- 
mes , après la iournee des Cannes: comme dit Plutarque : combien 
que Florus x efcrit qu'on bailla les armes à huit mil efclaues. car nous i.epke.ij. 
Mifons qu'il ne fut permis aux afranchis de porter les armes, qu'au ^ not - e f lt0 ^ 
temps de la guerre fociale, ou bien ils leur promettoierit liberté pour 
quelque fomme d'argent , comme fift Cleomenés Roy de Laccdc- 
monne en fa neceflité, qui ofrit liberté à tous Ilotes., à cinquante efcuz 
pour telle : en quoy faifant , il eut de l'argent éV des hommes pour P en 
ayder. Et n'y auoit peuple quivfaft d efclaues en guerre finonlesPar- 
thes, aufquelsil eftoit défendu de les afranchir : vrayeft qu'ils les trai- 
toient comme leurs enfans , & multiplièrent de telle forte qu'il ne fen 
trouua en l'armée des Parthes contre Marc Antoine, qui eftoit de cin- 
quante mil hommes, quatre cens cinquante hommes libres, comme 
nous liions en luftin: qui n auoient point doccafion defe rebeller e- 
{tas bien traitez.Et mef mes on fc defioit tant des efclaues, qu'ils ne vou- 
loient pas quelquesfois f en feruir aux galères , au parauant que les auoir 
afranchiz , comme Augufte qui en afranchit vint mil pour 9 vne fois, ** T ** I F&» A *sï 
affin de l'en feruir aux galères» Et de peur qu'on auoit , qu'ils coiurafTent 
cnfcmble contre l'eftat,&arrin de les tenir toufioursempefehez aux arts 
mechaniques,Lycurgue en Lacedemonne,& Numa Pompilius en Ro- 
me, défendirent à leurs citoyens d'exercer aucun meftier. Et néant- 
moins ilsne pouuoient fibienfaire , qu'il n'y euft toufiours quelque 
homme defefperé,lequel promettant liberté aux efclaues,troubloitl'e- 
ftat, comme Viriat le pirate, qui fe fit Roy de Portugal, Cinna, Spartac, 
Tacfarin, & iufques a Simon Gerfon capitaine luif y lefquels de petits 

ÏV jir- J IL > x Iofcph. in beUo 

compaignons le reirent tous grands ieigneurs en donnant liberté aux iudaïco. 
efclaues , qui les fuyuroient. Et pendant la guerre ciuile entre Augufte 
& Marc Antoine, on ne voy oit que fuitifs efclaues de part ou d'autre: 
de forte qu'après la défaite de Sexte Pompee,il Peu trouua xxx. mil,qui 
auoient fuyui fon parti, qu'Augufte fift prendre à iour nommé par 
tous les gouuernemens, & les feit rendre à leurs feigneurs; & feit pen- 
dre ceux, quin'auoient point defeigneur , qui les demandait, comme 
nous lifonsen A p pian. Et de fait, lapuiflfancedes Alarbes n'a prisac- 
croifTement que par ce moyen . car fi toft que le capitaine Homar , l'vn 
des lieutenansde Mehemet, eut promis liberté auxefclaues,quile fui- 

d 1 ij 



42 DE LA REPVBLIQVE 

uroicnc, il en attira (i grand nombre , qu'en peu d'années ils fe feirent 
feigneurs de tout l'Orient . Ce bruit de liberté , & des conqueftes faites 
par les efclaues, enfla le cucur à ceux de l'Europe,où ils commencèrent 
a prendre les armes: & premièrement en Efpagne l'an d ce. lxxxi. 
puis après en ce Royaume au temps de Charlemagne , & de Loùys 
le piteux, comme on voit auxedits, qu'ils firent lors contre les coniu- 
rations des efclaues: de mefme Lothaire fils de Louys, après auoir perdu 
deux batailles contre (es frères, appellales efclaues à fon ayde , qui de- 
puis donnèrent la chaile à leurs maiftres l'an dccclii. & foudain 
cefeufembrazaaufïitoftcn Alemagne., où les efclaues ayans prias les 
armes , efbranlerent l'eftat des Princes & citez , &mefmesLouys, Roy 
des Alemagnes , fut contraint d'aiïembler toutes fes forces pour les 
îors wuo°t Uart *™ rompre/Ccla contraignit les Chreftiens peu àpeu , de relafcherla fer- 
uitude , & d'afranchir les efclaues : referué feulement certaines coruecs, 
& l'ancien droit defuccelTion de leurs afranchis mourans fans enfans. 
couftume qui tient encores prefqu'en toute la balle Alcmagne ., & en 
3. cap. r9 . in îc^ib. plufîeurs lieux de France, & d'Angleterre. Carnous voyons encores 
quem^arS.^ P ar ^ cs I°* x ' ^ es Lombars &: Ripuaires, qu'il n'eft quafi mention que des 
efclaues, qui ne pouuoienteftre afranchis du tout, que par deux afran- 
cbiffemens,pour auoir puiflance de difpofer de leurs biens. &fouuent 
le feigneur adiouftoit en l'acte d'afranchifïèment , que c eftoît pour 
le falut de fen'ame . car les premiers miniftres de l'Egiife Chrcftienne^ 
n'auoient rien en fi grande recommandation, que de moycnnerlesa- 
franchiffemens des efclaues, qui fe faifoient Chreftiens bien fouuent 
pour auoir liberté, & les maiftres pour le falut de leur ame.& mefmes 
nous lifons en l'hiftoire d'Afrique , que Paulin Euefque de Nele , après 
auoir vendu tout fon bien pour racheter les efclaues Chreftiens , luy- 
mefme le vendit aux Vandales pour fes frères . & de la font venus les a- 
franchhTemens faits es Eglifcs pardeuant lesEuefques. qui continuai! 
bien , qu'au temps de Conftantinle grand , les villes fe fentirent char- 
gées du nombre infini d'affranchis, qui n'auoient autre bien que la li- 
berté, & la pluf part ne vouloit rien faire : les autres ne fçauoient point 
câmî'b. in'c! " " de meftier : de forte que 4 Conftantin eftle premier,qui fift ordonnan- 
Thcodo.&iumn. ces 5 p 0ur ayder aux pauures mendians:&deflors auffi on eftablit des 
f.tototir deE ifc- h ol P lcaux pourles pauures petits enfans, pour les vieux, pour les ma- 
& cler - lades , & pour ceux qui ne pouuoient trauailler, comme nous voyons 

aux edits , & ordonnances s qui lors en furent faites à la requefte, & 
mftance des Euefques : comme nous lifons en faintBafile, qui fe plaint 
de ce que les pauures eftropiats alloient par les Eglifes , méfiant auec le 
chant des mmif très leurs plaintes & doléances. & toit après Iulianl'A- 
o^Niccphorus cai- poitat à i'enui des Chreftiens , ° efcriuoit auxpayens , & pontifes des té- 
plesd'Afie, qu'ils deuroient auoir honte , de ne fuyure l'exemple des 
Chreftiens, qui fondoient temples, &hofpitauxpour ceux deleur re~ 



LIVRE PREMIER. 4$ 

ligion . Et d'autant que les pauures affranchis expofoicnt leurs enfans 
par pauureté affin qu'on les nourriii, Gratian 6 fift ordonnances, par lcf- & n tibus nfir . C c"- 
quelles il voulut,quel'enfantexpoié,demeureroit efclaue de ceiuy qui po( * 
l'auoiteleué & nourri. Etau mefme temps l'Empereur Valens donna 
puiflance à chacun de prédre les vagabôds , & T'en feiuir corne d'efcla- 
ues,auec defenfes daller aux bois pourviure en Ermites,&: en fïft mou- 
rir vn fort grand nombre qui f'y eltoient retirez , pour retrancher Toy- 
fiueté,&induirevn chacun au trauail. Et mefmes par lettres patetes du 
Roy Dagobert,quifoiKauthreforfaincl:Denys en France^ileft défen- 
du à tous fubiets de retirer, ny receler les efclaues de l'Abbaye de {àiruSk 
Denys. Depuis eftant les efclaues réduits à la forme des mains mortes,, 
l'Abbé fubiet afrâchit aufll les hommes demain-morte , pourueu qu'ils 
changeaifent de pays : comme i ay veu par la charte qu'il en fift l'an m. 
c x l i.lors qu'il eftoit régent en France.Et au pris que la religion Chrc- 
itienne commença à croiftre,Ies efclaues commencèrent à diminuer, & 
encores plus à la publication de la loy de Mehemet , qui afranchit tous 
ceux de là religion : de forte que l'an m. c c. les feruitudes eftoiét quafi 
abolies par tout le monde :horfmis aux Iiles Occidentales, qui fe trou- 
ueré^alors qu'on les defcouurit,pleinesd'efclaues,qu'onpouuoittuer 
fans peine quelconque, ioint aufïï, que les vaincus n'eftoient point mis 
à rançon, & le larron eftoit liuré comme efclaue àceluv^auquel il auoic 
fait le larcin , & permis à chacun de faire foy & fes enfans efclaues . Il y 
auoit bien encores l'an m.ccxi i. des efclaues en Italie,comme on peut 
voit par les ordonnances de Guillaume Roy de Sicile , & de Friderich 
i r. Empereur aux plaids du Royaume de Naples : ôc parles décrets d'A- 
lexandre iii.Vrbain 111.& Innocent iii. Papes, touchât les mariages zt[zalic ■ ■■ 
des efclaues. ' le premier fut efleu Pape l'an m. c l v i i i. le fécond l'an feruor - 
M.CLxxxv.letroiiiefme,M. clxxxxvii i. d e forte qu'il faut côclure 
que l'Europe fut afrachie d'efclaucs depuis l'an m. c c L. ou enuiron. car 
3 Bartol,quiviuoitl'anM.c c c.efcrit quede fon temps il n'yauoit plus 5# ad L hoftes dc 
d'efclaues, ôc que par les loixChreftiennes les hommes ne fevendoient ca P riuis - 
plus, il entend des edits faits par les Princes Chreftiés.ce que l'Abbé de 
Palerme 4 ayant apprins de Bartol,dit que c'eft vn poindr notable. Tou- 
tesfois nouslifons enl'hiftoire de Poulogne,que tout prifonnier de bo- 4 : cap. i.dc caniu- 
ne guerre eftoit deflors&long temps après efclaue du vainqueur, file gm 
Roy n'envouloit payer deux fleurins pourtefte,commei'ay dit cy def- 
fus-.iSc encores a prefentles fubiets cenfiers, qu'ils appellent Kmetous, 
font en la puifîance de leurs (eigneurs, qui les peuuent tuer , fans qu'on 
lespuiiîeappeJIer eu milice : &i'jls ont tué les fubiets d'autru y , ils font 
quites en payant dix efcus,moitié au feigneur, moitié aux héritiers, ain- 
fi que nous liions aux ordonnances de Poulogne. qui font femblables 
es Royaumes de Danncmarch,de Suéde & N oruege . mais il y a plus de 
quatre ccnsans,que la France n'afoufïertlcs vrays efclaues . Car quanta 

d iùj 



44 DE LA REPVBLIQVE 

ce que nous Iifons en nos hiftoires,que Loùys Hutin , qui vint à la cou- 
ronne l'an m.c c c.x 1 1 1. au temps mcfme que Bartol viuoir, affranchit 
tous les efclauesqui voulurent à pris d argent,pour fournir aux frais de 
la guerre: cela fedoit entendre des mains-mortes, que nous voyons 
encores àprefent afranchir par lettres Royaux, ainfl faut- il entendre ce 
que nous Iifons de Tan M.cccLVin.au fubllde accordé à Charles v. 
il fut dit, que les villes feroient pour l x x.feux vn homme d'armes : le 
plat pays pour centfeux :les perfonnes férues & de morte- main, &de 
icrfs mariages pour c c.feux feroient auffi vn homme d'armes . ce qu'ils 
n'eufTentpasfait/'ilseuiTentefté en la pofTeffion d'autruy, cVcenfez en- 
tre les biens d'autruy : corne il femble par l'article fuyuant,où il eft di<5r, 
que les bourgeois payeront pour les ferfs qu'ils tiennent, comme les 
nobles ; ce qui f entend des fucceffions,qu'ils en amedoient . Ainfi f en- 
tend ce qui eft efcriptde Humbert Daufin, qui au mefmc temps afira- 
chit tous les efclaues de Daufiné : & deflors en fut rédigé l'article en la 
couitume. autant en && enfon pays Thibaut Comte de Blois,lanM.cc 
xlv. & à cela fe rapporte l'ancié arreftdu Parlemét de Paris,par lequel 
il eft permis àl'Eucfquedc Chalonsd'auoirdes fiefs & d'afranchir les 
hommes de feruile condition du côfentement du chapitre . auflî Char- 
les vu. venant à la couronne l'an m. c c c c x x x. afranchit plufieurs 
perfonnes de feruile condition : il y a ainfi aux regiftres du Parlement de 
Paris intitulé , les ordonnances Barbines . & de noftrc mémoire le Roy 
Henry par lettres patentes afranchit ceux de Bourbonnois m.d.x l i x. 
& le Duc de Sauoye ^H le femblable en tous fes pays l'an m. d.l x i.Car 
le prince de fa puifiance légitime ne pouuoit afrâchir l'clclaue d'autruy, 
y. ud beftias.de pœ & moins s encores les maaiftrats, quelque prière qu'en fift le peuple. Et 

nisl.fi proprieraté. r .. . . r \ 1 r i • • -1 

de iis qui à non Do- melmes ils ne vouloient pas lculement donner aux arranchis pnuilege 
pedt.etfd.cLfi S- de porter anneau d'or , fans le confentement de celuy qui l'auoit afran- 
r^dehirc^ureor. cn * ; & ^ c fii^ffiiùpeïtttE Comode fi ofta ce priuilege a tous ceux, qui 
annuii. l'auoient obtenu au defeeu du patron : ou il Parxaiichiobtcnoircepri- 

s. i.i. ecd. ' uilege du prince, c'eftoit (ans preiudicc des droits du patro/encores que 

fi.'dAniusvoland. le prince l'euft reftitué en l'eftat d'ingénuité, 8 qui cftoit bien plus ' que 
m*'c "TÏufrê d'auoir le droit de porter anneau d'or : lequel combié qu'il appartintau 
aureorum.c. prince feulemét , x iî eft-ce que le patron du temps de Tertulian Mcdô- 

i.l.i.denatahb.re- r . vr r ' \ ■ tii-'i «/- " n \ r r • r • \ r 

ftim.c. noit a Ion arrachi, auec vne ro be blache, & ion no , & le raiioit icoir a la 

i.m i . creurre- ^ ^ ^ lieu,dit-il,qu'il auoitaccouftumé d'auoir les fers ôclcs fouets. 
; .authcnt.78. & en fin Iuftiniâ ' mcfmc par vn edicl: gênerai reftitua tous lesafranchis 
en l'eftat d'ingenuité,fans qu'il leur fuft befoin d'en auoir lettres . Neât- 
moinsen ce Royaume il faut obtenir lettres du prince, quia toufiours 
accouftumé d e reftituer aux homes d e main-morte, & de feruile condi- 
tion,l'eftat d'ingénuité, oftant l'anciêne marque de feruitude, au preiu- 
dice desfeigneurs,qui peuuent feulement fàifir tous les biens de l'afrâ- 
chi acquis auparauant fa liberté en quelquelieu qu'ils foient, comme il 

aefté 



LIVRE PREMIER. 45 

aeftéiugépararreftde la Cour, puis n'agu ères cotre l'abbé fainctcGe- 
neuiefuc. maisdeflorsenauât,toutle biei^qu'ilsacquierét, leur appar- 
tient & en peuuent difpofer par teftament,encorcs qu'ils n'ayent point 
d'enfans . l'ay bien veu, que le feigneur de la Roche blanche en Gafco- 
gnCjpretendoitauoir non feulemét le droict de main morte fur Tes fub- 
iets,ains auiTi qu'ils eftoient tenus de faire fcs vignes, labourer Ces terres, 
faucher les prez, feier & batre fes bleds,baftir fa maifon, payer fa rançô, 
& la faille es quatre cas accouftumez en ce Royaume , ains aufli de les 
pouuoir ramener auecvncheueftre,fils fortoientde la terre fans fon 
cogé. Ce dernier poin cl: luy fut trâché par arrefldu parlemét de Thou- 
louze : 4 comme eftant au preiudice de ladt oite liberté, & refTentant (a 4a nn ° yjs. 
feruitudequi n'a point de lieu en tout ce Royaume: de forte mefme 
que l'efclaue d'vn cftranger eft franc , & libre , û toft qu'il a mis le pied 
en France , comme il fut îugé par vn ancien arreft delà Cour, contre vn 
Ambaffadeur . &mc fouuient eftant enToulouze,qu'vn Gcneuoisy 
paffant,fut cotraint dafranchir vn efclaue , qu'il auoit achepté en Efpa- 
pagne,voyât quclesCapitouls le vouloiét déclarer frac & libre, tât en 
vertu de la couftume générale du Royaume , que d'vn priuilege fpecial 
que l'Empereur Theodofe le grand leur donna,ainfî qu'ils difoiét , que 
tout efclaue mcttâtle pied enThoulouze eftoit franc: chofe toutefois 
qui n'eft pas vray-femblable.âttédu que Natbonne' vray e colonie des , 

ik -il • . r n t- ri ;, r ... ,1 aMarcioNax- 

Romains,& la plus ancienne qui rult en Francc,Le6tore,Nyimes,Vien- bonc dedua» ex 
ne,Lyon,qui eftoient aufli colonies,ny Rome mefmeSjOu eftoit le fîe- 
gede l'Empire ,n'auoient pas ce priuilege. mais le Geneuois deuanc 
qu'afrâchir fon efclaue, luy fift promettre qu'il le feruiroit toute fà vie: 
quieftvneclauferecrettee 6 en terme de droit. Voila comme les efcla- 6 A l J'*'T*° a '™Z 

j, O d£E • quarum rerum 

ues ont efté afranchis . Mais icy me diraquelqu'vn, fil eft ainfi que les aaio - 
Mehemctiftes ont afranchi tous les efclaues deleurreligion,quia cours 
en toute rAfie,& prefque en toute l'Afrique,voire en vne bonne partie 
de l'Europe, & que les Chreftiens àyent fait le femblable, comme nous 
auonsmonftré,commenteft-il poffibleque tout le monde foit enco- 
res plein d'efclaues ? caries Iuifs ne peuuent auoir efclaue de leur natio, 
obftantlaloy qu'ils tiennent,&: n'en peuuentauoir de Chreftiens,entre 
lesChreftiens,attendulesdefenfesportees 7 parlesloix,&moinsenco- i !•»•»« çhnfti* 
res de Mehemetiftes fous leur obenTance,oii ils font pour la plufpart. paganusvcffu- v 
A cela ie refponds,que les peuples des trois religions,ont tranché la loy 
de Dieu par la moitiéjpourleregarddes efclaues. car la loy de Dieu dé- 
fend aux Hebrieux de prédre aucun efclaue^fi ce n'eft de fon plein vou - 
loir&confentement., & lors le feigneur luy doit percer l'oreille à l'ei- 
fueil de faportejpour marque d efclaue perpétuel, bien pouuoit-il auf- 
fi le feruir de fon debteur , cV de fes enfans ,iufques à ce qu'il euft payé. 
& fil auoit fet ui fept ans fon créancier, il eftoit quitte de la debte & du 
feruice . mais il ne leur eftoit pas défendu d'auoir des efclaues d'autre 



4 6 DE LA REPVBLIQVE 

nation, d'autant que les Payensacheptoiét ordinairement desefclaues 

luifs, & n'y auoit point de meilleurs efclaues que de luifs & Syriens. 

Voyez,dit Iulian l'Empereur 8 , combien les Syriens font propres à fer* 

siQcpiftoUad a.»- uir: &: combien les Celtes font amoureux de leur liberté, & difficiles à 

uoehum Mifopo- j om p rcr< Mais l es Iuifsayans achepté des efclaues Paycns , ou Chre- 

ftiés,les faifoient circoncit, &catechifer,ce qui donna occaiîon àTraia 

rEmpcreur,derairei'edicV portant defenfes à toutes perfonnes de cir- 

9 Lcirconridercde conc i r: & comblé qu'ils euflent inftruit leurs efclaues en leurloy , ils les 

peenu. r \ 1 / 1 n 

retenoient neantmoins efclaues contre leur gre : &qui plus eft, toute 
leur pofterité,interpretât ce mot,de ton peuplc,ou de ton frcre,de leur 
nation feulement, auili les Pay ens leur faifoiét le femblablc. Mais nous 
voyons, que Dieureproche à fon peuple en Hieremie , qu'ils n'ont pas 
affranchy ceux de leur fang après le feptiefmean. Et quant aux efclaues 
Chreftiens qu'ils auoient circoncis &endazez (ainfi parle l'hiftoirc) ce 
fut l'vnc des caufes,pourlefquelles Philippe le conquerât les chalTàde 
France, & confifea leurs biens immeubles : par ce qu'ils auoient desfer* 
gens,& chambrières Chreftiénes(ainfi parle l'ancienne hiftoire) contre 
manciphSc!'* 11 " la loy qui le défend ' . mais le mot de fergent, que les vns appellent^r- 
uientem, ne fignifiepas efclaue,ou ferf, qui eft à dire mancifium: comme 
ilfentend en vn article des eftats tenus à Tours, où il eft dit, qu'ancien- 
nement on nous appelloit francs, & maintenant nous fommes ferfs. 
Les Mehemctiftes ont fait le fcmblable : car ayant circoncy &catechi- 
zé leurs efclaues Chreftiens, les retiennent roufîours efclaues , & route 
leur pofterité. & à leur exemple les Efpagnols , ayans réduit les Neigrcs 
à la religion Chreftienne, les retiennent neantmoins, & toute leur po- 
fterité comme efclaues. Et quoy que l'Empereur Charles v.euftafran- 
chi tous les efclaues des Indes Occidentales par edit gênerai, fait l'an m. 
d. xl. neantmoins pourles rebellions des maiftres &gouuerncurs,& 
l'auarice des marchans, & mefrne du Roy dePortugal , qui en tient des 
haraz comme debeftes,ilaeftéimpofïîbledcrexecuter.cncoresquc 
le gouuerneurLagafca, qui fift trancher la tefte à GonfàlcsPizzarc.chef 
c^eux qui feftoient rebellez pour l'afranchilTement desefclaues, en 
déclarant r'cdàérjciift afranchi les efclaues Pcruzius, à la charge des cor- 
uees qu'ils deuoient aux feigneurs : qui fut le moyen qu'on garda an- 
ciennement en toute l'Europe, pour obuier aux rebellions. Voila l'oc- 
cafîon d'auoir renoué les feruitudespar toutlcmonde,horsmisence 
cartier d'Europe, qui en fera bien toft remply fî les princes n'y mettent . 
bon ordre : car on ne fait maintenant plus grande trafique, mefmcméc 
en Orient : & fe trouue que les Tartarcs depuis cent ans ayans couru la 
Mofchouie, Lituanie, & Poulogne,emmenerent pour vn voyage trois 
cens mil efclaues Chreftiés: & de noftre mémoire Sinan Bafla, ay at pris 
Tille de Gode près de Malte , emmena fix mil trois cens efclaues, & tous 
les habitans de Tripoli en Barbarie. Auffi le capitaine gênerai des Ianif- 

faires 



\ 



LIVRE PREMIER. 47 

faires, à trois cens efclaues,quc le grand feigneur luy donc pour ion fer- 
mée^ chacun des Cadilefquiers autant. Car quât aux leuees des ieunes 
Chreftiens que fait le grand Seigneur, qu'ils appellent enfans du tribut, 
ie ne les tiens pas pour efclaues, ainsaucontraire,iln'yaque.ceuxlà, & 
leurs enfans uifquesàla troifîefme lignée., qui foient nobles, & ne l'cil 
pas qui veut :attédu qu'il n'y a que ceux-là qui îouiflent des pnuileges, 
e/l:ats,ofrices, & bénéfices . Or puifque nous auons par expérience, 
de quatre mil ans tant d'inconueniens,derebellions,de guerres fcruiles, 
d'euerfions & changemens auenus aux Républiques parles efclaues: 
tant des meurtres , de cruautez , & vilenies detefkables commifes en la 
perfonne des efclaues parles feigneurs,c'efi: chofe trefpernicieufc de les 
auoir introduits, & les ayât châtiez, de les rechercher. Si on dit que la ri- 
gueur des loixfepeut modérer aueedefenfes, & punitions feueresde 
ceux qui tuerot les efclaues : & quelle loy peut eftre plus iuite,plus for- 
te,plus entière que la loy de Dieu,quiy auoitfifagemét pourueu? voi- 
re îufques a défendre de les chaftier de fouets, (ce que permet la loy des 
Romains *)& veut quel'efclaue fus le champ foit affrâchi, fi le feigneur 1 i. capita ] ium .ç. 
luy a rompu vn membre : ce que l'Empereur Constantin 5 fin: palfer en jjj fcruorQ - dc p«- 
force de loy générale . Et qui feroit la pourfuite de la mort d'vn efcla- 5 udccmendac 
ue? qui en oyroitla plainte? qui en feroitla ration n'ayât aucun intereft? 
attédu que les tyrans tiennet pour reigle Politique, qu'on ne peut aflez 
alferuir les fubiets pour les rendre doux & ployables . On dira qu'en 
Efpagne on voit lesfeigneurs traiter fort doucement leurs efclaues, & 
beaucoup mieux que les feruiteurs libres : & les efclaues deleur parfai- 
re feruice à leurs feigneurs auecvne allaigrelTe, &c amour incroyable. 
Quant aux Efpagnols , on dit en p rouer be, qu'il n'y a point de matières 
plus courtois au commencement , & généralement tous commence- 
mens font beaux : aufïl eft-il bien certain,qu'il n'y a point d'amour plus 
grand que d'vn bon efclaue enuersfon feigneur,pourueu qu'il rencon- 
tre vn humeur propre au fien. c'efr, pourquoyà monaduis, la loy de 
Dieuauoit fi fagemetpourueu,que perfonne ne fuft efclaue,que celuy 
lequel ayant feruifept ans,& goufté l'humeur de fon maiftre, ou créan- 
cier, auroit côfenriluy eftre efclaue perpétuel, mais puis qu'il y a fi peu 
d'hommes qui fe refTemblent , & au contraire que la varieté,& naturel 
des humeurs eft infinie , qui fera l'homme fi mal aduifé, qui en face vn 
edi6r,vne loy,vnereiglegenerale?ranciéprouerbe,qui dit,autâc d'en- 
nemis que d'efclaues,môïtre allez quelle amitié,foy &: loyauté on peut 
attendre des efclaues. De mil exemples anciens ie n'en mettra y qu'vn 
aduenu du téps de louius Pontanus, lequel récite , qu'vn efclaue voyât 
fon feigneur abfent, barre les portes, lye la femme du feigneur, prend 
tes trois enfans, &fe mettant auplus haut de lamaifon, fi toft qu'il voit 
fon feigneur , il luy gette fus le paué l'vn de fes enfans,& puis l'autre : le 
père tout efperdu, & craignant qu'il getaft le troifîefme, a recours aux 






4 8 DE LA REPVBL1QVE 

prières, promettant impunité & liberté àl'efclaucf'ilvouloitfauuer le 
troifieme: l'efclaue dift qu'il le getteroit,fi le père ne fe coupoit le nez, 
cequil ayma mieux faire pour fauuer (on enfant* cela faicl: l'efclaue 
neantmoinsgettale troifieme,& puis apresfe précipita luymefme. On 
me dira qu'en receuant les efclaues , on retrâchera le nombre infini des 
vagabôds,& cefîionaires , qui après auoir tout mâgé,veulét payer leurs 
créanciers enfaillites,& qu'on pourra chafTer tant de vagabôds,& fait- 
neants,qui mâgent les villes , & fuccent corne guefpes le miel des abeil- 
les-.ioint au(Ti,que de telles gens fe prouignet les voleurs^ pirates:puis 
la fainv,& mauuais trai&ement despauures, attirent les maladies popu- 
laires aux villes.car il faut nourrir les pauures,& non pas les tuer, or c'eft 
4 i.vd necarc. de lestuer 4 quand onleurrefuzelanourriture,ou qu'on les chaflfe des vil- 
les, comme dit S. Ambrois. le refpond quant aux ceflionaires , que la 
loy de Dieu y a pourueu, c'eft à fçauoir^qullsferuent à leurs créanciers 
feptansrcombien quelaloydes xn. tables pratiquée en toutes les In- 
î Fran.Aïuarw en des Occidétales, & en la plus part d'Afrique ', vouloit qu'ils demeuraf- 
1 >ft. dEthiopie. ^ ent touiiours prifonniers du créancier iufques à ce qu'ils euflent fatis- 
fait,car d'ofter le moyen de ceflion en cas ciuil , comme ils font en tout 
l'Orient, c'eft ofter aux debteurs le moyen de trauailler, & de gaigner 
pour faquiter.Quat aux voleurs,ie dy,qu'il y en auroit dixpour vn: car 
l'efclaue fera toufîours contraint, fil peut efchapper, d'eftre voleur ou 
corfaire, ne pouuat fouffrir fon feigneur,ny fe monftrer eftant marqué, 
ny viure fans biés.Ie n'en veux point de meilleur excmple^que celuy de 
Spartac,qui aflembla en Italie foixante mil efclaues pour vne fois^outre 
neuf cens voiles de cor(aires,qui eftoiét fus mer. Or le fage politic n'eft 
pas celuy qui chafle de la Republique les voleurs , mais celuy qui les 
empefche d'y entrer. Celafepeut faire aifémét, fî on faifoit en chacune 
ville des maifons publiques pour apprendre les pauures enfans à diuers 
meftiers, comme il fe fait à Paris, à Lyon, à Venize, & autres villes bien 
policees,ou il y a des pépinières d'artizans,qui eft la plus grande richef- 
ïed'vnpays. Aufïiiene fuis pas d'auis que tout à coup on affrâchifle les 
efclaues, corne l'Empereur fift au Peru, car n'ayans point de bienspour 
viure,ny demeftierpour gaigner, & méfiées eftansafriâdez delà dou- 
ceur d'oyiiueté,&: de liberté,nevouloiéttrauailler:de forte quelapluf- 
part mourut de faim. mais le moyé c'eft deuant les afranchir, leur enfei- 
gner quelque meftier. Si on me dit qu'il n'y a bo maiftre que celuy qui 
a efté bon feruiteur: ie di,que c'eft vne opinio qui eft malfondee,quoy 
quelle foit anciénercar il n'y a rie qui plus rauale & abaftardifle le cueur 
bo,&genereux,que laferuitude, ôc qui plus ofte lamaiefté de coman- 
derautruy, que d'auoir efté efclaue . auflî le maiftre de fagefîe dit enfes 
prouerbes, qu'il n'y a rie plusinfupportable, que l'efclaue deuenu mai- 
ftre : ce qu'il entend non feulement de la cupidité eftât maiftreiTe de la 
raisô:ains auiïi de celuy qui va d'vne extrémité à l'autre, de feruitude au 

comman- 



LIVRE PREMIER. 45 > 

commandemét. Mais puis que la raifon diuine,& naturelle va par tout, 
Ôc qu'elle n eft point enclofeés frontières delaPaleftine, pourquoy ne 
fera ellefuiuie ? Côbien que de tout temps les Tartares extraits des dix 
lignées d'Ifraèl,afranchillent leurs efclaues mefmes au bout defèpt ans, 
à la charge qu'ils fortiront du pays:qui eft vne claufe en cas de vête d'ef- 
clauesj que Papinian auoit regettee: mais depuis il changea d auis, & remis «porc, 
corrigea fa faute : & neantmoins en cas d'afranchiffemens elle eft nulle. 

G 

fil n'y auoitedit,ou couftume générale au contraire , comme nous di- 
rons cy après. Voila quant à lapuiflancedes Seigneurs furies efclaues, 
ôc des maiftres fur les feruiteurs . Or puis que nous auons allez ample- 
ment, &: toutefois aulîi briefuement qu'il nous a efté polfible difcouru 
de la famille, & de toutes les parties dicelle,quieftlefondemétdetou- 
teRepublique^difons maintenant du citoyen ôc de la cité. 

T>V CITOYEN, ET LA T> I F FERENC E 
d'entre lefttgetje citoyen, l'eflranger, la nj'dle ^cité ' ><& Re^ublïaue. 

C H a p. VI. 

^^P G us auons dit du gouuernemcnt de la famille, & de Ces 
parties, & getté les premiers fon démens lus lefquels 
toute Republique eftbaftie . Et tout ainli que le fonde- 
ment peut eftre fans forme de maifon , aulfi la famille 
peut eftre fans cité, ny République , Ôc le chef de famille 
peutvlerdu droit de fouueraineté lus les liens, fans rien 
tenir après Dieu que de refpeercommeily en aplufîeurs és'frontie- Jj' b ^ on dAfn i uc ' 
res du Royaume de Fez , ôc de Maroc, Ôc aux Indes Occidentales, 
mais la Republique ne peut eftre fans famille , non plus que la ville 
fans maifon,oula maifon lans fondement . Or quand le chef de famille 
vientàfortirdela maifon, ou il commande , pour traitter& négocier 
auec les autres chefs de famille 3 de ce qui leur touche à tous en gêne- 
rai ..alors il defpoùille le tiltre demaiftre , dechef, de feigneurjpour „-..„. 

n. r o rr >/ 1 i rr r P u Definitio de Ci- 

eltre compagnon,pair ôc allocie auec les autres , laiilant la ramille, pour t0 y en . 

entrer en la cité,& les affaires domeftiques^pour traitter les publiques: 
ôc au lieu de feigneur,il s'appelle citoyen: qui n'eft autre chofe en pro- 
pres termes,que le franc fuget tenant de lalbuueraineté d'autruy. Car 
au parauant qu'il y euft ny cité., ny citoyen , ny forme aucune d e Repu- 
blique entre les hommeSjchacun chef de famille eftoit fouuerain en fa 
maifon,ay ât puiffance de la vie & de la mort fur la femme,, ôc fur les en- 
fans: ôc depuis que la forcera violence,rambition,l'auarice,lavengeace 
eurent armé les vns contre les autres, liifue des guerres, ôc cobatSjdon- 
nât la victoire aux vns,rêdoit les autres efclaues:& entre les vainqueurs, 
ecluy qui eftoit elleu chef & capitaine , ôc foubs la conduite duquel les 
autresauoient eulavictoire,continuoitenlapuiifance de commander 




5 o DE LA REPVBLIQ_VE 

aux vns comme aux fideles,& loy aux fugets, aux autres comme aux ef- 
claues. Alors la pleine & entière hberté,que chacun auoit de viure à Ton 
plaifir,(ans eltrecommâdé de perfonne, fut tournée en pure feruitude, 
& du tout oitee aux vaincus:& diminuée pourlc regard des vaincueurs 
en ce qu'ils preltoient obeiiïance à leur chef fouuerain, & celuy qui ne 
vouloit quiter quelque chofe de fa liberté, pour viure foubs les loix, & 
cômandcmét d'autruy,la perdoit du tout. Ainfi le mot de Seigneur,& 
Comroenccmét je Seruitcur.de Prince. & deSueets auparauatincogneus.furétmisen 

des républiques, r r T e \ 11 J • > 1 

vlage.La railon, & lumière naturelle nous conduit a cela, de croire que 
i au chap.dcs corps la force, & violéce a doné fource,& origine aux Republiques . Et quad 
* iïprfœmio. ^ a raifon n'y feroit point, ï'ay monllré cy ' defTus par le tefmoignage ïn- 
? . inThefco. dubitable des plus véritables hiitoriés, c'eft à 1 çauoir de * Thucydide, 
5 . ini.vit. de coik- ? Plutarque, 4 Cefar,& mefmes des loix de Solon, J que les premiers ho- 
£1W mes n'auoient point d'honneur, & de vertu plus grande, que de tuer, 

mailacrer,voler.,ouaiTeruir les hommes .voila les mots de Plutarque. 
Mais encores auôs nous le tefmoignage de lhiif oire facree., ou il cil dit 
que Nimroth arnere-fils de Cham,fut le premier qui alTugetit les hom- 
mes par force & violence,eftablifTant fa principauté au pays d'AlTyrie, 
& pour cette caufe on l'appella lepuilTant veneur , que les Hebrieux 
interpretentvoleur &: prédateur . Enquoy il appert que Demolthc- 
ne,Ariltote& Ciceron fe fohtmefpris fuiuans l'erreur d'Hérodote, 
qui dit que les premiersRoys ont elté choifîs pour leur iuftice & ver- 
tu, aux temps qu'ils ont figuré héroïque: opinion quci'ay reprouuee 
riàî.Sp.7.° d0hm °" ailleurs: 6 veu mefmes que les premières Republiques ,& long temps 
au parauant Abraham, fetrouuent pleines d'efclaues. comme aufTi le 
Ifles Occidentales furent trouuecs remplies d'efclaues: chofe qui ne fe 
pouuoit faire que par violence extrême, forceant les loix de nature . Et 
n'y a pas foixante & dix ans que les peuples de Gaoga en Afrique, n'a- 
uoient onques fenti ny Roy^ny feigneurie quelcôque,iufques à ce que 
l'vnd'enti'eux alla voir le RoydeTombut : & lors ayant remarqué la 
grandeur & maiefté de ce Roy là, il luy print enuie de fe faire aulTi Roy 
enfonpaysj&ccmmenceaàtuervn riche marchant, & emparé qu'il 
fut de les cheuaux, armes, & marchandées, en fift part à fesparens &c 
amisj&àleur ayde afïugetittantoftles vns, puis les autres par force,&: 
violence, tuant les plus riehes,& l'emparant de leur bien: de forte que 
fon fils , eftant riche des volcnes du père , f'eft fait Roy ,&fonfacce£- 
feur a continué en grande puillance , ainfi que nous lifons en Léon 
d'Afrique. Voila l'origine des Républiques, qui peur efclaircir la défi- 
nition de Citoyen , qui n'eft autre chofe que le franc fuger , tenant de 
la fouueraineté d'autruy. Iedy franc fuget: car combien que lefcîa- 
uefoitaurant,ouplusfugetde la République, que fon feigneur, fi eft- 
ce que tous les peuples ont toufiours palTé par commun accord , que 
ij.^uod amnct.de i> e [ c [ aue n ' e ft point citoyen,& en termes de aroict elt conté pour rien: 

ce qui 



j. I. non dubito de 
captiuis. 



LIVRE PREMIER. 5 i 

ce qui n'eft pas aux femmes, & enfans de famille,qui font francs de tou- 
te femitude, encores que leurs droits & libertez , & la puiffance de dif- 
pofer de leurs biens, leur foit aucunement retranchée par lapuifîance 
domeftique.de forte qu on peutdirc,que tout citoyen ett fuger,eftant 
quelque peu de fa liberté diminuée par la majefté de celuy auquel il 
doit obeiffance: mais tout fuget n'eft pas citoyen, comme nous auons 
dit de i'efclaue . & ce peut dire aufli d'vn eftrangerjequel venant en la 
fei<*neurie d'autruy, n'eft point receu pour citoyen , n'ayant part aucu- 
ne aux droits cVpriuilegesdelacité, & n'eft point aufïicôpns aunom- 
bre des amis, alliez., ou coalliez^qui ne font point du tout eftrangers, 
comme dit 5 le Iurifconfulte,ny ennemis aulTi-Côbien quancienneméi 
les Grecs appelloient les eftrangers* ennemis, comme auffi faifoient les î m f 1 {odc qucmThc " 
Latins:ceque 6 Cicerona remarqué des douze tables: cV les 7 ennemis 6 - In °ffic. fiftatu» 

n •• *. r 1 n n n rC diescumhofte. - 

eft oient ceux qui auoient coiure contre l'eltat . Peut eltre aulli que ceux 7- p«duciies. 
que nous appelions hoftes en noftre vulgaire,eftoient anciénement les 
étrangers: Mais on a corrigé la propriété des mots, demeurant la for- 
me de parler:& les Grecs ont appelle leurs ennemis 7K>M{A.'&ç i corne leur 
faifant la guerre :& les eftrangers JeWç,queles Latins ont nommé pere- 
zrinos t qui ne lignifie pas pelerinSj comme dit le bon 8 Accurfe: mais h^h t '^ e }^l^e > : 

S 1 t> I r înltuucn. C. ik lin- 

ettrâVers.fbiét fueets d'autruy.ou bien fouuerains en leur terre . Or en- xieanonomiaincpw 

} r 1» n. i r ■ c r\ v v > î» r nul,acft,n -S-vit.m 

treleslugetsi vneitnaturel^oitrrancjouelclaue,! autre naturalize .1 VI- inftitutio.dcfcered. 

claue du fuget,encores qu'il foit depays eftrange, eft bien differenc de Jj. ^ captiuis i. 7 . 
I'efclaue del'eftrâVencar i'vnett citoyen fi toit qu'il eft afranchi. 9 & fuit * d mun i«P^mit. 

t> J 1 ^ s de manuimliio. in 

l'origine de fon feigneur.l'autre ne l'eft pas:qui moilre affez que l'vn eft initie. Uiues.de ia- 
auififugetdelaRepublique.encores qu'il loit efclaue d'vn particulier, i. piucar. inDemo»- 
Vray eft que lesafranchis en Grèce nettoient pas citoyens, ores qu'ils eiie ' 
fuffent du pays,& fugets naturels. Car nous 1 trouvions que Demofthe- 
ne fut débouté de la requefte par luy prefentee au peuple, après la îour- 
nee de Cherronee,par laquelle il demandoir^que tous les habitans d'A- 
thenes,enfemble les afranchis fuiTent déclarez citoyés.ce qu'ils faifoient 
craignans queles afranchis fuifent feigneurs de leur eftat , auquel le plus 
grand nôbre le gaignoit . A quoy les Romains n'ayans pas eu efgardjfe 
trouuerent en bien grande perplexité , voyansleur eftat prefque réduit 
en la puiffance des afranchis, il Fabius Maximus n'yeuft donné ordre, 
mettât le populace de la ville,qui eftoitcompoléd'efclauesafrâchis, ou 
bien iffus d'eux,en quatre lignées à part, afin que le furplus des autres ci- 
toyens, qui eftoient trente &vne lignée, euffent la force des voix, car 
onnecontoitpas en Rome par teftes, comme en Grèce, & à Venize., 
mais par claifes , & Centuries aux grans eftats, & par lignées ou tributs, 
aux moindres eftats. Qui fut la caufeque Fabius^mporra le furnom *• M™** Ilb - 9 - & 

e Trelgrand,pour auoir donne ce traicr de mailtre policic n lagemet, 
qu'il n'y eut perfonnequi s'en remuaft. & par ce moyen il remédia à la 
faute que le cenfeur Appius auok faite en diuifant le populace iflu d'e- 

eij 



5i DE LA REPVBLIQjyE 

ftrangers& d'efclaues par toutes leslignees. depuis on donna priuilege 
aux afranchis qui auroiet vn fils aagé de cinq ans ou plus, d'eftre enroo- 
lé en la lignée de Ion patron . Et d'autât que ces quatre lignées eftoient: 
encores trop puifsâtes,ilfut arrefté qu'on tireroit au fort vne lignée., en 

3.Liuiusiib. 4 j. laquelle feroient mis & enroolez tous lesafranchis. 3 cela dura iufques à 
la guerre ciuile de Marius & de Sullarquele peuple fiftvneloy àla re- 

4. Roms epiw.77- quefte du Tribun Sulpitius.que les afranchis feroient 4 defîors en auant 
diuifez en toutes les lignées : qui fut la principale caufe de ruiner l'eftat. 
Or tout ainfi qu'entre les fugetsefclaues l'vn eft naturel, l'autre non, 
auffi entre les citoyens l'vn eft natureU'autrc naturalile : le citoyen natu- 

| rel cil le frac fuget de la Republique où il eft natif, foi t de deux citoyés, 

foit de l'vn ou de l'autre feulement. Vray eft qu'anciennemêt (& enco- 
res à prefent en plufîeurs Republiques)pour eftre citoy é\il eftoit befoin 

a.Plutar.Themifto- ,, r . r r ] )Y ~ ' ' x , 

de. d auoir père & mère citoyens^comme en Grèce, autrement on appel- 

loit nothos ou meftifs ceux qui n'eftoient citoyens que d'vn collé , ôc 
ne pouuoient, ny leurs enfans, auoir part aux bénéfices ny aux grands 
eftats, qu'on appelloit Archontes, comme dit Demofthene au plai- 
doyé contre Nearra . combien que plufieurs, commeThemiftocîe, fe- 

3 . piutar.inpcnck. crettement y eftoient entrez. mais du temps de 5 Pericle on en vendit 

cinq mil, qui s'eftoientporrez pour citoyens: &mefmesPericle ayant 
perdu fes enfans vrais citoyens ^prefentarequefte au peuple pour fai* 

4. iiaiusiib.4î. re receuoir celuy de fes enfans qui eftoit m eftif. Auiîilifons-nous 4 que 

les Romains firent vne colonie de quatre mil Eipagnols enfans de Ro- 
mains & d'Efpagnoles^parce qu'ils n'eftoiétpas vrais citoyens.mais de- 

o.i.aa municipal puis ils pa{ferent° par auis, qu'il fuffifoit que le père fuft citoyen, & en 
plufieurs lieux, il fuffifoit que la mere ne fuft point eftrâgere: carie lieu 
nefaifoit pas l'enfant d'vn eftranger ou d'vne eftrangere citoyen: & ce- 
luy qui eftoit né en Afrique de deux citoyens Romains, n'eftoit pas 
1. afliimptio ad moins citoyen que s'il euft efté né en 'Rome. Le citoyen fi naturalizc eft 

municipal. celuy qui s'eft aduoùé de lafouueraineté d'autruy,& y a efté receu : Car 

«.1.1.1. L ciues de . J T. ri- • J • 1 L 1 J L 

incoiis. c. 1. pupii- le citoyen d honneur leulemer,qui adroit de baloter,ou de bour^eoi- 

lus. $. aduena. de ,-. r . t. If > 1 C • ' CL 

vcrbor.fignif. lie pour les mentes, ou bienpourlaraueurquon luy rair,n eitpasvray 
citoyen, attendu qu'il n'eft pointfuger , comme nous dirons tantoft. 
De plufieurs citoyens,foient naturels ou naturalifez, ou efclaues afran- 
chis(quifont les trois moyens que laloy donne pour eftre citoyen )fe 
fait vne Republique.quand ils font gouuernez par lapuilTance fouue- 

o. Bal.inl. ciuesex . «, L \ l p r- '1 r • J- PC 

1. ptouinciai.de ver- raine d vn ou pluiieurs ieigneurs , encores quils ioient dmeriihez 
«n.'in ,g ca p f ! «nonû en loi* , en langue ,en couftumes, en religions, en nations. & fi tous 
ftatuta.deconftitut. J es citoyens font çouuernez par mefmes loix,& couftumes, ce n'eft pas 

verbor. coniuluir. J O i > ' w i 

Aiexand. confii 10. feulement vne Republique,ainsauiiivnecite,encorcsqueles citoyens 

bi contrarias eft in foient diuifez en plufieurs villes,villagcs, ou prouinces . Car la villene 

de f !eTam fP c. CiahtCr ^ pasla cité,ainfi que plufieurs ont eferit, non plus que la maiion 

ne fait pas lafamille, qui peut eftre compofeede plufieurs efclaues ou 

enfans 



LIVRE PREMIER. 55 

enfans encores qu'ils foientfort efloignez les vns des autres, & en plu- 
fîeurs pays , pourueu qu'ils foient tousfugets à vn chef de famille, ainfî 
dirôs-nous de la cité,qui peut auoir plufîeurs villes & villages qui vfent 
demefmes couftumes, comme font les bailliages , ou fenechauffees en 
ce Royaume: & la Republique peut auoir plufîeurs citez, &prouinces, 
qui auront diuerfes couftumes., & toutefois fugettes au commande- 
ment des feigneurs fouuerains, &àfesedits & ordonnances. Et peut 
eftre aufïî que chacune ville aura quelque droit particulier de bour- 
geoise, qui ne fera point commun à ceux des faux-bourgs, & ceux-ci 
ioùyront de quelque prerogatiue., qui ne fera point communeaux vil- 
lages,ny aux habitans du plat pays : qui neantmoins feront fugets de la 
Republique , & outre citoyens de leur cité , mais pourtant ils ne feront 
pas bourgeois, car ce mot de Bourgeois haie ne fçay quoy de plus lpe- 
cialànous,quelemot deCitoyen.,& c'eft proprement le fuget naturel, 
& citoyen,& habitant de ville, qui a droit de corps & College,ou quel- 
ques autres priuileges qui ne font point communiquez à ceux du plac 
pays. I'ay dit fuget naturel^par ce que le fuget naturalizé., voire habitat 
de ville,&ioùnTant du droit des bourgeois, eft appelé en plufîeurs lieux 
fîmple citoyen, & l'autre bourgeois, qui a quelque priuilege particu- 
lier : comme en Paris il n'y a que le bourgeois naturel,^ né en Paris qui 
puiife eftrePreuoft des marchans : & à Geneue le citoyen ne peut eftre 
Syndic delà ville, nyconfeiller du priuéconfeil des xxv. mais bien le 
bourgeois le peut eftre . ce quieft auffi prattiqué en Suiflfe J ,& par toutes 
les villes d'Alemagne : Iaçoit que par nos couftumes , & par les anciens 
edits le mot de Bourgeois fîgnifie roturier,que les Nobles appellent vi- 
lain/pour eftre habitât de ville , parce que la Noblefle anciennement fe 
tenoit aux champs.encores voit-on que la garde bourgeoifc& la gar- 
de noble font diftinguees parnos couftumes :& le bourgeois oppofé 
au noble. Voila fommairement la différence des fugets,des citoyens, 
des bourgeoisies étrangers : enfemble de la République.^ la cité,& 
de la ville. Mais d autât qu'il n'y a ny Grec, ny Latin, ny autre quel qu'il 
foit que i'ay eveu,qui ait vfé de ces definitiôs,il eft befoin d efclaircir par 
loix & par exemples ce quei'ay dit: Car nous voyons fouuentaduenir , r . , 

1 1 i1 iTk- C • • r • i • 7-Accuifinl.vIc.de 

des querelles entre les Princes &leigneuneslouueraines,& entre les ci- pr*fc. jongi t e mp . 
toyens & habitans demefmes villes, pour n'entendre pas la différence eod. AkxLd.tn'îï 
de ces mots. Etmefmes 7 ceux de qui nous deuions attendre les vray es iJoiSSulïta 
refolutions,font bien fort differens, prenant la cité pourville, & laRe- '• ™ ds ' urii;iic - 

... -/in Bald.inl.5.dcjnatu- 

publiquc pour cite, &les eftrangers pour citoyens. Et ceux qui nous «îib. îibcm. Ban. 
ont eferit delà Republique fans aucune cognoiffànce.des loix , ny du uiis/cTuiuXis 
droit commun,ont laiffé les principes voulans baftir de beaux difeours ^fic.oidtd^ct- 
en l'air fans aucun fondement. Ariftote nous a défini la 8 citévne com- f- 17 . 6 - s P ecu ' at - »«• 

dccitanone. J.i.Ca- 



pagniede citoyens,qui ont tout ce qui leur fait befoin pour viure heu- n°»tf* & wp- <°- 

r r • r • ii-rr r^ l 1 • « • / « xam ^ c c l c &i°n. 

reulement : ne raiiam point de différence entre République &cite:& 8 iib. } . «p.*. po- 

e iij 



litic. 



54 DE LA REPVBLICLVE 

inefmesil dit que ce n'eft pas cité, fî tous les citoyens nedemeurenten 

mefme lieu.-qui eft vne incongruité en matière de Republique,comme 
j.ub.i.commcnt.0- IulleCefarle monftrebien en Tes mémoires, difant, que toutela 9 cité 
riTquawM^agos des Heluetiens auoit quatre bourgs,ou quatre cantons . où il apert que 
habet - le mot de Cité,eftvn mot de droit, quinefîgnifie point vn lieu,ny vne 

place,commelemot de Ville, que les Latins appellent Vrbçm^bVrbo, 
1 1 ocfar de ubii- deftaratro > parce qu'on traffoit, dit Varron, le circuit & pourpris des 
canis . 1. fed fi quis villes auec la charrue . Aufïî eft- il bien certain enfermes de droir, que 

ecluy qui a tranfporté hors la ville ce qui eftoit défendu de tirer hors la 
t.caftrenf ini.czte- cité,l ayant porté en vne autre ville de la mefme prouince, n'a point co- 

treuenu à la defenfe . les 2 docteurs pafTent plus outre, car ils difent que 
?• -pp i Rcg.parics celuy n'a point contreuenu,qui a tranfporté en vne autre ville fugette à 
îiGMeC^is&Ho*- mefme Prince. Les Hebrieux ont gardéla mefme propriété &dirïeren- 
fcx.ii.?. ce d e ville & de cité: car ils 3 appellent la ville nn^p c'eft à dire la murée: 

o. Verrais flacus in . . , ,. ,U 1 f • 1, 4 1» 

-verbo senatum. & la cite, tv Et combien qu ils prennent quelquefois l vn pour * 1 au- 
tre:comme les Grecs bien ïbuuent vfent du mot -n'oAu a\r\ tov £&œ 3 &: 
les Latins du mot° ciuitas 3 proirbe } oj)pido 3 & iure: parce que le gêne- 
rai, qui eft la citéjcomprend le particulier,qui eft la ville : fi eft-ce qu'ils 
n'abufentpas du mot <tçv ait! vk itihem , comme nous voyons que 
y adAtticumiib.4. Ciceron a bien gardé laproprieté del'vn &de*l'autre. carie mot Grec 
pro P v°rbano dixeS is4ftu lignifie ville proprement,*»^ Aftutï } qui lignifie autant comme 
Sa°?â^ïnromno wbani, parce que les habitans des villes font plus accors ordinairemét, 
Ko. & plus gracieux que les païfans . mais le mot de ciuilis , que nous app el- 

lons ciuil^n'eitoit pas receu des anciens 6 Lzùmpro vrbano.Et pour mo- 
ftrer que la différence ne gift pas en paroles flmplement : 1 1 fe peut faire 
que la ville fera bien baftie & murée: & qui plus eft remplie de peuple, 
& neâtmoins ce n'eft point cité, fil n'y a lorx, & magiftrats pour y efta- 
blir vn droit gouuernemét, corne nous auons dit au premier chapitre: 
ains c'eft vne pure anarchie. Et au contraire il fe peut faire que la ville fe- 
ra accomplie de tout poincl,& aura droit de cité,&dVniueriué,& fera 
bie reiglee deloix & de magiftrats, & neâtmoins elle ne fera pas Repu- 
blique. comme nous voyôs les villes & citez fugettes à la Seigneurie de 
Venize,ou aux Seigneurs des ligues qui ne font pas Républiques : non 
plus que les villes fugettes& tributaires à la ville de Rome anciennemec 
n'eftoient point Républiques, & ne ioùyffoient pas du droit de Repu- 
blique cotre les fugets particuliers, mais feulement la cité de Rome: qui 

auoit de grands priuilep , es,& prerogatiues cotre les autres villes en ge- 
7 .iib.To.epiftoi.c. , o, r 6 ' r . 5 - 1 , 5 - 

toto tit.de admini- neral,& cotre vn chacun des pamculicrs.-encores que bielouuetiesloix 

îkipzi m sc%l 1™- vfent du mot de Republique parlant des autres villes . C'eft pourquoy 

sTfîmiieadimuni- Traian l'Empereur efcriuoità^line 7 leieunegouuerneurd , Aiie.,quela 

cipai-m.ddini.i.in c i t é des Bithyniés n'auoit pas droit de Republique, pour eftre préférée 

quib.caufis. .* • 1- 11 1 -ri 1 ' 1 CL 

BaLïn î.vit. e0L4.de aux créanciers particuliers en matière d'hypothèque taiiible,come il eit 
eonmâo4Jib". an ' ' bié certain 8 en droit: & n'y auoit que le corps des bourgeois de Rome 

qui 






LIVRE PREMIER. ss 

qui cuft ce priuilege,& ceux à qui ils auoient donné celle prerogatiue, 
comme eftoit la feule cité d'Antioche^en rout l'Empire Romain. Ainfî ^^^èSSfi 
voit-on que ville peut eftre fans cité.,& la cité fans ville, & lvn & l'autre 
n'eftant point Republique . & qui plus eft vne mefmecité peut eftre 
conferuee en Ton entier, &: la ville razee.ou delaiffee des habitans:come 
il en print aux Athéniens à la venue du Roy de Perfe , auquel ils quitte- x pi utar .i n Tbemi- 
rentla ville ^fe mettans tous fur mer, 1 après auoir baillé en garde aux ftocle - 
Trezeniens leurs femmes Ôc enfans : fuiuât l'oracle qui auoitrefpondu 
que leur cité ne pouuoit eftre fauuee,fïnonauec murailles de bois: ce 
queThemiftocleinterpreta,quelacité(quigift au corps légitime des 
citoy és)ne fe pouuoit garentir que par nauires.il en aduint autât aux ha- 
bitans de Megalopolis,lefquelsauertis de la venue deCleomenésRoy 
de Lacedemone,vuiderent tous . elle n'eftoit pas moins ville qu'au par- 
auat : mais ce n'eftoit ny cité,ny Republique : de forte qu'on peut dire, 
que la cité f en fuit hors de la ville. Ainfî parloit Pompée le grandjapres 
auoir tiré de Rome deux cens Sénateurs, z & les plusapparésfeigneurs, LDio.iib.41. 
& quittantla ville à Cefàr,vfa de ces mots: Non eflinfarietibus Rèfyublka. 
Mais d'autant qu'il yauoit deux fortes de partizans,& que les bour- 
geois diuifez en deux s'aduoiioyent feparément de deux chefs, il fe fift 
d'vne Republique deux. CarlesmotsdeCité,de Republique, de mai- 
fon, de paroifTe, font de droidt: & tout ainfî qu'il a efté mgé, que la pa- 
roifTe eftant hors la ville, & les paroiffiens dedans la ville,qu'ils ioùiroiét 
du droit des citoy ens,comme eftant la paroifTe dedans la ville: aufli eft 
il delà cité.Etafîn qu'on fçache de quelle confequece peut eftre l'igno- 
râce de telles chofes, ie mettiray ce qui en aduint aux Carthaginois lors 
qu'on deliberoit à Rome de razer leur ville.Ilsenuoyerent leurs Am- 
bafladeurs pour fe rendre à leur merci, &fupplier le Senat,que lVnedes 
plus belles villes du monde > & l'honneur de leurs victoires ne fuit in- 
dignement rafee.Toutefois il fut refolu qu'on y mettroitlefeupourla 
facilité du port, & que le peuple de fon naturel farrouche & rebelle 
auoit fait la guerre aux alliez des Romains., & apreftoit nombre de na- 
uires, contre les traittez, & qu'il pourroit à la première occafïon fe 
foubleuer,& attirer à facordelle tous les peuples d'Afrique. Lachofe 
ainfî refoluè", on fait entrer les AmbafTadeurs au Sénat : & la refpofe fur, 
que leur cité leur demeureroit, auec tous les droits,priuileges, & liber- 
tez dot ils auoiét toufîours vfé. les Ambafladeurs bien aifes s'en retour- 
nèrent. Toft après la commifïîon fut décernée au ieune Scipion:lequel 
ayant pris la route d'Afrique auec vnearmeede mer.,enuoya Cenfo- 
rin receuoir trois cens oftages,& les vaifTeaux de mer : ce qui fut fait. 
Alors Cenforin fift commâdemét à tous habitans de Carthage de vui- 
der,& emporter de la ville tout ce qu'ils pourroient, pour habiter plus 
loingduport.oùbonleurfembleroit. Les habitans eftonnez remon- 
ftrent que le Sénat les auoit affeurez,que leur cité ne feroit point rafee. 

e iiij 




1 



5 6 DE LA REPVBLI QV E 

i.A P pian.in Lybico. Qn leur 1 dift que lafoy leurferoit gardée de point en point -.mais que 
orthagjncfcs tune la cite il eitoitpas attachée au lieu, ny aux murailles de Carthage . ainli 
dionc a dui , turna de- lespauures habitans furent contraints de fortir , ^abandonner la ville 
& ï °Maûib"on- au f cu 4 u i y ^ ut m * s P ar l es Romains, qui n'en euflent pas eu fi b on mar- 
fulib - ché,fi pluftoft les Ambafladeurs euflent entendu la différence de ville 

& cité: comme il aduientfouuenr,que plufîeurs Ambafladeurs ignoras 
le droit, facent de lourdes fautes en matière d'eftat . Vray eft que le Iu- 
rifcofulte Modeftin en la \oy fi njfafruftws cïuitati 3 quibus modis Tjfwfruflus 
amittatur.jf. dit que Carthage n'eftoit plus cité , après qu'elle fut rafee, 
& que l'vfufruit laifle à la cité en ce cas eftoit eftaint, ores qu'il n'y euit 
eu cent ans qu'il fuft laifle : mais il f eft aufli bien abufé comme les Am- 
bafladeurs de Carthage . car tous les droits^prerogatiues , & priuileges 
leur furent conferuez. Il y a mefme faute au traitté fait entre les Can tos 
de Berne & Fribourg,faitl'an m. d. v. où il eft porté par le fécond arti- 
cle,que l'alliance entre les deux Republiques fera perpétuelle , & tant 
que les murailles des deux villes apparoiftrôt . Etnefefautpasarrefter 
à l'abus qu'on fait ordinairement, &aux actes déplus grande impor- 
tance de ceux qui appellent ville J cité,& vniuerfité, comme on dit de 
Paris, & de quelques autres. appellans cité l'ifle, &rvniuerfitéie lieu où 
font les collèges, &la ville tout le furplus: car la ville contient le pour- 
j i._vrbis. de verb. p r î s des murailles & faux-bourgs, 3 combien que nous ne iuiuons pas 
la propriété de la loy,difans la ville & faux-bourgs,pour la diuerfité des 
priuileges que les vnsontfus les autres :& l'vniueriité eft le corps de 
tous les bourgeois de Parisrla cité toute laPreuofté& Vicomte, vfant 
de mefmes couftumes . l'abus eft venu de ce qu'anciennement toute la 
ville n'eftoit que l'ifîe enuironnee de murailles., & la riuiere autour des 
4. ad Antiochum murailles , ainfi que nouslifons en l'epiftre de Iulian 4 gouuerneur de 
mi opogoi l'Empire d'Occidét,& qui faifoitfa refîdence ordinaire en Paris : le fur- 

plus eftoit eniardins & terres labourables. Mais la faute eft bien plus 
grade dédire qu'il n'eftpas citoyen,qui n'a part aux magiftrars,& voix 
deliberatiue aux eftats du peuple,foit pour iuger,foitpour affaires d'e- 
j.hb.5. ci. &c 4 . ftat.C'eft la définition du citoyen qu'Ariftotenous alaifleepar efent/ 
Puis après il fe corrige jdifant que fa définition n'a lieu finon en l'eftat 
<.iib.«.wpie. populaire. Orluymefme confeflfeen vn autre lieu/ que la définition 
ne vaut rien fî elle n'eft générale. Aufïipeu d'apparence y a-il en ce qu'il 
7. lib. 3. ci. polir. 7 dit,quetoufiours le noble eft plus citoyen que le roturier, & l'habi- 
tant de ville plus que le payfan : & quant aux ieunes citoyens qu'ils 
bourgeonnent encores , que les vieux vont en décadence , que ceux de 
moyenne aagefont les citoyens entiers,& les autres en partie. Or la na- 
s. lib. 6. topk. ture 8 jç i a définition, ne reçoit iamais diuifion , & ne faut pas qu'il y ait 
ny plusjny moins d'vn feul poinct en la définition , qu'en la chofe defi- 
nie,autrement tout n'en vaut rien. Etneantmoins la defeription du ci- 
toyen qu'Ariftote nous a baillée pour l'eftat populaire.,manque:veu 

mefmes 



LIVRE PREMIER. 57 

mefmes qu'en Athènes, qui n'a point eu de pareille en liberté., &autho- 

rité de peuple, la quatriefme claîfe, qui eftoit trois fois plus grande que 

le refte du peuple,n'auoit aucune part 9 aux offices de iudicature,ny voix * plutat - ta SoIone - 

deliberatiueaux arrefts & iugemens que le peuple donnoit : tellement 

qu'il faut confeiTer.ii nous receuons la définition d'Ariftote,que la plus 

part des bourgeois naturels d'Athènes eftoient étrangers. Et quant à ce 

qu'il dit, que les nobles font touiiours plus citoyens que les roturiers, 

nous voyons tout le contraire es Republiques populaires de Suiile, &c 

mefmement de Strafbourg,où les no blés n'ont part 9 aucune (en qualité ? plutarin Soione. 

de nobles) aux offices. 

Plutarque a mieux dit > que droit de bourgeoise eft auoir part aux 
droits., &priuilegesd'vne cité, qui fe doit entendre félon la condition 
& qualité d'vn chacun,les nobles comme nobles , les roturiers comme 
roturiers, & les femmes & enfansencas pareil félon l'aage, fexe, condi- 
tion, & mérites d'vn chacun . Et à ce propos difoit vn ancien 1 docteur, J;fd corî!îih & * aA 
les pieds formeront-ils complainte contre les yeux,difans,nous nefom- 
nies pas auplushautlieu?OÏi la définition du citoyen que nous alaifîe 
Ariftoteauoitlicu,cobiédepartialitez, & de guerres ciuil es on verroit/ 
Lepopulace de Rome ne fe banda cotre les nobles ^fînonpource qu'il 
vouloir eftre égal en tout& par tout aux nobles: &nefutrapaileque 
par le moyen de la fable des membres du corps humain, par laquelle le 
iage Sénateur Agrippa rallia le peuple ôdanoblefleiCarRomule^uoit *• Dloa y c - Ha!icar - 
ordonné,qu'il ne pourroit eftre magiftrat, ny bénéficier , qui ne feroit 
extrait des cent gentils-hommes qu'il auoitfait Sénateurs, & depuisy 
en adioufta cent autres.Ce nouueau peuple ayant vaincu Ces voifins, en 
contraignit plufieurs de quitter leur pays & couitumes, pour eftre ha- 
bitâmes bourgeois Romains,commeles Sabins. Depuis, ayant aufîi 
vaincu lesTufculans,Volfques & Herniques., ils traitterent accord en- 
femble^que les vaincus auroient part aux offices^ voix deliberatiue 
aux ailemblees des eftats,fans autrement changer ny deloix,nyde cou- 
ftumes,quipourceftecaufe nef'appellerent point citoyens, mais fîm- 
plement municipes, moins eftimez & honorez que les Romains, com- 
bien que leur eftât fuft vniàceluy des Romains. AuiTi voyos-nous que 
Catihna.de l'ancienne maifon des Sergiens, & Romain naturel, repro- 
choit àCiceron,qu'iln'eftoitqu'vn nouueau Arpinois.Et cela fut cau- 
feque plufieurs villes municipales quittèrent leurs couitumes, pour 
eftre vrais bourgeois Romains.iufques à Tibère l'Empereur.lequePofta * Tacit f "^' r C °™* 

O ' J. I ' 1 mina populi traa- 

l'ombre de liberté qui reftoit au peuple, alors les villes municipales re- M«adfcna 
fuferétlespriuileges de la cité Romaine, dequoy l'Empereur Adrian f'e- 
merueiIloit,dit Aule Gelle,& fans caufe^attendu ce que i'ay dit . Voila 
doc deux fortes de fugets differéds en priuileges: c'eft à fçau oir le bour- 
geois Romain, & le municipe . La troifieime forte de fugets eftoient les 
Latins, qui au oient au commencement foixante villes, & depuis ils fu- 



îatum. 



5 8 DE LA REPVBLIQJVE 

rent augmentez de douze colonies Latines , & par les traittez faits entre 
les Romains &Latins,ileftoit dit que les Latins venans habiter en Ro- 
me auroient droit de citoyens,pourueu qu'ils euflent laifle en leur pays 
lignée legitime.ainfî que nouslifons en Tite Liue au x l i-liure. Toute- 
fois plufïeurs y faifans fraude , & baillans leurs enfans à quelques Ro- 
mains comme efclaues pour les affranchir , afin qu'ils fuffent citoyens 
Romains,ilfut ditparlaloy Claudia, & confirmée par arreft du Sénat, 
&pareditdesConfuls, que tous les Latins qui auoient contre les trait- 
tez obtenu droit de bourgeoifîeretourneroient aupays:cequifutfaità 
larequefte des cirez Latines. Ainfi fe doit entédre ce que ditBoece,que 

.îib.t^ les Romains enuoyez aux colonies Latines, perdoient la cité : & ce 

que dit Tite Liue, 4 que par arreft du Senat,il fut dit que les colonies 
enuoyeesà Pouzol &à Salerne n'eftoient point citoyens, c'eft à dire 
pour le regard des voix aux eftats. Ainiieftoiétceuxde Reims^de Lan- 
gres, deSaintonges, de Bourges, de Meaux, &d'Autun, alliez des Ro- 
mains & citoy és,fans voix,dit Tacite, ores qu'il leur fuit permis d'auoir 
eftats & offices honorables en Rome . & ceux d'Autun furent les pre- 
miers qui eurent priuilege d'eftre Sénateurs Romains , & fappelloient 
frères des Romains. co bien que les A uuergnatspren oiétauiïi celle qua- 
lité,comme eftans extraits des Troyens , ainfi que dit Lucan. Or il eft 

T . . ... fans doubte.que les colonies Romaines eftoient vrais & naturels bour- 

5tmmsl1b.13.i4.jf. . . >*1 . ri- n 

GcU. hb.i<;.cap.ij. geois extraits dulang des Romains, vlans' de melmesloix, magiltrats, 
& couftumes,qui eft la vraye marque de citoyen. Mais plus les colonies 
eftoient efloignees de Rome, moins elles fentoient la fplendeur & clar- 
té du Soleil,& des honneurs qui eftoient départis aux bourgeois &ha- 
bitans de Rome: de forte que les habitans de Lyon, Vienne, cV Narbon- 
" ne,colonies Romaines ,fe fentoient bien heureux d'auoir obtenu les 
priuileges des Italiens, qui eftoient d'ancienneté alliez & confederez 
des Romains,iouifïans du droit de bourgeoifie honorable, fans toute- 
fois changer ny de loix,ny de couftumes,ny perdre vnpoind: de leur 
. . ... hberté.&pour eaigner ce priuilegeja guerre focialefuriureepai les îta- 

6. Appian. lib. t. .. . * b fc> ... f & > t> l g 

emphy.i.piutar. in liens alliezcontrela ville de Rome 3 qui dura lulquesalaloy Iuha delà 
cité,qui leur fut ottroyee.car entre les villes d'Italie, il y en auoitde ci- 
toy enSjdallieZjdeLatinSjtousdifferensrVeftpourquoy dit Tite Liue: 
lam inde morem Romanis colendi focios 3 ex auihus alios in ciuitatem atcjue 
œauum ius accepijJent:alios in eafortuna haberent vtjoeij ejjè auàm ciues maller. 
àc mefmcà les afranchis qu'on appelloit Latins Iunians, eftoiét bien fu- 

bana. C uma °^" gets & citoyens , horfmis qu'ils ne pouuoient difpofer de leurs biens. 9 
C'eftpourquoyenla harangue de l'Empereur Tibère, qui eft en Ta- 
cite,^' grauee en bronze à Lyon , nous liions ces mots . Quidergo f non 
Italiens fenator prouinciali porior eft t comme s'il vouloit dire qu'ils font 

7 . Tacit.iib.xr. égaux. Auffi Tibère l'Empereur 7 ofta le droit d'auoir eftats & offices 
aux Gaulois,qui auoient obtenu droit de bourgeoifie Romaine . A ce 

que 



LIVREPREMIER. 59 

que fay dit ce doit rapporter le dire de Pline:L'Efpaigne,dit-il,a quatre 
cens foixante & dix villes,c'eft àlçauoir douze colonies, treize de bour- 
geois Romains.quarante fept qui ont le droit des Latins,quatre alliées, 
iîx franches,& deux cens foixante tributaires . Et combien que les La- 
tins fuflent fi eftroitemét alliez des Romains qu'ils iembloientcitoyés, 
fîeft-ce toutefois qu'ils ne l'eftoient pas : & pour cefte caufe Ciceron 
difoit } Nibil acewius Jocio s Latinos ferre folitos effe } quam id } quodperraroac- 
ciàitiO. confultbus tuberi ex njrbe exire . car quant aux autres eitranger s fou- 
uentonleschalloit, comme il fe fïftparlaloy Papia,ainfique nousli- 
fons en Dion.Brief.de tous les priuileges & prerogatiues des bourgeois 
Romains,il ne l'en trouue quafi qu'vn qui fuit commun à tous , c'eft à 
fçauoir que les magistrats & gouuerneurs nepouuoient prendre co- 
gnoiifance des caufes &vi\ citoyen , quand il y alloit de l'honneur , ou 
de la vie.»& mefmement i'il y auoit appel intergetté du citoyen au peu- 
ple Romain , ou à l'Empereur , encores que les gouuerneurs des pro- 
uinceseuflent 8 haute iuftice, moyenne, & baffe, fur tous les fugets des g.i.; mpe rium.deia. 
prouinces.Etquantàcefteprerogatiueellefutottroyeeà tous citoyés liÇdia - 
Romains dellors que le peuple Romain donalachaiTeauxRoys parla 
loyIunia 9 loy facree , & depuis louuent republiee & renouuellee par 9 .Um.tibit. 
lcsloix'ValerienesAparlaloy Sempronia'&Portia tribunitia: pour LciïvSeS^ 
obuier aux entreprifes des magiftrats & gouuerneurs. qui enttepre- us ]ib.i.7.io. 

ri ri /-» 1 I n- • r \ rr \ *• Ocero pio demo 

noient lus laiurifdiaion du peuple,cVpafioientlouuent par delluslap- fo a & P ro Rabirio 
pel 3 fans y déférer, mais Ciceron ayant contreuenu fut banni ,fes biens 3 PC oceroa<aion P m 
declairez acquis & confifquez à la Republique, & famaifon bruflee, ISibi 4 ' 7 ' Valcr * 
eftimee,cinquante mille efcus,où il fut bafti vn temple de liberté par ar- 
reft du peuple donné par defaux & contumaces. Ce qui lift dellors en 
auant les magiftrats plusauifez. C'eft pourquoy Pline le ieune gouuer- 
neur d'Afie^lcnuant 4 à Traian l'Empereur des aflemblees de Chreft 4-Hb.io.cpiftoi. 
qui le faifoient la nuidaurelfortdefaiurifdiclion , l'en ay,dit-il, plu- 
sieurs en prifon , entre lefquels il y en a de citoyens Romains , que i'ay 
mis à part pour les enuoyeràRome . & lors que faint Paul fut tiré en iu- 
ftice,comme feditieux,& troublant le repos public , fi toft qu'il apper- 
ccutque le gouuerneur Félix vouloit entrer en cognoilîance de cau- 
fe,il demanda fonrenuoy àl'Empereur., remonftrant qu'il eftoit bour- 
geois Romain, parce que fon père, delà lignée deBeniamin, & na- 
tif de Tharfe en Caramanie, auoit acquis droit de bourgeoifie Romai- 
ne. Le gouuerneur aufli toft fe départit de la cognoilîance, &: l'enuoya 
à Pvome difant, on pouuoit abfoudre ceft homme ici à pur & à plein, 
s'iln'euft décliné ma iurifdi&ion . autrement f'il n'euft efté bourgeois 
Romain, le gouuerneur luy euft fait fon procès jVeu que laPaleftine 
eftoit au parauant réduite en forme de prouince: comme en cas pareil 
Ponce Pilate ayant le mefme gouuernemét ,fut conttaint de condem- 
ner Iefus Chrift,comme fuget de prouince & tnbutaire,combien qu'il 



<o DELAREPVBL1QJVE 

ne cherchai!: qu'à f en lauer les mains, fil euft peu en cefaifanc euirer le 
crime de lelc Maieité qu'on luy mettoitàius : &pour fen iuftirier il 
enuoya le procès à Tibère l'Empereur , comme die Terculian . Et il les 
magiltrats municipaux euilent eu haute iuitice, ils ne l'euiTcntpas ren- 
uoyé au gouuerneur,criant qu'il auoit mérité la mort, mais qu'ils n'a- 
uoient pas puiilance de luy faire fon procès: caries magiltrats munici- 
paux des prouinces n'auoient aucuneiurifdicl:ion,horfmis que de met- 
5 ,i.i.i.dics.§.duasde treenfaifine pourle danger 5 cminent J & de receuoir les cautions, 8c 
berrcauSciurilî quelquefois eftablir tuteurs aux c pauures orphelins, mais ils n'auoient 
d|a.i.eaquxadmu- aucune cosnohTance criminelle, ny fus le bourgeois Romai'n.ny fus le 
6.1. m iusdandi.de f U g e t de prouince, ny fus l'eftranger, ny fus lcsafranchis,ainsfeulemét 
y.i.mjgiftratibus.dc fus lesefclaues , qu'ils pouuoient 7 condamner aux verges pour le plus. 
iunrdic.om.rn ic ^^ q uant à la iurifdicliion qui fut donnée aux defenfeurs des villes, ils 
s.i.i. dedefenforib. furent eftablis par Valentinian 8 , trois cens cinquante ans après: de for- 
C1 "! foiSt 1 fiquid te que la iurifdiction vniuerfelle 9 appartenoit augouuerneurdepro- 
crit.i P cnui.& vit.de u ince,ou à ihs Iieutenans.priuatiuement à tous autres : & ceux-là i'abu- 

oft.proconlul. r ' . • r 1 n *%" •/* i t l 

lent grandement, qui penlent, que les preltres & Potires de ludee pour 
leur qualité de preltriie rirent confeience de condamner Iefus Chrift à. 
mort: & fur cela ont conclud que les gens d'Eglife ne doiuent donner 
iugement qui porte exécution de fang . Car au parauant que la Palefti- 
ne fuit réduite en forme de prouince,il n'y auoit que le Sénat des Iuifs 
de l x x i. compofé en partie de preftres 8c Leuites , qui eufTent la con- 
damnation de morr,comme l'interprète Caldaean'monftre euidem- 
î?tituToSanSrin!& ment, 8c encores mieux les Pandectes des Hebrieux*. Voila donc le 
Sïtn^!ddïï& plus grand priuilege propre aux bourgeois Romains ,& duquel tous 
labiMofesiib.j.nc- c i t0 y ens Romains ioùiifoient . Les autres fugets des Romains, qui n'a- 

more haneuoquim. % i _ . il- • \ r 

uoient pas cepriuilege,n'eftoient pas appeliez citoyens : mais il ne fen- 
fuit pas qu'ils ne fuifent citoyens à parler proprement, 8c félon la vraye 
lignification de citoyen. Car il faut qu'ils fulfent citoyens, ou étran- 
gers, ou alliez^ou ennemis, puis qu'ils n'eftoientpas efclaues .on ne 
peut dire qu'ils fuifent alliez, attendu qu'il n'y auoit que les peuples li- 
bres,^: qui gouuernoient leur eftat qu'on appellaif. alliez: on ne peut 
dire auffi qu'ils fufîent ennemis, ny eltrangers,, veu qu'ils eftoient fu- 
gets obeiflans , 8c qui plus eft tributaires à l'Empire Romain . Il fauc 
donc conclure qu'ils eftoient citoyens . car ceferoitchofe bien abfur- 
dede dire,quelefuget naturel en fonpays,&foubsl'obeiiTance de fon 
prince fouuerain fuit eftranger.C'eft pourquoy nous auons disque le 
citoyen eft le franc fuget tenant de la fouueraineté d autruy . Mais les 
prerogatiues 8c priuileges qu auoient les vns plus que les autres,faifoiéc 
qu'onappelloitles vns citoyens, les autres tributaires . Encores liions 
nous,que l'Empereur Augufte eftoit fî ialoux des priuileges , qu'il ne 
guft" 1 * 11111 ' 11 ^ 11 " voulut 3 onques donner droit de bourgeoifîe à vn Gaulois, quelque 
prière que luy en fift fa femme Liuia, bien qu'il l'afranchift de payer 

tailles, 



LIVRE PREMIER. 61 

tailles , & trouuafortmauuais, que Ion oncle Celar * donna le droit de lio. 

bouro-eoifieà vne legio de Gaulois,, qu'il auoit furnommee l'Alouette, 

& à tous les habitans de Nouocomme : & blafmoit aufli Marc Antoi" 

ned'auoir vendu à pris d'argent le droit de bourgeoilie aux habitans 

de Sicile. Toutesfoistesfuccefleursn'en furent pasïifoigneux:& défait 

Antonin le Piteux par vnedit général J qu'il fiitotrroya à tous fumets de [•!••« ©Ae de fb« 

iiiuviwtiv j- çy ■ r V "I u ~ hom.l. romaadmu- 

i'Empire,droit de bourgeoilie Romainc:iuiuant 1 exemple d'Alexadre «icipai. 
le grand qui cftimoir toute la terre vne cité,& Ton camp la forrerefïè d'i- 
cellc. &neantmoins lesvnsauoient toujours quelques priuileges plus 

. i. r 1 16-n/^r 6.1.1. &tototit. de 

que les autres, comme nous liions aux loix des Komains . Car melme cenfib. 
nous trouuons que l'Empereur Seuere après Antonin plus de cinquan- 
te 7 ans, fut le premier qui donna le priuilege aux Alexandrins de pou- 7- Di °carfi us . 
uoireftre Sénateurs Romains: cVauparauant Antonin les .4igy tiens ne 
pouuoient obtenir droit de bourgeoilie Romaine jf'ilsnauoientefté 
bourgeois d'Alexandrie. 8 quieft bien pour monftrer que ks priuileges s.pim.ub.10 ep nu. 
ne font pas que le fuget foitplus ou moins citoyé . caril n'y a Republi- 
que où le bourgeois ayt tant de priuileges^qu'il ne foie auflî fuget à quel- 
que charge,comme les nobles fon t bien exempts des tailJes,mais ils font 
fugetsà prendre les armes pour ladefenfe des autres, au prix de leurs 
biens,de leurfang, & deleur vie. Etfi les prerogatiues & priuileges que 
les vns ont par deflus les autres, fiifoientle citoyen : les eltrangers, & les 
alliez feroient citoyens : car bien fouucnt on donne aux eltrâgers,& aux 
alliez le droit de bourgeoilie par honneur, & fins aucune fugetion: co- 
rne le Roy Loys xj. fut Je premier des Roys de France qui fut bourgeois 
deSuiffe.&leRoy de Perfe donna droit de bourgeoilie à 7 Pelopidas,&: 7 : d plutar ' in pel °" 
à toute fa lignée traittat alliance auccluy. les l Athéniens firét Euagoras *• w«n m Demc- 
RoydeCypre, &Denysde Syracuie tyran de Sicile, & les Roysd'Afîe 
Antigonus & Demetrius, bourgeois d'Athènes. Et quipluselt les Athé- 
niens donnèrent à tous lesRhodiots droit de bourgeoilie: &lesRho- 
diots firent aum* tous les Athéniens leurs bourgeois,comme nous liions 
en TiteLiue:& cela f appelle traitté de combourgeoiile: corne le traitté 
fait l'an m.d.xxvii i. entre les Valcfiés,& les cinq petits Canros:& entre 
lesCantôs de Berne & de Fribourg,l'an m. d. v. qui emporte honneur, 
amitié, alliacé, fans aucune fugetion des vns aux autres : mais il ell de tel 
cffecl: que le fuget des vns, peut aller fans congé demeurer au pays des 
autres,&iouyrdes priuileges de bourgeoisfans lettres de naturahté. fk 
mefmeslesCorinthiesquin'auoient rien que l'encoulure de la Moree, 
firent Alexandre le grand leur bourgeois, difans qu'ils n'auoient iamais 
fait ceft honneur que à Hercules. & toutesfois 1! cil bien certain que ces 
Roys là n'eft-oient pas fugetsdes Athéniens: de forte que le droit de 
bourgeoifîe n'eftoit qu'vn titre d'honneur.Puis donc qu'il elt impoifi- 
ble qu'vne mcfme perfonne foit ellranger, ou allié, & citoyen ,ilfauc 



6z DE U R.EPVBLIQVE 

bien dire que les priuilegesnefontpasle citoy é,mais l'obligation mu- 
tuelle du fouuerain au fuget, auquel, pour lafoy, &obeifTance qu'il re- 
çoit, il doit iuftice,cofeil,confort,ayde,&protccl:ion:ce qui n'eft point 
deu aux eftrangcrs.Mais dira quelqu'vn,comment fe peut-il faire, que 
les alliez des Romains,& autres peuples gouuernas leur eftat.fuflent ci- 
toy ensRomains ( comme ceux de Marfeille , & d'Auftun en ce Royau- 
me) veu que Ciceron au plaidoyé de Cornélius Balbus dit en f'efcriant, 
Oies beaux droits des bourgeois Romains / queperfonne nepuiffee- 
ftre bourgeois de Rome, &d'vne autre cité .-que perfonnenepuifle e- 
itre bouté hors,ny retenu parforce en noftrecitéifefbahyftant comme 
les Grecs foufroient qu'on peuft eftre bourgeois de pluileurs citez. 
Quant à ce qu'il dit des Grecs, la loy de Solon eftoit lors abolie , qui ne 

s. piatar.in soioue vouloit pas que l'eftranger euftdroitde 8 bourgeoifîe en Athènes, fil 
n'eftoit banni de Ton pays:cequefiftSolon,commeileftvray-fembla- 
ble, affin que nul neiouift des priuileges de bourgeoifîe, qui fuit fuget 
à la fouueraineté d'autruy, à quoy Plutarque qui fefbahift de cefte loy 
n'a pas pris garde . Aufïî trouuons nous plufîeurs bourgeois d'Athènes 
eftrangers,& qui n'eftoient pas bannis,comme i'ay remarqué cy deffus: 

9 .senc f aincpift.aa & mefmesPomponius Atticus,duquel font iffus trois 9 Empereurs Ro- 

j.comciiiusNcpos mains , refufa le droit de bourgeoiSeluyeftantprefenté par les ' Athé- 
niens, craignant comme on difoic, perdre le droit de bourgeoifîe Ro- 
maine, ce qui eft bien vray pour le regard des vrays fugets 8c citoyens, 
&non pas des bourgeois d'honneur, qui ne font point fugets :ny des 
citoyens de plufîeurs citez fous vnmefme Prince, chofe qui eftoit per- 

o.i.eius.admunicip. mife de droit ° commun. Car combien qu'vn efclauepuiffe eftre à plu- 
fîeurs maiftres, & vn vaffal à plufîeurs feigneurs égaux tenans d'autruy: 
fî eft-ce qu'il ne fe peut faire qu'vn mefme citoyéîoit fuget de plufîeurs 
Princes fouuerains , ('ils n'en demeurent d'accord . car ceux cy ne font 
p oint fugets aux loix , comme les feigneurs tenans d'autruy , & les mai- 
ftres d'vn efclaue, qui font contraints f'accorder , pour le regard du fer- 

L^cialknii^rif 1 " 1 u ^ ce quel'efclaue leur doit,oule z vendre. Qui eft vnpoinctpourlequcl 
nous voyons fouuent la guerre entre les Princes voifins, pour les fugets 
des frontières, qui f'aduoiiét tantoft de lVn,tantoft de l'autre, & ne fça- 
uent auquel obéir : & bien fouuent fexemptentdel'obeifîance de tous 
deux:& ordinairemét fontinuadez & pillez des vns & des autres : com- 
me le pays de Walachie qu'ils appellent Moldauief'eftant exempté de 
l'obeiflance des Polognois,a efté affugeri des Turcs : & depuis feft re- 
mis enlafugetiondes Roys de Pologne en payant neantmoins tribut 
au Turc : comme i'ay apris des lettres de StaniflausRofdrazeroski, en - 
uoyees au Conneftablede France en date du x vi i. Aouft m.d. nu. 
Toutesfois il y aplufîeurspeupîes fus les frontières qui fe font afranchis 
duranr les querelles des Princes , corne il eft aduenu au bas pays du Liè- 
ge, de Lorraine, & de Bourgogne,où il y aplus de douzefugets du Roy 

deFran- 



LIVRE PREMIER. * 3 

dcvrâcc oudelTmpireoud'Hefpagnequiontempietélafouueraine- 
té : entre lefquels l'Empereur Charles v.mettoit le Duc de Boùillô,quil 
appelloic fou vaffal : & par ce qu'il eftoit Ton prifonnier l'an m.d.lv i. 
au traité fait pourladeliuracedesprifonniers,ildemâdoitcétmilliurcs 
de rançoiijpar ce qu'il fe difoit fouuerain. Mais il y en a bié d'autres que 
le Duc de Bouillon :& fins aller plus loin que fus les marches de Bour- 
gongne il y en a fix,qui tiennent le pays qu'on ap pelle de furfeance, du- 
quel on ne fcft peu accorder.& en Lorraine la terre & feigneurie de Lû- 
mes : ce qui eil auifi aduenu fus les frôtieres d'Efcofle & d'Angleterre,où 
les particuliers fe fontfaits fouuerains depuis x x. ou x x x.ans contre les 
anciés traitiez. Car pour obuierà telles entreprifes,les Anglois & Efcof- 
fois ont accordé de toute ancienneté que les débats, c'eft à dire, certain 
pays ainfl appelle fus les frôtieres des deux Royaumes , qui a cinqlieues 
de long, &: deux lieues de large,ne fera labouré, ny bafti,ny habité.mais 
bien qu'il fera permis aux deux peuples d'y mener paiitre leur beftail , à 
la charge que fï après le Soleil couchât,ou deuât le Soleil leuât il fe trou- 
ue aucun beftail,il fera à celuy qui le trouuera . c'efl l'vn des articles arre- 
ilezauxeftatsd'Efcoffe tenus l'an M.D.L.&enuoyezauRoy Héry pour 
y eftre par luy pourueu . Mais quand les feigneurs fouuerains demeurée 
d'accord, corne les Suilles du pays de Lugan , & autres terres qui appar- 
tiennéten commun à tous les feigneurs des ligues, où ils enuoient leurs 
officiers chacun Canton en fon tour, alors lesfugets ne font pas repu- 
tez fugets de plufîeurs fouuerains,ains d'vn feul qui comande en fon or- 
dre, fi ce n'eft que les vns vueillent entreprendre fus les autres : comme il 
femeut vne feditio entre lesfept Câtons catholiques , &: les quatre pro- 
teftans l'an J554. les catholiques vouloient chaftierles habitansde Lu- 
gan & Louuerts,qui fe departoient de l'Eglife catholique : les proteftâs 
l'empefclioienr, & ia eftoient fuslepoinct. de prendre les armes les vns 
contrelesautres,fi les Catons dedans^ d'Apanzel,quifoufroientles 
catholiques & proteitans,enfemble l'Ambafladeur du Roy de Frâce ne 
fuflentinteruenus . Or le bourgeois & fugetpour le tout d'vn Prince 
fouuerain, ne peut eftre que bourgeois d'honneur d vne autre feigneu- 
rie. Par ainfi quand nous lifons que le Roy Edouart premier,dôna droit 
de bourgeoifie aux habitas de bafleBretaigne^celafcntend pour iouyr 
des libcrtez , exemptions , & franchifes dont iouïfloient ceux du pays, 
autant dirons nous des Bernois, & des habitans cieGeneue, qui Rap- 
pellent par les traittez d'alliance egale,& par lettres combourgeois. Car 
quant à ce que dit Ciccron qu'il eftoit en la, pùiffancc du bourgeois 
Romain de quitter fabourgeoifie^pour eftre citoyen d'autruy. celae- 
itoit de toute ancienneté, Ôc tout certain par les loixdes ■ Romains, & i.i.f.decapthns.Ua 
prefque toufiours a lieu es Republiques populaires, où chacun bour- k C nm«éfi"o1i!' m * 
geois, non feulementa part aux offices,ains aufliàla fouuerainetércom- 
mc en Rome cV en Athènes , où il eftoit aifément permis de quittet le 



Ci DE LA REPVBLIQJ/E 

i Demofthcn.con- dtoit de bourgeoifie:& nefè pouuoit ottroycr en Athènes 1 à l'cItri^T, 
j.id cft, uspx fiuc lu n y auoiciix mil citoyens qui 1 euilent accorde balotant a 3 couuerr. 
occuhisfufragiis. m ^ s auxpays tyrannifèz, ou par trop fugecs, ou mal- plaifans & inferti- 
les^comme en Tartarie & Mofcouie, non feulement les fugets ains aufli 
sieifmundus liber ^ cs orangers depuis qu 'ils y ont mis le pied n'en 4 peuuent fortir. ce qui 
Bam ab Hcrbcftdn cl]: auiTi pratiqué en yËthiopie.fi on coenoift que l'eltran<rer foit hom- 

in hiftoriaMofcho- i» r ■ I f l • r ■ 1 * r ° r-\ ri 

ui«. me d eiprit, on le retient ' par biensraits, ou bien par rorce ni veut i'ab- 

cnîiXL ac " Tenter, au lieu qu'il faut àchapter bien chèrement, ou mériter ce droit 
Echiopic. £ Venife, & autres Republiques franches . Mais quoy que dieCiceron 

qu'il ne fuil point défendu de quitter la fugetion des Romains., & aller 
autre part, cela ne fait pas qu'il ne foit en la puiflancede tous feigneurs 
fouuerains retenir leurs iugets, & les empefeher de fortir de leur obeiP 
fance. Auffi voyons nous en tous les traitiez de paix ou d'alliance, ce- 
tte claufe ordinaire , que les Princes ne receuront les fugets , & vaflàux 
les vnsdes autres en leur protection, bourgeoifie, ou priuileges fans 
leur confentement exprès -.qui ell conforme ala claufe ancienne rap- 
portée par Ciceron , Ne quis fœderatomm. à populo'Romano c'ims recipere- 
tHr^niftis populus fundus faflx* effet :ïdefl i auc r l>r. Et combien que la mai- 
fon de France & les (eigneurs des ligues ibien t eltroittement alliez.tou- 
tesfoisle traitté d'alliance fait l'an m. d. x x.por.e la claufe que i'ay dit. 
Et le feptiefme article du traitté faitentrele Duc deSauoye & les cinq 
petis Cantons m. d. l i x.fî ceux qui demanderoient bourgeoifie d'au- 
truy, nevouloient demeurer enfon pays demeurant Ces biens fugets 
commeauparauant. Et outre les traittez il n'y a Prince qui n'en face or- 
donnace.Et bien fouuentlefugetnoferoit feulemét fortir du pays fans 
congé, comme en Angleterre > Efcofle, Dannemarch, & Suéde, les no- 
bles n'oferoiét f'abfenter du pays fans congé, fils ne veulét perdre leurs 
c-Tranquii. kAu- t>ies. comme il fut aum* défendu par l'Empereur ° Augulte à tous Séna- 
teurs de fortir d'Italie fans foncongé, &fut touilours gardé bié eltroit- 
rement.Et par les ordônances d'Efpagne.il eit défendu de pafler aux In- 
des Occiden taies fans le congé du Roy d'Efpagne.ce qui fut auffi ancié- 
nement défendu en Carthage, quand le capitaine Hannon eutdeicou- 
uertles Ifles des Madères. Et par lesordonnâces de Milan, il n'eft permis 
à fuget quelconque receuoir droit de bourgeoifie, ou traitter alliance, 
ouligue auec les autreS'Princes& Republiques, (ans exprès congé du 
Senar de Milan . Et qui plus eft, on voitfouucnt qu'il n'eli pas feulemét 
permis de changer fondomicile,encoresqu'on ne forte point delà fèi- 
eneurie & obeiilance du Prince fouuerain. comme au duché de Milan, 
le fiieet venant demeurer en la ville de Milan & banlieue de Milan, doit 
ô.piin îib.io.cpiftoi. obtenir lettres , & payer trois ducats . Audi nous 6 trouuons qu'il fut 
défendu aux Bithyniens fugets des Romains receuoir les autres fugets 
en leur ville, ny leur donner droit de bourgeoifie: comme il fefaifoit 
fouuent pour décliner la iurifdiclion , ou pour frauder les droits des 

tailles 



LIVRE PREMIER. 6 S 

uilîes&impoftsrauquelcaslaloyVeutjqueceluyquiachâgédedomi- 7 .Lv!t.demnmcip. 
cile, pone les charges en deux lieux, ce qui fur aufli ordonéparles Roys itmly^ 
Philippe 3 le Bel/ lean, 'Charles v. & Charles vij. Mais bien lordonnan- ? '^m w '-t 
ce de Philippe le * long, veut que le Prcuoltou Baillif duJieu affilié de w$g. 
trois bourgeois., foit contraint receuoir quiconque voudra desfugets 
du Roy au droirde bourgeoise, pourueuque dedans l'an & iour il 
achepre vnemaifon du prix de lx. fols parifis pour le moins, cV qu'on 
le lignifie par vn fergent au feigneur duquel il eft îufticiable , & qu'il de- 
meure au lieu où il aura efté receu bourgeois depuis laToufïàints iuf- 
ques à la faindt lean , en payant autant de taille qu'il payoit auparauant 
qu'il euft changé, iufques à ce qu'il fe départe de la nouuelle bourgeoi- 
sie, & fans décliner la iurifdiction pour les procès intentez trois mois 
auparauant . Mais quoy qu'il (bit permis aux fugets de changer le do- 
micile, (î elt-ce qu'ils ne peuucnt * renoncer au pays de leur naiflance: de } .i x.i.i. c iucsi afl5- 
beaucoup moins les cenfiers de main 4 morte , qui ne pouuoient f an- ptl r ad . Lni " nicl r- al - 

i ' S. I 4.alciptig!ebx. 

ciennement changer leur domicile, (ans priuilegefpecial. Et générale- f-authtnt.de manda- 

i- ° 6 J J • 1 I r T ' n tis principe futc.pi- 

menton peut dire en termes de droit, quelabourgeoilieneit point entes i. incoia ad l 
perdue,ny la puiflance du Princefur Ton fuget, pour chager de place ou SnïmffeSaiorità- 
de pays : non plus que le vaflal ne fe peut exempter de la fby de Ton fei- £f "K^m de 
p-neur, parle droit des fiefs, nv le feigneur quitter la prote&io du vaflaL municipibus & ori- 

r 1 C 7 1' J 1' %, i) , |. n • ginar.Claflumptio 

ians le contentement' 1 vn de 1 autre, eltat 1 obligation mutuelle & reci- ad municipal . Aie- 
proque/'il n'y a iufte occafion. Mais (î l'vn ou l'autre a prefté confèntc- fit,". ' con ' 
ment expres,ou tai(ible,& que le fuget quittantfon Prince foit aduoùé Toil?In™*i. capeL 
d'vn autre par la foufrrance du premier.il n'eft 9 plus tenu de l'obeiflance ?• Iferui in jff- u 

,.,, , l . \ • r I • • • i n qualicer vairaL iura» 

qu il lu y deuoit . Car bien louuent les princes attirent les eltrangersen rc 
leur pays àforce de priuileges, foit pour fortifier 8c peupler leur pays, 
foit pour affoiblir leurs voi(îns,foit pour gaigner les gentils efpritSjfoic 
pour l'honneur & gloire des villes nouuellement bafties.come fift The- 
leus le premier, ottroyat droit de bourgeoifie à tous eftrangers qui vié- 
droient demeurer en Athènes: & Alexandre le grand,ayât fondé la ville 
d'Alexandrie, ottroyade grands priuileges à tous x habitans,cV en peu 1 .i r ep h.ub.3.beU 
d'années elle fut l'vne des plus belles & fleurifîantesvillesdumonde.le iudaici - 
Roy François le grand ayant bafti le Haure de Grâce aufli toit le réplit 
d'habitans,qui regorgent maintenant pour l'exéption des charges qu'il 
dona.Auflivoyos nous la ville de Londres aboder en peuple, & remplie 
de marchas & a arti(àns,pour le priuilege que dôna Richard Roy d'An- 
gleterre a tous eftrangers^ qui y auroient demeuré dix ans, de iouyr des 
priuileges de bourgeois . qui eft vne ordonance commune en Suifle, & 
prefque en toutes les villes d'Alcmagnecôforme au droit 5 comun.Vray A clu «fcincoii«. 
eft qu'il y a plus ou moins de téps es vnes,que es autres, (èlô la cômodité 
du lieUjOU la grâdeur des priuileges : comme à Venife pour obtenir les 
priuileges de (impie citadin,(fans autremêt auoir part aux eftats,horfmis 
a quelques menus ofîices)il faut auoir demeuré x 1 1 1 1 . ans dedâs la ville. 

faj 



66 DELAREPVBLIQjyE 

A Ferrarc il faut auoir habité dix ans au pays , & porté les charges des 
citoyens. Encores ne fufift il pas d'auoir demeuré au pays d'autruy le 
i aomkT d temps prefix par les couftumes, pour acquérir droit de bourgeoisie., (i 
municipal l'ellransernc demande le droit de boureeoifie,& qu'on le 4 reçoiuc. car 

cat c. Bart. in i.i. il le peut raire que i eltrangei* ne voudroitpour choie quelconque cha- 
ûtenS inu«2i" gcr de prince , encores que fes affaires le retiennent hors de fon pays. 
ddegat i.arp.1.5. Combien que J plufieurs font d'auis, qu'ayant demeuré le temps prefix 

J. quando de îurc l l p ' X J } I l 

fifei. Aicx.confii. 19. au p a y S d 'autruy , fans auoir obtenu lettres de naturalite , qu'il elt capa- 
îib! rt" ' ble des laiz testamentaires, ce. qu'ils accordentpour la faueur des teita- 

fid e i'commifl: m c 1! ments, &mefmement des laiz pitoyables faits aux pauures eftrangers, 
mKfenao"d&* 4 U ^ ^ ont toufiours autant recommandez que les veufues & orphelins: 
mais pour acquérir plein droit, &priuilege de bourgeois, il ne fufift 
pas d'auoir demeuré le temps porté par les ordonnances , fî on n'a de- 
mandé, & obtenu lettres de naturalite . Car tout ainfi que la donation 
ne vaut rien fi le donateur n'aprefènté, & le donataire accepté l'offre à 
luy faite: aufïii'eftranger n'eft point citoyen nyfuget du Prince eftran- 
ger , fil n'a receu le bénéfice du Prince eftranger, & demeure toufiours 
fuget de fon Prince naturel : & en cas femblable fi on l'a refufé . Ce fut 
la raifon pourquoy le Conful Mancin qui fift la paix auec les Numan- 
tinsj & les capitaines qui traitterent aufli auec les Samnites, eftans pré- 
sentez par les Hérauts d'armes aux ennemis , & par eux refufèz, fen re- 
tournèrent à Rome : ou il y eut grand débat, & plufieurs difputes , qui 
ne font pas encores bien refolùes , pour la diucrfité des opinions dinè- 
nib.n? C CSat(> rentes 7 de Brutus,& de Scaruola. Car lors que le Conful fut rentré au 
Sénat, le Tribun du peuple le fift fortir:maisenfin le Sénat declaira 
par fon arreft, qu'il n auoit perdu le droit de bourgeois Romain,eftant 
s. dci. 4 .vbiinepta refufé des ennemis: combien qU a la vérité 8 il fuft non feulement pri- 

cft kftio Florcntini , . . . . . rC C r 1 1 • ni 

ubri quod fatisia- uedudroitde citoyen, ains auiiiraitelclaue des ennemis par arreitdu 
îega?io U n,& cx^ci! peuple, pour auoir fans fon congé capitulé, &: traictéla paix auec les 
ceroreintopic. ennem is : & falloir qu'il fuft reftitué par le peuple . Toutesfois la plus 

le citoyen hure . . . " Y i ï ^ ï 

aux ennemis, s il doulce opinion interpréta que la pnuationcltoitconditionelle, au cas 
neft receu, il ne q U »jj f u fl. reccu £cs ennemis . Si donc l'effranger ne perd pointle droit 

pcrdpointlacite. > , . r ^ \ r n ^ / 1» ^ • « r >i n / 

de bourgeoine quand il relt aduoue d vn autre Pnnce,& qu il a elte re- 
fufé, moins le perdra celuy qui ne l'a pas requis, & lors qu'il a efté offert 
a efté refufé : & beaucoup moins fil n'a point efté prefènté au Prince e- 
ftrager,& n'a requis de luy lettres de naturalité,mais feulemét a demeu- 
ré en fon pays comme eftranger l'efpace de temps prefix par l'ordonna- 

? : Mathae.afflia. de- ce .Q u i cft pour décider la difficulté que fift le Sénat 9 de Naples.,& n'en 
af.neapoi1.jji4. ^ ; r - n , r • 

relolut rien jalçauoirjliceluyqui auoit demoure toute la vie en pays 

1 Bai. ini.i. de in. eftranger,deuoit iouyr des droits de bourgeoifie en fonpays.Plufieurs 

fantibus liberis. C. 1 1 / »"1 ' J _]•/"• »-\ C C J 

& in 1. 1. de ftatu ont tranche court qu il n en doit iouyr : dilant qu il faut auoir elgard 
hom ' au lieu du domicile : mais ie ferois d'aduis,fi mes aduis auoient lieu, que 

ceftuy- 



LIVRE PREMIER. 67 

ccftuy-là doibc iouyr du priuilcge de bourgcoifie,fil n'y a renoncé ex- 

preflemcnt, ou qu'il y euft actes contraires au fuget naturel: cVne fuis 

pas 1 feulde ceft aduis. les actes contraires font le banniflementperpe- t . BattoIinLï dcIi . 

tucl,ou le refus d'obéir à Ton Prince, eftant fommé : ou fil obtiet lettres t>«isa gn ofcend fF. 

de naturalité d'vn Prince eftranger , attendu que le confentement taifi- deregui hb f&mi. 

blc , n'eft point eftimé confentement 3 en chofepreiudiciablc fil n'eft tmogat^Xo.&în 

exprcs,quâd autrement on peut interpréter la volonté de celuy cjtii ne ^IZùtix! 6 ™** 

l'a point déclarée . C'eft pourquoy le Parlement de Bordeaux iugea 

qu'vn Efpagnol fils d vu François fuajt naturel, deuoit iouyr du droit 

de bourgeoifie fans lettres dénaturante. Mais fi leftranger qui aobte- o.exi.affiunptio.ad 

, D 1 1. / 1 p » J 1 J 1 i • wunicipakm. 

nu lettres de naturahte hors ion pays n y veut demeurerai perd le droit 
qu'il y prétend : car la fiction double n'eft pas receuë en droit. Et pour 
celle caufe le Roy Loys x 1 1. débouta du droit de bourgeoifie tous 
eftrangers, qui auoient obtenu lettres de luy, & feftoient retirez hors 
du Royaume . Aufli par les couftumes , & mefmes de Champagne, & 
par les edicts 4 ilfaut demeurer le temps prefîx en ce Royaume, & obte- 4 . d e r aa ijoj. tjji. 
nir lettrcs,& payer finances. Ces raifons monftrent la différence qu'il y m ' 
a non feulement entre le citoyen, & celuy qui ne l'eft paSj ains aufli des 
citoyés entre-eux: & que fi nous fuiuios la variété des priuileeespour ~.*».,.,t^i , „ 
îuger la définition du citoyen, il le trouueroit cinquante mil dennitios fugets aux effrâ- 
de citoyen -.pour la diuerfité infinie de prerogatiues que les citoyens 8 crs * 
ont les vns fur les autres, & fus les eftrangers. Et mefmes il le trouueroic 
que leftranger en plufieurs lieux feroit plus vray citoyen que le fuget 
naturel : comme à Florence plufieurs habitans prefènterent requeftes 
au nouueau Duc, pour eftre eftimez, & reputez comme eftrangers, 
pour la liberté des eftrangers, & fugetion des citoyens . Et neantmoins 
il y en a de fi priuilegiez par defïus les autres, que pour vne fois le Duc 
receut cinquante mil efcus,pourcinquâte bourgeois qu il fift: en quoy 
ilvfadvntourde maiftre,croiflant fa puiffance d'autant de fidelesfu- 
gets,& rauallant celle des coniurez contre luy , auec vne bonne fomme 
de deniers qu'il eut. Ainfi firent les Vénitiens appauuris par les victoires 
des Geneuois,& craignansla rébellion de plufieurs fugets àpeudefèi- 
gneurs,vendirent 5 le droit degentil-hommeVenitienàtroiscensCita^ j- Sabeiucus. 
dms,pour f'appuyer de leurs biens^de leur force, & de leur confeil. C'eft 
donclarccognoiffance, &obeiflance du franc fuget enuersfon Prince -. 

fouuerain, & la tuition, iuftice, & defenfe du Prince enuers le fuget qui 
fait le citoyen : qui eft la différence effentielle du bourgeois à l'eftran- 
ger . les autres différences font cafuelles , & accidentaires : comme d'a- 
iioir part à tous, ou à certains offices, & bénéfices, defquelsl'eftranger 
eft débouté quafi en toute Republique. Quant aux offices il eft bien 
certain: mais quant aux bénéfices ^encores que les Papes y ayentlong 
temps refifté , pour en départir à qui bon leur fembloit , fi cft-ce que 
tous les princes, chacun en fon refîort , f en font à croire : & principalc- 

f inj 



68 DE LA REPVBL1QJE 

ment les pays de re luction : comme la France . car les pays d'obediéce, 
comme l'Efpagne , Ta obtenu par la bulle 6 de Sixte Pape . Etmefme à 
6. Baid. confd. 4 *. Boulongne la grade, où le Pape eft feigneur fouuerain , les offices c\r bé- 
néfices ne font donnez 7 qu'aux habitans & fuge:s naturels . le fcmbla- 
7. Barbât. confd.ij. ^j e ç c f a j t en toutela feigneuric de Venize. Les Suilles n'y ont pas procé- 
dé parconcordats,maisparrabfcheid fait aux eftats généraux l'an m.d. 
xx. il fut arrefté que les magiftrats mettraient en pnfon les conratiers 
deRome auec leurs bulles & mandats apoftoliques,qu'ils auoiént pour 
en fruftrer les fugets pourueus^ar l'ordinaire. Quant aux Polaques 
leurs ordonnances en font pleines depuis Calîmir le grand 8 iufqucs à 
8.inftarutisPoioniç. Sigifmond Augufte : à quoy les Alcmans auffi ont dôné bon ordre par 
leurs concordats : qui fut la caufe que les maiftre , cicheuin & treize de 
la ville de Mets^fe plaignirent par lettres du moys de Mars m.d. lxi i r. 
que la ville de Mets eftoit compnlê aux cocordatsdAllemaigne,& que 
le Roy ne deuoit fouffrirles courtifansde Rome venir prendre pofîef- 
fîon des bénéfices de Mets, pour en exclure les fugets pourueus par l'or- 
dinaire. L'autre priuilege des citoyens eft, qu'ils font exempts de plu- 
sieurs charges que l'eftranger eft contraint porter, comme ancienne- 
© BaidinLquodfa- ment en Athènes les eftrangers payoient le droit de domicile, 9 & les 
ia^ c 'corîiii%.'iîb. C i" bourgeois eftoienc afranchis de tous impofts . Mais le plus notable pri- 
ua D N«?5 hCn S C ° 9 r u ^ e g e <l ue ^ c citoyen apar deiïusleftranger eft, qu'il a pouuoir défaire 
vocat. teftament ,& difpofer de (es biens félon les couftumes : ou bien lailîer 

fes proches parens héritiers : 1 effranger n'a ny IV n ny l'autre, & fes biens 
font acquis aufeigneurdu lieu où il eft mort. Qui n'eft point vn droit 
nouueauen France,commeles Italiens fepleignent,ainsau(Ii commun 
ancien ôTcom- au Royaume d'Angleterre , d'Efcoiîejde Naples,de Sicile, & a tout 
mun,aux Grecs l'Empire d'Orient: où non feulement le grand feigneur eft héritier des 
Turcs""' aUX eftrangers,ains auffi desTimariotspourlesimmeubles,& desautres fu- 
r-Demofthenescô- gets pour la difme . comme anciennement en Athènes l le Fifque pre- 

traAndrotioncm. • \ r • r 1 1 r n- i 1> n n I r 

noit la lixielme partie de lalucceilionde leltranger, & tous les enrans 
de fes efclaues:& en Rome la rigueur y eftoit bien plus grande , quoy 
que die Diodore/" que les ^Egyptiens & Romains foufFroient les heri- 
lIib<1# tiers deseftrangers, appréhender la fucceftion : &en parle corne eftran- 

ger, qui n'y a pas pris garde : car il eft bien certain qu'il n'eftoit aucune- 
ment permis a l'eftranger, de difpoièr de fes biens, & ne pouuoit rien 
auoir du teftament d'vn bourgeois Romain , mais le Fifque emponoit 
fa fucceffion. nos loix ' en font pleines: ce que nous pouuons auffi iuger 
ftiru.c usïdeie- par le plaid oyé de Ciceron, leque} pourmoftrer que le poète 4 Archias 
gat.3.1 quidam De eftoit bourgeois Romain, dit entre autres choies qu'il auoitdifpoféde 

pœms. 1. nccjue. §.1. O 3 i L 

de militari tefta.i.i. fè s biens par teftament. & luy mefme en fon fait pour donner aenten- 

§. penul.de us qux , 1' n J L /T J ' f - \ I r ■ J 

nonferiptis. dre que larrelt de banniilemcnt donne contre luy a Ja pourluitte de 

Arcma "" " F ° Claude le Tribun eftoit nul . Qui eft, ditril, le bourgeois Romain qui 

a £iit difficulté de me laitier ce qui luy a pieu par teftament , fans auoir 

efgard 



■.LIVRE PREMIER. <r 9 

efgard a l'arreft de mon bannilTement ? Et du mefme argumet auoit vfé 
Dcmofthcnc, J pour môftrcr que Euxithcncscftoit bourgeois d'Athe- î contra Eutulidc ^ 
nés. Ses parens, dit-il, ont ils pas recueilli la fucceflionde Ion père qui Droit d'aubdne 
l'auoit furuefeu ? Et tout ainfî qu'en ce Royaume, & en Angleterre les cn " s ctcrrc ' 
feigneurs particuliers ont droit d'aubeine fus l'eftranger mourant en 
leur territoirerauflî les bourgeois Romains,qui auoient receules eftràn- 
gers en leur protection , emportoient leurfucceflio par de(fus le Fifque: 
<%appelloient celàdroit d'application. 6 C'eft pourquoy on difoit en 
Rome,que le droit défaire teftament, eftoitfeulemét permis aux bour- ^-CiccroadQJia- 
geois Romains . il apert donc que ce droit daubeine eft des plus anciés 
& qui a toufiours eité commun tant aux Grecs, & aux Romains, corne 
aux autres peuples , iufques à ce que Friderich 1 1. Empereur y dérogea 
par vn edit, 7 qui eft bié mal executé.-Car il permet à tous eftrâgers mou- 
ras aux enclaues de l'Empire, de difpofer de leurs biens par teftament, 7.1-omnes.commu- 

i-ii r n i 1 -rr l 1 l • • - nia de fîiccdfio.C. 

oui ils meurent lanstelter, de laiiler leurs proches parens héritiers, mais 
ceft edit eft anéanti en Italie , où ils vient de plus grande rigueur enuers 
les eftrâgers, que ceux qui ont par deçà le droit d aubeme.Car il eft per- 
mis * à l'eftranger d'aquerir en ce Royaume tous les biens, meubles, & 
immeubles qu'il pourra, & les vendre, donner,troquer, &en difpofer 8 - arreftNouembrc 
par contracls faits entre vifs, ainfî qu'il voudra, &auoir pour vingt ou 
trente efeus lettres de naturalité. mais en plufieurs villes d'Alemagne, ôc 
parla couftumegenerale deBoheme, il n'elt permis à l'eitranger d'auoir 
vn pied de terre : comme en cas pareil, en Italie il «ft défendu à tous 
eftrangers d'acquérir aucuns immeubles en propriété: corne au Duché 
de Ferrare la coultume 9 y eft formelle . & qui plus eft par lacouftUme 
de Perouze ' il eft défendu de tranfporter à l eltranger , non feulement 9t Alcxand eonfiI# 
la propriété, ains aufli la pofîefïion d'aucun immeuble. & parla côuftu- ^ Jib.ww.it; 
me de Milan, 1 il n'eft pas feulement permis à l'eftranger d'auoiri'vfu- canonumftatma.de 
fruicT, ou reuenu d'aucun immeuble, furpeinedeconfifquer le pris, & x . Aièxaiid. comu 
l'héritage, auec defenfe aux héritiers d'efpouferles eftrangers > fur peine I98hbé * 
de conhTcation . & mefme il n'eft permis au créancier eftranger pren- 
dre l'immeuble de fondebteur par faute de payement^iinonàlacharge 
d'en vuider 3 fes mains dedans l'an, qui contraintlescreanciers de vendre 
l'héritage à non pris , mefmement u les habitans craignent, ou ayment ,.conftimt.Mcdioia. 
le debteur, & par ordonnance de l'Empereur Charles, v. tous eftrâgers "^p ""*. 
font déboutez delafuccefliô des fugetsde Milan: à laquelle ordonnan- 
ce Iean Baptifte de Plot , a donné cinquante limitatiôs qui font mal exé- 
cutées. Encores par la couftume de Venifel'obteation'faicle à l'eftran- Couftumc de 
ger, ne lie point l'héritier fimple du-fuget Venitien.,iinon pour les biens Vcnlze * 
du defunct ,qui eft contre le droit 4 commun. Et par lacouftumede 
Brefle en Italie, lafemme mariée à l'eftranger, ne peut tranfporter aux 4 j ibl . ca p. ; ^ atut . 
eftrangers fes biens immeubles , ny le pris d'iceux directement ou indi^ Vcnct - 
règlement . Voila le bon traitement que les eftrangers ont en Italie: 



7 o DELAREPVBLIQjy T E 

quin'apasoccafion de ie plaindre de la France, veumefmes qu'en An- 
gleterre il n'cft permis aux fugets d'hypothéquer feulement leurs biens 
à l'eftranger. & fouuentles AmbaiTadeurs n'ont plainte que pour auoir 
raifon des debteurs. Et melmes aux môtagnes des Grifons & des Suiiîes, 
ou le poëte du Bellay dit qu'il faut confiner les Parricides , il n'eft pas 
à sigifmonJiiiberi permis d'hy pothequer fa terre. Et en tout le pays de Lituanie, Mofcho- 

inhiftcuiaMofcho. r . a ^ yr .i I L - J i n 

uie, & Tartane, les biens des marchans eltrangers mourans en ces pavs 

lifontconhTquez. Etneantmoinsen ce Royaume le droit d'aubeine 

5Arrcftduparkm« e ftmoderé,en forte qu'il eft permis s àl'eftranpTrmouranthorsdeFra- 

deParis.duij.Fcb- . . 71 f & 

urkr ijis. ce, dilpoler des biens par luy acquis en France a uure onéreux , & laitier 

6. Arrcft dud.it par- r C r 1 -^ I r ■ n 

îcmcnt du 7 . Mais les enrans nez en France héritiers ,pouru eu que la mère neloit cltran- 
I5 arrcftsdudit parie- g erc - & quant à la cauie des lettres de naturalité, que les héritiers foient 
métiei7.Aoufkxj40. regnicoles, les iu^es 6 l'ont eftédue aux eltrangers demeuransenFran- 
ManBencdkinTcr ce , qui lont prêterez aux plus proches demeurans hors le Royaume en 
io 4 i. eaum * nu * la fuccelTion de l'eftranger naturalifé. car autrement il eft requis 7 pour 
p£upp« deTaîoh ^ irc fucceder les enfansde l'eftranger, qu'ils foient nez en France, & 
1J.9.& de charies 7 . d' V ne bourgeoife, ou fugette naturelle. Et outre ce que i'ay dit, nos 
9 . anno i 4 otf. 1481. Roys vfans d'vne bonté extraordinaire , ontremis 8 le droit d'aubeine 
i. 49 in!fbr'ôcuri=:.in- à tous marchans étrangers frequentansles foires de Champagne, & de 
^và^SuâM Lyon: cV aux marchans Anglois en Guyenne. & quant à ceux du bas 
priuiicgiaea condi- pa y S Je Hcnaut & d'Artois, les villes d'Amiens , Cambray,Tournay, 

tionc vt îrfdcm pn- 1 J ^ f ' 1» t 9 

uiiegiis ? P udcos y ils n'ont iamais efte fugets aux droits d aubeine , & par lettres paten- 

tamur. « x J r n t « /** 1 

tes, & arrelts , ils en ont touliours elte exemptez . & melmes les mar- 
chans des villes maritimes fus la mer Baltique, font auffi exempts du 
droit d'aubeine, auec plufîeurs beaux priuileges , ottroyez par Loys le 
ieune, confirmez par Charles v 1 1 1. vérifiez en Parlement , & puis na- 
gueres 1 enuoyez au ficurDanezay,Ambafladeur de France vers le Roy 
de Dannemarch . Vray eft que le priuilege donné aux marchans eftran- 
j. arrcft y**. g ers ne'i'cftcnd pas aux marchans naturaliiez, comme il aeftéiugé 3 au 
priué confeil contre vn marchant Italien naturalifé, & toutesfois par 
prouiilon feulement, les marchans eftrangers n'ontpasvn feulde ces 
priuilegesentout l'Orient . nous auons trop d'exemples, &rnefmernët 
de lalucceiîion deCroizile marchant dcTours, qui valoitdeux cens 
mil efeus, qui fut donné-au Bâcha Hy braim . Outre ce que i'ay dit , il eft 
permis à tous eftrangers mourans hors de France, difpofer partefta- 
ment des biens acquis en France, qui eft bien pour monftrer que les 
eftrangers font trairtez beaucoup plus gracieufement en France 4 qu'ils 
n'eftoient en Grèce, ny en Rome, ny en tout l'Orient . Il y a encore vue 
autre différence du citoyen àlcftrager , c'eft à fçauoir la ceffion de biés, 
De«mbre ! 5 6j U . nl,Sc de laquelle les eftrangers font déboutez : 4 qui eft l'ancié droit des Ro- 
j.TaciUiKj.Tran- mains:' autrement l'eftranger pourroit àfon auantage fucer lefang. &c 
qui bonis cedere la moùelle des fumets, & puis les payer enfaillites: combien qu'il n'y a 
pas moins de banqueroutiers, quedeceilionaires. Quant a ladifierecc 



du ci. 



LIVRE PREMIER. 71 

du citoyen, & de l'effranger, pour le regard de la caution du iugé que 
l'effranger eit tenu bailler en ce Royaume , & non pas le fuget par nos 
couftumes:*cen eft point difterence qui aytlieu hors ce Royaume, veu «•F*bcrin§.redho- 

.,,. „ i» n o i • r i il 11 Hicininftitu.io.de 

que par tout ailleurs, & 1 eltranger, & le citoyen iont tenus bailler telle fatiflandn . arreft 

A ./-. ? J • 7 o r r» 1 r contre l'cftraçcr du 

caution, fumant Je droit commun. '&melmes en ce Royaume le luget z^Mayi^. 
naturel y eft contraints fil a fait cefïion , ou fil vient en matière benefi- riBawT^'f*^ 
ciale par droit deuolu. Mais il y a bien vne différence qui eft, &atouf- s-Demofthcnes. 

A N . * n\ r -11-1 d*fyo*.»±tou vocat. 

jours elte commune atous peuples, celtalçauoir, le droit de marque, inorat. contra -ah- 
8 contreles eftrangers, &n a point lieu contre les fugets: 9 & pourcefte t™*™?™ 
caufe Friderichi i. Empereur r'enuoya aux eftats de l'Empire ceux qui ftitut - ^ & *}*■ ic1 cft 

1 I 4J •- J j r T-il- S 1 r J 1T • r oppigncranonçm vt 

luy demadoiet droit de reprelailiie cotre leslugets de 1 Empire. Et pour vocamr in ci.de m- 

i r- . i • r\» n A. 1 rT' 1 J ri i ur " s & «iamnoda- 

ic taire bner 1 eltranger peut eitre chaile hors du pays , non leulement to . vide innocent in 
en temps de guerre, car alors on licencie Iesambaffadeurs mefmes,ains fSrat.cynu"S™o- 
aufli en temps depaix.foitpourempefcherqueles fumets ne foient £a- thent. habitu. ne fî- 

L } l ' L l J. o o lius pro paire C.Var 

liez & altérez d'vneftrangier vicieux, comme LycurgueMeffendit aux rociari°abonè yo- 

n y r r v o I • l> a V i n- Ij cat inlib.de lingua 

lugcts deiornr ians congé, & bannit 1 or & 1 argent pour en chaiier 1 e- Latin. 
ftranger, comme les Indois de la Sine Orientale deffendent aux fugets £.&"pro U 'dcndum 
de receuoir effranger fur peine de la vie: pour obuier aux entreprifes ¥$^£S& , 

r " 1> n i ri n i. arreftdelanitf*. 

quel eltranger peut faire cotre Terrât d'autruy. Et h la guêtre eft ouuer- encore que ce fut en 

r r\ - U n n* r- euerreciuile. 

tecontrelon Prince, 1 eltranger peut eltre retenu comme ennemy , lui- u.fiquisingenaara 
uantMaloy de guerre : autrement il ne doibteftre retenu, fil n eft obli- deca r :iuIS - 
gé par contra6t,ou par delicl: : ou qu'il fe foit fait fuget d'vn autre Prin- 
ce fans le congé du lien: car en cecasfon Prince atoufîours droit de 
main-mife comme le feigneur fus l'efclaue fuitif, encores que le fugec 
vint pardeuersluy en qualité d'AmbaiTadeur, corne les A m baffa de urs 
de Dan le tyran,querEmpereurTheodofe déclara rebelle à fa maiefté, 
& meitenprifonfes Ambafladeurs. ce qui fut pratiqué par l'Empereur 
Charles v.cotreTAmbaffadeur du Duc de iMilanfonfuget^qui fut rete- 
nu prifonnier quand fon maiftre entra en ligue contre luy :& combien 
que lanouuelle eftant venue en France, l'Ambaffadeur d'Efpagnefuft 
mis l prifonnier au grand Chaftelet , fi eft-ce qu'il en fut aufli toft tiré,, [^"{j^?^ 
quand on entéditque les Ambaffadeurs,& les Hérauts d'armes de Frâ- captiuisUamjis. 
ce,d'Angleterre,& de Venize,auoiét efté mishorsd'Efpagneauecfau- 
uegarde.fansquelescoalliezferefl'entifîentdecequerÊmpereurauoic 
retenu l'Ambaffadeur de Milamcar combien que cela, femble contraire 
àlaloy 3 Jt quis legatus de légation . Ç\ eft-ce que les Romains punifloient 
le fuget qui feftoit retiré aux ennemis en qualité d'ennemi. ° Et la plus 
belle couucrture que les Impériaux trouuerent pour excufer le meurtre o-Wecapums. 
fait en la perfonncde Rangon & Fregofe, Ambafladeurs de France vers 
le Turc , fut que l'vn eftant Efpagnol fuget naturel de l'Empereur , &c 
l'autre Geneuois en fa protection } feftoient mis au feruice de fon en- 
nemy, & le bruit eftoit qu'ils alloient luy drefler nouuellc guerre, com- 
bien que l'Empereur ne voulut aduouer le meurtre, offrant faire iuftice 



7 2 DE LA REPVBL1QVE 

de ceux qui enferoientattaints,&conuaincus. Mais quoy que face le 

fuget, il ne peut f'exempter de la puiflance de Ton feigneur naturel , ores 

qu'il deuint Prince fouuerain au pays d'autruy , non plus que fefclaue 

roli* . oll,c,prx " Barbarius * lequel feftant fait Prêteur de Rome, fut fuiui, & vindiqué 

o r dfn C L^i e tbiBu b - p ar f° n feigneur, auec lequelilcôpofa pour fa liberté, côme dit Suidas: 

toi.de cunuchïs. Bai. 3 aufli le fuget en quelque lieu qu'il foit fouuerain, peut cftre rappelle. 

in 1. non folum de i r • 1 r» l» a 1 il l ^ -i r 

commercijs. c.Bar- comme de tait la Roy ne d Angleterre rappella le Conte de Lcnos,& Ion 

puiô"i.8 Un ° Sp °" fils R°y d'Efcolfe, & pour nauoir obey confifqua leur bien . car le fu- 

get eft tenu aux ordonnances perfonnelles de fon Prince: de forte que 

fil cil interdit au fuget de contracter ou d'aliéner ..les aliénations fonc 

nulles , encores qu'il les face au pays d'autruy , & du bien qu'il a hors le 

territoire de fon Prince : &: fi le mari hors fon pays donne à fa femme 

contre la detenfe de fon Prince, ou des couftumes de fon pays, la dona- 

îmercatores&ibi tlon e ^ nulle : 4 car la puillancede lier, & obliger vn fuget n 'eft point 

Baid . de commet, atachee aux lieux. Et pour celte caufe les princes ont accouftumé d'vfer 

Alexand conciLltâ. t . i, 111 r 

lib.é.c.tuxcap.vit. entre eux de commillionsrogatoires, ou du droit de marque, pourtai- 

de elencis non refi- i ■ • i n 1 r <> r • C • 

dent.ikct aiij aliter re obéir leurs lugets,ou euoquer les caules,& pourluites contre eux tai- 
au$TcuSiomb.ff. cles,finon en cas permis de droit. Et me fouuient à ce propos auoir veu 
lettres des feigneursde Berneaufeu Roy Henry, fur ce que laRoync 
d'Efcofle auoit faitappeller aux requeftes du Palais à Paris la Marquife 
de Rotelin en qualité de tutrice du Duc deLongueuille, àcauie du Cô- 
te de Neuf-chaftel, pour faire euoquer la caufe, remonftrans que le Duc 
de Longueuille eftoitleur bourgeois à caufe de Neuf-chaftel. Voila les 

, . principales différences des fumets & citoyens aux eftrangers. laiflant les 
Diffcre'cc des ci- 5- rr X .• 1: A J£ C C i ■ \rs 

tovés entre eux. différences particulières de chacun pays, quilonc intimes . Quant aux 

différences des fugetsentre eux, il n'y en a pas moins en plufieurs lieux, 

U.fifilij.J.fenatores .i 1/1" o 1 r i> '1 

i penui. defenator. qu il y aentreles eitragers,& les lugets.I en ay remarque quelquesvnes. 
dpai !oia«d!q U .™" d es nobles aux roturiers, des maieurs aux mineurs, des homes aux fem- 
&q.74.Bai.incap.i. mes & de la qualité d'vn chacun. Et pourle faire courcjl le peut faire en 

de milite vallal.Ca- , '. f?'* f , •• . r . ■. J L 

iirenfis confii i<u. termes de droit, qu entre les citoyens, les vus f oient exempts de tou- 
îib'ï AieMDd!con- tes charges, tailles, & impofts, aufquels les autres feront fugets . nous en 
S'i!moHn 7 çu"'adnoI auons vue infinité d'exemples 6 en nos loix. comme auflilafocieté eft 
tas Akxand. eod. Donne ° & vaîlable,oii l'vn des aflociez a part au profit,& ne porte rien 
é.udecenfib.toto du dômage. C'eft pourquoy nous voyons la diftin&iondescitoyesen 
de U dignitat n .c° r ' ' trois eftats,à fçauoir l'Eccleiiaftic, la Nobleffe, & le Peuple , qui eft gar- 
cio!ff U " us ' profo " deeprefqueentoutel^Europe.&outreccftcdiuifi6generale,ilyenade 
plus fpeciales en beaucoup de Republiques, comme à Venife les gen- 
tils-hommes, les citadins, & le menu peuple : à Florence auparauant 
qu'elle fuit reduicte foubs vn Prince, il y auoit les grans, les populaires, 
& le populace. Et nos anciens Gaulois auoient les Druides, les gens de 
cheual,& le menu peuple. En ^Egypte les preftres, les genfdarmes,& les 
artiiàns,come nous liions en Diodore. Audil'ancie legiflateur Hippo- 
damus diui(a les citoyens en genfdarmes,artifans J c\: laboureurs: &ians 

caufe 




LIVRE PREMIER. 7} 

caufea efté calomnié d'Ariftote 7 , comme nous lifons es fragmens 8 de 7 .iib.i.noiif. 
fes ordonnances . Et quoy que Platon fefforceaft de faire tous les ci- 8,apu iloba:^ra • 
toyens de fa Republique égaux en tous droits & prerogatiues,fïeft-ce 
qu'il les a diuifez en trois eftats, à fçauoir en gardes, en genfdarmes , & 
laboureurs . quieft pourmonftrcr qu'il n'y eut onques Republique, 
foit vraye^ou imaginere, voire la plus populaire qu'on peut penfer, où 
les citoyens foient égaux en tous droits,& prerogatiuesrmais toufîours 
les vns ont eu plus ou moins que les autres. 

'DE CEVX QVI SONT ENTl^OTECTION, 

£7* la différence entre les allies^ eflrangers , grfkgeus. 

C H A P. VII. 

Ousauonsdit quelle différence y a entre les fugets, les 
bourgeois , & les eftrangers . difons maintenant des 
alliez, & premieremét de ceux qui font en protection: 
par ce qu'il n'y a pas vn, de ceux qui ont efcrit de la Re- 
publique, qui aye touché cefte corde, quieft toutefois 
des plus necefîaires pour entendre TeftatdesRepubli- Quefîgnificpro 
ques.Lemot de Protection en generaLfeftend à tous fugets, qui font tcdhon. 
enl'obeiflanced'vnPrincejOufeigneuriefouueraine: corne nous auons 
dit,que le Prince eft obligé de maintenir par la force des armes, & des 
loix (es fugets en feureté de leurs perfonnes, biens, & famille : & les fu- 
gets par obligation réciproque, doiuent à leur Prince, foy, fugetion, 
obeiisace,ayde,&fecours. c eft la premiere,&la plus forte protection 
qui foit- car la protection des maiftres enuers leurs efclaues: des patrons 
cnuers leurs afranchis *, desfeigneurs eftuers leurs vallaux,eft beaucoup 
moindre,quedes Princes enuers leurs fugets: d'autant que i'efclaue,i'a- 
franchijevaffaljdoitla foy^hommage, &fecoursàfonfeigneur, mais 
ceft après fon Prince fouuerainjduquelil eft home lige . aufïilefoldac 
doit obeiffance,& fecours à fon Capitaine , & mérite la mort fil ne luy 
fait bouclier au befoimla loy vfe du mot Trotexit '.Mais en tous les trai- I ; 1 - omn , c de ^u» 

l i r • n r • I » r . de rc miucan.fr. 

tez,le mot de Protection elt ipecial 3 & n emporte aucune fugetion de 
celuy qui eft en protection : ny commandement du protecteur,enuers 
fes adherans , ains feulement honneur, & reuerence des adherans, en- 
uers le protecteur, qui a pris la defenfe, & protection > fans autre dimi- 
nution delà majefté des adherans, fus lefquelsle protecteur n'a point 
de puiffance . Aufli le droict de protection eft plus beau , plus ho- 
norable, & plus magnifique 3 que tous les autres. Car le Prince fou- 
uerain, le maiftre., le feigneur, le patron , tirent profit.,& obeifîance, 
pour la defenfe des fugets,des efclaues,des afranchis, des vaflàux:mais le 
protecteur fe contente de l'honneur,^ recognoifîance de fon adhérât: 

g 



74 DE LA REPVBLIQJ/E 

& fil en rire autre profit.ce n'eft plus protc6tion.Ec tout ainfî que celuy 

quiprefte,ouaccomode autruy de fon bien, oudcfapeine,filenre- 

çoitprofît queftuaire,cc n'eft nypreft,ny accommodation., ainsvn pur 

a ; .i.rogafti.$.fitibi. louage x d'homme mercenaire . auffi celuy qui a libéralement promis 

dcrcbuscredn.l.i.^. P , ' n 1 1- / i> !• #» * 

ficonuenericdepo- faire quelque choie pour autruy, elt oblige d accomplir fapromeflè 
3 T.i.mandati.ff. " fansaucunloycr : &: la raifon delaloy c{\.\quia offcwmercesnondebetur. 
Or il n'y a promeffe plus forte.que celle qui eft faite de défendre les biés., 
la vie,& l'honneur du foible contre le plus puiffant : du pauure, contre 
lericherdes bons affligez,contre la violence desmefchans. C'eftpour- 
quoy Romule Roy des Romains, ordonnant l'eftat de fes fûgets, pour 
les nourrir en paix& repos, afïlgna à chacun des cet gentils-hômes,qu'il 
auoitchoifispour fon confeil priué,lefurplus des autres fugets,pour 
les maintenir en leur protection &fauuegarde, tenant pour exécrable 
celuy:, qui laifferoit la defenfe de fon adhérant, & de fait les Cenfeurs 
4. Dionyfins lïaiic. notoient d'ignominie ceux qui auoient quitté leurs 4 adherans. Et qui 

Iib.i.Tulliusindi- 1 ,i i 1 °j il 1 1 • J J- c- *■ 

uinationc pluseit laloy desx 1 1 tables portoit la peine des interdits . ôi patronus 

clientifraudemfaxit 3 facer eflo . Plutarque dit bien que les adherans bail- 
loient de l'argent aux patrons pour marier leurs filles: mais il fe peut 
faire qu'il f'clt mefpris J & qu'il a pris les adherans pour afranchis , car 
Dionyfius Halicarnaflkus n'en dit rien . Depuis lesgransfeigneurs de 
Rome,commencerentaufliàprendre en leurprotection,quirvne.,quî 
l'autre ville, comme la maifon des Marcels,auoit en fa protection la vil- 
le deSyracufe :1a maifon des AntoinesauoitBoulongne la grafTe : &les 
eftrangers en cas pareil,, qui frequentoient la ville de Rome,auoiétauf- 
fi leurs protecteurs,qui prenoient leur fuccefîion, comme par droit de 
Aubeine.f ils mouroient en Rome,comme il a efté dit cy defïus . Et ap- 
pelloit on les adherans, C7/>»f«, & les protecteurs, Patros, pour la fimi- 
litude qu'il y auoit entre les vns<& les autres: mais il y a différence nota- 
ble, car l'affranchi doit les coruees au patron , & peut eftre réduit en fer- 
uitude,fil eft ingrat: l'adhérant ne doit point de coruees 3 & ne peut per- 
dre fa liberté pour eftre ingrat. l'afranchi doit vne partie de Ces bies à fon 
patron,ayant furuefeu l'afrâchi : l'adhérant ne doit rien de fa fuccelTion 
au protecteur . Et combien que le vaffal aye beaucoup de chofes fem- 
blablesàl'adherâtjdefortcqueplufieursontfait vne confufîon de l'vn 
& l'autre-.fîeft-ce qu'il y a bien différence :carlevaflal doit la foy,hom- 
mage,ayde,fccours,& honneur au feigneur: & fil commet felonie,ou 

j.Pararrcftdupar- qu'il defauoùe fon feigneur, ou pour vn démentir ; parluy donné à fon 

no^nîé^en^robbTs feigneur,il perd fon fief,qui eft acquis au feigneur par droit de commis. 

ronges contre Fran- l'adhérant n'ayant aucun fiefdu protecteur n'eft point en cefte crainte. 

çois Pam nay Je 25. r \ rr \ e\ \ l* in \ n o 1 • 

Dccembreijéj. Dauantage li le vaflal elt homme lige, il elt naturel lugct,& doit non 
feulement la foy & hommage, ainsauflifugetion & obeiffance au fei- 
gneur, & Prince fouuerain , de laquelle il ne peut fe départir, fans le 
confentement de fon Prince , ores qu'il deguerpift le fief, les adherans 

ne 



LIVRE PREMIER. 75 

ne fontpoint en ces termes,&ne font en rien fugets aux Protecteurs. Le 
ilmplcvaifal,foit Pape,Roy, ou Empereur, eft fuget d'autruy, & doit 
Teruice au feigneur duquel il tient fief, iaçoit qu il puiffe., en quittâtle J-* 1 JJj lfti J ,l JJ 
fief,i'exempter 7 de la foy,& hommage . le ilmple adherant/'il eft Prin- iusvocand. 
ce fouuerain,il ne doit ny feruice, ny obei{fance,ny hommage au pro- Edo^alommco» 
tecteur. Le droit de vaffelage eft nouucau, & depuis la venue des Lom- ftltutLothan J- 
bars en Italie:car au parauant ilne fen trouue rien qu'on puiile afleurcr. 
Le droit de protection eft tre(ancien,& au parauant Romule,qui l'em- 
prunta des Grecs: car il eftoit vllté en Theilalie, Egypte, Aile, Sclauo- 

i. \-r f 8 t /T 1 8.Dionyf Halic.Iib. 

nie, comme nous liions es anciens auteurs . Le valial au contraire re- ^vano lib.i.dere 
çoit des héritages^ des fiefs du feigneundnquelil ne peut eftre excm- ruftlca - 
pte de la foy & hommage qu'il doit , ores que le Prince fouuerain eri- 
geaftle fief defon arrierevafTalen Comtés Duché, Marquifat , Princi- 
pautéjcomme il a efté 9 iugé par arreft du parlement de Patis.En quoy ll aa1 *% t 
f eft abufé celuy ' qui a tenu, que Cefar en les Mémoires appcWcfoldttrios 
C^^oro^lesvafTaux.veu qu'il n'y a aucune mention de fief: iointaufïl 
qu'ils eftoient vrais & naturels fugets : car leur vie , leurs biens , & leurs 
perfonneseftoientconfacrezàleurfeigneur:qui eft la vraye marque 
de fugetion, que le vaffal, & arrière- valial doiuent feulement au Prin- 
ce fouuerain , non pas en qualité de vaifaux, ains en qualité de fugets 
naturels, qui doiuentcourir la mefmefortune que leur Prince, viure & 
mourir pour luy, fil eft befoin., ores que le yaffal y foit obligé plus fpe- 
cialement que les autres fugets.Qui font tous arsumésnecelfaires pour ^ . 

n ii-i 1 rr 1 o 1 cE- Vaflalaige, patro 

monitrer,que les droits de patronnage,, de vallelage, & de protection, na g et g protc . 
ne doiuent pas eftre confondus, iaçoit qu'ils ayent quelque ilmilitu- &ion,&Iadiffe- 
deenfemble: car le vaffal, & l'adhérant doiuent la foy au (eigneur, & trois 
protecteur.&lVn à l'autre réciproquement obligez, bien que le fei- z - cap.vnico.de for- 

r \ r 1 . ■ p J T mat.fidditac.cap. 

gneurneioitpastenude'preiterleicrment dehdelite au valial verba- i.fideftudodefaai, 
lement, comme le protecteur doit à l'adhérant, &fe garde folennel- LieS!"' Im? " 
lement en tous les traitez de protection . Aufll le feigneur,& le vailal, 
doiuent deliurer lettres l'vn à l'autre, comme le protecteur & l'adhérât 
font obligez à bailler lettres de protection l'vn à l'autre, meimement il 
la protection eft d'vn Prince fouuerain, enuers l'autre : & doiuent eftre 
renouuellees à la venue dvnnouueau Prince, car la protection ne dure 
que pour la vie du protecteur. Mais pour efclaircit la matière de pro- 
tection entre Princes fouuerains,de laquelle nous auos à traiter, iliem- 
bleque le Prince ou peuple fouuerain,quifeft mis en la protectiô d'vn 
autre,cft ion fuget. S'il elt fuget, il n'eft plus fouuerain, &fes fugets fe- 
ront aufll fugets du protecteur. Et quelle fugetion veut on plus gran- 
de, que fe mettre en la lauuegarded'autruy, &lerecognoiftre pourfu- 
perieur ? caria protection n'eft autre choie, que la confédération, & al- 
liacé de deux Princes, ou feigne-uriesiouueraines, en laquelle l'vnreco- 
gnoift l'autre fuperieur.-l'vneft receu en la fauuegarde de l'autre . ou bié 

g »J 



7 6 DE LA REPVBLIQ_VE 

quand le fugetd'vn Prince fe retire en la terre d'vn autre,il eftauiilen fa 
protection, de forte que ftleltpourfuwy par l'ennemi, & pris prifon- 
nier en la terre d'vn autre Prince fouuerain a il n'eft point prifonnier du 
pourfuiuant , comme il fut iugé par la loy des armes, au pourparlé de 
paix, qui fut entre le Roy de France & l'Empereur Charles v. l'an m. d. 
l v. quand il fut queftion des prifonniers impériaux , que les François 
auoict pris au Comté de Guynes, qui eftoit lors en lafugetion des An- 
gloisùl fut fouftenu parle chancelier d'Angleferrc^qu'ils ne pouuoienc 
eftre tenus prifonniers , eftans en la terre , & protection des Anglois. 
combien que le contraire fe pouuoit dire: cariaçoit qu'il ne fuit per- 
mis de queiter , ny leuer la proye en la terre d'autruy , fi eft-ce qu'il effc 
permis l'ayant leuee,la pourfuiure fus le fond d'autruyrvray eft au'il y a 
vneexception,(ilefeigneurne l'empefche, corne de fait le Miioi Grei, 
gouuerneur de Calais, & de Guynes,eftoit furuenu durant la c ) \ir(ui te, 
&print en fa garde ceux que les François auoientpris. Or en ce cas le 
mot de Protection, n'eft paspris en (à propriété, car il n'y a point de 
prote£Hon,f'il n'eft conuenu , & ne peut le Prince effranger prendra le 
fuget d'autruy en fa protection , fi ce n'eft du cofentement de fon Prin- 
ce, comme nous dirons tantoft. Mais il faut au parauant refoudre celle 
queftion, file Prince fouuerain fe mettant en la protection d'vn aune, 
perd le droict. de fouueraineté,& f il deuient fuget d'autruy: car il fem- 
ble qu'il n'eft pas fouuerain, recognoillant plus grand que fo y . Toute- 
fois ie tiës qu'il demeure fouuerain, & n'eft point fuget . & ce poinct c'a 
4. L non dubito.de décidé par vne loy 4 qui n'a point fa pareille, & qui a elle altérée en cU- 

capuuis,vbi negatio r» 1 • r • I» • • 1 1 1 

dcwahendavenitad ucrles leçons:mais nous {unirons 1 original des Pandectes de Florence, 

fidem archetypi. . . T r» • r • • • / 1> 11- r 

qui tient que les Princes iouuerains, qui au traite d alliance recognoii- 
fentle protecteur plus grand que fby,ne font point leurs fugets . le ne 
doute point,ditla loy , que les alliez, & autres peuples vfans de leur li- 
berté,ne nous foiét eftrâgers,&c.Et combien qu'au traité des alliez par 
alliance inégale., il foit exprefïementdit, que l'vn ccntregarderalama- 
iefté de l'autre,cela ne fait pas qu'il foit fuget, non plus que nos adhe- 
rans,éV clients ne font pas moins libres que nous, ores qu'ils ne foienc 
egauxànous,nyenbiens,ny enpuiilancc,ny en honneur .-mais laclau- 
fe ordinaire inférée aux traitez d'alliance inégale, portant ces mots: 
j.ind.i.nondubito. Comiter maieflatem* confemare, n'emporte autre chofe., linon qu'entre les 
£nc r0 cb P uLrat - Princes alliez, l'vn eft plus grand, & premier que l'autre. & non pas que 
terpretatur. ce mot fignifîe commumter 3 comme difoitla partie aduerfe de Corné- 

lius Balbus:& ne lignifie pas auffi fans dolcV: fans fraude,. corne dit Char- 
é.nb.i.cap.idean- J e s 6 Siçron, mais c'eft à dire que les moindres alliez refpeclent les plus 
gras en toute modeltie. Voila la loy rapportée mot pour autre:ou il ap- 
pert euidément,quelaproteclion n'emporte point de iubieclio, mais 
bienfuDeriorité,&prerogatiue d'honneur . Etpourentédrecepoincl: 
plus clairemét,& la nature des traitez^cV alliacés, nous pouuos dire que 

tous 



tiqUO 



iure Italix. 



LIVRE PREMIER. 77 

tous trairez cntrePrinces fe font auec les amis, ou ennemis,ou neutres, 
les traitez entre ennemis fe font pour auoir paix, & amitié, ou trefues: 
&côpofer les guerres entreprifes-pourlesfeigneunes, ou pour les per- 
fonnes,ou pour reparer lesiniures, ôc ofFenfes des vns enuers les autres, 
ou bien pour le droicl: de commerce, & hofpitalité,qui peut eftre entre 
les enncmis,pendant les trefues. Quant aux autres qui ne font point en- 
nemisjes traitez qui fe font auec eux, font par alliance égale , ou inega- 
le.en celle cy lVn recognoift l'autre fuperieur au traité d'alliâce : qui eft 
double, à fçauoir quand l'vn recognoift l'autre par honneur, & n'eft 
point en fa protedionroubien que l'vn reçoit l'autre en protection: 
&lVn,&rautre,efttenude payer quelque penfïon, ou donner quel- 
que fecours: ou bien ils ne doiuentny penfïon, ny fecours. Quant aux 

V II- 1 ! t ■ JT • Que c'eft d'aUi- 

alliez par alliance égale, que les Latins diloient aeq^vo f oe d e- ancc Ç f ga i c . 
r e , l'equalité l'entéd,quâd l'vn n'eft en rien fuperieur à l'autre au trai- 
té,cV que l'vn n'a rien fus l'autre,pour la prerogaiiue d'hôneur , ores que 
l'vndoiue plus ou moins faire ou donner que l'autre, pour le fecours 
que l'vn doit à l'autre . f t en cefte forte de traitez, il y a toufîours traité 
d'amitié,commerce,& hofpitalité, pourhebergerles vns auec les au- 
tres^ tranSquerenfemble de toutes marchandées, ou de certaines ef- 
peces feulement, cV àla charge de certains impofts accordez par les trai- 
tez.Eti'vne& l'autre alliance eft double, à fçauoir défendue feulemét, 
oudefenllue ôc ofFenfiue : ôc peuteftre encores l'vn ôc l'autre fans exce- 
ption de perfonne,ou bien auec exception de certains Princes.la plus 
eftroicte eft celle, qui eft ofFenfiue, & défendue, enuers tous, Ôc contre 
tous,poureftreamy des amis,&ennemydes ennemis: &leplusfouuét 
l'ordre eft donnéjCx: les traitez de mariages des vns auec les autres: mais 
encores l'alliance eft plus forte quand elle eft de Roy à Roy,de Royau- 
me à Royaume, Ôc d'homme à homme, corne eftoient anciennemét les 
Roys de France ôc d'Efpaigne,& les Roys d'Efcofle ôc de France . C'eft 
pourquoy les AmbafFadeurs de France relpondirent à Edouard un. 
qui eftoit chafFé du Royaume d'Angleterre,que le Roy ne luy pouuoit 
aider,d'au tant que les alliances de France ôc d'Angleterre eftoient fai- 
tes auec les Roys ôc les Royaumes, de forte que le Roy Edouard chafFé, 
la ligue demeuroit auec le Royaume,& le Roy qui regnoit. c'eft l'erTecT: 
de ces mots: Auec tel Roy,fespays,terres,&feigneunes, qui font quafî 
entouslestraitez.maisilfautauiTiqueles traitez foient publiez es cours 
fouueraines,ou parlemens, & ratifiez par les eftats du confèntement 
du procureur gênerai : comme ilfut an efté au traité fût entre le Roy 
Loys x 1. & Maximilian Archiduc l'an m.cccclxxxli. La troificf- 
me forte d'alliance eft de neutralité , qui n'eft deftnfîue , ny ofFenfi- 
ue , qui peut eftre entre quelques (ugets de deux Princes ennemis, 
comme ceux du Franche-comté ont alliance de neutralité auec la 
maifon de France, Ôc font alFeurez en temps de guerre :cn laquel- 

g ij J 



7 8 DE LA REPVBLIQ_VE 

alliance fut compris le pays de BafTigny par l'abfcheid de Bade, l'an 
m. d. lv. en accordant par le Roy la renouation d'alliance de neutra- 
lité pour le Franche-comté . Et toutes les fufdites alliances font perpe- 
tuelles.ou limitées à certain temps^u pour la vie des princes , & quel- 
ques années d'auantagejCommeils'eft toufioursfait éstraittez d'allian- 
ce accordez entre les Roys de France,& les Seigneurs des ligues . Voila 
la diuifion générale de tous les traittez qui le font entre les Princes, 
foubslaquellefontcomprifes toutes les alliacés particulières. Car quât 
à la diuifion des AmbafTadeursRomains,aupourparlé de paix entr'eux, 
& AntioqueIcgrand,elle eft trop courre: Triafunt, ditTite tiue,genera 
fœderum:vmtm cum bello vittis diceremurleges : alterum cum pares bello œquo 
fœdere in pacem & amicitiam centrent :tert mm cum qui nunquam hoflesfueriït, 
ad amicittam fœdere coeunt^uïneque dicunt 3 neque accipiunt leges . Tous les 
autres qui ne font ny fugets,ny alliez,font coalliez,ou ennemis, ou neu 
très fans alliance,nyhoitilité. &tous généralement, filsnefontfugets, 
foient alliezjcoalliezjennemis, ou neutres, font eftrangers . les coailiez 
font les alliez de nos alliez,qui ne font pas pourtant nos alliez,non plus 

focio£ iusf ° ci ''' pro 4 ue ^compagnon de noitreafîocié, n'ettpasnoitre 8 ccmpagnon : & 
toutefois ils font toufiours compris au traité d'alliance en termes géné- 
raux, ou fpecialcment : comme lesfeigneursde trois ligues griles, an- 
ciens alliez des SuifTes, furent compris en termes expresau traité d'al- 
liance, fait l'an m. d.xxi. entre le Roy François i. & les Suiffes en qua- 
lité de coalliez.-mais l'an m.d. L.iis furent alliez àlamaifon de France, 
& compris au traité d'alliance renouuellee entre le Roy Henry & les 

Allnncc des Su- SuifTes^en qualité d'alliez par alliance egale,en pareil degré,& penfion 
que les Suiues.,afçauoir trois mil hures pour chacune ligue, pour ofier 
les partialitez qui eftoient entre les vns &Iesautres. car combien que 
les Suiffes fuiTent alliez des ligues grifespar alliance égale, par le traité 
fait entre les Grifons & les fept petits Cantons l'an m ccccxcvm.fi 
eft-ce toutefois qu'ils côtraign oient les feigneurs des ligues grifes d'o- 
béir aux abfcheids arreitez en leurs diettes , comme ils ont fait encores 
depuisrquifut caufe àpeu près de rompre l'alliance entre les Grifons 
& SuifTes l'an m.d.lxv. non pour autre caufe, comme difoient les Gri- 
fons,quepour faire cognoiftre aux SuifTes, qu'ils eftoient égaux en al- 
liance .-mais la vérité eiï, que l'Empereur prattiquoit cela foubsmain, 
& donna onze mil efeus aux plus factieux des Grifons pour en venir à 
chef,commeilsconfeflerent depuis eflans appliquez à la torture, & fu- 
rent condamnez en dix mil efeus d'amende, comme i'ay apris des mé- 
moires , & lettres de l'AmbafTadeur de France , qui lors eltoit vers les 
Grifons. Nous auonsaufli l'exemple de ceux de Genefue, qui furent 
comprises traitez d'alliance faits entre la maifon de France & les Ber- 
nois, en la protection defquels ils eftoient lors ,& ont cité depuis l'an 
M.D.xxvn.iufques à l'an m.d. lviii. qu'ils f'exemptercntdela pro- 
tection, 



LIVRE PREMIER. 79 

tc£tion, & traitèrent alliance égale, &toufîours ont efté compris es al- 
liances en qualité de coalliez. Ortoutainfiqueles alliances ofrenfîues, 
& defenfîues,enucrs tous , & contre tous (ans exception, font les plus 
eftroi&es qui foient.-auffi la plus fimple alliance,eft de fimple commer- 
ce &tranique,qui peut eftre entre les ennemis: car combien que la traf- 
fique foit du droit des gens,fi eft-ce qu'elle peut eftre défendue par cha- 
cun prince en fonpaySj& pour celte caufe les princes vfent pour ce re- 
gard de traitez particuliers.^ odhroient quelques priuileges & libertez: 
comme le traité de trafique, qui eft entre la maifon de France 3 & les vil- 
les maritimes des Ofterlings: & des Milannois auec les Suifles,aufquels n , , 

., r i-i t- • ■ / i Traicte decom- 

jlsiont tenus par les traitez de commerce, hurer certaine quannte de mcrce emre j cs 
grain,à certain pris porté par les traitez., que les Ambaifadeurs François R "ys de France, 
plufieurs fois ont voulu faire caffer, pour la difficulté quefaifoientles 
Suifles d'entrer fus le Milannois, voyans que le Sénat de Milan faifoic 
defenfesdetranfporterlesviuresdupays:&mefmementl'anM.D.L.lors 
que les officiers dé Milan defendirét le traité, les Suides furet à vn poincl: 
près de traiter alliance defenfiue pour le Milannois, ou pour le moins 
alliance deneutralité :fans laquelle alliacé deneutralité^lefuget pris par 
\cs eltrangers.qui ne feroient alliez en forte quelcôque , ny déclarez en- 
nemis,doit rançon 8 : & fil eft pris par les alliez amis, ou alliez en neutra- 8.i P oftUminium. 
lité,iln'eft point prifonnier, comme dit la loy 9 . Quand ie dy ennemi, ,.i. po ft Hminium.dc 
l'entends qui a denôcé.ou bien auquel on a denôcé la guerre ouuerte- «p/j^-ff 

ii i i r • r • i r n • i I " 1, hoftes ^ e ca P tl * 

ment ,deparole,ou deraict. quant aux autres ils (ont eitimez voleurs uis.&de verb.fig. 
ou pirates , aueclefquels le droit des gens ne doit auoir aucun lieu An - 
ciennement il y auoit auffi traidté d'alliance pour auoir iuftice, mefme- 
ment en Grèce : toutesfois peu à peu la porte de Iuftice a efté ouuerte à 
touseftrangers. Mais en quelque forte d'alliance que ce foit, toujours 
la fouueraineté de part & d'autre eft referuee : autrement celuy qui re- 
çoit la loy , eft fuget à celuy qui la donne } & le plus foible o beït au plus 
fort : ce qui ne fe faicl: pas es traidtez d'alliance egalle : car le plus foible, 
eft égal au plus grand, &ne lecognoift aucunement : comme on peut 
voir au traité d'alliance égale , fait entre ie Roy de Perfe , & la feigneurie 
de Thebes: *car combien quele Roy de Perfe, eftendift fa puiflance de- *• piutax.inPe!o P i- 
puisl'IndieOrientale,iufques au farde Conftantinople. &que les The- 
bains n eufTent que le pourpris de leur ville, & la Beoce: fi eft-ce neant- 
moins que l'alliance fut egalle. Quand iedy que leprotedteuraprero- 
gatiue d'honneur , cela ne s'entend pas feulement pour eftre le premier 
allié, commefutLouysxj. Roy de France auec les Suifles, qui luy firent 
cefthonneur,par deflusleDucdeSauoye.quieftoitauparauant le pre- 
miencar toufiours le prince fouuerain, pour petit qu'il foit en alliance 
cgalle,cftmaiftreenfamaifon , & tient le premier rang pardeflus tous 
les Princes venâs en fon pays:mais fi le protecteur vient,iî eft le premier 
en feance,& en tous honneurs . Ici dira quelqu'vn: Pourquoy les alliez 

g iiij 



80 DE LA REPVBLICLVE 

en ligue offenfiue , & defenfiue , enaers & contre tous fans exception, 
vlans de mefmes couftumes,de mermes loix,de mefmes eftats, de mefc 
mes dicttes^feronc reputcz eftrangers les vns des autres. Nous en auons 
l'exemple des Suiifes, qui font alliez entr'eux, de telle alliance quei'ay 
dit,depuis Tan m. c c c x v. le dy neantmoins que telles alliances n'em- 
pefchent pas que les vns ne (oient eit rangers Mes autres : & ne fait pas 
Alliance de" Ro- q ul ls foient citoy ens les vns des autres • Nous en auons aulïi l'exemple 
uuhk& Latins, des Latins, & des Romains, qui eltoient alliez en ligue orTcnfiue& de- 
fenfiue j vfoient de mefmes coultumes., mefmes armes, mefmc langue, 
auoient mefmes amis, & ennemis. Et de fait les Latins fouftenoiéc que 
c'eftoit, & deuoit eitre vne mefme Republique, & demandoient auoir 
part aux eftats & offices de Rome cômeles Ro mains. SiJocieta5{àiCoicnt 
4 ils ) œquatio iurk f /?, fifocialts exercitus illis efl. quo duplicet vires (ïtas. cur non 

4-LiuiusUU, '.? * >J ■> . ] r • • r- ,\J ? ]• •• •/■ 

emma aquantur : cur non alterab Latinis Lonjul aatur f vbi pars virwm 3 tbt 

& imper ij pars efl. & peu ^xes^Vnupopulu.vnam Rcmpuhlicamfieri œquum 
efl. Tum Conful Romanus, studijuppiter, hœcfcelera , peregrinos QonjkleSy & 
peregrinum fenatum in tuo templo^c. il appelle eftrâgers.ceux qui eftoiér 
alliez de la plus forte alliance qu'il eftpolfible de penfer. Plusieurs font 
en mefme erreur , que les Suifles n'ont qu'vne Republique, & néan- 
moins il efl bien certain qu'ils ont treize Republiques , qui ne tiennent 
rienl'vne del'autre,ains chacune afàfoimerainctédiuifee des autres. Au 
parauant ce n'eftoit qu'vn membre & vicariat de l'Empire, les premiers 
qu i fe rebellèrent , furent les habitans de Suid, Vn, Vnderual , & traitè- 
rent alliacé offenfiue, & defenfiue au mois de Decêbre l'an m. c ç c x v. 
où ilfutdit parle premier article, que nul n'endureroit aucun Prince 
pourfeigneur. & l'an m. d. xxxi i. iliefift alliance des quatre Cantons, 
qu'on appelloitles quatre villes des bois Vn,Schuits r Vnderual, Lucer- 
ne: & l'an m. ce en. Suric entra en alliance auee les quatre. & m. c ce 
1 1 1. Zoug fut auflî receue auec les cinq . & l'année fuyuante Berne . ôc 
l'an m. c ccxciii. fe fiit le traité de Saupac, après que la Noblelle fut 
defake,& alors Suric,Lucerne,Berne,Soleure, Zoug, Vr^SchuuitSjVn- 
derual.,& Glaris firent alliance ofïénfiue, & defenfiue :& renouuellec 
l'an m. cccclxxxi. Bafle y fut receu l'an m. d. i. & Schafufen auffi , & 
Apenzel l'an m. d. x i i i. Milhufe l'an m. d. x v. Rotuil l'an m. d. 
xix. les Valefiens l'an m. d. xxviii. outre l'ancien traité particu- 
lier fait entr'eux & les Bernois l'an m.cccci. xxv. en ligue defen- 
fiue . Bienne entra aufïi en ligue offenfiue 3 &c defenfiue auec les Ber- 
nois.l'an m.cccli i. lors qu'ils f'exempterent delà puifTance de l'Euef- 
quedeBaile leur Prince fouuerain. tous lefquels traitez l'A béd'Qrbez, 
quiaefté Ambafladeuren Suiffe,mafait voir: par lefquels non feule- 
ment on peut remarquer la pluralité de Républiques, ains la diuerfité 
des alliances, car ceux de Berne peuuentfommer les trois petits Cantos 
pour le iecoursjen vertu du premier traité . & Suric & Berne fe peuuenc 

fommer 



LI V.RE P'REM 1ER. 81 

fommer réciproquement .-ceux de Lucernepeuuenc fommer des huit 
Cantons les cinq. Et les trois petits peuuent fommer tous les autres :& 
pour diuerfes caufes. L'alliance eit égale, & les eitats de tous les Can- 
tons retiennent ordinairement tous les ans: & ce qui eit arrefté à la plu- 
ralité des treize, concernant la communauté.oblige vn chacun en par- 
ticulier^ lamoindre partie de tous en nom collectif. Les derniers qui 
ont entré en ligue foubs la protection des Bernois,ont efté ceux deGe- 
neue .Tous les alliez, cofederez, &c coalliez,font vingt & deux Repu- 
bliques, auecl'Abé de S. Gai Prince fouuerain , feparees de fouuerai- 
nct é,& chacune a fes Magiltrats à part,eftat à part,bourfe à part,domai- 
neàpartjterritoireàpart. Brief,lesarmes J lecri J lenom,lamonnoye,le 
iccl je rclîbrc, la iurifdiction, les ordonnances de chacun eftat.font di- 
uifez. Et û l'vn des Cantons acquiert quelque chofe, les autres n'y ont 
rienreomme les Bernois ont bien fait cognoiftre,car depuis qu'ils font 
entrez en ligue,ilsn'ont gueres moins conquefté de quarante villes, où 
les autres n'ont que voir,comme il fut iugé par le Roy François i.elleu 
par eux arbitre pour ce regard . Et mefme ceux de Bafel l'an m . d. 
lx. preiterentau Roy de France cinquante mil efcus,à la caution du 
Canton de Soîeure.Et d'autant qu'ils ont acquis en commun le baillia- 
ge de Lugan,& quelques autres terres délaies monts , chacun Canton 
y cnuoye magillrats, & go uucrneurSjlesvns après les autres. Aufïi ont 
ils Bade commun aux huit Cantons de l'ancienne ligue: ouils tenoient 
ordinairement leurs diettes : & en tous ils ont neuf preuoftez commu- 
nes entr'eux.&neannnoins chacun en tire fon profit à part . On fçait 
allez qu'ils font au ifi diuifez de religion , &fouuent euffent pris les ar- 
mes les vns contre les autres, fi le Roy de France n'y euft fagemét pour- 
ucu, tant pour la bonne amitié & fyncere affection qu'il leur porte,que 
pour l'intereit notable qu'il a de les maintenir en paix, ce qui n'a pas 
cité fans difficulté bien grande : mefmemétleRoy futtrefbien aduerti 
par lettres de fon Ambaffadeurj qui lors eitoit à Soleurel'an m. d. lxv. 
que rEuefquc de Terracine Nonce duPape, dardoit autat de flamme- 
chcs,pourambrafer le feu entr'eux ,que le Roy gettoit d'eau froide 
poui Teitaindre. Mais on dira que tous enfemblene font qu'vn eftar, 
attendu que ce qui eit. airelle en leurs diettes en commun, oblige vn 
chacun des Cantôs,& la moindre partie de tous . comme les fept Can- 
tons catholiques feirent bien entendre aux quatre Proteitans,à la diète Que les <_ 
tenue en Septembre m. d. l i 1 1 i. d'autant que le pays commun fîtué des Suiiïès onc 
delà les monts, eft en partie de la religion, &fegouuerne par les ma- J" Re P u " 
giflrats, que chacun Canton yenuoye en fon tour, lladuint que les 
iept Cantons catholiques, feirent obliger ceux du pays commun, de 
ne changer la religion catholiquc,& fuiuant cefte obligation vouluret 
depuis procéder contre ceux de la religion: les Cantons proteitans f'y 
oppofercnr>& ja f'apprelfoient d'entrer en guerre^l'Ambafladeur de 



cantons 



Si DELAREPVBLIQJVE 

France ne fuftinteruenn,qui pacifia le tout fort dextremcntrà la charge 
toutefois que les fugets communs de la religion, feroient punis, fî la 
plufpart des Cantons eftoitde ceft aduis. & neantmoins que les Can- 
tons catholiques, rendroient les lettres obligatoires des fugets corn- 
muns.par ce moyen leurs differens furent appaifèz:à quoy feruirét bien 
les Cantons de Glaris,& d'Apenzel, quireceuoient indifféremment IV- 
ne & l'autre religion ,,& faifoient comme vn contrepoix entre les vns,&: 
les autres. Mais il apert que la plufpart des Cantons,, oblige la moindre 
partie en nom collectif ,& chacun en particulier. Et qui plus eft y pas vn 
des Cantons ne peut auoir alliance auec Prince quelconque, fî le con- 
fentement de tous n'y eft.cV de fait les Cantons proteftans., ayans traité 
alliance auec le Landgraf de HefTcn & la Seigneurie de Strafbourg, 
l'an m. d. x x x 1 1. furent conttaints f en d epartir.comme en cas pareil les 
Cantons catholiques quittèrent auflî l'alliance nouuelle traitée auec la 
maifon d'Auftriche . neantmoins cinq Cantons catholiques, Lucerne, 
VrijSchuuics^Vnderuualdenj&Zug^nttrartéalliance auec le Pape Pie 
1 1 1 1. pour la defenfe de leur religion: mais elle n'a point efté renouuel- 
lee auec les fuccefleurs . & ce qui plus empefcha le traité d'alliance fait 
entre le Roy François î. &lesSuifles J futl'oppofitiondes Cantons pro- 
teft ans, qui fe firen t long temps prier, & neantmoins ils ne traitèrent al- 
liance que pourla paix: & combien queSchafuzen,&BafeljOnt depuis 
entré auec les autres catholiques en ligue defenfiue pour le Roy de Fra- 
ce,fî eft-eeque ceux de Berne & de Surich firent defenfe à leurs fugets 
l'an m. d. 1 1 ni. furpeine de la vie d'aller au fecours du Roy de France: 
& 1 année mefme les Seigneurs du Canton d'Vnderuualden , folhcitez 
<j'âni5H-enSepté- p ar [ c Cardinal de Trente, deluy permettreleuee d'hommes en leur 
pays, feirent defenfe 6 à tous leurs fugets, dallerau feruice d'autre Prin- 
ce,que du Roy de France,fus peine de côfîfcation de corps,& de biens. 
Qui font tous argumens indu bitables,pourmonftrer qu'il y a autant de 
Republiques,qu'il y a de Cantons . En cas pareil les trois ligues des Gri- 
fons,qui ont cinquante communes, font trois Republiques ..fepaiees 
de puiffance & de fouueraineté.Et lors que les députez des trois ligues 
faiiemblétjla plus grande enuoyexxvi ii.deputez,lafecôdexxn 1 1. 
la troifiefme x 1 1 1 1. & à la pluralité des voix ce qui touche l'alliance cô- 
mune eft refolu. quelquefois aufïi toutes les communes faHemblent 
pour les chofes de plus grande importance. En quoy fabufent ceux là^ 
qui des trois Republiques n'en ont voulu faire qu'vne. Caries eftats 
communs, le domaine commun, les diètes communes, les amis, & en- 
nemis communs, ne font pas vn eftat commun, ores qu'il y cuit vne 
bourfe de certains deniers communs, ains la puiffance fouueraine, de 
donner loy chacun à.Ces fugets. comme en cas pareil , fi plufieurs chefs 
de famille eftoientaffociez de tout leur bien, ils ne feroient pas pour- 
tant vne mefme famille. Nousferons mefme iu^emét des alliances con- 

tractées 



LIVRE PREMIER. 85 

tra&ees entre les Romains & les villes d'Italie, confederezen ligue of- £J^ p fe£ 
fendue & defenfiue,contre tous fans exception : & toutefois feftoient niques. 
Republiques feparees de reiToix.&.fouueraineté .Nousdiroslefembla- . 
ble de la ligue des fept villes Amphi&y oniques,qui auoiét leur reiTorr, 
fouueraincté feparees: & depuis piufieurs autres villes, & feigne uri es 
entrèrent 7 en mefmeli£ue,pour la decifion de leurs différends: &cha- 7. Paufan.inEiiacis. 

-i r a 1 rr 1 1 ' Strabo.hb.4. 

cune fei^neune enuoyoït tous ies ans les Ambaiiadeurs,& députez aux 
eitats communs, où les plus grands affaires,procés,& dirTerends d'entre 
lesPrinces.&feigneurieseftoient vuidees 8 parles deputez,quils appel- 8 .Paufan. in Ache- 
taient Mjrios . Les Lacedemoniensfurentpar eux condamnez enuers " s &Du>d<«:.hb.i« 
la Seigneurie de Thebes à la lomme de x x x. mil efcus : & pour nauoir 
obey ài'arreft furent condamnez au double .-parce qu'ils auoient fur- 
pris le chafteau de la Cadmee., contre le traité de la paix, ôc depuis les 
Phocenfes furent auiTi condamnez à reftituer l'argent par eux mal pris 
au temple de Delphe:&àfautedecefaire,toutleurpays fut adiugé au 
thrcfor duteple. &filyauoitperfonnequi defobeift aux arrefts Am- 
phicTyoniques ,ilencouroit l'indignation de toute la Grèce. Icyon 
peut dire, que toute la Grèce n'eftoit qu'vne Republique, veu la puif- 
fance des ellats Amphy&ioniques.&neantmoinsceftoienttoutes Re- 
publiques feparees, ne tenans rien les vnes des autres, ny des eftats Am- 
phidlyoniqueSjiinon qu'ils euflent compromis,comme IcsPrinces ont 
accouftumé de compromettre, & choifir pour arbitres leurs alliez :ce 
que n'auoient pas fait les Lacedemoniens, ny les Phocenfes .aufîi les 
Phocenfes pour faire entendre aux Amphiclyones ., qu'ils n'auoient 
point de puiffance fur eux, ils arrachèrent, & caiïèrent Farreft des Am- 
phicTyories,afriché aux colonnes du temple de Delphes. Vray eft que 
Philippe Roy de Macédoine, qui n'eftoit point de la ligue , print cefte 
occafion de ruiner les Phocenfes. &enrecompenfe il obtint le lieu& 
priuileges des Phocenfes, & les Lacedemoniens furent déboutez de la 
ligue Amphi£tyonique J pour leur auoir preftéfecours. Noustrouuos Alliances des an- 

,. i r J r 1 \ 1 i A 1 l ^ 1 . . ciennes Republi 

vne ligue quaii lemblable entre les anciens Gaulois, corne on peut voir ques <\ c h Gau- 
aux Mémoires de Cefar,oiï il dit,que Vercingetorix eileu Capitaine en Ie * 
chef,riftaflemblerles eftats de toute la Gaule. Et combien que les fei- 
gneunesd'Autun^deChartreSjdeGergoyeenAuuergnejdeBeauuais, 
netinifentrienlesvnsdes autres, & que la feigneurie deBourgesfuft 
en la protection d' Autun : & ceux de Viaron en la protection de Bour- 
ges, & cofequément les autres villes en mefme forte , fi eft-ce que tous 
les Princes, & Seigneuries paifoient leurs dirTerends par l'aduis, &iuge- 
ment des Druides. autrement ils eftoientpar eux excommuniez, & 
fuizd'vn chacun comme cens deteftables . Etneantmoinsil eft tout 
notoire, que les Republiques que i'ay dites,auoient leurs fouueraine- 
tez diuilees les vnes des autres . Mais aufti aduient-il, que ce n'eft qu'vn 
eftat,vne Republique, vne feigneurie^ quand lespartifans d'vne ligue 



©. C*far lib.tf. 



/ 



84 DE LA REPVBLIQ^VE 

LjgucdcsAchc- {accordent en mefmefouueraineté : chofequin'eftpasaifee àiuger, fi 
on n'y regarde de près. Comme la ligue des Acheans,n'eftoitau com- 
mencement que de trois villes,feparees d'eftat, reflort,& fouucraineté, 
alliées par alliance egale J offenfiue& défendue .mais peu à peu elles fu- 
rent fi eftroiciemet vnies enfemble , pour les guerres corinuelles qu'el- 
les auoient, que ce fut en fin vne Republique compofee deplufieurs. 
& par fuite de temps ils attirèrent toutes les villes de l'Achaie , & de la 
Moreeàleur eitat, demeurant toufîours le premier nom des Acheans: 
comme il eft aduenu aux Seigneurs des ligues qui Rappellent Suifles, 
par ce que le Canton de Schuuits,qui eft le plus petit,fut le premier qui 
le reuolta,& tuale gouuerneur.Et tout ainfi qu'on appelloit les Acheâs 
correcteurs des tyrans:aufïi les Suilfes emportèrent ce tiltre d v honneur. 
Et mefmes les villes du Royaume deNaples^apresle maflacre des Py- 
thagoriens,eftans troublées., cVnefçachans à qui auoir recours, feget- 
$.?oiyb.iib i. terenten la protection 9 des Acheans. Le moyen de faire de ces Repu- 
p^SnaThai.stra bliques là vne feule, fut Aratus quiletrouua'.carilfift arrefterpar les 
L°ul^hb P 3t ybllb3 eftats, que tous les ans on efliroitvn Capitaine en chef pour comman- 
der en guerre , & prefider aux eftats: & au lieu que chacune ville en- 
uoyoitfesAmbaiTadeurs,&deputez,pour donner voix deliberatiue,il 
iift qu'on eliroit dix Damiourges.,qui auraient feuls voix deliberatiuc, 
& pouuoir de refouldre,arrefter,& décider les affaires d'eftat: & les au- 
tres députez n'auroiét que voix côfultatiue.Ces deux poincls gaignez, 
ilfetrouuapeu à peu vne Republique Ariftocratique, au lieu de plu^ 
fleurs monarchies particulières, Ariftocraties,& feigneuries populaires, 
carplufieurstyrâs y furet attirez., qui paramour,quiparforce:& toutes 
les coqueftes faites par les Capitaines en chef des Acheâs, demeuroienc 
vnies à l'eftat des Acheans:de forte que toutes les villes de l'Achaie & de 
la Moree J eftantaiïugeties,vnies,& incorporées à l'eftat âcs Acheans, 
vfoient de mefmes loix,,mefme droicl:, mefmes couftumes., mefme reli- 
gionjmefmeiufticejmefmemonnoyejmefme poids, ainfi que ditPo- 
lybe 5 . Et lesRoys de Macédoine entrera auul en ligue,& les deux Phi- 
lippes,Antigonus,&Demetrius furet Capitaines en chef des Acheans, 
retenans toutefois leur Royaume feparé de la feigneurie des Acheans» 
Mais les Romains cognoiffans bien qu'ils ne pourraient pas afîuge- 
tirla Grèce, demeurant la ligue des Acheans en fon entier, donnèrent 
mandement à GallusProconful, de faire en forte, que la ligue fuftdef- 
iointe: ce qui fut afTez bien exécuté , foubs couleur qu'il y eut quelques 
villes, qui firent plainte aux eftats, que foubs ombre de ligue, & al- 
liance egalle , on leur auoit ofté le maniement de leur eftat & fou- 
ueraincré : & Pafleurans de l'appuy des Romains , fe reuolterenc 
contre la communauté des Acheans . pour à quoy obuier > & era- 
pefcherles autres villes de faire le fcmblable , Aratus obtint commif- 
fion des eftats pour informer contre les rebelles . alors les villes qui 

feftoienc 



LIVRE PREMIER. 8$ 

f'cftoycnt reuoltees (émirent en la protection des Romains, à la char- 
ge que leur eftat, & fouueraineté leur demeurcroit . &c craignant que 
les LacedemonieiiSjfalliaflentauec les Acheans, qu'ils auoient afluge- 
tis, par le traicté fait entre les Ro mains, & la ligue des Acheans, il fut ar- 
refté, que les Lacedemoniens demeureroient fugcts des Acheans, horf- 
mis fil eftoit queftion delà vie , que les Acheans n'en pourroient 4 co- 4 " au tt * 7 * 
gnoiftre:qui eftoit en effect les exempter de la puiflàncc des Acheans, 
ik neantmoins les entretenir en perpétuel difeord, pour les arToiblirda- 
uantage. Ilsvferent demefme rule enuers les^Etoliens, ' qui eftoit vn ^• Liuiushb -i 1 - 
autre eftat, & ligue fèparee des Acheans compofeede trois villes , qui 
auoiét aufti leur eftar,reffo rt, & fouueraineté diuifez : mais en fin ilsfui- 
uirét la forme des Acheans, & de trois Republiques alliées par alliance 
égale orîenfiue& den°enfiue,ils eftablirentvne Republique Ariftocra- 
tique, maniée par les eftats des trois ligues., & parvn Sénat commun, 
auquel prefîdoitle Capitaine en chef efleu par chacun an. Nous poll- 
uons dire le fèmblable de x x 1 1 i.villes de Lycie,qui eftablirent vne Re" 
publique Ariftocratique,femblabIe à celle des Acheans rhorfmis que 
les députez des plus grandes villes auoient trois voixdeliberatiucs, les 
médiocres en auoient deux , les autres en auoient vne, comme dit Stra- 
bon. & au furplusilselifoientaux eftats le Capitaine gênerai, qu'ils ap- 
pelloient Lyciarque, & les autres magiftrats eV iuges de toutes les villes. 
Les autres alliances & ligues des treize villes Ioniques : de des douze vil- 
les de la Tofcane : & des xlvii. villes Latines , furent bien contractées LifTUe j t 
par alliance égale, orTenfîue, deffenfiue : & tenoientleurs eftats par cha- villes ioniques. 
cun an : elifoient aufli quelquesfois ,, mais non pas toufiours, vn Capi- 
taine en chef , quand la guerre eftoit ouuertc contre les ennemis : Ôc 
neantmoins la fouueraineté de chacune ville, demeuroit enfon eftat, 
comme les Suiflès.car combien que la ville de Rome euft entré en li- 
gue auec les Latins, & mefmes que Seruius Tullius,&Tarquin l'or- 
gueilleux euffentefté efleuscapitam.es en chef de la ligue des Latins, fi JJaËJJ*" HaIlcar " 
eft-ce neantmoins que chacune ville tenoitfonreflbrt, & fouueraine- 
té, & les Roysde Rome neperdoient riendeleurmaiefté:Et toutef 
fois il fembleroit déprime face, que telles ligues funettt femblables à 
celle des Acheans. Mais il n'y en a pas vne pareille excepté celle des Li«rucdcsjEtoli- 
^toliens , & à prefent leftat & Empire des Alemans , que nous mon- ens. 
ftrerons en fon lieu n'eftre point monarchie vains vne pure Aristocra- 
tie, compofee des Princes de l'Empire , des fèpt Electeurs , & des villes 
Impériales. Et tout ainfi que la feigneurie des Acheans efleut pour 
Capitaine les Roys de Macédoine, Antigon , & Philippe fécond: & la 
ligue des ^toliens efleut A taie Roy d' A fie comme dit Tite Liue:°& <= iib.17. 
pareillement la ligue des Latins les Roys de Rome, & autres Princes 
voifins : aufti les Electeurs fouuent ont efleu des Princes eftrangers: 
comme Henry de Lutzembourg , Alphons x. Roy de Caftille , Char- 

h 



les treize 



%t DE LA REPVBLIQJE 

les v. Flamen,quoy qu'ils fuiTent fouuerainscn leurs Royaumes, néant- 
moins fugets à l'Empire , comme capitaines en chef: car tour ainfi que 
le Capitaine en chef > n'eftant point fouuerain de ceux qui l'ont efleu, 
ne fait pas que la ligue foit vnie en Republique : aufli il ne change en 
rien l'eltat , & vnion de la Republique, à laquelle il eft appelle . comme 
nous trouuons que Philippe de Valois, Roy de France, fut efleu Capi- 

7 . i*an 153J. ta - ne cn c [ ie f j e l'£glif e Romaine ,& qualifié tel au traicté d'alliance 

7 fait entre Henry Conte Palatin , qui depuis fut Empereur , & Philip- 

8.ranij<5o. n e de Valois . & fans aller plus loing , Adolphe oncle de Friderich Roy 

de Dannemarch,fut efleu Capitaine 8 delà ligue des villes maritimes. 
ce qui eft ordinaire aux Vénitiens, de choifir vn Capitaine en chef eftra- 
ger. le fçay bien que les Empereurs d'Alcmagne prétendent bien vne 
qualité plus haute que de capitaines en chef: nous le toucherôs en ion 
lieu. Aufli prétendent ils auoir puiflance de commander , non feule- 
ment aux Princes de l'Empire :ains aufli à ceux qui n'en tiennent rien. 
Et n'y a pas long temps que l'Empereur Ferdinand enuoya Ambafla- 
deurs aux Suifles , afin qu'ils n'eu dent à receuoir Grombac, ny fes adhe- 
rans , bannis de l'Empire : & les lettres de l'Empereur portoient quel- 

f. L'aile. que commandement : que les Suifles trouuerent bien citrange . Et mef- 

mes l'Ambafladeur Morlet aduertit 9 le Roy , que le gouuerneur de Mi- 
lan auoit fait defenfe au Cardinal de Syon, comme ayant charge de 
l'Empereur, de n'entrer en alliance auec le Roy de France , parce qu'il 
eftoit Prince de l'Empire, mais le Cardinal de Syon n'en fift pas grand 
conte,&fans auoir efgard aux defenfes,contracl:a alliance auec le Roy. 
aufli tiroit-il douze cens liures de penfîon de France. Il eft bien vray 
qu'en tous les traittez d'alliance faits entre les feigneurs des ligues, & les 
autres Princes, l'Empire eft toufîours excepté , fil n'en eft fait mention 
exprefle. Et pour celte caufe laGuiche Ambafladeurpourle Roy vers 
les Suifles, eut charge exprefle, comme i'ay veu par rinftruclion qui luy 
fut baillée., de faire mention de l'Empereur au traitté d'alliance de l'an 
m. d. x x 1. car les Alemans fe fondent fur vne maxime , en vertu de la- 
quelle l'Empereur Sigifmond fift prendre les armes aux Suifles con- 
tre Frederick d'Auftriche, aupreiudice de l'alliance faicte auecquesla 
maifon d'Auftriche, prefupofant que l'Empire eftoit fuperieur des 
Suifles :& qu'en tous traittez d'alliance., le droit du fuperieur eft touf- 
iours excepté , encores qu'il n'en foit fait mention exprefle : ce qui eft 
bien certain , quant à la maxime : mais les feigneurs des ligues ne con- 
fefleront pas que l'Empire ay t aucune fuperiorité far eux 3 & beaucoup 
moins l'Empereur, fuget aux eftats del'Empire. Il eft bien vray que par 
le traitté fait entre les huit Cantons anciens.il y a claufe exprefle par la- 
quelle les Cantos de Suric, Berne, Schuuits, Vnderualden, comme ayâs 
efté des appartenances de l'Empire, déclarèrent qu'ils entendoienc 
pour leur regard comprendre au traitté le faincl: Empire , aux droirs 

duquel 



LIVRE PREMIER. 8 7 

duquel ils rientendoient preiudicier par le traitté. & depuis peu d'an- 
nées les Cantons de Suric,Luccrne, Vri, Glans enuoyerent Ambafla- 
deurs au nom de tous les Cantons de Suiflfe pour obtenir confirmation 
deleursanciéspriuilegesdeFerdinâd, tenant les eftats en la ville dAuf- 
purg. & par les traitez d'alliance , faits entre le fainct Empire , & les fei- 
gneurs des ligues, il eftexpreffément articulé, qu'ils ne prefterot aucun 
fecours à Prince effranger pour faire guerre fus les terres de l'Empire: 
comme i'ayap ris par la copie des lettres de l'Empereur Charlev. eferi- 
uantaux feigneurs des ligues: 1 par lefquelles il fe plaint que leurs fugets «.L'aaij». 
eftoyent entrez fus les terres de l'empire, conioints auec les forces du 
Roy de France , contre la teneur expreffedes alliances qu'ils ont auec 
l'Empire. & par autres lettres il demande aux feigneurs des ligues,qu'ils 
facent punition de leurs fugets, quiauoientinuadé les terres delamai- 
fon d'Auftriche . contre 1 alliance héréditaire faite pour le domaine de 
Ja maifon d'Auftriche, l'an m.cccclxxvii.& confirmée l'an m.d.i. 
où le fiege de Rome, le Pape 8c l'Empire font referuez, & en payant par 
an à chacun Canton deux cens florins de Rhin : laquelle alliance fut re- 
nouuellee par les x 1 1 1. Cantons, à la diette de Bade arreftee le x x. Iuil- 
let m. d. l 1 1 1 1. Ioint aufli que l'alliance contractée entre lefdits fei- 
gneurs des ligues 8c le Roy, ne porte que ligue défendue, pour la con- 
leruation des eftats des alliez , qui font les vrayes raifons , pour lefquel- 
les les Suifles font retenus de porteries armes fus les terres de l'Empire, 
& de la maifon d'Auftriche , 8c non pas pour le droit de fuperiorité, 
que l'Empire ait fur eux. Ce qui eft encore plus expreffément vérifié par 
le traitté d'alliacé renouuellé entre le Roy, & les feigneurs des ligues au 
moisdeîuin,l'anM.D. xlix. de laquelle font exclus tous ceux., qui ne 
font pointfugets des Suiffes,nydelâgue Germanique: ce quifutauflî ar- 
refté par Labcheid de Bade l'année mefme. C'eftpourquoy l'Empereur 
Charles v. feft efforcé par tous moyens de faire accorder aux Suiffes, 
que le Duché de Milan , les Royaumes de Naples , 8c de Sicile fuffent 
compris au traitté d'alliance héréditaire, fait pour la maifon d'Auftri- 
che : ce qu'ils refuferent l'an m.d.lv. Nous ferons mefme iugement Ligue des Gri- 
des Grizons, qui ne tiennét rien de l'Empire, & moins encores del'Em- zons - 
pereur, comme ils firent bien cognoiftrelan m.d.lxvi. quand l'Em- 
pereur ottroya le droit de regales, qu'il prétend fus l'Euefché de Coïre, 
à vn Prin ce de l'Empire, efleu par le chapitre, 8c pourueu du Pape . ceux 
de Coïre l'empefcherent,& procédèrent à l'élection d'vn autre. 8c fus le 
différend des trois ligues Grizes,& de ceux qui eftoient efleus, les x 1 1 1. 
Cantons deSuifle,iùiuant les traittez d'alliance, enuoyerent leurs dé- 
putez, lefquels fans auoirefgard,ny à la prouifion du Pape,ny à la con- 
firmation de l'Empereur, adiugerent l'Euefché à ccluy qui eftoit eiîeu 
par le chapitre, fuget des Grizons : 8c ordonnèrent que deflors en auât, 
celuy feroit Eue(que,quela ligue de laCadde nommeroit . Maison 

hij 



88 DELAREPVBLIQjyE 

peut doubtcr, fil eft permis aux fugetsde traitter alliance particulière 
cntre-eux, &auec autres Princes,fans le contentement dufouuerain .les 
Monarques ont bien accouftumé d'empefcher telles alliances, pour la 
confequence que cela peut tirer après foy : ôc mefmement le Roy catho- 
lique par edits exprès l'a trefbien défendu à tous Tes fugets. Et n'y eut 
accufation plus grade contre Loys de France Duc d'Orîeans,apres qu'il 
fut tué, qued'auoir traitté alliance auéc le Duc de Lancaftrcn. Toutef- 
fois les Princes de l'Empire ont accouftumé de contracter telles allian- 
ces, efquelles l'Empire eft toufiours compris : au preiudice duquel les 
traittez feroient refolus, Ôc de nul efTect . ce qui n'a pas lieu pour le re- 
gard de l'Empereur : comme on fift bien entendre à l'Empereur Char- 
les v. autraictédeChambort,faitl'an m. d. li i.entre le Roy de France, 
Ôc plufieurs Princes Alemans, qui contractèrent ligue offenfiue, ôc de- 
fenfiuenommeement contre l'Empereur, pour la liberté de l'Empire: 
Se le Roy de France Henry 1 1. fu t nommé Capitaine en chef de la ligue, 
de qualifié protecteur des Princes, & delà liberté de l'Empire. Et l'an 
m. d. L i x. il y eut femblable alliance offenfiue ôc defènfiue entre le Roy 
de Suede,le Marquis AfTemberg,leDuc de Brunfuich,le Duc de Cleues, 
le Prince d'Orenge, le Conte d'AiguemoiK, ôc plufieurs villes Imperia- 
les,d'vne part. & le Roy deDânemarc,le DucAugufte Electeur,le Land- 
graf de Heflen, le Duc de Holftain , le Duc de Bauiere , la ville de Nu- 
remberg, les EuefquesdeWircibourgj&Bambergjla ville de Lubec, 
ôc plufieurs autres, auec Sigifmond AugufteRoyde Pologne, d'autre 
part. Et mefmes l'Empereur Charles v. traitta alliance particulière auec 
leDucde Bauiere, & autres Princes catholiques, pour faire élire Ferdi- 
nand Roy des Romains . Et depuis la ligue Franconique fut iuree en- 
tre la maifon d'Auftriche, le Duc de Bauiere , les trois Euefques de Fra- 
conie, l'Archeuefque de Salifburg , les villes d'Aufburg, ôc Nurem- 
berg. &neantmoins Ferdinâd Roy des Romains, fîft encore ligue par- 
ticulière auec PEuefque de Saliiburg contre les Proteftans m.d.lv r. 
On a veu auffi laligue de Suaube auoir traitté alliacé offenfiue ôc defèn- 
fiue pour x l. ans, fans rien excepter que l'Empire, ôc femblable ligue 
entre les villes maritimes, qu'on appelle Wandales, à fçauoir Lubec, 
Habourg, Vimare,Roftoc, Brefme,Suid,villes Impériales, elifans pour 
Capitaine en chef Adolphe, oncle du Roy de Dannemarc, qui n'eft au- 
cunement fuget de l'Empire.Et qui plus eft la noblefle de Dannemarc a 
traitté ligue defènfiue auec Sigifmond Augufte Roy de Pologne , ôc la 
ville de Lubec contre le Roy de Dannemarc, qui feroit crime de leze 
maiefté au premier chef, fi le Roy de Dannemarc eftoit abfolué'ment 
fouuerain-.ee que nous toucherons en fon lieu. Mais il fautpremiereméc 
dire de la feureté des alliances. 

De 



LIVRE PREMIER. 
'DE LA SO VVE\AIN^TEl. 

C H A P. VIII. 



s 9 




A fouueraincté eft la puiflance abfoluë & perpétuelle 
JVne Republique,que les Latins appellent maieftatem, 

les GreCS etfcpa*' c^dUncLV y 8c YMÇ^OU/"^^JjU0 , & KVCJLOV ffOÀmù- 

yua:les Italiensyrgj/or/rf, duquel mot ils vfent aufïl en- 
uers les particuliers , 8c enuers ceux-là qui maniét tou- 
tes les affaires d'eftatd'vne Republique: les Hebrieux 
l'appellent eau; mm , c 'eft à dire, la plus grande puiflance de comman- 
der. Il eft icy befoin de former la définition de fouueraineté,par ce qu'il 
n'y a ny Iurifconfulte , ny philofophe politique, qui l'ait définie: ia- 
çoitqueceftlepoindtprincipalj&leplusneceflaired'eftreentenduau 
traitté de la Republique . Et d'autant que nous auons dit que Republi- 
que eft vn droidtgouuernementde plufieurs familles, & de ce qui leur 
eft commun, auec puiflance fouueraine , il eft befoin d'efclarcir que fî- 
gnifie puiflance fouueraine. I'ay dit que cefte puiflance eft perpétuel- 
le: par ce qu'il fè peut faire qu'on donne puiflance abfoluë à vn,ou plu- 
fieurs à certain temps, lequel expiré 3 ils ne font plus rien que fugets: 
& tant qu'ils font en puiflance , ils ne fe peuuent appeller Princes 
fouuerains , veu qu'ils ne font que depofitaires, & gardes de cefte puif- 
fance., iufques à ce qu'il plaifc au peuple ou au Prince la reuoquer : qui 
en demeure toufiours faifi . car tout ainfî que ceux qui accommodent 
autruy de leurs biens, en demeurent toufiours fèigneurs , 8c l poflef 
fèurs : ainfi eft-il de ceux-là qui donnent puiflance, & autorité de iuger, 
ou commander :foit à certain temps , de limité , foit tant., & fi long 
temps qu'il leur plaira , ils demeurent l neantmoins faifis de la puiflan- 
ce, & iurifdiclion , que les autres exercent par forme de preft > ou de 
précaire . C'eft pourquoy la loy dit , que le gouuerneur de pays, 
ou Lieutenant du Prince , après fon temps expiré, rend la puiflance 
comme 5 depofitaire, & garde de la puiflance d'autruy . Et en cela il 
n'y a point de différence du grand officier au petit . autrement fi la puif- 
fance abfoluë, ottroyee au Lieutenant du Prince, fappelloit fouuerai- 
neté, il en pourroit vfèr enuers fon Prince , qui ne feroit plus qu'vn chi- 
fre,& le fuget commanderoit au teigneurse feruiteur au maiftre: cho- 
fe qui feroit abfurde , attendu que la perfonne du fouuerain , eft touf- 
iours 4 exceptée en termes de droict , quelque puiflance, & autori- 
té qu'il donne à autruy : 8c n'en donne iamais tant, qu'il n'en re- 
tienne toufiours dauantage : * &n'eft iamais exclus de commander, 
ou de e cognoiftre par preuention , ou concurrence , ou euoeation , ou 
ainfî qu'il iuy plaira des caufes dont il a chargé fon fuget:foitcommif- 
faire,ou officier raufquels ilpeut 7 ofter la puiflance qui leur eft attri- 
buée, en vertu de lcurcommiflion,ou inftitution : ou la tenir en fou- 

h iij 



Le fondement 
principal de tou- 
te Republique. 



1.1. qui pignori.de 

vfucapion. 1. quod 

rneo.de acquir.poff. 

fF. 

i.l.more.de iurifdic. 

l.&quia.eod.fF. 



3.I. vna deoffpraef. 
auguftal.ff. 



4. 1.vlc.quifatisdare. 

Corfet.depo:. Reg. 

9.17. 

j. cap. dudum. de 

praeb.lib.6. 

6.1. Iudicium folui- 

tur. deiudic 1. fokt. 

de iurifdic.fF. 

7. Alcxand.ini. vlr. 

de iurifd. Panor. in 

cap . paftoralis. de 

offi.ordin. Innocent. 

& Fclin.in cap.cum 

ecdcfurum.cod. 



"\ 



9 o DE LA REPVBLIQJ/E 

france tanr,& fi longuement qtûl luy plaira. Ces maximes ainfi pofees, 
comme les rondemens delà fouueraineté, nous conclurons que le Di- 
ctateur Romain,°ny l'Harmofte de Lacedemone, ny l'Efymnete de Sa- 
Ionique jiiy celuy qu'on appclloit Archus à Malte,ny la Balie ancienne 
o^Dionyf. Hahcar. ^ e pl orcncCj quiauoicnt mefrae charge, ny les Regens des Royaumes, 
Le didatcur n'e- ny autre commiflaire,ou Magiftrat,qui euft puiffance abfoluë à certain 
rain ^ ° UUC " rcm P s > p ou r difpofer delaRepublique,n'ontpoint eu la fouueraineté: 
8. Fcftus pompdus ores q ue les premiers Dictateurs euiTent toute puifTance,&enlameil- 
îcgc. leure rorme que raire le pouuoit , que les anciens Latins diloient, 

Roma"' m qUXft optima l e g e, caralors il n' y auoit point d'appel,& tous les officiers 
eftoient fufpendus : 9 iufques à ce que les Tribuns furent inftituez, qui 
demeuroient en chargemonobftant la création du Dictateur, &auoiét 
leur oppofition fauue: &fil y auoit appel intergetté du Dictateur, les 
Tribuns faifoientaffembler le menu peuple, & donnoientaflignation 
aux parties, pour déduire leurs caufes d'appel, & au Dictateur pour 
fouftenir foniugement: comme il fe fift quand le Dictateur Papy rius 
i. Tnmpatcr Fabij, Curforvoulut fore mourirFabius £ Maximus i. Colonel des gens de 

Tnbunos , inquie, . I r» • l r I 1 I 1 

a PP cUo,& prouoe» cheual : & Fabius Maximus 1 1. Dictateur, voulut faire le lemblable cn- 
pius P qua U n^a V. uers Minutius Colonel de fa queualerie. En quoy il apert que le Dicta- 
Rc^TuRurHoftiu- reur n eftoie ny Prince , ny Magiftrat fouuerain , comme pluficurs ont 
usccffitJ-iuiusiib.7. e fcrit , & nauoit rien quvne fîmple commiflion, pour faire la guer- 
re, ou reprimer la fedition , ou reformer l'eftat, ou inltitucr nouueaux 
officiers. Or la fouueraineté n'eft limitée, ny en puiflance^iiyenchar- 
ge,ny à certain temps. Et mefmes les dix commiffaires, eftablis pour re- 
former les couftumes & ordonnances , iaçoit qu'ils euflent puiffanec 
abfoluë, &fans appel, & que tous les magiftratsfuflfent, pendant leur 
commiffion,fu{pendus, fi eft-cc qu'ils n'auoient pas pourtant la fouue- 
raineté : car eftât leur commiffion acheucc, leur puiflance expiroit,tout 
ainfi que celle du Dictateur : comme Cincinat ayat vaincu l'ennemi , fc 
defehargea de la Dictature qu'il n'auoit eu que quinze iours : Seruilius 
Prifcushuict iours: Marnerais vn iour. Auflile Dictateur eftoit nom- 
mé par l'vn des plus nobles Senateurs,fanscdit,nyloy,ny ordonnance, 
chofe neceffaire anciennement , auffi bien qu'à prefent, pour l'érection 
des offices,comme nous dirons en fon lieu. Si on dit que Sulla obtint la 
Dictature pour l x x x. ans par la loy Valeria , îe refpondray ce que fiil 
Ciceron,quc ce n'eftoit pas loy,ny Dictature,ains vne cruelle tyrannie, 
laquelle toutefois il quitta quatre ans après, alors que les guerres ciuiles 
furent appaifèes : encores auoit il referué aux Tribuns leur oppofition 
franche. Et combien que Cefar euft: empiété la Dictature perpétuelle, fi 
eft-ce qu'il n'ofta point aux Tribuns le droictd'oppofitiô.-maisdautat 
que la Dictature eftoit abolie par loy exprefle, & que neatnmoins fous 
ce voile il auoit enuahi l'eftat, il fut tué. Maispofonslecas, qu'on elile 
vn j ou plufieurs des citoyens , aufquels on donne puiflance abfoluë de 

manier 



1 



LIVRE PREMIER. 9 i 

manier l'cftat, & gouuerner entièrement fans déférer aux oppofîtions, 
ou appellations en forte quelconque, ôc que cela fe face tous les ans, di- 
rons nous pas que ceux-là auront la fouueraineté ? car celuy eft abfolu- 
ment fouuerain, qui ne recognoift rien plusgrâd que foy après Dieu. le 
di neâtmoins que ceux-là n'ont pas la fouueraineté:attédu qu'ils ne font 
rien, que 1 depoiitaires de la puiflance qu'on leur a baillée à certain teps. %&™^ ( ?J i '* z *' 
Aufiï le peuple nefedeflaifift point de lafouueraineté,quand il eftablift 
vn^u plufieurs lieutenans,auec puiflance abfoluë à certain temps limi- 
té : qui eft beaucoup plus,que fi la puiflance eftoit reuocable au plaifir 
du peuple,fansprefixiô de temps, car l'vn & l'autre n'a rien à foy, & de- 
meure cotable de (a charge , à celuy duquel il tient la puiflance de com- 
mander: ce qui n eft pas au Prince fouuerain 3 quin'eft tenu rendre con- 
te quaDieu. Mais que dirons nous fila puiflance abfoluë eft ottroyee 
pour neuf ou dix ans ? comme anciennement en Athènes, le peuple fai- 
ioit l'vn des citoyens fouuerain, qu'ils appelioientArchon.ie dy tou- Le grand Archo 
tesfois qu'il n eftoit pas Prince, &n'auoitpas la k>uueraineté:mais bien d'Athènes n'e- 
1 eftoit magiftrat fouuerain, & contabledefesadtiôsenuers le peuple, ra °* pa ' 
après le temps coulé. Encores peut on dire, que la puiifance abfoluë fe- 
ra décernée à l'vn des citoyens,commei'aydit,& fans eftre tenu de ren- 
dre conte au peuple,comme les Cnidiens 3 tous les ans elifoient foixan- îhe«£grsc! n ap ° p 
te bourgeois,qu'onappelloit Amymones,c'eft à dire fans reproche, a- 
uec puiflance fouueraine,fans qu'on les peuft appeller, ny pendant leur 
charge,ny après icelle paflee, pour chofè qu'ils euffent faite. ledy tou- 
tesfois qu'ils n'auoient point la fouueraineté,veu qu'ils eftoient tenus 
comme gardes,la rendre l'an expiré, demeurantla fouueraineté parde- 
uers le peuple, & l'exercice aux Amymones, qu'on pouuoit appeller 
magiftrats fouuerains , & non pas fouuerains fimplement : car l'vn eft 
Princejrautrceftfugef.rvneftfeigneurjl'autreeftlèruiteurd'vneftpro- 
prietaire,& faiiîdela fouueraineté, l'autre n'eftny propriétaire, nypof- 
ïbfleur d'icelle, & ne tiêt rien qu'en depoft .Nous feros melme iugeméc 
des reges eftablis pour l'abfence,ouieuneffe des Princes fouuerains, en- 
cores que les edicls , mandemens,& lettres patentes foient fignez, 
feellez du feing,& feel des regens & en leur nom : comme il fe faifoit en 
ce Royaume auparauant l'ordonnance de Charles v. Roy deFrâce:ou 
que cela foit fait au nom du Roy,& les mâdemens feellez de fon feel. car 
en quelque forte que ce foit,il eft bien certain en termes de droict , que 
le maiftre eft réputé 4 faire, ce qu'il a chargé fon procureur de faire, or 4- i : c«te $.i.<Je P re- 

1 rt i r» n i -n • rr 11 • 1 can °- «p-mulieres. 

Je régent eit vray procureur du Roy oc du Royaume : amii i'appelloit le de Tentent, excom 
bon Conte Thibaut, procurator regm Francorum . Et par ainfi , quand 
le Prince done puiflance abfoluë, au régent, ou bien au Sénat en fa pre- 
fence,ou en fon abfence, de gouuerner en fon nom, ores que la qualité 
de régent foit employée aux edicts, & lettres de commandement, c'eft 
toufiours le Roy qui parle , & qui comande . Ainfi voir on que le Sénat 

h iiij 



mumcator.exe. 



9 z DE LA REPVBLIQVE 

deMilan,&deNaples,enl'abfèncedu Royd'Efpagne a puiffance ab- 
solue, & décerne tous mandemens en fon nom : comme on peut veoir 
par l'ordonnance d-e l'Empereur Charles v. portant ces mots: Senatus 
JMediolanenf.potejlatem habeat conflitutiones Principis confirmandi, infirm&n- 
dijolledi, difj>enfandi>cotra flututa^babditationes, prœrogationes, reflitutiones 
faciendi,&c.à Senatu neprouocaripojjitj&c.&quiccjuidfaciet parern vimha- 
beatj'vt/i à principe fac1ttm> ac décret um ejjèt : non tamen poffit deliclorum gra- 
tiam, ac njerimm tnbuere, aut (itéras Jâlui conduÇlus rets criminum dare . Cette 
puiflance prefqueinrinie,n'eft pas donnée au Sénat de Milan , & deNa- 
ples,pour diminuer en rien qui (bit la maiefté du Roy d'Efpagne,ains au 
contraire , pour la defeharger de peine , & fouci : ioint aum que cefte 
puiflance,pour grande qu'elle foit,eft reuocablc au bon plaifir de celuy 
quil'ottroye. Pôfonsdonclecasquecepouuoirfoitdonnéàvnlieute- 
neral & perpe- nant de ^°y> p our toute fa vie > eft-cc pas vne puiflance fouueraine , & 
tucl d'vn Prince perpétuelle ? autrement fi ondifoit perpétuelle, qui n'a iamais fin , il n'y 
abfolucn'cftpas auro ^ fouueraineté qu'en l'eftat Ariftocratique, & populaire, qui ne 
fouucrain. meurent point: ou bien qu'on entendiftle mot perpétuel en vn Mo- 
narque, pour luy, & Tes héritiers ,il y auroit peu de Monarques fouue- 
rains,attendu qu'il y en a fort peu qui (oient héréditaires : cVmefmemét 
ceux qui viennent à la couronne par droit d'élection , ne feroient pas 
fouuerains. Il faut doncentendre ce mot perpetuel,pour la vie de celuy 
qui a la puiflance.Tedy que file magiftrat fouuerain,& annuel feulemét, 
ou bien à quelque temps prefix, & limité, vient à continuer la puiflan- 
ce qu'on luy a baillée : ilfaut que ce foit de gré à gré,ou par force. fî c'eft 
par force, cela Rappelle tyrannie : & neantmoins le tyran eft fouuerain: 
tout ainfi que la pofleflion violente du prédateur, eft vraye pofleiTion, 
& naturelle,quoy qu'elle foit contre la loy : & ceux qui l'auoient aupar- 
auant en font deflaifis . mais fi le magiftrat continue la puifTance fou- 
ueraine qu'il a degré à gré.ie dy qu'iln'eft pas Prince fouuerain, veu 
qu'il n'a rien que par fouffrance: & beaucoup moins fi le temps n'eft 
point limité: carence cas, il n'a rien que par commifllon précaire. On 
fçait allez qu'il n'y eut oneques puiflance plus grande, que celle qui fut 
donnée à Henry de France, Duc d'Anjou par le Roy Charles i x. car 
elle eft fouueraine , & fans exception d'vn feul article de regaie : & 
neantmoins on ne peut dire qu'il fuft fouuerain , ayant qualité de 
lieutenant gênerai pour le Roy , quand ores il euft efté perpétuel: 
combien que la claufè,TA n t q_v* il novs plaira, fuft 
appofee en Ces lettres, qui portoit fouffrance, & toufiours fon pou^ 
uoireftoit fufpenduenla prefence du Roy. Que dirons nous donc de 
celuy qui a du peuple la puiflance abfoluë, tant & fi longuement qu'il 
viura ? en ce cas il faut diftinguer: fi la puiflance abfoluë luy eft donnée 
purement & Amplement, fans qualité de magiftrat , ny de commiflai- 
re , ny forme de précaire, il eft bien certain que ceftuy-li eft , & fepeut 

dire 



LIVRE PREMIER. 93 

dire monarque fouucrain : car le peuple f'eft deflaifi j & deipouillé de fa 
puiffance fouueraine ,pour l'enfaifiner, & inueftir: &: àluy, &en luy 
tranfporté tout fon pouuoir,auct^ rite, prerogatiues,&: fouuerainetez: 
comme celuy qui a donné la poffeffion , & propriété de ce qui luy ap^ 
partenoit.Laloy 5 vie de ces mots, El, et in evm omnem p o- p' r ! nc ' p de conf 
test at e m contvlit. Mais fi le peuple ottroye fa puiffance à 
quelqu'vn tant qu'il viura , en qualité d'officier, ou lieutenant , ou bien 
pour le dcfcharger feulement de l'exercice de fa puiffance: en ce cas il 
n'en; point fouuerain, ains fimple officier, ou lieutenant, ou régent, ou 
gouuerneur, ou gardien,& bail de la puiffance d'autruy . car tout ainiî 
que le Magiftrat, ores qu'il face vn lieutenant perpétuel, & qu'il n'aye 
aucun foing de fa iurifdiclion, laiffant l'entier exercice à (on lieute- 
nant, ce n'eitpas toutesfois en la perfonnedu lieutenant , 6 que £ift la *• i-j.de offi. P rocôr. 

■n- I « 1 1 • 1> n • o r 1 I J 1.& quia. 1. (blet de 

puillancede commander, nydeiuger,nyl action 3 &rorcedelaioy : 6V iunfdki&fideoff 
fil paile outre la puiffance à luy donnée , ce n'ell rien fait, fi les actes ne 
fontratifiez,louez, & approuuez par celuy qui a donné la puifïance. Et 
pour cette caufe, le R,oy Jean, après fon retour d'Angleterre, ratifia fo- 
lennellement tous les actes de Charles fon fils aifné,eltabli régent, pour 
iceux valider,& confirme^en tant qu'il feroit befoin.Soit donc par cô- 
miflion,ou par inftitution,ou par delegation,quon exerce la puiffance 
d'autruy, à certain temps, ou à perpétuité , celuy qui exerce cefte puif- 
fance n'en: p oint fouuerain ^ores que par (es lettres il ne full qualifié pro- 
cureur,ny lieutenant, ny gouuerneur, ny regent : ou mëfmes que la loy 
du pays donnait celle puifïance, qui feroit encoresplus forte que par 
élection: comme eftoit l'ancienne loy 7 d'Efcoffe, quidonnoit l'entier 7 .He<a.Boet.inhi- 
£ouuernement du Royaume au plus proche parent du Roy pupil , ou ûol ' s i owx - 

5 i vit r r r • r i i i r/ r * ' /- Ancieneloy d E- 

en bas aage, a la charge que tout le feroit loubs le nom du PvOy, qui rut feofle. 
caffé, pour les inconueniens,qu'elle droit après foy. Pourfuiuons main- 
tenant l'autre partie de noftre définition, & difons que fignifient ces 
mots pvissance absolve. Car le peuple, ou les feigneurs d V- Quec'ed depuif 
ne Republique, peuuent donner purement, & fimplement la puif- fence abfoluc 
fance fouueraine., & perpétuelle à quelqu'vn ., pour difpofer des biens, 
des perfonnes,& de tout l'eftat àfonplaifïr,& puis le laiffer à qui il vou- 
dra, & tout ainfi que le propriétaire peut donner fon bien purement, &: 
fimplement, fins autre caufe que de fa libéralité, qui eftlavraye dona- 
tion: 8 & qui ne reçoit plus de conditions,eftantvne fois parfaite, &ac- *-]- i -<fe<ionat. 

T * r ... i. ;,r ■. r i „ * ?• 1. perfefta de do- 

compile: attendu que les autres donations^qui portent charges, & co na tc. 

,. . * ri J /rir / 6 j - lM - 1 - 

ciition, ne lont pas vrayes donations: aulli la louueramete donnée a 

vn Prince loubs charges & conditions, n'eil pas proprement fouuerai- 

neté,ny puifïance abfotue:fice n'eft que les conditions appofees en la 

création du Prince , foient de la loy de Dieu ou de nature, comme il fe J-a forme a'eflire 

fait après que le grand Roy deTartarie clt mort , le Prince & le peuple, tarie. 

à qui appartient le droit d'élection , choififlent celuy des parens du de- 



9+ DE LA REPVJLIQVE 

funcl que bon Ieurfemble, pourucu qu'il foie fils, ou nepuen : & l'ayant 
aflisenvnthrofne d'or, luydifent ces paroles: N O VS te prions, nous 
voulons aufti, &t'enfèignons que tu règnes fur nous, alors le Roy dicl: 
Si vous voulez cela de moy,il faut que vous foyezprefts à faire ce queie 
commandera y: queceluy quei'ordonneray eftretué,foit tué inconti- 
nent^ fans delay,& que tout le Royaume foit commis, &eftabli entre 
mes mains, le peuple refpond,ainfîfoit~il.puis le Roy continuant dit,Ia 
parole de ma bouche , fera mon glaiue : & tout le peuple luy aplaudift. 
Cela fait il eft pris, & ofté de fon throfne, & pofé en terre fus vn ais,'& 
les Princes adreflans à luy leurs paroles difent ainfi : Regarde en haut, & 
co^nois Dieu : & voy ceft ais fus lequel tu es affis en bas : Si tu gouuer- 
nes bien,tu auras tout à fouhait: autrement, tu feras mis a ufïi bas, & dé- 
pouillé de telle forte,que mefme ceft ais où tu fîeds,ne te reftera pas. Ce- 
la dit, il eft efleué enhaut,&crié Roy desTartares. Ceftepuiffanceeft 
abfolue, & fouueraine : car elle n'a autre côdition que la loy de Dieu,& 
de nature ne cômande, On peut voir auffi es Royaumes, & principau- 
tez deuolues par droit fucceflif, que telle ou femblable forme quel- 
D^Tcarimhiï 16 quesfois eft gardee:mais il n'y en a point de pareille à celle de Carinthie, 
'odencores à prefent on voit vne pierre de marbre près la villeS.Vitus 
en vn pré , fus laquelle monte vn pay fant , auquel ceft office appartient 
par droit fuccemf,ayant à dextre vne vache noire, à feneftre vne maigre 
iument , & le peuple tour autour.celuy qui vient pour eftre Duc, mar- 
che auec grad nombre de feigne urs,veftus de rouge fôclcs enfeignes au 
deuant de luy, & tous bien en ordre, horfmis le Duc, qui eft habillé en 
pauure berger,auec vne houlette : ôc celuy qui eft fur la pierre criant en 
Sclauon.Quieftceluy^it-il^quimarchefibrauemétîlepeuplercfpod, 
que ceft leur Prince: alors ceituy-là demande,Eft-il iuge ? cherche-il le 
falut du pays ?eft-ii de franche condition, digne d'honeur, obferuattur 
de la religion ? on re(pôd,il eft & le fera Alors le payfant donne vn petit 
fourrkt au Duc,& demeure lepayfantexemptdeschargespubliques:& 
leDuc monte fus la pierre braniîantl'efpee,ô«: parlant au peuple promet 
d'eftreiufte,&en cefthabitva à la meffe,& puis prend l'habit ducal, & 
retourne fus la pierre , & reçoit les hommages , & fermens de fidélité. 
Vray eft que le Duc de Carinthie, n'eftoit anciennement que le grand 
nI ^' veneur 4 de l'Empereur, & depuis que l'Empire eft tombé en la maifon 

d'Auftriche , à qui le Duché appartient , & la qualité de veneur , & la 
forme ancienne de l'inueftir eft abolie : &le Duché de Carinthie, Stirie, 
Croatie, les Contez de Cilié, &deTirolesonr efté annexez au Duché 
d'Auftriche . Et quoy qu'on efcriue du Royaume d'Arragon , la forme 
ancienne qu'on gardoit enuers lesRoys d'Arragon, ne fe fait plus fi le 
Roy n'aflembleles eftats: comme i ay apris d'vncheualierEfpagnol. La 
5 . La forme qu'on forme J eftoit que le grand magiftrat, qu'ils appellent laiufticed'Arra- 
I-AHaïon!" ClbtS gonditau Roy ces paroles, M)* qui valemos tanto comme njos ,jy podemos 

mas 



o.Infpecul.tit.i4.§. 
vcniamus.nu 6. 



LIVRE PREMIER. % 

mas que 'vos, vos elegimos Re con eflas ,y efias condiciones , entra vos, y nos, vn 
que manda mas que vos. c'eft à dire, Nous qui valons amant côme vous,& 
pouuôs plufque vous,nous vous elifons Roy,à telles, & telles conditios 
entre vous,& nous,que vn cômande plus que vous. En quoy s'eft abufé 
celuy quia efeript que le Roy eftoit alors elleu du peuple: chofe qui ia- 
mais ne Te fiilrcar il elt bien certain que Sanfc le grad côqucfta le Royau- 
me par le droit des armes fus les Mores, quil'auoyent eu fept cens ans, 
& depuis fa poiterité^maiies., & femelles, ont eu IeRoyaumepardroicI: 
fuccelïîf, de proche en proche. Et de faiâ: Pierre Bellugue^Arragonois, <j.inf P ecuio 
quia diligemmeut eferit du droit d'Arragon , eferit que le peuple n'a 
aucun droit d'eflire le Roy, (in on en ligne défaillant. Audi eit-ilimpof- 
iible, & incompatible que leRoy d'Arragon , euft moins de puûTance l^tutmo^s 
que les eftats d'Arragon, veu que le mefme autheur Beliucnie 7 dicvt.que- paM»» 1 * do clcri - 

1 ©, ' . . * ,., , . O » 1 coviolacorcpacism. 

les eftats ne peuuent s ailembler, s il n y a mandement exprès du Roy : & feu. & m c. împena- 
ne peuuent fe départir eftans aiTemblez,s'il neplaift au Roy les licentier. ^^ii?.w& 
Encores eft-il plus ridicule, que telles parolîes fe difoyent au Roy eftant * I-q h 
iacouroné,facré,& receu pourP.oy par droit fucce(ïjf:&: qu'il fuit fou- 
uerainj côme il eltoitj&donnoitl'ofriceà celuy qui s'appelloit la grand 
iuftice d'Arragon,& le deftituoit fî bon luy fembloit : & de fai£t,le mef- 
me autheur efcrit,que Martin °Didato fut inftitué,&deftitué de ceftof- o.m.%6.§.u(a. 
flceparlaRoynedArrago'enrabfencedefonmari Alphons,Roy d'Ar- 
ragon & de Sicile. Et combien que par foufTrâce du Roy la iuftice d'Ar- 
ragon iuge les procez,& differens entre le Roy,& le peuple,chofe qui fe 
faidl aufli en Angleterre, ores par lahaute chambre du parlement : ores 
parle magiftrat qu'on appelle la iuftice d'Angleterre: & par touts les 
luges de ce Royaume, & en touts lieux : (î eft-ce que la iuftice d'Arragô, 
& tous les eftats demeurent en pleine fugetiô du Roy, qui n'eft aucune-* 
ment tenudefuiure leurs aduis,ny accorder leurs requeftes,come dit le 
mefme docteur 8 : ce qui eft gênerai à touts eftats de monarchie } Corne 8.ca P .extremo.&tie. 
eferit Oldrad ', parlant des R.oys de Frace,& d'Efpagne : qui ont,dit-il, p° C oufiu ? . 
puiflance abfolue.Vray elt, que ces docteurs ne difent point que c'eft de 
puiflance abfoluë, carft nous difons que celuy a puiflance abfoluë, qui 
n'eft point fuget aux loix, il ne fecrouuera Prince au mon de fouucrain, 
veu que tous les Princes de la terre font fugets aux loix de Dieu, & de na- 
ture^ àplufîeurs loix humaines comunes à tous peuples. Et au cotraire 
îlfe p eu traire que lvn desfugetsferadifpenfé,&: abfbults de toutes les 
loixjordonances,^: couftumes de fa Republique, & ne fera point Prin- 
ce,ny fouucrain : nous en auôs l'exéple de Pôpee le grad, qui fut difpefé 
des loix pour cinqans, par ordonnance exprefledu peuple Romain, 
publiée àlarequefte du Tribun Gabinius ' &n'eftoit pas chofe nou- t $km&voma. 
uelle,ny eftrange de difpéfer vn fuget d'obéir aux loix,veu mefmes que 
le Sénat quclquesfois en difpcnfoit , fans l'aduis du peuple , iufques à la 
loy Cornelia'publiee à larequefte dvn Tribun , par laquelle il fut or- J^ÊJJJJJ 1 inCor " 



9 S DE LA REPVBLIQVE 

donné, que perfonne ne (èroit exempté de la puiflance des loix, ny dit 

penfé par le Sénat, s'il n'y auoit du moins deux cens Sénateurs : car mel- 

j.ckcro prodomo mcs j| eftoit defFendu fur peine de la vie,par les loix 1 des x i j.tab!es,d'ot- 

lùa. Priuileeia nifi . .• /-r < in i 1 -il 

commis cemuriaris troyer aucun pnunege,iinon par les grands eitats du peuple : mais la loy 

«sSuMpitàrèftol eftoie mal exécutée. Et en quelque forte que ce foit, le fuget qui eft exé- 

pté de la puiflance des loix, demeure toufioursen la fugetion , & obeif- 

fance de ceux qui ont la ibuueraineté . Or il faut que ceux là qui font 

fouuerains, ne foyent aucunement fugetsaux commandemens d'au- 

truy,& qu'ils puiffent dôner loy aux fugets, & cafler ou anéantir les loix 

inutiles, pour en faire d'autres : ce que ne peut faire celuy qui eft fuget 

aux loix, ou à ceux quiont commandement fur luy. C'eft pourquoy la 

gib*. îj&crarifliai*. loydit,que 4 le Prince eft abfouls de la puiflance des loix: &ce mot de 

J°îîfo'rma de offi. loy , emporte aufïi en latin le commandement de celuy qui a la fouue- 

F*|eft. prstor.c. ra i ne!: é. Aufïi voyons nous qu'en tous edits,& ordonnaces.on y adiou- 

Bal.ml.cunctosp©- / 1 ' ' / 

puios.coi.i.i.defum- ft e cefte claufe,Non obftant tousedits & ordonnances, auxquelles nous 

ma trinit.C.& inc. M . / o i r o ni i -il 

vh.deoff.archi.Bai. auos deroge.,& dérogeons par ces prelentes, & a la dérogatoire des de- 
db"mpcratori F c rogatoires : claufe qui a toufîours eftéadiouftee es loix 5 anciennes : foie 
Akxandconfii. 101. q Ue j a j Q y f UC p U blice dumefme prince,6u defon predeceflTeur.Car il eft 
4. Ancar.confii.198. bi e n certain que les loix , ordonnances , lettres patentes , priuileges j & 

nu.x. Félin, in cap. \ , 6C -1 i »-l ° r 

ex parte, coi. l ver. otroys des princes , n ont aucune force que pédant leur vie,s ils ne lont 
"Banoi.bconmtu. ratifiez par confentement expres,ou du moins par fouffrance du prince 
EoïS^Sm.'c> 4 u ^ en a cognoiflanec : & mefmemét des priuileges. Et pour cefte caufc 
ftrenf?confii.io/oi- Bar tôle eftant député Ambafladeurvers l'Empereur Charles 1 1 1 1. pour 

drad.conf1l.108. . , — • * . ... 1 r» L ' • 1 r 

8.Baid in titui.de pa- obtenir confarmation des priuileges de Perouze, en obtint la conhr- 

ce confiant . verbo • n \ n t r *> » 1 r 7 

ampiius. Feiin. in mation portant ceite claule , Iulques a ce qu ils ioyent reuoquez par 
AÊâtwdnTqœe noz lucceffeurs : au preiudice defquels il ne pouuoient 8 rien faire. Qui 
funtregaiia.inpro œ f u tlacaufe que M. de l'Hofpital chancelier de France., refufa feeller la 

mio.nu. 6u Carolus r . * . ... 1 . 1 Ml 1 > * 1 

Ruinuscofii.91.i1b. confirmation des priuileges, & exemptions de tailles de S. Maur des 
foifeZjquelque mandement qu'il euft de ce faire : parce qu'ils portoient 
perpétuel afranchiflement: qui eft cotre la nature des priuileges perfon- 
nels,& qui diminue la puiflance des fuccefleurs:& ne fepeuuent donner 
aux corps & collèges , que àla vie du Prince qui les ottroye , ores que le 
mot perpétuel y foit adioufté : ce qui n'eft pas aux Republiques popu- 
laires.^ Ariftocratiques. Et à cefte caufe Tibère l'Empereur fucceffeur 
d'Augufte, ne voulut pas, que les priuileges otroyez par les Empereurs 
defundts, euflent aucun crTedt, fîlesfucceffeurs ne les auoyent confir- 
mez, d'autât quelespriuilegiezvouloyentperpetuer l'exemption qu'ils 

9 . induira bénéficia auoyent,fi l'ottroy n 'eftoit limité à certain temps,commc dit Suétone. 9 

a defun&is princi- \ rT t» v I t t» 

pibns, ne aliter rata Aulli voyons nous en ce Royaume a la venue des nouueaux Roys, que 
Sa?n\ q cùrn a fi nt P ca tous les collèges , &communautez demandent confirmation de leurs 
pr.ncipis bénéficia, priuileees, puiflance, & iurifdidtion : & mefmcs les parlemens, encours 

mfiadtcmpus dam * ° . l rr 1 • I rT • l- r „. 1 I *> « 

cir«,perpctuumha- iouueraines , aulli bienqueles orhciers particuliers. Sidonc le Prince 
fouuerain, eft exempt des loix de [es predecefleurs, beaucoup moins 

feroit 



LIVRE PREMIER. 9 7 

fèroit-il rcnu aux loix de ordonnances quilfait:car on peut bienrecc- 
uoirloy dautruy^maisileftimpofTible par'nature defedonnerloy, ^Sl^TreS 
non plus quecomanderàfoymefme choie quiMepéde defa volonté, i.;pçnpit. dé arbitras. 

* r i • i 1 at////- m n * I ■ cap.innotuit.de ele- 

comeditla ïoy^NuUa obligatto conjtjtere Votejt^quœa njoluntate bromittentu a\o. 

n • ■ CL r rT • ' (\ -i 1 r.l.àtkio.§. nullade 

jtatumcapit:c[ui eit vncrailon necellaire,quimoitreeuidemmentqueie ver b. obiig.i. fi qui* 
Roy ne peut eftre fuget àfes loix . Et tout ainfî que le Pape ne fe lie ia- jj t ? ri ^p^^! a ]£ 
mais les mains.come difentles 5 canoniftes:aufïi le Prince lbuuerain ne fe * v AïCCt contraria 

, , . ^ . .t .. rf* \ i r i tencat aichidiacon. 

peut lier les mains, quad ores il voudroit. Auiii voyons nous a la hn des in.ci.de conftn-.iib. 

* « . _ j £ / ^ l 6. exc.ncmo.ii.q.5. 

edits & ordonnaces ces mots: Car tel est nostre plaisir, j oa n. And.in ci. de 
pour faire entédre,que les loix du Prince fouuerain, ores qu'ellesfu lient «îlfeVc^'fib.^ 
fondées en bones & viuesraifons.neâtmoins qu'elles ne depédent que ca P dudum.de pr*- 

r> r 1 1 / a f • 1 - i • • l bend.lib.6. 

de la pure éV tranche volonté. Mais quant aux loix diurnes & naturel- 

les,tous les Princes de la terre y fontfugcts, &n'eft pas en leurpuiffan- 

ce d'y contreuenir, s'ils ne veulent eftre coupables de leze majefté diui- 

ne,faifant guerre à Dieu,foubs la grandeur duquel tous les Monarques 

du monde doiuent faire ioug, & bailler la tefte en toute crainte, & re- 

uerence.Et par ainfî lapuiiTance abfoluë des Princes & leigneunes fou- 

uerainesj ne s'eftend aucunement aux loix de Dieu, & de nature . de ce- 

luy qui a mieux entendu que c'eft de puiflance abfoluë , & qui a fait 

ployer les Roys & Empereurs foubs la tienne , difoit que ce n'eft autre 

chofe quederoger au droit 1 ordinaire: il n a pas dit aux loix diuines & *• innocent.* Pont. 

naturelles. Mais le Prince eft-il pas fuget aux loix du pays , qu'ilaiuré yerbo ordianoSi 

garder? Il fautdiftinguer,Si le Prince iure à foymefme qu'il gardera la j.LiSri%ëo?m a j.fi 

loy,il n'eft point tenu de fàloy,non plus que du fermer 3 fait à foymef- §J^^ an ' iufiora,i " 

me: car mefmes les fugets ne font aucunement 4 tenus du ferment qu'ils 4- 1- vit. qui fatifda. 

font es conuentions, defquelles la loy permet fe départir, ores qu elles 3 

foient honneftes & raifonnables . &fîle Prince fouuerain promet à vn 

autre Prince garder les loix que luy,ou fes predecefleurs ont faites,ii eft 

obligé les gardera le Prince,auquel la parole eft donnée y a intereft,ia- 

çoit qu'il n euft point iuré:& file Prince auquel la promefle eft faite n'y 

a point d'intereft, ny la promeffe,ny le ferment ne peut obliger celuy 

quilV promis. Nous dirons le femblablefî la promeifeeft faiteaufu- 5 Udigere.de -iure 

*■ ■_,. /-. . 1 . ^ >\ r a patronat. 1. qui iura- 

getpar le Prince louuerain,ou bien au parauat qu il ioitetleu : car en ce to.quiiatif.cogât.£ 
cas il n'y a point de difFerence,commeplufieurs penfentmon pas que le 
Prince foit tenu àfes loix., ou defes predeceffeurs , mais aux iuftes con- 
uentionsj&promeifes qu'il afaites,foitauec ferment ou fans aucun fer- 
ment: tout ainfî queferoit vn particulier. & pour les mefmes caufes que 
le particulier peut eftre releué d'vne promefle iniufte, & defraifonna- 
ble,ou qui le greue par trop,ou qu'il a efté circonuenu par dol,ou frau- 
de,ouerreur.,ouforce,ouiufte craintejOulefion énorme, pourles mef- 
mes caufes le Prince peut eftre reftitué en ce qui touche la diminu- 
tion defa majefté, s'il eft Prince fouuerain . Et par ainfî noftre maxime 
demeure, que le Prince n'eft point fuget à fes loix ,ny aux loix de fes 



?8 DE LA REPVBLIQ_VE 

predcccfTcurs,maisbicnàfesconuentionsiufl:es& raifonnablcs, &en 

l'obferuationdefquelles les fugets en gênerai, ou en particulier ont in- 

<.Baid.ini.donatio- tcr eft. En quoy 6 plufieurs s'abufent qui font vneconfufîon des loix*& 

ncs. de dona. inter X J 1 ~1 ^ i*~ 

virum.c.cynus & des contrats du Prince .qu'ils appellent Loix:aufli bien que celuy qui 

Bsrt.inl. dignavox ... 1 r^ • t • 7 n • il > i 

deiegibus.c.Bart.& appelle les contrats du Prince Loix pactionnees : comme elles s appel- 
ccp> de ic^b. P Ant lent aux eftats d'Arragon , quand le Roy fait quelque ordonnance à la 
nâ'â&m requefte des eftats, & qu'il en reçoit argent, ou quelque fubfide^ils di- 
i deproba:. fent que le Roy y eft tenu : & quât aux autres loix, qu'il n'y eft point te- 

7. Pctr. Bclluga in 1 ■ \ r rr 1 rw • ^ 1 h er 

îpccuiotiu. nu:& neantmoms ils cenrelient que le Prince y peut déroger , ceflanc 
9. ooot."»» iùmma la caufe.,de la loy . tout cela eft bien certain, & 9 fondé enrailons., & au- 
iî, C a p n i d d C e 'proba'.& colite : mais il n eft point befoin d'argent ny de ferment pour obliger 
cx.i. pcnuic.de do- le Prince fouuerain.filesfugets.aufquelsila promis, ont intereftquela 

iut. intervirum.C. . . 1 J n • J il I* 

i.mocâ m cap.no- loy ioit gardée.* caria parole du Prince doit eltre comme vn oracle,qui 

uiï. deludiC.epiftol. . r ? • • r 1 C -r ■ • Il »ï » n 

&ca P . îiccc canon, perd la dignité , quand on a li mauuaile opinion de luy , qu un elr pas 
de élection. crçu s »^j nf j urejOU cju'il n'eft pas fuget à fa promelle,fî on ne luy donne 

i.ceflkntecauû ccf- de l'argent. & neantmoins la'maxime de droit demeure en fa force,que 
fateftetus. J e p r ince fouuerain peut dérober aux loix qu'il a promis,& iuré earder, 

z Bal.!nl..iumanum . Il /T r 1 ° r * J V il 1 

de kgib.c. Archi- li laiultice d icelle ceiie,lans le contentement des iugets :vray eit que la 

diacon. 1:1 cap.i.de 1 • 1 r rr r\ »-1 » 1 ■ i/~ 

conffimJibA dérogation générale en ce cas ne lurhit pas,s il n y a dérogation lpccia- 
^criptgSn'i &&■ ^ e - Mais s '^ na i u ^ e caufe de calTer la loy qu'il a promis entretenir, en ce 
fu n de' dcUsclu * in cas ^ e P fmce ne doit, & ne peut y contreuenir . vray eft qu'il n'eft pas* 
tenu aux conuentions & fermens de fes predecelleurs , s'il n'eft leurhe- 
ntier . Et pour celte caufe les eftats du Royaume d'Arragon firét plain- 
te au Roy Alphons, de ce qu'ilauoit châgé,& altéré la monnoye d'Ar- 
ragon, pour y gaigner, au grand preiudice des fugets, & des marchans 
eftrangers: contre la promeffe faite par laques i. Roy d'Arragon, l'an 
m . c c l x v. au mois d'Auril , & côfirmee par Pierre l'an m.cccxxxvi. 
qui iura aux eftats de ne changer iamaisla monnoye: & le peuple en 
recompenfe promift de payer au Roy de fept en fept ans vn marauedi 
pour feu j par tous ceux qui auroient valant quinze marauedis, qui eft 
la moitié d'vn liard. Or il eft certain que le Royaume d'Arragon eft 
4 .i.non dubium.de héréditaire aux malles, & filles . mais ceiTant lerTecl: de la conuention 
5Tubc0.de verbor. entre le Prince & le peuple : comme le fubfide pour lequel les Roys 
ÎKm tain paura- d'Arragon rirent l'ordonnance que i'ay dit,le Prince n'y eft plus tenu 



i«?.de regai.i. ab non p} us q ue \ c peuple au fubfide impofé, fi le Prince ne tient fa pro- 

7. Cy 

Salicet. in 1. digna 



' & ne s'y peut obliger foymefme : &la conuention eft mutuelle entre 
le Prince & les fugets , qui oblige les deux parties J réciproquement, & 



7 . cyuos, Bai.Bart. nielle, il ne faut donc pas COnfondrelaloy,&leCOntra£t î Car la loy dé- 
Salicet . in 1. digna 111 • 1 r * 11- r a. C 

▼or.de îcgib-ciafo. pend de celuy qui a la iouuerainete, qui peut ob-liger tous les Mugets, 

pr.'i.C Félin in cap. 

tranil2ti 

tut.ext. 

8.Ba d. în.L ciarisde ne peut |' vne des parties y contreuenir au preiudice, & fans le confen- 

fîdeicom.C Panor. i 115 «!»■»• • 1 rr I 7 r C 

incap.proiiiorum. tement de 1 autre :& le Prince en ce cas n'a rien par deilusle ■'iugetiii- 
coE U4.'i1b"?& non que ceflantlaiufticedelaloy qu'il a iuré garder, il n'eft plus tenu 
confiL iix.se nj. rj e f a 8 p rome {le^ comme nous auons dit: ce que ne peuuentles fugets 

entr'eux. 



LIVRE PREMIER. 99 

emrcux,filsne font releuez du Prince. Aufîi les Princes fouuerains bien 
entendus, ne font iamais ferment de garder les loix de leurs predecef- 
feurs,ou bien ils ne font pas fouuerains . On dira, peut-eltre, que l'Em- 
pereur,qui a la preffeance par delfus tous les autres Roys Chreitiens,de- 
uant qu'il foitfacré,iure entre les mains de l'Archeuefque de Coulon- 
gne,de garder les loix de l'Empire, la bulle dor, eftablir iuilice., obéir 
auPape,garderlafoy Catholique, défendre lesveufues,les orphelins, 
& les pauures . voila le fommaire du ferment que fiit. l'Empereur Char- 
les v. qui depuis fut enuoyé au Pape,par le Cardinal Caiedtan Légat en 
Alemai^nc. le refpods,que l'Empereur eftfuget aux eftats de l'Empire, 
& ne ('attribue pas aufïi la fouueraineté fus les Princes, ny (us les eltats, 
comme nous dirons en fon lieu. Et fi on dit, queles Roys des Epirotes 
anciennement iuroient, qu'ils regneroient bien Se deuément félon les 
loix du pays :& les fugets aufli iuroient réciproquement, garder, & 
maintenir leur Roy félon les ordonnances, & couitumes du pays : ie dy 
que nonobftant tous ces fei:mens,le Prince fouuerain peut déroger aux 
loix, ou icelles cafler ôc anuller,ceifant la iuftice d'icelles. Auffi le ierméc 
de nos Roys, qui eft le plus beau, & le plus bref qui fe peut faire , ne 
porte rien de garder les loix & couitumes du pays,ny des predecef- 
feins. Iemettray les mots ainfi qu'ils font extraits de mot à mot de la 
bibliothèque de Rheims,d'vn ancien liure, qui commence; Iuliani ad 
Erigium Regem y x^inno m. 1 v 1 11. Hennco régnante x x x 1 1. 1 1 1 1. Calend. 
Iunij. Eco Philippe TDeo propiciante moxfuturus 'Rex Francorum in die or- 
dinations rncœ^promitto coram r Deo , & fanÛis eius , quodlfnicuicjue de nobts * p^pL^ 
commijîts canonicum priuilegium & debitam legcmatque iuflitiam conferuabo, filsdcHenri.i. 
& defenfîonem ,adittuante r Domino quantum potero exhibebo 3 ficutRex in fuo 
regno vmeuique Evifcopo , & ecclejîœfîbi commijfa per reêlum exhibere dtbet. 
populo quoauenobis credito , me dityenpttionemlegum in fuo iute confiftentem, 
noflra auêloritate cocejfurum. Quaperlecla pojùiteumin manus ArchiepiÇcopi. 
I'ay feeu que celle qui fe trouue en la bibliorheque de Beauuais, cil pa- 
reille 3c du meime Roy Philippesi. maisi'enay veuvne autre en vn pe- 
tit liure trefancien enl'AbayeS. Allier en Auuergne, portât ces mots: 
Ie ivre av nom de diev tout-puiifant , & promets de 
gouuerner bien & deuëment li fugets commis en me garde, & faire de 
toutmen pouuoiriugemenr, iuftice &mifericorde.qui femble eftre 
tiré de Hieremie/ où il eft dit : le fuis le grand Dieu éternel, qui fa y îu- «>.cap^ 
ftice, iugement , & mifericorde , & en ces chofes ie prens vn fingulier 
plaifir.Qui monftre à veuë d'oril,que les fermens contenus au liure pu- 
blié^ imprimé du facre du Roy.font bien changez, & altérez de l'an- 
cienne forme. Mais on peut voir en lvn& l'autre ièrment,qu'il n'y a au- 
cune obligation de garder les loix , finon tant que le droit , & iuttice le 
foufrira. Combien qu'il ne fe trouue point, que les Roys anciens du 
peuple Hebrieu fiilent aucun ferment :ne melmes ceux-là qui furent 



ioo DE LAREPVBLI Q_V E 

facrez par Samuel, Helie, &: autres.Mais il y en a qui font le ferment plus 
preciSjComme le ferment de Henry 1 1 1. Roy de France 6c de Poulon- 
gne elt tel: Ego HenricusT^ex Poloniœ 3 &c. iuroT)eo ommpotmti, quodom- 
ma iurajibertates 3 priuilegtapublic<x 3 & priuata iuri communi non cotraria 3 ec- 
clefîts jprincipibHS 3 baromb^ ^nobilibus 3 ciuibm 3 incolis per meos prcedecefjores^- 
ges.&quofcunque principes dominos Regni PolonU 3 inftèdonata,ab ordini- 
bufque tepore interregniJ}atuta 3 Jàn£ld 3 nobis oblata 3 obJeruabo 3 &c. iujiitiâmque 
omnibus incolis iuxtaiura publiqua adminiftrabo . Etji{ quod abfît)facrametum 
meum < viohuero i niillam nobis incoU regnt obedientiam prœjlare debebunt 3 &c./ic 
meUeus adiuuet. Quant aux loix qui concernent l'eftat du Royaume,&: 
del'eltabliffement d'iccluy,d'autat qu'elles font annexées, &vniesauec 
la courôneje Prince n'y peut déroger, corne elt laloy Salique: & quoy 
qu'il face,toufiours le iuccefleur peut caflfer ce qui aura elle fait auprc- 
îudice des loix Royalles , & fus lefquelles cft appuyé, & fondé la ma- 
jeltéfouueraine.Encorcspeutondire,que Henry v. Roy de France 8c 
d'Angleterre , efpoufant Catherine de France feur de Charles v 1 1. fift 
ferment degarderleParlementen (es libertez, &fouuerainetez, & de 
faire adminiitreriuitice au Royaume,ielonlescou{tumes,& droits d'i- 
celles. Voilales mots du traité conuenu,pourle faire fuccefleur de la 
couronne deFrance le x x i. May l'an m. ccccxx. le dy qu'on luyflit. 
faire ce ferment., parce que c'eftoit vn eltranger, qui venoit à vn nou- 
ueau Royaume, duquel le fuccefleur légitime eitoit débouté par arrcll: 
du Parlement de Paris , donné par defoux &côtumaces,pourle meur- 
tre commis enlaperfonnedeIeandeBourgongne,&quifutpronon^ 
ce à la table de marbre, en laprefence des Princes, au fon de la trom- 
pette. Mais quant aux couftumes générales, & particulières, qui ne 
concernent point l'eitabliflement du Royaume, on n'a pas accouftu- 
méd'y rien changer, finon après auoirbien & deuëment aifemblé le 
trois eltats de France en gcneral.,oude chacun bailliage en particulier: 
non pas qu'il foit neceflaire de farrclterà leur aduis,ou que le Roy ne 
puiflefùre le contraire de ce qu'on demandera, il la raifon naturelle, & 
la iuftice de fon vouloir luy ailifre. Et en cela fe cognoift la grandeur & 
majelté d'vn vray Prince (ouuerain, quand les eltats de tout le peuple 
(bntaflemblez prefentans requelte,& fupplications à leur Prince en 
toure humilitéjlans auoir aucune puiflance de rien commander,ny de- 
ceiner,ny voix deliberatiuerainsce qu'il plaift au Roy confentir^ou 
diflentir, commander, ou defendre,elt tenu pour loy,j)ouredit, pour 
ordonnance. En quoy ceux qui ont eferit du deuoirdcs Magiltrats, 
& autres liuresfemblables ,1e font abufez de fouiienirque les eltats du 
peuplefontplusgrâdsquelePrince: choie qui fait reuolrer les vrais iu- 
o-etsde l'obeilfance qu'ils doiuét à leur FrincefouueraimcV n'y a raifon 
ny fondement quelconque en celte opinion là. il le Roy n'eft captif ou 
Eftats de France. funeux,ou en enfance : car h le Prince fouuerain cftfugetaux eltats, il 

n'eit 



LIVRE PREMIER. 101 

n'eftnyPrincejiiy fouuerain :& la Republique n'eft ny Royaume,ny 
Monarchie,ains vne pureAriftocratie de plufieurs feïgneurs en puiflan- 
ce egalc,ou la plus grande partie comaude à lamoindre en général., 8c à 
chacun en particulier, il faudroit donc que les edits,& ordonnâces fuf- 
fent publiées au nom des eftats., & commandées parles eftats, comme 
en feigneurie Ariftocratique,oii celuy qui prefide n'a puiffance aucune, 
& doit obeiflance aux mandemes de la feigneurie. qui font toutes cho- 
fesabfurdes,&incopatibles. Auffi voit-on qu'en l'ailemblee des eftats 
de ce Royaume tenus à Tours,alors que le Roy Charles v 1 1 1. eftoit en 
bas aage , & que les eftats eftoient plus autorifez que iamais., Relli ora- 
teur, portant laparole pour tous les eftats commence ainii: Treshaut, 
trefpuiilanc , tref chreitien Roy, noftre fouuerain 8c naturel feigneur, 
vos humbles 8c tref obeiflans fugets,&c. venus icy par voftre com- 
mandement comparoifFent , & feprefentent deuant vous en toute hu- 
milité, reuerence,&fubiecl:ion, &c. Etm'eftenchargé de par toute ce- 
fte notable aflemblee vous expoferlebon vouloir, l'affection cordia- 
le^ ferme & arrefté propos qu'ils ont a vousferuir,& obéir, &c fubue- 
nir en toutes vos affaires, commandemens, 8c bons plaifirs . Brief, tout 
le difeours & narré des Eftats ne porte rien que fugetion , feruice & 
obeiflance. On voit le femblable aux eftats d'Orléans . Et ne faut point 
dire qu'en Efpaigne on vfe autrement: car les mefmes fubmiffions 8c 
paroles de fugetion, feruice., 8c obeiflance de rout le peuple enuers le 
Roy d'Efpaigne,commeenuersleurfouuerain feigneur fe voit au dif- 
eours des eftats tenus à Tolède l'an m. d.li i. 8c les refponfes du Prince Eftats d'Efpai- 
fouuerain aux humbles requeftes 8c fupplications du peuple par ces gne ' 
mots:No v s vovlo n Sj ou bien nous auonsordoné, & autres fem~ 
blablesreiponfeSjportantrefuSjOuconfentemét du Prince. & mefmes 
l'otroy que les fugetspayétau Roy d'Efpaigne,fappelle feruice.Etpar 
ainfi Pierre Bellugue°s'eft abufé de dire que les Roys d'Arragon ne peu- o.inf P ccui a . 
uent déroger aux priuileges des eftats,obftantlepriuilege donné par le 
Roy laques l'an m.cclx ,8c confirmé l'an m. ce ex x .car tout ainfi 
quelepriuilegen'euft rien valu après lamort de laques fans la confir- 
mation de fon fuccefleur, auffi la mefme confirmation des autres Roys 
eftneceflaire par la maxime de droit, qui ne foufFre pas qu'on puifleco- 

mander à fon pareil. Et combien qu'aux Parlemens du Royaume d'An- Eftats d'Angle* 

i r • i • • lnril lcrre * 

gleterre, qu'on tient de trois en trois ans,leseitats vient de plus gran- 
de liberté, commefont tous les peuples de Septentrion 3 fi eft-ce qu'en 
effecT: ils ne procèdent quepar fupplications & requeftes . Et au Parle- 
ment d'Angleterre tenu l'an m. d. Lxvi.au mois d'Oc"tJobre,tous les 
eftats d'vn commun confentemét auoient refolu, comme ils firent en- 
tendre à la Royne,de ne traiter aucune chofè,qu elle n'euft declairé vn 
fuccefleur à la couronne : toutefois elle fiftrefponfe qu'on luy vouloic 
faire fa foflc au parauant qu'elle fuft morte: mais que tout es leurs refo- 

i iij 






,02, DE LA REPVBLIQJ/E 

lutionsnauroiét aucun effedr, (ans Ton vouloir. & ne fift rien de ce qu'ils 
demandoient,come i'ay apris parles lettres de l'AmbafTadeur du Roy. 
AufTiles eftats d'Angleterre ne font iamaisaifemblez., non plus qu'en 
cePvOyaume,&en hfpaigne^quepar lettres patentes, & mandemens 
exprès émanez du Roy: qui monitre bien que les eftats n'ont aucun 
pouuoirderiendecerner,ny commâder, ny arrellenveu mefme qu'ils 
ne le peuuent alTembler,ny fe départir fans mandement exprès. Enco- 
res peut on dire,que les ordonnances faites par le Roy d'Angleterre à la 
requefte des eftats ne peuuent eftre calices fans y appcller les eftats. Ce- 
la eft bien pratiqué , & le fait ordinairement: comme i'ay feeu de M. 
Dail Ambafladeur d'Anglcterre,hôme d'honneur, & de fçauoir : mais 
il m'a alleu ré, que le Royreçoir.ourefufelaloyfi bonluy (emble:& ne 
laiffe pas d'en ordonner à fon plaifir, & contre lavolonré des eftats, 
comme on aveu Henry v 1 1 1. auoir touftours vie de fa puilïance fou- 
ueraine:iaçoit que les Roys d'Angleterre ne font point facrez, linon eu 
iurant qu'ils garderont les ordonnances & couftumes du pays: car ce 
ferment là fe doit raporter à ce quenousauonsdit cy deflus . Mais on 
peut dire,que les eftats nefouffrentpas qu'on leur impole charges ex- 
traordinaires,ny fubfides.>iinon qu'il foit accordé & confentyau Parle- 
ment:fuiuantl'ordonnanceduRoy Fdoùard i. en la grande carte, de 
laquelle le peuple feft toujours preualu contre les Roys. Iere'ponds, 
que les autres Roys n'ont pas plus depuilfance que le Roy d'Angleter- 
re: par ce qu'il n'eft en la puirTancedePrincedumode.de leuerimpofts 
à fon plaifirfurle peuple, non plus que prendre le bien dautruy, com- 
me Phiiippes de Comines remonftra fagemet aux eftats tenus à Tours, 
ainfi que nous lifons en fes Mémoires :& toutefois fi laneceftité eft vr- 
genre,en ce cas le Prince ne doit pas attendre l'alTerablee des eftats, ny 
le confentement du peuple, duquel le falut dépend de la preuoyance, 
& diligence d'vn fage Prince, mais nous diros de cecy en fon lieu. Il eft 
vray que les Roys dAngleterre,& depuis Henry i. comme nous liions 
en Poly dore,ont quafi toufiours accouftumé de trois en trois ans, de- 
mander quelque fubfide extraordinaire., qui eft le plus louuent accor- 
dé. corne au parlemettenu au mois d'Aunl m. d.l xx. laRoyne d'An- 
gleterre tira la valeur de cinq cens mil efcus,du cofentement des eftats. 
Ainfi fait-on aux eftats d'Efpaigne . Icy dira quelqu'vn, que les eftats 
d'Angleterre ont puilïance* de condamner: comme Thomas, & Henry 
les Hauars,furétcondânezparleseftats,àlapourfuitede Henry vu i. 
Roy dAngleterre.cV qui plus eft le Roy Henry vi. fut auflï condamné 
par les eftats à tenir prifon en la tour de Londres. ledy que cela fefift 
par les iuges ordinaires d'Angleterre de la haute ebabre du parlemenr, 
à la requeite de ceux de la balfe chambre: quiprefcnterentauflireque- 
fte à la haute chambre l'an m. d. lxxi. tendant à fm^ que les Comtes de 
Northumbelland, Weftmerland,& autres coniurez , fanent déclarez 



auoir 



. LIVRE PREMIER." ioj 

auoir encouru les peines porrecs par lesloix du pays, contre lescrimi- 
neux de leze majeîté . Qui monltrc bien que les eitats en corps,n'ont ny 
puiflance,ny iunfdiction, ainsque lepouuoir eft auxiugesde la haute 
chambre: comme feroit fi le Parlement de Paris, ailiité des Princes, & 
Pairs, eftoit aux eftats en corpsfeparc, pour iuger les grandes caufes. 
Mais il demeure encores vue diffieuJrc à relduidre pour Itfdits eitats 
d'Angleterre, quifemblentauoir puiûance décommander, refouldre, 
& décider des affaires d'eltat; car la RoyneMaric les ayant affemblez 
pour faire palier les articles concernant ion mariage auec le Roy Phi- 
îippe-apresplufieurs difputes, & difficulcez propoiees, en fin la vérifi- 
cation du traité fe filt Je fécond iourd'Auril m.d.liiii. qui cil: en for- 
me d'arreit conceuau nom des eitats en ces mots : V e v par les eitats af- 
femblezau Parlemenr,tenusau Palais de Weitmyniter, les articles fuf- 
dits,& cequien dépend, dit a elle, quant àla diipofition, & collation 
referueeàlaRoynedetous bénéfices, &oftices: comme auiïi de tous 
les fruiCts, profits, rentes, reuenus de (es pays, terres & ieigneuries,la 
Royne comme feule &vniqueiouyradela r-galité^ fouueraineté de 
fefditsRoyaumes,pays,terres,&fugeisabfoiuement, après la conibm- 
mation du mariage:ians que ledit Prince puilTe prétendre par la forme 
de la°courtcifie d'Angleterre.la courone & la fouueraineté du Royau- °- P 3r n h T? ]k Ic 

o, ' J mari eft vfufïuicier 

me,ny antres droits, preminences,ny aucxontez. Que tous mandemens des biens de ûfem- 
& lettres patentes fe paileront foubs la qualité dudit Sieur Prince., & de La courtoific 6 
la Royne coniointementdefquelicslettresfignees de la main feule de la d'Angleterre, 
Royne,& ieellees des grands feels de fi chancelerie,feront vaîablcsrque 
iî elles n'eftoient fignees de ladite Royne,feroiêt nulles. I'ay bien vou- 
lu mettrelaverification au long, pour môftrerque la fouueraineté ap- 
partient pour le tout,ians diuifion aux Roys d'Angleterre , & que les 
eftatsn'y ont que voir, car la vérification des eitats, non plus que d'v- 
ne court,d'vn Pjrlemét,dVn corps, & Collège, ne fufiit pas pour mon- 
trer la puiilance de commander: mais bien le confentemenr pour vali- 
der les aclcs, qui autrement enflent eitéreuoquez en quelque doute 
après la mort de la Royne,ou de fon viuantjparl'oppofition des Magi- 
itrars & officiers du Royaume . Nous conclurons donc que la fouue- 
raineté du Monarque n'eft en rienalteree,ny diminuée pour la pre- 
fence des eitats: ainsau contraire fa majefté en eit beaucoup plus gran- 
de,^' plus illuitre,voyanttout fon peuple le recognoiftre pourfouue- 
rain, encores que par telle aifemblee les Princes ne voulans pas rebuter 
leur fugets,accordét & paifent plufîeurs chofes,qu'iis ne conientiroiet 
pas,('ilsn cttoiét vaincus des requeftes,prieres,& iuftes doléances d'vn 
peuple affligé & vexéle plus fouuent au defeeu du Prince 3 qui ne void, 
& qui n'entend que par les yeux,les oreilles, & le rapport d autrny . Par 
ainii on voit que le poincl: principal de la majefté fouueraine, &puif- 
fanceabioIue,gift principalement à donner loy aux fugetsen gênerai 

i iiij 



io 4 DE LA REPVBLIQ^VE 

fans leur confentement . Et fans aller au pays d'autruy,on a vcu fouuent 
en ce Royaume, certaines couftumes générales abolies par les edits de 
nos Roys,fansouy ries eftats, quand l'iniuftice d 'icelles eftoit oculaire: 
commelacouftumede ce Royaume en tout le pays couftumier, tou- 
chant la fucceffion des mères , & biens de leurs enfans , a efté changée, 
fans aflfembler les eftars , ny en gênerai , ny en particulier . Qui n'eft de 
rien de nouueau : car dés le temps du Roy Philippes le Bel, la couftume 
i. Contra h» com- générale en tout ceRoyaume.qui'ne fouftroit pas que celuy quiauoie 

munc 1. cum quem O / r n i / r 

tcmcrcdeiuaiff. perdufon procès, fuft condamne aux defpens.fut caflee par edit, fans 

i.l. lcgelulu.de te- i rr t 11 1 n _i n 1 • i r i ■ i i 

ftibuscanonicoiurc ailembler les eitats . &Ia couitume générale ^ quiderendoit.de rece- 
roïïn tuaT.de dYf uoir le tefmoignage des femmes en caufes ciuiles,fut abolie par edit de 
& r c a n noci U " scluili$ Charles 3 vi. fans appeller les eftats. Car il faut que le Prince louuerain 
3.rani3? 4 . ait les loix en fa puifTance pour les changer, & corriger , félon l'occur- 

rence des cas, comme difoit le Iurifconïulte Sextus Cxcilius, tout ainfi 
. quelcmaiftre pilote doit auoir en famainlegouuernail, pour le tour- 
ner à fàdifcretion: autremet le nauireferoitpluftoft péri, qu'on auroie 
prisTaduis de ceux qu'il porte . Ce qui n'eft pas feulement neeeflaire aa 
Prince fouuerain,ains auffi quelquefois au Magiftrat,come nousauons 
ditdePompee,& desdixcommifTaires.C'eftpourquoy Augufte après 
la guerre Aàiaque , fut abfouls par le Sénat de la puifTance des loix , ia- 
çoit qu'il ne fuit que chef de fa Republique >&. non pas Prince fouue- 
rain, comme nous dirons en ion lieu.Depuis Vefpafian l'Empereurfut 
auffi exempté de la puifTance des loix, par loy du peuple exprefTe, com- 
me plufieurspenfent,& qui fetrouuaencores à Rome graueeen pier- 
4. 1. 1. de coaftitur. re,que lelurifconfuke 4 appellela loy Royale: combien qu'il ny a pas 
grande apparece que le peuple , qui long temps au parauant auoit per- 
du toute puiffanec la donnait à celuy qui eftoit le plus fort . Or fil eft 
vnle que le Prince fouuerain,pour bien gouuerner vn eftat, ait la puif- 
fance des loix fous îafîenne.encores eft-il plus expédient aux feigneuis 
en l'eftat Ariftocratique , & neeeflaire au peuple en leftat populaire, 
car le Monarque efl diuifé du peuple:& en l'eltat Ariftocratique les Sei- 
gneurs font auffi diuifez du menu peuple:de forte qu'en Tvne & l'autre 
S" 1 i 'cîel'c République il y a deux parties: àfçauoirceluy,ouceux quitiennentla 
ftac populaire, fouueraineté d'vne part, & le peuple del'autre, quicaufe les difficultez 
qui font entr'eux, pour les droits de lafouueraineté,&qui ceffenr en 
Tefrat populaire. car fi le Prince^ou les feigneurs,qui tiennet l'eftatjfonc 
obligezà garder lesloix,comme plufieurs penfent: & qu'ils ne peuuét 
faire loy, qui ne foit accordée du peuple, ou du Sénat , elle ne pourra 
Je 1 de re^ui? namra ~ auffi eftre 5 caffee , fans le confentement del'vn ou del'autre, en termes 
de droit.-ce qui ne peut auoir lieu en l'eftat populaire,veu que le peuple 
nefaitqu'vn corps.,& ne fe peut obliger à foymefme.Pourquoy donc, 

«5. Plutar. in Mario ,. *, , \ , r . c -r ■ -1 r - i 6 i i l • 

Appianiib.1. dira quelquvn, le peuple Romain railoit-iliermet de garderies loix? 
7S3& Dionefcrit 7 que ce fut vne couitume nouuelle introduite à larequcfte 

d'vn 



LIVRE PREMIER. 105 

dvn tribun ,& depuis fe continua en toutes loix, ores qu elles fufTent 
iniques, & abfurdes:qui n'eft pas refoudre la difficulté. le dy donc que 
chacun en particulier fàifoit le fermét: ce que tous en gênerai n'euflent 
peu faire 3 attendu quele ferment ne fcpeutfaire,à bien parler, que du 
moindre au plus grand. & au contraire en la Monarchie chacun en par- 
ticulier^ tout le peuple en corps, doit iurerde garder les loix, &fàire 
ferment de fidélité au Monarque fouueraiiij qui ne doit ferment qu a 
Dieu feul. duquel il tient le fceptre & la puûTance . carie ferment porte 
toufîoursreueréceà celuyauquel.ou bien au nom duquel il fe fait: qui 
cftlafeuIecaufe,pourlaquellelefeigneurne doit point de ferment au 
vaifal,ores que l'obligation foit mutuelle entre l'vn& l'autre. Mais fil 
eft ainfique le Prince fouuerain ne doit ferment qua Dieu, pourquoy Pourqiloy i e f ei . 
Traian l'Empereur faifoit-il ferment de garderies loix eftant debout gneur ne doibc 
deuantleConful qui effort affis? Il yadoub!erefponfè:premierement P°jJ?J ermec aU 
qu'il ne faifoit ferment finon quand il fut Conful, corne vn chacun des 
Magillrats nouucllement pourueus des offices iuroit au plus grad Ma- 
giftrat,qui fe trouuaft en ville, le premier iour de l'an, apresauoir facri- 
fiéau Campidol.ainfi Traian quelquefois prenoit le Confulat,outrele 
tiltre impérial qu'il auoitj comme auffi faifoient les autres Empereurs. 
En fécond lieu, les premiers Empereurs P^omains n'eftoient pasfouue- 
rains.mais feulement chefs,& premiers des citoyens, qu'ils appelloient 
Principes: & cefte forme de Republique eftoit en apparence, Ariftocra- o U cc'eftdeprin 
tique:en effecT:,Monarchie J & i'appelloit Primcipatv s, en laquelle cipaucé. 
l'Empereur auoit cefte prerogatiue d'ettre le premier, en dignité, en 
honneur, en feance. combien qu'à la vérité laplufpartdes Empereurs 
eftoient tyrans . Et corne vn iour quelques Roys eftranges difputoient 
de leur noblelfe, 8c grandeur à la table de l'Empereur Caligula, il dift îe 
vers d'Homère, ot/x. cLyct.Qoviï'7roAuxsOif>d,n» y ekx.oipa.voc eç*a> } eî$ (èeta-iAivç, c'eft 
à dire, qu'il n'eft pas expédient qu'il y ait plufîeurs Seigneurs, & qu'il ne 
faut qu'vn Roy. à peu, dit Suétone, qu'il ne print alors le Diadefme 
Royal, pour changer la forme de République j qui eftoit vne Princi- 
pauté,en 8 Royaume. Or il eft bien certain que la Principauté, le Capi- s. sucton. in caiîg. 

t\ ■ > n r 1 It-x^i»" " P arum abfuic quin 

taine ou Prince n eit pasiouuerain., non plus que leDucavenize,co- fpedem principes 
me nous dirons en fon lieu . Et quand on prendroit que les Empereurs îe rc r £ sn0Da conucr " 
en effet auoiét empiété la fouueraineté, corne il eft bien certainmeant- 
moins il ne fe faut pas efmerueiller fl Traian , qui eftoit l'vn des bons 
Princes qui fut iamais au monde, iuroit de garder les loix, ores qu'il en 
fuft exempt en qualité de Prince,à fin de donner exemple aux fugets de 
les garder plus foigneufement : mais pas vn des Empereurs deuant luy 
ne l'auoit fait .C eft pourquoy Pline le jeune,parlant du fermét que fift 
Traian, feferie : Voicy, dit-il,vn cas eftrange, & qui iamais n'a efté veu, Serment de Tra- 
que l'Empereur iure de garderies loix., &c. oiïilmonftre., quec'eftoit ian - 
chofe bien nouuelle . Et depuis Theodoric , voulant gaigner la faueur 



iqC DE LA REPVBLICLVE 

du Sénat, & peuple Romain , fuiuit l'exemple de Traian , comme nous 
lifons en Callio dorCyEcce^dit-ilyTraianî noflri clarufècitlis reparamus exem- 
plum.iurafvobisferquem iuratis.Et eft vray femblable,que les aucresPrin- 
ces ont mis cela en couftume défaire ferment à leur couronnement:, 
ores qu'ils ayent la fouueraineté par droit fucceffif . Il eft bien vray que 
les Roys des peuples de Septentrion font des fermens qui dérogent à la 
fouueraineté. & de fait la noblefle de Dannemarccmpefcha le couron- 
nement du Roy Federic au mois d'Aouft m. d. l i x. iufques à ce qu'il 
euft iuréfolennellement, qu'il ne pourroit faire mourir ny confifquer 
homme noble , ains qu'il fera iugé par le Sénat : que tous gentils hom- 
mes auront iurifdidtion &puiflance delà mort fur leurs fugets fans ap- 
pel^ fans que le Roy ait part aux amendes ny côfifcations: que le Roy 
ne pourra donner office fans le commencement duSenac: qui font cous 
argumensque le Roy deDannemarc n'eftpas fouuerain.mais cefer- 
mcntfut premiereméc arraché delà bouche de Fedtric ayeul de ceftuy 
cy,lors qu'il eftoic en guerre cotre Chriftierne Roy de Dannemarc qui 
mourut en prifon,où il auoit efté x x v. ans ; & depuis fut confirmé par 
Chriftierne père de Federic,qui a fait le mefmc ferment :& afin qu'il ne 
peuft y contreuenir, la Noblefle traita ligue auec la ville de Lubec,, cV le 
Roy de Poloigne Sigifmond Augufte:qui n'auoit guère plus de fouue- 
raineté que le Roy de Danemarc. Mais il faut de deux chofes l'vne^'eft 
a fçauoir que le Prince qui iure de garder lesloix ciuilesjiie foit pas fou- 
uerain:ou bien qu'il eft pariure fil contreuient à fon £erment,comnieil 
cftneceiTaire que le Prince fouuerain y concreuienne, pour cafler, ou 
changer,ou corriger les loix félon l'exigence des cas, des temps, & 6cs 
perfonnes .ou bien fî nousdifons que le Prince ne Iaiffera pas d'eitre 
îbuuerain: & neantmoins qu'il fera tenu de prendre l'aduis du Senar,ou 
du peuple,il faudra auffi qu'il foit difpenfé par [es fugets^u fermer qu'il 
aura fait de garder lesloix inuiolablement: &les fugets^qui font tenus, 
Ôc obligez aux loix,foiten particulier, foit en gênerai, auront auffi be- 
(bind*eftrcdifpenfez de leur Prince, fus peine d'eftre pariures : de forte 
que la fouueraineté feraioiïeeàdeux parties, & tan toft le peuple, tan- 
toft le Prince fera maiftre: qui fontabfurditez notables, & du tout in- 
compatibles auec la fouueraineté abfolue, & contraires aux loix,&à!a 
raifon naturelle-Et neantmoinson voit des plus fuffifansfouftenir,qu'il 
eft neceflaire que les Princes foient obligez de faire ferment de garder 
lesloix & couftumes du pays. En quoy faifant ils aneantifl'ent j & dégra- 
dent la majcftéfouueraine,qui doit élire facree pour en faire vnc Arï- 
ftocratie,ou bien vne Démocratie: Audi aduient- il que le Monarque 
fbuuerain,voyanc qu'on luy vole ce qui luy eftpropre, & qu'on le veut 
affugecir à fes loixjilfe difpenfé à la fin non feulement des loix ciuiles, 
ains auffi des loix de Dieu^&r de nature,les faifant égales , Il eft donc be- 
foin de bien efclaircir ce poincTt ici . Car on peut encore dire que par la 

loy 



L I V R E P R E M I E R. 107 

lovde$Medois>&Perfans,les edits du Roy eftoietirreuocables:cequi „ . , 

* / ' . ,. 1t-»i>/i in 9-Daniclcap 6. 

elV répète en trois lieux . & combien que le Roy des Medois voulult La loy des Me- 
exempter Daniel de la peine capitaine portée par l'edit, auquel il auoit do,s - 
contreuenu meantmoins les Princes luy remonftrerét, que ledit par luy 
fait,ne Ce £ouuoitreuoquer,oltant la loy du pays: & de fait Daniel fut 
getté aux Lyons.Si donc le plus grâd Monarque de la terre,ne pouuoit 
cafler les edits par luy faits, nos relolutions touchant la puiflance fouue- 
raine,fontmal fondées, ce qui n'a pas lieu feulement en la Monarchie, 
ains aufïï en l'eftat populaire : comme eltoit celuy d'Athènes 3 duquel 
parlât Thucy dide, monftre que la guerre Peloponefïaque commen- 
ça pour vn edit fait par le peuple d'Athènes, qui oftoit la puiflance aux L °ydesAthcm- 
Magariens,d'aborderau port d'Athènes . lapiainte faite aux alliez d'vn 
tel outrage,contre le droit des gens , les Lacedemoniens depefeherent 
vne AmbaiTade vers les Athenkns., pour les prier de vouloir reuoquer 
l'edit. Pericle, qui lors cftoit toutpuiflanten Athènes, fiftrefponfe aux 
AmbaiTadeurs,que les loix des Athéniens portoiet difertement., que les 
edits publiez,&pendus aux colonnes ne lepouuoientiamais ofter.s'il 
eft ainfi, le peu pie droit obligé, non feulement à Ces loix, ainsencores 
aux loix des predecefleurs . Et qui plus eft, l'Empereur Theodofe veut 
que les edits loiét faits du r confentement de tous les Sénateurs. Ftmef- iihamumêéia- 
mes par l'ordonnance de Loys xi.Royde France, touchant l'inftitu- Loy de l'Empc- 
tion des Cheualiers de l'ordre article v 1 1 1. il eft exprelTément disque reur Theodofe. 
le Roy n'entreprendra guerres,ny autres chofes hautes, & dangereulès, 
fans le faire afçauoiraux Cheualiers de l'ordre, pour auoir, & vferde 
leurconfeil &aduis. Quifaitauffi que les edits denosRoys,s'ilsne font 
leus,pubhez,verifiez,& enregiftrez enParlement 3 auecle cofentement 
de M. le Procureur general,& aprobation de la Cour,n'ont point d'ef- 
fecTr. corne aufïï la maxime des Loix d'Angleterre gardée inuiolable- 
mét,eft telîe:Que fi les ordonnâces portans coup à l'eftar, ne font auto- Couftume d'An- 
rifees du parlement d'Angleterre,elIes ferot° reuoquees en doute. le dy o.poiydore. 
que ces obie&ionsnepeuuetempefcher.quelareiojed'eftat.quenous Comment tous 

^ r r ■ L1 Ml J Ô xx J • ' /i edits font tcuo- 

auonspolee, ne loit véritable, car quant a la loy des Medois, ceit vne cables. 
pure calomnie, que les courrifans drefTerent à Daniel, dépits de le voir 
Prince eftranger,qui eltoit fi haut efleué en leur pays, & à vn degré près 
de la majeité du Roy,lequcl receut leur calomnie , pour faire la preuue 
fi le Dieu de Daniel le garentiroit de la peine,comme il fiit: & aufll toft 
leRoy fiftgetter fes ennemis en lafoiTedes lyons affamez : en quoy il 
monftra bien qu'il n'eftoit pas fuget aux loix ciuiles de fon pays : com- 
me on peut voir aufll en ce que Darius Mnemon , à la requefte d'vne 
ieune dame Iuifue, caifa l'edit, par lequel il auoit ordoné, que la nation 
Iudaïque feroit exterminée . Quanta Pericle, c'eftoit vne occafionde 
guerre qu'il cherchoit,pour efchaper l'accufation de Ces ennemis, com- 
me Theopompe & Timee l'ont afleuré,& Plutarque nel'apasnié.c'eft 



io8 DELAREPVBLIQVE 

pourquoy il dift aux AmbafTadeurs de Sparte,, que les edits vne fois 
pendus aux colônes,ne fe pouuoient ofterrmais ils le payeret d'vn traie 
Laconic^difans qu'ils ne vouloient pas que l'edit fuil ollé,ains feuleméc 
que le tableau fuit tourné . Et fi les edits des Athéniens euflent efté irre- 
2 piutnr.m Dcme- UOC ables,pourquoy voyons nous vne 1 fuyte infinie de loix qu'ils fai- 

tno, Phocione,Dc- N T T. / / 1^1 11 

mofthenc. foient a propos & lans propos, pour doner lieu aux nouuelles? Et pour 

vérifier que Pericleabufoitles AmbafTadeurs , il faut voir la harangue 
que Demofthene a faite contre Leptin, lequel auoit prefenté requelle 
au peuple,tendât à fin, que par edit perpetuel.,&: irreuocable, il fuft dé- 
fendu deflors en auantfuspeinedelavie, deprefenterrequefteau peu- 
ple, pour obtenir aucun priuilege,ny exemption, &fèmblable peine à 
celuy qui parleroit de cafter ledit. Demofthene le fift débouter de fa 
requefte fus le champ,monftrant à veue d'œil, que le peuple accordant 
ceft edit,fe defpoinlleroit non feulement de la prerogatiue qu'il auoic 
d'ottroyer les exemptions,^: priuileges, ains auffi de la puiflance de fai- 
rej&caiîèrlesloixaubcfoin. Ils auoientaufïi vne action populaire des 
loix enfraintes 3 qu'on intentoit contre tous ceux qui vouloient faire 
pafler au peuple quelque edit contraire aux loix ja receuës : comme on 
peut voir par tous les plaidoyez de Demofthene : mais cela iamais 
n'empefchoit,queles nouuelles loix bonnes &vtiles J nefuffent préfé- 
rées aux vieilles loix iniques . Et en cas pareilj'edit gênerai, qui portoit 
que l'amende vne fois adiugee par le peuple, ne feroit iamais rabatue > 
futreuoqué plufieurs fois, & mefmement vne fois en faueur dePericfe, 
& autres fois en faueur deCleomedon, & de Demofthene , qui tous 
j.riutar.inPericie, auoient efté condamnezpar diuersiugcmens du J peuple,chacunàl'a- 
Softhenc.' ac Dc mende de x x x. mil efeus . On dit bien aufïi qu'en ce Royaume l'amen- 
de vne fois payée à tort ou à droit, n'eft iamais rendue: &neanrmoins 
on a veu fouuent le contraire . C'eft donc vne forme de faire,qui eft Ôc 
a toufiours efté en toute République, que tous ceux qui font les loix, 
à fin de leur donner plus grand poids,& autorité,y adiouilét ces mots: 
Claufe des loix p A R edit perpétuel, & irreuocable, &c & en ce Royaume on met au 
P er P e u • commencemétde tels edits, A t o v s prefens,& à venir, &c qui mon- 
firent vn trait perpétuel à la pofterité: & pour monftrer encores plus la 
differéce d'auec les edits faits par manière de prouifio^on les feelle en ci- 
re verd,en laqs de foye verte ôc rouge:& les autres en cire iaune.Et néan- 
moins il n'y en a pas vn perpétuel j non plus qu'en Rome,ovi celuy qui 
publioitvneloy adiouftoitàlafin qu'ilnepourroityeftre dérogé, ny 
par le Senat,ny par le peuple . & fi cela euft eu lieu, pourquoy le peuple 
4 ad Atticumiib. du iour au l'endemain euft-il cafle les loix? Tu fçais,dit 4 Ciceron,que le 
Tribun Claude par la loy qu'il a fait publier, a mis à la fin, que le Sénat., 
nyle peuple,nepourroit y déroger en forte quelc6que:maisileftaflez 
notoire,que iamais on n'a eu égard à celle claufe, Vu nec pcrSenatû> 
necperpopulam lexiitfirmaripofîir: autrement, dit-il,on ne verroit iamais 

loy 



LIVRE PRE M I E R. 109 

loy cafice,veu qu'il n'y a loy qui neponcceftcclaulc: à laquelle néant- 
moins on déroge ordinairement, ce qui eit encores mieux declairé en 
la harangue de Fabius Ambuftus 3 lus l'oppofition des Tribuns 3 qui 
fouftenoicntquele peuple n'auoit peu faire deux Confiais nobles, ob- 
ftant la loy qui vouloir, qu'il ycneuftvn roturier. Fabius dift que la 

1 , • ■ 1 1 f • Il '- J 1 1 û. • S- quod poftrcmum 

loy des xij. tables } portoit, que le dernier madement du peuple eltoit iu/Et P op..iusidra- 
le plus fort . On voit donc euidemment que les Perfes , Medois, Grecs, JkTiofcllSb c 
& Latins, vfoient de mefme forme,, pour valider leurs edits & ordon- «^ncio.$.nniia,^ 

r . -t 1 r • n 1 r bligano de ver. Lille 

nances, que font nos Roys,quimettet quelquestois celte claule, Sans àq U o.$. tempeftiuu 

- 1 1 rr r /V il J / ad Trebel.l. lî quis 

que par cy après il puiile par nous, ou nos lucceiieurs y eitte déroge: in P rinci P io de k- 
ou S a n s auoir égard à la dérogation , que dés à prêtent nous auons titàséStiaiat 

declarec nulle. Et toutesfois on ne fçauroit 6 tellement fe donner loy, £• jf fideicommifl*. 

» j' cAiexa.c0nhi.ii4. 

qu'on nef'en puilTe départir,, commenous auons dit : car l'ediâ: qui le Hb.<j.p a nor.incap; 
/. l r J (T N 1 J A lV P ro diorum de pr- 

iait après, porte touiiours dérogation expreile a la dérogatoire: Aulii btà. 

Solon ne voulut pas obliger les Athéniens de garderies loix à ïamais, 

ains il fe contenta qu'elles Fuflent gardées 7 cent ans: & toutesfois bien 

toft après , luy viuant , & prefent, il peut voir le changement d'icelîes. 

Et quant a la vérification des edits faits par les cftats, ou parlemcns, elle 

eft de grande confequence, pour lesfaire garder, non pas que fans icel- 

lele Prince fouuerain ne puifTe faire loy :autïi Theodofedit 8 hurnanum f :i ?', a :*- 1,UIÎ12num ' 

" ' I * de le^ib.C. 

effe 3 pour monftrcr que le contentement du Sénat, non tarn necefïitatis ?• 1 «ligna v 0X . de 

n K \ j ■ l ■] j 1 ni- > /T 1 confti.prin. Cl. ex 

ejtj quam humamtatis. comme en cas pareil quand il eit dit, que c elt cho- imperfcao.deiega. 
fe bien feante 9 à vn prince fouuerain de garder fa loy : par ce qu'il n'y a J e Ï2c a °' 
chofè quileface plus craint,& reueré des {u£ets:& au côtraire il n'y a rie lL D lu ;, us lib î- 
qui plus r auale 1 autorité de la loy,que le melpris qu il en rait , comme «tui.qmfeadum tf£- 

l -r • r r> • 1 r a \, ■ r J 11 reMart.bud.intra- 

dnoitvn ancien Sénateur Romain, Lemus ejt,& "vamw Jua décréta toile- aa.H?princip.verf. 
reqttàm aliorum . Mais fî le Prince défend de tuer fur peine de la vie, n'eft vcrcfremï^ TMi 
il pas obligé à fa loy ?icdi que celle loy n'eft: point fienne, mais c'ett la ^ itut & a q»aFeiin. 

L O J X 1 . \ mcap.i. col.io.veri. 

loy de Dieu, & de nature, à laquelle il eft plus eftroittemcnt * obligé <p nr - Ai«and.cô- 

1 r o » /IJ-rr' 1 r hl.iitf.cano.fùncque 

que pas vn des lugets, ce n en peut eltre dupent e, ny par le Sénat, ny par dam. zf . q .i.specui. 
le peuple, qu'il n'en foit toulïours reiponfable au iugement de Dieu, dd.mhSïcontS 
qui en fait information àtoute rigueur, comme difoit Salomon. c'eft 
pourquoy Marc Aurele difoit que les magiftrats font iuges des particu- 
liers : les princes des magiftrats , & Dieu des Princes . V oila l'aduis des 
deux plus fages princes qui furet onques.ie mettra y encores celuyd'An- 
tigon Roy d'AfieJequel oyant dire à vn flateur , que toutes choies font 
iuftes aux Roys:Ouy,dift-il, aux Roys Barbares, & ty ras . le premier qui 
via de celte flaterie fut Anaxarque entiers Alexandre le grand, auquel il 
fîft: croire que la deeileluftice eftoit àladextrede Iupiter, pour mon- 
trer que les princes ne font rie qui ne foit iufte.mais toit après il efprou- 
ua cette iuftice, cftat tombé entre les mains du Roy de Cypre fon enne- 
my,quile fift rompre fus vne enclume. Scneque dit bien tout le côtrai- 
re, Cœjàri cum omnia licentj propter hoc minus licet. Et par ainfî ceux qui di- 

k 



ius.C. 



no DE LA REPVBLiqVE 

fcnt gencralcment,que les princes ne fontpointlugets aux loix,nyme£- 

mes à leurs conucntions,i'ils n'exceptent lesloix 3e Dieu & de nature, 

9. Accurf. ini.prin- & lesiuftcs conuétions & traittez faits aueceux,ils fontiniure 9 à Dieu, 

"piuurni^poph. ftls " c font apparoir d'exemption ipecialc,comme on dit en matière de 

: ^.* cor ' u- a priuilcffes.EtmcfmcDenystvran deSicilediftàfamere.qu'il pourroit 

:.l. îuspublicum de IO, /* 3 ll 

paa.s i ncmopotcft bien la difpenlcr des loix , & couftumes de Syracufe , mais non pas des 
j.V?j.diuus.dcfc loix de 1 nature Et toutainfi que les contrats, &teftaments des parti- 
oux h fu iongïcon- ctilkrs , ne * peuuent déroger aux ordonnances des magiftrats , ny les 
iu-ud.c. c jj ts ^ es magiltrats aux couftumes , ny les couftumes aux loix ' généra- 

les dvn Prince fouuerain : auiTi lesloix des princes fouuttraihs , nepeu- 
uent altérer, ny changer les loix de Dieu & de nature. Et pourcefte cau- 
fe les maçiitrats Romains auoieiit accouftume de mettre à la fin des re- 
queftes,& loix qu'ils prefentoient au peuple^oureltre en terinees,cefte 

4 . Ciccro pro Cx- 4 c l au f e ^ $ I QJV ID IVS NON ESSET E.E.L.N.R. eM ta. UgC ïlïhilum 

j.Àrno. Botrw. in. rogaretur. c'eft à dire, {'il y auoit choie qui ne fuit. iufte, &raifonnable, 
normTt.inTap.qux qu'ils n'entendoient paslademâder.Etplufieursfe font'abufez dédire, 
i B ceckfurum de ] Prince fouuerain ne peut rien ordonner contrclaloy de Dieu,fii 

conftmit.ex l.quoti- ^ 1 / , * 

esdcpredb imper, n eft fondé en raifon apparente . &quelle raifon peut on auoir de con- 

C.Felin.ind.c.col.f. • \ 1 i i i^T- tl i-P 6 rC n i\ In 

vcrf.Hmita.&coi.H- treuenir a la loy de Dieu? lis dilent auiiique celtuy-la que le Pape a 
va:'" c înnocer, C t . iu difpenfé des loix diuines , cft afleuré enuers Dieu . ie m'en rapporte à la 
cap.cumoiim coi i ver j t é \\ refteencores celte obiectio : Si le Prince eft obligé aux loix de 

de cler. cornu. & in O 

c.i.coij.&i 4 .dec6 ; nature, & que les loix ciuiIesfoicntequitables,&raifonnables,ilf enfuit 

fhtu. Panor. in c. eu -. i* • r rC 1 • • i « \ 1 r 

Reniflent, coi. \ de c- bien que les princes lontauiii tenus aux loixciuiles. &acelaleraporte 

le£tion . Innocent. i./~ • r\ • v 1t t-M l f nr« •/ • / 

Anton. Butnoimo- ce que diloit Pacatius a 1 Empereur Tneodoie,/4«/w» tibiltcet quantum 
d^.TeHn.VnTap* f** * € & êS licebit . le refponds que la loy du Prince fouuerain concerne le 

ou* iiiecdefurum. public, ou le particulier, ou l'vn &rautreenfemble:&entoutcas.qu'ii 
dccoA1t.coL7.Tcrf. r » r i>l j c 1 

demum. eit queltion du pront contre 1 honneur: ou du profit qui ne touche 

•oint l'honneur: ou de l'honneur fans profit : ou du profit ioint à 
['honneur: ou bien de ce qui ne touche ny le profit , ny l'honneur, 
quand ie dy l'honneur, i'entendscequiefthonnefte de droit naturel:& 
quant àcepoindtil eft refolu que tous princes y font fugets: attendu 
que telles loix font naturelles , ores que le Prince les face publier : & à 
plus forte raifon quand la loy cil iufte & profitable.fi la loy ne tou- 
che ny le profit ,ny l'honneur, il n'en faut point faire eftat fi le pro- 
fit combat l'honneur , c'eft bien raifon que l'honneur l'emporte : com- 
me difoit Ariftide le iufte, que raduisdeThemiftocle eftoit fortvtile 
au public, &c toutesfois deshonnefte & vilain, mais fi la loy eft profita- 
ble, & qui ne face point de brèche à la iuftice naturelle, le Prince n'y eft 
point fuget, ains il la peut changer,ou caiTer fi bon luy femble,pourueu 
que la dérogation de la loy apportant profit aux vns, ne face dommage 
aux autres (ans iufte caufe . carie Prince peut bien cafTer & annuller vne 
bonne ordonnance , pour faire place à vn autre moins bonne , ou 
meilleure : attendu que le profit , i'honneur,la iuftice, ont leurs degrez 

de plus 



R 



LIVRE PREMIER. m 

de plus & moins. Si doncqucs il eft licite au Prince, entre les loix vtiles, 
faire chois des plus vtiles , aufïi fera-il entre les loix iuftes & honneftes, 
choifîr les plus équitables , &plus honneftes : ores que les vns y ayent 
profit , les autres dommage , pourueu que le profit foit public , & le 
dommage particulier, mais il n'cft pas licite au fuget de contreuenir aux 
loix de Ion Prince , foubs voile d'honneur , ou de iuftice . comme fî au 
temps de famine le Prince défend la traitte des viures : chofe non feule- 
ment profitable atipublic, ains aufli bien fouuent iufte & raifonnablc: 
ilnedoibt pas donner congé à quelques vns d'en tiret au preiudice du 
public,cx des marchas en particulier : car foubs ombre du profit que les 
flatteurs & couratiers emportent, plufieurs bons marchans foufrrent 
dommage,& en generaltousles fugets fontafïamezr&neantmoinscef- 
fant la famine,&ïa difette, il n'eft pas licite au fuget de contreuenir à le- 
dit de fpn Prince,files defenfesnefontleuees:& ne luy appartiétpasde 
fonder (a contrauention en l'équité naturelle, qui veut qu'on aide à l'e- 
ftranger,Iuy faifant part des biens que Dieu fait croiftre en vn pays plus 
qu'en l'autre, car la loy qui defend.,eft plus forte que l'équité apparente, 
fî la defenfè n eftoit directement contraire à la loy de Dieu , & de nature. 
Car quelquesfo is la loy ciuile fera bônne,iufte,& raifonnable : & neat- 
moins le Prince n'y doit eftre fuget aucunement . comme fil défend fus 
la vie de porter armes,pour mettre fin aux meurtres & feditiôs,il ne doit 
pas eftre fuget à fa loy : ains au contraire il doit eftre bien armé , pourla 
tuition des bons,& punition des mauuais. Nous feros mefmc îugement 
des autres edits & ordonnances , qui ne touchent que partie des fugets, 
& qui font iuftes, pour le regard de quelques perfonnes, ou iufqu'à cer- 
tain téps,ou en certain lieu, ou pourla variété des peines qui dépendent 
toufiours des loix ciuiles, ores que les defenfes des crimes foiét de droit 
diuin& naturel. Aufquels edits & ordonnances les Princesne font au- 
cunement tenus , finon tant que la iuftice naturelle des edits a lieu : la- 
quelle ceffant , le Prince n'y eft point obligé , mais bien les fumets y font 
tenusjiufqu'à ce que le Prince y ait derogé.car c eft vne loy diume,& na- 
turelle,d'obeir aux edits & ordonnances de celuy à qui Dieu a donné la 
puiffance fur nous : fî les edits n'eftoient directement contraires àla loy 
de Dieu , qui eft par deffus tous les Princes . car tout ainfi que l'arriére- Le prince eft te- 
vaffaldoibt ferment de fidélité à fonfeigneur,enu ers & contretous,re- "f^ 1 conu5 - 
(èruéfon Prince fouuerain : aufïi le fuget doibt obeiffance à Ton Prince 
fouuerain, enuers & contre tous, referué la Maiefté de Dieu, qui eft fei- 
gneur abfoîu de tous les Princes du monde . De cefte refolution nous 
pouuons tirer vne autre reigle d'eftat , c'eft à fçauoir , que le Prince 
ibuuerain eft tenu aux contrats par luy faits, (oit auec fon fuget 3 foie 
auecques l'eftranger . car puisqu'il eftgarcnd aux fugets des conuen- 
tions,& obligations mutuelles qu'ils ont les vns enuers les autres , à plus 
forte raifon eft il debteur de iuftice en fon fait :côme la Cour de Parle- 

kij 



rions. 



ii2 DE LA REPVBLIQJE 

ment de Paris referiuit au Roy Charles ix.m.d.lxii i. au mois de 
Mars, que fa maiefté feule ne pouuoic rompre le contract fait entre 
luy & le Clergé, fans le confentement du Clergé, attendu qu'il eftoic 
debreurde iullice. Et me fouuient d'vne decifion de droit touchant 
les Princes, qui mérite eftregrauee en lettres d or dedans leurs grottes 
& Palais , qv' o n doibt mettre entre les cas fortuits , fi le Prince con- 
«AicT.imkr.confii. treu i ent a fa promette/ & qu'il n'eft pas à prefumer au contraire, car 
in i .rcicripta.de P re- l'obligation eft double : Tviie pour l'équité naturelle, qui 7 veut que 

cibus jmp.ofkr. C , ° rC r • I» le 

iacob Bmrigar.ini. les conuentions, & promeiies ioient entretenues;! autre pour la foy 
J.i.i.&pSjE ' du Prince , qu'il doibt tenir , ores qu'il y euft dommage 3 parce qu'il eft 
îd'apScam^de guarend formel à tous fes fugets de la foy qu'ils ont entr'eux: & qu*il 
rciudic - n'y a crime plus deteftable en vn Prince que le 8 pariure.c'eft pour- 

9 . Panormit. Auto, quoy le Prince fouuerain doibt eftre touflours moins fupporté en 
in cap. rdc prohat iuftice que Ces fugets , quand il y va de fa promené . car il ne peut ofter 
S^Bs. C ° n ^' 147 ' l'office donné à ion fuget fans iufte caule : & le feigneur particulier 
i iindcbitidecon- j e p eut f a j rc . CO mme il fe iuge ordinairement. & fî ne peut ofter le 

dic.indeblircrum T v n - l r r 1 & r- F 1 

amotar. Uxhociu- net alonvailal ians cauie, les autres ieigneurs le peuuent,par lesma- 
EidAngdeoa. " ximes desfiefs. Qui eft pour relpondre aux docteurs canoniftes,qui 
d'étui b.&in""pT P i! ont eferit que le Prince ne peut eftre obligé que naturellement -.parce 
«. adhxccoi.j.ca- n ue . difent-ils . les obligations font de droit ciuil : qui eft vn abus: 

ûrefisinUignavox T . } > 3 fc, • t . ri * • n j 

de ie S ib. c.Dcciuf car il elt bien certain en termes de droit, que il la conuention elt de 
to ï. ex imp^rfedo droit naturel, ou de droit commun à tous peuples, & l'obligation, 
confiUo^u^! 0115 & l'action ' feront de mefme nature . mais nous fommes en plus forts 
? .Bwtoi.ini.proM- termes , car le Prince eft tellement obligé aux conuentions qu'il a 

bereS plane quod > . t> *»| » 

vi.BaUincj.deaa- aucc les lugets , ores qu elles ne loient que de droit ciuil, quil ny 
deprobar. «t.&în peut déroger de fa puiiîance abfolue : comme les 1 docteurs en droit 
PanoniVc.^od'tîe prefque tous demeurent d'accord : veu que Dieu mefmes , comme 
iudiciis ■ spccui. in fc t \ ç Maiftre des fentences , eft tenu de fà promette . Attemblez moy, 

ut.neinitru. ecut. $. 3 I ' 

nunc dicendum. fi- ° dit-il, tous les peuples de la terre, affin qu'ils iueent entre mon peu- 
ne Ancara. confil. ï. , r .% \ r •> ï r • « i» r • wl C 

vtfadumPeiiainc. pie & moy., ni y a choie que 1 ay deu faire , & ne 1 aye fait ? Il ne faut 

j.de P robat. donepas reuoquer en doubte,commc quelques ' docteurs ont failli le 

o Hicrcm Prince ayant contracté auecques (es fugets, eft tenu de fa promefle : dc- 

quoy il ne fe faut efbahir,veu qu'ils ont fouftcnuquele Prince peut 

4 l.namhocnatura c l . r c , , ,, A r n r « 

de condicind. i. fi faire Ion profit du dommage d autruy lansiulte caule : qui elt contre 
CSTd*p2m- 4 ta l°y de Dieu, & de nature . Et partant il fut iugé pararreft s du Par- 
citat.i. Antiochcnfi- l emen r q UC lePrince peut bien donner fon intereft à celuy qui eft con- 

um.de pnuueg. cre- 3 x * *% c t ' r 

o»t- demné . & non pas l intereft ciuil de la partie : & paflant plus outre la 

5 gallus notat.q 184. r / \ •••» rr 1 111 • r 

partes. Cour a préfère la partie ciuile au nique , pourle regard de la peine . Et 

6. confenriunt Bar- n 1 / 1» 1 t -11 -1 .C J* In 

toi Accnrf Aiexand. par autre arrelx donne 1 an m. c c c l i. Je xv. Iuillet, il fut dit que le Koy 
inh!svoc.cTànor C pouuoit dçroger aux loix ciuiles, pourueu que cefuft fanspreiudicedu 
confii. 6. ub.i.Boer droit des particuliers , qui eft pour confirmer les décidons que nous 
7 . iudicatum anno auons pofees, touchant la puifl'anceabfoluè'.Et de fait le Roy Philip- 
kj. "**' pe de Valois par deux teftaments qu'il fift l'an m. cccxlvii.cV 

m. ceci. 



LIVRE PREMIER. 113 

m.d.ccc l. (qui font au trcfor de France , au cofre intitulé les tefta- Tcftamcnt de 
ments des Roys,nombre cclxxxix.) adioufta la claufe dérogatoire Philippe de Va- 
aux couftumes, & loixciuiles, comme n'eftant point obligé àicelles. 
& flft le femblablc en la donation faicle àlaRoynelexxi.Nouem- 
bre m.c c cxxx. quifetrouueauregiftre lxv 1. lettre d. cccxxvii. 
combien que l'Empereur Augufte en cas lemblable, voulant plus don- 
ner à fa femme Liuia, qu'il n'eftoit permis parla loy Voconia, deman- 
da difpenfe au Sénat, (ores qu'il n'en fuft befoin, attendu qu'il eftoit oDion.iib.j*. 
long temps auparauant difpenfe des loix ciuiles) affin de mieux affeurer 
(à donation , d'autant qu'il n'eftoit pas Prince fouuerain , comme nous 
auons dit: autrement il n'y euft efté aucunement tenu, comme il fut 
iugé en plus forts termes par arreft de la 8 Cour, que le Roy n'eftoit pas 8 .i'anu8i. 
tenu aux couftumes du retraict lignager , quand on voulut racheter 
de luy le Conté de Guynes, ores que 9 plufieurs tiennent le contraire. m^!cou1ie«nI 
c'eftpourquoy nous voyons es anciens regiftres que le Roy Philippe *i>-c.& in ci.de 

1 ™ 1 * "1 I '■ 1 rk I 1 r» • 1 w il- 1 nac.fcudi.homi.c6- 

le Bel, quand il érigea le Parlement dePans,&deMont-pellier,de- fiM.coi.r.iib.j.Fa. 

I »•!-/*'• ! • -r> r rv i bcr.inl. digna vox. 

airaqu ils ne leroient tenus aux loix Komaines. ht aux érections des de îegib.c Baid.& 

vniuerfitez, toufiours les Roys ont déclaré, qu'ils entend oient rece- ^«ulL^Tiï 
uoir la profelTion du droit Ciuil, & Canon pour en vfer à leur difere- ste- 
non, fans y cftre aucunement obligez. Et pour mefme caufe Alaric 
Roy des Gots,defenditfus la vie, d'alléguer le droit Romain contre fes 
ordonnances : ce que M. Charles du Moulin ° ayant mal pris l'appelle o.in confuctud. feu- 
Barbare : mais il ne fift rien que tout Prince fouuerain ne puiffe, &doy- 
ueiuftement fairercomme en casfèmblable Charles le Bel en ce Roy- 
aume, fift defen(è d'alléguer les loix Romaines contre les couftumes: 
ce qui eft auiïî porté par vn ancien arreft , que i'ay leu aux regiftres de 
la Cour, par lequel cela eft expreffément défendu aux Aduocats, en 
trois mots , Li Aduocats ne foient fî hardis de mettre droit eferit , con- 
tre la couftume. Et mefme Oldrad I eferit que les Roys d'Efpagne fi- r.coafii.^.confue- 
rent vn edict à ce qu'il n'y euft perfonne , fus peine de la vie , qui alle- 
gaft les loix Romaines . & iaçoit qu'il n'y euft ny couftume, ny ordon- 
nance au contraire, fi eft-ce que telle defenfe emporte , que les iuges 
ne peuuent, & ne doyuent eftre contraints à iuger félon le droit 
1 Romain: & le Prince beaucoup moins, qui les en difpenfe , remet- *.eùwrc vcimur,& 
tant cela à leur diferetion . Mais ce feroit crime deleze maiefté,d'op- BeSugVTn fpccuïo 
poferle droit Romain à l'ordonnance de fon Prince. Et d'autant qu'on 
en faifoit meftier en Efpagne , Eftienne Roy d'Efpagne fift defenfe d'y 
lire les loix Romaines , comme eferit \ Polycrate . & par autre ordon- , ib Sc>11> 
nance 4 d'Alphons x.il eftoit enioint à tous magiftrats daller au Roy, 4-ujfcfHM»i& a 
quand il n'y aura ordonnance , ny couftume. En quoy 'Balde feft y-mi-nea» po teft 
mefpris,quand il dit, que les François vfènt des loix Romaines pour rai- tocudïïuV cp" 
fonfeuIemét,& que les Italiens y font tenus: car les vnsy fontauffi peu mmf y adic -"P-». 
tenus que les autres : iaçoit que l'Italie > l'Eipagne, le pays de Prouence, 

k iij 



H* DE LA <REP VBLIQJVE 

Sauoye,Langucdoc,Lyonnois vient du droit Romain, plus que les au- 
tres peuples : & que l'Empereur Federic Barbe- roufle ,fift publier les 
luircs des loix Romaines , la plufpart dcfquellcs n'ont aucun lieu en 
Italie, & moins encores en Alemagnermais il y a bien différence entre 
le droit, & la loy. l'vn n'emporte rien que lequité.-laloy emporte com- 
mandement . car la loy n'eft autre cho(e,que le commâdement du fou- 
uerain , vfant de fa puiflance . Tout ainfi donc quele Prince fouuerain 
n'eft point tenu aux loix des Grecs,ny d'vn eftranger quel qu'il foit,au£- 
fî n'eft- il aux loix des Romains , & moins qu'aux fîenncs, finon entant 
qu'elles font conformes à la loy naturelle , qui cft la loy à laquelle dit 
Pindarc, que tous Roy s & Princes font fugets :& ne faut point excepter 
t. Angci.iai.} .§. fi is p a pe , ny l'Empereur : comme quelques flateurs 6 difentjque ces deux là 
quewrisfe° ^ peuucnt prendre les biens de leurs fugets fans caufe : auffi plufieurs do- 
~Jb. «c'KonViL cteurs, & mefmes les 7 Canoniftes deteftent cefte opinion la 3 comme 
Mnincqu.Tincc- contra j re à la loy deDieu: mais c'eft trefmal limité de dire.qu'ils le peu- 

clefiarum.dcconlti- . J 'i i 

va. Raphaël Fuiçof. uent faire de puiflance abfoluë : & vaudroit mieux dire par force, & par 
c.fabcr.ins.fed na- armes : qui eft le droit du plus fort, & des voleurs: veu que la puiflance 
^BanoiÏBTid'in 1. âbfoluë n'eft autre chofe, que dérogation aux loix ciuiles,comme nous 
item fi verberatum. auons monftré cy deflus . & qui ne peut attenter aux loix de Dieu, qui 

Ç.uquis. derei vin- J i »i > i. •*• 

die. Bart Aicxand & a prononcé haut & clair par fa loy , qu'il n'eft licite de prendre, ny mef- 

dd.inl.i.deconfti- * . *f J >~l f J 

tu.pccu.Baid &An- mes conuoiter le bien d autruy . Or ceux qui loultiennent telles opi- 

Sîiîfprxfïr^r! c" nions , font plus dangereux que ceux-là mefmes qui les exécutent : car 

ils monftrét les griffes au ly on , & arment les Princes du voile de iuftice: 

puis la malice d'vn tyran abreuué de telles opinions, prend fa carrière 

bniakuLaiembe. d'vne puiflance abfolue , & prefle les pafTions violentes, faifànt qu'vne 

de facrofan. C. Aie- j . • rr ■ j i 1 i 

«n.confii . i. coi. 7 . auance deuient conhlcation , vn amour adultere,& vne cholere meur- 
& {«]- 1 ; b - 1 % con r \- tre. & tout ainfî que le tonnerre va deuâtl'efclair, encores qu'il femble 

loi. col. 6. & conlil. 1 X 

37.co].j.cynusini. tout le contraire: aufti le mauuais Prince eftant depraué depernicieufes 

refcnpta q3.de pre- _. , , , ., o 1 I 

cibusimpe. c. An- opinions, tait palier i amende deuant 1 acculation, &Jacondemnation 
Ak'xanX coj^îl 89. deuant la preuue . Combien que c'eft vne s incongruité en droif,de di- 
^ 1 coi Ii pendt eâ re c l ue ^ e P fmce p eur chofe qui ne foit honnefte : veu que fon pouuoir 
Archidiacon.incap. doibt toufiours eftre meluré au pied deiuftice. ainfî parloit Pline 9 le 

lusciuile. &ibi car- . . . 1 r 1 • n rr \ 1- 

dinai.Aicxaudiftin. ieune de 1 Empereur Traian ^Vt enim fœliatatis est pojle quantum velis: 

ï.Dynus in régula fi- r •/••// > rr J- 111 J ' 

ne cuipa. de rcgui. Jic magmtudinis velle quantum pojjis : qui veut dire que le plus haut degré 
fy b n<J'c P tl"de P regum ^e Don heur, c'eft de pouuoir ce qu'on veut :& de grandeur, c'eft de 
«Tic < b vou ^°^ r ce qu'on peut . en quoy il monftre que le Prince ne peut rien 
fig. Akx.confii. S9- qui foit iniufte. Aufll c'eft mal parlé de dire que le Prince fouuerain a 
conftit 8 P °rinc. puiffan.ee de voler lebiend'autruy, & de mal faire: veu que c'eft plus- 
% ?. mpancgyrico. to fti m p U i(nince,foiblefie,&lafchcté de cueur. Si donc le Prince fouue- 
rain n'a pas puifian ce de frachir les bonies des loix de nature, que Dieu, 
duquel il cft l'image,apofees, il ne pourra auflipredre le bien d'autruy 
fans caufe qui foit iufte & raifonnable/bit par achapt, ou efchange,ou 
confîfcation legitime,ou traiclant paix auec l'ennemi., fi autrement elle 

nefc 



Bal. in 1. Eene à Ze 
none col.2. eo.Barc. 
inl.vk. coi.i.(î edera 
ius.C.Cynus & Al 



LIVRE PREMIER. n 5 

lie fepeut conclure, qu'en prenant du bien des particuliers, pour la co- 

feruation de l'cftatiquoy que plufieurs 'ne foient pas de ceft aduis. mais u Hoftic , nf in "p- 

j. J X l ii./-. r quanto oc mreiu- 

larailonnaturclleNeutquelepublicfoit préféré au particulier. Ôc que ™a. Bucrio ibui.coi. 
les iugets reiaichent non leulement leurs îniures, & vengeaces, ains auili bcUtofa* àeia. 
leurs biens, pourle falutde la République: comme il le fait ordinaire- i U d.Utéfiverbera- 
ment , & du public au public , & du particulier à l'autre . Ainfi voyons SSJ'|S.«>n2 
nous au traicîé de Peronne , fait pour la deliurâce du Roy Loys x i. pri- «tfwp.Corne.con- 

, , , . 'i r 1- 1 r • î nl.too lib.r. Alexan. 

ionnier ou Conte Cnarolois, qu il rut dit que leleigneur deTorci ne confii.ifiib.j.coU. 
pourroitfaire exécuter fon arreft cotre le fieur deSaueufes. Ceft pour- ijïïoi! "!&°confii. 
quoy on a loué Thrafibule, lequel après auoir chalTé les xxx. tyrans !£.&.V£!iS 
d'Athènes, fiit crier l'oubliance générale de toutes pertes &iniures en- eonfii.»*.&confii. 

i • l- r rr J • il- r, r 1 • / r . ?flib.i.nu.i.& con- 

tre les particuliers, qui rut aulii depuis publiée en Rome par le traitte fait fil »# *w UImu 

entre les côiurez, d'vnc parr,& les partifans de Cefar, d'autre. Et toutef- 
foison doibt chercher tous les moyens de recompenfer la perte des 
vns,auec le profit des autres: & fil ne le peut faire fans trouble, on doibe 
predre les deniers de l'efpargne, ou en emprunter: comme fin: Aratus, 
qui emprunta foixante mil efeus , pour ayder àr'embourfer ceux qui 
auoientefté bannis, &chaiTez de leurs biens, qui eftoientpofîedez, & 
prefents par longues années. Ceflant donc les caufes que i'ay dit, le Prin- 
ce ne peut prendre,ny donner le bien d'autruy,fans le confentement du 
feigneur. & en tous les dons, grâces ,priuileges, &a£tesduPrince,tou£- 
iourslaclaufe,SA v F le droicd'autruy,eftentédue,ores qu'elle ne fuft Laforcecieclau- 
exprimée-. Et de fait celte claufe appolèe en l'inueftiture du Duché de ^Saaf le droit 
Milan, que fift l'Empereur Maximilian au Roy Loys xn. fut occafion 4 Fe!ininca P quçm 
de nouuelle guerre, pour le droitque lesSforceipretendoiétau Duché, ^c^^Mtctt. 
que rEmpereurnauoit peu^ny voulu donner . Car de dire que les Prin- fii-3^ fineiib i.iafo 
ces font feigne urs de tout,celà f'entend 4 deladroidtefeigneuric, & iu- aioncs.de fâcrof.c- 
iticefouueraine, demeurant à chacun lapoilelïion, & propriété de (es tindiclmet'^cS- 
biens. Ainfi difoit Seneque, 5 ^Ad'Reges potefias omnium pertinet> ad fingu- S c ;^ eapol " llb ' 4 ' 
los proprie tas. &peu après, Omnia *Rex imperio pofiidet 3 finguli dominio. Et j- ,ib \7-.5-4-* J- dc 
pour cefte caulè nos Roys par les ordonnances, & arrefts delà Cour, «. Gaiius.q.jj. 
6 font tenus vuider leurs mains, des biens qui leur font efcheus par droit 
de confifcationoud'aubeinejfils ne font tenusde la couronne nuémét, 
& fans moyen,afrm que les fèigneurs ne perdent rien de leurs droits . Et Le prince moins 
il le Roy eft debteur de fon fuget, il foufîre condemnation . & affin que P d . u,lc S ié 4 uck 
leseftrangers,& la pofterité lâche de quellefincerité nos Roys ont pro- 
cédé en iuftice, il le trouue vn arreft de l'an. m. c c c c. x i x. par lequel 
le Roy fut débouté des lettres de reltitution qu'il auoit obtenues, pour 
couurir les dcfFaux contre luy acquis. &: par autre arreft donné l'an 
M c c lx vi. le Roy futcondamnépayerladixmeàfon curé des fruidts 
de fon iardin . les particuliers ne font pas traittez fi rigoreufement : car Que le prince 
le Prince fouucrain n'eft iamais reftitué comme mineur, eftant touË nc , ft P^ inc reft 
iours réputé maieur , quand il y va de fon intereft particulier : & néant- 

k iiij 



tue comme mi- 
neur. 



uC DE LA REPVBLIQVE 

-. i. R Cm? ubii«m. moinsla Republique 7 eft coufiours réputée comme vn mineur , quieft 
dciiucRcipqbiÇ. p 0Urrc fp ndre à ceux qui font d'opinion, que la Republique ne doibt 
s.sicbw.s-J :.i point eftre reftituee 8 en ce qu'ils confondent le patrimoine du Prince, 
^"XkSS^Ï allcc ^ Diel1 P UDnc : 4 u i e ^ toufiours diuifé en la monarchie , & tout vn 
saia.ini.vit.ouom n \' c [\ àZ populaire & Ariftocratique. Ainfi voit-on la droiéhire de nos 

jppcl.Alcxan.nl l.i. ii / 1 r / 1 r» L1* 

çjnuncuîio.denoui Koys,&: 1 équité des Parlemens rayant prerere la République aux parti- 

opcris.AcciMlius in i- « i • !• r> o r n t 

i..m P cra:oic$a c rc cuhcrs , & les particuliers aux Roys.& le trouue encores vn arreftdu 
llc^ntt.u. IdX Parlement donné contre le Roy Charles v 1 1. par lequel il fut condam- 
fiiaiCFciin.incap. n £ j c fourTrir qu'on coupait les bois qu'il auoit près la ville de Paris, 

rntermtans. col. 4. 1 1 l 1 • 1. 1 

detefbb.Atttin.co- pour l'vfaçe publiceii gênerai, & de chacun en particulier, &qui plus 
dcciCuo- caftrenf. eltle pnsluy fut taxe pari arrelt, ce qu on ne reroit pas avn particulier. 
K.c^cxquibVaïfis Lors on pouuoit iuger à veue d'œil la différence d'vn vray Princeau ty- 



£ t a pe^aSnaPM-' ran •' car combié qu'il fuit grand Roy & vi ctorieux de tous Ces ennemis: 

tica in cadem 
tentiafnifl 



dem fen- fleft-ce qu'il fe rédoit plus doux,& ployableàlaraifon,àTequité, &au 
ÏÏanu^. iugementdefes magiftrats.,que le moindre de fesfugets. cVneantmoins 

MeïoknenC tinli. au mefme temps 9 Philippe Marie Duc de Milan 3 derTendoit de pafTer, 
de principe. traeeter les riuieres , & l'vfaec d'icelies fans auoircongé de luy, qu'il 

Si le Prince cft / & s . 1 K i J- r 11 r " 1 

tenu des conué- vendoit a prix d argent . Nousauons dit nuques îcy en quelle lortc le 
nons de fes pre- p rulce c ft ( U get aux loix,& aux conuentions par luy traittees auec Ces fu- 
t.de quibus cin Bar gcts : refte à voir f'il cft fuget aux contrats de fes predeccflèurs, & Il telle 
dïnafdê kgib! c". obligationeft compatible auec la fouueraineté. Pour refoudre en brief 
i a r e .ini.i.dcconrti- vnc i n £ n i t é de queftions qu'on peut faire à ce propos :ie di que fî le 

tut. pnnc.rr.Fehn.iu T, ^ i n rr 1 

cap. traniiato. de Royaume eft héréditaire , le Prince y eft auui bien tenu que feroit vn 
héritier particulier par les reigles de droit:& en cas femblable,fi le Roy- 
aumeeft déféré par teftament ,à autre qu'au prochain lignager : comme 
Ptolemee Roy de Cyrene,Nicomede RoydeBithynie, AttalusRoy 
d'Afie,Eumenes Roy de Pergame firent le peuple Romain hériter de 
leurs Royaumes,eftats & principautez : ou bien le Royaume eft déféré 
parteftament au plus prochain lignager, comme celuy d'Angleter- 
re, qui fut laiffé par teftament du Roy Henry vu i.à Edouard v. &à 
luy (ubftituee Marie la fœur,& à Marie Elizabet, qui ontiouy del'eftat 
fuccefïiuement- En ce cas il faut diftinguer, fi l'héritier inftitué veut 
accepter Teftat en qualité d'héritier, ou renoncer à la fuccefiîon dute- 
newris non veniût ftateur , & demander la couronne en vertu de la couftume & loy du 
&SSHZ. pays: & au premier cas Je fuccclTcur eft tenu des fki&s, & promeuves de 
"vtinnocétinca fon predeceiTcur , comme (eroitvn héritier particulier: mais aufecond 
veritatis de iurciu- cas , il n'eft point tenu aux faicts de fon predecefîcur, encores qu'il 
3 .Baid. in dtui.de P a- euft iuré : car le ferment du predecefleur ne lye point le fuccefTeur . 
CuLcSommMini maisle fuccefleur eft tenu en 3 ce qui feroit tournéau profitdu Royau- 
Ci^c&IncT me • C' e ft P our q uo y 1 e R°y Loys x i i.quand on luy demanda l'artil- 
princ.de natur.reud. Jerie qu'on auoit prefté à Charles vu i.fift refponfè qu'il n eftoit point 

tex in ci.de probat. _ . * . . , L . . i r ■ \ 11 i 

Ybi.ddAHiia.decif. Ion héritier, lay veu&leu,de plusrraiche mémoire les lettres du Rov 

t8».iiu.7.dcc.i7.nu.5. t- j t . r • • r r • 

François 1 1. du x i x . Ianuier , m. d. l i x. qui clcrit ainii aux icigneurs 

des 



LIVRE PREMIER. 117 

des ligues: Iaçoit que nous ne foyons tenus au payement des debtes. , R 

fàiiles par feu noftre treshonnoré feigneur & père : pource que nous François n. aux 
n'auons appréhendé celte couronne comme Ton héritier .-mais par Ja Sui ^ cs> 
loy & couftume généralement obferueeen ce Royaume.,depuis la pre- 
mière inftitution d'iceluy : laquelle ne nous oblige feulement qu al'ob- 
feruation des traittez fai&s, de paflczpar nos predecelîeursRoys, auec 
les autres Princes, & Republiques , pour le bien, & vtilité de celte cou- 
ronne, toutesfois defirant delcharger la confeience de feu noftre dit 
f leur & père, nous nous fommes refolus d'acquitter celles, qui fc trou- 
ueront loyaument deues,&c. vous priant modérer les interelts à la mef- 
me raifon, qu'ils ont cours en vos pays >Ôc qu'ils font permis par vos 
loix. &c. ce qui futaccepté parles Suilîes., &i'intereft qu'ils prenoient à 
la raifon de feize pour cent, fut réduit à cinq pour cent. Parquoy ceux- 
là fabulent, qui farreftent aux propos tenus au couronnement des 
Roysde France pource regard : car après que l'Archeuefque de Reims 
a pofé la couronne fus la telle du Roy , les douze Pairs de France y pre- 
ftans la main, luy dit ces mots : Arreftez vous icy ,& dés maintenant 
ioùiffezde l'eftat lequel iufques icy vous auez tenu par fucceflion pa- 
ternelle, & maintenant comme au vray héritier vous eu: mis entre les 
mains, de l'autorité de Dieu tout puiflant,&: par la tradition que nous 
Euefques,& autres feruiteurs de Dieu prefentemét vousenfaifons . Car 
il eft certain que le Roy ne meurt iamais, comme Ion dit, ains fi toft que 
l'vn eft decedé, le plus proche malle de fon eftoc,eftfaifi du Royaume, 
&enpoilelîion d'iceluy auparauant qu'il foit couronné: °cVn'eft point 0>Iugépararreft(Iu 
déféré par fuccelfion paternelle/mais bien en vertu de la loy du Royau- 19 "l urill4 1 ? 8 :, . . 

I" r m a / ^■ / ^ r- o. Cynus&dd. in!. 

me. Si donc le Prince fouuerain a cotracre en qualité defouuerain pour Jigna vox. de con- 
chofe qui touche l'eftat , & au profit d'iceluy , les fuccefleurs y font te- m™a P .ï! n de'n«utâ 
nus: & beaucoup plus fi le traiâéf'eftfaitduconfentemétdeseftats,ou SS îSbbSî 
des villes & comunautezprincipales,ou des ParIemés,ou desPrinces, & tu ™" uY C firis do- 
plus grands feigneurs., ores que le traictéfuft dommageable au public: mumïocad.ff. 

- 1 1 r r. u II- • \ r ■ r \ t\ • " o» r j. argu.cap. dile&o 

attedu la roy,& 1 obligation des lugets. mais 11 le Prince a cotracte auec deprzbend.Baid.in 
l'eftranger, ou bien auec le fuget pour chofe qui touche le public, fans Jnot?S«p5ri«it 
le confentement de ceux que i'ay dit,fi le cotract porte grand preiudice Sj55tÏ35 
au public,°lefuccefleurenl'eftatn'yeftaucunement tenu: & beaucoup vires -^ «»e.abbate 

• ri •- 1 • 1> t o • 1 1- ,*. fane, derciudic. Is- 

moinsj ni y viet par droit d élection : auquel cas on ne peut • dire qu il fo.iatein LtcoLj.de 
tienne rien dupredecefïèur : comme il feroit fil auoit l'eftat par refigna- nlnSceS'q.ï 
tion.' mais fi les actes defon predecefteur ont tourné au profit public, q.^.&^To.ibiï.Baid. 
toufiours le fuccelfeur 6 y eft tenu , quelque qualité qu'il prenne, autre- j" tU v d c c rb p o a " c con f " 
ment ilferoit permis de tirer profit au dommage d'autruy, par fraudes, forum, texcincap.i. 
& voyes indirectes^ la Republique pourroit périr au befoiiijque per- 7 Y n 7mïoc uatura. 
fonne n'y voudroir mettre la main,cotre l'équité & raifon 7 naturelle. Et dcuidia - ui(icbff - 
par ainfi les arrefts du Parlement, qui font au liure intitulé 0//>w,donnez 
l'an m. cclvi. &M.CCXCIHI. par lefquels il fut dit que le Roy ne 



nS DE LA REPVBLIQVE 

fcroitp oint rcnu des obligations de Ton predcccfleur, ont eftc déclarez 

comme i'ay dit,parplufieurs autres arrefts donnez encasfemblable.& 

s. « proœmbde- neantmoins l'opinion de Balde * aefte aufll reprouuec, qui veut qu'on 

oite l'eftatau Prince fouuerain,fil ne met à exécution le teftament de 

Ton predeceffeur: fans faire les diftinclions que nous auonspofees.Mais 

dira quelquvn, pourquoy faut-il diftinguer,puifque tous Princes font 

fugets à garderie droit des gens ? or les conuentions, & dernières volo- 

,. i.ci hoc iurc.de tezen dépendent.' ie dineantmoins que ces diftinâions y font neceffai- 

?u? Andr.in cap. rcs - car I e Prince n'eft pas plus obligé au droit des gens, qu'aies propres 

vie de immuuitatc e dits.& (1 le droit des g£s eft inique Je Prince y peut déroger par fesedits 

en fon Royaume, & défendre l à fès fugets d'en v(èr -.comme il feftfaic 

du droit des efclauesence Royaume, iaçoit qu'il fuft commun à tous 

peuples, & le peut faire auffi es autres chofes femblables, pourueu qu'il 

ne face rien contre laloy de Dieu.Carfîlaiuftice eft la fin de la loy, la 

loyceuuredu Prince, le Prince image de Dieu, il faut parmefmefuitte 

de raifon,que la loy du Princeioit faire au modelle de la loy de Dieu. 

T>F PV^NCE TR1*BVTA IRE OV F EV- 
dataire, &fil eftfouuerain, &de la prerogatiue d'hon- 
neur entre les Trinces feuuerains. 
C H A P. IX. 

este queflion mérite vn chapitre feparé^'autat qu'el- 
le n'a rien de commun auec les anciennes marques de 
fouueraineté, qui eftoient auparauant le droit des fiefs, 
vfitez partoute l'Europe, &c l'Aile, de plus encores en 
Turquie qu'en lieu du monde : car les Timariots en 
^Turquie ne tiennent les fiefs qu'ils ont,pour feruir en 
guerre,que tant qu'il plaift au Ro y des Turcs, qui ne les donne pour le 
plus qu'à vie . iaçoit qu'on baille aux Timariots plufieurs cenfiers, auec 
[epapier terrierdetous Iesdebuoirs, & rentes du fief, qu'ils appellent 
Timar, c'eft à dire en leur langue,vfufruicl. peut eftre que lemot vient 
du Grec Tj^v&Timarfignifieroit honorable vfufruicl:, qui eft la vraye 
i. «p. r.de ns qui nature 1 du fief,exempt de charges roturières . & pour cefte caufe le vaf- 
(ba:. un: arc po " fal,és anciennes loix des LombarSjfappelleLeude, qui veut dire franc,ô- 
Aldius^OM^Alàia. affranchi : d'où le mot A laudiû eft tiré, £7* laudimia^ui 
font les iods & droits deuz au feigneur , pour l'acqueft du franc fie£ 
Nous auons dit cy deuant que celuy eft abfolument fouuerain , qui ne 
tiét rien,apres Dieu,que de l'efpce.S'il tient d'autruy, iln'eftplus fouue- 
o.quiafcmiordinc- rain, comme dit vn Poète , EJJefit eftferuum > iam nolo lïicarius ° ejfe : Qui 
ïïsimperabant. ac R ex e ft> Regem Maximenon baheat . Si donc ceux qui tiennent en foy & 
hommage ne font pas fouuerains : il n'y aura quafi point de Prince fou- 
uerain.Etfi nous accordons que ceux qui tiennét en foy & hommage, 

ou qui 




LIVRE PREMIER. u 9 

ou qui font tributaires,foient fouuerains, il faudra confefler par mefme 
fuitte de raifons , que le vafTal, & le feigneur : le maiftre j & le ferukeur: 
font égaux en grandeur,enpuiffance, en autorité. Et toutesfois les do- 
cteurs x en loix ont tenu que les Ducs de Milan, Mantoiïe, Ferrare, Sa- *. Caftrenf. ceofik 
uoye,& melmes îuiques aux' Contes iontlouuerains. qui contrarie bie f,i. I9 i.nux curc.iu- 
fort à la maxime que nous auons pofee. Parquoy il eft befoin d'efclarcir &Z'££^&^ 
celte queftion, qui tire après foy le poinct principal de la fouueraineté, 8 Paris con iî L »■ nu - 

i. • i»i 1 • • > n- i ly.lib i. Boflius tuul. 

&la prerogatiued honneur entre les princes., qui n eihment rienplus decrimmemaieftat. 
cher en cemondc. Or nous auons monitré au chapitre de la protection, ^au u ./.dcDudb" 
que les princes qui font en protection , fil n'y a autre fugetion , retien- aSSiSS 
nent la fouueraineté: ores qu'ils ayéttraicté alliance inégale, par laquel- conjH.+.Ub.j.iafo 

ni r» Il con "'."7. Cacher- 

le ils font tenus recognoiitre leurs protecteurs en tout honneur. Mais il ran.dcdf.pcdemô- 
y a bien differéce entre ceux qui font en protection fimplemet,& ceux 3 ïmnus'dc comira- 
qui tiennent en foy,& hommage. Quand ie di foy & hommage, i'entes Si^S^caW 
le ferment de fidélité, la fubmiffion , le fèruice , & debuoir du vafTal en- Imo1 - i&™* m Ci- 

» c _ i -i i manum.Alcxandru, 

uers le leigneur. Nous rerons donc nx degrez des moindres aux plus Barbatiam. 
grands 3 outre celuy qui eft abfoluëment fouuerain, & qui ne tient de J^onT* 
Prince,ny de feigneur,ny de protecteur . Le premier eft le Prince tribu- 
taire,qui eft moindre au traitté^que celuy auquel il doit tribut : & neât- 
moins il retient tout droit de fouueraineté 3 fans autre fubmiflion à ce- 
luy auquel le tribut eft payé. Et combien qu'il femble eftre plus greué, 
que celuy qui eft en protection,!! eft-ce qu'en efFect il eft plus grandicar 
en payant le tribut qu'il a promis pour auoir la paix, il eft quitte, & n'a 
que faire dautruy pour défendre fon eftat. Le fécond eft le Prince qui 
eft en protection qui eft moindre que le protecteur, corne nous auons 
dict , & que le Prince tributaire : d'autant qu'il ne fe peut guarentir de 
l'inuafion de fes ennemis, fans Payde, & protection., & femet foubs le 
bouclier dautruy . Le trofiefme eft le Prince fouuerain d'vn pays, & 
hors protection : &neantmoins vafTal d'vn autre Prince pour quelque 
fief: pour lequel il doibt l'honneur, & feruice porté par fon adueu . Le 
quatriefme eft le vafTal (impie, qui doibt la foy, & hommage du fief 
qu'il tient, &n'eft point Prince fouuerain d'autre feigneurie , ny fuget 
de celuy duquel il tient le fief. Le cinquiefme eft le vafTal lige d'vn Prin- 
ce fouuerain, duquel il n'eft point fuget naturel. Le (îxiefme eft le fu- 
get naturel ^foit vafTal, oucenfier, ou bien ayant terres feudales,ou ro- 
turières, ou en franc aleu, qu'il tient de fon Prince fouuerain & naturel 
feigneur, ou recognoiftfa iurifdiction:ou qui n'a ny feu,ny lieu.,& 
neantmoins eftiufticiable & fuget de fon Prince, au pays duquel il eft 
natif. rayfaictceftediftinction,pourofterlaconfu(ionque plufieurs 
font du fuget^auec le vafTal: & du vafTal (imple,auec l'home lige : & tie- 
nentque l'homme lige doibt toute obeifTance au feigneur enuers, & 
contre tous : & que le (impie vafTal referue le fuperieur : & neantmoin? 
il n'y a que le fuget qui doibt obeifTance. Car le vafTal foit lige, ou (îm- 



,2o DELAREPVBLIQJVE 

pie, fil n'eft fuget, ne doibtquele fcruice , & hommage porté parfoa 

îuueftiturc : & l'en peut exempter en quittant le fief ians fraude . mais 

le fu crée naturel, qui tient en fief, ou en cenfiue, ou en franc aleud,ou 

qui n'a rien du tourne le peut exempter de la puifTancede fon prin-r 

ce fins fon vouloir, & confentement,ainfi que nous auons monftré 

au chapitre du citoyen . Le fimple vaffal , ne doibt prefter le ferment 

a (on feigneur qu'vne fois en fa vie : encores il y a tel vaffal, qui n'eft 

i.tit n.u.Quxfim jamais tenu à prefter ferment . car le fief peut eftre 2, fans obligation 

mitt.jnngifter.inrc: de faire la foy : quoy que die M. Charles du Moulin : 3 mais le fuget 

f*g\o'.A.i.xJïa.i9.iû quel qu'il foit , eft toufîours tenu de prefter le ferment , toutesfois 

^ftuiquniitcriura- 4 & qualités qu'il plaira à (on Prince fouuerain,ores qu'il ne fuftny 

te debcat.cap.ij. vaffal, ny cenfïer , & qu'il ne tint rien en franc aleud , ou qu'il fuft Euef- 

„ .. ; que Mans aucun temporel < Quant à l'homme liée , il n'eft pas re- 

j.M.ig.fter m régal. ~1 . ■• p m F . ^— b > f • > I 

aecii.i.&i5.Moh.n- quis quil ioit luget du ieifHKur duquel il tient :& le peut taire quil 
tul.dcfeud.§. 4 «.q.i. / *: r b . & \ *■ r ■ ■ i» r 1 o 

&i. lera prince iouueram , tenant quelque lcigneune dautruy en roy & 

hommage lige . il fe peut faire aulfi qu'il fera fuget naturel dvn prince, 

& homme lige d'vn autre , à caufe du fief, ou bien vaffal fimple d'vn 

feigneur, fans eftre fuget, & homme lige d'vn autre, & naturel fuget 

d'vn autre duquel il fera iufticiable,& ne tiendra ny fief, ny cens de 

luy . Car le vaffaldu vaffal , n'eft pas pourtant ny vaffal , ny fuget du 

é.ifemmcap.irnpc- me fme feigneur : fi ce neftoit pour le regard du mefme 6 fief. Mais 

n aleni. $. illud.de £j r t? 

prohibka feudi aii. [\ e ft befoin d'exemples , pour efclarcir ce que iay dit : Nous trou- 

Bartol.ini. claudius. i t» i a i lITol 1- 

quipotiores.Guido uons que les Roys d'Angleterre , ont rendu la roy & nommage lige 
Roy'sd^Angieter aux R° vs de France , pour tous les pays qu'ils tenoient pardeça fa mer 
rc ancîés vaffaux horfmis les Contez d'Oye,,&de Guynes. Et neantmoins ils tenoient 
« oys erra- | es R^oyaumcs d'Angleterre & d'Hibernie en fouueraineté,fans rc- 
cognoiftre prince quelconque. Depuis l'an m. c c x i i. ils fe con- . 
ftituerent vaffaux du Pape &: de l'Eglife Romaine : & non feulement 
vaffaux, ains aufïî tributaires : outre le don annuel dvn fterlin pour 
feu , ottroyé anciennement par Inas Roy d'Angleterre , l'an d.ccx l. 
& augmenté par Etelphe > qu on appelloit les deniers iainâ Pierre, 
car il fe trouueque Iean Roy d'Angleterre, du contentement de tous 
les Contes, Barons, & Seigneurs du pays,fe conftitua vaffal du Pape > 
& de l'Eglife Romaine: &aduoùa tenir en foy & hommage les royau- 
mes d'Angleterre de d'Hibernie : à la charge d'en payer de cens , & ren- 
te annuelle,, & perpétuelle, mille marcs defterlins auiourSainc~t Mi- 
chel, outre le denier Sainct Pierre que i'ay dit : & en rendit la foy, & 
hommage au Légat duPape Innocent ni. l'an m.c c x i i i. en.prefèncc 
de fon Chancelier, del'Archeuefque de Caturberi,de quatre Euefques, 
de fix Contes, &deplufîeurs autres feigneurs :1a Bulle en fut expédiée 
en forme authentique, dont i'ay veu la copie en vn regiftre du Vati- 
can extraie!: par mandement du Chancelier du Prat, lors qu'il eftoit 
Légat . Et combien que Thomas le More Chancelier d'Angleterre 

fut 



LIVRE PREMIER. m 

fut le premier qui fouftint le c6traire,fi cft-ce que de Ton temps mefme, 
& iufques à ce que le Roy Henri v 1 1 1. fereuolca contre le Pape l'an m. 
d. x x x 1 1 1 1. le cens,& tribut annuel fut toufiours paye. Et porte l'acte 
de foy & hommage rendu au Pape Innocent 1 1 1. que le Roy d'An- 
gleterre cria merci de fes péchez, quimoftrebienquecefurpourcou- 
urir le parricide par luy commis en la perfonne du ieune Artusfon ne- 
ueuDuc de Bretaignc, & fuccefTeur légitime du Royaume d'Angleter- 
re. car pour la mefme caufe dix ans au parauant,Philippe le Conquérant 
luy confifqua les Duchez de Normandie, Guy ene, Anjou, Touraine.le 
Maine, & tous les pays où il pouuoit prétendre aucun droit par deçà la 
mer., que les Roys d'Angleterre tenoient en foy & hommage lige du 
Roy de France : & neantmoins ils eftoiét fouuerains du Roy aume d'Ef- 
conc,d'autant que Conftantin Roy d'EfcofTe,enfemble tous les Barons R oys d'Efcofle 
du pays,en firent la foy & hommage au Roy d'Angleterre Adelftan:& a"" Roys d'An* 
depuis encoresBaluol Roy d'Efcoffe , en prefta lafoy & hommage au gkterre. 
Roy d'Angleterre j excepté lesxx x 1 i. Ifles Orcades,quifont tenues en 
foy &hommage du Royaume de Noruegue,& doiuent au nouueau 
Roy venant àla couronne dix marcs d'or : comme il fut arrefté entre les 
Roys d'Efcofle & de Dannemarc,pour mettre fin aux guerres, quife 
font reueillees pour les mefines Ifles l'an m. d. l x i i i i . comme i'ay apris 
des lettres de M. Danzai AmbafTadeur pour le Roy en Dânemarc.Vray 
eft que les Roys d'EfcofTe n'ont point voulu recognoiftre les Roys 
d'Angleterre depuis que Baluolen fift hommage . car cobien que Da- 
uid Roy d'Efcofle fift ce qu'il peut enuers i^cs fugets, pour confentir que 
le Royaume d'Efcoffe fuit tenu en foy Ôc hommage d'Angleterre,fi eft 
ce qu il demeura neuf ans en prifon : & par le traité fait entre Edouard 
m.fon beau frère & luy, il fut dit qu'il fortiroit,àîacharge ques'ilne 
pouuoit gaigner ce poinct làfurlesEftats , qu'il demeurait en paix. Et 
quant au Royaume d'Hy bernie,il faut auffi excepter le Cote d'Argueil, 
quelaRoyne mefme d'Angleterre confefle Prince fouuerain . Autant 
pouuons nous dire du Roy de Dannemarc, qui eft fouuerain en partie LcsRoysdeDâ* 
du Royaume de Norueguc , fans recognoiftre Prince quelconque : & nemarc anciens 
neantmoins il tient de l'Empire^nfoy & hommage lige partie du Du- va(Iaux dc Em " 
ché de Holfteing:& anciennement il tenoit en la mefme qualité le pays 
de Dannemarcqui n'eftoit que fimple Duché, 7 quâd le Duc Canut en 7. nduod. inhift. 



Sclauo cap.jo. 



rendit lafoy & homage à l'Empereur Lothaire: & depuis Federici. Em- ^TmeSnis 

pereur,enuoya 1'efpee & la couronne à Pierre 8 de Dannemarc,erigeant 

fon pays en Royaume,à tiltre d'honneur feulemét, èc à la charge qu'il en 

rendroitlafoy ^ chômage à l'Empire. Etneantmoins ceux que i'ay dit, 

n'eftans point fugets ; & ne recôgnoiffans Prince quelconque , finon à 

caufe des fiefs qu ils tiennent des autres Princes, font quittes de la foy 8c 

hommage,& du feruice,en quittât les fiefs fans fraude. le di fans fraude: 

car il n'eft pas licite au vafTal de laiiTer fon feigneur au befoin , ores qu'il 

1 



cap.17. 



1*1 DE LA REPVBLIQJE 

ma cJIk fcudf* vouluft déguerpir le fief,& qu'il n'y aie 'autre peine que la perte du fief, 

à celuy qui abandonne fon feigneur en guerrerfi cft« ce qu'il fait vn pre- 

iudice irréparable à fon honneur, qui demeure engagé^pour vn tour (î 

lafche, d'auoir quitté fon feigneur au danger : veu que par le ferment de 

î. cap.i.hicfiniwr fidelité,le vaffal, mefmcmcnt celuy qui eft lige., doit 1 fecou^fufteon- 

sÀicxan. cooSL^. tre fes frères & enfans. Il y a bien quelques Iurifconfultes, * qui font d'a- 

iib.« &i;*.«> . uls ^ ^ u »-j c j - c f ccours au f c ig neur contre fon père . mais fi le vaflal eft 

auiii luget,il n'y va pas feulement de fon fief,& de fon honneur.s'il quit- 
te fon Prince fouuerain au befoin , mais encores lavie y pend, quand il 
5.1. non omnei.de- ne feroit que fîmpl'c 3 foldat , quin eft pas à beaucoup près il fuget que 
BtiiSasUba? 1 le vaflal. Et nefautpass'efmerueiller,fî Iean deMontrort,& Pierre Ducs 

Les anciens Cô- de Bretaigne, ne voulurent oncquesauoùer, qu'ils fuffent hommes li- 
res de Bretagne . . o . » - 1 \. t 
vairaux de Fran- gesdes Roys de France, pour le regard du Duché dcbretaigne: &par 

cc « deux fois les Chanceliers de France ont entré en différend contre les 

Chanceliers de Bretaigne . Et combien que Charles v. & v 1. Roys de 

France, fiffent apparoir de deux actes de foy & hommage faits par les 

4,1'annot. Ducs de Bretaigne, à 4 Philippe le Conquérant, & à ' Loys vi 1 1. neant- 

Du'cTde Brerni- moins les Ducs ne voulurent pointfaire l'hommage lige , & furentre- 

gne anaensvaf- ceusàfimple hômaee. vrayeftquerhommaeeligercnduàLovsv 11 1. 

fàuxdesRoysde > n r 1 • J 1 • 1 C T • ° 1 n. ' 

France. 11 eltoit que pour la vie de celuy qui lerailoit , comme il elt porte par 

l'acte, & fans y obliger fes fucceffeurs : & l'autre acte , qui clï du ieune 
Artus,n'eftoit pas pur & fimple^ins feulemct conditionel,& à la char- 
ge d'eftre reftituépar Philippe le Conquérant, es pays& feigneuries 
dont il ettoit débouté , ce qu'il ne fift pas . Or les actes vrais ôc legiti- 

*iA£tusicgitinjide mes ^ ne reçoiuent point de condition : & l'acte de foy ôc hommage 
moins que pas vn . combien qu'à la vérité les anciens Comtes de Bre- 

7.Grc»oriusTtiro- taigne eftoient vrais fugets,& hommes 7 liges des Roys de France,com- 
me on peut voir es Hiftoires de Grégoire Euefque de Tours: & s'eftans 
reuoltez,furent affugetis par Charlemaignc^cV depuis encores par Loys 
le Piteux,auquel ils firent hommage, & rendirét toute o beiffance,com- 
me on peut voir es Hiftoires de Floard & Guy tard, que lesvns appel- 
lent Witard, petit fils de Charlemaigne : & pour vne autre rébellion 
contre Charles le Chauue l'an m. ccclix. furent aceufez aux eftats 
delezemajefté, qui ne peut auoir lieu, finon du fuget naturel, enuers 

s. Baid.cynus.saii- fon Prince 8 fouuerain . Et depuisHerifpon Comte deBretaiçuie amen- 

cet.inl.quifciuisadl. 1 \ r a ' t-- i /» « 1 >v-«1 1 1 r-»1 t > n 

iuiiam maicftat.c. da la rautc, ôc rendit la roy & nommage aCharJes le Chauue. car îlneit 
pas vrayfemblable que les Roys de France euflent receu pour com- 
paignon au Royaume de France le Capitaine Conan chafîé d'Angle- 
terre par les Saxons. Et s'ils fetrouuent qu'ils ayent eu grâce del'hom- 
mage,par la faueur de quelque Roy de France : cela ne pouuoit porter 
preiudice aux Roys fuccefleurs,& encores moins à la couronnc.Et qui 
plus eft aux trairez entre les Roys de France ôc les premiers Ducs de 
Normandie.il eft exprellément dit, que les Comtes de Bretaigne ferôc 

vaflaux 



LIVRE PREMIER. **, 

vaflTauxdesDucsdeNormandie,aufquelsiIs 9 ont rendu fouuentlafoy 9 . chroniques de 
& homage:ce qui eftoit impoffible, s'ils n'euiTent efté vaffaux, & hom- orman 1C ' 
mes liges de la couronne :veu que les Ducs de Normandie r ont rendu i.auxmefmeschro- 
lafoy & hommage lige aux Roys de France. Et s'il eft certain que iamais m i ucs * 
le vaffal ne prefeript la foy & hommage contre Ton feigneur, comment 
pourroit le fuget preferipre la fugetion contre Ton Prince ? Par ainfi le 
Senechal de Renes,home docl^ne peut fouftenir que Pierre de Dreux 
Prince du fane", furnommé Maucler,ait quité la fouueraineté de*Bre- V fus Ics «ouftumes 

1 y i n • rr 1 r 11 deBretaigne. 

taigneauxRoysde France, veu quileitoit vallal, cVluget naturel du 
Roy: &neantmoins en accordant l'hommage, il eut referuation defai- R cga i es re f crU e- 
reordonnances,donnergraces,aiTembler les eftats du pays, prendre les es aux Ducs de 
confifeations, mefmes en crime de leze majeflé , les droits de regales es rcta, S nc ' 
eglifes^ la garde gardienne. Car pour les Comtez deMontfort,&de 
Vertus, ils ont toufiours rendu la foy & hommage lige aux Roys de 
France,comme i'ay par les actes extraits du threfor de Frâce.Il y a donc 
bien différence de celuy qui tient Amplement en foy & hommage,n'e- 
ftant point fouuerain, ny fuget du feigneur féodal: & de celuy qui eft 
fouuerain d'vn païs,& vaffal d'vn feigneur pour quelque fief: & de ce- 
luy qui eft en protection feulement: ou qui eft tributaire d'vn Prince Le Prince qoiti- 

J 1 r ■ r r 1 r n_ ] r r» • r entd'autruyn'cft 

ayant louuerainete lur les iiens,ou qui eit naturel luget. Parainunous point fbuuerain. 

conclurons , qu il n'y a que celuy abfoluëment fouuerain , qui ne tient 

rien d'autruy -.attendu que le valTal,pour quelque fief que cefoit,fuft-il 

Pape,ouEmpereur,doitferuiceperfonel.,àcaufedufief qu'il tient. Car 

côbien que ce mot de Seruice en matière de fiefs , & en toutes les cou- 

ftumes , ne face aucun preiudice à la liberté naturelle du vaflal , fi eft-ce 

qu'il 5 emporte droits 3 deuoirs , honneur & reuerence au feigneur feo- ? t itui.quaiiteriura- 

dahquin'eft point vne feruitude réelle., ains elle eft annexée. & 4 infepa- «Hebearvaflài.cap. 

1 1 1 1 r* « > n r \ • r c • 1 J- & d "°b tequentib. 

rable de la perlonne, &nenpeut eltre arranchi, linon en } quittant le &titui.quœf U itpri- 
fief. pourueu qu'il ne foît point fuget naturel du feigneur féodal, du- m^dL cu l a " 
quel il ne fe peut exempter en quitantle fief. Quand ie di quel'homma- § .^nb"^ 5 c h ^ 
ge.&feruice perfonel., eft infep arable du valTal . cela eftfi vray , que le iu ! s vocan - Moh "' 

6 rl r , ■ / M a 7 ■ glo.4.S.i-nu.j4. 

vailalnepeut s enaquiterpar procureur: comme il eitoit permis par y " P . vnico.de vaf- 

1J 1 C C • n. ' J r* o a? Talo qui contra con. 

le droit des hers,qui eit reprouue pour ce regard en Europe, & en Alie, ftirut Lotharij. 
& mefmes en Italie, où le droit des fiefs a pris origine,comme plufieurs ^.dcrerumdfmfio 4 .' 
penfent:carLoysSforce £ouuerneurdc Lombardieenuoyafon agent ne - . 
en France au Roy Charles vin. pour obtenir deluy, queionnepueu perquosfiatinueftL 

¥>k J \yf-1 f n. 1 *Ci i Propofuusin§.om- 

Duc de Milan, ruit par luy receu araire nommage par procureur, pour nes.coLvMcfeudo 
le Duché de Genes:ce que le Roy ne voulutpas accorder . & mefmes il tratiam ^d5wt°hi 
fetrouuearreftauxregiftres de la Cour, du i x. Décembre., m. ce ce l «p- *• §• verum de 

O , ' J ltutareg.hb.6. 

xxxvi- par lequel il fut dit, que le Marquis de SalufVes feroit receu de 
grâce fil plaifoit au Roy,à luy faire la foy & hommage par procureur,à 
la charge que le pluftoft qu'il pourroit il viendroit enperfonne. & de- 
puis y eut autre arreft pour femblable caufe cotre le feigneur d'Ormoy, 

1 y 



ii 4 DELAREPVBLIQJ'E 

le xn. Mars m.d.xxxvi. & au contraire le feigneur féodal peut con- 
traindre fon vafîal à rendre la foy & hommage à Ton procureur^commc 
il fe fait ordinairement, &s'eftfaitcnuers les Roys d'Angleterre , lors 
L'hommage eft qu'ils eftoientvafTaux de France: de forte mefmes que le procureur du 
pcrfoncl. vailal pupil n y eft pas receuable, auquel pour cefte caufe on dônefou- 

france iufques à ce qu'il foit en aage : s'il ne plaift au feigneur féodal re- 
ceuoir fon procureur, comme fiit le Roy Loys x i. quircceut àfoy & 
hommage.,par Philippcs de Comines fon Amba{Tadeur,la mère du ieu- 
ne Galeaz Duc de Milan, pour le Duché de Gènes, & en paya cinquan- 
te mil ducats pour le relief. Et pour cefte caufe , au traité fait entre le 
Roy Loys x i. & Maximilian Archi-duc d'Auftriche,l'an m. c c c c. 
ix xx n. auL vi. article, il fut exprefTément dit, que les fugets départ 
& d'autre feroient receusà faire hommage par procureur: qui autre- 
ment y euffent efté contraints en perfonnes , s'il n'y euft eu maladie, ou 
autre empefchement iufte & railbnnable,ou que ce fuft vn corps & 
College.car le feigneur féodal a notable interehV, que la perfonned'vn 
grand feigneur , qui luy doit hommage, ne foit changée pour vn fa- 
quin. Qui fut la caufe pout laquelle il fut arrefté au traité d'Amiens,fait 
entre Philippes le Bel Roy de France, & Henri Roy d'Angleterre, l'an 
m. ceci n. que le Roy d'Angleterre viendroit en perfonne prefter la 
foy & hommage lige, fans condition, s'il n'eftoit détenu de maladie, 
fans fraude , auquel cas fon fils aifné viendroit . & par autre traité fait 
l'an m. c c c x x x. entre le Roy Philippes de Valois & le Roy Edouard 
m. ilfutauiTi dit, que le Roy d'Angleterre viendroit en perfonne ren- 
dre la foy & hommage lige, fi l'empefehement que i'ay dit,n'y eftoir, 
lequel neantmoins ceffant le Roy viendroit . & par le traité de paix fait 
m. ce l ix. entre Loys ix. Roy de France & Henri Roy d'Angleterre, 
il eft porté par article expres^que le Roy d'Angleterre rendroit au Roy 
„, de Frace la foy & hommage lige en perfonne (au quel fer m et il n'y any 

8. ritul.de auxi.vafla- _ . T . y r b r r ' „ i r * i ï i - 

ii.infcudis.ckmcnt. Pnnce,ny Pape.ny Empereur excepte ) & la forme de 1 homage portée 

speaïîhi^.VuoQi- parletraité del'anM. cccxxxi.entreleRoy Philippes de Valois &le 

amdcfcud. j^ Q y £d {i arc J 1 1 1. e ft telle : Le R o y d'Angleterre ayât les mains iointes 

entre les mains du Roy de France, &celuy qui parlera pour le Roy de 

Frâce dira au Roy d'Angleterre, Vous deuenez homme lige du Roy de 

Frace, qui ici eftjcôme Duc de Guyene,& Pair de Frâce,Côte de Poitou 

Forme d'hôma- & de M6ftrueil:&luy promettez foy & loyauté porter: dites, Voire:& 

gc fan par les [ e r ov d'Angleterre dira,Voire. Alors le Roy de France receura le Roy 

rc aux Roys de d'Angleterre à la foy, & à la bouche . Le femblable fut fait par Charles 

France. r ov Je Nauarreau Roy Charles v. l'an M.cccLxx.auquelil promiftfoy 

oJroiflàrt. <, | ' o " ■ ' - o ■ 

& loyauté porter.,enuers,& cotre tous,qui peuuet viure & mourir : îa- 
çoit qu'il fuft alors Roy fouuerain de°Nauarre,& qu'il pretédift aufti la 
fouueraineté deBearn^qui eft encorindecife.La forme de l'hômage iim 
ple,preftépar Iean de M6tfort,Artus 1 1. & Pierre i i.Ducs de Bretaigne 

eft 



LIVRE PREMIER. u S 

eftfemblable,horfmisIemotdeLige:& fe fait par tout en la mefme for- 
me^ plus precife par le vaiîal fuget , que par ccluyqui neft pas fuget 
naturel du lèigneur féodal, car le Roy d'Angleterre Edouard 1 1 1. eftât 
venuàAmyens pour faire hommage au Roy de France, refufaioindre 
fes mains entre les mains du Roy, & s'en retourna en (on Royaume, où 
ilfutfixmoisàdcbartrefuslaformcderhommage > aueclesdeputezdu 
Roy de France,& aflèmbla les eftats pour en auoir refolution . en fin il 
accorda riiommage,comme iay dit.mais le vaflal qui elt naturel fuger, 
doit ofter l'elpee,les gansje chapeau, le manteau, les efperos, & fe met- 
tre à p-enouxjes mains iointes entre les mains de (on Prince, ou de fon 
procureur,& faire le ferment. cVmefmes parles couftumesdeceRoy- 
aume,s'il ne plaift au feigneur,iln'eft pas tenu de prefenter la bouche au 
vaiîal, & le peut voir,fi bon luy femble,enlaforme quei'ay dit, rendre 
lafoy & hommage àvn petit officier, ou deuâtlamaifon du fief domi- 
nanr,& baifantle cliquet de la porte . vray eft que quelques couftumes 
n'obligent pas le vaflal à faire l'hommage autremét que par procureur, 
fi le feigneur n'eft prefent , & qu'il le reçoiue : comme la couitume de 
Vermandois article 120. Dirons nous donc que le Prince eft abfoluë- 
mcnt fouuerain j qui eft tenu de faire tel hommage ? qui eft tenu faire 
feruice ? biief qui eft homme d'autruy,c'eft à dire feruiteur.C'eft pour- 
quoy plufîeurs Princes o rît mieux aimé quitter, &abandôncr de gran- 
des leigneuries,que faire tel hommage: & les autres n'ont iamais voulu 
vendre ledroict de fouueraineté,pourchofe du monde. cV de fait le 
Prince d'Orange areruféduRoy Loys x 1. dix fois autant que vaut fa 
Principauté, qui luy couftequafi plus qu'il n'en tire de profit .Et pour 
mefme caufe le traité de Bretigniau premier article porte, que les Roys- 
de France quiteront aux Roys d'Angleterre les honneurs, hommages, 
vaflaufies, obeïfïàncesjigeautez, fennecs, recognoiflances, droi&ures, 
mer,&miftc imper, & toute iurifdicl:ion,reiîors,auoifons,fauuegardes, 
droits de patronages, & toute feigneurie, &fouueraineté.,quiapparte- 
noit à la couronnées terres que les Roys d'Angleterre tenoiét en Fran- 
ce. Et la rebellio d'£ftiéne,Vayuod de la Valachie,fut fondée fur ce que 
lcRoydePoloigne fift faire vn pauillon, qui fedefcouurit alors qu'il RcbdlioduVai- 
receuoit lafoy & hommage du Vayuode^ à fin qu'il fuften veuè" dvn uodcl<:Valac *"e. 
chacun, qui n'eft pas choie eftrange en vn tel feigneur que ceftui-là, fî 
nouscofideros quelenepueud'Ariftote Califthcne, aima mieux per- 
dre la vie,que fe mettre à genoux deuât Alexandre le grand au iour des 
cérémonies. combien que ce fuft la couftume des Roys de Perfe : & 
mefmesAlexandrereleuoitceux qui femettoient à genoux, leur °pre- J^J-™ ' Cumus# 
fentant la bouche : comme aufli faifoient les Roys alliez, & qui eftoiéc 
en la protection des Romains , quand ils prenoient des Empe- 
reurslesfceptres,& couronnes :ainh le Roy d'Arménie Tiridate,e- 
ftant venu à Rome , fe mift à genoux deuant l'Empereur Néron , qui 

îiij 



ii6 DE LA REPVBLIQJ/E 

luy tendit les mains, & en le rcleuant le baifa: & après luy auoir ofte Ton 
Tulban,luy ceignit la telle d'vn bandeau & Diadefme Royal, & lefîft 
9 . sueton. in Ncro- f j r à fa 9 dextre: cariaçoit que les Royaumes fedonnoient par les Em- 
pereurs fans referuation de foyny hommage: Il eft-ce que les Roys 
i.dïo de Auoufto o itans leurs fceptres.,& bandeaux, Teruoient les Empereurs Romains 
fcnbc»$. devarlets de chambredes autres sappelloientleurs procureurs., comme 

Aderbal Roy de Numidie,ne s'appelloit que Procureur d u peuple Ro- 
Le bonnet anci- main:& Eumcnes Roy de Pergame.,apres la défaite de Mithridate Roy 
^"mTrTuV^cs d'AmaiIe,s'en vint à Rome,& prenant vn 1 bonnet, diit qu'il eftoit a- 
nouueauxafhn- franchi du peuple Romain : & PrufiasRoyde Bithynie entrant au Se- 
chis , pour cou- nat R omaul baifoit refTueil de la porte, s'appellant efclaue du Sénat, & 

urirleurtcltcto- , r > rr > 

due. desSenateurs,oresquilneruitny luget,ny tributaire, ny en la prote- 

i.Poiybms. (ftion des Romains. Tous ces honneurs gratuits& volontaires ne dimi- 

nuent en rien la majelt-é fouuerainc d'vn Prince : comme fait la forme 
d'hommage,quieitferuile,& contrainte,&que les Tartares, Perfes, ôc 
Turcs eftimentvnevraycferuituded'efclaue. Et de fait Sultan Sulei- 
maneftoit fus le poincl: de remettre le Roy d'Hongrie en fon Royau- 
me l'an m. d. lv. à la charge de le tenir de luy enfoy &c hommage fans 
Que le vafTal autre fugetion , comme lonChaoushïr. entendre au Roy de Poloignc 
doit efac^efleu Sigifmond Augufte:fi Ferdinand , quipretendoitle Royaume luy ap- 
Empcrcur. parteni^n'eutl empefché l'erTecl; de la reftitufionjCommeiay veu par 
les lettres de Staniflan Rofdrazeroski Polonois,efcrites au Conneftable. 
Etpour celte caufe le Roy Frâçois 1. pour empefeher que Charles d Au- 
ftnche ne fuffc efleu Empereur,rem6itra aux Electeurs de l'Empire, que 
la majefté impériale feroit par trop rauallee, s'ils faifoient de fon vaiTal 
Les pais de Flan- leur chef & Empereur. Et depuis l'Empereur le tenantprifonnicr,ne 
dres, d'Artois & vou l ut oneques confentir fa deliurance , qu'il n'euft entièrement quit- 
h couronne de té la fouueraineté du bas pays.Mais il femble que ce n'eftoit pas allez de 
France. dire,que Charles d'Auftricheeftoit vafTal de la courône de France, ains 

aufli homme lige, & non feulement homme lige, ains encores fuget na- 
turel du Roy,attendu qu'il eiloit natif de Flandres,ancien fief. Pairie & 
membre de la couronne de France, duquel lafoy & hommage lige, 
reiTors,&fouuerainetezcftoient referuez par tous les traitez: & par le 
traité folénel d'Arras, fait entre le Roy Charles v 1 i.& Philippes 1 i.Duc 
de Bourgongne. Et mefmcs Charles v. eftatjacfleu Empereur, deman- 
da permifîion au Roy de France,dc leuer l'otroy d'Artois l'an m. d. x x. 
auquel le Roy fiftrefponfe, qu'il feroit ce qu'il pourroit, fans diminu- 
tion des droits de fa courône, comme i'ay veu parles inftru&ions bail- 
lées au feigneur de la Roche Gaucourt Ambafladeur en Efpaigne . En- 
cores y auoit-il d'autres moyens plus grands, qu'on pouuoit remon- 
trer aux Electeurs, & qui faifoient vn perpétuel preiudice au Pape,&à 
l'Empire.-carlors Charles d'Auftriche n'eftoit pas feulement vafïàl ho- 
me lige, & fuget naturel du Roy de France, ains aufîi homme lige du 

Pape, 



LIVRE PREMIER. 117 

Pape,& del'Eglife Romaine, pour tous les païs, terres, & feigneuries 
qu'il tenoit 3 horfmis ce qui releuoic de la courônede Fi ace, & de l'Em- 
pire . combien qu'il ne tenoit alors rien de l'Empire que les terres voi- 
iines du Rhin & Cambray :carArnoul dernier de ce nom Comte de 
Bourpongnc donna auec fes autres pais à Conrad u. Empereur l'an . 
m.ccv. & depuis Charles 1 1 11. Empereur le donna àCharlesv i.Dau- 
fin,comme il apert par l'inueftiture qui eft au threfor de France, mais il 
eftoit homme lige du Pape, Et par l'inueftiture à luy faite du Royaume Royaumes de 
de Naples,& de Sicile, il eft porté qu'il ne demâderoit, &nereceuroit Na P ,cs & j tSl - 
iamais le tiltre d'Empereur, ny de Duc de Milan : & à celte charge il fift p e . 
la foy & hommage au Pape. Qui n'eft point vneclaufe qui fuit nou- 
uelle , ains vne ancienne condition, appofee en tous les acîes de foy & 
hommage rédus au Pape par les Roys deNaples & de Sicile,depuis que 
le Pape Vrban en inueltir Charles de France : & en l'inueftiture faite par 
Innocét u 11. àEdmundfilsde HéryRoy d'Angleterre,l'an m.cclv. 
où pend la bulle d'or, ces mots y font, Ego Henricus T)ei gratia Rex An- 
gliœ 3 nomïne Edmundi filtj nojlriT^egïs S iciltœ , plénum & lïgtum vajpilagium 
facio ecclefiœ Roman*; &c. Et parfaite de foy & hômage lige rendu par 
Robert Roy de Sicile l'an m. cccxxxvm.ily afermentdciamaisne 
receuoir la couronne impériale, ny le Duché de Milan, ny feigneurie 
quelcôque de la Tofcane,à peine d'eftre declairé decheu du droit qu'il 
pourroit prétendre es Royaumes deNaples & de Sicile. Ils'entrouue 
encoresvnfemblablerédu par Charles Roy deNaples,l'anM.ccx c v. 
& de Jeanne Royne,l'an m. cccxlvhi. comme iay leu au regiftre 
du Vatican. Et pour celte feule caufe Iules 1 1. Pape refufa bailler l'inue- 
ftiture à Fcrdinâd Roy d'Arragon ayeul maternel de l'Empereur Char- 
les v. finon aux conditions que i'ayditj&ala charge du cens annuel de 
huit mil onces d'or, ou de quatre vingt mil efeus couronne, que les «ronce vaut dix e- 

_ ivTln- • l « 1 ^ cuz couronne. 

RoysdeNapleseitoient tenus payer par chacun an 3 oc vne naquenee 
blanche, & lefecours porté par l'inueftiture., auec referuation du Com- 
té deBencuent . Celte obligation eftoit dételle confequence aux Pa- 
pes, que fltoft qu'ils denoçoient la guerre à quelqu'vn, les Roys deNa- 
ples eftoient en armes,pour la defenfe de l'Eglife Romainercomme Al- 
phons Roy de Naples, à la dénonciation du Pape Sixte, fift la guerre à 
l'eftat de Florenccparce qu'ils auoient pendu le Cardinal de Pile.Legat 
du Pape à latere , en habit pontifical. Et Paul 11 i.fomma l'Empereur 
Charles v. par fon Légat Alexandre Farnez, défaire la paix auec le Roy 
de France, & la guerre aux Proteftans . ce fut le premier article du traité 
de Soiflons,fait enSeptembre m. d. x l i i i i. ce que l'Empereur n'euft 
pasfait^peut eftrejS'il n'euft eftévaflal lige du Pape, & menalTé de per- 
dre l'eftat de Naples & de Sicile.comme il fut bien aduerti . Car côbien 
que l'an m. d. x x v i i i. au traité fait entre le Pape Clément & les Cardi- 
naux ailiegez au chafteau S. Ange d'vne part, & l'Empereur Charles v. 

1 liij 



n8 DE LA REPVBLIQJVE 

d'autre,il fut dit que les Roys de Naples demeureroient quittes du cens 
annuel de huit mil onces d or , & de tous les arrérages , qui eftoient de 
grandes fom m es : fi eft-ce qu'au furplusles charges de l'ancienne inue- 
ititure dcmeurerét en leur force & vertu. Depuis les Empereurs d'Ale- 
maigne cogneurét bien,& le Pape encores mieux., voyant facager Ro- 
me,& luy mis à rançon de c c c c. mil ducats,apres auoir quitté les plus 
beaux droits du domaine S. Pierre, quel danger il y auoit d'eflirepour 
chef de l'Empire le valTal d'vn Prince fouuerain , & fuget naturel d'vn 
K". ^ uc , îl " d . c autre : car il ruina le Pape auec les forces des Alemans, & ruina les Prin- 

MiIa&deGucl- . . \ L r i ^ t- i • ,-i • i i 

dres tenus de ces d Alemaigne auec les forces du Pape. Et combien qu il tint le nkre 

l'Empire. impérial , les Duchez de Milan, de Gueldres,& autres feigneuries de. 

rEmpire : fi eft-ce qu'il eftoit ancien vaiTal, & homme lige du Pape , &c 

par confequent obligé premièrement , & plus eftroitement à l'Eglife, 

qu'à l'Empire, iointaufïi que les Papes ont prétendu depuis c ce. ans, 

que l'Empereur ne fe peut entremettre de l'Empire fans auoir pris d'eux 

la couronne imperiale:comme d e fait le Pape menaffa d'excommunier 

l'Empereur Ferdinand, pour n'auoir voulu prendre la couronne impe- 

Onnepeuteftre nale de fes mains,ainfi qu auoit fait Charles v . fon frère. Mais ici dira 

pl°ufieurs. 1§C C quelqu'vn,comentfe peut-ilfaire que l'Empereur Charles v. fufthom- 

3.Guidopa P .dccif. me lige du Pape, & du Roy de France,, & de l'Empire, veu que 3 nulne 

jio.Spccu.mu1.dc O 1 / ' 1 7L 1 r 

feudis.§.i. q lo.Baid. peut eitre home lige de plulieurs leigneurs, encores qu il eult plulieurs 
î!ecIdTc I,co ' vt# fiefs mouuans d'vn chacunfeparéméucar lafoy eft deuë à vn 4 feul fans 
«m coG'dtiudic! exception d'homme viuant : & s'il eft vafTal de plufieurs confeigneurs à 
«p 1 - caufe d'vn mefinc fief, il n'eft homme lige de pas vn feparément, atten- 

du que la ligeauté ne foufre p oint de diuifion: & ne peut aufïi faire l'ho- 
mage à l'vn fans exception,pour la concurrence . I'entens ici i'homma- 
ge lige proprementrcar nos pères abufoient de ce mot Li^e, en tous les 
anciens traitez d'alliance & fermés qu'ils faifoient : & me fouuient auoir 
veu x l v i ii. traitez d'alliance,& lettres de ferment, collationnez à l'o- 
riginal du threfor baillez aux Roys Philippe de Valois, Iean, Charles v. 
vi. v ii. Loysxi. par les trois Electeurs deçà le Rhin,& plufieurs autres 
Princes de l'Empire, ayant promis, & iuré entre les mains des députez 
parle Roy, le feruir en guerre enuers & contre tous,referué l'Empe- 
reur &le Roy des Romains > aduotians eftre vaiîaux & hommes liges 
du Roy de France: qui plus^qui moinsdes vns fènommans Confeillers, 
lesautrespenfionnaiïeSj&tousvaflauxligesJiorfmisi'Archeuefquede 
Trier électeur de l'Empire,qui ne s'appelle finon confédéré : & toute- 
A&e de ferment fois ils ne tenoieiitrien delà courone. carcen'eftoientquepenfionnai- 

duduc de Guel- . • r r ■ y r ™ i i r • i 

dres au Roy de rcs de France^quiraiioienue ierment au Roy de le iecounr, aux char- 
France. g es & conditions portées parlesadtes de ferment : car l'acre de ferment 
du Duc deGueldres& Comte deluilliers porte ces mots -. Ego deuenio 
'vajjalus ligtw Çaroli Régis Francorum ,pro ratione quinquaginta milliumfcu- 
torumauri 3 antefejlumT>. Rhemigij mibi/oluedorum . l'adte eft daté du mois 

de 



L I V R E P R E M I E R. 119 

de luin l'an m. c c c c 1 . Et mefmes entre Princes fouuerains on vfoit de 
celte façon de parlencomme au traité d'alliance entre Philippes de Va- 
lois Roy de France, & Alphons Roy de Caftille., l'an M.cccxxxvi.ily 
aprocurations départ ôc d'autre portant cesmots:PovR prefter ôc 
receuoir foy Ôc hommage l'vn de l'autre . Mais c'eft abufer des mots de 
vaflal,&lige:auiHlesiermensdespeniionnaires du Roy,ny les traitez 
ne portent plus ces mots. le di donc que l'Empereur Charles v ne pou- 
uoit prefter lafoy & hommage lige au Pape fans exceptiomattédu qu'il 
eftoit homme ligcPair Ôc fuget naturel du Roy de France:& que le fer- 
uice & hommage eft infeparabledelaperfonne. Et quâd il n'euft eflé 
fuget du Roy,ains vaflal lige feulement,!! eft- ce qu'en termes de droict., 
l'hommage lige eft deu au plus ancien,& doit le vaflal feruirleplus'an- Ko^^itu^ 
cien feigneur: 11 les feigneurs font égaux d'ancienneté, & ennemis en- w&fad«i 
tr'eux,il ne doit fecours ni à l'vn ni à l'autre : car en matière de feruices Ôc 
de feruitudes,îa concurrence bien fouuent empefche, eftant la feruitu- 
dc indiuiduelle,& fanant preiudiceàl'vn des compaignos, ôc celuy qui 
Voppofe^pour Ton intereft^eft le plus fort, combien qu'en termes d'al- f* 1 ™* «»**■* de 
liance fimplementje fecours eft deu à celuy qui eft offenfé.,& enuahien 
fon paï'SjContre l'autre allié commun qui luy fait guerrecomme il fe fait 
ordinairement,!! l'ailaillant n'a iufte caufe , ôc que l'aflailli après dénon- 
ciation à luy faite par les alliez communs 3 de venir à raifon, en face re- 
fus. Mais il eft bien certain, que le fuget naturel doit toufîours préférer 
fon feigneur naturel par deflus tous,s'il eftprefent,auquelii eft premiè- 
rement obligé, & duquel il ne fe peut exempter . C'eft pourquoy aux 
ordonnâmes du Roy Loys x i. & de Philippes 11. Duc de Bourgongne, 
faires pour l'ordre de France,article xiu. &pour l'ordre delà toifon, 
article ix.il eft disque les Cheualiers, de quelque prince que ce foir, 
doiuentaiderleur feigneur naturel, duquel ils font hommes liges, ôc le 
païs duquel ils font natifs, cotre celuy qui luy faitguerre,fans encourir 
blafmed'honeur, pourueu que le feigneurnaturel y foiten perfonne, 
& non autremét , Ôc qu'ils le lignifient au chef de l'ordre,duquel ils font 
Cheualiers . En quoy il appert que l'Empereur Charles v.nepouuoit 
faire ferment aux électeurs de rEmpire,finonauccreferuation du Roy 
de France, ôc puis du Pape, car outre les Royaumes de Naples ôc de Sici- 
le,mouuans du Pape nuè*ment,& fans moyen, il eft oit aufl! vaflal, & ho- 
me liée pour le Royaume d'Arragon, comme i'ay leu aux regiftres ex- A & e du ferment 

. • b , r w • v 1, , j tv r/ _PA & duRoyd'Arra- 

traits du Vatican , ou ladueu rendu par Pierre Roy d Arragon porte gonj / cn( j u au 
ces mots : Ego Pétris T>ei gratta *Rex Aragonum y Cornes Barcinonœ } domi- Pape 
nus Montiftejfulani cupiens prœter Deum ,principali beati^Tetri, &■ apoflolicœ 
fedis protettione munirijibi, reuerendifî. pater, & domine fumme Pontife x In- 
nocentitfypro tefacrofanclœ Roman* ecclefiœ, &apoflolicœfedi, offero regnum 
meum jïïùdopie tibi , & faccejjoribus tuis in perpetuum 3 pro remedio anima, <& 
progenitorum meorum conflituo cenfuale^vt annuatim de caméra Régis ducenta 



i 5 o DE LA REPVBLIQJVE 

quinquaginta Mafiimitinœ apoflolicœ fedi reddantur : g- ego ac fuccejjbres mei 
jbecialiter, & fidèles, & obnoxtj teneamur. bac autem lege perpétua jeruandum 
forum decerno,quiaJf>ero,& confido y quod tu,&JucceJfores tui,quafi beau Pétri 
manibus in regem duxeris folenniter coronandum . aéîum Rpmœ anno Chrifti 
m. c c. ii il. Et quant au Royaume de Sardigne & de Corfegue, l'Em- 
pereur eftoit aufli homme lige du Pape., comme i'ay veu parl'inueftitu- 
Imieftirurc des re qui en fut faite à Pierre m. Roy d'Arragon en cette lorte : Pontifex 

Royaumes de Max. de fratrum fuorum affenfu, dat in feudum rernum Sardinide, & Cor(icx % 
Sardigne, & de . J , p J- VJ J <±> J > 

Corfegue,onro- proprietate ecclejiœ t\pmanœ ,&c. ht peu après : l J er cupam auream te prœjen- 

ycepar le Pape. tialiterinuefiimus,&c. ita tamen quod tu,& Jùccejfiores tui prœftabitps bomma- 
gium ligium, , vajjalagium plénum, £r fidelitatis iuramentum,&c. &centum 
équités armatos,& njno equo adarma,£fduabus equitaturis adminus perquem- 
libet ,& quingentis peditibus terne vefirœ de Aragonia >cum gagiis per trimeflre, 
à die quo intrabut terram ecclefiœ,&c. & injùper cenfum duorum miliium mar- 
carum argenti,bonorum } & legalium flrelingorum.njbicunque fuerit T{om. Pon- 
tifex, infefio beatorum Pétri & P auli,annis fingulis :fubpœna excommunica- 
tions pofi quatuor menfes ,&c.& pofi tertium terminum,fi nonfilueris, tu, bœ- 
redefve tui, à diÛo regno Sardiniœ,& Corfîcœcadetis ex toto,&regnû ad Ro- 
manam ecclefiam reuertetur . Et depuis laques Roy d'Arragon, en fift auflî 
hommage lige à Valence., entre les mains du Légat , l'an m. c c c l i i i. 
auec referuation au Pape, des appellations intergetees par les gens d'E- 
glife, & abolition des ordonnances, &couftumes introduites par les 
Roys de ce pays là . ie trouue aufTi que Ferdinand., & après luy Alphons 
Roys d'Arragon 5 en firent la foy& hommage Tan m. cccpxiv. Et en 
l'extrait de la Châcelerie de Rome,il eft portique les Royaumes de Na 
Les Royaumes pleSjSicilejArragonjSardignejHierufalem.AngleterrejHiberniejHon- 
tenus delEghle g r j_ c font tenus en foy &hômage de l'eglife de Rome. Et quant aux ifles 
des Canaries , Nigari es, & Gorgonides,l'Empereurles tenoit auffi du Pa- 
pe. Aufïi lifons nous que Loy s d'Eipaigne en a rendu la foy & hômage 
au Pape l'an m. ce ex lu i. à la charge d'en payer tous les ans à la cham- 
bre de Rome quatre censftorins d'or,du poids.,& coin de Florence . Et 
quant au furplus des ifles occidétales, & du Peru, il eft bien certain que 
le Pape Alexandre vi. faifant le partage du monde neuf entre les Roys 
de Caftille & de Portugal,s'en relerua expreflémét la tenure feodale,ref- 
fort,& fouueraineté,du confentemét des deux Roys,qui deflorsfe con- 
ftituerentfesvaiîauxdetous lesacquefts & conqueitspareux faits , & 
qu'ils feroientdeflors en auanr, comme les Efpaignols mefmcs ontef- 
crit. Et en cas pareil Iules u. Pape^donna à Ferdinand Roy d'Efpaigne, 
les Royaumes de Grenade & de Nauarre, enchaflantles Mores de Fvn, 
& Pierre d'Albret de l'autre:à la charge de les tenir de l'Eglife de Rome 
en foy & hommage. car combien que l'Empereur Charles v.pretendili: 
droit au Royaume de Nauarre àcaufe de la donation à luy faite par 
Germaine de Foix^femme en fécondes nôpces de Ferdinand, fi eft-ce 

que 



LIVRE PREMIER. 131 

que Ces AmbafTadeuts & députez quand ils font venus àla conférence, 
voyant que leur don eftoit mal fondé, ont toufîourseuapuy à l'inter- 
diction du Pape. Et par ainfi on peut iuger, qu'il nereftoit rien plus à 
l'Empereur où il fepeuftdire fouuerain : caries Royaumes de Malor- 
que &Minorque,eltoient longtemps au parauant reunis au Royau- 
me d'Arragon,depuis qu'ils furent oitez aux héritiers de laques THeu- 
reux:& tout ce qu'auoitl'Empercurau bas païs, eftoit tenu de la cou- 
ronne de France, ou de l'Empire par neceffite. Et mefmes encores le 
Comté de Chat olois, eft tenu en propriété du Roy d'Efpaigne , & en 
fouueraineté de la couronne de France, & refTortiftau parlement de 
Dijon. Et quant au Royaume de Caftille,il eft bien certain qu'il eftoic 
efcheuàLoys i x. Roy de France.àcaufe de (à mère Blanche de Caftille, 
& y fut appelle par les eftats d'Efpaigne, comme on peut voir par les 
lettres que i'ay veues, qui luy furent lors enuoyees par laNoblefle., des- 
quelles l'original eft encores authreforde France, féellé deplufîeurs 
réels de cire blanche,quoy que les Efpaignols dient qu'en mariage fai- 
fant de Blanche de France, fille de Loys i x. auec le Roy de Caftille, on 
quittala fuccefïion de Caftille : ce que le Roy de France ne pouuoitau 
preiudice des fiens 3 fans y faite confentir les eftats : ioint auiïi que les fil- 
les de France ne doiuent rien auoir que par aflignat . Et quand bien le 
Royl'euftpeu donnera fa fille, comme n'eftant pas encores réuni & 
incorporé àla couronne: fieft-ce qu'il s'eft fait depuis traité d'alliance 
l'an m. c ce lxix. entre Charle v. Roy de France,& Henri de Caftille, 
lors chafle de fon Royaume : lequel traité eft au thr efor de France : par 
lequel i'ay veu que Henri promift, tant pour luy, que pour fes fucçef- 
feurs,d'eftre vafTal,cV tenit fon Pvoyaume de Caftille des Roys de Fran- 
ce:carparle moyen duRoy de France il fut reftitué en fon eftat. Puis charkvnSuoit 
donc quele Royaume de Caftille eft héréditaire, efcheant aux filles & rienoinlfuftal> 
mafles,les fueccifeurs de Henri font tenus de fes faits & promettes. Il eft u ° cl u a ^ ent ou ~ 
bien vray que la promeffe de Henri n'euft peu preiudicier à fes fuccef- 
feurs,ni aux eftats de Caftille , fans l'aduisdefquels le traité futfait,fi le 
Royaume de Caftille n'euft efté héréditaire. Et pour cefte caufe il fut 
*refolu que Philippe le Bel Roy de France nauoitpeu fure Anus Duc *. cynusinb.de no 
deBretaignevaflal du Roy d'Angleterre fans le vouloir du Duc, finon rêÈÎESfc 
en quittant fon Royaume au Roy d'Angleterreice qu'il ne pouuoit fai- J|™ "^'fn ' C A, £ 
re 5 nimefmes de puiflanceabfoluè/quoy qu'on die, fans le confente- kai.de maonute. 
ment des eftats : autrement la cefïîon feroit de nul efTed & valeur , non 7 .Baid.exdpitpieni- 
plus que celle du Roy Iean faite au Roy d'Angleterre, parle traité de ^oùcl^IoiyS. 
Çalais,par lequel il ^ tranfport du Royaume de France au Roy d'An- ^tafo^cnSfi- 
eleterre.fansle confentement des eftats : ce qui fut caffé parle traité de « poffcputaun*- 

s>\ 1 11™ 1»a 1 • 11- 'I quakm aut maiorc 

Chartres,par lequel le Roy ci Angleterre quitta tout le droit qu il auoit fînefeuditranflatio- 
en la couronne : par ce que le Royaume de France n'eft deuolu , ni par uu t ^ 1 1 j d o. pnncipc ' 
droit fucceflîf, qu'on dit ab inteftat, ni par teftament, ni par tranfport, 



N 



I3i DE LA REPVBLICLVE 

mais en vertu de la loy royale: à laquelle les Roys ne peuuent déroger 
fans le confentement des eftats: ce qui n*eft pas es Royaumes d'Efpai- 
ene,d'Angleterre, d'EfcoiTe,dc Naples,& deNauarre. Mais dira quel- 
qu'vn : Letiltre impérial ne peut-il pas faire fouuerain celuy qui eft vaf- 
fal d'autruy ? comme lePrince,oule peuple faifant vnefclaueMagiftrat, 
s.i.Batbariusdeof- femble 8 auili l'afranchir.cela eft bien vray, fil'efclaue eft au Prince,ou au, 
>.ïadbcftias.depœ- peuple: ? autrement norr.aulïi l'Empire n'apuiffance quelconque fus les 
ms ' fumets du Roy de France, comme eftoit Charles v. Ioint auilî que le til- 

L'cmpercurn'cft tre Impérial n'emporte rien de fouuerain :iaçoit que l'Empereur eferi- 
pasabfoluêment uant aux Princes de l'Empire vfe de ces mots, N o v s temand6s.,&c.Tu 
feras ceci,&c.Ce que les autres Princes ne font pas,mefmes enuers leurs 
propres fugets. & qui plus efVJes Princes électeurs portent les qualitez 
de varlets domeftiques., comme bouteillers , efcuyers , efchanfons de 
l'Empereur : neantmoins la majefté fouueraine de ccft Empire là ne 
gift pas en la perfonne de l'Empereur , ains en l'affemblee des eftats de 
l'Empire,qui peuuent donner loy à l'Empereur, & à chacun Prince en 
particulier-.de forte que l'Empereur n'a puillance de faire edit quelcon- 
que , ni la paix , ni la guerre > ni charger les fugets de l'Empire d'vn feu! 
impoft,ni pafler par deffus l'apel intergeté de luy aux eftats. C'eft pour- 
quoy l'Empereur Maximilian i. àladiette deConftance, tenue l'an m. 
d. v i i. dift aux eftats & au Légat du Pape^que prendre la couronne im- 
périale du Pape , n'eftoit qu'vne cérémonie, qui ne feruoit de rien, ar* 
tendu qiiel'autoritéôcpuiirance impériale depédoit des eftats de l'Em- 
pire:ce que nous eclarcirons particulièrement en fon lieu.Enquoyon 
peutiuger qu'il y a peu de Princes abfoluëment fouuerains. Car fi nous 
icaHeqaineriei^ oftons la Seigneurie de Venize ,il n'i a Prince, ni ville en Italie^quine 
ne du Pape ou tienne de l'Empire,ou du PapejOU de la couronne de France. Nous l'a- 
de l'empire. UO ns monftré du Roy de Naples . Quant au Duc de Milan, il eft natu- 
rel vafTal del'Empire, duquel il prend l'inueftiture,&paye les reliefs, 
pour lefquels l'Empereur Maximilian, en moins de quinze ou feize 
ans,tira plus de trois cens mil liures: car le RoyLoys x 11. enpayapour 
vue fois cent mil liures : les Sforces n'en eureut pas meilleur marché. & 
n'i a que cent cinquante ans, que le Duché de Milan n'eftoit qu'vn fim- 
ple vicariat, & chambre ordinaire de l'Empire . & mefmes Iean Galea- 
ce n. & Barnabe fon frère, en l'inueftiture qu'ils eurent de l'Empereur 
Charles n 1 1. font appeliez Amplement Vicaires de l'Empire. & Galea- 
ce i. eftantaccuféd'auoir chargé les fugets de fubiides,futmisprifon- 
nierauchafteau de Modene, par décret de l'Empereur, & depuis il y 
mourut. & fon fils Acxius fut remis en la place du père parLoysdeBa- 
uieres Empereur, qui receut cent mil liures,pour luy donner letiltre de 
Prince l'an m.cccxxviii. & depuis Galeace 1 1 1. beau père de Loys 
de France Duc d'Orléans, paya cent mil florins à Frideric m. Empe- 
reur, pour auoir le tiltre de Duc, l'an m. c ccxc v i i. Autant dirons 

nous 



LIVRE PREMIER. 135 

nous du DucdeMantoiie, qui aduoiie tenir de l'empire, duquel il Rap- 
pelle Prince . Quant au Duc de Ferrare, il aduoiie encores à prefent te- 
nir du Pape, & paye tous les ans le cens féodal, pour le regard de Ferra- 
re: car dés l'an m.ccclxxi i.le marquis d'Elt en fut eftabli vicaire 
par le Pape Grégoire, referué a l'Eglife la foy & hommage, refïbrt, & 
louueraincté , & à la charge de payer tous les ans dix mil florins d'or à 
la chambre fain£fc Pierre , & cent hommes de feruice payez pour trois 
moys , quand il feroit mandé , comme i'ay Jeu au regiltre du Vatican. 
Et quant à Rcge, & Modene, il aduoiie les tenir de l'empire: combien 
que le Pape Iules 1 i.fouftenoit que c'eftoient fiefs de l'Eglife, & fiil: la 
^uerre aux Fcrrarois,& au Roy de France, qui l'ay doit, tant pour ce- 
la j que pour auoir le fens féodal entier , diminué par Alexandre v t. 
Pape,enmariancfabaftardeLucreceauDuc Alphons. Quant aux Flo- 
rentins, longtemps a qu'ils ont prétendu liberté contre l'empire, pour 
en auoir payé fix mil florins à l'Empereur Raol , comme aufli les Gene- 
uois, qui furent afranchis par le mefme Empereur, comme ils difent: 
combien que depuis ils fe donnèrent en protection au Roy Charles 
vi. & quelque temps après au Duc de Milan, qui les receut, a la charge 
d'en faire la foy & hommage aux roys de France. En cas pareil , les Lu- 
quois payèrent à l'Empereur Henry v. douze mil florins 3 pour eftre 
afranchis : Sienne dix mil, & Pierre Gambecourte en paya douze mil à 
Empereur Charles quatrième, pour lalèigneurie de Pife . mais ce n'e- 
iloientpas vrayes aliénations , ny exemptions de fugetion , ains fîmples I 

ottrois, &fubfîdes,auec quelques priuilegesde gouuerner leur eltat, 
foubs l'obeuTancede l'empire. Auflî neftoit-il pas en la puiflance des 
Empereurs, ny de prince quelconque, de rien aliéner du domaine pu- 
blic^ beaucoup moins des droits delà majefté fouuerainc:qu'iI ne (bit 
toufioursen la puiflance du fuccefleurdVferdemain 1 mife.tout ainfî |-» a »°i'n!-vh.fo- 

r • r i> r r r 1 luto matnmo.Fabcr 

qu'il cft permis au feigneur fus l'cfclaue fuyart icômefift bien entendre inj.pcnufc dea/n. 

l> n xi •]■ tr 1 T In gn.Iibcrt. Iafoinl. 

1 Empereur Maximilian 1. ayant gette Ion armée en Italie, auec le Roy debirorum dépars 
Loysx 11. alors les Florentins enuoyercntAmbafladeursversluy,pour n ôuat n c'™ de 

faite lafôy , & hommage de leur eftat . & obtenir confirmation de Le Roy Philippe 
1 \ in. -ij r L- 1 r^ vicaire de l'Em- 

Jeurs pnuileges, qui leur coulta x l. mil ducats . ht combien que le Duc n, rç . 
de Florence Cofme,fe foit fait feigneur de Siene par force , & par ar- t * \ 

mes, fî eft- ce qu'il en a pris l'inueftiture, & en a rendu la foy & hom- 
mage au Roy d'Efpagnc, comme vicaire perpétuel de l'empire. Et fî 
les Sienois euflent efté afranchis, & exemptez de l'empire > pourquoy 
Iules 11. Pape euil- il payé xxx. mil ducats à Maximilian, pourrache- 
pter la liberté de Siene, affin d'en inueftir le Duc °d'Vrbin?Et toutef- °- Guichar<Jia< 
fois cela n'a pas empefché, que le Duc de Floréce,qui l'auoit conqueltee 
par le droit des armes , n'ait efté contraint d'en prendre l'inueftiture du 
Roy d'ECpagne,& en a payé fix ces milefcus,lefquels depuis le Roy d'E- 
fpagne a voulu rendre au Duc de Floréce,pour remettre Siene en l'eftac 

m 



134 DE LA REPVBLIQVE 

qu'elle eftoit : ce qu'il nevoulut£iire,e(tantaduertiqueleRoy d'Efpa- 
gne la vouloit bailler au Duc de Parme,pour reiinir Plaifance,& Parme 
au Duché de Milan, duquel elles ont elle diftraites. Et commentpour- 
roient les Empereurs d'Alemagne, qui lontfugets aux eftats de l'Empire 
aliéner le domaine, & les droits de fouueraineté,veu que le prince abfo- 
lument fouuerain ne le peut faire ? car les princes fouuerains, à bien par- 
ler, ne font qu'vfufrui£ticrs,ou,pour mieux dire,vfagers du bien & do- 
Les villes dita- rnaine public. Et pour celte caufe, Charles 1 1 1 i.ottroyât la confîrmatio 
howVl£pc"& des priuileges à ceux dePerouze,yadioufta celle claufe,TANT Qjy'iL 
les Vemtiés n ot vivroit.& neantmoins le Pape Iules 1 1. ofta celle ville là aux Bail- 
point e louue " lons,& la meit fous l'obeilTance de l'Eelife.Etcommétles villes d'Italie, 
& le Duc de Florence pretendoient ils la iouueraineté abfoluë,veu que 
pour les différends qui concernét leurs eltats,frontieres,domaine,tenu- 
res,elles vont plaider par deuât l'Empereur, ou bien à la chambre Impé- 
riale ? & combien que les Geneuois,qui femblent tenir moins de l'em- 
pire, que pas vne des autres villes d'Italie, fu lient appeliez par deuant 
l'Empereur Maximilian u.l'an m.d. lix. à la requelle du Marquis de 
Final, qu'ils auoient chafle de Ton eftat: & qu'ils voululTent receuoir 
l'Empereur pour arbitre,& nô pas pour iuge.,ny fuperieur,!] eft-ce que 
depuis ils ont elle adroit, après plusieurs défauts ottroyez par l'Empe- 
reur, qui les menalTa par vn héraut d'armes , de les mettre au ban Impé- 
rial . Or eft il bié certain qu'il n'y a que les villes tenues de l'empire,qu'on 
mette au ban Impérial, foit par lèntence de l'Empereur,foit par arreft de 
lachambreImperiale,commefutMind.e,Munltre,Magdebourg&au- 
Genes menafTee tres .Aulïiles Geneuoisfelîans portez pourappellansauPapc.delafen- 

dubanimpenal. , , . * , rr . r , f , ' r 

tence interlocutoire de 1 Empereur 3 ont depuis acquielce a la lèntence, 
renonçons à leur appel, & recognoilTanslaiurifdidtion, relfort, & fou- 
ueraineté de l'empire , duquel le Marquis de Final pretendoit rele- 
uer nuément, & fans moyen : &les Geneuoisfoullenoient qu'il eft leur 
n t—L vaflal. Et depuis le Marquis a efté maintenu en poilèffion du marquifat 

fraert^ par fentencedirrinitiue: comme i'ayveu par lettres dù-fieur de la Fo relh 

AmbafTadeurpourle Roy, datées à Vienne du xviu.Iuillet m.d. l.x. 
ce que l'Empereur iugea après auoir eu l'opinion des Iurifconfultes en 
quatre vniuerlitez. & par autre fentence de l'Empereur, donee au mois 
de Iuillet m. d. l x i i i i. ils ont elle condanez en vn procès quais auoient 
contre Antoine Flifque leur banni. Mais pour monftfer plus clairemér, 
que les villes & communautez d'Italie n'ontpoint de fouueraineté,c'eft 
2.Batt.BaUngei.sa- que tous leurs Aduocats, & l Iurifconfultes ont tenu qu elles- ne peu- 
puio n s.c ama ° sp ° uentfaire loy ny coullume contraire,ou dérogeant au droitbommun, 
que l'Empereur Frideric hïl publier :& pour celle caufe les villes quit- 
tèrent par le traftté de Confiance les marques de fouueraineté . Et mef T 
j.confiijjib.;. mêle docteur 5 Alexâdire Italienne premier Iurifconfulte de fonaage,dit 

: •-' que 

r 







LIVRE PREMIER. 155 

quclaiurifdidlioottroyecauxcirezcl'rtaliejn'emportepasrouuerainer 
té,veu,dit-il, que l'Empereur donneiuges &commifFaires entre les vil- 
les. Auili le traitte de Confiance fait Tan m. c l x x x r. où eft la côfirma- nj^jSbXIS 
tiondespriuilcgesottroyez aux villes de Lombardie, porte referuatiô parapelàlachâ- 
dclafoy,& hommage^refîort &fouueraincté. Beaucoup moins pour- brcimpccialc. 
roient prétendre fouueraineté les villes Impériales d'Alemagne , fituees 
aux enclaues de l'empire: 6V qui pretendétaufliauoir eu liberté des Em- 
pereurs, comme Nuremberg de Friderich,Ifned'Othon ni. Fgrede 
Loys de Bauiercs : ou bien qui (e font afranchies contre leurs feigneurs 
princes de 1 'empire,comme la ville deBrunfuich,Vlme,& autres : car les 
afranchinemens, n'eftoient que des importions, demeurant toufiours 
les villes fugettes à l'empire: recognoiffant la iunfdidtion de la chambre 
Imperiale,n on feulement pour les procès intentez entre les villes,ou co- 
tre les princes,ains aufïi entre les fugets dVne mefme ville, ou d Vn met 1 
me prince : & l'ape^en cas ciuil, au defîus de cinquante efeus rellortift à 
la chambre impériale, eftablie par les eftats de l'empire , laquelle a puif- 
fance de confirmer, ou infirmeries fentences des princcs^éV des villes. & 
comment pourroit on cailer leurs iugemens , fils eftoient fouuerains? 
veu ce que dit vn Poète , refeindere nunquam Uits licetatta T)eum. Et qui 
plus eft les SuifTes en gênerai enuoyerent leurs AmbalTadeurs à l'Empe- 
reur Ferdinand, pour obtenir confirmation de leurs priuileges: qui eft 
vne forme d'hommage & recognoiffance qu'ils tiennent leur liberté de 
l'empire : ce que n'a pas ofé dire celuy qui l'a cfcrit.Et combien qu'il y a 
quelques princes deçaleRhein,qui prétendent la fouueraineté,iïeft-ce 
qu'il faut par neceflité ., qu'ils tiennent de la couronne de France, ou de 
l'empire : veu que tout le pays de Lotharingie, & le royaume d'Arles, a- 
presla mort des trois enfans de Lothàire,furent partagez entre Charles 
IeChauuc Empereur, & Loys Roy d'Alemagne fon frère, comme on 
peut voir en l'hiftoire de Guitard,& Floard, & mefmes par l'hiftoire de 
Lambert . Oreft-il que le vaflalne prefeript iamais l'hommage du fei- Duc ° c *-°. r " 

1 r i • rir>- 1 r • « 1 • „ r r n,ne P"ncc de 

gneur, ny le luget la lunidicnon du pnnce:& les ottrois 3 & iourrances l'£mpirc. 
deslimpereurs, & des Roys de France, n'ont peu preiudicier à la cou- 
ronne nyàTempire. Il faut donc conclure j qu'ils demeurent fugets de 
l'vn ou de l'autre. & combien que plufieurs penfent que le Duc de Lor- 
raine foit abfolument fouuerain , pour le blafon qu'il porte du bras ar- 
mé.,voulantdire,commeil femblejqu'il ne tient rien que de l'efpee: fi 
eft-ce toutesfois qu'il fe qualifie en fes tiltres,Prince du faint empire: qui 
eft bie recognoiftre la maiefté Impériale : ioint aufti qu'il procède ordi- 
nairement en la chambre Impériale; non qu'il ait feanec aux cérémo- 
nies comme quatriefme Duc de l'empire : auiîi ne tient-il pas la fixief- 
me partie de l'ancien Duché de Lorraine, qui eftoit vn gouuernement 
generalde tous les pays d'entre Meufe,.&le Rhin: car les Empereurs 
mefmes prenoient quelquesfois cefte qualité de Ducs de Lorraine, 

m ij 



i 3 £ DELAREPVBLIQ.VE 

comme i'ay veu en vn traitté d'alliance entre l'Empereur Charles 1 1 1 r. 
& lean Ro y de France. Et neantmoins le duché de Lorraine tel qu'il eft, 
tient de l'empire : car nous trouuons qu'Eftienne Conte deBoulongne 
enfutinuefti l'an M.xix.par l'Empereur Henry i. Se aux mémoires de 
l'Archediacre de Verdun on peut voir comme Ferri Conte de Vaude- 
mont fouftint au concil de Confiance que c'eftoit vn fief Impérial qui 
Le Duché de n'eftoit deu qu'aux malles., & l'emporta à la faueur de Sigifmond Empc- 
Lorraine deuolu contrc R cn é d'Anjou, qui auoit efpoufé Ifabelle héritière de Lor- 

aux Contes de * } J 3 x r r 

Vaudcmont. raine,lequel n oia pas nier,que ce ne fuit vn nef Imperial,mais bien qu'il 
pouuoitmonftrer plu lieu rs fiefs impériaux adiugez aux filles, auili de- 
puis cftant les deux parties venues aux mains , René fait prifonnier de 
Ferri, accorda par traitté exprès , que fa fille Ioland fuft mariée au filsdc 
Ferri Antoine, à la charge que fi René decedoit (ans malles, le duché re- 
tournait, à la maifonde Vaudemont, comme il eft aduenu. Or fil eft 
ainfiquele Duché de Lorraine foit vn fief Impérial, ny lefeigneurde 
Lûmes j ny le Conte d'Apremont^qui font aux enclauesde Lorraine, 
ne pouuoient prétendre lafouueraineté comme ils font, puis qu'il eft 

4.1. qui ex vico. ad . l 4 1 ■■ 1 ■ • ..«."../*■/» 

«paies. 1. for- certain en termes de * droit , que celuy qui a territoire limite , a meime 



munie 



anunatur. 



^^."fiurfcm- droit fur chacun des particuliers , qui font au pourpris de fon territoi- 
ûoTo uios iD dcm" re > comme ^ a ^ ur tous en gênerai, fil ne fait apparoir d'exemption Ipe- 
matrimt.c.argu.i. ciale, & authentique . qui eft vn poinct , par lequel tous ceux quipre- 

pupil!us.§.tcrruori- , lr *. /1 1 1 I o ■• J* 

um. deverb. fignif. tendent la louuerainete dedans les enclaues, & territoire dautruy, peu- 
^hb.'i^confitiâ uenc e ft rc déboutez : ce qu'on ne peut pas fi aifément iuger de ceux qui 
i«b.i.& conf.1.117. empiètent lafouueraineté fus les frontières des Princes fouuerainsrcom- 

lib.i. col. 1 tcx. ml. T 

a:dc facra. de con- me font les cinq feigneurs du pays de furfeance , entre le duché, & fran- 
cum'epîFcop.dcoS.' che conté de Bourgongne,laPrinceile de la Frize Orientale, & ceux 
cumnoiisBaidi?q5- fltii le font emparez par foufrance du pays des débats, entre les royau- 
feudû mes'd'Angleterre & d'Efcofle : lAbbé de Golen, entre Mets , & le pont 
à Mouflon , qui tient l'Abbaye & x xv. villages en tiltre de fouuerai- 
neté,fans recognoiftre feigneur quelconque: comme auftî firent les 
feigneurs de Beaujeu,fe voulans exempter de la couronne de France 
fauoiierentde l'Empire, & furent comprins au vicariat du Duc de Sa- 
uoye, duquel aufli peu à peu ils f'exempterent., fans vouloir recognoi- 
ftre ny Duc, ny Roy, ny Empereur .Quant au Duc de Sauoye, il fe 
qualifie vicaire perpétuel, & Prince du fainct Empire, tenant en foy, Se 
hommage lepaysdeSauoye, érigé en Conté par Henry v.& depuis en 
Duché par Sigifmond Empereurs, Se comme vaiîal de l'empire il a ren- 
du la foy & hommage depuis qu'il eft rentré en Ces pays . ôc mefmes l'an 
M. d. l x i. il enuoya procuration fpeciale au Conte d'Arqués 3 premier 
chambellan de l'Empereur, pourauoirvne autre inueftiturc que celle 
qu'il auoit prife à Aulpourg, par ce qu'elle ne luyfembloitpas en allez 
bonne forme, comme i'ay veu par les lettres du fieur de la Foreft Am- 
) t^ît ^ c ^ c/M /^bafl^deurpourle Roy vers l'Empereur. Mais il eft bié difficile d'en faire 



vnc 



LIVRE PREMIER. 137 

vne forme qui luy foie bonne . car il femble que la qualité de vicaire 

perpétuel fait prciudice , non feulement à la fouueraineté , ains aufïî à 

la qualité de feudataire, & propriétaire des terres qu'on tient d autruy, 

iî ce n'elt par equiuocation . Les Ducs de Saxe & Contes Palatins, font Lcs Ducs de Sa- 

bien aulli vicaires de l'Empire perpétuels, mais ceft pour faire milice çaircs dd-Empi- 

aux princes & villes Impériales, contre l'Empereur mefmes, comme re. 

nous dirons en fon lieu : ôc à tous ceux qui font de leur gouuernement. 

& faut que ecluy qui prend qualité de vicaire,lieutcnant &gouuerneur, 

ne foit pas feudataire , ny propriétaire des feigneuries qu'il tient dece- 

luy duquel il elt Lieutenant. Et par ainfi le tiltre de vicariat perpétuel 

fe doibt rapporter aux autres pais , & hors le territoire, & domaine de 

Sauoye : ce que les autres princes d'Italie, & d'Alemagne n'accorderont 

pas, ôc moins encores le Roy de France, qui ne tient rien de l'empire, 

où il puifle eitre iullitiable des vicaires de l'empire, ioint auffi que 

l'Empereur Charles 1 1 1 i.filt Charles v 1. Daufin de Viennois vicaire Cbarlc vi. Roy 

l 1» 1 • t o >-i > de France vicaire 

perpétuel 1 an m.d.l x x v 1 1 1. le xnj.Ianuier : & par ce qu il n auoit que ^ r tuc j dc j£ 
neuf ans, l'Empereur luy donna le bénéfice d'aage. & par les lettres pa- pire, 
tentes de vicariat perpétuel, qui font au trefor de France, en feeld'or, & 
donti'ay lacopie,il n'y a rie excepté queleContédeSauoye.&qui plus 
eft , la puiifance de la vie , & de la mort luy elî ottroyee fur les fugets de 
l'empire , & puiifance de donner grâces , impofer , & leuer tailles, & en 
exempter qui bon luy femblera, & decognoiftrepar main fouueraine 
des appellations intergettees à i'empire,fairela paix & laguerre,donner 
loix aux fugets, & icelles calfer & abroger, &c. le vicariat eft pour tout 
le royaume d'A rles^qui feftêdoit depuis le mot faint Claude, la Saonne, 
& Roine iufques aux Alpes,& à la mer : que les Impériaux ont toufiours 
prétendu élire tenu de l'empire, mais les comtes de Barcelonne , & de 
Prouence ont fouftenu le contraire : entre lefquels fut Raymond der- 
nier, les filles duquel furent mariées à Loys 1 x. &àCharledeFrance,& 
par ce moyen le comté deProuence eft venu à la maifon d'Anjou , puis 
àla couronne. Combien que Philippe de Valois Roy de Franceauoit a- 
chepté de Henri v. Empereur,lafouueraineté de toutle royaume d'Ar- 
le.fans excepter ny le Comté de Sauoye., ny la principauté d'Orége , ny 
de Beaujeu,qui depuis fut donné à Loys Duc de Bourbon, ny le Conté 
de Prouence, qui eltoit lors en la maifon d'Anjou : ny le franche Conté 
(qui fut donné à Philippe le hardi par Charles 1 1 1 1. Empereur, l'an m. Acquifitiô de la 
c c c l x 1 1. eftant deuolu à l'empire à faute de malles) & la vendition de fouueraineté du 
la fouueraineté dudit royaume d'Arles faitepourla fomme de trois ces j^ aumc 
mil marcs d'argent,auecpromelTe de faire ratifier les princes de l'empi- 
re, qui curent depuis le contract pour agréable, & lean Roy de Boefme 
enfutgarend: lequel vendit auffi la ville de Luques au mefme Roy cent 
l x x x. milflorins d'or l'an m.c c c x x x. les contrats,ratificatiôs,& quit- 
tâmes font encores au threforde Frâce,donti'ay les copies collatiôneesà 

m iij 



i 3 8 DELA REPVBLIQVE 

l'originahqui mentoient bien d'eftre veuëspar ceux qui furent députez 
pour les affaires de Sauoye l'an m. d.l x i i.Et quafî au mefme téps,ÏEm- 
pereur Loys de Bauieres fih: Edouard m. Roy d'Angleterre fon vicaire 
perpétuel, & luy en fiftdepefcher lettres patentes,luyportanspuiflance 
de faire loix & droit aux fugets de l'Empire , & que tous fugets de l'Em- 
pire euflentàluy obeir,&luy rendre la foy,&homage en fon nom. qui 
5 . Froiflard . ub. r. rut vne occafïon ' exquife.,& cherchée défaire guerre au Roy de France, 
chap.jj. • tcno j c Cambray , & les chafteaux de Creuecœur, & de Palerne, mé- 

bres de l'Empirerpar ce que les anciés traittez faits entre les Rpys de Fra- 
ce,& les Empereurs portoient, qu'ils ne pourroiét rien acquérir les vns 
Edouart in. Roy fus les autres,comme il fut remoltré au Roy Edouart,par les princes im- 
danglcterre vi- p er j aux alliez auec luy, & lors affemblez en la ville de Haie. Qui eft vn 

cairc perpétuel r - 1 r> J r - ■ - J Pn' 

tic l'empire. trel-certain argumet^que les Koy s de Frace ne tiennet rien de 1 Empire: 
ce qui elt auiTi expreflemetportéaucontradld'acquifîtionde Philippe 
de Valois ..que i'ay coté cy deflus,qui porte celte claufe,Et demeureront 
les Roys & Royaumes de Frace, es priuileges,frachifes J & libertez qu'ils 
ont toufiours tenuës,cotre l'Empire d'Alemagne, au quel ils ne font en 
rien fugets. Ce qu'on &ft bien entendre à l'Empereur Sigifmond.,quand 
il voulut faire Duc le Conte de Sauoye en la ville de Lyon,de fa puiffan- 
Fnnce*"™ tient ce ï m P er i a l e : caries officiers du Roy f y oppoferent,& fut cotraint aller 
rien de l'empire, hors le royaume, pour vfer de fa puifïànce,cequ'il fiftencholere., &à 
grand regret. Et cela fut fait par exprès mandement du Roy, pour cou- 
urir deux fautes notables qu'on auoit faites : l'vne de palier par foufran- 
ce,que l'Empereur Sigifmond eftant receuàParis magnifiquement, & 
corne il appartenoit à l'oncle du Roy, euftfeanceau lieu royal en plein 
ParIemét:&puison endura qu'il fiit cheualier le Senechal de Beaucai- 
re.Quâtàcedernierpoin^laCourenfiftremôftranceauRoyj&qua 
luy feui appartenoit faire Cheualiers en fon royaume: comme il auoit 
efté iugé folennellemét par deux arrefts,contre les Contes de Flandres, 
& de Neuers.Ce que i'ay bien voulu remarquer,pour monftrer l'erreur 
d' Alciat, qui a fouftenu que le Roy de France eft fuget de l'Empire : qui 
eft vne erreur ou ingratitude affectée , veu les gages qu'il auoit eu en 
Frâce, pour enfèigner la vérité : Ci ce n'en: qu'il voulut fauorifer l'Empe- 
reur qui le retira à Pauie,& luy doubla Ces gages.-comme fin: l'Empereur 
«.in traaat.de infi- Charles nu.qui 6 annoblit Bartol, & luy donna le ly onde Guelles en 
raïi & hoaï"'dcca- champ d'argent, & puifTance d'ottroyer bénéfice d'aage, pour luy, & 
ptiuis i exUepreca- pour lesfîens > qui feroient profeiTion d'enfeiener le droit . & en reco- 

uo-adl.Rhodxaro. T ,, ^ ... C ■ T> 1 7 M ■#** b C P 

gnoillance d vn tel bien-fait , Bartol ' a laine par elcnt, que tous ceux la 
font heretiques,qui ne croient pas que l'Empereur foit feigneur de tout 
le monde: ce qui ne mérite point de refponfè : veu que les Empereurs de 
Rome, ne furent iamais feigneurs de la trentiefme partie de la terre : & 
que Pempire d'Alemagne^n'eft pas la dixième partie de l'empire des Ro- 
mains . Et toutesfois l'Empereur Sigifmond , malade d'vne ambition 

incu- 



LIVRE PREMIER. i# 

incurable,fingera de faire Roy le Duc de Licuanie(qui cft à plus de deux 
cens lieues des frontières de l'Empire d'Alemagne) &luy enuoyala cou- 
ronne: mais le Duc la refufa,& ne châgea point de qualité.'iaçoit qu'il fe 
fuft exempté de la puiffance, ôc fugetion des Tartares . Nous voyons Les Roys de Pou 
auffi que les Empereurs d'Alemagne ont enuoyé les couronnes royales n °en?"icn dc'î'é- 
aux Ducs de Polongne,auparauant que le Pape leur euft permis de por- pire, 
tcrtiltre royal :& neantmoins il eit. tout certain., que les Roysde Po- 
longne n'ont iamais rien tenu de l'Empire : auilî les Alemans ne l'ont Ja- 
mais prétendu : mais bien au contraire, les Polonnois ont conquefté 
partie de la Silefie,& lafouueraineté de Pruffe : dequoy les Alemans ont 
fait fouuent plainte aux eitats de l'Empire , mais ils n'ont rien ofé atten- 
ter ifçachant bien que les RoysdePolongne ont mis en route les Em- 
pereurs., ôc armées Impériales, toutesfois ôc qualités que les Empereurs 
ont voulu prétendre la fouuerainetéde Polongnc. Car il femble que Jj^j" "f*P afto " 
les partifans de l'Empire d'vne part, 6V de l'Eglile d'autre part, ont vou- cap.imeiicximusdc 

i i • 1 Tk • l»r> i r • / « iurciurando. 

lu prétendre, qui pour le Pape,quipourl Empereur lalouueramete, ôc ?.Baid.ini.refcri P ta. 
puilfance par deifus touts les Princes Chreftiens. les vns ont efeript ffic. C spccd!mri- 
8 que tous les Roys facrez font vaffaux du Pape : les autres ont tenu, tuldelc g-. . 

T, / r ' i-inca nouit.de îun. 

que les Papes peuuent donner curateurs aux Roys infenfez. comme fin: incap.fohrdcma- 

* 1 * r ,_. , 1 n • i r- • ioritate.glo.in L5.de 

Innocent 1 1 1 r. ayant iceu que le Roy de Portugal eltoit mal loigneux offi.proconfui & 
du bien public,decerna mandement aux Princes & Barons de Portugal ïclabacm p qÏÏ r fiy 
de commettre vn curateur qui fuft refponfable des affaires d'eftat,&des funt 



Petrus.Belluga tit.' 



finances : non, dit-il, que 1 entende faire preiudice a fa couronne, ams »4.$.nuncvideamus 

. n x . , . *,. r n ■ n ■ nu.19.1nlpeculo.Ol- 

pour la conleruer. maison luy pouuoitdire quelaproteltation eltoit dndconfiw?. 
contraire à fes actes .Vrban v.ofa bien légitimer Henry bafhrd de dcTureiïranS™ 
Caftille.affin de luy faire ouuerture pour chalfer Pierre fon frère legiti- fofaS&E*™*' 
me du Royaume : ce qui fut fait, il y en a qui ont pafle plus outre, difànt *• caufa - *• ca P- ad 

, n J . .,-,. A- r t»i- rT r or- 1 Romanam. Hoftiéf. 

quele-PapeaiunldiGtion lus 1 Empereur par puillance, ôc lus tous les ^ c ap CU m ioannes. 
Roys,& Princes réellement, ôc de faie"t : horfmis fus les Roys de France, ia cap.w îitcSde 
que les Ganoniftes 5 confeffenr^qu il ne recognoift de fait rien plus grâd dTiSreiunndïctu! 
que foy après Dieu : mais il y a vn dodteur 4 Efpagnol qui dit que le Roy fa,9 i* & can - ali °~ 

"1 / r 'il». • i rb ^i - 1 rr r ■ rum& can - nem o,& 

nerecognontny de fait, ny de droit prince du mode: comme auliirait can.cunciapermû- 
Oldrad le premier de fon aage.Aufïî ces bons docteurs là pour toute i 7 . q . 4 . 
raifon de leur dire,n'ont rie de meilleur que l'authorité du Pape Gelafe, li^KC^iLcX 
'qui a eferit que les Papes peuuent defpouillertous les princes de leur ^Stio 1 ? oS dc 
puiffance: &vn autrequiafouftenu.qu'ily auoit appel 6 au Pape de 8 - Baid incap.i.de 

1 1 1 o '1 ' 1»r o 1 n naturafeud.excap. 

tous les peuples, Ôc monarques : qu il n y a quel Empereur, ôclc Pape, paftoraiis de fentêt. 
quipuiffent reuoquer leurs arrefts : 7 ôc deftituer 8 les autres Roys : qu'il 9 . ïp. dericiscap. 
n'y a prince, que celuy à qui le Pape a confirmé la principauté : qu'il SwîSÈÎrS 1 " 
peut Monerpriuileees. exemptions, &immunitez aux fumets d'autruy, veroimperat a ng e- 

r 1 1- o & i i 1 o vi n 1 r 1 o gdis, vt planum fit 

contre les edits, ôc ordonnances de tous les princes: ôc quileltieleul Ôc in refcriptociemé- 

l-j r, | • > i . > tis Pont, max.quod 

gênerai îugedes exempts. Et com bien qu il y en a qui ont tenu, qu on viennsexrat. & in 
doit f arrefter à ce que dit le Pape,fans autrement f enquérir de la vérité: ioSc&obldieÏÏ' 



m 



nij 



i Bald.inl. iurciun- 
-io.dctcftib.C. 



l4 o DE LA REPVBL1QJE 

fieft-ce toutefois que Balde'cfcrit qu'onluy peut dire, Sauf voltre re- 
ueréce. Et fur la maxime pofee par les Canoniftes que le Papepeut tout, 
les Théologies l'ont limitée en deux mots, Qattf nonerrante. Et d'autant 
que tous bons fugets ont intereft de fouftenir la grandeur , &maiefté 
de leurs princesse n'entreray point aux difputes de Iacques de Teranne 
chambrier du Pape , ny deCapito du Moulin, & autres, lefquelsfefont 
abufez fouuent, ou de propos délibéré, eftans préfixez de partions vio- 
lentes: ôc fans propos ont entré au mérite de la religion :ie. neparleray 
que de la fouueraineté temporelle, qui eft le fuget que ietraitte: de la- 
quelle ils n'ont pointparlé.affin qu'on entende qui font les princes ab- 
folumcnt fouuerains,& fi les autres princes font fugets àl'Empereur,ou 
au Pape. Depuis que Gregoire,celuy qui premier Pappelia, 1 efclaue des 
efclauesde Dieu, obtint de Phocas Empereur de Conftantinoble,la 
prerogatiue fur tous les Euefques (hs fuccefïèurs,tournant le fpirituel au 
temporel, ont toufîours peu a peu agrandi leur puiflanceide forte que 
les princes,tant pour la crainte, qu'ils auoiet lors enuers Dieu, que pour 
le degré delà prelature,commencerent aies reuerer beaucoup plus que 
auparauant : ôc mefmement depuis que l'Empire d'Orient commença 
à décliner, qui fut alors que les Papes rirent defenfe aux peuples d'Italie., 
de payer aucun impoft aux Empereurs de Conftantinoble, ny les reco- 
gnoiftre comme feigneurs,par ce que Léon Empereur furnommé Ico- 
nomaque, ou chaffe image, & Thomas aufïi Empereur, faifoient abatre 
les images: qui fut caufè que l'vn fut tué par le peuple au temple fain- 
cte Sophie . alors les Roys de Lombardie ^efforcèrent de fe faire fèi- 
gneurs d'Italie : & les Papes de leur cofté y vouloient auoir part : ôc fur 
ce différend, les Papes fe getterent en la protection des Roys de France, 
qui eftoient alors les plus grands monarques delà Chreftienté. qui fut 
caufe , que Pépin grand maiftre de France, qui difpofoit alors des affai- 
res de ce Royaume > paffaen Italie, & après auoir vaincu les Lombards, 
fut le premier qui fift part des feigneuries d'Italie à Zacarie Pape, qui 
Fauoit couronné Roy de France, faifànt defenfes aux princes, ôc peu- 
ple de France d'en eflire d'autres que de la maifon de Pépin, après auoir 
déclaré publiquement le Roy Childeric inhabile à commander . à 
quoy le peuple de France fut d'autant moins de refîftance, que Pépin 
auoit la nobleflè , ôc l'armée de France à commandement, & que le 
Pape, qui lors eftoit eftimé comme Dieu en terre, en eftoit autheur: 
auquel Pépin promiftfoIennellement,&en depefcha lettres patentes, 
que fil eftoit victorieux des Lombards, qu'il donneroit à l'Eglife de 
Rome l'exarcat de Rauenne , qui contenoit treize villes, ôc Pentapole, 
qui contenoit feize villes : ce qu'il accomplit depuis après la victoire, 
mettant les clefs des villes fus l'autel fainct Pierre :referuantneantmoins 
à luy ôc aux fucceffeurs de la couronne de France la fouueraineté , ôc 
qui plus eft le pouuoird eflire les Papes: & par meime moyen le Pape 

luy 



LIVRE PREMIER. i 4I 

Juyperfuada de prendre le tiltre d'Empereur, qui eftoit alors propre 
aux princes de Conflantinoble. Apres lamortdeCharlemaigne,ceux 
qui auoient crédita Rome,fe failbient eflire Papes par le Clergé, foie 
pour la défiance qu'ils auoienc de n'obtenir pas celle dignité desRoys 
de France, n'ayant point de faueurs en Cour : foit pour la négligence 
desRoysde France , qui ne T'en donnoient pas grand fouci: foit pour 
les guerres ciuiles , qui furuindrent entre les enfans de Loys Débonnai- 
re. Toutesfois on peut voir en Guitard , qui viuoitdecetempslà,que 
trois Papes fuccefliuement font venus en France, pour f'excuferàLoys 
Débonnaire , qu'ils auoient eflé contraints par le Clergé de Rome 
d'accepter la dignité Papale , le fupplians de l'auoir pour aggreable : ce 
qu'il fill craignant irriter le Clergé, qui auoit tel crédit, qu'en fin ils 
contraignirent de quitter la couronne, &fè faire moy ne, & fa femme 
nonain vn an entier. Mais depuis la mort de Loys Débonnaire, qui 
cftoit Empereur de France., d'Allemaigne , & de la plufpart d'Italie, 
& d'Efpagne, l'Empire fut diuifé en trois royaumes , que Charles le 
chauue, Lothaire, & Loys freres tenoient chacun en tiltre de fouuerai- 
neté,fans recognoiflre l'vn l'autre, & que lesenfansde Lothaire fub- 
diuiferentla part de leur père en trois royaumes, c'eft à fçauoir le Roy- 
aume de Lorraine,le Royaume d'Arles, & le Royaume d'Italie, la puif- 
fance des Papes facercut bien fort, fuccedans par voye d'élection , & 
nerecognoifTans pas la maieflc des Roys de France,comme ils deuoiét: 
ce qui aduint principalement au temps du Pape Nicolas premier, qui 
fentendoit mieux au maniement des affaires d'ellat , quefespredecef- 
foirs: & qui fut le premier qui via rigoreufèmentenuers les Princes de 
l'interdiction, ayant excommunié Lothaire frère de Loys Roy d'Italie. 
Ioint aufïî , que la fuccefïîondes trois enfans de Lothaire, qui mouru- 
rent fans hoirs légitimes , eflant diuifee entre leurs oncles Charles, & 

Loys. l'Italie efcheut àLoysRoy d'Alemagne,qui gouuernoit l'Italie AccroifTemét de 
V . ; .ï • 6 j-/r J r la puiflTancc dos 

par lieutenans, & vicaires, qui n auoient pas grande puiflance de reli- p a t, CSi 

fier aux Papes . & que Guifchard le Normand , qui conqucfla le 
royaume deNaples& de Sicile , tenoit la main aux Papes, iufqucsà ce 
que fès fucceffeurs mourans fans mafles , laiflèrent l'eflat de Naples , & 
de Sicile à vne fille qui fut mariée à Frideric 1 1. Roy d'Alemagne,Iequel 
venu en Italie , voulut faire Pape l'vn de fès fauoris : & le clergé d'autre 
coflé eflifoit qui bon luy fembloit: &celuy quiefloit efleu du Cler- 
gé venoit en France, pour fappuyer de la grandeur de nos Roys, qui le 
maintenoient,foit pourlareuerence des Papes efleus canoniquement: 
foit pour afFoiblir la puiffance des Empereurs: de forte que Frideric ir. 
eflant excommunié du Pape , &voiant vne rébellion ouuerte desfu- 
gets contre vn prince excommunié , fe retira en Alemagne après a- 
uoir eu abfolutiondu Pape Innocent, en quittant le droit d'élection: 
& laiflant les royaumes de Naples, & de Sicile à Manfroy fon baftard, 



ï4 2 DE LA REPVBLI QJV E 

lequel fat aullî excommunié du Pape Vrban , qui appella Charles de 
France Duc d'Anjou frère de Loys i x. & l'inueftit de ces deux royau- 
mes , referuant le Conté de Beneuent, & la foy, & hommage, reffort & 
fouueraineté du furplus : & huidt mil onces d'or de cens feudal annuel, 
ôc perpétuel, comme nous auons dit cydeflus. Depuis lequel temps, 
la mailbn d'Arragon , qui fuccedoit à Manfroy par droit de proxi- 
mité , ayant toufiours querelle auec la maifon d'Anjou, trouua moyen 
de guigner lafaueur des Papes, & fe conirituer leurs vaflaux , non feule- 
ment pour les royaumes de Naples, & de Sicile, ains aufïï pour les roy- 
aumes d'Arragon, Sardine, Corfeguc, Mallorque, Minorque, com- 
me Tay dit . de forte que les Papes accroiffoient leur puiilance de la 
querelle de ces deux maifons:iouiilans paifiblementde la Romandio- 
le , de partie de la Tofcanc , & du Duché d'Vrbin en vertu de la dona- 
tion que i'ay dit: & de la fouueraineté de la ville de Rome, qu'ils a- 
uoient peu à peu affugettie , iaçoit que Charlcmagne auoit expreflfé- 
ment voulu qu'elle demouralt en pleine liberté, auec puiiTanceauxha- 
bitans de gouuerner leur eftat : comme dit Auguitin Onophre cham- 
brier du Pape , auoir leu aux regiitres du Vatica,lefquels ie n'ay pas tous 
veus . Mais ilefr bien certain que fil y auoit quelque Prince fouuerain, 
qui fuit tyran , ou hérétique, ou qui eufl fait quelque mefehanceté no- 
table , le Pape l'cxcommunioit , qui eftoit la feule occafion de faire re- 
uolter les fugets , & armer les autres princes contre celuy qui eftoit 
excommunié : & n'y auoit moyen de rentrer en grâce , finon en fe 
conftituantfeudatairedel'Eglifede Rome,c\:vaflal du Pape . Comme 
i'ay dit de Ican Roy d'Angleterre, qui fe fift vaflal d'Innocent m. pour 
le meurtre commis en la perfonne du ieune Artus Duc de Bretagne: 
& augmentèrent aufli le cens feudal d'Angleterre , pour le meurtre 
commis par commandement du Roy d'Angleterre , en la perfonne 
de Thomas Archeuefaue deCanturben: comme iladuint en casfem- 
blable pour le meurtre commis en la perfonne de Staniilaus Arche- 
uefque de Gnefne.le Pape excommunia le Roy, &ofta le filtre royal 
auxRoysdePolongne,cnioignantaux fugets, comme quelques vns 
ont eferit, de tondre leur cheueux à la forme qu'on les voit: de forte 
que les Polonnois n'ont eu que des Ducs,iufques à ce qu'il pleuft au 
Pape leuer les deffenfès, du temps de LacoldeDuc de Polongnc, qui re- 
ceut la couronne Royale du Pape Iean xxi i. auec promefFe de rendre 
certain tribut qui fe paye encorcsà prefent pour la lampe fainct Pier- 
3 . Thomas cromer. re : comme nous lifons en leurs 3 hiftoires: de forte que les Roys d'An- 
Roysfeudataires gl ete rre, d'Arragon, de Naples, de Sicile, de Hierufalem ,de Polon- 
gne,de Sardine, de Corfegue,des Canaries, eftoient feudataires des 
Papes, ou tributaires, ou l'v n & l'autre enfembie.Ils ont aufîî prétendu 
la fouueraineté du royaume d'Hongrie leur appartenir. & de faict il elt 
compris au catalogue de la Chancellerie de Rome. &mefme i'ay veu 

aure- 



LIVRE PREMIER. 14; 

au regiftre du Vatican vn a&e daté de l'an m. c c xx 1 x. par lequel Lan- 
celot Roy d'Hongrie promet obeiflance au Pape Benoift xi 1. & re- 
cognoift qu'il doibt prendre la couronne de Tes mains : &par vn au- - 
tre acte Lancelot 1 1 . Roy d'Hongrie, pour la defobehTance par luy 
commifc au Légat du Pape, & pour en auoir abfolution jil f oblige de 
payer à la chambre du Pape par chacun an cent marcs d'argent, l'obli- 
gation eft de l'an m.cclxxx. Vray eft qu'il y a vn autre ade au mefme 
regiftre en date de l'an m. c c c v 1 1 1. par lequel on peut voir, que les 
Baronsde Hongrie f'oppoferent au Légat du Pape, qui difoit quefaint 
Eftienne premier Roy d'Hongrie auoit pris la couronne du Pape, & 
qu'ils n'endureroient pas que le Pape euft telle prerogatiue fur eux: 
t ou tesfois qu'ils n'empefcheroient pasaufïi, que le Roy par eux eleu., 
ne fe fin: couronner au Pape fi bon luy fembloit:&à la fin del'adejil 
y a plufieurs edits faits par le Lcgat du Papejtouchant l'eftat d'Hongrie, 
auec deffenfes aux Roys d'Hongrie d'aliéner le domaine de la couron- 
ne : qui femble auoir efté la caufe de faire citer à Rome André Roy 
d'Hongrie, pour auoir aliéné le domaine. & mefme Innocent 1 n.au 
chapitre licet. de njoto i enioint expreilémentauRoy d'Hôgrie d'exécu- 
ter le vœu quefon feu père auoit fait, fur peine d'eftre priué de la cou- 
ronne, qu'il promet dôner au puifné en cas de contrauention. ce qu'on 
nedoibt pastrouuer eftrangedecc temps là, veu qu'au mefmc temps 
nous voyons les defenfes faites par le Pape aux Contes de Toulouze, & 
inférées aux decretales/deleuernouuelles charges fur (es fuget s. Nous dàrademblgni! 
trouuons aufti que Godfroy de Bouillon ayant conquefté le royaume 
deHierufalem, &deSurie, aduoiïa le tenir du Pape enfoy & homma- 
ge, aufli eft il compris au catalogue des R.oys feudataires de l'Egliie de 
Rome. Et quant aux grands maiftresde l'ordre S. Jean deHierufalem, Lé grand maiftre 
quieftoitcompofé d'huit peuples de diuerlè lâgue, ils en ont toujours FeudataTre'^u 1 
efté inueftis parle Pape , & en font encores lafoy & hommage aux Pa> Roy. d'Efpaigne 
pesj delapuiffance fouueraine qu'ils ont fur les cheualiersde fonor- & duPa P c -, 
dre riaçoit qu'ils fiilent hommage à Charles v. Empereur de Tripoli en 
Barbanejàuparauant qu'elle fuit en la fugetion du TurCjCV qu'ils facent 
encores à prefeiit lafoy & hommage de l'ifledeMalte au Roy Catholi- 
que, qui leur a efté baillée à cefte charge. Et quant au royaume de Na- 
uarre,le Pape Iules ï 1. après auoir interdit Pierre d'Albrer,come allié du 
Roy de France Loys x 1 1. quieftoit auffi excommunié , le dôna au pre- 
mier qui le pourroit conquérir, àla charge toutesfois de le tenir enfoy 
& homag'e de l'Egliie de Rome. Et mefrne depuis peu d'années le Pape 
Pius v. en voulut-faire autant à Ieane d'Albret Royne de Nauarre, l'ayat 
fait citer à Rome, & depuis par defaux & contumaces la fîft condamner . 
parfescommiffaire^hMeRoy Charles 1 x.n'euft pris fa protection, com- 
me eftant laiugctte,vaflale, & parente: ce qu'il fift entendre à tous les 
princes Chreftiens : combien que l'Empereur Ferdinâd ne f'en (oucioic 



1+4 DE LA REPVBLIQJ/E 

aucuncmenc quelque remonftrance que luy fift la Foreft Ambaffadeur 
RegcModcnc& de France.Car les princes Chreftiens auoient prefque tous opinion,que 
Concorde fiefs [ e p a p C c ftoit abfolumentfeigneur fouuerain de tous les royaumes de 
mpirc la Chreitienté. Et mcfmcs le Roy d'Angleterre f eftant reuolté contre le 
Pape,leConte d'Aifimond en Irlande ,vafTal du Roy d'Angleterre,cn- 
uoya lettres au Roy de France Henry 1 1. offrant fè mettre en fa fugetio, 
f'il vouloit demâder au Pape la fouueraineté d'Irlande . Ils ont aufli pré- 
tendu la fouueraineté de la Mirande, & des Comtez de Cocorde,Rege, 
Donation de Modene,Parme,& Plaifancc : combié qu'on prétend Parme & Plaifan- 
l'Empcreur O- ce e fl. re mem bres du Duché de Milan : Rege,& Modene fiefs de l'empi- 
p C . re: comme en cas pareil le Comté de Côcordeeftvn fief tenu de l'Em- 

pire, & qui fut érigé en Comté par Sigifinond Empereur . Et quant àla 
Mirande, les princes ont toufiours fouftenu qu'ils eftoient vrais fuc- 
ceflTeurs delaComtefle Mahaut,qui eftoit dame de Concorde, Rege 
Modene,& autres feigneuries qu'elle donna à l'Eglife de Rome, pour le 
regard desquelles le Pape demeuroit vaffal de l'Empire d'Alemaignc.Et 
pour s'en exempterais fe firent pafler vne donation, quei'ay leu au regi- 
itre du Vatican, fans date, par laquelle Othon Empereur ( il n'eft point 
dit lequel) donne au Pape, & à l'Eglife Romaine, Pifaure, Ancone, Fof- 
fabrum,& Aufun.& vne autrelettre patente d'Othon un. Empereur, 
au Pape Innocent iu.oiiilvfedccesmots,EGO Othoim.Rex'Rg- 
manorum fèmper Ksiuguftus , tibi Domino meo Papœ Innoccntio in. tuifqifc 
Jhccejforibtis Ecclefiœ Romanx fyondco , polliccor & ihto y qHodomncs poflejjio- 
nés Écclejîoej & ce qui fenfuit bien au long, portant confirmation des 
donations fai&es au Pape & à l'Eglife de quelque Prince, ou feigneur 
que ce foit , & y comprend aufll comitatus Perujl<z > Reate i Saliuxjlnte- 
ramne , £amfanU t neenon Romain , Ferrariam, &c. Mdrchiam,*^4nconitd- 
nam , terram comitijfe M<ttildis i & quœcunque funt citra Rodicofanum, vjquç 
Ceperanum , exarchatum Raucnnœ , Tentapolin , cum aliis terris, &c. ÔC 
la mefme confirmation fe trouue de Raol, & Charles i i i i. Empe- 
reurs , en date de l'an m. c clxxxix.&m.cc c lxviii. portant qu'ils 
donnent aufïi d'abondant au Pape , & à l'Eglife Romaine, tant que be- 
foin feroit : & pour ofter les rebellions tout ce que Henry v. fon ayeul 
auoit donné à l'Eglife, eft confirmé . En forte que fi les donations font 
valables, les Papes font exempts de la foy,& hommage deuëaux Em- 
pereurs à caufè des fiefs qu'ils tiennent, & qui font membres de l'empi- 
re d'Alemagnc. Mais Ci les Empereurs n'ont peu aliéner la fouuerai- 
neté, & droicte feigneuriede ces terres, les Papes demeurent vafîaux de 
l'empire . Nous pouuons dire le femblable du droit d'élection des Pa- 
pes que les Empereurs d'Alemagnc ont prétendu. Car l'Empereur Fe- 
deric i i.pour auoir abfolution du Pape Innocent 1 1 1 i.luy fin; expe- 
dier lettres patentes fcellces en feel d'or, en date de l'an m. c c x i x. 
dôtiay veul'extrai6t,& de fon Empire v 1 1. de fon règne deSicilexxn. 

par 



LIVRE PREMIER. 145 

parlefquelles il quitte entièrement le droicl: d'élection qu'il auoiten 
la création des Euefques,vfant de ces mots., Illum abufum abolcre do- 
lentes } quem quidam brœdecejjorum noflrorum exercuijp dignofeuntur in ele- 
Bionibut PrAAtorpsm 3 concedimus njt eleéliones libère fiante canonicè. Com- 
bien qu'à la vérité, ce droicl: d'eflire les Papes ,appartenoit aux Roys 
de France., & non pas aux Empereurs d'Alemaigne, qui ont vfurpé ce 
tiltre d'Empereur , acquis par Charlemaigne,Roy de France, & laide 
à Tes fucceflèurs F^oys de France, & non pas aux Roys d'Alemaigne: 
car ainii font ils appeliez en tous les anciens traitez, & hiftoriens d'A- 
lemaigne & de Frâce: & ne s'appelloient point Empereurs,qu'ils n'euf- 
fent elle couronnez des Papes . Et l'occafîon de prétendre droit d'éle- 
ction des Papes,fut pour les abus qui fy commettoient.& de fait l'Em- 
pereur Henri 1 1 1. débouta de la Papauté Grégoire v 1. efleu par le Cler- 
gé fans fon confentement ,, &enpourueut Clément 1 1. & fift iurer le 
Clergé de iamaisnereceuoir Pape finon du confentement de l'Empe- 
reur: comme il fe trouueau regiftre du Vatican, & Onophre Cham- 
brier du Pape l'efcrit auffi . deforte que le Clergé après la mort du* pape 
Clément 1 1. enuoya Ambafîadeurs à l'Empereur, pour faire vn Pape: 
& l'Empereur enuoya Pepon appelle Damafus 1 1. après la mort duquel 
le Clergé derechef décerna nouueaux Ambafîadeurs à l'Empereur à 
mefmefin,qui leur enuoya Brunon appelle Leonix. & après ceftui-ci 
leur enuoya Victor 1 1. lequel eftant mort le Clergé eleut Frideric,& 
après luy Alexandre 1 1. ce que voyant Henri 11 11. leur enuoya Cadol 
euefquede Parme } qui fut receu au pays de Lombardie j&chaflé par 
Alexandre;apres lequel Hildebrand^ou Grégoire vu. eleu par le Cler- 
géjdefendit à tous gës laiz la collation d'aucun bénéfice, fur peine d'ex- 
communication: & depuis excommunia Henri nu. Empereur, pour 
auoircontreuenuà fa defenfe:lequelgetta vne armée en Italie, & chaila 
Grégoire v 1 1. qui auoit tenu le fiegexi. ans, failànt Pape Clément in. 
qui tint la dignité x vi 1. ans. contre quatre Papes eleus confecutiue- 
ment par le Clergé, après luy Henri v. fin: Bourdin Pape : & neâtmoins 
le Clergé fans y auoiregard,eleutencores trois Papes l'vn après l'autre, 
iufques à ce que Loys de Bauieres fift Nicolas v. Pape,feat en Auignon 
Iean xxii. qui fiftxiter par deuant luy l'Empereur, & depuis ietta fen- 
tenec d'interdiction par defaux&côtumaces:& l'Empereur de fonco- 
fté fift appeller par deuât luy le Pape Iean , difant que l'eglife eftoit fu- 
gette àTErnpire,& le priua delà Papauté, par fentence donnée à Rome 
où l'Antipape tenoit fon fiege:lequel depuis s'eftat retiré à Pife,fut trahi 
parles habitans entre les mains du Pape Iean, qui le fift mourir es pri- 
ions d'Auignon: & l'Empereur excommunié furabandenné de fcslu- 
gets.côbien qu'il n'eft pas feul, car il fe trouue 5 huit Empereurs excom- y. Friperie r.Fridenc 

lr> -1 -t 1^.- 1 • clI • x. Philippe, Conrad. 

muniez parles Papes . mais depuis Loys de Bauieres , la majelce impe- othon 1 Louy$d« 
rialefut raualee,& n'oferent plus rien attenter contre les Papes . ains au %™ acs - Hcnr/ 4 ' 

n 



H 6 DE LA REPVBLIQVE 

cotraire Charles i n i. Empereur expédia Tes lettres patétesl'an m.ccclv. 
par lefquellcs il recognoift au Pape Innocent v. qu'il doit prendre la 
confirmation de fon élection^ la couronne impériale des Papes^com- 
mençant par ces mots: Po s t fedum ofcuUbeatorum^&c. qui elten tou- 
tes les lettres des Empereurs aux Papes depuis Loys : & la forme de la 
coronation imperiale,où il y a entre les autres ceremonies,quc l'Empe- 
reur feruira le Pape de foubdiacre, & fortant de l'eglife qu'il tiendra l'e- 
frrier du Pape montant à cheual , & le conduira quelque temps tenant 
la bride. Il y a plufieurs autres cérémonies qui font bien au long cou- 
chées es regiftres du Vatican., qui n'eft befoin de mettre ici . Encores eft 
il à remarquer ce qui n'eft pas au regiftre,que l'empereur doit aller cher- 
cher le Pape,& s'il châge de place,aller après: comme fift Charles v.Em- 
pereur, eitant venu en Italie, auec efperance d'aller à Rome , fi toft qu'il 
futaduerti,quele pape Clément vii.s'enalloit à Boulongnelagraffe, 
il fuiuit , ainfi que requiert la cérémonie des moindres Princes aux plus 
grands. Apres la mort de Charles v. l'Empereur Ferdinand ne peut ob- 
tenir confirmation du pape de fon élection , ains il fut menaffé du pape 
d'eftre interdit de manier les affaires de l'Empire : en forte qu'il fut con- 
traint d'employer la faueur des Roys de France & d'Efpaigne pour ap- 
paiferlePape.ee que les Princes de l'Empire trouucrent fortmauuais, 
veu qu'ils auoient promis d'employer toute leur puifTance pour défen- 
dre la majefté de l'Empire contre les entreprifes du pape, comme i'ay 
apris des lettres de l'Ambafîadeur du Roy , datées à Viene au mois de 
Iuillet m.d.lix. Et pour monftrervnefubmiffion plus grade des Em- 
pereurs aux papes, c'eft que la fubfcription des lettres de l'Empereur au 
pape porte ces mots : le baife les pieds & les mains de voftre faincteté, 
. comme i'ay yeu parles lettres de l'Empereur Charles v. au pape clemét 
vi i. ce qu'il ne faifoit point parvnecourtoifîe affectée, mais de fait il 
baifoit treshumblement lespieds au pape, en la plus grande affemblee 
qui fc trouuoitjqui ne fut iamais plus belle qu'en Prouence,où eftoit le 
pape,l'Empereur,les Roys de France & de Nauarre., les Ducs de Sauoyc, 
de Bouillon, de Florence, de Ferrare > Duuirtberg , le grand Maiftre de 
Malte, & plufieurs autres Princes & grands Seigneurs , qui baiferenc 
tous les pieds du Pape, horfmis les Ducs de Bouillon ,& Duuirtberg 
Proteftans. quin'eftoitpaspourauoirabfolution (comme fiftee Duc 
de Venize, lequel print la corde au col, marchant à quatre pieds deuanc 
le pap eClement v. ) ou pour achepter paix comme fift Frideric Barbe- 
rouiTe,lequel pour auoir fon fils pnfonnier endura que le pape Alexan- 
dre 1 1 1. marchaftfus fa tefte , files hiftoires font véritables . Qui font 
tousargumens indubitables, que les Papes ont bien raualé l'ancienne 
grandeur des Empereurs: aufïi difent-ils qu'ils font plus grands que 
les Empereurs, & d'autant plus grands que le 6 Soleil eft plus grand que 
foriutc° KX cma la Lune: c'eft à dire fîx mil fix cens quarante & cinq fois 3 & fept hui- 

tiefmes 



LIVRE PREMIER. i 47 

tiefmesdauantage , û nous croyons à Ptolemee. Et qui plus eft,ilsont 

toufiours prétendu droitàl'Empire.-carlefiege impérial vacant, ils ont 

baillé les intieftituresà ceux qui releuoienr de i'empireicomme ils firent 

à Iean & à Luchin Vicomtes de Milan 3 vacant le iïege imperiaU'an m 

c c c x l i. où ils font appeliez Vicaires de l'Eglife 7 Romaine, & non pas 7 . cap . cum olim dc 

de l'empire rauecdefenfesd obeïr à Loys de Bauieres^uieftoitexcom- P ri ° a T i î. . clciic ' 

/ V n r \ -ri i 8r n- - u cap . & fi fummus 

munie. Et pour ceite cauieles canoniites ioultiennet.,quel Empereur ponufexdefentenr. 

dij- /• • i r r\ a \ • r f-191- «Communicator. 

er la dignité impériale, linon au Pape : 8c la railon qu ils 9 di- ». cu P . i.de renund- 

fenteft,quel'Empercur tient la couronne impériale des hommes, & le ba|bàrfu" s 'T r ôffic! 

Pape de Dieu :cobienqueTvne& l'autre^ généralement toute puif- ?t ^? l r. 

t- n i i t-n,- 1- r . 1r ° il r ^ î 9- Bald. înproœmio 

lance eit donnée de Dieu. Toutefois l'Empereur Charles v.reiiçna la '" eud °r- 

». • / • -l 1 j l n. o !» 1i?- i. Pauii ad Rôma. 

dignité impériale entre les mains des eiecteurSj&lenuoya par le Prince ca P . i 4 .&<j. Iq uo- 
d'Orenge. Mais quoy que le Pape prétende la fouueraineté, non feule- ™op^s!1£ïï^m 
ment fpirituelle, ainsauiîî temporelle fur tous les princes Chreftiens,& '"F 1 ™ &<***- 

I ' • r I ^ > docium ex eodera 

qu'il ait acquis celte puiffance fur les vnspartiltres 8c cefuos, fur les au- fomcmanare. 
très par prefcription & ioûiffànceifi eft-ce que le royaumede France 
s'eit toufiours garentijquoy qu'ils fefoient efforcez de l'affugetirà eux, 
excommuniant nos Roys,qui n'i vouloient point entendre,a(in de fai- 
re reuolrer leurs fugets, comme ils faifoient es autres pays . mais voyant 
l'obeiffance grande des François enuers leur Roy.» & l'amour récipro- 
que de nos Roys enuers leurs fugets,ils interdirent 8c Roy, 8c royaume, 
& fugets; comme fift Boniface v 1 1 1. foubs le règne de Philippe le Bel, 
l'excommuniant^ ceux qui le tiendroient pour Roy: mais le Roy luy 
enuoya lettres telles qu'il meritoit, qui fe trouuent encores au threfor, 
auec vne armée foubs la conduite de Noguarel.,portant décret de prifc 
decorps,en vertu duquel il conftitua le Papepnfonnier.luyfaifantco- 
gn oiftre que le Roy n'eftoit pas fonfuget, comme il l'au oit qualifié par 
fabulle. Etneantmoinsilfeportapourappellant des interdictions de 
Boniface au concile fuperieur de celuy qui greuoit,par l'aduis des prin- 
ces 8c gens de fon confeil . Et long temps au parauant Philippe le Con- 

« r •' 1 on »! J • o.vtcltincap.nouit. 

querant,& Ion royaume excommunie par le Pape Alexandre m. qui dcom. dekgati ca P . 
le vouloit aflùgetir , luy fift refponfe , qu'il ne tenoit ni de Pape ni de ^££852 
prince quifuft fus la terre, i'ay veu la lettre qui fe trouue encores au thre kaox - 
for de France, au cofre coté *^4nglia . Et combien que depuis enco- 
res Benoift x 1 1 1 . 8c Iules 1 1. papes ayent excommunié nos Roys, fi 
n'ont-ils rien diminué , ains pluftoftacreu l'obeiffance des fugets: car il 
fe trouue que le porteur de la bulle d'interdidtion fut conftitué prifon- 
nier, 8c fa bulle lacérée publiquement par arrefi: de la Cour. Et d'au- 
tant que Iean de Nauarre,foy difant Comte Palatin, fift quelques notai- 
res, 8c légitima des baftars, en vertu du pouuoir qu'il difoit auoir du 
pape, il rut condamné par x arreft du parlement de Touloze, comme r.PaniJfo.ieif.May 
coulpable delezemajefté. Etmefmes il y a au threfor de France vne imt.inverboAdci£ 
bulle de Clément cinquiefme pape, par laquelle non feulement il ab- aam -w- 

nij 



148 DE LA REPVBLIQJ/E 

fouit Philippe le Bel.,&fes fugets de l'interdiction de Boniface,ains auf- 
fî il déclare le Roy & le royaume exempt delapuiffance des papes. Ec 
mefmes Alexandre quatriefme pape donna ce priuilege au royaume de 
France ,qu 'il ne peuît eftre interdit: ce qui depuis a efté confirmé par 
fept papes confecutiuement : àfçauoir Grégoire v n i. ix. x.x i. Clé- 
ment quatriefme, Vrban cinquiefme, Benoiit douziefme, defquelslcs 
bulles (ont encores au threfor de France . Qui font tous arguméts pour 
monftrerlesfouuerainetez,franchifes&libertez des Roys& royaume 
njn/^aeiws 61 * ^ e France , quo y que die Iean 1 Durand Euefque de Mande, que les 

g io. &io. Andr. in Roys de France font fugets au pape, quant au ferment . ce qui ne me ri- 
cap, per vcncrabilé. I ■ . , r r ,0 . l l l , J r rf 

quifiiijfumicgic. te point de relponie . c eltoit au temps qu en vertu du ierment oppoie 
aux contrats, les iugesecclefiaftiquesattiroient la cognoiflance, &c iu- 
rifdiction de toutes chofes: ce qui leur fut ofté par edits & arrefts de la 
Cour, à quoy fe peut rapporter la fubmiffion du Roy Philippe de Va- 
lois à la iurifdi£tion de la châbredu pape,pourvneobligationà cau- 
fe de preft fait au Roy par Clément v i. pape de la fomme de trois cens 
trente mil florins d'or .qui eft vnc claufe ordinaire en toutes obliga- 
tions, en vertu de laquelle le pape mefmes feroit obligé au moindre 

benfte 'ïâfict" 4 U ^ foi c p ar l £S reigles de droicî: ° commun. Et d'autant que le pape Clé- 
ment vi. eftoit delà maifon de Turene, il femble que pour celte fom- 
me qu'il prefta, les Comtes de Turene ont eu les grands priuileges,def- 
quels ils ioùiffent encores. Il y en a bien qui ont prétendu que les Roys 
de France doiuent prendre la couronne royale de la main des papes, 
d'autant que le Roy Pépin la print à S. Denys en France du pape Zaca- 
rie:comme il par vn acte en folcnnitcz difeon tinuees., & de telle confe- 
quence pouuoit donner droit : ce qui ne fe feroit pas en l'aquifition de 

j.l hociure.f.du- la moindre feruitude difcontinuee,fînonparprefcription de 3 cent ans. 

quotidiaca. q combien quele Roy ne laiffepas d'eftre Roy fans le couronnement, ni 
confecration, cérémonies 3 qui ne font point de l'eflencedela fouue- 
raineté. Maison ne peut nier, que fi la donation de l'exarcatdeRauen- 
ne&dePentapole,quieftl'vn des plus beaux pays d'Italie, eft faite par 
les PvOys de France aux papes & à l'eglife de Rome , que cela ne foit te- 
nu de la couronne de France : veu que la confirmation des feigneuries 
ainfi données fut demandée àLoys Débonnaire fucceffeur de Char- 
lemaigne, comme Charles Sigon efcritauoir veu la confirmation . & 
de cela on peut tirer deux arguments trefeertains : l'vn, que la dona- 
tion eftoit faite par les predecefleurs de Loys Débonnaire : l'autre, 
que la fouueraineté eftoit retenue: autrement il n'eftoit point befoin 
d'auoir confirmation, attendu quele Roy Pépin auoitacquis les ter- 
res parle droit des armes fus les Empereurs de Conftantinople, qui en- 
uoyerent Ambafladeurs exprès en France à Pépin , pour empefeher 
PerTect de la donation, & ne peurent rien obtenir , comme on peut 
voir enl'hiftoire de Floard & deSigon . Et quiplus eff,Auguftin Ono- 

phre, 



LIVRE PREMIER. i 4 i> 

phre,Chambrier du Pape, qui a veu tous les regiftres & papiers du 
Vatican, confeffe, parlant des Papes, quel'exarcat de Rauenne ,-la Ro- 
mandiole,le Duché d'Vrbin,& partie de la Tofcane,ont efté donnez à 
leglife de Rome . mais il ne dit pas ce que f ay leu en l'extrait du regiftre 
du Vatican, que Iean furnommé TDigitorwn, auoit eferit en lettres d'or 
la donation prétendue de Conftantin , où ces mots font à la fin : ghtam 
fabulant longi temporis mendaciafinxit . le n'ay rien voulu châger . qui lont 
argumens beaucoup plus forts que ceux de Laurens Vale, pour côuain- 
cre les menfo liges d'Auguftin Egubin, qui a forgé en Grec la donation 
de Conft antin,pour luy donner luftre . mais Sigon & Onophre Itali ens 
l'ont allez démenti. Voila quant à la grâdeur & fouueraineté delamai- 
fon de France. le ne touche point ici la grâdeur & fouueraineté du Né- 
gus d'Ethiopie , qu'on appelle Preftre lean^quia l. Roys tributaires, 
comme dit Paul loue 3 ou pour mieux dire Gouuerneurs de Prouinces, 
qui luy rendent non feulement les tributs ordinaires , ains aufïi la foy Se 
hommage en plus grande humilité , que les efclaues ne font à leur fei- 
gneur,ainfi qu'on peut voir en l'hiftoire de François AluarezPortuga- 
lois, qui a demeuré fix ans en Ethiopie : & neantmoins ils font appeliez 
Roys fans propos : quoy que foit ils ne fontpoint fouuerains abioluè- 
ment,puis qu'ils font tributaires, & qu'ils rendent la foy & hommage à 
autruy . Quant aux Princes qui ne font pas Chreitiens , ie n'en puis rien 
dire,pour le peu d'affeurance que nous en auôs par les eferits ôc raports 
d'autruy:iieit-ce toutefois qu'il y a vn chapitre deI'Alcoran,oùileft ex- 
prelTément défendu à tous princes Mufulmans{ c'eft à dire fidèles ) de 
rappeller Seigneurs,horfmis au Caliprr,ou grâd Pôtife. Et par le moyen 
decefte defenfe lesPontifes Mahometans empiétèrent la fouueraineté 
abfoluëpar deffus tous les princes, donnât les Royaumes &" principau- 
tez à qui bon leur fembloitjen qualité de gouuernemens. qui peut eftre 
la caufe, qu'il n'y a prince Mufulman qui porte couroncen telle, iaçoit 
quelesplus anciensRoys d'Afie& d'Afrique portoient couronne, ôc 
mefmes Ioiada Pontife ayant facré Ioas Roy de ludee luy pofa vne cou- 
ronne fus la tefte . Toutefois les princes Mululmans foultiennent , que 
ce chapitre n'eft point du Legiflateur,ains des Pontifes (carde plu fieurs 
Alcoransdiuerhnezils en ont faitvn,long téps après la mort deMehe- 
met ) qui ont adioufté ce chapitre pour l'acroiflement de leur majellé. 
Et d'autant qu'il y eut trois Antipontifes à qui l'emporteroit,les princes 
de Perfe , les Curdes , Tartares , Turcs 3 ôc les Sultans d'Egypte , puis les 
Roys de Maroc,de Fez,de Telenfin, de Tunes, de Bugie^ les peuples 
desZenetes, ôc de Luntune s'exemptèrent de l'obeiffance âcs Calipbcs, 
pout tenir leurs Royaumes en fouueraineté: comme auiïi font les Roys 
de Tombut,de la Guy nee,deGaoga,& autres Roys d'Afrique, horfmis Le RoyHe Por- 
ceux qui tiennent en foy & hommage du Roy de Portugal, comme les f u g a1 ^ plaficurs 
Roys de Calecut, de Malachie, de Cambarre,de Canor, qu'ils ont con- & mbi 



mtatees, 
11 11J 



5 o DE LA REPVBLIQVE 

traints à ce faire, & à payer tribut^ occupé vne bônepartie des royau- 
mes de Maroc & de la Guynee,& bafti vne forterefle en l'ifle d'Ormus à 
la barbe du Roy de Perfe, prenant les péages des marchans qui abordée 
en la mer Perfiquc:& eiuTent fait le femblablc en la mer rouge,fi le Bar- 
nagas ., gouuerneur de cefte cofte là, & luget du Roy d'Ethiopie, ne les 
cuit taillez en pièces , & ruiné la forterefle qu'ils auoient commencée à 
fonder foubs le voile d'alliance & d'amitié contractée parLopez Am- 
bafladeurdu Roy de Portugal auec le Roy d'Ethiopie., Tan m. d.xix. 
Etneantmoinsil eftbien certain, que le Roy de Portugal eftoit ancien- 
nement feudataire du Roy de Caftille:& le Royaume de Portugal, 
membre du Royaume de Caftille , qui fut donné à Henri frère de Go- 
defroy de Bouillon, en efpoufantla baftarde d'Alphons Roy de Caftil- 
le. duquel mariage font iflus tous les Roys de Portugal depuis quatre 
cens cinquante ans, qui continuent encores,& fè font exemptez de la 
fouueraineté de Caftille., &tiennét plufîeursRoystributaires J & feuda- 
taires: car il n'y a point de Roys feudataires en Afie,ni en Afrique qui ne 
foient aufll tributaires : mais anciennement les Roys de Perfe & les Ro- 
mainsjfe contentoient d'auoir les Roys tributaires . comme par les Ro- 
mains,apres auoir vaincu Philippe 1 1. Roy de Macedoine,il fut dit qu'il 
payeroit tous les ans certain tribut, que fon fils Perfeus., doutant de (es 
afFaires,orTrit aux Romains . Mais auili tel Roy eftoit tributaire , qui en 
auoit d'autres loubsluy: comme Dauid rendit tous les Princes de la Pa- 
lestine , & circonuoifins fes tributaires, & neantmoins fes fuccefleurs 
eftoient tributaires des Roys de Perfe. Ainfi eftoit le R.oy de Sclauonie, 
& la republique de Carthage tributaires des Romains, fans autre dimi- 
nution de leur majefté. Mais il y a différence entre tribut & penfiomcar 
Tvn fè paye pour auoir la paix , l'autre pour auoir ayde & fecours , ou 
pour la protection . Vray eft que celuy qui reçoit la penfîon,ordinaire- 
ment l'appelle tribut, comme faifoient les Anglois la penfion de cin- 
quante mil efcus,que leur payoit le RoyLoys xi. par le traité de Pique- 
ni,iufques à ce que la fille d'Angleterre fuft mariée à Charles v 1 1 1. Phi- 

Différence depe- lippes de Comines dit fur cela, que cen'eftoitni penfion ni tribut, mais 
il faut que ce foit l'vn ou l'autre. Ainfi le grand feigneur appelle l'Empe- 
reur fon tributaire , pour la penfion de Hongrie qu'il paye tous les ans: 
& en cas pareilles Venitiens,Gencuois,Rhagufiens, les Roys d'Alger 8c 
de Thunes font par Iuy appeliez Ces tributaires , ores que par les traitez 
& lettres du Turc ils foient qualifiez grands amis & alliez. Mais le grand 
Precop de Tartarie, qui eftoit anciennemét feigneur fouuerain de tous 
les Royaumes depuis le fleuueVolha,iufques au Borifthcne,tenoit tous 

3.sigifmundusiibro J es Princes & feigneurs de ces païs là comme fes tributaires^ feodatai- 

in hiftona Mofcho. . - O, N ■* ^ „ , 

Le Knezde Mo- res,qui le mettoiet a genoux non leulemet deuat Iuy, ains aulli eitoient 
abroiu eft ' Pr } nCe debout deuâx (es 3 Ambaflâdcursaffis: &entreles autres, le grand Kncz 
de Mofchouiefoufroit mille indignitez , qui pour cefte caufen'eft cn- 

cores 






uerain. 



LIVRE PREMIER. t S t 

cores appelle que Duc par les autres princes fouuerains,iaçoit que l'an 
m.d. xx i m. les Ducs te fontafranchis del'obeiïTancedu Prccop, du- 
quel Sultan Selim biiayeulde ceftui-ci efpoufa lafiller&lepremierDuc 
quifereuolta contre luy fut Baille i. qui s'appella grand Chambellan 
de Dieu, & Roy deMofchouie, &cettui-ci quieftàprefent,endépk 
dequoy les autres ptinces l'appellent Duc, fe qualifie grand Empereur: 
comme à la vérité c'eftl'vn des plus grands & redoutez Monarques qui 
foit.non pas que l'eftendue de pais face le Prince plus oumoins fouue- 
rain . car combien que le Roy Eumenes n'euft plus quvn chafteau en 
toutefapuifTance,fi eft-ce quand il fut queftion de capituler auec An- 
tigonRoy d'Afie^quivouloitauoir la prerogatiue d'honneur, il fift re- 4.piutar.inEumene. 
fponfè qu'il 4 ne recognoiftroit iamais plus grand que foy, tant qu'il 
auroit l'efpee au poing . Et toutefois entre les Seigneurs abfoluê'ment 
fouuerains,ily a prerogatiue d'honneur des plus anciennes Republi- 
ques, ou Monarchies, aux modernes, &nouuelles,ores qu'elles foient Degré/ dhon- 
plusgrâdes& plus puifTantes. corne il fe voit entrelesx m. Cantons des £ eur ent 5 c Ies 

i o 11 1 rinces iouue- 

Suifles, qui font tous fouuerains, & ne recognoiffent Prince nimonar- rains égaux, 
que du monde pour fouuerain :1e Canton de Suric a laprerogatiue ° rclr J: d« Can- 
d'honneur:& le député du Canton de Suric prefide aux eftats, Reçoit 
au nom de tous les Câtons les ambafladeurs des Princes& Republiques, 
&àluyfeulapartientdefairea(femblerleseftatsdetouslesCantons,& 
les licencier: iaçoit que le Canton de Berne eft de beaucoup plus grâd, 
^pluspuiffantj&puis après BernejLucerne&VrijOres qu'il n'ait point 
de murailles, non plus que Schuuits & Vnderualden, qui fuiuent en or- 
dre^ puis Zoug,Glaris,Bafel,Fribourg,Soleure. On pourroit dire que 
cela s'élirait félon le temps que chacun Canton cft entré en alliance; 
mais les traitez defcouurent le contraire , par lefquels il appert , que les 
premiers qui traitèrent alliance, furent Vri, Schuuits., Zoug, Vnderual- 
den . quelquesfois auffi les plus anciens Monarques & Princes perdent 
la prerogatiue d'honneur quand ils fe mettét en la protection des nou- 
ueaux Princes , ou qu'ils fe font tributaires : en ce cas il eft bien certain 
qu'ils font toufiours moindres que les autres: comme il aduint prefque 
à tous les Princes & feigneurs qui cherchèrent la protection des Ro- Degrez d'hon- 
maius : les autres demeuroient bien égaux en apparence. & aux traitez, " eur cr \] TC \ c$ 

, r . ,, A • n • • / i> il- r- Princes alliez des 

comme les ieigneurs d Autun,qui eitoient égaux en traite d alliance rait Romains, 
entr'eux & les Romains, s'appellans frères les vns des autres : &neant- 
moins en erTe6t les Romains auoient la préminence, & mefmes l'Empe- 
reur Augullc fe monftra fort cérémonieux aux honneurs, qn'il diftrï- 
buoitauxRoys & Princes alliez,&foubs la protection de l'Empire de 
Rome :faifant des Ethnarques, &Tetrarqucs, ceux-ci moindres que 
ceux-là. & les Roys plus grands que les °Ethnarques: &les plus anciens o.iofcph. 
alliez des Romains à ceux quieftoient les derniers. Et côbien que foubs R °y s ^ nnar - 
l'eftat populaire les Romains ne fuflent pas il foigneux de telles cere- q UCS> ' 

n iiij 



ïxt DE LA REPVBLIQ_VE 

moniesjfî eft-ce qu'ils en ont auiTi efté curieux,comme on peut voir du 
différend qui fut entre Perfeus Roy de Macédoine & ÇKMartius Am- 
bafladeur des Romains,à qui pafleroit la huiere de la frontière de Ma- 
cédoine . l'Ambafladeur le gaigna par douceur de paroles 3 pour mon- 
ftrer, comme il dift aux alliez 3 que la dignité des Romains eftoit plus 
grande que celle du Roy de Macédoine, qui toutefois ne vouloiten 
rien céder aux Romains. Et depuis qu'il eut perdu fon eftat, & fon ar- 
mée^ quiInepouuoitfuirfesennemis,ilefcriuitàPaul j£mil général 
de l'armée des Romains, fe qualifiant encores Roy : mais on ne voulue 
o.LiumsUb. 5 j. paslire,ni ouurir fes lettres qu'il n'euftofté la ° qualité de Roy, quin'ell 
propre finon à celuy qui eft fouuerain , & ne tient de Prince quelcon- 
que. Qui fut la caufe que le Roy François i. remonftra au Cardinal Bi- 
biene Légat en Frâce, que fon mailtre ne deuoit pas endurer que l'Em- 
pereur Charles v. s'appellaftRoy deNaples & de Sicile, veu qu'il n'e- 
ftoit que vaflal : & le Légat en aduertit le Cardinal de Medicis, qui de- 
puis fut Pape, afin que cefte qualité fuft rayée , qu'il difoit par fes lettres 
eftre défendue aux Roys de Naples . toutefois le Légat n'auoit pas bien 
leules registres du Vatican (en quoy plufieurs Ambailadeursmal in- 
itruits es affaires de leurs maiftres font de notables fautes )veu que la 
qualité Royale eft inférée aux inueftitures de Charles de France, de Ca- 
robert,& de Ieanne. Et faudroit par mefme fuite de raifons rayer la qua- 
lité au Roy de Boheme,qui tient fon Royaume enfoy & hommage de 
côtoSî'dVî'cftib l'Empire :& non pas pource qu'il eft trop petit, comme 5 plufieurs ont 
Baptifta cafteiian.in efcrit,que ce n'eft pas Royaume pour celte caufe:qui feroit mefurer les 
Roys al aulne: mais celt d autant que le pais de Bohême rut érige en 
Royaume par l'Empereur Fiïderic 1. &pour tiltre d'honneur feulemér, 
fans preiudice des droits & fouuerainetez de l'Empire. Mais à" dire vray 
cefte qualité ne peuteonuenir au feudataire d'autruy , qui n'a rien en 
tiltre de fouueraineté . Et peut eftre que ce fut la caufe,qucle Pape Pius 
ii n; ne donna la qualité royale à Cofme ducdeFlorence,ores qu'il en 
euft fort bon vouloinde quoy eftantaduerti 1 Empereurpar l'Ambaf- 
fadeur de Frâce,dit:/r^/w»o» habet Regem^ni/iC^farem. Ce qui doit eftre 
entendu de l'Empire,duquel les terres du Duc de Florence font, tenues, 
& non pas de l'Empereur qui eftfuget aux eftats de l'Empireiiaçoit q ue 
tousles Princes Chreftiensluy cèdent la prerogatiue d'honneur après le 
Pape, comme chef del'Empire : tout ainfi queles Roys de France, après 
l'Empereur,ont la precedence par deffus tous les Princes Chreftiens: la- 
quelle prerogatiue d'honneur n'eft pas feulement acquifepar longue 
poflefïion, ainsaufïipource qu'il n'iena pointdepareille,ouqui ait 
6. in confiiio petita vne fi longue fuy te de Roys. Et mefmes 6 Balde Iurifconfulte Italien & 
a.69. ' fuget de l'Empire disque le Roy de France porte la couronne de gloire 
par delfus tous les Roys, qui luy ont toufiours déféré ceft honneur, ôc 
qui plus eft le Roy d'Efpaigne, qui depuis peu d'années l'a voulu deba_ 

tre 



LIVRE PREMIER. m 

tre, en fut débouté à Venizepararreft du Sénat, à la po.urfuite du fîeur 
DarquesJ'an m. d. Lviji.&depuisericorcs par arrelbdu pape, donne 
du contentement de tout le confiftoire des Cardinaux., où le papcâift 
haut& clairjquelesRoysde France eftoient les anciens, protecteurs de 
Teglife Romaine, Arque les plus belles pièces delà maifon d'Efpaigne 
eftoient demébrees de la maifon de France: & difoit veriné.pour amen- 
der la faute qu'on auoit faite de prepofet au Concile cfce Trente Men- 
dozze AmbafTadeur d'Efpaigneà TAmbafTadeurde France, quipour 
lors eftoit le feigneurde Lanfac,aflifté de M. M. duFerrier & du Faur 
des plus dignes perfonnages qui furent oneques employez en charge 
d'Ambafladeurs. Toutefois T AmbafTadeur d'Efpaigne depuis les deux 
arreftsque i'ay dit 3 voulut encores àViene en Auftriche, obtenir lieu 
egalauSieurdelaForeft AmbafTadeur de France, ou que lapreceden- 
ccfuft partie par moitié, comme les Confuls Romains, qui auoientla 
precedence, & les x 1 1. Maffiers, auec puiflance de commander fuccet- 
îiuement & chacun fon iour . Ce que le Roy ayant entendu referiuit à 
fonAmbafladeur.quelaprecedence eftoit de telle confequcncc qu'il 
ne deuoit ouurir la bouche pour en parlerons exprès mademét.L'Em- 
pereur ne voulant offenfer ni l'vn ni l'autre , fift defenfe aux Ambaffa- 
deursde fe trouuer aux ceremonies,& afTemblees publiques. le Sénat de 
Poloigne empefché fus la mefme difficulté,^ voulut preferer,ni égaler 
l'vn à l'autre .-mais il ordonna que les premiers venus feroient les pre- 
miers oùys.& d'autat que M. de Monluc euefque de Valence (qui pour 
fa prudence & dextérité au maniement des affaires deftat 3 a eu quinze 
fois charge d'AmbafTadeur ) eftoit le premier venu , il fut oiiy le pre- 
mier, dequoy l'Ambafladeur d'Efpaigne irrité ne voulut rien dire, co- 
rne i'ay feeu de M. Daques Abbé de Belle-i(le,homme d'honneur & de 
vertu , qui lors eftoit aufïi AmbafTadeur en Poloigne , & maintenant à 
Conftantinople. Maisauparauât Tan m.d.lvii i. iamais prince Chre- 
ftien n'auoit reuoqué en doute la precedence de la maifon de France: 
&mefmes les Anglois l'ont toufiours préférée à la maifon d'Efpaigne, 
quoy qu'ils fufTent anciens alliez, & amis de Tvne,& ennemis de Tautret 
& après la mort de Marie,au chapitre tenu par les Cheualiers de Tordre 
de la jartiere, la vigille S. Georges Tan m. d. l v. il fut arrefté que la place 
du Roy de France feroit auprès du chef de Tordre à main dextre., où au 
parauant eftoit celle d'Efpaigne, lors que le Roy Philippe eftoit marié 
àla Roync : & le iour S. Georges, on garda place au Roy de France au 
collé dextre,& au Roy d'Efpaigne à feneftre.,aupres de la place deTEm 
pereur, qui eftoit vuide. Et depuis au temps de Charles i x.laRoyne 
d'Angleterre fift mettre la bannière de France de mefme eftoffe & gran- 
deur que lafienne,comme le Roy fut aduerti par M. deFoix lors Am- 
bafTadeur, qui ne fait pas moins d'honneur à la grandeur de fa maifon, 
qu'ilen a receu:& auroole qui eft tous les ans figné de la Royne,le nom 



i 54 DE LA REPVBLIQJ/E 

du Roy de France eft lepremi'er après le fien . Mais pour ofter fes diffi- 
cultez, & les ialoufiesemre les Princes'^ qui âurrèment font incuitables 
&,&angereufes,.ileftportéparlexii i. article des ordonnâmes de Loys 
xi. touchant l'ordre des Cheualiers, qu'ils feront mis en ordre félon le 
temps de leur réception fans prerogatiue de Roy ni d'Empereur. Mais 
chacun Prince fouuerain , & quin'eft ni tributaire , ni feudataire , ni en 
protedtiô d'auccuy, peutdiftribueren fon pais les prerogatiues d'hon- 
neur à qui bon luy femblera, tenant toufiours le premier rang . on ferait 
allez que les Seigneurs de Venize,de Genes,de Ragufe, les Roys de Po- 
loigne & de Mofchouie,ont traité alliance auec le Roy des Turcs : il eft 
ce qu'il a toufiours déféré la prerogatiue d'honneur au Roy de France, 
l'appellant par fes lettres le plus grâd, & le maieur des plus grands Prin- 
ces Chreftiens. & luy fe qualifie leplus grand de tousles Empereurs^ & 
le premier Sarrach des Mufulmans, c'eft à dire Je Prince des fidèles : & 
quant à cefte dernière qualité les Princes Chreftiens mefmes luy don- 
nent par leurs lettres. Et quant au premier tiltre il femble qu'il a pris des 
anciens Empereurs de Conftantinople , qui portoiét en armoiries qua- 
tre B. quelesnoftrcs appellent fufils: qui veulent dire,B A 2 I A ET 2 
BA2IAEHN BA2IAETHN B a ÉI AETSI, ceftà direRoy 
des Roys,regnât fus les Roys. qui eftoit la qualité que prenoiét ancien- 
nement les Roys de Babylone , comme on peut voir en Ezechiel , qui 
appelle oa^o Y7D le Roy Nabucodonofor , d'autant que tous les Roys 
d'Afieluy eftoient tributaires, & depuis les Roys de Perfe, comme cC- 
critEfdras: ôc après eux les Roys de Parthe vfurperent cefte qualité, 
comme Dion efcrkdePhraatesroy de Parthe, qu'il s'appelloitRoy des 
Roys. mais les princes feudataires ne fe peuuent qualifier Roys, Ducs, 
Marquis, Comtes „ Princes, ni vfer du tiltre de majefté , ains feulement 
d'alteiTe,ouferenité,ou excellence,comme nous auons dit. 

DES FRAYES M A R QJ? E S 

de Souueraineté. 

c h a p. x- 

vis qu'il n'y a rien plus grand en terre après Dieu, que 
les Princes fouuerains, & qu'ils font eftablis de luy, 
comme fes lieutenans , pour commander aux autres 
hommes, il eft befoin de prendre garde à leur qualité, 
afin de refpe&er,&reuerer leur majefté en toute obeif- 
fance , fentir & parler d'eux en tout honneur . car qui 
: 7.Exo- mefprife fon Prince fouuerain, il °mefprife Dieu, duquelil eft l'image 
^omani^imoth. en terre. C'eft pourquoy Dieu parlât à Samuel,auquel le peuple auoit 
chid'jT' 38 ' EzC " demâdé vn autre Prince:C'eftmoy,dit-il,à qui ilsontfaitiniure.Or afin 
qu'on puiffe oognoiftre celuy qui eft tel,c'eft à dire, Prince fouuerain, il 

faut 




o.i. Samuel 8, 
di iz.iS.Petri 



LIVRE PREMIER. i 55 

faut fçauoir Tes marques , qui ne (oient point communes aux autres fu- 
gets: car 11 elles eftoient communes, il n'i auroit point de Prince fouue- 
rain : & neantmoins ceux qui en ont mieux eicrit n'ont pas efclairci ce 
poinâ: comme il meritoit,foit par flaterie,foit par crainte,foit par hay- 
nejfoit par oubliance . Nous liions que Samuel ayant facré le roy que 
Dieu auoit efleu,flft vn liure des droits de la majeité: mais les Hebrieux 
ont efcrk,que les Roys le fuprimerent, afin d'exercer la tyrannie fur les 
fugets.En quoy Melanchthon s'eft mefpris, qui a péfé que les droits de 
lamajefté,foientlesabus,&tyrannies,que Samuel dift au peuple en fa 
harangue : Voulez vous fçauoir, dit-il,la couftume des tyrans ? c'eit de 
prendre les biens des fugets pour en difpofer à Jeurplaifir , prendre 
leurs femmes & leurs enfans pour en abufer,& en faire leurs efclaues . le 
mot o'ioawD ne lignifie pas droits en ce lieu là,mais couftumes & façons 
de faire, autrement ce bon prince Samuel fe fuit démenti foymefme: 
car quand il rendit conte au peuple de la charge que Dieu luy auoit 
dônee , Qui eft celuy, dit-il, d'entre vous., qui peut dire que iamais i'ay 
pris de luy or ou argenr,ou prefent quelconque? alors tout le peuple 
luy donna cefte louange à haute voix, qu'il nauoit iamais fait tort, ni 
rien pris de perfonne quel qu'il fuft. Entre les Grecs il ni en a pas vn qui 
enaitrienefcrit^quifoitenlumierejhorfmis Ariftote,Polybe,&Denys 
d'Alycarnas:maisils ont tranché G. cour t., qu'on peut iuger à veuë d'oeil, 
qu'ils n'eftoient pas bien relolus de cefte queftion . le mettray les mots 
d'Ariftote, Il y a,dit-il/ trois parties de la Republique : l'vne à prendre lJ,b -4'<ï«B.ep»b 1 
aduis & confeihl'autre à eftablir officiers,& la charge d'vn chacun i & la 
troifiefme à faire iuftice. il a entendu parler des droits de la majefté., en- 
cores qu'il die parties de la Republique: ou bien ilfautconfeiTcr qu'il 
n'en a point parléjcar il n'i a que ceft endroit là. Polybene détermine 
pas auili les droits,& marques de fouueraineté, mais il dit 'parlant des Jt îib. t. de Militari 
Romains, que leur eftat eftoitmefléde puifïànce royale de feigneurie dx^pUn"/* 1 ' 5 Rom * 
Ariftocratique,& de liberté populairej veUjdit-il, que le peuple fait les 
loix & les officiers: & le Sénat ordonne des prouinces,& de l'efpargne, 
& reçoit les AmbafTades, & cognoift des plus grandes chofes : les Con- 
fuls tiennent la prerogatiue d'honneur,en forme & qualité royale,mef- 
mes en guerre.où il font tout-puiflans . En quoy ilappert qu'il a touché 
lesprincipaux poindts de la fouueraineté:puis qu'il dit,que ceux qui les 
ont tiennent la fouueraineté. 4 Denys d'Alycarnas femble auoir mieux * llb + & 7- 
efcrit,&plus clairement que les autres. Car il dit que le Roy Seruius 
pour ofterlapuiflance au Senatjdonapouuoirau peuple défaire laloy, 
& la caffer : décerner la guerre, & la paix : inftituer, & deftit u er les offi- 
ciers^ cognoiftre des appellations de tous les magiitrars. & en autre 
lieu parlant du troifiefme trouble aduenu en Rome entre la Noblcfle 
&lepeuplc.,il dit,quele Conful M. Valerius remonitra au peuple,qu'il 
fedeuoit contenter dauoir la puilTance défaire les loix, les oiticiers J &: 



i 5 6 DE LA REPVBLIQ_VE 

le dernier reflbrt : ôc quant au refte, qu'il appartenoit au Sénat . Depuis 

les Iurifconfultes ont amplifié ces droits , & les derniers beaucoup plus 

que les premiers aux traitez qu'ils appellent Droits de regales:qu'ils ont 

rempli d'vne infinité de particularitez qui font communes aux Ducs, 

Comtes, Barons, Euefques, officiers, ôc autres fugets des Princes fouue- 

j. caftrenf. confii. rains : en forte mefmes qu'ils s appelientles Ducs Princes fouuerains, 

ai^nu D r"cur C iu- commelesDucs de Milan,Mantouë,Ferrare,&Sauoye ivoire iufques 

&to.&cSifii.tt.'nu. aux 6 Comtes: ôc tous font en ceft erreur : qui a bien grande apparence 

8. Paris conm. i.nu. de vérité . Et qui eft celuy qui ne iugeroit fouuerain., celuy qui donne 

aj. hb. i. Bolîius tu. s r r • C • 1 • 1 • 

decrim.maieftat. loyatousles iugets : quirait la paix & laguerre : quipouruoit tous les 
^Lm.y?de t 'dudb! officiers ôc Magiftrats de fon pays : quileueles railles., & afranchift qui 
Rrnr 0l SbaSo- k° n W fernble:qui done grâce à celuy qui a mérité la mort ? que peut 
cm.confii. 4 .iib.3.ia- on defirer d'auantap;e envn Prince fouuerain? ceux-ci ont toutes ces 

fo.confil.zi7.hb.Ca- O f , J _ . 

chenan . dedf . P c- marques de iouuerainete. Etneantmoins nousauonsmonitrecidel- 
6.Brun n us n decomita- fus, que les Ducs de Milan, deSauoye, de Ferrare,de Florence, de Man- 
Bdd.A? CT fi e t°caftS touë releuent de l'Empire:& la plus honorable qualité qu'ils prennent, 
îrTanum C Ai um ' d C '~ ce ft de Princes, & Vicaires del'Empire : nous auons monftré qu'ils ont 
Baibauàm. ' lesinueftitures del'Empire: qu'ils p relient la fo y &homage à i'Empire: 
brief qu'ils font naturels fugets de l'Empire , originaires des terres (u- 
gettes à l'Empire : comment donc pourroient-ils eftre abfoluement 
fouuerains ? comment feroit fouuerain celuy qui recognoiftla iuftice 
d'vn plus grand que luy ? d'vn qui cafle fes iugemens, qui corrige fes 
loix, qui le chaftie s'il commet abus ? nous auos monftré que Galeace i. 
Vicomte de Milan fut accufé J attaint,conuaincu,& condamné delezc 
majefté par l'Empereur,pour auoirleué tailles furies fugets,fans congé., 
& qu'il mourut prifonnier . Et fi les vns par congé , les autres par fouf- 
fiance , les autres par vfurpation entreprennent pat deifus la puiflance 
qu'ils ont, s'enfuit-il qu'ils (oient fouueraiiiSjVeu qu'ils fe confeffent Vi- 
caires ôc Princes de l'Empire ? il faudroit donc rayer celle qualité,& cel- 
le de Duc,& la qualité d'alteffe,& fe qualifier Roys,vfer du tiltre de ma- 
jefté: quine fe peut faire fans defauoiierl'Empire,comme fift Galuaigne 
Vicomte de Milan,qui enfutbien chaftié. Nous auons auffi monftré, 
que par le traité de Confiance, les villes de Lombardie demeurèrent 
fugetes à l'Empire . Brief, nous auons monftré les abfurditez intoléra- 
bles qui s'en enfuiuroient ., fi les vafiaux eftoient fouuerains, mefme- 
ment quand ils n'ont rien qui ne releue d'autruy : ôc que ce feroit éga- 
ler le feigneur& le fuget ,1e maiftre& le feruiteur, celuy qui donne la 
foy,auec celuy qui la reçoit, celuy qui commande, auec celuy qui doit 
obeïilance. -Puisque cela eft impoiIible,ii faut bien conclure que les 
Ducs, Comtes, ôc tous ceux qui releuent d'autruy,ou qui reçoiuét foy, 
ou commandement d'autruy, foit par force ou par obligation, ne font 
pas fouuerains. Nous ferons mefme iugement des plus grands Magi- 
ftrats,LieutenansgenerauxdesRoys,Gouuerneurs.,Regens,Di£tateurs, 

quelque 



LIVRE PREMIER. 157 

quelque puillànce qu'ils ayent, fils font obligez aux loix,reffort, & 
commandement d'autruy,ilsnefont pas fouuerains. Car il faut que 
les marques de fouueraineté foient telles, qu'elles ne puiffent conue- 
nir qu'au Prince fouucrain : autrement fi elles font communicables 
aux fugctSjOn ne peut dire que ce foient marques de fouueraineté. 
Car tout ainfiqu'vne couronne pert fon nom, fi elle eft ouuerte,& 
que Ion en arrache les fleurons : aulïï la majefté fouueraine pert fa gran- 
deur, fi on y fait ouuerture , pour empiéter quelque endroit d'icel- 
le. C'cft pourquoy à l'efchange fait entre le Roy Charles v. & le Roy 
dcNauarredes terres de Mante, & Meullanauec Montpellier,, où les 
droi&s royaux font articulez , il eft dit , appartenant au Roy feul & 
pour le tout : & par mefme raifon tous font 7 d'accord que les droi&s 7-Aie«nd« bl.fi. 

i f J. lia: quam pater de 

royaux font inceffibles, inaliénables 3 & qui ne peunent par aucun trait ijber.& pofthu. car- 

18 n r ■ « nu i • r, • r t ! dinal.Flor.& Iafoin 

de temps eitre preicripts . & 1 il aduient au Prince iouuerain de les proœmio feudor. 

r ■] r 1 r r r Martin, laud. in cap. 

communiquer au iuget , il rera de lonleruiteur 3 Ion compagnon: en lm „ ni feudum da [ e 
quoy faifantil ne fera plus fouuerain .car fouuerain (c'eft à dire, celuy Je^obiL'"^' 
qui eft par deflus tous les fumets ) ne pourra conuenir à ecluy qui a s - Ba!d - confi J- 1 ?4- 
fait delon luget^lon compagnon . Or tout ainii que ce grand Dieu eod ciaud. AquenC 

{r • r-v '1^1 J > 1 Cl ' C in fumma tic. qui 

ouueram,ne peut faire vn Dieu pareil a iuy, attendu qui! eit infini, f cu dum d«c P ofs u- 

& qu'il ne fe peut faire qu'il y ait deux chofes infinies , par démon- ffSA^ffj^ 

ftration naturelle ckneceflaire : auffi pouuons nous dire que le Priu- W*&&a Prafcstic 

c , ,,. f , . x r . r de rcgai.decif.i.ij. 

ce que nous auons pôle comme limage de Dieu, ne peut faire vn lu- Baidus a PP eiiat &- 
get égal à luy, que fa puhTance ne foit anéantie. S'il eft ainfi,il fen- m^ïcuT^cpus 
fuit que la marque de fouueraineté n 'eft pas de faire iuftice , par ce ïJ^ted^onS 
qu'elle eft commune au Prince, & au fugct:ny pareillement de infti- ™ atcr cp.aid.inau- 

in . 1 rC • It^- *> \ r thenrJioc amplius 

tuer, ou deltituer tous les officiers , par ce que le Prince & ie tuget defiddeon. c.An- 
ont cefte puiffance y non feulement pour le regard des officiers 1er- Ep«fci!^ja?3 
uants ou à la iuftice, ou à la police, ou à la o-uerre.ou aux finances., i°' ! !,"'? pla - ea c L 

» f J O ' « qu'S decurio . Fc- 

ains auffi pour ceux qui commandent en paix, ou en guerre .car nous Kn.iniubr. mde 
lifons que les Confiais anciennement faifoient les Tribuns militaires, cap vk.de pr *bend. 
qui cftoient comme Maréchaux en l'armée : & celuy qui l'appelloit ài4i.no7™ibi°* 
Interrex faifoit le Dictateur ; le Dictateur faifoit le Colonel des gens 
de cheual. & en toute Republique, où la Iuftice ell donnée auecques 
les fiefs, le feigneur féodal fait les officiers, & les peut deftituer fans 
caufe, fils n'ont eu les offices en recompenfè. Nous ferons mefme 
iugement des peines & loyers que les magiftrats, & capitaines don- 
nent à ceux qui l'ont mérité, auffi bien que le Prince fouuerain . Ce 
n'eft donc pas marque de fouueraineté , de donner loyer > ou peine 
à ceux qui font mérité, puis qu'il eft commun au Prince & au Ma- 
giftrat : ores que le Magiftrat ait ce pouuoir du Prince . Auffi n'eft- 
ce pas marque de fouueraineté , de prendre confeil pour les affaires 
d'eftac, qui eft la propre charge du priué Confeil , ou Sénat dvnc Re- 
publique , lequel eft toufiours diuifé de celuy qui çft fouuerain: 



i 5 8 DELA REPVBL1QJVE 

& mefmes en l'eftat populaire, où la fouueraineté gift en l'afleniblee du 
peuple, tant f'eii fautquele confcil des'affaires foit propre au peuple, 
qu'il ne luy doibe point eftre communiqué, comme nous dirons en 
ion lieu . Ainfi peut on iuger qu'il n'y a pas vn feul poindt des trois que 
Ariftote a pofèz, qui foit marque de fouueraineté. Quant à ce que die 
Denys d'Halicarnas, que M; Valerius en la harangue qu'il fift au peu- 
ple , pour appaifer les troubles , remonftra que le peuple Te debuoit 
contenter d'auoir Ja puiflance de faire les loix, & les magiftrats . Ce 
n'eft pas aifez dit , pour faire entendre qui font les marques de fouue- 
raineté : commei'ay monftré cy deflus, touchant les magiftrats . nous 
dirons le femblable de la loy , que le magiftrat peut donner à ceux qui 
font au reflort de fa iurifdidtion , pourueu qu'il ne face rien contre les 
edivts & ordonnances de fon Prince fouucrain. Et pourefclaircir ce 
poincl , il faut prefuppofer que le mot de Loy fans dire autre chofe , li- 
gnifie le droicT; comandement de celuy ou ceux qui ont route puiflance 
par deflus les autres fans exception de perfonne : foit que le commande- 
ment couche tous les fugets en gênerai, ou enparticulier , horfmis celuy 
ou ceux qui donnent laloy.combien qu aparler plus proprcment,Loy 
eft le comandement du fouuerain touchant tous les fugets en gênerai, 
n verboro ano ou ^ e cno ^ es générales : comme dit Fefte 9 Pompée : comme priuile- 



roeat 



jgauo phmbufvc, Ve pour quelques vns . mais fi le confeil priué, ou le Sénat d'vne Repu- 

Icx c]uod in onvncs P.. 1 r-\ l ir Il r> ri 

hommes rcfvc po- blique rait le commandement , cela l'appelle Senatus-conjultum , ou 
pu us cimt. a d u i s d u confeil priué, ou ordonnance du Sénat: Si le menu peuple 

o.i.i.ad.i.acpii.ff. f al f it quelque commandement, on X a^clloit plehifcitu ,° ceft à dire 
commandement du menu peuple qui en fin fut appelle Loy, après 
pluileursfeditions entre la noblefle , & le menu peuple, pour lefquelles 
appaifer tout le peuple en l'afTemblee des grands cftats, à la requefte du 
Conful M. Horace, fift vne loy, que la noblefle & le Sénat en gêne- 
rai, & chacun du peuple en particulier, feroit tenu de garder les or- 
donnances que le menu peuple feroit (ans y appeller , ny foufrir que la 
noblefle y euft voix. Et d'autant que la noblefle ny le Sénat n'entenoic 
compte, lamefme loy fut de rechef renouuellee, & republiee à la re- 
quefte de Quintus Hortenfîus , & de Philon Dictateurs . & deflors en 
auant on ne dit plus , flebifcitum , ou ordonnance du menu peuple, 
mais on appella loy îimplement ce qui eftoit commandé par le menu 
peuple : fuft pour le public, ou bien pour vn particulier, ou que le me- 
nu peuple fuft affemblé pour donner iuges, ou mefmes pour iuger: 
cela fappelloit loy. Quant aux commandemens des magiftrats ils ne 
fappelloient pas loix, ains feulement edits : Efîenim ediélum (difoit 
Varron) iuffum magijiratus . Iefqucls commandemens n'obligent que 
ceux defaiurifdidtion, pourueu qu'ils ne fo yent point contraires aux 
ordonnances des plus grands magiftrats, ou bien auxloix & comman- 
demens du prince fouuerain : Se n'ont force ilnonpour tant &fî lon- 
guement 



LIVRE PREMIER. 159 

guement que le magiftrat eft en charge . & d'autant que tous magi- 
strats eftoient annuels en la Republique Romaine, les edits nauoient 
force que pour vn an au plus. C'eft pourquoyCiceronaccufant Ver- 
res dilbit , qui plurimum editfo l tribuunt , legem annttam appellant , tu plus il'^a"^^.' 
ediflo completferis quàm lege . Et par ce que l'Empereur Augufte ne * l*ap- lib - K 
pelloit que Jmperator y c'eft à dire Capitaine en chef, & Tribun du peu- 
ple, il appelloit fes ordonnances edits, & celles que le peuple faifoit à là 
requefte l'appel loient leges JulU . les autres Empereurs vferent de ce- 
lte forme de parler : de forte que le mot d'edift peu à peu feft 5 pris ji^ciegib. 
pour loy, quandilfortoitde la bouche de celuyqui auoitla puinan- 
ce fouueraine : fuft pour tous , ou pour vn , ou que l'ediâ fuft perpé- 
tuel, ou prouifionnal . Et par ainfi on abufe des mots, quand on ap- 
pelle loy edict. mais en quelque forte que ce foit, il n'y a que les Princes 
fouuerains qui puiffent donner loy à tous les fugets,fans exception, 
foit en gênerai j foit en particulier. Mais on dira que le Sénat Romain, , 

■rc , 1 a r • 1 ri 1 1 1 tr ■ 1» cl 4-'- non «nbiguur. 

auoit puif lance de * faire loy, & la plus part des grands attaires d eltat dcicgibus. 
en paix ou en guerre, eftoient en la puiflance du Sénat Romain. Nous 
dirons cy après de la puiflance du Sénat , ou confeil priué d'vne Repu- 
blique quel il doibt eftre, & quel il a efté en Rome .mais en paflanc 
pour refpondre à l'argument que i'ay fait , ie dy que le Sénat Romain, 
depuis la fuite des Roys iufquesaux Empereurs, n'aiamais eu puiflan- 
ce de faire loy, ains feulement quelques ordonnances , qui nauoient 
force que pour vn an : mais le menu peuple n'y eftoit point tenu : & 
moins encore les eftats de tout le peuple . En quoy plulîeurs fe font 
abufez, &mefmesConan ° qui dit que le Sénat auoit puifïànce defai- olibl - 
re loy perpétuelle : car Denys d'Halicarnas^qui auoit recueilli diligem- x.Ub. 4 .c«p. 7 . 
ment les mémoires de Marc Varron,efcript que les arrefts du Sénat 
nauoient force aucune, lî le peuple ne les auoit au&onfez , encores 
qu'ils fuflentauctorifez fils n'eftoient publiez en forme de loy ils n'a- 
uoient force que pour vn an ; non plus qu'en la ville d'Athènes, où les 
arrefts du Sénat, eftoient annuels, ainfi que dit Demofthene au plai- 
doyé qu'il a fait contre Ariftocrate . & Il î affaire eftoit de conlequen- 
ce , on la rapportoit au peuple, qui ordonnoit à fon plaifir. quoy 
voyant Anacharfis , les fages, dit-il, propofent en Athènes, & les fols 
difpofent . Et par ainfi le Sénat ne faifoit que délibérer, & le peuple 
commandoit. ce qu'on voit à tout propos enTite Liue, quand il vfe 
de ces mots ,Senatvs decrevit, popvlvs ivs- 
s 1 t. vray eft que les magiftrats , & mefmement les Tribuns paffoient 
le plus fouuent par foufFrance ce que faifoit le Sénat , û la chofe ne 
portoit coup à la puïfTance du menu peuple, ou à la majefté des eftats. 
ainfi parloient les anciens Romains, quand ils ° difoient , Jmperium in o.ciceto pr oRabi- 
rnagifiratibus , auftoritatem in Senatu > poteftatem in plèbe , majefiatem in ™ t P er<lucUionis 
populo, car le mot de Majefté , eft propre à celuy qui manie le tymon 

o ij 



iéo DELAREPVBLIQVE 

de la fouucrainetc. ôc combien quelaloy Iulia delà majefté,faite parle 
<.i-.adi.iuL maie- peuple, ce requérant l'Empereur Augufte , tient pour 4 coulpable de 
tot leze majefté celuy qui a frappé le magiftraten exerçant fon office , ôc 

5.Liuiusiib7.&8. qu'à tout propos on voit es 5 hiftoires Latines, &mefmes es Iurifcon- 
«î.Prxtoraitdeno- {ultes , rnajeftatem Confulis, majefiatem 6 prxtorti : toutesfois c'eft impro- 
mopcnsaunciacio- remem p ar l£ ; £ t p ar nos loix , & ordonnances , crime de leze maje- 

île n'a lieu pour Duc., ny Prince, ny Magiftrat quel qu'il foit., ains feu- 
lement pour le Prince fouuerain . Et par l'ordonnance de Sigifmond 
Roy de Polongne, faite l'an M.D.xxxvui.iieft porté, que le crime 
de leze majefté n'aura lieu hors fa perfonne : qui eft fuiuant la vraye, 
7 df ofeeodc. " ff ' L & P ro P re lignification de 7 lezemajefté . Et fcmble que pour cefte cau- 
fe les Ducs de Saxe, Bauiere , Sauoye, Lorraine 3 Ferrare, Florence, 
Mantouë, ne mettent pas en leurs qualitez le mot de majefté,ains leur 
Altefle : & le Duc de Venize ferenité : qui eft (à parler proprement) vray 
Prince, c'eft à dire le premier, car il n'eft rien que le premier des gentils- 
hommes de Venize, & n'a que laconclufïon quand il eft queftiondes 
voix, en quelque corps,ou collège qu'il fè mette. Et tout ainfî qu'à Ro- 
me les edits desMagiftrats obligeoiét vn chacun des particuliers, pour- 
ueu qu'ils ne fuflent contraires aux arrefts du Sénat: &les arrefts du 
Sénat obligeoient les magiftrats, fils n'eftoient contraires aux ordon- 
nances du menu peuple : & les ordonnances du menu peuple paflbient 
par deflus les arrefts du Sénat: ôc la loy des eftats de tout le peuple, 
eftoit par deflus tous : ainfî à Venize, les ordonnances des magiftrats, 
obligent chacun en particulier, pour le reiïbrt, ôc iurifdiction de cha- 
cun magiftrat :mais le corps ôc collège des dix eft par deflus les magi- 
ftrats particuliers., & le Sénat eft par deflus les dix,& le grand confèil,qui 
eft l'aflemblee de tous les gentils-homes de Venize au deflus de xx. ans, 
tient la fouueraineté par deflus le Senar.-de forte que fî les dix font partis, 
ils appellent le confeil des fages, qui font xxxij. ôc fils ne fe peuuent ac- 
corder, on aflemble le Sénat : & fi la chofe concerne les hauts poincts de 
la majefté, on aflemble le grand confeil. Et par ainfî., quand les dix font 
vne ordonnance, il y a ces mots, Iisr consiglio di dieci.& 
files fages y ont efté, ils mettent g on la givnta. fî l'ordonnan- 
ce eft du Sénat , il y a i n pregadi. fî c'eft de l'aflemblee des gentils- 
hommes Vénitiens, il y ai n consiglio MAGiORE.&en 
ces trois corps ôc collèges font faites toutes leurs loix , ôc ftatuts : ôc les 
affaires ordinaires d'eftat parles fèpt, qu'ils appellent la feignorie . c'eft 
donc parfouffrance,queles dix, ouïe Sénat font ordonnances , &pour 
auoir efté trouuees iuftes ôc raifonnables , elles ont pafle en force de 
loy, tout ainfî que les edits des anciens Prêteurs Romains, fils eft oient 
équitables, ôc iuftes, les fuccefleurs les tenoient : Ôc par trait de temps ils 
cftoient receus comme loix. toutesfois il eftoit toufîours enlapuiflàn- 
cedes nouueaux Prêteurs d'en faire d'autres , ôc neftoient point obli- 
gez à 



LIV.RE PREMIER. 161 

gez aies garder. Mais Iulian IurifconfultePauilàde recueillir vnbon 
nombre detcls edits qu'il iugea les meilleurs, & après les auoir interpré- 
tez, & rédigez en quatre vingts dix liures,il en fift vn préfet à l'Empereur 
Adrian,lequel en recompenfe le fift grand Preuoft de Rome,duquel le 
fils depuis fut Empereur :&fift que par arreft du Sénats ces edits là furet , , 

8 1 r i J n r XX / 1 T- 1 C .8-lt.dcvetcnIurc 

homologuez ,y adiouitant Ion auctonte pour les taire valoir en force ■enudean.c. 
deloix: &.ncanrmoins le nom d'edits demeura, ce qui en a deceu plu- 
fieurs,qui ont pris tels edits pour ordonnances des Prêteurs. Iuftinian a 
faitquaïilelemblable des edits recueillis, & interprétez par les autres Iu- 
rifconfultes, & en a homologué ce 9 qu'illuy a pieu, &regctté lerefte, ? T " proœmi.pan- 
demeurant toufiours le mot dédit . mais ce n'eu; rien moins que edict: 
non plus que fi vn Prince fouuerain homologoit les confultations de 
Bartole^ou les ordonnances de [es magiftrats. corne il {'eft fait plufieurs 
fois en ce royaume, quand îesRoysont veu plufieurs ordonnances, & 
arreftsdu Parlement trefequitabIes,,cViuftes, ils les ont homologuées, — 

& fiit publier,& pafler en force de loix. pour monftrer que la puiflance 
delà loy gift en celuy qui a lafouueraineté, & qui donne la force à la 
loy par ces mots, Av o n s dict et ordonne', disons et 
ordonnons, &c. & à la fin la commifiion par ces mots Si don- 
nons en mandement a tovsj&c. cequè les Empereurs di- 
foient, S^A/"«S7./l^/^£,quieftoitlemot propre àlamajefté,comme 
difoit le Conful Pofthumius en la harangue qu'il fift au peuple, Nego in- 
iuffu populi qtiicquam fanciripojfe, quod populum teneat. auffi le magiftrat 
prefentant requefte au peuple commençoit parées mots QVOT) 
-BON1SM, FAVSTVM, FOELIXQVE SIT VOBIS 
AC %EIP, VEL1TIS 1VBEATIS. &àlafindeIaloyeftoyent 
cesmots,57 QV-IS ADVEKSVS EA F EC ERIT^c.quûs 
appelloienry^wcî/o, portant les peines, & loyers de ceux qui accom- 
pliroient, oucontreuiendroient à la loy. qui eftoient formalitez fpe- 
ciales, & propres à la majefté de ceux qui auoient la puifTancede faire 
la loy :6c qui n'eftoient pas aux edits des magiftrats, ny aux arreftsdu 
Sénat Joint aufli que la peine appofee aux loix du Prince fouuerain,eft 
bien différente de celle qui eft aux ordonnances des magiftrats. ou des „ ,„„,., 

T. , . &,, * ' o.Bartol. &Bal.ml. 

corps & collèges: qui ont certaines peines } ôc amendes limitées : mais cunaos populos de 

n, 1 i °. Y . 1 . rr r s r il- i lummaciinit.C. 

n y aquelePnnceiouuerain, quipuilie appolerales edits la peine de i.iniibjDfcriptoo- 

° mort : comme aufïl il a efté défendu par vn ancien arreft du • Parle- première mar- 

ment.& laclaufedelapeine arbitraire, apofèe aux ordonnances des qucdelafouuc- 

magiftrats,&gouuerneurs,ne f'eftend z iamais iufques à la mort in- "'^urh ini i nc 

clufîuement. Et par ainfî nous conclurons que la première marque chnftSmnn man- 

,. r -T j n , .^ ..A . r v * cipium C&in l.vlr. 

du Prince iouuerain ceit la puillance de donner loy a tous en gène- Je yacris Nuœif- 

i \i . 1» • > n n" \ C J; matis. C.Iniol.inl.i. 

rai, oc a chacun en particulier, mais ce nelt pas allez, car îlraut adiou- a c publias ïudic. 
fter , fans le confentement de plus grand , ny de pareil , ny de moindre î£5££j"jï ^ 
que foy . car fi le Prince eft obligé de ne faire loy fans le confentement 



cula:. 



O 11J 






l6 i DE LA REPVBLIQVE 

d'vn plus grand quefoy, il eftvray fugct : il d'vn pareil, il aura compa- 
gnon: fi des fugets,foit duSenatjOU du peuple, iln 'eft pasfouuerain.Ec 
les noms des feigneurs qu'on voit appofer aux edits , n'y font pas mis 
pour donner force à la loy,maistefmoignagc,& quelque poix pour la 
rendre plus receuable.Ec mefmes il fetrouue desedits tref- anciens à* 
faincl: Denys en France, de Philippe i. & de Loys le Gros l'an m.lx.& 
m. c x x i x.où les feels des Roynes Anne, & Alix, Robert, & Hugues y 
font appofez : & mefmes l'an du règne de Loys le Gros xi i. & d'Alix 
l'an v i. Or quand ie dy que la première marque de fouueraincté, eft 
donner loy à tous en gênerai , & à chacun en particulier : ces derniers 
mots emportent les priuileges ., qui appartiennent aux princes fouue> 
rains,priuatiuement à tous autres.rappellcpriuilege.vne loy faite pour 
7.c;«r.iib.j.deic- vn 7 ou p CLl de particuliers : foit au profit, ou dommage de celuy pour 
s. pro domo fua. & lequel il eft ottroyé . ainfi parloit 8 Ciceron, Priuilenum de meo capite la- 

poft reditum in fc- *■ ^. r • i- -1 • 1 -1 -1 1 t 

nam. tum eft. On a rait, dit-il, vn pnuilege capital contre moy : il entend la 

Pnmlcge capi- C ommiilion décernée contre luy par le menu peuple , à la requefte du 
Tribun Clode pour luy faire & parfaire fon procez: qu'il appelle en 
plufieurs endroits, lex Clodia : de laquelle il fe plaint fort, difàntquc les 
priuileges nefe pouuoient ottroyer que par les grands eftatsdu peu- 
? . P ro domo fua. fo> am fî 4 U ^ eftoit porté par les loix des douze tables, en ces 9 mots, 
Prinilegia iriijî commis centuriatis ne irroganto , qui fecus faxit capital eflo. 
lincap.qiwefintrc- Et en cela faccordenc l aufli tous ceux qui ont traitté les regales : qu'il 
ga ' n'appartient qu'au fouuerain d'ottroyer priuileges , exemptions , im- 

munitez, &difpenfer des edits & ordonnances ^encores que les priui- 
leges es monarchies n'ay ent trait que pour la vie des Monarques : com- 
me Tibère l'Empereur fift cognoiftre à tous ceux quiauoient eu quel- 
ques priuileges d'Auguftc 3 ainfi que dit Suétone. Mais., dira quelquvn, 
non feulement les magiftrats ontpouuoirde faire edits, & ordonnan- 
ces, chacun félon fa puiffance, & en fon reQortrains aufli les particu- 
liers font les couftumes tant générales que particulières, or il eft certain 
oi.de quib.Uiutur- que lacouftume° n'a pas moins de puiffance que la loy : &fi le prince 
na - c c & • fouuerain eft maiftre de la loy, les particuliers font maiftres des couftu- 

mes. Iercfpondsquelacouftumeprend faforce peu à peu, &par lon- 
gues années d'vn commun confèntemét de tous,ou de la plus part: mais 
la loy fort en vn moment , & prend fa vigueur de celuy qui a puiffance 
de commander à tous . la couftume fe coule doucement , & fans force: 
la loy eft commandée & publiée par puiffance, & bien fouuent contre 
i.iniib. le gré des fugets . & pour cefte caufeDion chryfoftome l comparoit 

Tcpi«0»<«,ryMv. ] a couftume au Roy,& la loy au tyran . dauantage la loy peut caffer les 
j.i.i.quxfitionga couftumes, & la couftume ne peut déroger 5 à la loy , que toufiours le 

confuct. C.Bart.Bal. ri T fc> i i r • rC 

Aibcr. ini.de quib. rnagiftrat, &ceux qui ont la charge de faire garder les loix, ne puiflent 
quand bon leur lemblera,les faire exécuter, la couitume ne porte loyer 
ny peine : la loy emporte toufiours loyer , ou peine, fi ce n eft vne loy 

permit 



LIVRE PREMIER. i*$ 

permiffiue, qui leue les defenfès d'vne autre loy . & pour le faire coure, 
laeouftume n'a force que parla foufrance, & cant qu'il plaift au prince 
fouuerain,qui peuc faire vne loy 3 y adiouftantfon homologation. Ec 
par ainfi toute la force des loix & couftumes, gift au pouuoir du prince 
ibuuerain . Voila donc quant à la première marque de fouueraineté, 
qui eft le pouuoir de donner loy à tous en gênerai, & à chacun en par- 
ticulier: qui eft incommunicable aux fugets, car combien que le Prin- 
ce fouuerain donne puiffance à quelques vns de faire des loix , pour 
auoir telle vertu , que fi luy- mefmes les auoit faictes, comme fift le peu- 
ple d'Athènes à Solon, les Lacedemoniens à Lycurgue:toutesfois les 
loix n'eftoient pas de Solon , ny de Ly curgue, qui ne feruoient que de 
commiflairescV procureurs de ceux qui leur auoient donné celte char- 
ge, ains laloy eftoit d u peuple Athénien , & Lacedemonien . mais il ad- 
uient ordinairement es Republiques Ariftocratiques & populaires,que 
la loy portelenom de celuy qui l'a drcffee& minutée: qui n'eft rien que 
fîmple procureur: & l'homologation d'icelle eft de celuy qui a la fou- 
ueraineté. Auffi voit-onenTiteLiue,que tout le peuple fut affemblé, 
pour homologuer les loix rédigées en douze tables , par les dix com- 
miflaires députez à cefte charge. Soubs cette puiffance de donner, & 
caffer la loy , eft auffi compris la déclaration 4 & correction d'icelle, 4,1 - I, H c | c $'£j 
quand elle eft il obfcure,que les magiftrats fus les cas propofeztrou- i.de conftitut.princ. 

/ UT J- 'f- 1 L1 1 CL t.l.Saluius dclegat. 

uent contrariété, ou ablurdite ' intolérable . mais le magiitrat peut prx fhn. 
ployer la loy, & l'interprétation d'icelle , foit en doulceur, ou en 6 ri- 6 ' l œ T ^ff^ niam ' iQ 
gueur , pourueu qu'en la ployant il fe garde bien de la caffer :encores 
qu'elle femble fort dure: 7 & fil fait autrement, laloy lecondamne * cô- 7 l u profpcxitqui& 
me infâme, ainfî fe doibt entendre la loy Letoria. que Papinianus 9 reci- 8 '• '• a f TurpiU 

1» 1 1 M 1 /l • Jr» cura prolatis. de re 

te lans nommer 1 autheur, par laquelle il eltoit p ermis au grand Prêteur iudic. 
de fuployer, & corriger, les loix. & fi autrement on l'entendoic , il fen- Lia U iTïbon<^ 
fuiuroit, qu'vn fîmple magiftrat euftefté par deffus les loix, & qu'il euft poflefl: 
peu obliger le peuple à [es edicts : ce que nous auos moftré eftre impof- 
fiblc . Soubs ceftemefme puiflance de dôner, & cafferlaloy ,font com- 
pris tous les autres droits,& marques de fouueraineté : de forte qu'à par- 
ler propement on peut dire qu'il n'y a que cefte feule marque de fouuc- 
raineté^attendu que tous les auttes droits font compris en ceftuy-là: co- 
rne décerner lagucrre,ou faire la paix : cognoiftre en dernier reffort des 
iugemens de tous magiftrats : inftituer , & deftituer les plus grands offi- 
ciers : impofer ou exempter les fugets de charges , & fubfides : ottroy er 
grâces & difpenfes contre lariguer des loix : haufler ou bailler le tiltre, 
valeur, & pied des monnoyes : faire iurer les fugets , & hommes liges 
de garder fidélité fans exception à celuy auquel eft deu le ferment, 
quilont lesvrayes marques de fouueraineté, compnfes foubs la puif- 
fance de donner laloy à tous en gênerai, & à chacun en particulier: 8c 
ne lareceuoir que de Dieu. car le Prince ou Duc qui a puiflance de don- 

o iiij 



i<?4 DELA REPVBLIQVE 

ner loy à rous lès fubgets en gênerai, & à chacun en particulier, neftpas 
fouuèràin.i'il la reçoit d'vn plus grâd,ou égal à luy : ie dy egal,par ce que 
celuy a maiitre, qui a compagnon : & beaucoup moins i'il n'a ce pou- 
uoir,iinonen qualité de vicaire Jieutenant, ou régent. Mais dautât que 
le mot de loy elt tro£> gênerai, le plus expédient cil de fpecifier les droits 
de fouueraineté , compris, comme i'ay dit , foubs la loy dufouuerain. 
que'dema^efté! commc décerner la guerre, ou traitter la paix, qui cil l'vn des plusgrâds 
o.ii.vtarraorumv- poin£ts de la majefté, ° d'autant qu'il tire bien (buuent après foylarui- 

fus Caiuhcnt.de ar- l . v n- 1» n i\ r r r i i i • 

mis. Aufteriusin n- ne , ou 1 aileurance d vn eitat . cela le venne non leulement par les loix 
rem Sarion'em Romaines , ains aufli de tous les autres peuples. & d'autant qu'il y a 
!f wt i & Afflta P titd P^ us ^ hazard à commencer la guerre , qu'à traitter la paix, le menu 
i.ùb.i.conrucut.Ne- peuple Romain pouuoitbien faire la paix -.mais s'il èitoitqueftionde 
la guerre, il falloir allèmbler les grands eftats:iufquesàcequele menu 
peuple eut pleine puiiTance de donner la lov.c'eitpourquoy la guerre 
rut décernée contre Mithridate par la loy Manilia: contre les Pirates,par 
la loy Gabinia : contre Philippe 1 1. Roy de Macédoine , par la loy Sul- 
pitia: & la paix faicte auec les Cartaginois,par la loy Martia : ainfî des au- 
tres . Et d'autant que Cefar fill la guerre en France, fans mandemenc 
du peuple, Caton fut d'aduis qu'on debuoit rappeller- l'armée, & liurer 
i. piutar. iu catone ' Cefar aux ennemis. En cas femblable les eftats du peuple Athénien 
vucaih «cuiiuiio. decernoieiit la guerre , & la paix : comme on peut voir de la guerre 
contre les Me^ariens, contre les Syracufains , contre les Roys de Macé- 
doine, le mets ces exemples des deux plus grandes Republiques po- 
pulaires qui furent onques : car eni'e(tatRoyal,iln'y apointdedoub- 
te: & mefmes les princes fouuerains tirent à-foy la cognoifîance des 
moindres exploits & entreprifes qu'il faut faire en guerre : & quelque 
charge qu'ils donnent aux députez de traitter paix ou alliance, neant- 
moins ils n'accordét rien fans en auertir le Prince : comme on peut voir 
au traittéde Cambrefïs dernier, les députez de lapart du Roy, luy re- 
feriuoient d'heure en heure tous les propos tenus de part 6c d'autre: 
mais en l'eftat populaire, on voit le plus fouuent la guerre , & la paix, fè 
manier par l'aduis du Senat,ou confeil priuc feulement, 6c bien fouuent 
par l'aduis feul d'vn capitaine, auquel on donne toute puifîance : parce 
qu'il n'y a rien plus dangereux en guerre, que publier les entreprifes, 
qui ne peuuent alors reùinr. non plus que mines euentees : &c toutesfois- 
il faut qu'elles foient publiées,!! lepeupleen elt aduerti.C'efr. pourquoy 
on voit es hiftoiresGreques, & Latines, que les deffeins, & entreprifes 
de la guerre, fc font toufîours par les capitaines , & quelquefois fila 
chofe eft de confequence, par le confeil du Sénat , fans iamais en parler 
au peuple . mais cela l'entend , après que la guerre eft ouuerte, 6c pu- 
bliée contre Tennemy , par commandement du peuple . Et fi on me 
dit quefouuent le Sénat Romain decernoit la guerre, 6c la paix, fans 
en aduertirle peuple, ie le confef]è,mais c'eftoit vnc entreprifefusla 

maje- 






LIVRE PREMIER. i6 S 

majefté du peuple, aufïî les Tribuns du peuple rempefehoient, comme 
on voit en Tire Liue , où il dit Controuerfiafuit'vtrum populi iuffu indice- 
mur hélium, an fatis effet S. C. PeruicereTribuni y vt Qjùntius Conful de bello 
ad populum ferret : omnes centunœ iuffere. Combien que le Sénat mefmes 
ne vouloit pas ordinairement dénoncer la guerre, fans que le peuple 
l'euft ordonné, comme Tite Liue parlant de la fecode guerre Punique, 
dit Latum z inde ad populum r uellent i iuberent 3 populo Carthaginefi hélium in- i.iib.i.dcca.j. 
dici. & en autre \\t\i,Ex S. C. populi iuffu hélium 5 Prxneftinis inditfum . & i Alh - 6 - dcc - 1 - . 
autre part, Ex authoritate patrum populus Palœpolitanis 4 hélium fieri iujjit. 4-kb.8.dcca.i. 
& de rechef, Topulus s hélium fieri JEquis iufîit. & contre les Samnites, ,., , 
Patres folenm more indicto decreuerunt 3 r vt de ea re ad populum ferretur.ÔC é.iib.j.dcc.i. 
contre les Herniques/ P opulus hoc hélium jrequensiufit. &c contre les Ve- ' 
HinSy'Bellum 7 ex authoritate patrum populus aduerfus IJeflinos iufit.En cas 
pareil nous liions en la vie de Pirrhus quand le Sénat de Tarente eut 
eftéd'aduis qu'on dénonçai!: guerre aux Romains, le peuple décerna 
fon mandement. & Tite Liue auxxxi. dit qu'il eftoit défendu par les 
ALtclicns qu'ir ne fuft rien arrefté pour le fait de la paix,ny pour la guer- 
re, nifi in Panœtolio , &■ Pjlaïco concilio . Vray eft qu'en Rome pour le re- 
gard de la paix, le Sénat bien fouuent l'entreprenoit fans en parler au 
peuple, comme on peut voir es traittez faicts entre les Romains & La- 
tins, & en la guerre fociale , le Sénat pafTa quafi tous les traittez de paix, 
& alliance fans le peuple : & fouuent les capitaines lefaifoient,fans le 
contentement du Senat,mefmemét fila guerre eftoit en paysfort eQoi- 
gné, comme on voit en la féconde guerre Punique les trois Scipions fi- 
rent les traittez de paix , & alliance auec les peuples , & Princes d'Efpa- 
gne, &d' Afrique, fans le cômandement du Sénat : vray eft que le Sénat, 
& bien fouuent le peuple,autorizoit leurs actios, & ratifiait les traittez, 
après qu'ils eftoient faidts . & fils eftoient preiudiciables on n'y auoit 
point d'efgard:maisen cecas,Ies oftages,& capitaines en refpondoient 
aux ennemis . comme le Conful Mancin, pour la paix accordée auec les 
Numantins,que le peuple ne voulut pas ratifier, fut liuré entre les mains 
des ennemis.C'eftcequedifoitvn Sénateur deCartageaux AmbaiTa- 
deurs Romains,/^ j enim quod C. Luéîatius Conful primo nohifcû fœdus icit, 
cjutanecjue authoritate patrû , nec popuh iuffu iclumerat 3 negaftis njoseoteneri. 
jtaquv aliud fœdus puhlico confiho iéîum efl.Et le mcfmc autheur parlant de 
Manlius gouuerneur d* A.(ic i Çallogr^cis 3 inquit , hellû illatum^no e x Senatus 
authoritate, non populi iuffu : quod quis vnquam defuafententiafkçereaufus eftf 
En cas femblable le Conful Sp.Pofthumius,& fon armée, fe voyans fur- 
pris par les ennemis entre les roches,& montagnes de l'Apennin tr jitte- 
irent auec eux ,eftans fortis defirmez, & retournez à Rome auec larmee, 
le Sénat ne voulut pas ratifier la paix .aufli le Conful Pofthumius 8 dift 1Ub ^ (îccaî ' 
deuant le peuple, Cùm me feu turpi 3 feu neceffaria ffonfione obflrinxi, qua ta- 
men 3 quandoin iuffu populi jkela efl 3 no tenetur pop. Rom. nec quicquam ex en 



166 DE LA REPVBLIQVE 

prœterquam corpora nojlra dcbentur SamnitibuS; dedamurperfîciales nuài *vïn- 

tfiq;. auffi le Conful ne dift pas que ce fuft traitcé de paix, mais bien vue 

#.reftosfponfioné, flmplc promcffe / qu'il appelle fbonfio . & de fait les ennemis firent 

padio.icra, tordus, l I _ . * l IL Jl f 

paccm diffirtrcfcn- iuref les Connus, & tous les capitaines, & lieutenans de 1 armée, ôc 
prindrcnt fix cens oftages.qu'ils pouuoient faire mourir, Ci le peuple ne 
vouloir ratifier l'accord, mais ils firentvne lourde faute, qu ils ^obli- 
gèrent tous les foldats par ferment de retourner aux deftroits & cncla- 
ues des montagnes, cVenl'cftat où ils eftoient,ou prifonniers^au cas 
que le peuple ne vouluft pafler l'accord fait par les capitaines . 6V fans 
doubte le Scnat, & le peuple les euft renuoyez en l'eftat , comme il (itt. le 
Conful ,auec les fix cens oftages quiauoient iuré,& ceux qui en cas 

i.ub ; i.dc<:ad.3.cicc- femblable auoient voulu faufTer la foy iureeà Annibal, 1 qui furent ren- 
ie. offi.hb.j.Polybi- . . .. , . *. _ ■ r t \* \ m 

ushb.6. uoyez pieds & poings liez: ou bien il euft ratine 1 accord: comme hit 

le Ro y François , du traitté fait à Digeon par le feigneur de la Trimoiiil- 
1c auec les Suifies , baillant oftages des principaux de l'armée, à la char- 
ge que les Suifles les pourroient faire mourir, fi le Roy n euft ratifié l'ac- 

o.Froiflkui'atmji. cord,comme fiftle Duc° d'Anjou aux oftages, que ceux qui eftoient 
affiegez auchafteau d'Erual auoient baillez : quand il vit que Robert 
Canole capitaine du chafteau arriué dedans le chafteau depuis l'accord 
empefehoit qu'il fuftrédu, difant que les affiegez n'auoient peu capitu- 
ler fans luy. auffi fift-il trancher la tefte aux prifonniers qu'il au oit. Au- 
trement fïleftoit permis aux capitaines de traitter la paix fans mande- 
ment, ou ratification exprefle, ils pourroient obliger &les peuples ôc 
les Princes fouuerains auplaifir& appétit des ennemis, & à telles con- 
ditions qu'ils voudroienf.chofè abfurde, veu qu'vn procureur feroit 

o.Litaqucdcprocu- defaduouc filauoit tranfigé de la° moindre chofè d'autruy , fans char- 

rat.rt. I. contra.Vvit. o l t i. \ 

dcpaaisfEi.fipro. geexprelïè. Mais on me dira que ces reigles n'ont point de lieu a Vcni- 
in deb.Baid.inL ma- ze, ou le Sénat decernc>& ordonne entièrement du faict de la paix, ôc de 
foinTlnboDx^dcî la guerre : ny mefmes entre les ligues des Suiffes, & Grifons, qui font en 
œihfbonM. fedfi cftat populaire : & lors que l'eftat de Florence fut remis en laliberté du 
mandauit.dcacquir. peuple, à la fuafion de Pierre Soderin .il fut arrefté que le peuple ne fc 

hxrc. ffl.j.l. fidciul- * *• . i r • i i • • i -n T i 1 • 

for.mâdati.i. fiquis meileroit que de raire les loix,& les magiitrats,& ordonner des deniers, 
proceman . . aydes^ôc: fubfîdcs : &quelc faict delagucrre,&dcla paix,ou autres au- 
tres chofès concernans l'eftat, demeurcroit au Sénat. le di quant aux 
cftats populaires,& Ariftocratiques,que la difficulté d'alTembler le peu- 
ple , ôc le danger qu'il y a d'euenter les fecrets, & entreprifes, fait que le 
peuple en donne la charge au Scnat:toutesfois on fçait aflez, que les co- 
mifïîonsj ôc mandemens, qui font leuezpourceft effccl:, dépendent de 
l'auchorité du peuple , ôc font expédiez foubs le nom du peuple par le 
Sénat, qui n'eft que procureur , ôc agent du peuple : prenant authoritc 
du peuple,côme auffi font tous les magiftrats . Et quant aux monarchies 
il eft bien fans dirficulté.que la refolution de la paix, ôc de la guerre de, 
péd du Prince fouucrain : fi l'eftat eft pure monarchie. Car es royaumes 



d 



e 



LIVRE PREMIER. ic 7 

de PoIongne,Uanncmarc,&i)uede J qunoiiteltacschangeans J & incer- 
tains, félon que le prince ou la noblefle ont les forces, & neâtmoins qui 
tiennent pi us de l'Anftocratie, que de la monarchie, la refolutiondela 
paix, & de la guerre dépend de la noblefle , comme nous dirons en fon 
lieu : auffi nous auons touché cy defTus, qu'ilnefefaic loy en ces pays là 
que du côfcnrement de lanobleffe. C eft pourquoy aux traitiez de paix 
qui fe font auec eux les féaux des princes, Comtes., Barons, Palatins, ca- 
ftellans, & autres conftituez en dignité y font appofez. comme le der- 
nier traitté fait entre les Polonnois, &c Pru (liens, eft feellé de cent & trois 
féaux des (eigneurs du pays: ce qui n'eft point fait es autres royaumes. 
La troiflefme marque de fouueraineté.eft d'inftituer les principaux offi- Troifiefme mar- 

• > n • ! ii i L 1 i * . que de louuerai- 

ciers: qui nelt point reuoquee en doubte,pour le regard des premiers net é. 
magiftrats. Ce fut la première loy que fift P. Valerius après auoir chaflfé £>[• ad LIuL<Jc am " 
les Roys de Rome, que les magiftrats feroient inftituez par le peuple. & 
lameftne loy fut publiée à Venife, deflors qu'ils f'affemblerent pour 
eftablirleur Republique,come dit° Contarin : auffi eft-elle bien eftroit- °- inrepub.veneto- 
tement gardée : & mieux encores es monarchies , où les moindres offi- 
ces d'huiffiersjfèrgensj greffiers, trompettes, crieurs, qui eftoient infti- 
tuez, & deftituez par les magiftrats Romains,font pourueuz par le Prin- 
ce, & iufques aux mefureurs , arpenteurs , Jangayeurs, & autres offi- 
ciers femblables, qui font érigez par edicls perpétuels en tiltre d'office. 
I'ay dit principaux officiers,c eft à dire les premiers magiftrars : car il n'y 
a Republique,oùilnefoit permis aux plus grands magiftrars, §ç à plu- 
fîeurs corps & collèges, défaire quelques menus officiers : comme i'ay 
monftré cy deiTus des Romains. Mais cclàfc faicT: en vertu de l'office 
qu'ils ont, &quafî comme procureurs, qui font créez auec puifTancc 
de fubftituer. Nous voyons auffi que les feigne urs iufticiers, combien 
qu'ils tiennent laiurifdiclion du Prince fouuerain en foy & hommage, 
ont neantmoins puiffance d'eftablir iuges, & officiers . maiscefte puif- 
fance leur eft baillée du Prince fouuerain . car il eft bien certain que les 
Ducs,Marquis,Comtes, Barons,& Chaftcllains, n eftoientrien q.u.e in- 
res fie officiers de leur première inftitution , comme nous dirons en fon 
lieu. En cas pareil nous liions J que le peuple de Carrage auokaccouftu- 3-Ariftot.inpoiit 
me de faire cinq magiftrats , pour élire les cent & quatre magiftrats de 
la République -.comme il fe fait à Nuremberg, où lçs Cenfeurs qui font 
eleus du grand confeil,elifèntles Sénateurs, & cela fai&fe démettent 
de leur charge. Le Senat,qui eft de xxv i.elift les hui6t anciens , &puj$ 
les je 1 1 1. & les fept Burgomaiftres, & les x i i.iuges des caniès ciuiles , 8c 
cinq des caufes criminelles, ce qui eftoit auffi ordinaire aux Céfeu^s Ro- 
mains,qui fup ploient à leur diferetion le nombre des Sénateurs, que les 
Confuls faifoient auparauantpar fouffrancedu peuple, qui du com- 
mencement les fnfoit, comme dit Fefte Pompée, & quelquesfois le Di- 
dateur n eftoit faicl: que pour fupployer le Sénat: corne Fabius 4 Butco^ 4- Liulus - Iib - i * 



lél DE LA REPVBLIQVE 

nommé Dictateur par le ConfulTerence , fuiuant l'arreft du Sénat , fift 
chois de c l xx v 1 1. Sénateurs pour vne fois. combien que le Sénateur, 
à parler proprement,n'eft point magiftrat,ain(î que nous diros au cha- 
pitre du Sénat . Mais en quelque forte que ce foit , ceux qui elifoientles 
Senatcurs,n'auoiét la puilfancc que du peuple, & rcuocable au plaifîr du 
peuple. Ainfî pouuos nous dire des Cadilefquiers deTurquie, qui font 
comme les deux Chanceliets du Roy,qui pcuuent inftituer,èV deftituer 
tous les Cadis & Paracadis,qui font les iuges. Et en j£gypte,au parauanc 
que Sclim'i. l'euft conquefté , le grand Edegnare, qui eftoit commele 
j.Lcond- Afrique. Côneftable du Sultan , auoit puiflànce de pouruoir J tous les autres offi- 
cicrs-.comme anciennement les grands maires du Palais en France.Et n'a 
pas long temps que le chancelier de France auoit puiflànce de pouruoir 
par preuention de tous offices fans gages, 6V aux offices dont les gages 
n'excedoientxx v.liuresice qui fut reuoqué parle Roy François i. com- 
bien que le chancelier toufîours,& le grand Edegnare, & le grand maire 
du Palais eftoient pourueus par le Roy:& neantmoins cefte puiffancefi 
grande qu 'ils auoientjfuttrefpernicieufc aux premiers Roys,& aux Sul- 
tans, depuis on y a donc bon ordre : car mefmes les Lieutcnans des Bail- 
liages & Senechauffees, quieftoient pourueus par lesBaillifs cV Séné- 
chaux, auparauant le Roy Charles vu. font maintenant pourueus du 
Roy en tiltre d'office. Et ce peut faire que les magiftrats,ou les corps, & 
collèges àyent pouuoir d'élire, & nommer les magiftrats principaux, 
comme nous liions es regiftres de la Cour, que par ordonnance de l'an 
m. c c c c v r 1 1. il fut dit que les officiers du Parlement feroient électifs, 
& mandement fut donné au Chacelier d'aller en Parlement pour les éle- 
ctions des offices vacans :& la mefme ordônancc fut réitérée par ie Roy 
Loysxi.M.cc ce lxv. & après luy du temps de Charles vi i i.nonfeu- 
lement les Prcfidens, Confeillers, & Aduocats du Roy furent eleus,ains 
suffi le Procureur gênerai du Roy (qui cft feul du corps de la Cour , qui 
ne doit ferment qu'au Roy , ores que les procureurs des auttes Parlemes, 
qu'il appelle fes fubftituts,font fet ment a la Cour) fut éleu l'an m.cccc. 
x c v i. mais lesprouifîons,& lettres d'office confirmatiucs des élections, 
eftoiét & font toujours ottroyees par le Roy .qui feruira derefpôfe à ce 
qu'on pourroit dire que le Duc Artus de Brctaignefut éleu Côneftable 
de Frâce,par la voix de tous les princes, & du ^t ad côfeil,& du Parleméc 
Tan m.C c c.x x 1 1 1 i.car côbien que le Roy fuft lors aliéné de fon fèns,&: 
les féaux de France marquez de Y image de la R o y ne, fi eft-cc que par les 
lettres de prouifîô la garde de l'cfpee du Roy luy fut baillée pour la tenir 
du Roy en foy & hommage lige,& pour eftrechef en guerre par deflfus 
tous après le Roy .Encores peut on dire que le grâd Palatin d'Hôgric qui 
eft le plus grâd magiftrat & licutenât gênerai du Roy d'Hogrie. eft éleu 
par les eftats du pays, il eft bié vray : mais la prouifiô, inftitutiô, & con- 
fitmation en appattiet au Roy : qui cft le principal cheÇ& autheur de fa 

puif- 



LIVRE PREMIER. 169 

puifTance. Combien que les eftats du royaume d'Hongrie prétendent 
encores auoir droit d'élire les Roys,& la maifon d'Auftriche le contrai- 
re . & femble que les Roys ont pafle par fourTrance que les eftats eleu£ 
feritie grand Palatin pour leur faire oublier l'élection du Roy,& néant- 
moins ils fe font ii bien opiniaftrez,qu'ils ont mieux aimés abandonner 
aux Turcs,que perdre Ce droit.Ce n'eft donc pas l'élection des officiers 
qui emporte droit de fouueraineté, ains la confirmation & prouifion: 
bien eft il vray que cepoinct là en retient quelque chofe., &monftre 
que les Princes ne font pas abfoluèment fouuerains,ficc n'eft de leur 
vouloir & confèntement que telles élections fc facent. &mefmes au 
royaume de Poloigne par ordonnacedeSigifmond Augufte^ tous of- 
ficiers doiuenteftre eleus parles eftats particuliers de chacun gouuer- 
nemcnr,& neantmoins ils doiuét prendre lettres de prouifîon du Roy. 
Qui n'eft point chofe nouuelle: car du temps mefmes des Gots, nous li- 
fons 6 en Cafïiodore , que Theodoric Roy des Gots bailloit lettres de 6 caiïïodoriib.i.i. 
cofirimtion aux officiers queleSenatauoiteleus,vfant de ces mots,par *cEdoriibx 
les lettres 7 addreffees au Senat,pour vn qu'il auoit pourueu de la digni- c P ift oiî>. 
té de Patrice ,7udicium veftmm P. C. nofler comitatur ajjènjàs . Or puis que 
la puifTance decômanderàtouslesfugetsenvne Republique eft à ce- 
luy qui tient la fouueraineté, c'eft bien raifon que tous Magiftrats reco- 
gnoiiTentcepouuoir dcluy.Mais difons de l'autre marque fouueraine, Quanïefme mar 
c'eft afçauoir du dernier reilort, qui eft: & atouflours efté l'vn des prin- < î uede / a fomie- 

1 • 1 1 r • t " • 1 rainete. 

eipaux droits de la iouueramete . Corne on peut voir après que les Ro- 
mains eurét chaiîé les Roys, par laloy Valeria non feulement le dernier 
^effort fut referué au peuple.ains aufïi l'appel de tous 8 Ma£iftrats.par ce 8.Liuïusiib. i4 - 
queiesConluIslouuety cotreuenoient,iamelmeloymtpar trois rois i.Liuksiib. 3 .Dio- 
republiee, 9 & parlaloy'Duillialapeinedemortfut adiouftee à celuy n aycar * 
qui cotreuiendroir. Tif e Liue appelle cefte loy le fondemét de la liber- 
té populaire, ores qu'ellefuft: mal exécutée. lamefmeloy eftoit encores 
plus eftroitement gardée en Athènes, où le dernier refTbrteftoit referué 
au peuple, non feulement de tous les Magiftrats, ainsauffi de toutes les 
villes de leurs alliez^come dit Xenophon\&Demofthene. Nous trou- i.deRc P ub.Athen. 
lions enContarin 3 lefemblable , que la première loy qui fut faite pour ph™ b ° ( î hen ' pro A " 
l'eftabliiTement de leur Republique fut, qu'il y auroit appel de tous les >• dc Rc P ub - VciK - 
Magiftrats au grâd confcil.Aufïi 4 lifons nous que François Valori Duc 4- Guichardin. 
de Floréce,, ne fut tuépour autre chofe, que pour n'auoir déféré à l'ap- 
pel intergeté de luy au grâd côfeil du pcuple,ayatcondané à mort trois 
Florétins.Mais on dira que non feulemét à Florence le Duc, ains aufîi à 
Rome le Dictateur & autres Magiftrats fouuétpafîbient par defïus l'ap- 
pel,come on peut voir en plufieurshiftoires.eVmefme le fenat Romain 
ayantfaitafîieger,prédre Ramener à Rome la legion^qui eftoit en gar- 
nifon à Rhcge.fift foiieter & trancher la telle à tous les foldats & Capi- 5 . vaicr.Mar.i.b.s. 
taines qui reftoient ^nonobftât,& fans auoir égard aux app ellations par 



Liuii:s Ub.x/. Polyb- 
lib.i. 






i 7 o DE LA REPVBLIQ_VE 

eux inrergetees au peuple, ni aux oppofitions des Tribuns du peuple, 
crians à haute voix, que les loixfacrees touchant l'appel eftoient foul- 
leesauxpieds.Iercfponspourle faire court ce quefift Papinian, qu'il 
ne faut pas prendre pied fur ce qu'on fait à Rome, ains pluftoft à ce 
qu'on doit faire: car il eft bien certain qu'ilyauoit appel du Sénat au 
peuple. & ordinairement l'oppofmon d'vn Tribun arreftoit tout le 
Sénat , comme nous auons touché ci deflus . Et le premier qui donna 

<ai.àquibus appel- puiflance au Sénat Romain de iuger fans appel, fut 6 Adrian l'Empereur. 

car l'ordonnance deCaligula n'eutpointde lieu, quoy qu'il donnait 

puifTance à tous Magiftrats de iuger fans appel . 6V combien que Néron 

ordonna, que l'amende feroit pareille à ceux qui auroient appelle au 

• qoiLteNcronefak Senat,comme ils 7 auoient appelle à fa perfonne.,toutefois iln'ofta pas 

ommum magiftra- ] a VO y e d'appel du Sénat à luy . Mais il femble que cefte refponfe eft di- 

tuum appellationcs J il s J w i } l 

ad senatum rem- redtement contraire a ce que nous auôs dit:cars'iln'y auoit point d'ap- 
pel du Sénat à l'Empereur.» ains que le dernier reilortfuftauSenat,le 
8. i.i. deoffi-prccfe- dernier appel n'eft pas marque de fouueraineté . ioint aufïi que le grâd 
t EuTvobifc • ma ift rc ^ u Palais,qu 'ils appelloient Prrfeftum ^rve/or/o.iugeoit 8 fans ap- 
iioriano. pel . èV cognoifloit des appellations de tous les Magiftrats &gouuer- 

neursde rEmpire,commedit ? Flauius Vopifcus : & en toute Républi- 
que onvoid des Cours cVParlemens qui iugent fans appel, comme les 
fix Parlemens en France, les quatre Cours en Efpaigne, la chambre Im- 
périale en Alemaigne, le Confeil à Naples, les quarante à Venize, la ro- 
te en Rome,le Sénat à Milan: & en toutes les villes Impériales, Duchez, 
Comtezdependans de l'Empire, il n'y a point d'appel àla chambre es 
caufes criminelles iugees parles Magiftrats des Princes & villes impé- 
riales. Et ne pourroit feruir de dire, que les appellations intergetees des 
Baillifs,Senechaux & autres luges inférieurs, ne fe font pas directement 
aux Cours de Parlement, ni à la chambre impériale, ains que l'appel eft 
deuolu au Roy, ouà l'Empereur , lefquels renuoient la caufe aux iuges 
par eux députez , qui font en ce cas fes lieutenans , & pour cefte caufe 
qu'il n'y peut auoir appel du lieutenât du Prince, non plus que du Prin- 
i i.i. quis &àquo ce mefmercar côbien qu'il n'y ait point d'appel du lieutenant en termes 
appeiiat. ^e droit à celuy qui l'a mis en fon 1 lieu ,fï eft-ce que tous les reliefs d'ap- 

pel portét que les condanez font appelians au Roy & aux cours de Par- 
lemes, qui fe difent iuges ordinaires des ordinaires, & non pas iuges ex- 
traordinaires feulemet:attédu mefmemét qu'ils iugét de plufieurs cau- 
fes en première inftanec. & outre cela on voit les moindres Magiftrats 
prefîdiaux iuger en dernier reflbrt en certain cas.& par ce moyé il (em- 
i. Baia in i.i côciuC b] e q Ue } e dernier reffort n'eft pas marque de fouueraineté. le refpos que 

4îj. de rerum dunf. . 1 , £' -jl j n • \ /f l - I' 1 

raber.ininftimt. de le dernier reiiort copred la voye de requelte ciuile.,auiii bie que 1 appel: 

Attiliano tut.Ç. vlr. , r i i • i r i- • r " r 1 J J- 1 II 

panor confii.gi.i.b. qui lemble auoir meu pluiieurs iuntcoiultes,de dire que la requelte ci- 
S^UP^noMÎ uileeft des droits de fouueraineté. cViaçoit que les meimes iuges co- 
imoi.inca P .nimis. anonTent de leur iueement quâd on y vient par requefte ciuile,fî eft-cc 

demrciurand. O O i. J l x , 

v neautmoins 



LIVRE PREMIER. i 7 r 

ncantmoins que la requelle fadreffe au Prince fouuerain., qui la reçoit, 
ou la mette fi bon luyfemble: &fouuentileuoquelacauièàfoy pour • 
laiuger,oucaffercequiaeltéfait,oularenuoyeràd'autrcsiuges:quien; 
la vraye marque de fouueraineté^&dernierreflbrt.&nert pas en.lapuif- 
fanccdes Magillrats de changerai corriger leurs iugemens,{i le Prince 
fouuerain ne leur permet,fur peine de faux,tât de droict°commun,que .i. quo d Mît. de 
par les ordonnances de ce Royaume. & combien quepîufieurs iuges ^ s lc,lrele s ati - de 
ontaccouftuméd'vferenleursiugemensde ces mots , Par main fouue- 
raine,& en fouueraineté, toutefois c'eftabufer du mot, quin'apartient 
qu'au Prince fouuerain. Et quand ores le Prince fouuerain auroit fait vn 
edit, par lequel il ordonnait, qu'il n'y euft nivoyed'appel,nidereque- 
fte contre les fentences de [es Magiftrats à fa perfonne, comme vouloit 
faire l'Empereur Caligula: lî eft-ce neantmoins que fes fugets feroienc 
toufioursreceuables à releuer leur appel, ouprefenterrequefteàfama- 
jefté : car il ne peutfe lier les mains., ni ofter à fes fugets lavoye.de reiti- 
tution,defupplication,derequefte: attendu mefmement que tous les 
edits touchant les appellations, & iugemens, ne font rien que loix ciui- 
les,aufquelles nous auons dit qu'il ne peut eftre obligé, c'eftpourquoy 
lepriué côfeih&mefmesleChacelier del'HofpitaL trouuafort effran- 
ge &nouueau,que les commiffaires députez à faire le procès du prefî- 
dentl'Alemantjluy firent defenfesparl'arreft cotre luy donné, de n'ap- 
procher de la Cour de x x. lieues, pour luy trancher la voye de requef te 
ciuile,quele Roy mefme ne peut ofter à fbnfuget, ores qu'il foie en fa 
puiffancedeprendreouregetterfarequefte. Aufïi voit-on qu'en tous 
lesapennages donnez aux enfans de la maifon de France^cV générale- 
ment es érections des Duchez^Marquifats, Comtez & Principautez,on 
a toufîours accouftumé de referu er la fo y & hommage, reffort, & fou- 
ueraineté: & quelquefois il n'y aquereferuationdereffort &fouuerai- 
netéreomme en la déclaration faite par le Roy Charles v. à Iean Duc de 
Berri du 1 1 1. Mars m. cccixxim.en quoy efl aufïi compris la foy 
chômage: carileft bien certain que le Duché de Berri eftoitlors l'ap- 
pennage baillé au Duc de Berri , à la charge des droits royaux , <k de re- 
uerfion à la couronne les malles defaillans:comme i'ay apris par les let- 
tres d'appennage,qui font encores au threfor de France. Nous voyons 
auffi femblabledeclararion de Philippe Archiduc d'Auftriche, faite au 
Roy Loys x i z. l'an m. c c c c x c i x. cV autre déclaration de luy-mefme 
de l'an m. d. v. oùilrecognoift J & entend obeïr aux arrefts du parleméc 
de Paris^pour le regard des pays d'Artois, Flandres, & autres terres qu'il 
tenoit du Roy •.& au traité d'Arrasfait entre le Roy Charles v 1 1. & Phi- 
lippe ii. Duc de Bourgongne,ily a referuation expreffede la foy & 
hommage, refïbrt & fouueraineté , pour les terres qu'il auoiia tenir, & 
que fes predecefîeurs auoient releué de la couronne. Et la principale oc- 
cafion que Charles v. Roy de France printde faire la guerre au Roy 

P J J 



\ 



i 7 i DE LA REPVBLIQVE 

d'Angleterre,fut d'autant qu'il paflbit par deffus les oppofitions, fuiuat 
le traité de Bretegni, quin'eftoitpas ratifié par Charles v. fans déférer à 
rappeljCommeonpeutvoirparl'arreft du Parlement donné le x nu. 
May m. ccclxx .par lequel le Duché d'Aquitaine eftconfifqué au 
Roy pour cefte caufe. Autrement file Prince fouuerain quitefon fuget 
ou vaflal du reflbrt, & fouueraineté qui luy apparticnt,il fait d'vn fugec 
vn Prince fouuerain: comme fift le Roy François r. quitantdu tout au 
Duc de Lorraine la foy & hommage , reffort & fouueraineté du Cha- 
fteletfurMozelle m.d.xvh. Mais quand il permift au mefme Duc de 
iuger.,condamner & abfoudre en fouueraineté au Duché de Bar,& que 
les officiers tiroient cela en confequéee de fouueraineté abfolue,le Pro- 
cureur gênerai en && plainte au Roy, & auffi toft Anthoine, & après luy 
François Ducs de Lorraine pafferent recognoifîance en forme authen- 
tique,par laquelle ils déclaraient, qu'ils n'entendoienten rien déroger 
à la foy & hommage, reffort & fouueraineté qu'ils deuoiet à la couron- 
ne, à caufe dudit Duché, & qu'ils n'auoientvîéde iugement fouuerain 
quepar fouffrance .lefquelles lettres de recognoifîance furent depuis 
exhibées au priué cofeil l'an m. d. l x i i i i. Toutefois le plus expédient 
pour la côferuation d'vn eftar, c'eft de iamais n'otroier marque de fou- 
ueraineté au fuget,& moins encores à l'eftrangencar c'eft le degré pour 
monter àlafouueraineté.Et pour cefte caufe on fift grande difficulté de 
paffer les lettres pour TEfchiquier dAlençon m. d. l x x i. pour le preiu- 
dice fait au reffort: qui fembloit tel, quel'vn des Aduocatsdu Roy dift 
en plein confeil, qu'il vaudroit mieux introduire vne douzaine de Par- 
lemensiores que le reffort en certains cas,& plufieurs caufes foient refer- 
uees,outre la foy &homage.& défait les Roysd'Angleterre,& Ducs de 
Bourgongneprindrentoccafionplus qu'ils n'eufïèntfait, de s'allier, & 
faire la guerre au Roy de France,pour le refus qu'il faifoit de leur don- 
ner le priuilege d'Efchiquier, comme il auoit fait aux Ducs d'Alençon, 
afin qu'il n'y euft point d'appel de leurs iuges & Magiftrats . Car non 
feulement les officiers des Ducs & Comtes, ains auffi les Ducs mefmes 
eftoient adiournez par deuant le Roy , pour voir corriger & amender 
leurs iugemens : qui eft oit vne fubmiffion qui les greuoit bien fort. & 
quelque fois auffi on les faifoit adiourner par deuat le Roy pourpeu de 
chofe:dequoy feplaignirentlesDucsde Bretaigneau Roy Philippe le 
Bel,& à Philippe le Long, qui enuoyerent lettres patentes à la Cour de 
Parlement au mois de Feurier m. c c c v i. & d'Octobre m.cccxvi. par 
lefquelles ils declarerét qu'ils n'entédoient que le Duc de Bretaigne., ni 
fes officiers fuffent adiournez par deuât eux,finon en cas de deny de iu- 
ftice,faux iugemet, & en cas de fouueraineté . & par les mefmes lettres 
on peut voir,que l'exception des cas referuez emporte la confirmation 
du dernier reflort& fouueraineté. Nousferos pareil iugemét de tous les 
Princes & feigneurs defquels il y a appel à l'Empire & chabre impériale,, 

qu'ils 



LIVRE PREMIER. 173 

qu'ils ne font pas fouucrains: car ce feroit crime delezemajefté,& capi- 
tal, de fe porterpourappellant du Prince ibuuerain , fî ce n'eitoit en la 
forme que fill vn Grec, quiappella duroy Philippede Macedoinemal 
confeillé,àluy mefme^quand il feroit mieux conlèillé.& en celle façon 
les aduocacs de Loys de Bourbon formèrent! appel de l'arreft interlo- 
cutoire donnéparle Roy François 1 1. enfon priué confeil : que' Balde 'cjî^tfiSi 
Iurifconfultetrouue bon &receuable. & feroit bien feant à la maiefté appeibc. Baid. it«a 

r 1 r • l 11 r» l\ 1» in 1. vlt.de rclat. 

d'vn Prince iouuerain,deluiure l'exemple de ce Roy là qui receutlap- 
pel:ou bien s'ils veulent que leurs arreits demeurent, pour ne fembler 
variableSjnimuablcSjquilsfacent comme lemefmeRoy fift à Mache- 
taSj lequel il recompenfa de fon bien, l'ayant iniuftement condamné, 
fans muerai changer fon arreit.Et de cette marque de fouueraineté de- La cinquiefmc 
pendaufïilapuiflance d'ottroyer grâce aux condamnez par deflus les marque de fou- 
arrefts J & contre la rigueur des loix,foit pour la vie, foit pour les biens, uerainete - 
foit pom l'honneurjfbit pour le rapel du ban, il n'en; pas en la puiffance 
des Magiftrats.pour grands qu'ils (oient, d'en donnervnfeulpoincl:,ni 
de rien altérer des îugemens par eux donnez . Et combien que les pro- 
confuls,& gouuerneurs de prouinces euffent autant de iurifdi£tion,que 
4 tous les Magiitrats de Romeauoient enfemble, fi eft-ce qu'il ne leur *tn2^ iulif<!ia! ' 
eftoit pas licite de reftituer feulement les bannis pour quelque temps, 
comme nous liions es lettres de s Pline le ieune gouuerneur d'Afie^à 5. ub.io.epiftoi. 
l'Empereur Traian : & beaucoup moins de donner grâce aux condam- 
nez à mort,ce qui eft défendu à tous 6 Magiitrats en toute Republique. 6 .\ ie ie g ati de P œ- 
Et combien qu'il femble quePapirius Cnrfor Dictateur donna grâce à fb' Accmï&Bait & 
Fabius Max. Colonnel des gens de pied ,pourauoir donné la bataille de P, ubli , c ' s , iud i c - 

r y r r > 1 A. ' \ C • Angd.ipl.fi deceflfe. 

contre la derenkjiaçoit quiieulttuex xv. mil ennemis ..toutefois en mquitatifdaix-.&m 

^» r\ » n. • 1 1 J -1 ' \ • r l.i.§.nonfuit de do- 

ect celtoit le peuple qui donnoit la grâce, ores quil pria trclin- i Q 1. adbdi; as . de 

ftamment le Dictateur de pardonner celte fauteicar Fabius auoit appel- ^ïion. vfkr Jiî 

lé au peuple del'arreft du Dictateur, lequel défendit fon iugement con- 8 - de P u } ? ! icis I c udic - 

i> 11 • ni- 1 rr i l • b i 1 Liuius lib. i & if- 

trelappellantrquimonitre bienquelapuiilancedelavie&de lamort Banoi. ini.aaade 
ertoit au peuple . Auflivoid on, que Sergius Galba l'Orateur, que le r< 
CenfeurCaton auoit attaint cVconuaincu de leze maiefté, eut recours 
à la grâce du peuple, qui luy pardonna, fur quoy Caton dift., que s'il 
n'eull eu recours aux pleurs, ci aux enfans., il eufl: eu des verges. En cas 
femblable le peuple d'Athènes auoit puiflance d'ottroyer graces,priua- 
tiuement à tous Magiftrats, comme il monftra à Demofthene; Alcibia- 
de,& à plufieurs autres . Aufli en la Republique de Venizeil n'iaque le 
grand°Confeil de tous les gentils-hommes Vénitiens qui donne grâce. °- Ia ftatutisVeoe- 

1 r -lii-i î-i 1 rrr t> o tor * 

au parauant le conleil des dix donnoit bien les grâces, par lourrrancc, <k 
neâtmoinsilfutordonél'anM. d.xx n i.que la giunta,qui fontxxxn. 
affifteroit au confeil, &que la grâce n'auroit lieu, fi tous n'y confen- 
toient. mais l'an m.d. Lxu.defenfes furentfaites au confeil de rien en- 
treprendre. Et combien que l'Empereur Charles v. en l'érection du 

P "j 



i 74 DE LA REPVBLIQJ/E 

Sénat de Milan ottroya toutes les marques de fouueraineté, corne Ton 
lieutenant & vicaire, fi eft- ce qu'il fe relèrua la grâce : comme i'ay apris 

dJia ^"^'""j^" des lettres patentes par luy 7 décernées, ce qui eit bien eftroitement gar- 

mw. dé en toutes lesMonarchies . & combien qu aFlorence pendant l'eltat 

populaire, les hui&auoientvfurpé la puiilance de doner grâce, fi eft-ce 
que cela fut depuis renduau peuple , lors que Soderin changea l'eftar. 
Quat à nos Roys,il ni a chofe de laquelle ils (oient plus ialoux . & com- 

taMoi#.rebrua. bien quele Roy François i.euft 8 donné àfamerepuiiîance d'ottroyer 
graces,fi eft-ce toutefois que la Cour ayant ordoné qu'il feroit remon- 
ftré au Roy, que c'eftoit Tvne des plus belles marques de la fouueraine- 
té,qui ne fepouuoit communiquer au fuget fans diminution de la ma- 
jefté : la mère eftant aduertie,quitta ce priuilege , & rendit les lettres au 
Roy auparauant qu'on luy en fid inftance. carmefmes la Royne de 
France ne peut auoir ce priuilege, ni les autres marques de fouueraine- 
té. & iaçoir que la loy des Romains dit,que l'Impératrice eftoit difpen- 
feedesedits & ordonnances, cela neantmoinsn'apoint de lieu en ce 
Royaume :&fetrouue vu arreftés regiftres de la Cour de l'an m. ccc 
i x v. en Iuillet, par lequel la Royne fut condamneeà garnir par proui- 
fîon la debte portée par contrael:, fans auoir efgard aux priuileges par 
ellepretendus. le trouue bien aufïi que le Roy Charles v i. donna puif- 
fance à maiftre Arnault de Corbie Chancelier de France, par lettres pa- 
tentes du xi ii. Mars m. c ceci, de donner grâces & remiiTions, prelens 
aucuns du grand Confeihmais c'eftoit lors que les Chanceliers eftoient 
tous puiflans.,& le Roy Charles v i. en puiflance d'autruy,pourla mala- 
die qui le tenoit. Encores me diroit-on qu'anciennement lesgouuer- 
neurs desprouinces donnoientgraces,côme on peut voir encores aux 

9-"p. couftumesdeHenaut 9 &auxandénescouftumesMeDaufiné:&me£' 

i.Guidopap.mdc- ., ., . in • T i o i 

eif.deiphini.135. mes 1 euclque d Ambrum prétend celte puiliance,par chartes authen- 
GrSÏ" Guido C tiques . le refpons, que telles couftumes & priuileges font abus, cV en- 
pap.deaf.498. treprifes , qui furent caffèes à bon droit par ledit du Roy Loys x 1 1. m. 

Les marques de! » T. . y , r J J • 

la maiefté ne fe c c c c x c 1 x. & il tels priuileges loiit nuls j aufli peut-on dire que les 
doyuenc bailler con fi rm ations font nulles •* car la confirmation ne vautiamais rien, fi le 

ny en titre d'ot- ... . . . . . .. „ 

fice,nyparcom- pnuilegede loy eit nul . or il eit bien nul, puis qu'il ne peut eltre quitte 
miflïon,/il n 'y a fans la couronne, mais quant aux gouuerneurs, vicaires., & lieutenans 

iuileabfence. 1 • r • 1 -r 1 »i * 

généraux des princes louuerains,il y a autre railon , attendu qu ils n ont 
pas cela par priuilege, ni par office, mais par commiffion: comme les 
Princes, vicaires,& lieutenans pour l'Empire . Mais en l'eftat d'vne Re- 
4 .Princepsrefcrua- publique bien ordônee, cefte puiflance ne doit eftre baillée, ni par 4 cô- 
commkte^kaato. miffion,ni eh tiltre d'office , fi ce n'eft pour eftablir vn regent pour la 
"/dToffi ra ddeeTt" diftance des lieux par trop grande, ou bienpourla captiuité des Prin- 
nifi iufta fit abien- cesfouuerains,ou qu'ils foient en fureur,ou en enfance: comme il fefift 

tia.vehmpotentia. I ' 1 r • rr C • In 1 t- 

i.Aiberic.notauiti.1 pourLoys i x. lequel pour la îeuneile rut mis par les eltats de France en 
pif^pïuudlenLC. la tutelle de fa merc Blanche de Caftillc : après auoir baillé quelques 

Princes 



LIVRE PREMIER. i 7s 

Princes pour caution , qu'elle ne bailleroit point la tutelle à autres per- 
fbnnes: & parmefme moyen Charles de France,Regenr en France pen- 
dant la captiuité du Roy Iean., & Loyfe de Sauoye Régente pendant la 
prifonduRoy François, auec tous les droits royaux, en qualité de Re- 
genre , & le Duc de Betfort Régent en France,pour la maladie du Roy. 
Ici peut eftre on me dira , que nonobstant l'ordonnance de Loys x 1 1. 
le chapitre del'eglife de Rouan, prétend toufioursauoir priuilegede 
donnergrace,enfaueurdeS. Romain, deuantlafefte duquel, il fait de- 
fenfes à tous les luges, & mefmes au Parlement de Rouan, d'exécuter à 
mort pas vn des condamnez: comme i'ay veu pratiquer y eftât en com- 
miflion pour la reformation générale de Normandie. &fur ce quela 
Cour,nonobftantla grâce du chapitre,fift exécuter à mort celuy qu'el- 
le auoitcôdamné après la fefte. le chapitre en filt plaintes au Roy ,ayant 
pour chef l'vn des Princes dufang.le Parlement enuoya {es députez, 
entre lefquelsl'aduocar du Roy Bigot fi ft grande inftance,pour l'abus, 
& entrepnfe lus la majefté du Roy. toutefois le temps y eftoitmal pro- 
pre : & quelque remonftrance qu'on fift, le priuilege leur eft demeuré, 
cela peut eftre fait à la forme du priuilege donné aux VeftalesdeRo- 
me,qui pouuoient douer la grâce à celuy qu'on alloit exécuter, fi l'vne 
des Veftaless'y rencontroit fottuitement, comme dit Plutarqueenla 
vie de Numa:couftume qui eft encores gardée à Rome^quâd il fe trou- 
ue quelque Cardinal lors qu'on va exécuter quelqu'vn Mais le pis qu'il 
y a au priuilege S. Romain, c'eft qu'on ne donne grâce que des crimes 
lesplus exécrables qu'on peuttrouuer , & defquelsleRoy n'apoint ac- 
coutumé d'ottroyer grâce. En quoy plufieurs Princes fouuerain abu- 
fent de leur puiflance., cuidans que la grâce qu'ils donnent, eft d'autant 
plus agréable à Dieu, que le forfait eft deteftable.maisie tiens,fauf meil- 
leur iugemét, que le prmcefouuerain ne peut donner grâce de la peine 
eftablie par la loy de Dieu, non plus qu'il ne peut difpenfer de la loy de 
Dieu ,à laquelle il eft fuget . Et hl eft ainfi que le Magiftrat mérite peine 
capitale,quidifpenfe de l'ordonnâce de fonRoy,comentferoit-il licite 
au Princefouueraindedifpéferfonfugetdelaloy de Dieu ? & mefmes 
file prince fouuerain ne peut quiter l'intereft ciuil defonfugetjcoment 
pourroit-il quiter la peine que Dieu ordonne par fa loy ? comme le 
meurtre fait de guet à pend, mérite la mort par la loy de Dieu.O com- 
bien il s'en void de remifîîons/ Mais on me dira: En quoy fe pourroic 
monftrerlamifericorde du Prince, s'il ne pouuoit donner grâce delà 
peine eftablie par laloy de Dieu?ic refpos qu'il y a beaucoup de moyés: 
c'eft àfçauoir des contrauentions aux loix ciuiles . comme fi le Prince a 
défendu de porter armes, ou de bailler viures aux ennemis fur peine de 
la vie,lagrace fera bien employée à celuy qui a porté les armes pour fa 
defenfe feulement,ou quela pauureté a contraint de vendre bien cher à 
i'ennemï,pour fubuenir à fa neceilité.ou bien fi par la loy ciuile,la peine 

P in J 



o.deutcro.ip.&ii. 



S7 6 DE LA REPVBLIQJVE 

du larrecin eft capitale,le Prince débonnaire peut la réduire au quadru- 
ple, qui eft la peine delà loy de Dieu, & du droict commun. mais le 
meurtrier de guet à pend , Vous iarracherez,dit la loy,de mô autel fa- 
cré, & n'aurez iamais pitié deluy., que vousnelefaciez mourir, & alors 
i eftendray mes grades mifericordes fur vous. Toutefois les Roys Chre- 
fliés le iour du Vendredi fainct ne donnét grâce que de ce qui eft irre- 
mifilble. or les grâces ottroy ees de telles mefchancetez,tirent après foy 
les peftes,les famines, les guerres & ruines des Republiques : c'eft pour- 
quoy la ° loy de Dieu dit, qu'en puniflant ceux qui ont mérité la mort, 
ont ofté la malédiction d'entre le peuple . car de cent mefehancetez il 
n'en vient pas deux en iuftice , & de celles qu'on y fait venir , la moitié 
n'eft pas vérifiée :&fi du crime vérifié on ottroy e grâce, quelle puni- 
tion pourra feruir d'exemple aux mefehans /Et quand on ne peut ob- 
tenir grâce de fon Prince, on interpole la faueur d'vn autre Prince : de 
quoy les eftats d'Efpaigne firent plainte au Roy Catholique, & prefen- 
terétrequeftejafind'auertirrAmbaiTadeurjquieftoitpardeuersleRoy 
de France, de ne receuoir plus, ni demander grâce au Roy d'Efpaigne, 
pour les condamnez qui fe retiroient en France: car ayant obtenu leurs 
grâces, ils tuoient bien fouuent les iugesqui les auoient condamnez. 
Mais entre les grâces que le Prince peut donner,iln'y en a point déplus 
belle,que de l'iniure faite à faperfonne : & entre les peines capitales, il 
n'y en a point de plus agréable àDieu,que celle qui eft eftablie pour 
l'iniure faite à fa majefté . mais que doit-on efperer du Prince qui vange 
cruellemétfesiniures,& pardonne celles d'autruy, &mefmes celles qui 
font faites directement contre l'honneur de Dieu ? Soubs la grâce plu- 
fleurs ont voulu comprendre la reftitution des mineurs & majeurs, le 
t . Barr.inamh.ex k ene £ cc d'aa£e,qui font bien propres au Prince fouuerain en plufieurs 

copkxu.de niceitis D'à II f 

c. corne, confii. i. Republiques,mais ce ne font pas marques de fouueraineté : Miorfmis la 
in capùdefponfai! reftitution des baftards,ferfs,& autres femblablesrcar les Magiftrats en 
ÏQcap.pê?«nerabi- Rome auoient telle puifïànce : & par l'ordonnance de Charles v 1 1. 8c 
i e iTcoïé Roti"deI v 1 1 1. il eft exprefTément mandé aux iuges de n'auoir aucun égard aux 
cidoo.Baid.ini.eâ lettres qu'on appelle de iuftice, il elles ne font eq uitables : ce qui eftaf- 

cjuam. deiure aure- Ail __, •*• •*• 

oram. c.& confii. fez compris par ces mots, T a n t q^v ea svfiredoivf, qui 

aoôlib.i.Fuberinin- r i i • n- T> * f • C /l 

ftkut.de nuptiis.Pui- iont en toutes lettres de îuitice ottroyeesen ce Royaume . Mais 11 celte 
cumm fi con 5 fiî.°ii claufe n'y eft appofee , le Magiftrat n'a cognoiflance que du fait , eftant 
coi.y. Aiexand.con- j a p e j ne re feruee à laloy , & la grâce au fouuerain . C'eft pourquoy Ci- 

fi!.67.1ib.i.col.r.He- I \ r \ I " '• > i 1 r "> 1 / 

rich.Bohic. &inno- ceron demandant a Ceiar la grâce de Ligarius, ray,dit-il,louuét plaide 

cent, iii d. cap. per . • . .. P. .* i • - 1 

venerabiiem.omnes auec vous deuant les îuges , mais le ne dy ïamaispourceluy queie de- 
tut^ncm n Lt r a e iu!m fendois, pardonnez luy, meilleurs, il a failli, il n'y penfoit pas , fi iamais 
fummiprincipispro pl U5 & c , c ' e ft au père à quion demande pardoiv.mais deuant lesiuges, 

pnam elle pra:ter f ' i • n r > u - r r* 

Hoftienfem qui Pô- on dit que le crime eft forge par enuic l'accufateur caIomnieux,les tef- 

titici quoque fum- • r ^1 /l^T/ir 1 

mo mbuit Cipra moins faux . ouil monitre que Ceiar eitant louuerain,auoit la grâce en 
qdfiîSmk^t? a fonpouuoir,cc que n'ont pas les iuges.Quant à la foy & hommage lige 

il 



LIVRE PREMIER. 177 

il appert auflï , que c'eft Tvn des plus grands droits de la fouueraineré, 
comme nous auons môftré ci deffus, pour le regard de celuy à qui il eft 
deufans exception. Quant au droit de moneage il eft delà mefme na- 
ture de la loy 3 Se n'y a que celuy qui a puiflance de fairela loy, qui pui£ 
fe donner loyaux monnoyes.ee qui eft bien entendu par les mots 
Grecs., Latins & François: carie mot de nummu* eft du Grec^o^^com- 
meloy &aloy :& ceux qui parlentmieuxoftentla première lettre. Or 
il n'y a rien déplus grande confequence., après la loy, que letiltre,va- au aradoxe dc 
leur,& pied des monnoyes, comme nous auons monftré en vn 3 traité à MiUftwit 
part : & en toute Republique bien ordonnee,il n'y a que le Prince fou- 
uerain qui ait cefte puiflance : comme nous liions qu'il fe faifoit en Ro- 
me, quand on donnaprix auvictoriatjCelafefift par loy 4 exprefie du 4 * Clccloino 
peuple . & iaçoit que le Sénat par fon arreft, pour fubuenir aux necefïî- 
tezpubliques,fift valoir la demie liure decuiureautant que la liure :& 
quelque temps après le quart autant que la liure, & iuiques à ce que 
l'once fut autant eftimee que la liure, neantmoins le tout eftoit con- 
fenti par les Tribuns, comme nous auons dit ci deflus . & depuis l'Em- 
pereut [ Conftantin voulut que ceux qui auroient forgé faufle mon- £.£ e a armw " 
noyé fuflent punis comme coupables de lezemajefté:ceque les Prin- 
ces gardent bien 3 prenans la confifeation du fauxmonnoyeur,priua- 
tiuement à tous autres 6 Seigneurs : & demefme 7 peinefont punis ceux *.d.i.i.Guidodciph. 
qui ont forgé bonne monnoye fans congé du Prince . Et iaçoit que 7 . C d!i'.z 5 . 7 ' 
plusieurs particuliers en ce Royaume ayenteu anciennement priuile- 
gede batre monnoye, comme le Vicomte de Turaine,l'Euefque de 
Meaux, Cahors,, Agde, Ambrun^les Comtes de S. Paul , de la Marche, 
Neuers J Blois J & autres: neantmoins le Roy François i.par edit gênerai 
cafla tous priuileges., qui ne fe 8 peuuent donner : & s'ils font otroyez la s. contra Bartoium 
loy les déclare nuls : ioint aufli qu'ils ne durent que pour la vie de ceux mifmatis . pote™ °c! 
qui les ont donnez : comme nous auons monftré de la nature des pri- S^de&âmSn^ 
uileges . combien que ce droict & marque de fouueraineré, nefe doit ta -ci.vicred. 
aucunement communiquer au fuget: comme il fut aufli bien monftré 
àSigifmond Augufte RoydePoloigne, quiauoit donné priuilege au 
Duc de Prude de forger monnoye l'an m. d. x l i i i. les Eftats du pays 
firét vn décret, où il futinferé, que le Roy n'auoit peu doner ce droicl;., 
comme eftant infeparable de la couronne. & par mefme raifon l'Arche- 
uefque de Gnefne en Poloigne , & l'Archeuefque de Canturberi en 
Angleterre Chanceliers, ayans obtenu le mefme droicl, en ont depuis 
cfté déboutez. & pour cefte caufe toutes les villes d'Italie tenues de 
l'Empire, qui auoient vfurpé ce tiltre, le quiterent par le traité de Con- 
fiance à l'Empereur, qui donna ce priuilege aux Luquoisenfaueurdu 
Pape Lucius. Aufli lifons nous que la principale occafion ,que Pierre 
Roy d'Arragon empoigna pour chafler laques Roy de Malorque de 
fon pays, fut pour auoir forgé monnoye., pretendat qu'il ne l'auoit peu 



i 7 8 DE LA REPVBLIQJVE 

faire. Quj fut aufnTvne des occafions, queLoys xi. print pour faire la 

guerre à François Duc de Bretaigne, par ce qu'il auoit forgé monnoye 

o. procopius lib. 3. d'or, contrele traitéfait Tan m. c c c c l x v. côme les° Romains en touc 

Gothic.&zouaras. , . , ^ r J L V I • t 

1 Empires eitoientreieruezde batre monnoye d or: combien quelean 
Duc deBerri eur priuilege de Charles v. Roy de France , de Fvn &de 
l'autre métal : & de peur d'y faillir fift forger les moutons d'or, qui s'effc 
trouué le plus fin or qui fuit onques depuis en ce Royaume, ni au par- 
auat.car quelque priuilege qui foit otroy é au fuget de faire batre mon- 
noye, laloy,& prix d'icelle dépend toufîours dufouuerain , de forte 
qu'ils n'ont rien que la marque qui eftoit anciennement en Rome au 
plaifir des maiftres de monnoye, qui y mettoient telle marque qu'ils 
vouloient,& leurs noms auecces lettres m. viri. a. a. a. f. f. que le 
Bailli des Montaignes interprète, œre> argentOyauro^flauo.ferunto: au lieu 
qu'il deuoit dire , auro s argento , are^Jîandojferiundo . car les Princes fou~ 
uerains ne fe foucioient pas tant de faire grauer leur effigie . & mefmes 
le Roy Seruius, qui le premier donna marque à la monnoye, qui n'e- 
ftoit que de pur cuiure,fift grauer l'effigie d'vn beuf, à l'exemple des 
Athéniens, qui auoient lamefme figure,& la chouette. Mais les autres 
Roys & Princes d'Orient y mettoiét leur image, comme Philippe P v oy 
de Macédoine à la monnoye d'or, qu'ils appelloient Philippus : & les 
Roys de Perfe aux Dariques, portantleur image, dont ils eftoient fi ia- 
loux,quele Roy Darius, comme dit Hérodote, fift trancher la tefte au 
gouuerneur d'Egypte Ariander, pour auoirgraué fon image aux mon- 
noyes: comme auili fift pour femblable cas l'Empereur Commode à 
Perennius fon grand mignon. Etmefme le Roy Loys x 11. ayant laine 
toute puiffance fouueraine aux Geneuois ,leur défendit neantmoins 
de marquer autrement leur monnoye que de fon image : au lieu qu'ils 
y mettoient,comme ils font encores,vn gibet,pour marque de iuftice: 
nevoulanspasque la marque du Duc y foit . Et fi la monnoye eft l'vn 
desdroitsdelafouueraineté,auffieftlamefure,&lepoids:orcsque par 
les couftumes il n'y a fi petit feigneur, qui ne prétende cedroictj au 
grand preiudice de la Republique, qui fut la caufè que les Roys Philip- 
pe le Bel, Philippe le Log,Loys xi. auoietrefolu qu'il n'yauroit qu'vn 
poids & vne mefure : & à celle fin on auoit égalé toutes les mefures de 
vaiffeauxdelaplufpart de ce Royaume, comme i'a y veu parle procès 
verbal des commiflaires extrait de la chambre des Comptes. mais l'exé- 
cution fe trouua plus difficile qu'on nepenfoit, pour les différends & 
j- W*j. procès qui en refultoient . Toutefois nous lifons en r Polybe , que cela 

fut bien exécuté en toutes les villes d'Achaye & de la Moree, où ils 
auoient femblable monnoye , poids , mefures , couftumes ,*Ioix , reli- 
gion,officiers,&gouuernement . Quant au droit de mettre fus les fu- 
gets tailles &impofts, ou bien en exempter quelques vns, cela dépend 
auffide lapuiflance de donner laloy, & les priuileges. non pas que la 

Republique 



L I V R E P R E M I E R. i 75 > 

Republique ne puiffe eftre fans tailles, comme le Prefïdent le Maiftre 
efcrit que les railles ne fontimpofees que depuis le Roy fainct Loysen 
ce Royaume, mais s'il eft befoin de les impofer,ou les oiterjil ne fe peut 
faire que par celuy qui a lapuiflance 1 fouueraine:commeilae{té îugé zii.veaigaiiant.ua 

n i r> i 1 ta 1 r» î • ? 1 imponi.C.cap iquç 

par arrelt du Parlement contre leDuedeBourgongne > & depuis'plu- fim «gaiia Fabefi- 

t" r • r» 1 » r \ 4- f o I • bidem.Gallusq.6o. 

îieursroistant au Pariement,qu au conieir pnue,& pour les entrepn- par^ftiiiforenL 
fesquefaifoient quelques Seigneurs particuliers, & les corps, & Colle- gnno^arreftdc 
ges des villes &villagesjle Roy Charles ix.en frit vne dit gênerai à lare- 4. àLyon-hmij* 
quefte des Eftats 5 d'Orléans, par lequel il leureit expreflement défen- 
du, (ans permillîon : ores que par foufrance on paflbit les impolis des 
corps & Collèges pour les neceflitez publiques, iufques à xxv. liures 
fanscommiflion. & depuis lemefme editfut réitéré à 6 Moulins : fuiuât *•»«<&#. ,. 
le droicl: 7 commun, & l'opinion des Iurifconfultes . Et combien que dommi pra&oram 
le Sénat Romain pendant les guerres, & mefmesles Cenfeurs impo- fitcAiraand. SSL 
foient quelques charges, fçachans bien que le menu peuple en corps m£'5fîSS!jul 
les accorderoit mal volontiers, fieit-ce que cela paflbit par fouffrance liber ;, s - c.oidrad. 

J T- L J 1 T (TV r\ ! • J r »•! «uifil.i 14 . Par pari. 

des lribunsdupeuple,quilouuenrauinl empelchoien^deiortequils inre P cm.i.piacetde 

r- À . 1 in \ r n r \ facrofan.C.Boer de- 

pretenterent requelte au peuple,que deilors en auant nul ne rult 11 nar- c if. Burdegai.n«.& 
di defairepafler loy au camp , par ce que le Senat,par fubtilmoyen, y ^' chaflan>xub - 1 - 
auoitfait publier la loy de fimpofîtion , qu onappelioitlavingtiefme 
des afranchis, foubs couleur que c'eitoit pour payer l'armée : qui l'ac- 
corda volontiers. Nous voyons aufliplufieurs fois es hiftoires Romai- 
nes^que les charges & importions ont eftémifes, ou leueespar lepcu- 
ple,comme pendant la guerre Punique,lepeuple fut taillé,&apres le 
retour du Capitaine Paul Emile, qui remplit la ville des defpoiiilles de 
Perfeus Roy de Macédoine. le peuple fut defehargé de tailles, iufques „ n . 

1 . > r r & > "1 8. arrête du parle* 

aux guerres ciuiies duTnumuirat . btpar meime moyen 1 Empereur m«» de Paris i-a n 

r»- /111 • /lo • J-tt iju.febr.y.& 15z7.cn 

Pcrtinax oita les charges, împolts, & péages mis, comme dit Hero- May. 
dian,parles tyrans fus les riuieres, entrées & iflues des villes, outre les uonl&^'^S 
aydes anciennes. Mais on dira, que plufieurs Seigneurs ont prefeript le lc, * Iuin - 

/.,..,. * r O I r i.l.i. quae fit longa 

droic~t des tailles, impolis 6V péages : comme ou voitmefmement en ce eonfuerc. 

i r <-. . . c î -il t, article 13. 

royaume que plulieurs Seigneurs peuuentimpoier la taule en quatre 3. Aiexan.confii.iib. 
cas, confirmez par 8 arreils, & parcouiïumes, & mefmes pour les Sei- Lu'confii^oJih.f. 
gneurs qui n'ont point de 9 iurifdiction . le refpons, que la chofe ayant nk c °^Sn* Re- 
commencé par abus , & inueteré par longues années, a bien quelque aigaiia coi.r. socin. 

1 j r r-- -i»i r r • n • *■ /* conf1l.187.coLs.F1r- 

couleurdeprelcription.maisiabusneiçauroit eitretantinuetere.que mian.in traaa.de 

laloy nefoit toufîours la 1 plus forte, àlaquelle il faut reiglcr les abus. K.ub.z/ ' c ° nil# 

& pour cette cauie il fut ordonné par "l'edit de Moulins, que les droits J b ^ c c * j., c & foncl' 

détaille, prétendus par lesfugets, ne fe pourroient leuer.fansauoir ef- iib.i.&conf.8icod. 

JM Y -11 ' r M ■ „ i- -r ni coUBarbar. confil. 

garda la prclcnption de longues années, ou les luges & mrilconiultes 4.i.coLu.iib.i.Feiin. 

r r C n r 1-4. » > -n C tinc.cumanobis.de 

le iont touliours arreltez : lans vouloir * permettre qu on senqunt 11 pr*fcr; coi.vk.Arc- 
les droits de fouueraineté fe peuuent prefcripre:car ils tiennent prefque £3|^i ? fi?e2fc 
tous cefte opinion , que les droits de la majelté fe peuuent gaigner par fu e ^' r r ^ ufdam - dc 



180 DE LA REPVBLIQJVE 

trait de temps . Il feroit beaucoup plus expédient de confeiTer que ces 
droits n'appartiennent pas au Prince fouuerain, qui feroit crime capi- 
tal, comme ils confeflent : ou bien ilfaudroit dire qu'on peut preferire 
la couronne, & fouueraineté . Nous ferons femblable iugement des 
fi.i.jeiisquivacat. exeptions de payer les charges &impofitions.,quenulnepeutotroyer > 
nua"em P dc C ^TiTo U i s ^ nc ^- ' Iouuerain: comme il eit. auifi difertement articulé par l'edit de 
&ccnfu.c.&'tortit. 6 Moulins:& faut que l'exemption foit vérifiée enla chambre desCom- 
é.iaui^. ptes & en la cour des Aydes . Il n'eft donc point befoinde fpecifieren 

sLmp!5 cuLS- quel cas le Prince fouuerain peutimpofer charge ou fubfide aux fugets, 
d e vii b" figT. U fi q uts fi lapuiilancc de ce faire luy appartient, priuatiuement à tous autres. 

d uibu?d!m ap /' P r Cr ' P ar cc 4 U ^ y cn a *l u * onc f° u ft enu > c l ue ^ e droit 7 pris fus le fel, eft plus 
ter ea.de vcrb.fig. marque de fouueraineté que les autres :&neantmoins on void pref 
i.Lbius'n'b^dcc.?. qu'en toute Republique plufïeurs particuliers auoir falines,qui pcuuéc 
cc'fibTma^isJutî cftwàiix héritages & fonds des particuliers : comme anciennement les 
Pruc.de reb.eorum. 8 particuliers en auoient en Rome . Vrayeftque plufïeurs Princes fou- 

Alexa. inl.diuortio. * . , ; f 1 • r» 1 1 ~ -1 <j r 

ç.fivirin fundoibi. uerains ont d'ancienneté impofe ce droit fus lelel : comme fiit 9 Lyii- 
fundumeod. l machus Roy de Thrace,Ancus Martius'Roy desRomains(quifuthauf- 
diuïcoU.'&fn^Tû feparvn Cenfeur Liuius furnommé le Saunier) & Philippe de Valois 
ignore c' dc naut en ce R°y aume : m:ns cc ^ n'empefche pas que les particuliers ne foienc 
4 : cacheranus in de. * feigneurs des falines., aufïi bien que d es autres minières, fauf au Prince 
5. ? io.Panor.Hom- fouuerain fes droicts & importions . Mais les droicls delà mer n'ap- 

enf.Butrioin cap.fu- ». jf mJz C " i~ 1 • /"* 

per quibufdam de pamennent qu au Prince iouuerain , qui peut impoier charges îulques 
ve î'j ?- Antcb - m à xxx. 3 lieues loing de fa terre s'il n'y a Prince fouuerain pluspres qui 

tract.de numeri. nu. ^ 1 / / 1 l l 1 

4*- i'empefche:commeilaefteiugepourle 4 Ducde Sauoye. &n'cft per- 

él.nauigia.defurtis. . * , _ . r . ,° • .11 1 r 1 1 • <X l tr 

c. misquau Prince iouuerain de bailler brer deconduidte , queles'Ita- 

oridefo/end.fuina. liens appellent guidage,ni de prendre le droict de briz,ou deWarech: 
iRhoTi^wiK'Sc q^eft l' vn des articles porté par l'ordonnance de l'Empereur^Fride- 
offi.pr*fid.fF. ne 1 1. qui n'eftoit point 7 anciennement vfité entre les Princes fouue- 

8. Io.Plat.& Lucas A • n • • l»l ^ 8 r 

Pennaini.i.denau- rains : neantmoins eit auiourdhuy commun a tous ayans port lus 
ciS.iiki.Benedic" mer. Et me fouuient auoir entendu, que fAmbafladeurde l'Empereur 
incap.Raynu.verb. fafr plaintes au priuc confeil du Roy Henri 1 1. l'an m. d. lv i. de deux 

&vxore. nu.557.Ar- Il .' 

genterusînconfiiet. galères prifes par lourdan Vrfin., quiauoit foufFert bris en Corfequc: 

Bntan.art.tf.not.i. P n 1 1 1 n * I • t • #1 rr ' C - 

nu.?. le Conneitable luy remonitra que le bris eit connlque au ieigneur 

AieSSconfiuTIb. fouuerain, & que c'eft la couftume générale, non feulement es pays de 
ncïhura^b.'ca^ l'obeïiTance du Roy,maisaufli en toute la mer du Leuant & du Poner. 
ro - , . Auiïieft-il certain qu'Antoine Doria ne filtiamais înltance du bris de 

i.coiuetud.Tufo.ut. . A , . , 1 1 • 

de moyenne iuftice. deux galères conmquees par le prieur de Capoua. comme les droits 

art.9.tit.des efpaues. ,9 V r ri- 9nl C fi" 

Kturigen.c5fiict.tit. qu on leue pour geter 1 ancre lus terre ieulemet. Pluiieurs mettent aulii 

J entre les marques de fouueraineté faifir les biens vacans, & s'en empa- 

rer,foient héritages ou efpaues, qui font 1 attribuez quafi par tout aux 

Bourdeaux fcigneurs particuliers . Et combien que de droidt communies Empe- 

reursPvOmainsauoientaccouitumede tainr, & reiinir ks biens vacans 



desheiicages.^.i.Nc 
tiers. titre des iuftici 
ers. art.i.Blois. titre 
delaiuri(di£tio. art 
ï6. & 32 
tit. de efpaues. art 
] o^.Poiclou titre des 



tt«SwS* au " a u domaine delà Republique, fi eft- ce que le particulier pouuoit s'en 

faire 



L I V R E P R E M I E R. 181 

faire feigneur 2 ,ttouuant la chofe delaifiee,que nous appelions guerp,& dea^oïï^w 
déguerpir pourdelaiflenvray eftquele Prince fouuerain auoit quatre f"yï t *°'bon«vac. 
3 ans, dedâs lefquels il oouuoit faifir les héritages delaiflèz.mais prefque \ imra quamor de 

Vr \\ J • J C C 1- ? r- I diuerfisfc temp. l.r. 

en toute lLurope,ou Je droit des tiers a lieu, les ieigneurs prennent les dequadricnnijccu 
deuxtiers de la chofe meuble efpaue, & le tiers à celuy qui l'a trouuec,fi amoîSSu. fi- 
le fèigneur de la chofe, après quarâte iours que la publication f'eft faite, ^n^T^aaidl 
nefe prefente. Et par confequét nous dirons aufîï.queledroitdefifque 'jp & habici.37.de 

. n 1 - J r • / J> >1 n_ • vfucap. 1. 85. de ac- 

n elt point marque de louuerainete,d autant qu il eit commun au pnn- quir.hxrcd. 
ce fouuerain, & à tous feigneurs iufticiers: & mefme le prince fouue- 
rain a fonfifqueen qualité de particulier , feparé du public: &fon do- 
maine particulier 3 qui n'arien de comun aueclepublic, comme aufllles 
anciens Empereurs Romains,ontMiuifél'vn &l'autre,&'fèparélesof- 4 .u.$.hocinterdi. 
ficiers,& le procureur du fifque J & le procureur du patrimoine.Et mef- 2p£LSoS&!E 
meleRoyLoysxn.eflantvenuàlacourone.erieealachâbredeBlois. de- contrai». em P t. 

4. J . . ~ — . . Plini.inpanegyrico. 



artia.inAdnanol. 



pour fbn domaine particulier de Blois,Môtfort 5 CouiTi:outre le Duché s P 
d'Orleâs, qu'il auoit tenu en apénage.Mais entre les droits du fifque. il y quadricnn\j°pnB- 



ena 



qui n'appartiénent qu'au prince fouuerain : corne la cofifcatiô pour JjJJJ^ f eruus§ . v h. 
crimes de lezes 6 maiefté > fous lefquels on côpréd auiTi 7 rherefîe,& fauffe deiegat.i.i.i.dciu- 

• t 1 • i V/* r r nfdift.C. l.excon- 

monnoye . Les autres dt bits du nique lont prelque tous communs au fenfu§.i.dea P pei.i.j. 

r • r • • n • • ■ I i • 1 r v bi caufae filcal. C- 

prince louuerain , & aux Ieigneurs mlticiers : comme le droit du trelor toto t it. fi aducrfus 
trouué : & la puilTance d'ottroyer droit de foire , qui eftoit ° ancienne- S^^^cte&S! 
ment marque de fouueraineté.auffi bien qu'à prefent, compris foubs le Auguftus primus 

1 .-1 ,-v i-i 1 r tl I procuratorcs mfU- 

casdespnuilepes. Quant au droit de marque, ou deréprelailles, que les tuitDi0.iib.j3.Adri- 



anus aduocatos fi- 



r ■ ■ ■ • -■ •! » n • an " s aauocatos n- 

pnnces louuerains ont, pnuatiuemet tous autres, il n eitoit pas ancien- fci. po ftremocomes 

nement propre au prince fouuerain :ains il eftoit permis à chacun fans ^T 1 ^ 1 ™^?,.; 1 

congé.ny duMag-iftrat.ny duPrince.vfér de reprefailles,que les Latins, ™°™™ vniucrfum 

9 r L1 U i r>l ■ ■ C ■ \ ■ * à J curabat.l.vlt.dead- 

celemblc,appelloient Llàrigàtio: toutesroisles princes peu a peu don- uocat.fifd.ci.vit.de 

nerent cefte puilîance aux gouuerneurs & magiltrats : & en fin ils ont deffifraS" 16 ' 

referué ce droit àleur majefté, pourlafeuretédela paix, & destrefues, iMff*^"^ 

qui fouuent eftoient rompues par la témérité des particuliers^abufins 7idemdecir. 7 ^.ca P . 

1 1 • 1 r- l r» 1 -1 1 Tcrgcntis.de hccrc- 

du droit de marque. En ce royaume le Parlement ottroy oit lettres de tic. 

<*■ ni r _ „ 8.1.i.defalfamon.C. 

marque, comme noustrouuospararreitduxi r.Feuner m. cccx eu. B anoius ait ex ea 

mais le Roy Charles v n 1. f'eft referùé ce droit par edit exprès de l'an bo^adaïïatfcTe- 
m.cccclxxxv. Quant au droit desregales il eft biépropre aux prin- 
ces fôuucrains qui en vfent , mais d'autant qu'il y en a peu qui ayent ce nis.c 
droit, il ne doit paseftre mis au nombre des marques de fouueraineté: 
non plus que la qualité que les princes mettent en leurs edks.mandemés De ™ olU > e " es <*^° 

l Ip \l v T. . I * . ^xv Iulhniaims 

& commutions , a rçauoir , Par la grâce de Dieu : qui rut 1 vn des trois «t^awwr vocar. 
poincts quelc Roy Loys x i. defendoit au Duc de Bretaigne,de mettre 
en fa qualité, toutesfois il y a plusieurs traittez anciens au trefor de Frâ- 
ce,où les députez à traitter paix,ou alliance,qualifîent leurs offices parla 
grâce de Dieu : iufquesà vn éleu,qui fe dit éleu de Meaux par la grâce de 
Dieu.Etmefmes les RoysdeFrance ont referué le droidjpriuatiuemé'c 

1 



rc. 

o. 1. vnica de nundi- 



9.VarroinIib de lin 
gualat.Liumslib.8. 



i8i. DELA REPVBLIQVE 

à tous fcigneurs & iufticiers, de feeller en cire iaune . ce que Loys x i. ot- 
troya par priuilege fpccial à René d'Anjou Roy de Sicile, par lettres pa- 
tentes du xxvni.Iuillet m. ce ce lxvii i. vérifiées en Parlement,& 
femblable priuilege à Tes héritiers : ce quifift ouuerture au Roy pour a- 
uoir le Comté de Prouence. celuy qui atràfcrit les mémoires du Tillet 
en Ton liure,amis cire blanche, de laquelle nosRoys iamais n'ont vfé: 
iuyuant l'erreur de Ton autheur . On pouroit dire à plus iufte occafion, 
que c'eft vnevraye marque de fouucrainetéde contraindre les fugets à 
changer de langue: ce que les Romains ont mieux executéque prince 
uy peuple qui fuft onques : en forte qu'ils fcmblcnt commander enco- 
res en la plus parc de l'Europe . Aufli le dernier Roy âcs anciens Hetruf- 
queseftant vaincu fift tout ce qu'il pleut aux Romains: mais il ne vou- 
lut onques receuoir la lâgue Latine : Caton dit, latinas literasnjt reciperet 9 
perfuaderinon potuit. Et d'autant que les Gaules eftoient pleines de Bour- 
geois Romains, & de leurs colonies, ils changèrent quafî la langue 
du paysenlatin, qu'ils appelloient Roman : & le donnoient tous les ar- 
rêtons en Iatin,iufques à l'ordonnance du Roy François i. Nous voyons 
■ aufli les Arabes auoir planté leur langue par toute l'Aiie& l'Afrique , ôc 
depuis peu d'années le Roy d'Efpagne voulut contraindre les Mores de 
la Granate à chager d'habit & de langue, Mais entre les marques de fou- 
i. BartinLi.Ttqu* ueraineté, 1 pluiieursontmis lapuiflancedeiugerfclon faconfeience: 
rSVcïnfiS t c ^°^ e c^uieft commuiieà cousiuges^ftl n'y aloy ou couftumeexprefïè. 
nioi.confiLii.Baid. c'eft pourquoy on voit fouuét es edits aux articlcsattribuez à l'arbitra- 

inl.r. dcvindi<ft.li- . *■ . A y n . r _. 1/1 r> « r-1 

bert.cjpecui.tit.de ge des îuges ceite claule:Dont nous auons charge leur conicience.& ni 
vTSafd.mïi.T. y a couftumejOU ordonnance au cotraire , il n'eft pas en la puiflance 1 du 
a vrîi cvÔto^ * u S e ^ e P a ^ r p ar deiîus la loy,ny difputer de la loy : ce qui eftoit defen- 
fi feruu?. deNox.ii. du par lesloixde Lycurgue , & par l'ancienne ordonnance de Florence: 

C.Angel.m Li.de iis , 1 ., . ' r • V 1 1 1t-v- » n rT N 1 il 

qui font fiùvciaiie- mais le prince le peut raireli la loy de Dieu n y elt exprelle,a laquelle 
roptionefcMuinr^ nous auons môftré qu'il demeurefuget. Quant au tiltre demajefté, il a- 
i-TfadTur ii Me- P erc 2L ^ CZ 4 U *' n'appartient qu'à celuy qui ell fouuerain . Quelques vns 
«nd^d Bart.ini.il- auffi prennent la qualité demajefté facree, comme l'Empereur: les au- 

licitas.j5.ventas.de X il - • ,w in \»a 1 r l« « I 

ofF.prcfi.Angei.ini. très excellete majelte, comme la Roy ne d Angleterre par les edits&iet- 

à diuo de re ludic. i . > . ° t,~ i _ 

ioAndr.inca r .fi fa- très patentes . combien qu anciennement, nyl Empereur, ny les Roys 
caWer d iH°op rdi a- n v ^ ^ c point de ces qualitez.Toutesfois les princes d'Alemagnc attri- 
d° ra ffi S 'd"î îuiavcro " buent au ^ 1 ^ lcn cen *- c q uaut c de majefté facree aux Roys de Frace com- 
j. NoutLud. Rom. me à l'Empereur :& me fouuient auoirveu lettres des Princes de l'em- 
pire eferites au Roy pour la deliurance du Comte Mansfeld lors prifon- 
nier en France, aufquelles y a fix fois V. S. M. c'eft à dire , voftre iàcree 
majefté : qui eft vne qualité propre à Dieu, priuatiuemét à tous princes 
humains. Les autres princes non fouuerains vfent du mot Alteffc, corne 
les Ducs de LorrainejSauoye.MantoûejFerrarc^Florece: ou bien excel- 
lence, comme les princes du pays de furfean.ee: ou ferenité^comme les 
Ducs de Venife. le laifleicy plusieurs menus droits , que les princes fou- 
uerains 



LIVRE PREMIER. 183 

uerains chacun en Ton pays prétend, qui ne font point marques de fou- 
ueraineté qui doibuent élire propres à tous princes fouuerains, priua- 
nuement à tous autres feigneurs iuiticiers, magiftrats, & lugets •. ôc qui 
font de leur nature inceiliblcs, inaliénables, & ° imprefcnptibles. Et °- cap.venicnte.de 

.. . . p . *y, A r. iureiurando. 

quelque don que race le Prince iouucram de terre ou ieigneune ,toul- 4-Aiberk.ini.vit de 

• I i • r» vi • n / n 4 r >•] iurifd.om.Bal.ini 1 

tours les droits Royaux propres a la majette tout * reteniez, ores qmls pr0 cur«o re . man- 
ne fufient diferrement exprimez, ce qui a eitéiugc pour les apennages ™arô&*ewir&a- 
dc France par vn ancien arreil delà 5 Cour. &ne peuuenc par traict de q^c.Aiexan.con- 

\ , lr . a ç r r± P\ 1 ■ 11 fil - 7ollb -J- Lucas Pé- 

remps quel quilioic,eitreprelcnptsny vturpez. Car ii le domaine de la nainUoiurapubu- 

r» l r n 1- • ■ " • cam nu.7. deremi- 

République ne peut eltre acquis par prelcnption, cornent pourroit on u u c. 
acquérir les droits,& marques delà majefté?Or il ell certain par les edits îJâïSSÎ^ 
& ordonnances du domaine,qu'ileft inaliénable, & qu'il ne fe peut ac- 
quérir par traict de téps.qui n'eft point vn droit nouueauxar il y a plus 
de 11.mil ans queThemiftoclefaiiàntfaifîr le domaine vfurpé des parti- 
culiers,dift en la harangue qu'il fift au peuple d'Athènes., Que les hom- 
mes ne peuuenc rien preferire contre Dieu, ny les particuliers contre la 
Republique . 6 Caton le Cenfeur vfa de la mefmc fentence en la harague deappeE^^r 
qu'il fift au peuple Romain pourla réunion dudomaine vfurpé parau- cynumd.cap.veni- 

i. . l *. l ^ , l rit eutes.de îureiuiand. 

cuns particuliers . cornent donc pourroit on preferire les droits & mar- 
ques de fouueraineté ? c'en: pourquoy en termes de droit celuy eft cou- 

1 1 I 1 'ri \r -r» • r '. 7fr . 7'1- &cri affatus de 

pablede mort qui vie des marques releruees au Prince louueram .Voi- diuerfis refaire. 
la quât aux principaux poincls cocernansla majefté fonuerainele plus 
briefuement qu'il m'a efté pofïible,ayant traitté cefte matière plus am- 
plement au liure de Imperio. Et d'autant que la forme & l'eftat d vne Re- 
publique dépend de ceux qui tiennent la fouueraineté , difons com- 
bien il y a de fortes de Republiques. 



q j j 



Que c'eft de l'e- 
ftat d'vne Répu- 
blique. 




LE SECOND LITRE 

DE LA REP V B L I Q^É. 

De toutes fortes de Républiques en gênerai^ ôcfUyen aflus de trois. 

CHAPITRE I. 

v i s que nous auons dict de la fouueraincté , & des 
droicts ôc marques d'icelle 3 il faut voir en toute Répu- 
blique, ceux qui tiennent la fouueraineté, pouriuger 
quel eft l'eftat . comme Ci la fouueraineté gift en vn feul 
Prince,nous l'appellerons Monarchie : fi tout le peuple 
y a part , nous dirons que l'eftat eft populaire : {'il n'y a 
que la moindre partie du peuple, nous iugerons que l'eftat eft Arifto- 
cratique : & vferons de ces mots pour euiter à côfufion & obfcurité,qui 
prouient de la variété des gouuerneurs bons ou mauuais : qui ont don- 
i.Arutotci. in polit, néoccafion à ' plufieurs,de mettre plus de trois fortes de Republiques, 
mais fi cefte opinion au oit lieu, & qu'on mefuraft au pied des vertus, ôc 
des vices l'eftat des Republiques,il l'en trouueroit vn monde . Or il eft 
certain, que pour auoirles vrayes dirKnitions, & refolutions en toutes 
chofesjil ne faut pas farrefter aux accidens,qui font innumerables., 
mais bien aux différences effenticlles , ôc formelles, autrement on pour- 
roit tomber en vnLabyrinte infini, qui ne reçoit point de fcience.car 
on forgeroit des Republiques,non feulement pour la diuerfité desver- 
tus &desvices.,ains aufh des chofes indifférentes, comme fi lemonar- 
queeftoitéleu pour fa force, ou pour fa beauté, ou pour {à grandeur, 
ou pourfanobleffe,ou pour les richefles, qui font chofes indifféren- 
tes : ou bien pour eftre le plus belliqueux,ou le plus paifible, oulc plus 
fage,ou le plus iufte.ou le p lus magnifique,ou le plus fçauant,ou le plus 
fobre, ou le plus hûble, ou le plus fimple,ou le plus chafte. ainfî-de tou- 
tes les autres qualitez,onferoitvne infinité de monarchies: & en cas pa- 
reil de l'eftat ariftocratique,fi lamoindre partie du peuple tenoit la fou- 
uerainetéjComme les plus riches, ou les plus nobles,ou lesplus iages,ou 
les plus iuftes, ou les plus belliqueux : & autant des vices, ou autres qua- 
litez indifférentes: chofe qui feroit abfurde : ôc par confequét l'opinion 
La qualité ne de laquelle reùffiftvne telle abfurdité doit eftre regettee . Puis donc que 
in « deTcho- la qualité ne châge point la nature des chofes, nous dirôs qu'il n'y a que 
trois cftats,ou trois fortes de Republiques,afcauoir la monarchie,rAri- 

ftocra- 



nature 
fcs. 



ant 



LIVRE SECOND. 18; 

ftocratie, & la Démocratie. la monarchie fappellc quad vn feul a la fou- 
ucraineté,come nous auons dit,& que le refte du peuple n'y a que voir: 
la Démocratie ou l'eftat populaire , quâd tout le peuple , ou la plus parc 
d uxluy en corps a la piiiflancefouueraine: l'Ariftocratie,quâd la moin- 
dre partie du peuple a la fouueraineté en corps, & donne loy au refte du . 
peuple,foic en gcncral,foit en particulicr.Tous les anciés ont biéaccor- 
dé qu'il y en auoic trois fortes pour le moins: les autres y en ont adioufté 
vne quatrième m eflee destrois.Platon y a bien adioufté vne quatrième. 9P inîon dcs , an 

nl r m - j i • x p ' • n^ ciens , touchan. 

c eit alçauoir., ouïes ges de bien ont laiouuerainete,qui eit en propres peftat des Repu- 
termes la pure Ariftocratie. mais il n'a point receu la meflange des trois bll .q ucs - 
pour forme de Republique. 1 Ariftote a receu celle de Plato, & la meflâ- j.iib.«.de militari ae 
gc des trois, & en lait cinq fortes. Polybe * en a fait fept, trois louables, c°™i ' 
rrois vicieufes, & vne côpofee des trois premières. Denys Halicarnas 4 a 4 ' uba ' 
mis outre les crois premières, la quatrième meflee des trois :& au mef- 
me téps Ciceron,&apres luy Thomas le More, en fa Republique,Con- 
tarin,Macciauel,&pluileurs autres ont tenu la mefme opinion: qui eft 
bien fort ancienne,&n'apas pris origine de Polybe,qui toutesfoisfeu 
donne la louange, ny d'Ariftote,ains auparauant luy plus de quatre 
cens ans Hérodote l'auoit mis en lumière, difànt que plufleurs la te- 
noient pour Ja meilleure: mais il tient qu'iln'yen aque trois, & que 
toutes les autres font imparfaites. Et n'eftoit quelaraifon m'a forcé 
de tenir le contraire, peut eftre que l'auctorité de il grands perfonnages 
m'euft vaincu . Il faut doncmonftrer parviuesraifons, que c'eft vn er- 
reur^ par les raifons mefmes,& exemples qu'ils ont mis en auât.Car ils 
ont mis enfaict , que les Republiques des Lacedemoniens, Romains, &c 
Vénitiens eftoient compoîees,& doucement entremefleesde la puif- 
fance royale, Ariftocratique,& populaire . Or Platon ayant elerit, 
que la meilleure forme de Republique eftoit compofeede l'eftat po- 
pulaire, & de la tyrannie , foudain fut releué par fon difciple Arifto- 
te, difant qu'il ne f'enpeut rien faire qui vaille, & qu'il eft plus expé- 
dient d'en compofervnedes trois enfemble. En quo y Ariftote difpu- 
te contre foy-mefme :car il la meflange de deux Republiques eft vi- 
cieufe,af(jauoir des deux extremitez, qui font en toute autre chofele 
moyen, encores plus vicieufe fera la meflange de trois . Et d'autant que 
cefte opinion peut mouuoir de grâds troubles es republiques,& caufèr 
de merueilleux effects, il eft befoin de la bien examiner . Car il faut efta- n f auc cft^ 
blirloix,& ordonnances contraires,pour le regard de l'eftat , quand les lo»xcôrrairesaux 
republiques font côtraires: comme font la monarchie, & l'eftat popu- ts l^ I( î ucsco " 
laire. Et par ce que les plus fàges,& aduifez bourgeois de Florence, ayâs 
conceu l'opinion des anciens de la meflange des trois republiques, 
comme lameilleure, quand il fut arrefté qu'on rendroit la feigneurie au 
peuple, fuyuantl'aduis de Pierre boderin, on ne vouloit pas, que le re- 
but du menu peuple euft part à la fouueraineté :ains feulement les plus 

q iij 



iU DE LA REPVBLIQ^VE 

anciennes maifons, comme ils appelloient ceux de lapremicre 5 & fé- 
conde ceincture de la ville, & des plus riches :& né furent pas d'aduis 
que le grand confeildeccux qui auroienc part à la fouueraineté, euft 
coçnoillance de toutes les affaires d'eftat, ains feulement de faire les loix 
& les officiers, & difpofer desdeniers de l'efpargne, &quelefurplus 
feroit manié par le confeil priué, & par les officiers , pour entremefler 
les trois fortes de Republique. Et fil eft ainfi qui! l'en puiffe faire vne 
de trois enfemble , il eft certain qu'elle fera du tout différente : comme 
nous voyons la proportion harmonique, compofèe de la proportion 
arithmetique,&geometrique,eftredu tout dirTeréte de l'vne,& de l'au- 
tre , ainfi qu'en la miftion des chofès naturelles ce qui eft compofé de 
deux fimples, a vne vertu fpeciale, & tout autre que les (impies dont il 
eft compofé. Mais la miftion des trois Republiques enfemble ne fait 
point d'efpece dirTeréte : veu que la puiffance Roy ale,Ariftocratique,& 
p opulaire enfemble,ne fait que l'eftait populaire^fl ce n'eftoit qu'on dô- 
naftlafouueraineté pourvniourau monarque, & que le iourenfuiuat 
la moindre partie du peuple euft la feigneurie ,& puis après tout le peu- 
ple, & chacun des trois euft à fon tour la fouueraineté : comme les Sé- 
nateurs Romains,apres la mort du R oy,auoient la puiffance fouuetainc 
certains iours,& chacun en fon tour.auquel cas neantmoinsil n'y au- 
roit que trois fortes de Republiques, qui ne la feroient pas longue : non 
plus qu'au mauuais mefnage où la femme commande au mari en fon 
rang,& puis les fer uiteursàTvn & à l'autre, maisdepofer la monarchie 
auec l'eftat populaire,& auec la feigneuriCj c'eft chofe impoffiblej & in- 
compatible enefTect, & qu'on ne fçauroit mefmcs imaginer. Car fi la 
fouueraineté eft chofe indiuifîble, comme nous auonsmonftré., com- 
ment pourroit elle fe départir à vn Prince , & aux feigneurs , & au peu* 
pie en vn mefme temps? La première marque de fouueraineté,eft doner 
la loy aux fugets:& qui feront les fugets qui obeiront,f'ils ont aufïi puif- 
fance de faire loy ? qui fera celuy qui pourra dônerloy,eftant cotraindl 
luy mefme delà receuoir de ceux aufquels il l'adonné ? ainfi fautil con- 
clure par neceffité, quefî pasvn en particulier n'a puiffance défaire la 
loy, ains que ce pouuoir foit à tous enfemble, que la Republique eft 
populaire. Sinous donnons puiffance au peuple de faire les Ioix.,& les 
officiers , & du furplus qu'il ne Pen mefle point , il faudra neantmoins 
confefferque la puiffance donnée aux officiers, appartient au peuple, 
& qu'elle n'eft baillée qu'en depoft auxmagiftrats,que le peuple peut 
aufïï bien deftituer , comme il les a inftituez : tellement que l'eftat fera 
toufîours populaire.Et pour vérifier ce que i'ay dit, prenons lesexéples 
mefmes que Poly be, Contarin , & autres nous ont laiflez . Ils difènt que 
L'eftat de Lace- l'eftat des Lacedemonienseftoit compofé des trois, parce qu'il yauoit 
demonne eftoit j Roys,& puis le Sénat de x x v 1 1 i.qui reprefentoit l'Ariftocratic 1 & 

Ample, & non . Jl J C 1» a ^ 1 xt • r J" 

compofé. les cinq Ephores,qui nguroient 1 eitatpopulaire. Mais que relpondrot 

ils à 



LIVRE SECOND. 187 

ils à Hérodote, lequel mer pour exemple dvnc pure Ariftocratîe l'eftat 
des Lacedcmoniens?que relpondront ils à Thucydide,Xenophon,Ari- 
ftote,&Plutarque? qui difent,parlant de la guerre Peloponefiaque(qui 
dura xxj. an enrre les Republiques p opulaires,& Ariftocratiques) que le 
feul but des Athéniens & de leurs alliez, eftoit de changer les Ariftocra- 
ties en Democraties,comme ils firent en la ville de Samos,en Corfou,& 
en toutes les autres villes qu'ils afïugetirent : & au contraire, l'intention 
des Lacedemonicns eftoit de châger les eftats populaires en feigneuries 
Ariftocratiques, comme defaict ils exécutèrent en toutes les villes de la 
Grecc,apres la vi&oire de Lyfandre,&enla ville d'Athènes mefmes., o- 
ftant la fouueraineté au peuple, & la donnant à xxx. feigneurs qu'on ap- 
pellalesxxx.tyransjenlaforme & manière des Lacedemoniens. Et aux 
villes des Samiens.Sicyoniens, j£ginetes,Meliens,& autres villes de l'A- 
fie mineure,ils donnèrent la fouueraineté à dix feigneurs, & vn capitai- 
ne, r'appellans les bannis, qui auoient tenu pour lAriftocratie,& bânif- 
fant les principaux des fadions populaires . Que diront ils à J Maximus ; ,i n orationej. 
Tyrius,qui met pour exéple des feigneuries Anftocratiques,les Lacede^ 
moniés tous les premiers, puis lcsTheffaliens,Pelleniens,Cretois, Man- 
tineâs?ll faudroit conuaincre de méterie tous ces autheurs là,qui eftoiét 
des lieux mefmes , & la plus part du temps que florifloient les Republi- 
ques des A theniês,& Lacedemoniés : pour le moins ils ferot plus croya- 
bles qu'vn Florêtinj vn Venitien,vn Anglois. Mais ce qui les a peut eltre 
abufez,c eft le nom de Roys,que Lycurgue auoit laiflé à deux feigneurs 
yflus de la maifon d'Hercules, après leur auoir oftéleur puiflànce , & de 
leur gré & confentement , l'ayant donnée au peuple. Vray eft qu'ils 
cftoient ia fort ebrâlez . car depuis que le Roy Ariftodemus.Prince fou- 
uerain des Lacedemoniens eut laiflé deux enfans, qui fuccederent en- 
fcmble à l'eftat royal, (comme Amphareus., & Leucippusfusles Melle- 
nicns)cftant tous deux Roys parindiuis ny l'vn,ny l'autre n'eftoit Roy, 
&r*cmpefchoient fouuent par ialoufie : & en fin furent dépouillez par 
Lycurgue, qui eftoit auffi Prince dû fang, de la fouueraineté , demeurât 
le nom Royal en leur maifon,& rie plus que les autres xxviij. feigneurs. 
Et tout ainfi qu'en Athènes, & en Rome, après que les Roys en furent 
chaflez, on laifla le nom de Roy à quelque preftre, qu'on appelloitle 
Roy des facrifices, pour faire certain facrifice,que le Roy feul faifoit au- 
parauantjequel neâtmoins eftoit fuget au grand Pontife: & ne pouuoit 
comme dit Plutarque,auoir aucun eftat,ny magiftrat: ce que pouuoiét 
tous les autres preftres . Ainfi fift Lycurgue aux deux Roys de Lacedc- 
monc.qui n'eftoient rien que Senateurs,n'ayans que leurs voix, fans au- 
cun pouuoir de cômander: ains au contraire ils cftoient contraints d'o- 
béir aux mandemens des Ephores, qui les condemnoient fouuent à. l'a- 
mende, & quelquesfois à la mort, comme ils firent es Roys Agis, 8c 
Paufànias/ demeurant la fouueraineté au peuple, quiauoit toute puif- < .pa U fan.iib.4. 

q inj 



iSS DE LA REPVBLIQJ/E 

Tance de confirmer, ou infirmer les aduis, & arrefts du Sénat, aufîî Thu- 
cydide regette l'erreur de ceux qui penfoient que les Roys euffent cha- 
cun deux voix . mais cent ans après , I'eftat ordonné par Lycurgue , fut 
changé par Polydore, & Theopompe Roys,voyant qu'il eftoit diffici- 
le d'affemblerle peuple, & qu'il r'enuerfoit bien fouuent lesfàin&s ar- 
refts du Sénat . Ils changèrent donc l'eltat populaire en fèigneurie Ari- 
ftocratique, par fubtil moyen dvn oracle d'Apollon,, qu'on fiik feruir à 
l'entreprife:par lequel oracle il eftoit porté, que le Sénat des xxx. auroit 
deflors en auant toute puiffance des affaires deftat.-tellement que de Sé- 
nateurs ils furent feigneursfouuerains . & pour contenter le peuple, & 
luy faire oublier ce qu'on iuy oftoir,ils aduiferet défaire les cinq Epho- 
res , qui eftoient pris du peuple., comme Tribuns , pour empefeher la 
tyrannie . Et de fait les Ephores de neuf en neuf ans regardoient au ciel 
ferain, & fils voyoient quelque eftoile fauteler,ils mcttoient,dit Plu- 
tarquej leurs Roys en pnfoiij & n'en fortoient qu'il ne fuft dit par l'ora- 
cle d'Apollon, ainfî faifoitle phyla&e, ou geôlier, au RoydeCumes, 
qu'il mettoit en prifon tous les ans.,& n en fortoit point que le Sénat ne 
l'euft ordôné : comme nous lifons aux Apophthegmes des Grecs. Or la 
Republique des Lacedemoniens dura cinq cens ans, & iufques à Cleo- 
menes , qui tua les Ephores , & ofta la puilfancc aux xxx. feigneurs. Ôc 
combien que le Roy de Macédoine Antigon ayant vaincu Cleomenes, 
euft mis I'eftat en fa puiffance, & aufïi toft reftabli, comme il eftoit au 
parauant.,neantmoinseftant retombé xx.ansaprcs foubs la puiffance 
de Nabis le tyran^qui fut tué par Philopannen,la Republique fut vnie à 
I'eftat des Acheans, iufques à ce que xxx. ans après elle fut afranchie par 
les Romains . Voila en peu de mots la vraye hiftoire de I'eftat des Lace- 
t.\nijcurz<!>,iyCaR- demoniens > que Plutarquc 6 a recueilly en fueilletant tous les regiftres 

dro, AgcOUo.Clco- il 1 ? j ' n *■ \ ' J J 

mène. lus les lieux , qui n auoit du tout auparauant eue bien entendue ny de 

Platon, ny d' Ariftote, ny de Polybe.ny de Xenophon : ce qui a donné 
occafion àplufieursdef'abufer, & de penfer quelle fuft meflee des trois 
Republiques . Ce qu'on peut cognoiftre par la refponfe que fift Nabis, 

4.Liuiusiib.j 4 . premier 4 Tyran de Lacedemone à ÇKFlaminius : Nofier Legumlator 
Lycurgus , non inpaucorum manu 'Rempublicam ejfe voluit , attem vos Se- 
natum appeUatis j nec eminere *vnum aut alterum ordinem in ciuitate :fed 
per Aquationem fortunœ , ac dignitatis fore credidit , *vt multi ejfint y qm pro 
patria arma ferrent . Combien qu'il vouloitcouurîrfa tyrannie du tout 
contraire à ce qu'il difoit : neantmoins il difoit la vérité de ce quauoic 
fait Lycurgue . Mais paffons outre . Ils ont aufïi mis pour exemple I'e- 
ftat des Romains, qu'ils difentauoirefté méfié de I'eftat royal, populai- 
re , & Ariftocratique : & qu ainfî foit , dit Polybe , on voit la puiflànce 
royale es Confuls,l'Ariftocratie au Sénat, la Démocratie auxeftatsdu 
peuple: Denys d'Halicarnas,Ciceron,Contarin,& quelques autres ont 
iuiuicefte opinion, qui n'a point d'apparence . carpremieremétlapuif- 

lance 



LIVRE SECOND. i8 9 

fonce royale ne peut élire en deux, & la monarchie ellantvnie enfoyi 

ne fouflrc iamaisde compagnon , ou bien ce n cil plus Royaume., ny L'eftat de Rome 

monarchie, comme nous auons monftréiil y auroic plusd'apparen- cftoltfim P Ic » & 

î iv \ i ^ i J T - r n m nonpascompo- 

cc d attribuer cela a vn Duc de Gennes,ou de Venue . & quelle puiflan- fé. 
ce royale pouuoit élire en deuxConfuls, qui n'auoient nypuiflance de 
faire loy,ny paix,ny guerre, ny officier, ny donner grace,ny tirer vn de- 
nier de i'efpargne,nymefmes condemner vn citoyen aux verges, fils 
n'eitoient en guerre: puiilancequi a toufiours elle donnée à tous ca- 
pitaines en cher, qu'il fàuldroitauifiappellerRoys^&auec plus d appa- 
rence que les Confuls, qui n'auoient que puifTancel'vn après l'autre , ôc 
pour vn an feulement. LeConneilable en ce Royaume, le premier Baf- 
cha en Turquie , le Bethudete en ./Ethiopie , le Degnarc es Royaumes 
d'Afrique, ont dix fois plus depuiflaneeque les deux Confuls enfem- 
bk, ôc toutesfois ils font efclaues & fugets des princes, comme eiloient 
les Côfulsferuiteurs,&fugets du peuple. Et à quel propos difent ils que 
]es Confuls au oient auclorité Royale, veu que le moindre Tribun 
du peuple les mettoit en prifon ? comme fiil Drufe le Tribun, qui fui 
prendre au colet le conful Philippe ôc le gettaen prifon par vn fergent, 
pout ce qu'il l'auoit interrompu parlant au peuple.lapuhTance qu'ils a- 
uoyent, eftoit de conduire les armées, d'affembler le fenat, de receuoir, 
ôc prefenterles lettres des capitaines^ des alliez au fenat, de donner au- 
dience aux Ambafladeurs deuant le peuple, ou le fenat, d'affembler les 
grands eftats.,& demander l'aduis au peuple.fus la création des officiers, 
ou publication des loix , parlant neâtmoins debout, & baillant les maf- 
fes, en ligne defugetion, deuant le peuple, qui elloit affis . ôc en l'abfèn- 
ce des Confuls., le premier magillratquifetrouuoit à Rome auoitmef- 
me puiuance/lomt aufîlqu'ils n'auoient puiflaneeque pourvnan.ie «.cice.ine P rftoi.&- 
laiile donc celte opinion, qui ne mente pas d eltre regettee. Quat au Se- conmu Pr«or 
nat,qu'ils difent auoir eu forme de puidance Arillocratique,tât f en faut MeJSiS^m 
qu'il n'y eut onques priué confeil, qui n'en eufl prefque dauantage. car " a ^ m co § ic fc " 
il n'auoit aucune puiffance de commander , ny aux particuliers, ny aux 
magiftrats J &: mefmes il ne fe pouuoit legitimemét affembler fil ne plai- 
foit aux Confuls. tellement que Cœfar., pendant l'année defon Cofulat, 
n'aiîembla qu'vne fois ou deux le Sénat, prefèntant requelle au peuple, 
de tout ce qu'il vouloit obtenir. Ôc n'eiloit point chofe nouuellejque le 
Conful fifl à fon plaifîr contre laduis du Sénat . Car lors mefme que le 
Sénat elloit en plus grande audlorité qu'il fut onques, nous lifons 7 que ^iAùœfitM. 
le Sénat ayant prié les Confuls de nommer vn Dictateur, ellât la Repu- 
blique en danger , les Confuls n'en voulurent rien faire : le Sénat n'ayant 
aucun pouuoir de commander , ny mefmes aucun fergent , ny mallier, 
qui font les vrayes marques de ceux qui ont commandement, enuoya 
Scruilius Prifcus fenateur , pour fupplier les Tribuns en celle forte , Vos 
Tribuntplcbis Semtus appeUat >vtintanto diferimine 'Reipublic* Diflatorem 



ic;o DE LA REPVBLIQJ/E 

dicere Confttles pro njepra potejlate cogatis: Tribuni pro coliegio pronuntiant, 
placere Confiiez Senatui diélo audicntes cffe y aut invinculafe c(uci iuffuros. 

î. Luiusi.b vj. Et en autre 8 lieu,il eit dit, que le Sen.it fut d'aduis, que le Conful prefen- 
raft requclleau peuple, pour commander celuy qu'il vouloir eftre Di-" 
ctatcur: & fi le Conful n'en vouloir rien faire, que le Prêteur de la ville 
prclcntalt la requellc^wc ïs quidem vellet , Tribumplebis : Conful negauit Je 
populum rogaturumfPrœtoumquerogare'vetuit : Tribuniplebis rogarunt.hin- 
fi voit-on euidemment, qu'ils n'auoientpas feulement puiffance de 
commander aux moindres magifrrats.,par delluslesdcfenfesdes plus 
j.hb.6. grands . Et quant à ce que dit Polybe 3 9 que le Sénat auoit puiffance de 

iuger les villes, & prouinces, Se punir les coniurez contre l'eff àt, ilapert 
i.iibté. aflèz du contraire enTite Liue/ quand il fut queftion de charrier les 

trahiltresCapoùans , qui feftoient alliez du capitaine Annibal après la 
iournee desCanncs,vn ancien Sénateur difr en plein Senar , Ver Senatum 
Agi de Campants iniuffu populi non video pojje. & peu après., 'U trogatio Jèra- 
tur ad populum 3 qua Senatui pot eflas fiât flatuendi de Campants : & fus la re- 
quefte prefentee au peuple à" celle fin ,1e peuple décerne fa commiffion, 
& commande au Senar de faire le procez auxCapoiians encefteforte, 
Quod Senatus maxima pars cenjèat , qui ajjident id volumus iubemfjque, 
AuffiPolybefeftabuféde dire, que le Senar ordonnoir des prouinces, 
& gouuernemcns a fon plaifir ,veu ce que dirTiteLiue lib.xxvni. 
§j.Fulu'w pojlulauit a Confule y vt palam in Senatu diceret, permittentne Se* 
natui/vtde prouinciis décernent >flaturujque eo effet quod cenjuiffèt ,anad po- 
pulum laturus: Scipio rebondit, Je quod è Republica effet JhElurum . Tum Fui- 
uius } à vobispeto Tribunipl. vt mihi auxiiio jfitis. Oii l'on voit euidemment, 
q*ue le Senar n'auoir aucun pou uoir que par fouffranec des Tribuns ,& 
du peuple. Or celuy qui n'a rien que par fouffranec, n'a rien, comme 
nous auonsdir cy deffus. Brief de routes les affaires d'efbr, & mefmes 
de tout 1 aduis,& arrefts du Senatui n'y auoit rien qui eufr force ny ver-» 
ru, fi le peuple ne le commandoir , ou fi le Tribun du peuple ne le con- 
fenroir, comme nous auons rouché cy deffus , & dirons plus ample- 
menr au chap. du Senar . & n'y a doubte quelconque , que l'elt at des 
Romains , depuis qu'on donna lachafleaux Roys } ne fuît populaire, 
horfmis deux années que les dix commiflaires eftablis pour corriger 
les coufrumes,changerenr l'eftar populaire en Ariffocratie, ou, pour 
dire plus proprement 3 en Oligarchie : de laquelle ils furent chaffez 
par coniurarion . l'a y dit cy deffus,que la puiffance des magiftrats pour 
grande qu'elle foir, n'eftpoinràeux, & neronrqu'endepoft. Or il eft 

o.rcftus. cerrain,que le peuple au commencemenr elifoir ° les Scnareurs : &puis 

pour ledefcliargerdelapeincdonnalacommifiionauxCenfeurs, qui 
eftoienr auffi eleus parle peuple : rellemenr que route l'auctorité du Sé- 
nat dependoitdu peuple, quiauoitaccoùfriimé de confirmer, ou in- 
firmer,rarifiçr ou caffer à fon plaifir les arrefts du Senar. Contarin a faicl: 

mefme 



LIVRE SECOND. 191 

mefme jugement de la Republique de Venife,difant qu'elle cftoit méf- 
iée des trois Republiques,comme celle de Rome, 6c de Lacedemonne. L'cftat de Veni- 
Car,dit-il,lapuiflaricc royale eft aucunement au Duc de Venife,l'Arifto- zeeft fimplç.ôç 
cratic au Sénat, l'eftat populaire au grand Confeil. Depuis luy Ianot a noncom P° e * 
mis en lumière le vrayeftat de la Republique Vénitienne, où il monftre 
par euidens tefmoignages,recueillis des anciens regiftres de Venize,que 
Contarin feftoit bien fort abufé. Il monftre qu'il n'y a pas trois cens 
ans,auparauant SebaftianCyanec,Duc de Venize,que l'eftat de Venize 
cftoit vnc pure monarchie, combien que Contarin dit y auoir huicl: 
cens ans qu'elle eft ainfî eftablie que nous lavoyos:& Paul Manucedit 
x 1 i.cens ans.mais quoy qu'il en foit,il eft tout certain qu'à prefent c'eft 
vne vraye feigneurie Ariftocratique , car du nombre de cinquante neuf 
mil c cc.xLix.Veniticns qui fut leué il y a xx.ans fans y comprendre r 
les ieunes au deifoubs de x x. ans, & les gentils-hommes Vénitiens, il n'y 
a que quatre,ou cinq mil gentils-hommes ieunes & vieux qui ayet parc 
a l'eftat :encores les gens d'Eglife, & les ieunes au deifoubs de xxv.ans 
n'y ont que voir, & n'entrent point au grand confeil, fî ce n'eft que par 
requefte les ieunes à x x. ans y lbiét receus, félon qu'on voit la diferetion 
plus grande aux vns qu'aux autres. & ne fe trouue point depuis cent 
ans, que le grand conïèilaffemblépour décider les grandes affaires, ait 
pafle le nombre de xv.cens, comme on peut voir en l'hiftoire de Sabel- 
Jic,cV du Cardinal Bembe, les autres eftans abfens . C'eft donc la moin- 
dre partie des Vénitiens qui a la fouueraineté , & de certaines familles 
nobles, car tous les gétils-hommes natifs de Venife n'y font pas receus, 
ains il y en a de mefmc eftoc, de mefme race, de mefrne nom, dont les 
vns (ont Citadins., qui n'entrent point au confeil, les autres y entrent . Te 
ne diray point icy la raifon que chacun peut voir en Sabellic. Ce grand 
confcil,dit Contarin,apuifîance fouueraine de faire les loix,& les cafter, 
inftituer,ou deftituer tous officiers : receuoirles appellations en dernier 
re(Tort:deciderla paix ou la guerre: donner grâces aux condamnez. En 
quoy Contarin fe condamne foy-mefme : car puis qu'il eft ainfi qu'il 
dit, on ne peut nier que la fouueraineté de cefte Republique là neïoic 
Ariftocratique, quand bien le grand confeil n'auroit autre puifîànce, 
que de faire les officiers : car fi les officiers ont quelque puiflànce , il la 
tiennent de la feigneurie : qui fufift pour monftrer que les dix, ny le Se- 
nat,ny les fages^ny le Duc^auec les fîxconfeillers,n'ont aucun pouuoir, 
que par foufFrance^èV tant qu'il plaift au grand confeil. Et quât au Duc, 
Contarin melmes cofefle, qu'il n'a pas la puiflànce de faire appeller per- 
fonne par deuant luy, qui eft la première marque de commandement, 
attribuée aux moindres magiftrats: & ne peut rien décider foit pour les 
affaires d'eftat, foit en iuftice, qu'en l'affemblee de fîx confèillers., ou des 
dix,ou des fages,ou du Sénat, ou des x l. iuges en ciuil,ou criminel,ou 
du grand conleil : car combien qu'il a entrée en tous corps, & collèges, 



]9 2 DE LA REPVBL1QVE 

fi eft-ce qu'il n'a que (a voix comme vn autre, & ri'olèroitouurirvne 
lettre, de quelque lieu quelle fadreiTeàlafeigneurie,finoncnIaprefen- 
cedcs fixconfeillers, ou des dix: &n'oferoit fortirde la ville. Et mef- 
melcDuc Falier Imitant marié à vue femme eftrangere, fans l'aduisdu 
confeil, fut pendu : & douze autres Ducs de Venizeontefté mis à mort 
abufant de leur puiflancexommc on peut voir en Sabellic.Maisil porte 
labarette precieufe,larobbededrap d'or.ileftfuiui^honnoréjreipeclé 
comme vn Prince , & la monnoye porte fon nom., ores que la marque 
delafeigneurieyfoit :quifont tousarguments qu'il cil: Prince : ie l'ac- 
corde, mais en efFecl: il n'a puiflance aucune, ny commandement. Et fil 
eftoit ainfi A que par les habits , & les mines apparentes on iugeaft l'eftat 
des Republiques, il ne.f en trouueroit pasvne qui ne fuft méfiée en la 
forte qu'ils difent. L'empire d'Alemagne fèroit beaucoup plus niellé 
queceluy des Venitiés : car l'Empereur a bien d'autres marques, & plus 
feigneuriales que leDuc de Vemfe:lafept Princes électeurs auec les au- 
tres Princes ont apparence d'Ariftocratie ou d'Oligarchierles Ambafla- 
deurs des villes Imperiales,rcilemblent vne Démocratie : & neantmoins 
il eft bien certain que l'eftat Impérial d'Alemagne eft vne pure Arifto- 
cratie, copofee de trois ou quatre cens perfonnes pour le plus , comme 
nous auons dit cy deflus. Aufli diroient les $uifTes,que leur eftat eft méf- 
ié des trois Republiques, ou le confeil femblevne feigneurie Arifto- 
cratique:rAuoyer,ouBourguemaiftrereprefente l'eftat royah&lesafc 
femblees générales & particulieresj'eftat populaire : & neantmoins on 
fçait alfez que toutes leurs republiques font ou Ariftocratiques,ou po- 
L'eftatdclaFrâ- pulaires. On avoulu direj&r publier par eferit que l'eftat de Frace eftoit 
purcmonLchJ au ^ compofé des trois Républiques , & que le Parlement de Paris te- 
noit vne forme d'Ariftocratie, les trois eftats tcnoient la Démocratie., 
& le Roy reprefentoit l'eftat royal : qui eft vne opinion non feulement 
abfurde, ains auiïî capitale. Car c'eft crime delezc majefté de faire les 
fugets compagnons du Prince fouuerain. Et quelle apparence y a il 
d'eftat populaire en l'aifemblee des trois eftats., attendu qu vn chacun 
en particulier , & tous en gênerai ploient le gcnoiiil deuant le Roy, 
vfant d'humbles requeftes,& fupplications, que leRoy reçoit^ou re- 
cette ainiîque bon luy femble ?quel contrepoix de puiiTance popu- 
laire contre la majefté dVn, monarque peut eftre en l'aiTemblee des 
trois eftats, voire de tout le peuple , fil pouuoit eftre en vn lieu, quifup- 
plie, requiert, &reuere fon Roy ? tant fen faut que telle aflemblee di- 
minue la puhTance d'vn Prince fouuerain, que par icellefa majefté eft 
de beaucoup acreuè* & releuee . Car il ne peut eftre eleué en plus hault 
degré d'honneur.de puiflance,& de gloire, que de voir vn nombre in- 
fini de princes & grands feigneurs,vn peuple innumerable de toutes 
fortes, &qualitez d'hommes, fegetter à lès pieds, & faire hommage à fa 
majefté : veu que l'honneur, la gloire, & lapuilfance des princes ne gift 

qu'en 



-, 
- 



LIVRE SECOND. i n 

qu en robeiflànce,h6màge &feruice des fugets. Si donqucs il n'y a au- 
cune image de puiflance populaire en l'ailemblee des trois eftats qui fe 
font en ceroyaume,nonplus i & encores moins qu'en Efpaigne & An- 
gleterre, beaucoup moins y aura de feigneurie Ariftocratique en la 
cour desPairs,ny en l'affemblee de tous les officiers du royaume,atten- 
du mefmement que la prefence du Roy fait celTer la puiflance & auclo- 
rité de tous les corps & Collèges, & de tous les officiers tant en gênerai 
qu'en particulier, de forte qu'il n'y a pas vnfeulMagiftrat qui ait pou- 
uoir de cômander,c6menous dirons en fon lieu . Et côbien que le Roy 
fcanten fon fiege de iufticeje Chamelier s'adreflepremieremét au Roy 
pour fçauoir ce qu'il luy plaift,lequel commande au Chancelier, qui va 
recueillant l'aduis & opinion des Princes dufang., & des plus grands 
Seigneurs,, Pairs &Magiftrats, fi eft-ce que ce n'eft pas pour iugerau 
nombre des voix,ainspour rapporter auRoyleuraduis, fi luy plaift le 
fuiure.ou le rcgeter:& jaçoit queleplusfouuëtil fuit l'opinion du plus 
grand nombre, toutefois pour Elire entendre que ce n'en 1 pas pour leur 
regard, le Chacelier prononçant l'arreft ne dit pas le Cofeil^o u la Cour 
dit,ains le Roy vous dit.aufTi voyons nous que la Cour de Parlement ef- 

criuant au Roy, crarde encores à prefent l'ancien ftile, qui eft tel en l'in- 

r i î a ™ Forme que les 

Icnption des lettres, Avroynostre sovverainsei- cours <j c par i e _ 

g n e v r: &c au commencemét des lettres,Noftre fouucrain Seigneur, ment tiennét ef- 
tant & fi tref humblement que pouuons à voftre bonne grâce nous re- criuant au R °y- 
commandons. & la foubfcription au plus bas endroit que faire fe peut: 
Vos tres-humbles&trefobeiffans fugets &feruiteurs, les gens tenans 
voflre Cour de Parlement, qui n'eft pas la forme déparier desfeigneurs 
AriftocratiqueSjny de compaignons enpuiffance,mais bien de vrais &c 
humbles fugets. Et d'autant que i'ay touché ce poincl: ci defîus,ie le paf- 
feray plus légèrement . C'eft donc vne pure Monarchie, qui n'eft point 
méfiée depuifTance populaire, & moins encores defeigneurie Arifto- 
cratique :& telle mefîange eft du tout impofTible, & incompatible. Et 
de fait Ariflote examinant cefle opinion de plus pres,au liure 1 1 1 1. cha- 
pitre vi u. de la Republique, dit bien qu'on appelloit wAmia^c'eftà 
dire Republique,celle qui eft compofee d'Ariftocratie ôc Démocratie: 
mais il ne dit point comment celafe peut faire, & n'en donne point 
d'exemple:ains au côtraire au chapitre dixiefmc du mefme hure, il con- 
fefle qu'il n'y en auoit point de fon temps,& qu'il n'en auoit point trou- 
ué au parauant,quoy qu'il euft recueilli, comme on dit, cent Republi- 
ques en vn liure^qui s'eft perdu . Il eft bien vray qu'il dit, que la Repu- 
blique de Platon n'eftoit ni Ariftocratique^ii populaire,ains vne tierce 
cfpece compofee des deux,qu'il appellejCome i'ay dit, du nom de Re- 
publique. Et d'autant qu'Ariftote n'a iamaisraporté les vrayes opinios 
de Platon, ains au contraire qu'illes a toufiours defguifees , comme les 
anciens Académiques ont treibien remarqué :& mefmement ou il re- 

r 



i5> 4 DE LA REPVBLIQVE 

gettc fa Republique , au dire duquel plufieurs s'apuyans , ont efté bien 
fort abufez.iemettray en trois mots la vraye opinion de Platon 3 qui 
mérite bien d'eftre cogneue pour entendre la queftion où nous fom- 
Rcpubliquc de mes^ioint aufïi que lesvns l'appellent diuine,lesautres la foulent aux 
Platon fimplc & pieds,deuant que l'auoirleuê*. Platon fait deux Republiques.-lapremie- 
noncompocc. re q U 5 jl attr i DUe àSocrate, quinepenfaiamais,comme ditXenophon, 
à ce que Platon luy fait dire: & en cefte-ci,il ofte ces deux mots,M 1 e n, 
ôc T i e n, comme la fource de tout mal, & veut que tous les bies,fem- 
mes & enfans foient communs . mais voyant que chacun la blafmoir, 
il s'en départit taifîblement , comme s'il euft pluftoft eferit pour en 
difeourir que pour la mettre en effed: . La féconde Rcpublique,eft cel- 
le qu'on attribue a Platon, qui ofte la communauté des biens, des fem- 
mes ôc enfans :&aufurplusles deux Republiques font femblables. car 
en l'vne & l'autre il ne veut pas qu'il y ait plus de cinq mil & quaran- 
te citoyens, nombre par luy choifi , pour auoir cinquante & neuf par- 
ties entières : Ôc en fait trois eftats., c'eft à fçauoir les gardes, les gendar- 
mes^ les laboureurs. & puis il fait trois claffes de citoy ens., qui ne font 
point égaux en biens :& quant à la fouuerainetéj il attribue à toute laf- 
femblee du peuple : car il donne la puiflançe à tout le peuple de faire 
la loy,& la caifer : qui fuffift pour iuger que l'eftat eft populaire , quâd 
il n'y auroit autre chofe . il pafle plus outre , Ôc donne à toute l'aflem- 
bleedu peuple puiifance d'inftituer ôc deftituer tous ofHciers .ôc non 
content de cela , il veut auffi que le peuple ait toute puiflançe de iuger 
tous les procès criminels, attendu, dit-il, que tout le peuple y ainte- 
reft.Brief il donne au peuple la puiflançe de la vie ôc de la mort, de 
condamner, &ottroyer grâces, qui font tous argumens euidens dvn 
eftat populaire . car il n'y a point de Magiftrat fouuerain qui repre- 
fente l'eftat Royal,& aufîi peu de forme Anftocratique . car il veut que 
le Senat,ou le confeil des affaires d'eftat,qu'il appelle gardes, foit côpoié 
de quatre cens bourgeois,eleusauplai(ir du peuple . qui monftre eui- 
demmét quela Republique de Platon eft la plus populaire qui fut on- 
ques^voire plus que celle de fon pais mefmesd'Athenes,qu'on dit auoir 
efté la plus populaire du monde . le laifle fept cens vingt fix loix qu'il a 
couchées par eferit., pour le gouuernement de fa Republique: car il me 
fuffift d'auoir monitre touchant l'eftat qu'Arittote,Ciceron,Co marin, 
& plufieurs autres fe font meipris, d'au oirpofé que la Republique de 
Platon fuft tempérée ôc copofee des trois,ou du moins de la feigneurie 
Ariftocratique,& de l'eftat populaire. Nous conclurons donc,qu'il n'y 
a point,& ne fetrouuaonques Republique compofee d'Ariftocratie, 
ôc de l'eftat populaire,& beaucoup moins des trois Republiques :ains 
qu'il n'y a que trois fortes de Republique, comme dit Hérodote le pre- 
mier, & encores mieux tacite, Cunttasnationes i dit-i\ i &'vrbesiJopulu,$ J 
aut primons 3 aut (inguli regunt.Mais dira quelqu'vn,ne fe peut-il faire 

qu'il 



t.iib 



ffible 



LIVRE SECOND. ^ 

qu'il y ait vne Republique où le peuple face les officiers,& difpofe des 
deniers^ donne les grâces, qui font trois marques de fouueraineté : 6c 
la Nobleffc face les loix, ordonne de la paix, 6c de la guerre, & des im- 
poli tionSjCN: des tailles.qui font auffi marques de fouueraineté :& outre 
cela qu'il y ait vn Magiitrat royal par defliis tous, à qui tout le peuple H eft impofTi 
en gênerai, & chacun en particulier rende la foy& hommage lige,& Repubïqu^mcf 
qu'il iuge en dernier reflbrt,fans aucun moyen d'appeller, ni de prefen- lecdes trois. 
ter requefle ciuile : quiferoit diuiferles droits 6c marques de fouuerai- 
neté, &compofcr vne Republique ariltocratique., royale 6c populai- 
re tout enfemble. le refpons,qu'il ne s'en eft iamais trouué, & qu'il ne fe 
peutfaircnimefmes imaginer,, attendu que les marques de 1q u lierai- 
neté font indiuifibles. car celuy qui aura puiflance de doner loy à tous, 
c'eft à dire commander ou défendre ce qu'il voudra,fans qu'on en puif- 
fe appeller, ni mefmess'oppofer àfesrnandemens : il défendra aux au- 
tres défaire nj paix niguerre,nileuer tailles, ni rendre la foy & homma- 
ge fans fon congé : & celuy à qui (eradeulafoy & hommage lige^bli- 
gerala Noblefle 6c le peuple de ne prefter obeifïanceà autre qu'à luy: 
tellemet qu'il faudra toufîours venir aux armes^ uifques à ce que la fou- 
ueraineté demeure à vn Prince, ou à la moindre partie du peuple, ou à 
tout le peuple . Pour exéple., on p eut voir que depuis Chriftierne ay eul 
deFcdericRoydeDannemarch,quiregneàprefent,laNoblefTeavou- 
luaffugetirlcsRoys: 6c de fait ayant confpiré contre le Roy le chaffe- 
rent de fon eftat , pour en faiiir (on coufîn _, à la charge qu'il ne feroit ni 
paix ni guerre fans congé du Sénat, &n'auroit aucun pouuoir de con- 
damner les gentils- hommesà mort, 6c plufîeurs autres articles fembla- 
bles que iemettray en fon lieu: que les Roys depuis ce temps là ontiuré 
garder . 6c afin qu'ils n'y contreuieïinent, la Noblefle ne veut pas qu'il 
face la paix , & fi a fait ligue auec le Roy de Poloigne 3 6c ceux de Lu bec 
cotre le Roy,pourla tuition de la liberté: de forte que le Roy deDan- 
nemarch & fa Noblefle ont partagé la fouueraineté . mais aufli peut- on 
dire que celle Republique là n'a point eu de repos afTeuré : 6c c'eft plus 
toft vne corruption de Republique, qu'vne Republique. ainfi difoit 
Hérodote, qu'il n'y a que trois fortes de République, ci: que les autres 
font corruptiôs de Republique, qui ne ceffent d'eitre agitées des vents 
defedkiôs ciuiles, iufques à ce que la fouueraineté foie du tout aux vns 
ou aux autres. Encores peut-on dire, qu'en l'eftat des Romains la moin- 
dre partie du peuple choifie des plys nches,faifoit les loixjes plus grâds 
Magiftrats , à fçauoir les Confuls, Prêteurs, Ccnfeurs, 6c auoit puiflance 
fouueraine delà vie& delà mort,&difpofoitdu fait delà guerre: 6c la 
plus part de tout le peuple faifoit les moindres Magiftrats , à ff aupir les 
dixTribuns du peuple,les xxmi. Tribuns militaireSjles deux édiles, 
ou Efcheuins, les threforiers, les officiers ducruet 6c des monnoyes , 6c 
donnoic tous les bénéfices vacans :en outre la pluspart du peuple m- 



196 DE LA REPVBLÎQ^VE 

geoit deuantSullales grands procès criminels, s'il n'y alloit de la mort 
naturelle ou ciuile.Etpar ce moyen la Republique eftoit compofee 
de Seigneurie Ariftocratique & de lcftat populaire, que les anciens ap- 
pelloient proprement Republique . le refpons, qu'il y a bien quelque 
apparence , mais neantmoins en efrect c'eftoit vn vray eftat populaire. 
Les grans eftats Car combien que les grans eftats du peuple ftuTent départis en fïx claf- 
du peupïc. 6 a S ies,felon les biens d vn chacun, & que les hommes de cheual, 6V la plus 
part des Sénateurs, & delà NoblelTe, & des plus riches de tout le peuple 
fli fient delà première clalTe , laquelle demeurant d'accord, la loy eftoit 
publiée., & les grans Magiftrats receus à faire ferment .-neantmoins les 
cinq claifes qui reftoient auoient dix fois plus de citoyens, cela eft bien 
vray : mais au cas que toutes les Centuries de la première clafle ne fuf- 
fent d'accord,on venoit à la fecode clafTe, & iufques à la fixicfme & der- 
nière claflcjOÙ eftoit le rebut du peuple. vray elt qu'il n'auenoit pas fou 
uent,mais ilfuffift que tout le peuple y auoit part,pour déclarer que l'e- 
ftat eftoit populaire, ores que les riches & les No blés y fuilentles pre- 
miers appeliez. & neantmoins le menu peuple, c'eft à dire la plus grand 
partie du peuple, fans y comprendre la No bleffe, fe voyant aucunemét 
fiuftré des fufrages,apres que les P.oys furet chailcz,en moins de vingt 
ou tréte ans fift tant de feditiôs, qu'il empot ta pouuoir de donner loy, 
& décider la paix & la guerre, homologuer ou caffertoutee qui eftoit 
auiféparleSenatjComenousauons dit ci dcfïus : &fiftvne ordonance, 
que la Nobleffe n'affifteroit point aux alTemblees du menu peuple. qui 
eftvn argument trefeertain, que la Republique eftoit des plus populai- 
res, car depuis que le menu peuple eut gaigné ceft auantage de pouuoir 
donner loy,les grans eftats ne firent pas vne douzaine de loix en quatre 
ou cinq cens ans. Toutefois on peut dire, qu'il ne s'enfuit pas qu'il n'y 
ait que trois fortes de Republiques , ores qu'elles ne puiffent eftre méf- 
iées. Car il fe peut faire que de foixante mil citoyens quarâtemil auront 
part à la fouueraineté., vingt mil en feront exclus : 6Vau contraire il fe 
peut faire,que de foixante mil, cent ou deux cens auront la fouueraine- 
té:ou bien vingt neuf mil, qui fera la moindre partie du peuple.or il y a 
notable difTerence,ii centhommesriennét la feigneurie., ou vingt neuf 
mil:6Vde quarante mil à foixante mil. le refpons, que la quantité du 
plus ou moins n'eft pas confiderablc, pourueu qu'il y aitplus ou moins 
de la moitié .-autrement fî cela droit après foy diuerfîté de Républi- 
ques,^ y en auroit vn milion, voire vne infinité : carie nombre de ceux 
qui auroient part à l'eftat, coiffant ou diminuant, feroit la diuerfîté in- 
finie, or l'infinité doit toufiours eftre regetee de toute feience & do- 
ctrine . Les autres difticultez qui le pcuuent mouuoir pour la nature 
de chacune Republique, feront efclaircies par ci après. Il y a encores vn 
argument, qu'on peut faire en la queftion où nous fommes : c'eft à 
icauoir ., que la République des Romains, foubs l'Empire d'Augufte, 

& 



LIVRE SECOND. 197 

& long temps après futappellee Principauté : qui eft vne forte de Re- 
publiquejdontiamaisHerodotejniPlatonjniAriftote^ni Polybemef- 
mes.,qui en a fait fept,n'ontfait mention . Nouslifons en Suétone., que lt i n caii g uia. 
l'Empereur Caligula voyant plufieurs Roys à fa table entrer en termes 
d'honneur ., & de l'ancienneté de leurs maifons , dit tout haut le vers 
3 d'Homère duquel vfa Agamemnon contre Achilles, qui fe vouloit ef- Tliad , 
galer& paragonneràiuy, Ilncfaut,dit-il,qu'vnRoy; ôc à perdit Sue- oJx *>0Jr toawmi- 
tone, qu'il ne print le diadefme , ôc qu'il ne changeait la forme de Prin- ^lll^!^ 
cipauté Romaine en Royaume . Or Principauté n'eft autre chofe, que 
l'eftat populaire ou ariftocratique , qui a vn chef qui commande à tous 
en particulier, & n'eft que premier en nom collectif, car le mot de Prin- 
ceps ne lignifie autre chofe que le premier,parlant proprement. Ainfi fe 
plaignoit le peuple de Iudee,qu'Ariftobulus premier de la maifondes 
Afmoneans auoit changé la formé de Principauté^qui eftoit Ariftocra- 
tique,en double royaume,prenant le diadefme, & enuoyant vn autre à 
fon frère . Nous trouuons le femblable des anciennes villes de la Tofca- 
nc, qui traitèrent alliance auecTarquin le Prifque Roy des Romains, à 
la charge qu'il n'auroit fur eux puiilance de la vie ni de la mort., & qu'il 
nepourroit mettre garnifons en leurs villes, ni tailles, ni changer rien 
quifuft de leurs couftumes &loix :fed njt ciuitatum principatm pênes re- 
gemRomanum effet :i\ï\Ç\ parle Florus. où il appert euidemment, que le 
roy des Romains nauoitpuilfance aucune fur les villes de laTofcane, 
fînon qu'il eftoitle premier aux eftats . le refpons,qu'il y a en plufieurs 
Republiques Ariftocratiques,& populaires, vn Magiftrat qui eft lepre- 
mier de tous en dignité,en honneur ôc au£torité:comme l'Empereur en 
Alemaigne,le Duc à Venize, 6c anciennement en Athènes l'Archon, 
ce qui ne change point l'eftat.mais en apparence les Empereurs Ro- 
mains ne s'appelloient queMagiftrats, Capitaines en chef, Tribuns, les 
premiers du peuple : 6c de droicl: ils n'eftoient rien autre chofe, iaçoit 
qu'en efFecl: plufieurs tranchoiét des Monarques fouuerains, &lapluf- 
part cruels tyrans .auiïi auoient-ils les armes &fortereffes enleurpuif- 
fance : 6c en matière d'eftat, qui eft maiftre de la force, il eft maiftre des 
hommes,& des loix, 6c de toute la republique . mais en termes de droit 
il ne faut pas, difoit Papinian,auoiregardà ce qu'on fait à Rome, mais 
bien à ce qu'on doit faire. Il appert donc que la Principauté n'eft rien 
autre chofe qu'vne Ariftocratie ou Démocratie ayant quelqu'vn pour 
prefident,ou premier, 6c neantmoins tenu de ceux qui ont la fouuerai- 
neté. 

r iij 



ip8 



DE LA REPVBLIQVE 




DE LA MONARCHIE 

Seigneuriale. 

c H A p. II. 

O v s auons dit que la Monarchie eft vne forte de Ré- 
publique^ laquelle la fouuerainetéabfoluëgift en vn 
feul Prince.-Jl faut maintenant eclaircir cefte définition, 
fay dit en vnfeul , auffi le mot de Monarque l'empor- 
te : autrement fi nous y en mettons deux,ou plufieurs, 
pas vn n'eft fouuerain: d'autant que le fouuerain eft ce- 
luy qui ne peut eftre commandé de perfonne, & qui peut commander 
Duarchic,Tnar- à tous. Si donc il y a deux Princes égaux en puiffance. l'vn n'a pas le pou- 

chie,& autres ef- J . N ., • r tr - J \ r 

peces d'oligar- uoir de commander al autre, nilourtrir commandement de ion com- 
chies,fontcôpn- paianon.s'il ne luy plaift.,autremét ils ne feroient pas egauxiil faut donc 

fes foubs la deh- ^& * , , /r n . ... r è " 

ninon générale coclure que de deux Princes en vne République égaux en pouuoir , ôc 

d'Ariftocratic. tous deux feigneurs de mefme peuple, & de mefme pays par indiuis, ni 
l'vn ni l'autre n'eft fouuerain : mais bien on peut dire,que tous deux en- 
femble ont la fouuetaineté de l'eftat, qui eit compris foubs le mot d'O- 
ligarchie, & propremet s'appelle Duarchie,qui peut eftre durable, tant 
que les deux Princes feront d'accord: comme Romule&Tatius,rous 
deux roys des Quintes , peuple compofé des Romains & Sabins : mais 
Romule bien toft après fift tuer fon compaignon , comme il auoit fait 
fon frère . aufîi l'Empire Romain flit châgé de Monarchie en Binarchie, 
foubs Marc Aurelle,quifut Empereur auec fon frère j£lius Verus,mais 
l'vn mourut bien toft après, car fi deux princes ne font bien d'accord 
enfemble,commeileft prefqu'ineuitable en égalité de puiflance fou- 
uerainejil faut que l'vn foit ruiné par l'autre, aum pour euiter à difeord, 
les Empereurs partageoient l'eftat en deux : l'vneftoit Empereur d'O 
riët,iautre du Ponentd'vn tenoit fon fiege à C6ftâtinople,l'autre à Ro- 
me : tellement que c'eftoient deux Monarchies,ores que les edits & or- 
donnances fuifent publiées d'vn commun confentemétdes deux Prin- 
ces,pourferuirà l'vn &àl'autre Empire, maisfitoft qu'ils tomboieten 
querelle.les deux Empires eftoient alors diuifez de faict, de puiffance, 
de loix 6V d'eftat. Autant peut-on dire de la Monarchie des Lacedemo- 

i.PauCm.iib.4. niens,qui duraiufquesà la mort du roy Ariftodéme/lequel laiilànt 
Procle & Euriftheneies deux enfans Roys d'vn mefme pays,, & par in- 
diuis, l'eftat leur fut bien toft ofté par Lycurgue, ores qu'il fuft Prince 
dufang d'Hercules, & qu'il peuftparuenir à l'eftat. Lefemblable ad- 
uint aux Roys des MefTeniens, Amphareus& Leucippus. mais les Ar- 
giensjpour euiter à la pluralité de Roys,eftant le royaume echeu à A- 
treus & Thyefte,le peuple adiugea tout le royaume au plusfçauant, co- 

imub.de aftioio. jnc Jic Lucian. x & les princes dufang de Merouee & de Charlemagnc 

partagèrent 



L I V R E S E C O N D. i 9S > 

partagèrent le royaume entr'eux , comme on void les enfans de Clo- 
uis,& deLoys Débonnaire: & nef en trouue point quiayent eftéRoys 
parindiuis,pourlesinconueniens quiaduiennétde la fouueraineté te- 
nue en commun,ouil n'y a perfonne fouuerainrhors mis quâd vn Prin- 
ce eftranger efpoufevne Royne, ordinairement on met l'vn & l'autre 
conioinâement comme fouuerains es mandemens & lettres patentes, 
comme il fe fift de Ferdinand & Ifabelle Roy & Royne de Caltille: An- 
toine & Ieanne Roy & Royne de Nauarre. maisles Angloisne voulu- 
rent pas permettre que Philippe d'Elpaigne ayant efpoufé Marie d'An- 
gleterre., euft part aucune à la fouueraineté, ni aux fruidts de profits d'i- 
celle : iaçoit qu'ils accordaient bien qu'ils fufïènt tous deux en qualité, 
& que l'vn & l'autre peuft figner,à la charge toutefois que le feing de la 
Royne fuffiroit,& que fans iceluy le feing du Roy Philippe n'auroit au- 
cun effet . ce qui fut ainil accordé à Ferdinand Roy d'Arragon ayant ef- 
poufé Ifabelle,tous les mandemens eftoient ainfi lignez 3 Yo el Rey, & 
Yo la Reyna, & le Secrétaire d'eftat auec fîx Docteurs.,mais la fouuerai- 
neté pour letouteftoitenla Royne: autrement ni l'vn ni l'autre n'euft 
eftéfouuerain . Quieft le plus fort argument qu'on pouuoit faire aux 
Manicheans > qui pofoient deux Dieux égaux en puiiîance:l'vn bon, 
l'autre mauuais:cars'ileftoit ainfi,eftans contraires l'vn à l'autre, ou l'vn 
ruineroit l'autre, ou ilsferoient en guerre perpétuelle, & troubleroient 
fans celle la douce harmonie & concorde que nous voyons en cegrâd 
monde. Et comment ce monde foufriroit-il deux Seigneurs égaux en 
puiflancccV contraires en volonté ,, veuque la moindre République 
n'en peut foufrir denx,ores qu'ils foient frères, s'ils tombét tant foit peu 
en diuifion t beaucoup plus aifément fe comporteroient trois Princes 
quedeux,carletroifiefme pourroitvnir les deux, oufeioignant auec 
i'autre,le contraindre de viure en paix: corne il aduint tandis que Pom- 
pee.Cefar & Craffus, qu'on appelloit le Monftre à trois telles, furent en 
vie/ilsgouuernerentpaifiblementl'EmpireRomainjquine dependoît 
que de leur puiflance : mais fi toft que Craiïus fut tué en Pcrfe, les deux 
autres fe firent la guerre fi opiniaftremét, qu'il fut impofïible les réunir, 
ni viure en paix,que l'vn n'euft défait l'autre. Le femblable aduint d'Au- 
gufte,Marc Antoine & Lepide : lefquels neantmoins auoient fait d'vne 
Republique populaire trois Monarchies, qui furent réduites à deux,a- 
pres qu'Augufte eut defpoùillé Lepide,&les deux reunies en vne.,apres 
laiournee A£tiaque,& la fuite deMarc Antoine. Par ainfi nous tien- 
drons cefterefolution, que la Monarchie ne peut eftres'ilya plusd'vn 
Prince. Or toute Monarchie eft feigneuriale, ou royale, ou tyranique. 
ce qui ne fait point diuerfité de republiques , mais cela prouient de la 
diuerfité de gouuerner la Monarchie. Car il y a bien différence de l'eftat Differcce de 1-E- 
&dugouuernement;quieft vnfecretdepohce qui n'a point eftétou- foc & du Gou- 
ché de perfonne. car l'eftat peut eftre en Monarchie, & neantmoins il uernemcnt * 

r iiij 



ioo DE LA REPVBLIQJVE 

fera gouuerné populairement , fi le Prince fait part des eftats , Magi- 
ftrats J offices J & loyers egalemét à tous, fans auoir égard à la Nobleffe, 
ni aux richeffes,ni à la vertu . Il fepeut faire auffi que la Monarchie fera 
gouuerneeariftocratiquement, quand le Prince ne donne les eftats & 
bénéfices qu'aux Nobles, ou bien aux plus vertueux feulement, ou aux 
plus riches. auffilafeigneurieAriftocratique peut gouuerner fon eftat 
populairement., diftribuant les honneurs & loyers à tous les fugets éga- 
lement, ou bien ariftocratiquement,les diftribuant aux Nobles ou aux 
riches feulemét . laquelle variété de gouuerner a mis en erreur ceux qui 
ont meflélcs Republiques, fansprendre garde que l'eftat d'vne Repu- 
blique,eft différend du gouuernement &adminiftrationd'icelle. mais 
nous toucherons ce poinct ici en fon lieu. Donc la Monarchie royale, 
ou legitime,eft celle où les fugets obeïïfentaux loix du Monarque, & le 
Monarque aux loix de nature, demeurât la liberté naturelle, & proprie- 
té des biens aux fugets.La Monarchie feigneuriale.,eft celle où le Prince 
eft fait Seigneur des biens & des perfonnes par le droicb des armes, & 
de bonne guerre, gouuernant fes fugets. comme le père de famille fes 
efclaues. La Monarchie tyrannique, eft où le Monarque mefprifant les 
loix de nature, abufe des perfonnes libres comme d'efclaues., & des biés 
des fugets corne des fiens . La mefme différence fe trouue en l'eftat Ari- 
ftocratique & populaire, car l'vn & l'autre peut eftre legitime,feigneu- 
rial,ou tyranique en la forte que i'ay dit . & le mot de Tyrannie fe préd 
auffi pour l'eftat turbulent d'vn peuple forcené, comme Ciceron a tref- 
bien dit . Quant àla Monarchie feigneuriale,il eft befoin de la traiter la 
premiere,comme celle qui a efté la première entre les homes . Car ceux 
làf'abufent,lefquels fuiuans l'opinion d'Ariftote penfent que les pre- 
miers Monarques,aux temps heroïqu es, fu fient eleus des peuples :veu 
Les premières quenous trouuons que la première Monarchie fut eftablie enAflyrie, 
efté feigneuria- foubs la puiffance de Nemrod, quel'efcripture appelle lepuiffant vê- 
les, neur : qui eft vne forme de parler vulgaire aux Hebrieux , comme qui 
diroit voleur: &mefmesAriftote& Platon ont mis le brigandage en- 
i. in commemariis tre les efpcces de vénerie, comme i'ay remarqué fus 'Oppian . Car au 

Oppiarudevenano- L . i t r • »1 CL • rr ■ J 

ne. parauant Nemrod , il ne le trouue point qu il y eult puiilance, ni domi- 

nation les vns fus les autres: &fembleque ce nom luy fut donné com- 
me propre à (à qualité, d'autât queNemrod fignifie Seigneur terrible: 
toft après on a veu le monde plein d'efclaues, du viuant mefmement de 
Sem,lVn desenfans deNoé.Êten toute la Biblejefcripture parlant des 
fugets des Roys d'Affyrie & d'Egypte, les appelle toufiours efclaues. &: 
non feulement l'efcripture fain6te , ains auffi les Grecs , qui efcriuentà 
tous propos,que les Grecs eftoiét libres, & les Barbares efclaues: ils en- 
tendentles peuples de Perfe,&delahauteAfie. Auffi les RoysdePer- 
fe denoncans la guerre^demâdoient l'eau & la terre^it Plutarque^pour 
monftrer qu'ils eftoient Seigneurs abfolus des biens & des perfonnes. 

C'eft 



LIVRE SECOND. 101 

C'eftpourquoyXenophonenla Cyropedieefcrir, que c'eftchofe bel- 
le & louable entre les Medois , que le Prince foit feigneur propriétaire 
de toutes chofes. De là venoit l'adoration qu'on faifoit au Roy de Per- 
fe,comme à celuy qui eftoit entièrement feigneur des perfonnes & des 
biens: comme trefbien fift entendre Artaban Capitaine des gardes du 
Roy dePerfe,voyantque Themiftocle fèvouloit ingérer de parler au 
Roy à la façon des 1 Grecs , il empefcha, que premièrement il ne reuft l'iSS^Si 
adoré,adiouftant ces mots:Il eft bien feant,dit-il> de garder les couftu- 
mes de Ton pays:vous eftimez la liberté,6V l'equalité:mais nous eftimos 
la plus belle chofe du mode,de reuerer,feruir & adorer noftre Roy co- 
me l'image duDieuviuant. Et ne doit pas la Monarchie feigneuriale 
eftreappelleetyrannie:car il n'eft pas inconuenient, qu'vn Prince fou- 
ucrain,ayant vaincu de bonne &iufte guerre Tes enn émis, ne fe face fei- 
gneur des biens & des perfonnes parle droict de guerre ^gouuernant 
les fugets comme efclaues,ainfi que le père de famille eft feigneur de 
f es elclaues & de leurs biens, & en difpoie à fon plaidr:mais le Prince qui 
par guerre 3 ou autres moyens iniuftes fait des hommes libres fes elcla- 
ues, & s'empare de leurs biens, n'eft pas Monarque feigneurial, ains vn 
vray tyran. Ainfi voyons nous que l'Empereur Adrian ne voulut pas 
qu'vn badin, que le peuple vouloir afranchir, fuft libre, s'il ne plaifoit à 
ion feigneur: comme Tibère auoit défendu auparauatj & depuis Marc 
Aurcle ne voulut pas qu'il fuft libre > quelque confentement que fon 
feigneur euft donné à la clameur du peuple, repûtantcelapluftoftfor- 
ce,que volonté: afin que la pleine diipoiîcion demeurait, à chacun de 
cequiluyappartenoit. Or combien qu'il y a peu maintenant de Mo- 
narques feigneuriaux, ores qu'il y ait plufieurs tyrans, fi eft-ce neant- 
moins qu'il y en a encores en l'Afie & en l'Ethiopie, & mefmes en Euro- 
pe les Princes de Tartarie& deMofchouie,defquels les fugets s'appel- 
lent Chlopes,c'eftà direEfclaues, ainfi que nous lifons enl'Hiftoire de 
Mofchouie. & pourceftecaufele Roy des Turcs eft appelle le grand 
Seigneur,nonpas tant pourl'eftendue depays^car le Roy Catholique 
en a dix fois autant,quepoureftre aucunement feigneur des perfonnes 
& des biens : encores qu'il n'y a que fes gentil-hommes eleuez & nour- 
ris en fa maifon, qu'on appelle Ces efclaues. mais les Timariots,aufquels 
font tenus les autres fugets,commecenilers,ne tiennentleur timarque 
par foufrance,& faut que leur bailfoitrenouuelédedix en dix ans : & 
s'ils meurent les héritiers n'emportent que les meubles . Mais au furplus 
de toute l'Europe, & des royaumes de Barbarie, il n'y a point de Mo- 
narchie feigneuriale,queie fçache:& moins encores anciennemet qu'à 
prefent.car mefmes Augufte l'Empereur,quoy qu'il fuft en effect le plus 
grâd Monarque delà terre,, fi eft-ce qu'il auoit en 1 horreur qu'on l'ap- * Tranquille inA« 
pellaft Seigneur. &n'yauoit point alors de tenures enfoy & homma- c 
ge. Et fi on dit qu'il n'y a Monarque en Europe qui ne prétende la fei- 



zoz DE LA REPVBLIQ_VE 

gneurie dirc&e de tous les biens des fiigets , 8c qu'il n'y a perfonne qui 
ne confefle tenir fes biens du Prince fouuerain: le dique cela ne funft 
pour dire que le Monarque foit feigneurial, attendu que le fuget cft 
auoùé du Prince vray propriétaire , qui peut dilpofer de Ces biens : 8c 
que le Prince n a que la droicte feigneurie . encores y a-il plufieurs ter- 
res allodialeSjOÙ il n'a ni propriété ni droicte feigneurie, non plus que 
les Romains, qui n'ont iamais cogneu celte droidte feigneurie : & ne f e 
trouueront point en tout le droicl: Romain, nimefmes au Code,ni aux 
authentiques ces mots , TDominium direttum } &domimum njtile : mais ils 
x. sigifaundus ab font venus après l'inuafion des Hongres, nation 1 Tartarefque, & leur 

Hcrbcftcinenl'Hi- ^ r - n PI Al t T 1 

ftoiredeMofcouie. entrée en Europe,quimonitrerentl exemple aux AlemanSjLombards, 
cVFrançoisjde la Monarchie feigneunale,foy difansfeigneurs de tous 
les biens.Ileft bien vray que les P^omainsayans vaincu leurs ennemis, 
lesvcndoientle plus fouuent comme efclaues, ou bien ils les condam- 
noient à perdre la feptiefme partie de leurs terres, comme dit Plutarque 
enlaviedcRomule,maisauiiitoftilsrebaii!oient les terres aux colo- 
nies en pure propriété. Or les Princes 8c peuples adoucis peu à peu d'bu 
manicé,& de bonnes loix, n'ont rien retenu que l'ombre & image de la 
Monarchie feigneuriale,, telle qu'elle eitoit anciennement en Perfe 8c 

3 . Piotar. inapo- en toute la haute Afje.car combien quauparauant leroy Artaxcrxes'les 

Rois de Perfe auoient accouftumé défaire dcfpoùiiler tous nuds les 
plus grands feigneurs & premiers Magiftrats., & les faire feiler comme 
efclaues 5 ii eft-ce que le roy Artaxerxesfut le premier qui ordôna qu'ils 
ieroient bien defpoùillez,mais qu'il n'y auroit que leurs habits 8c velte- 
mets feflez:& au lieu d'arracher leurs cheueux,qu'onarracheroit le poil 

4 . rrançois Aiuarcz de leurs chapeaux . Vray eit que François 4 Aluarezefcrit, qu'il aveu en 
opie/ Ethiopie feiler toutnudle grand Chancelier.èV autres grands feigneurs 

comme vrais efclaues du Prince, & tiennent cela à grand honneur. Es 
Le grand Negus p a r tout le difeours de fon hiftoire on peutaifément recueillir, que le 
Monarque ' fei- grand ieigneur d'Ethiopie eft: Monarque feigneurial . mais les peuples 
gnemiai. d'Europe plus hautains, & guerriers que les peuples d'Aile 8c d'Afri- 

que,n'ont iamais peu foufnrde Monarques feigneuriaux,& onques 
n'en auoient vféauparauantl'inuahon des Hongres,commei'ay dit. 8c 
qu'ainfi {bit, Odouacre roy des Herules, quiregnoit quafi de mefmc 
temps,ayant réduit l'Italie ioubs fa puiffance , pnnt la tierce partie des 
terres des fugets ( qui eftoit l'amende de tous peuples vaincus , aux vus 
plus,aux autres moins )laiifa les perfonnes libres, 8c feigneurs de leurs 
biens^fans tenure,ni preftation de foy ni d'hommage: mais depuis que 
lesAlemans, Lombai'dsjFrancons^SaxonSjBourguignoSjGots, Oftro- 
gots,Anglois,cV autres peuples d'Alemaigne eurent goufté la couftu- 
me des Hongres Afiatiques,ils commenecrét à le porter fèigneursjiion 
desperfonnes,ains de toutes les terres des vaincus, 8c peu à peu fe con- 
tentèrent de la droite feigneurie,foy &hômage J & de quelques droirs, 

qui 






LIVRE SECOND. 203 

qui pour ceftecaufe font appeliez feigneuriaux,pour monftrer que 
l'ombre des Monarchies feigneuriales eft demeurée^ toutefois beau- 
coup diminuée . carlesfiefs & feigneuries n'eftoient'anciennemét que ca ,i lblfeu<} 
bénéfices donnez à vie, & puis par faueurs cotinuez de père en fik, hors 
mis les Duchcz,Marquifats,Comtez,& autres dignitez femblables: 
couftumequi n'eft point changée en Angleterre ni en Efcoflepour le 
regard des dignitez,où les Ducs & Comtes e(tansmorts,leurs enfans & 
iucceffeursont bien les terres, mais ils n'ont pas les dignitez,prerogati- 
ues.,& qualitez de leurs predeceffeurs . Depuis qu'on eut fait ouuerture 
de faire les fiefs héréditaires aux malles, iceux defaillans ont obtint aufli 
ce priuilege pour les fillesrhorfmis en Alemaigne,où les femelles en font 
çncores exclufes .qui fut le plus fort argument,duquelvfa Ferri Comte 
de Vaudemont contre René d'Anjou Roy deSicile,au concile de Con- 
ftance,demandant à l'Empereur qu'il fuftinuefti du Duché de Lorrai- 
ne,attendu que c'eftoit fief impérial: cVpar c6fcquent,qulfabelle fem- 
me de René en deuoit eftre déboutée . Toutefois M. de la Mothe,Con- 
feillerduRoyaugrand confeil^m'amonitréquele Duché de Bauieres, 
&plufieurs autres font tombez autrefois enquenoille . Combien que 
René d'Anjou auoitvn autre moyen pour fe défendre, à fçauoir, qu'en 
matière de fiefs,& feruitudes on doit fuiurc la couftume du fief 4 feruât: 4-iugépararreftde 
or il cft certain que par la couftume de Lorraine les filles fuccedentaux chariTd^Mouïa 
fiefs. Mais quoy qu'il en foit.il eft bien certain quelesmarquesdesMo- wka / is j-^ : ^^° 

X J l } ~1 l ou.S6. cotre lopini- 

narchiesfeigneunales fontdemeureesen Alemaiçne, &versleSepten- ondciab«ini.i. 

, O ,, .. . ., p r <kf acr ofanft.C. 

tnon,plus qu es autres lieux de 1 Europe, car quoy que Guillaume le 

Conquérant, ayant conquefté le Royaume d'Angleterre par force,& 

par armes.ne fe dift pas feulement feigneur du royaume^ains fift publier 

que la feigneurie,& propriété de tous les biens meubles & immeubles 

des fugets luy appartenoit , fi eft-ce neantmoins qu'il fe contenta de la 

feigneuwiedireclcjfoy & hommage: demeurant aux fugets la liberté,& 

la pleine propriété de leurs biens.mais l'Empereur Charles v.ayantmis 

foubs fon obeifTance le royaume du Peru, s'eft fait Monarque feigneu- 

rial,pourle regard des biens que les fugets ne tiennent qu'à fermera 

vie 'pour le plus: quifut vn trait politic du Docteur Lagafca,lieute- J- En Hdftoîie <fo 

>nantpour l'Empereur au Peru ., après auoir défait les Pizarres, qui s'e- L'empereur 

ftoient emparez de l'eftar, pour*tenirles fugets en plus grade obeiflan- ? har ^, v * seft 

fe. Qui eft la mefme raifon pourquoy en vn chapitre de la loy de Me- feigneuml du 

hcmet,il eft défendu à toutes perfonnes de quelque qualité qu'elles Pcru » 

foient,fe dire feigneurs en forte quelconque., horfmis au Caliph ou 

grand Pontife, fuccefleur de Mahemet, quieftoit feul Monarque fei- 

gneurial i donnant aux Princes & feigneurs les feigneuries par foufran- 

ce,& tant qu'il vouloit.mais peu à peu les Ottomâs,lesCurdes J & Roys 

d'Afrique,pour la diuifion des AnticalipheSjs'exempterét de leur puif- 

fance,& empiétèrent les Monarchies d'Afic & d'Afrique. Ici peut eftre, 



104 DE LA REPVBLIQJVE 

dira quelqu'vn, que la Monarchie feigneuiiale eft tyrannique, attendu 
qu'elle eft directement contre laloy de nature, qui retient chacun eu fa 
hberté_,& enlafeigneurie de Tes biés. A quoy ie rcfpons,quec'eftbien 
aucunement contre laloy dénature de faire les hommes libres efclaues, 
& s'emparer des biens d'autruy: mais puis que le confentement de tous 
clp t iu f is. , ffi iniun> ' C ^ es peuples a voulu, que ce qui eft acquis par bonne #uerre,foit 5 propre 
au vainqueur, & que les vaincus (oient efclaues des vainqueurs, on ne 
peut dire que la Monarchie ainfieftablie foit tyrannique :veu mefmes 
que nous lifons, quelacobpar fonteftament laifiant à fesenfansvne 
terre qu'il auoitacquifc,dift qu'elle eftoit fienne,parce qu'il lauoitac- 
quife à la force de fes armes . Et qui plus eft ,1a reigle qui veut que le 
droict de guerre n'a point de lieu où il yafuperieurpour fiire iuftice: 
ce qui eft pratiqué mefmes contre les plus grands Princes & villes im- 
périales d'Alemaigne, qui font mifesau ban imperial,à faute dereftituer 
ce qui appartient à autruy,monftre bien oii il n'y apoint de fuperieur 
qui commande > que la force mefme eft réputée iufte. autrement fi nous 
voulons méfier, & confondre l'eftat feigneurialauecl'eftat tyrannie, il 
faudra confefler , qu'il n'y a point de différence entre le droicl* ennemi 
en faict de guerre, & le voleur : entre le iufte Prince & le brigand , entre 
la guerre iuftement dénoncée & la force iniufte& violente, que les an- 
ciens Romains appelloient volerie & brigandage . Aufïi voyons nous 
que les tyrannies font bien toft ruinées , &leseftats ieigneuriaux,& 
mefmementles Monarchies feigneurialesont efté grandes, cVfort du- 
rables: comme les anciennes Monarchies des Affyriens,Medois,Per- 
fans, Egyptiens , & à prefent celle d'Ethiopie ( qui eft la plus ancienne 
Monarchie de toute l'Afie & l'Afrique ) à laquelle font fugets comme 
efclaues, cinquante Roys , fi nous croyonsPaul loue . combien qu'ils 
font,& s'appellent tous efclaues du grand Negus d'Ethiopie . Et la raî- 
fon pourquoy la Monarchie feigneunale eft plus durable que les au- 
tres, eft pour autant qu'elle eft plus augufte,& que les fugets ne tien- 
nent la vie,la liberté,les biens, que du Prince fouuerain, qui les a con- 
queftez à iufte tiltre : qui raualle bien fort les courages des fugets .tout 
ainfique l'efclaue recognoilfant fa condition, deuient humble, lafche, 
& comme Ion dit,ayantlecœurferuil : où au contraire les hommes qui 
font francs, & feigneurs des biés,fi on veut les afïeruir ,ou s'empiéter de 
ce quileur appartient, fe reffentent, & fe rebellent aifément , ayans le 
cœurgenereux,nourri en liberté & non abaftardi de feruitude . Voila 
quant à la Monarchie feigneuriale . Difons maintenant de la Monar- 
chie Royale. 



i 




LIVRE SECOND. 205 

DE LA MONARCHIE ROYALE. 
C h a p. 1 1 r. 

E Monarque Royal eftceluy,qui fe rend auffîobeif- 
fant aux Ioix de nature,comme il defîre les fugets eftre 
enuers Iuy > laiflaist la liberté naturelle, & la propriété 
des biens à chacun . I'ay adioufté ces derniers mots, 
pour la différence du Monarque feigneurial, qui peut 
eftre iufte & vertueux Prince., &gouuerner lès fugets 
equitablement, demeurant neantmoins feigneur des perfonnes, & des 
biens . Et fil aduient que le Monarque feigneurial, ayant iuftemét con- 
quefté le pays de (es ennemis, les remettre en liberté, & propriété d'eux 
& de leurs biens,de feigneur il deuient Roy, & change la Monarchie fei- 
gneuriale en royale, c'eft pourquoy Pline le ieune difoit à Traian l'Em- 
pereur, Principe fedem obtines^e fit domino locus . Cefte différence fut bien 
remarquée des anciens Perfes., qui l appelloiét Cyrus l'aifné Roy,Cam- i.Hcrodot. 
by fes feigneur,Darius marchant : par ce que l'vn feftoit monftré Prince 
doux & débonnaire, l'autre hautain & fuperbe, letroifiefme tropex- 
adteur &auare. Et mefmes Ariftoteauoitaduerti Alexandre le grand,fè 
comporter enuers les Grecs., comme père : & enuers les Barbares , com- 
me feigneur -.toutesfois Alexandre n'en fift rien,voulantque les Grecs 
fuffent iugez à la vertu, & les Barbares aux vices : & que toute la terre 
fuft vne cité,& fon camp le donjon d'icelle. I'ay mis en noftre definitiô, 
que les fugets foient obeiflans au Mornarque Royal., pour monftrer 
qu'en luyfèulgift lamajcftéfouueraine:&queleRoydoit obéir aux 
loix de nature , c'eft à dire, gouuerner [es fugets, cVguider fes actios par 
la iuftice naturelle, qui fevoit & fait cognoiftre auffi claire & luifante 
que la fplendeur du Soleil, c'eft doneques la vray e marque de la monar- 
chie Royale,quand le Princefe rend auifi doux, & ployableaux loix de 
nature, qu'il defîre fes fugets luy eftre obeiflans : ce qu'il fera,, fil craint T M „„ 
Dicu lur tout, ni eft pitoyable aux affligez , prudent aux entreprîmes., quc$ d'vngraod 
hardi aux exploits,modefte en profperité,côftant enaduerfïtéjfermeen Roy * 
fa parole/age en fon confeil, foigneux des fugets, fècourable aux amis, 
terrible aux ennemis,courtois aux gens de bien, effroyable aux mechâs, 
& iufte enuers tous . Si donc les fugets obeiflent aux loix du Roy, & le 
Roy aux loix de nature , la loy d'vne pan & d'autre fera maiftrefîè ., ou 
bien, comme dit Pindare,Royne.car il fenenfuyura vne amitié mu- 
tuelle du Roy enuersles fugets, & l'obeiflanec des fugets enuers le Roy, 
auec vne tref plaifànte, & douce harmonie des vns auec les autres , & de 
tous auec le Roy. c'eft pourquoy cefte Monarchie fe doibt appeller 
royale&legitime:foitqueleRoyvieneàreftatpardroitfuccefîif,c6me 
tous les anciés Roys.ainfî que Thucydide a trefbien remarqué : foit que 
le royaume foit déféré par vertu de la loy, fans auoir efgardaux filles, 



206 DE LA REPVBLIQ^VE 

nyauxmaflcsdefcendansd'iccllcSjCommciirefaitcnceroyaumeparla 
loy Silique : foie que le Roy vienne par eIe&ion,comme Ariftoteefcrit 
qu'il fe finfoit aux temps heroïques(en quoy toutesfois il eft contraire à 
Thucydide, &àla vérité des hiftoires) &fe Fait enplufieurs royaumes 
du pays Septentrional : (bit qu'il fuft doné en pur don, comme fift Au- 
gufteàïubaleieune,lefaifantdefclaue Roy deNumidie, quiauoitefté 
reduitte par Carfar en forme de prouince,fugete à l'empire Romain, ou 
bien comme le royaume de Naples., & de Sicile fut donné à Charles de 
France, & depuis encores à Loys de France premier Duc d'Anjou : ou 
qu'il foitlailTé par teftamét,ain{î que les Roys de ThuneSjFez,& Maroc 
ont accouftumé : corne il fut aufïi pratiqué par Henry vin. Roy d'An- 
gleterre,qui laifla le royaume à fon fils Edouart:& à luy fubftitua Marie, 
& à celle- cy Elizabet : qui depuis fut Roy ne , ioint que le teftament fut 
confirmé, & ratifié par le peuple : foit que le Roy empiète l'eftat par fi> 
neires,& ruzes^pourueu qu'il règne iuftemét,commeCecrops,Hieron, 
Gelon , Pifîftratc, quivfèrent tref-fagement de leur puifTance, ainfî que 

i. in Hbro de sera dit ' Plutarque: & de noftre aage Cofme de Medicis : ou que par fore 
le royaume le doit derere, corne a Darius, 1 vn des lept ieigneurs de rer- 
fé^qui fut Roy, par ce que fon cheual auoit henni le premier, ainfî qu'il 
eftoit conuenu, après qu'on euft tué les Mages, qui auoient occupé le 
royaume: foit que le Prince conquefte le royaume par force, &parar- 
meSjà droit ou à tort , pourueu qu'il gouuerne equitablemét le royau- 
me par luy coquefté : comme dit Tite Liue du Roy Seruius, Neque enim 
prœtervim quicquam adïusregnihabebat: & toutesfois il fut bon Roy.aufïl 
fouuent on aveu d'vn voleur & brigand,fe faire vn Prince vertueux : & 
d'vnetyrannieviolente,feformervneiuite royauté : foit qu'on elife le 
Roy pour fa noblefTe,commc fut Campfon Roy de la Caramanie , eîeu 
pour Sultan d'^Egypre parles Mammelucs : & Charles de France frère 
de fainct Loys , que le Pape enuoya aux Florentins , qui demandoient 
vn Prince de fang royal : & les Vicomtes Dangleriepourlcurnoblefïe 
furent eleus feigneurs de Milan, ores qu'ils fulfent eftrangers : foit que le 
Prince fuft eleu pour fanoblefle, &iuftice comme Numa:oupourfa 
vieillefïe , comme les anciens Arabes elifoient le plus vieil, dit Diodore, 
&lesTaprobanes,comme ditPline: ou pour fa force, corne Maximin: 
ou pour fa beauté, comme Heliogabale: ou pour fa grandeur, comme 
onfaifoiten Ethiopic:ou pourmieux boire,comme en Scythie,dit Arî- 

z.iib.j.dcRepub. ftote. le laide la définition du Roy baillée par z Ariftote.carildit,que 
le Roy eft celuy qui eft eleu, & qui commande audefîr desfugets.en 
autre lieu il dit, que le Roy deuient tyran pour peu qu'il comande con- 
tre le vouloir des fugets.Telles définitions ne font pas feulement fans 
fondement., ains aufli pernicieufes . Quellesfoient faulfes il appert, d'au- 
tant queletiltre royal, qin emporte lamajefté & puiflancefouucraine, 
comme nous auons monftré, fèroit incompatible auec icelle : attendu 

que 



LIVRE SECOND. 207 

que le Roy nauroitpuùTance de donner loyaux fugets, ain s au contrai- 
re il feroit contraint par eux de receuoir la loy : Ôc les plus iuftes Prin- 
ces du monde feroient tyrans : ôc qui plus eft, il nefètrouueroit pas vn 
feul Roy:& po ur. le trancher court, le P^oy ne feroit que fîmple Ma- 
giftrat . Qui font toutes choies impoihbles, Ôc aufïi impertinentes, 
comme ce que dit lemefme Ariftote^queles peuples font barbares, 
où les Roys viennent par fucceiîîon: veuque fon Roymefmes Ale- 
xandrcle grand eftoit de ceux-là defeendu en droicte ligne dufang de 
1 Hercules, & par diroiâ fucceilifparuenuàla couronne de Macédoine: J 1 ' 11 "" 11 ^"^ 1 ' 
comme aufîi tous les Roys de Sparte . Il faudrait confeffer que tous 
les Roys d'Aile ôc d'yEgyptefuifent barbares, defquels neantmoins , il 
eft 4 bien certain que l'humanité, la courtoifie , la doctrine, les belles X c i ccro c P if \ Iad 

i /• i l 1 r» 11- r -rr > Q^Fratrem. Theo- 

iciences, & lalourcedesloix, ôc des Républiques iontiuues : & n y au- dorcmsepifcop.cy- 
roit qu'Ariftote j ôc vnc poignée de Grecs qui ne fuilent barbares. afleâwnum "S? 
Nous monftrerons euidemment en fon lieu, qu'il n'y a rien plus dan- Appiônraf' comia 
gereux à vn eftat, que démettre les Roys en élection . Combien que î c ' a llb " 3 ' dc Rc ^ ub ' 
Ariftote'f'eftauifi mefpris, ou il dit qu'il y a quatre fortes de Roys: ôc 
neantmoins par fon difcours,il f'en trouue cinq de compte fait. Le 
premier qu'il dit volontaire, comme eftoient les anciens Roys des 
temps héroïques, faifans l'eftat de iuges , de capitaines, ôc de facrifica- 
tcurs. Le fécond, dit-il,eft propre aux peuples barbares,oiî le Roy vient opinion de Ari- 
pardroict fucceiîif . Letroiiiefmefefait par élection. Lequatriefme i eS Roys. 
eft propre aux Lacedemoniens, d'eftre Capitaine en chef, par fuccef- 
fîon de père en fils . Le cinquiefmc eft Seigneurial, comme le chef de 
maifoneil Seigneur de fes efclaues, ôc de leurs biens . Voila ce qu'il dit. 
Quant à la première forte de Roys, nous trouuons bien qu'ils faifoient 
l'office de iuges, de capitaines, ôc de facrificatcurs : mais il ne fen trou- 
ue pas vnvolontaire,auparauantPittacus Roy deCorinthe, &Timon- 
das Roy de Negrepont .ains au contraire Plutarque 6 dit^ que les pre- 6 .pi ut3i; i nT h c f eo . 
miers fcigneursn'auoiet autre poinct d'honneur deuant les y eux, que de 
forcer leshommes,& les tenir en fugetion corne efclaues : ce que l'efcri- 
tureSainctenous certifie du premier Monarque feigneurial Nemrod: 
laiffans la principauté à leurs enfans par droict fueceffif: comme dit 
Thucydiae.ee qui eft tref bien vérifié par lafuitte de grand nombre de 
Roys des Afly riens, Medois, Perfans , Indois, ./Egyptiens, Hebrieux, 
Lacedemoniens, MacedonienSjSycioniens, Epirotes, Athéniens : ôc les Les anci - s R 
ligues venans à faillir, les peuples en partie ont procédé par élection : les venoia par droit 
autresont empiété l'eftat par force: les autresfefont maintenus en fei- ruccclïlf ' 
gneuriesariftocratiques,& populaires: corne il fe vérifie par Hérodote, 
Thucydide,Plutarque,Iofephe,Xenophô,& autres hiftoriésHebrieux, 
Grecs, ôc Latins : qui fuffift pour conuaincre d'erreur l'opiniô d'Arifto- 
te. Qjjant à ce qu'il appelle Roys ceux de Lacedemonne, par ce qu'ils c- 
ûoient capitaines en chef héréditaires : i'ay môftré cy deilus,que la puif- 



2o8 DE LA REPVBL1QVE 

fan ce royale eft infeparablede la majeftc: &que les Roysde Lacede- 
monnen'eftoient que (impies Sénateurs , fugetsàlafeigneurie,&aux 
moindres magiftrats . ioint auffi qu'ils n'eftoient point capitaines en 
chef par droit fuccefTif . car iouuent la Seigneurie donnoit celte char- 
ge aux autres citoyens , comme à Lyfandrc , Gillippe , Callicratidas: 
qui ont eu charges de capitaines en chef, & les Roys déboutez ôc 
combien quAgefilausfuft Ivn des Roys , fîeft-ce qu'il n'ofa prendre 
la charge de Capitaine en chef que la Seigneurie ne leuft commandé, 
ainfi que dit Plutarque en fa vie . Et quand bien ilseuffentefté capi- 
taines en chef, cela n'emporte point la puiffance royale : non plus 
que les capitaines en chef des Acheans , qui venoient par élection: 
attendu qu'ils eftoient fugets aux eftats des Acheans 3 qui les punif- 
foient : comme ils firent Damocritus Capitaine en chef, qu'ils con- 
damnèrent à trente mil efeus d'amende, comme nous lifons enPaufa- 
nias : ainfl les Ephores condamnoient les Roys à l'amende, & quel- 
quesfois à perdre la vie, comme nous auons dit cy deffus . Il ne faut 
doneques pas mettre ceux-cy au rang des Roys : non plus que celuy 
qui eft Monarque Seigneurial , feigneur des perfonnes, &: des biens, 
qui a fa propre différence feparee du Monarque royal . Et quant à la 
troifîefme forte de Roys, qu'il dit eftre par élection, cela ne fait au- 
cune différence des Roys non plus que la féconde qu'il dit eftre par 
fuccefïion : autrement il deuoit par mefme moyen j mettre vne fîxief- 
me efpece de Roys , qui fe font par fort : comme fut Darius le pre- 
mier : & vne feptiefme par donation j &c Ihuic'Hefme par teftament: 
& la neufiefme par rufes, & fineffes : & la dixiefmc par force : & con- 
fequemment des autres en cas pareil , qui feroit faire vne infinité de 
fortes de Roys : lefquels neantmoins tous font compris en vne efpe- 
ce . Car la différence des Monarques, ne fè doibt pas prendre par le 
. moyen de paruenir à leftat ., ains par le moyen du gouuernement: 
qui eft compris en trois fortes , à fçauoir Seigneurial , Royal , &Ty- 
rannique . Mais quant à la troifîefme forte de Roys , qu'Ariftote a 
pofé , & exemplifié pour reftablir leftat, mettre tout en ordre, cor- 
riger les couftumes, & puis quitter fa charge : il n'y a point d'appa- 
rence d'appeller ceux là Roys, qui ne font rien autre chofe que fîm- 
ples commiffaires : comme les Dictateurs en Rome , aufquels Denys 
7.iib.z. " d'Halicarnas , compare les Arques en la Republique desTheiîaliens, 
les Cofmes en Lacedemonne , les y£fymnete$ en Mity lene : qui auoienc 
pareille charge que la bailliede Florcnce,lors que la Republique eftoit 
populaire : c'eft àfçauoir,que legrand confeil du peuple elifoit hui6r, 
ou dix perfonnages des mieux entendus aux affaires ., pour reftablir 
l'eftat, & remettre en ordre ce qui par fuccefïion de temps eftoit ve- 
nu en defordre, pour les bourfes 3 & création d'officiers : & cela fair, 
ils fe defpoûilloient de leur charge : tout ainfl que les dix commif- 
faires, 



L I V R E S E C O N D. 209 

fiircs, qui furent éleus en Rome pour corriger les couftumes, qu'il fau- 
droit par ce moyen , au dire d'Ariitotc , appeller auffi Roys : choie 
qui feroit abfurde:car la qualité de Magi(îrat,& moins encores de 
commiiTairc,n'a rien de commun auecqucslamajertéfouuerained'vn 
Roy . auffi le nom de Roy ne peuteonuenir An on à celuy qui eftab- 
folumcnt fouuerain .& combien que Cxfar en lès mémoires dit, que 
les ha'Jitansd'Authuneiifoient tous les ansvn magiftrat auec puiiTan- 
ce roy aie, (ieft-cetoutesfois que cela fe dit improprement . Et qui plus 
eit les gouuerneursdespays, & prouincesconqueitees par Alexandre 
le grand, ores qu'après fa mort ils fufient fouuerains , fi eit-ce qu'ils fu- 
rent bien fort Ion? temps .qu'ils n'ofoient f'appeller ° Roys . ôc le pre- o. pia«r.in Deme- 

7 7- 1 a. • '-1 u • trio - 

mier qui commença rut Antigonus , après la victoire qui! obtint 

contre Ptolemee premier du nom: alors ilprintîe Diadefme, ouben- 
deau royal j&meit en fes filtres le nom dcfiaaîMt4, c'eitàdireFvOy . 8c 
roft après les égyptiens appellerait auffi Ptolemee Roy : &par ialou- 
lie les prouinces de la haulte Afie, & les Thraces appellerait Seleucus, 
&Lifymachus Roys. Et fans aller fi loing, les anciens Roys de Lorrai- 
ne, & dcBourgongne,deilors qu'ils rendirent la foy, & hommage aux 
Empereurs d'Alemagne, perdirent la qualité de Roys , & Rappellerait 
Ducs . nous auons monftré cy defllis , que celuy qui tient en foy , Se 
hommage d'autruy, ne peut eftre Roy ny fouuerain : corne dit vn Poè- 
te , Qui rex eji } Regem Maxime non habeat. Car le nom de Roy, a touf- 
iours elle augufte,&le plus honorable que le Prince fouuerain puilîè 
auoir . cV pour celte caufe l'habit , les marques, les lignes des Roys 3 ont 
toullours efté particuliers, & non communiquez: comme ancienne- 
ment le bendeau royal , & le feeptre . &n'y eut chofe qui rendit la ma- i es * rques oy 
jeîté des Roys de Rome tant vénérable, que les aornemens royaux, que 
Tarquin le prifque apporta des anciens roys d'HetruriejCommenous 
lifons es hiftoires. Et mefmes les Romains, quoy qu'ils euflent chan- 
gé la puiflance royale en populaire : fi eft-ce que le Sénat Romain., 
auoit accoultumé d'enuoier aux roys les marques royales, à fçauoir 
le Diadefme^ou la couronne d'or, la coupe d'or, le feeptre d'yuoire, 
& quelquesfois la robbe de pourpre brochée d'or , & la (elle d'yuoire, 
ainfî que nous lifons es 8 hiltoriens . Et au regiftre du Pape Grégoire s-TadUib. z.& 4 . 
feptiefme,onlift que Demetrius fut eftabli Roy de Croatie^ Scia- u?E 
uonie par le feeptre , la couronne , & la bannière . Les Papes , & Empe- 
reurs ont fouuent diftribué ces beaux tiltres de roys,ores qu'ils neuf 
lent aucun pouuoir de ce faire : non plus que l'Empereur Anaftafe 
qui enuoyales aornemens Confulaires, &le tiltre d'Augulteau Roy 
de France Clouis,qui lesreceut en la ville de Tours, comme dit He- 
111011. & Iuftinian qui donna le tiltre de Patrice au Roy Chiidebert: 
non pas qu'il vouluit faire plus Roy qu'il eftoit, mais il donna fon or- 
dre à vn grand Roy :ainfique font les rovs àprcfentlesvnsaux autres. 



2:0 DE LA REPVBLIQ^VE 

Audi l'Empereur Fridcric i.enuoya à Pierre feigneur de Dannemarc 
l'efoec & la couronne, aucc la qualité de Roy: qualité qui eftoiteon- 

9.Tritcmiuscap.i 7 . traire à rcrTecT,attcndu qu il le rendit 9 vaffalde l'empire, &fift la fo y, ôc 
hommage à l'Empereur du royaume de Dannemarc, promettant^ 
obligeant tant luy, que fcsfuccefleurs, de tenir le royaume del'Empire: 
mais cède qualité hit preiudice à l'Empire : car peu à peu ils fe font exé- 
p tez de la fugetion de l'Empire. Et d'autant que le Duc d'Auftriche,eftat 
aufii appelle Roy par le mefme Frideric, ({ans preiudice des droits de 
l'empire,foy, &hômagc J reflort,&fouueraineté)& qu'il voulut aufîi tri- 
cher du fouuerain,rchjfant obéir aux eftats de l'Empire, douze ansa- 
presfut priuéde la qualité, &tiltrc royal. Et pour mefme faute que fift 
Henry Roy d'Angleterre, fils de Guillaume le conquerâr, de faire cou- 
ronner, & appeller Roy d'Angleterre de fon viuant, fon fils aifné Hen- 
ry : toit après le fils voulut feigaler au père, manier les affaires., de forte 
que le père & le fils entrèrent en querelles, & factions, qui fans doubte 
auoient ruiné lefrat, fi le fils nefuft mort le premier. Il f'eft bien veuen 
ce royaume, au commencement du règne de Capet,que pour afîeurer 
l'eftat à fon fils Robert, & Robert à Héry, &ceftui-ci à Philippe,lesfai- 
foient couronner, & appeller Roys : comme en cas pareil Changuis., 
premier Roy de Tartarie,éleu par les fugets,riit. couronner Hocota fon 
fils aifné de fou viuant . mais cela eft de penlleufe fuitte , fi le nouueau 
Roy ifeft pourueu d'vn royaume : comme fift Seleucus,lequel ayât fait 
couronerj&appeller Roy fon fils Antioque, par mefme moyé le pour- 

i.piutar.inDeme- ueut aufii du royaume delà haute l Afie. ou bien que le royaume foit e- 
lectif: comme font ceux de Polongne, Dannemarc, Suede,où les Roys 
de leur viuant font élire leurs enfans, ou ceux qu ils veulent auoir pour 
fuccefl'eurs: & font que les princes &feigncurs du pays., leur preftent le 
ferment de fidélité : comme Goftaue Roy de Suéde, ayant empiété l'e- 
ftat fus les Roys de Dânemarc,fift élire Henry fon fils : & Frideric,àpre- 
fentRoy de Dannemarc, fut éleu Roy fan m. d. l v j. deux ans aupar- 
auât la mort du père, lequel doubtantque fes oncles Iean,& Adolphe, 
vouluffent pratiquer après famort J vnenouuelleelecl:ion,prialeRoy, 
par M. Danzai ambafîadcurde France, ôVpuis y enuoya ambaffadeur 
exprès pour y tenir la main, & le receuoir en fa protecliô.Ainfifaifoiér, 
& font encores en partie, les Roys de Maroc^de Fez,de Tunes, comme 
nous lifons en Léon dAfrique : & de noftre mémoire Ferdinand d'Au- 
ftriche fift élire de fon viuant & couronner Maximilian Roy d'Hon- 
grie, & de Bohême: & depuis peu de temps, Maximilian a fait le fembla- 
bleà fon fils Erneft.Sigifmond Augufte voulue bien aufïi nommer vn 
fuccefleur Roy de Polongne, mais il fut empefché par les eftats: car 
combien que ce foit le plus feur moyen, pour euiter aux feditions : fi eft 
ce qu'il cft à craindre que le droict d'ele&iô pafle en force de fucceflion: 
ainfi qu'on a veu l'empire en la maifon d'Auftrichc continuer par vne 

longue 




LIVRE SECOND. 2,11 

longue fuitte de telles preuentions . & le royaume de Nouergue fait he- 
reditaire 3 voire fuget à la fucceiïlo des femmes : & pour cefte caufe pre- 
tédu par la douairière de Lorraine, 'S: la Comteffe Palatin, filles de Cri- 
ftierne Roy de Daiineinarc.qui ont remoftré^que Marguerite de Wol- 
mar par droit fucceflif fut Royne des trois royaumes, Noruergue,Sue- 
de,cVDannemarc. Voilaquâtàla monarchie royale, difons de la trois- 
ième, qui eft la monarchie tyrannique. 

DE LA CMONJRCHIE TY^NNIQ^E. 

C H A P. I I I I. 

A monarchie tyrânique,eft celle ou le Monarque foul- 
lant aux pieds les loix de nature, abufe delà liberté des 
francs fugets, comme defes efclaues, & des biens d'au- 
truy,comme des liens, le mot de Tyran , qui eft Grec, 
de fa propriété eftoit honorable , & ne fignifioit autre £ a propriété du 
choie anciénemét,que le Prince qui feftoit emparé de mot Tyrâ eftoit 
l'eftat fans le confentement de Ces citoyens, & de copagnon feftoit fait canemenu ^^ 
maiftre.ceftuy lài'appeUoitTyra,ores qu'il fufttreffagej&iufte Prin- 
ce. Auiîi Platon refermant à Deny s le tyran., luy donne cefte qualité par 
honneur, Platon à Denys le tyran falut. &la refponfe,Denys le tyran à 
Platon falut . Et pour monitrer que le mot de tyran, eftoit aufli bien at- 
tribué auiufte Prince qu'au mefehant , il appert euidemment, en ce que 
Pittaque., &Penandre qui furent eftimez entre lesfept fagesde Grèce 
eftoyét appeliez tyrans,ayans empiété l'eftat de leur pays.Mais ceux qui 
parforce^ouparfineife auoyent enuahi la fouueraineté, voyant que 
leur vie eftoit expofee à la merci de leurs ennemis,furentcotraints, pour 
feureté de leur vie, & de leurs biens, auoir gardes d'eftrangers à lentour 
deleursperfonnes.&groffegarnifon es forterelfes, 6V pour les foudoier 
& retenir,leuer de gros tributs,& impofts: envoyas que leur vie ne pou- 
uoit eftre affeuree , ayans de pauures amis , & de puiffans ennemis, ils 
mettoierit à mort, ou banniflbient lesvns pour enrichir les autres : ôc 
les plus perdus rauiffoientauec les biens,les femmes, &enfans. Cela fift, 
que les tyrans furent extrêmement hays,& mal- voulus. Car nous lifons 
1 que Denys le vieux, tyran d'vne partie de Sicile, auoit toufiours dix i.piutarqueenhvie 
mil loldats pour fa garde, & dix mil hommes de cheual, & quatre cens deDlon - 
galères armées & frétées, encorcs ne pouuoitil ranger fi peu de fugets 
qu'il auoit alTeruis: leur faifant defenfes defaflembler,ny de manger en- 
femble, quelque parenté qu'il y euft : & permettoit de voler, & def- 
poiïiller ceux qu'on trouueroit retournant après foupper en leur mai- 
fon.Et neantmoinsPlutarqueconfelle, qu'il a efté bon Prince, &quc 
ilapaflé en iuftice& vertu plufieurs princes qui fe font appeliez Roys. 
Auffi ne faut-il pas fort farrefter aux qualitez que les Princes f'attri- 

f iiij 



212. DELA REPVBLIQJ/E 

bucnr . car il fefttoufiours vcu , que les plus mefehants, & deteftables., 
ont pris les demies les plus belles, & les tiïtres les plus diuins . vray eft que 
les fugets ordinairement Te mocquent de ces beaux tiltres, &en don- 
nent de bien piquans par ironie:commc des trois PtolcmeesRoys d'E- 
gypte , dont l'vn fîft mourir Ton hère , l'autre fa mère, l'autre (on père, 
les fugets les appellerait par moquerie , Philadelphe, Philometor, 
Philopator . aulh eft-il aduenq, que les "charges, & offices les plus facrez 
ont elle abominables pour la mefehanceté de ceux quienabufoient. 
comme letiltre royal cftoiten horreur aux Romains, a. caufe deTar- 
quin l'orgueilleux. & le nom de Dictateur , à caule de Sulla : & des Gon- 
faloniers de Florence, à caufe de François Valori . ainfi cft-il du Tyran. 
Or il fe peut faire , qu'vn mefme Prince foit Monarque feigneurial de 
quelques fugets , royal des vns^ & tyran enuers les autres, ou bien qiui 
tyrannilè les riches, & nobles, & qu'il porte faueur au menu peuple. 
& entre les tyrannies il en y a de plufieurs fortes & plufieurs degrez, 
déplus, ou moins. & tout ainiî qu'il n'y a fî bon Prince , qui n'ait quel- 
que vice notable : auilivoit on qui! ne fetrouuc point de fi cruel ty- 
ran, qui n'ait quelque vertu,o u quelque chofe de louable . Par ainfi c'ell 
chofedetref-mauuais exemple, & fort dangereufe, défaire finiftre iu- 
gement d'vn Prince, qui n'a bien cogneu fes actions, fes comporte- 
mens, & fagement balancé fes vices, & vertus , fes exploicts héroïques, 
& mefehancetez capitales , à la façon des Perfes,qui ne donnoient 
point fentence de condemnation, fi le coulpable n'eftoit attaint, & co- 

i Diodiibi&i uaincu d'auoir fait plus de l mal que de bien.C'eftpourquoy nous met- 
trons en contrepois les deux extremitez,d'vnbon, &iuile Roy, contre 
vn tyran deteftable : affin que la difteréce (bit mieux remarquée. Quand 
iedy bon &iuileRoy l i'entends parler populairement, & non pas d'vn 
Prince accompli de vertus héroïques, ou d'vn parangon de fagefle, de 
iuftice, de pieté, & fans blafme, ny vice aucun : car ces perfections font 
trop rares: mais l'appelle bon, &iufteRoy, qui met tous fes efforts de 
eftre tel , & qui eft prell d'employer Ces biens,fonfang, & fa vie, pour 
fon peuple: comme vn B.oy Codrus,vn Decius^ lefquels eftant aduer- 
tis, quela viclroiredependoitdeleurmortjfoudainfacrifierentleurvie: 
& fur tous vn Moyfe que Philon appelle fage législateur, iufteRoy, ôc 
grand Prophète, qui pria Dieu de rayer pluftoii fon nom duliurede 
vie, qu'il ne pardonnait à fon peuple, aymant mieux eilre damné, que 
fon peuple perifl: qui eftoit bien vn tour de Prince débonnaire, & de 
vn vray père du peuple. Or la plus notable différence du Roy , & du 
Tyran eft, que le Roy fe conforme aux loix de nature : & le tyran les 

Royautyran " ^ ou ^ e aux pieds . l'vn entretient la pieté, laiuftice, & la foy : l'autre n'a 
ny Dieu,ny foy, ny loy :l'vn fait tout ce qu'il penfe fèruir au bien 
public, &tuition des fugets: l'autre ne fait rien que pour fon profit 
particulier, vengeance, ou plaifir : l'vn f'efForce d'enrichir [es fugets, 

par 



LIVRE SECOND. MJ 

par tous les moyens dont il fe peut aduifèr : l'autre ne batift fa maifon, 
que la ruine d'iceux. l'vn venge les iniures du public , 8c pardonne les 
les fiennes : l'autre venge cruellement Ces iniures, 8c pardonne celles 
d'autruy . l'vn efpargne l'honneur des femmes pudiques: l'autre triom- 
phe de leur honte, l'vn prend plaiiird'eftreaduerti en toute liberté, & 
(agement repris,quand il a failli -.l'autre n'a rien plus à contrecueur, que 
l'homme graue, libre, & vertueux : l'vn f efforce de maintenir les fugets 
en paix, &vnion: l'autre y met toufiours diuifion, pour les ruiner les 
vns parlesautres, 8c fengrefferde confifeations : l'vn prend plaifîr d'é- 
lire veu quelquesfois, 8c ouy des lès fugets : l'autre fe cache toufiours 
d'eux, comme de les ennemis : l'vn fait eftat de l'amour de fon peuple: 
l'autre de la peur : l'vn ne craint iamais que pour fes fugets :l'autre ne re- 
double rien plus que ceux là : l'vn ne charge les liens, que le moins qu'il 
peut^&r pour la neceffité publique : l'autre hume le fang,roge les os,fuc- 
ce la moiielle des fugets, 8c feulement pour les affoiblir : l'vn cherche les 
plus gés de bien^pour employer aux charges publiques: l'autre n'y em- 
ployé que les larros, 8c plus mefchans,pour f en feruir comme d'efpon- 
ges: l'vn donne les eftats,&offices,pourobuier aux c6culïions,&foul- 
ledu peuple -.l'autre les vend le plus cher qu'il peut, pour leur donner 
moyen d'affoiblir le peuple par larcins, 8c puis couper la gorge aux lar- ^ 
rons, pour eftre réputé bon iufticier : l'vn mefure fes meurs, & façons au 
pied des loix: l'autre fait feruir les loix à Ces meurs : l'vn eft aymé 8c adoré 
de tous fes fugets: l'autre les hait tous,& eft hay de tous, l'vn n'a recours 
en guerre qu'à (es fugets : l'autre ne fait guerre qu'à ceux là : l'vn n'a gar- 
de,ny garnifon que des fiens,i'autre que d'eilrangers : l'vn f efiouift dVn 
repos affeuré,&tranquilité haute: l'autre languiften perpétuelle crain- 
te : l'vn attend la vie tref-heureufe:l'autre ne peut euiter lefupplice éter- 
nel : l'vn eft honnoré en fa vie,& defiré après fa mort : l'autre eft diffamé 
en favie.&defchiré après fa mort. Il n'eft pas befoin de vérifier ceci par 
beaucoup d'exemples,qui font en veue* dVn chacun. Car noustrouuos 
es hiftoires, la tyrannie auoir efté fi deteftable, qu'il n'eftoit pas iufques 
aux efcholiers 8c aux femmes, qui n'aient voulu gaigner le prix d'hon- 
neur à tuer les tyrans . comme nft Ariftote, celuy qu'on appelloit Dia- 
lecticien, qui tua vn tyran de Sycione: &Thebé fon mari Alexandre, 
tyran des Phereans.Et de péferque le tyran fepuiffeguarentir par force, Boucherie des 
ceft vn abus -.car qui eftoit plus fort que les Empereurs Romains? ils t 7 raDS » 
auoient quarante légions ordinaires, & deux ou trois autour de leurs 
perfonnes , 8c toutesfois il ne f'en trouua iamais d'alTailînez en fi grand 
nombre en Republique quelconque : 8c mefmes les capitaines des gar- 
des bien fouuent les ont tuez : comme Cherea fiù: à Caligula, 8c les 
Mammelus aux Sultans d'v£gypte. Mais qui voudra voir à l'œil la fin 
miferable des tyrans , il ne faut lire que la vie de Timoleon.,& d'Aratus: 
oùlon verra les tyrans arrachez du nid de la tyrannie , puis dcipoiïillez 






«4 DE LA REPVBLIQJ/E 

tous nuds, & flaitris iufqucs à. la more, en prefenec de la ieunefîe,& 
leurs femmes, enfans, & adherans , meurtris & trainez aux cloaques •. & 
qui plus eft,lesftatuesde ceux quieftoicntmortsenla tyrannie, accu- 
fecs, & condamnées publiquement, puis exécutées par les bourreaux, 
les os deterrcz,& gettez aux efgouts: & les courratiers de tyrans,demé- 
brez, & traînez aucc toutes les cruautezdefquelles vn peuple forcené 
de vengeance fe peut aduifèr: leurs editslacerez,leurs chafteaux, & ba- 
ftimens fuperbes rafez de fond en cornble:& leur mémoire condamnée 
d'infamie perpetuelle,pariugemens,cv: par liures imprimez, pour feruir 
d'exemple à tous Princes, affin qu'ils aient en abomination telles pe- 
lles fî danercreufes , 8c fi pernicieules au genre humain . Il eu: bien vray 
qu'il yatoufiours euquelques tyrans, qui n'ont eu faute de fiateurs hi- 
ftoriensàgaiges,mais il eft aduenu après leur mort, que leurs hiftoires 
ont efté bruflecs,&: fupprimees,& la vérité mife en lumiere,& bienfou- 
uent auec amplificatiomde forte qu'il ne refte pas vn liure de la louange 
d'vnfeul tyran, pour grand & puhTant qu'il fuft.ee qui fait enrager les ty- 
rans,lefquels ordinairement bru (lent d'ambition, comme Néron, Do- 
mitian,Caligula. Car combien qu'ils ayent mauuaifè opinion de l'im- 
mortalité desames,{îeft-ce toutesfois pen dant qu'ils viuent, ils foufFréc 
défia l'infamie, qu'ils voyent bien qu'on leur fera après leur mort: de 
quoy Tibère l'Empereur feplaignoit fort :& Néron encores plus qui 
fouhaitoit quand il moufroit, que le ciel, & la terre fuft réduit en flam- 
me. Etpour cefte caufeDemctrius Taffiegcur gratifia les Athéniens, & 
entreprint la guerre pour leurs droits, cV libertez, arrin d'eftre honnoré 
par leurs efents : fçachant bien que la ville d'A thcnes,eftoit comme vne 
guette de to ute la terre,laquelle auffi toft feroit reluire par tout le mode 
la gloire de fes faits, cômevn brandon qui flamboyé fus vne haute tour: 
mais auflî toft qu'il fe lafcha aux vices, & vilanies , iamais tyran ne fut 
mieux laué . Et quand bien les tyrans n auroient aucun foin, ny fouci de 
ce qu'on dira : fi eft-ce neantmoins que leur vie eft la plus miferable du 
monde., d'eftre en crainte, & frayeur perpétuelle, qui les menace fans 
cefle, & les poinçonne viuemcnt,voiant leur eftat& leur vie toufiours 
en branfle. car il eft impoflible que celuy qui craint,& hait fes fugets,c\: 
eft aufîi craint, &hay de tous,lapui(îe faire longue. Et pour peu qu'il foit 
aflailli des eftrangers , foudain les fiens luy courent à fus . car meimes les 
tyrans n'ont aucune fiance en leurs amis , aufquels le plus fou uét ils font 
traiftres &defloyaux: comme nous lifons des Empereurs Néron, Co- 
mode, &Caracalla,quitueret les plus fideles,& loyaux feruiteurs qu'ils 
eu/Tent. &quelquesfois tout le peuple d'vnemefme furie court à fus au 
tyran : comme il fift à PhaIaris,Heliogabale,Alcete tyran des Epirotes, 
Andronic Empereur de Conftantinople qui fut defpoiïillé & monté 
toutnud fus vnafne, pour receuoir toutes les contumelies qu'il eft po£ 
fible tf auparauant que d'eftre tué: ou bien eux mefmes minutent leur 

mort, 



L I V R E S E C O N D. u s 

mort, comme l'Empereur Caracala, qui mâda à l'aftrologue Maternus, 
qu'il luy efcriuiftceluy quipouuoit élire Empereur: le deuin luy ref- 
pondit que c'eftoitMacrimauquel de bon heur la lettre s'ad relia, &au£ 
fi toit il fin: tuer Caracala,pour euiter ce qui luy eftoit préparé. & Com- 
mode ayant efchappé le coup de poignard d'vn meurtrier ( qui dift de- 
uant que fraper, leienat t enuoye cela ) fiil vn roolle de ceux qu'il vou- 
loit faire mourir,où fa garfe eftoit efcrite:& le rooleeftant tombé entre 
les mains d'elle, le hafta de le faire tuer.Toutes les hiftoires ailciénes font 
pleines de (èmblables exemples , qui monftrent allez, que la vie des ty- 
rans cft touilours afïiegee de mil & mil malheurs ineuitables . Le gou- 
uernement du Monarque Royal eft du tout contraire au tyrannie : car 
le Roy eft tellement vni auec Ces fugets,qu'ils emploient volontiers leur 
bien, leur fang,& leur vie,pourlatuition&defenfede foneftat, defon 
honneur,&defavie:&apresfamort ne,ceffentd'efcrire,chanter,& pu- 
blier [es louanges, & les amplifier tant qu'ils peuuent : comme nous 
voyons enXenophon Icpourtraict tiré au vif d'vn grand, & vertueux 
Prince, foubs la perfonne de Cyrus , où il a bien fort amplifié fes louan- 
ges : pour donner exemple aux autres Princes, de fe conformer àceftui- 
là: comme défait ilenprintàScipioni'AfricanJequelayant toufîours 
deuât les yeux,& entre les mains la Cyropxdie de Xenophon , il furpaf- 
fa en vertu , honneur, &proiiefle, tous les Roys & Princes de fon aage, 
&qui auoient efté auparauant luy, de forte que les corfaires fçachans 
qu'il eftoit en famaifon efloignee des villes, l'enuironnerent, & comme 
if fe mettoit en defenfe de les repoulièr, ils getterent les armes bas, l'af- 
feurant qu'ils n'eftoient venus là que pour le voir & l'adorer , commeils 
flrent.Silalumiere,& fplendeur de la vertu d'vn tel Prince, a bien attrait Vertus herof- 
&raui les voleurs,& corfaires enadmiration,combiendoibtelleauoir q ucs deScipion 
de force es bons fugets? Et qui eft le Prince tant ftupide, quinefoit faifl 
deioye, oyant dire que Menandre Roy des Baclrians fut il aimé des 
fiens,pour fa iuftice&: vertu, qu'après fa mort les villes furent en grands 
debats,à qui auroit l'honneur de fa fepulture ? & pour les appaifer,il fut 
accordé que chacune feroit vne fepulture . Qui eft le Prince 11 méchant Louage plus que 
qui nebruiled'enuie, &de ialouiie lifant le Panegyric de l'Empereur diurne de Tra- 
Traian? car Pline après l'auoir eleué iufquesauciel,concludainfi, Que 
le plus grâd heur qui peuft aduenir à l'empire, eftoit que les dieux prin- 
fent exemple à la vie de Traian . Qui eft le tyran il cruel, quelque bon- 
ne mine qu'il face, qui nedeiireà pleins fouhaits l'honneur que receuc 
le Roy Ageillaus, alors qu'il fut condamné à l'amende parles EphoreSj 
pour auoir derobbélecueur,& gaigné tout feul l'amour de tous Ces 
citoyens? Qui eft le Pvoy qui nefouhaittelefurnomd'Ariftidele iufte? 
tiltrele plus diuin, & le plus royal que iamais Prince fçauroit acquérir, 
au lieu que plufieursfe font appellerconquerans,aiTiegeurs, foudroyas. 
Au contraire quand nous lifons les cruautez horribles de Phalaris, Bu- 



un. 



216 DE LA REPVBLIQJ/E 

fîris. ) Nero. ) Caligula, qui eft celuy qui ne foit efmeu d'vne iuftc indigna- 
tion contre eux? Voila les différences les plus remarquables du Roy & 
d u tyra : qui ne font pas difficiles à cognoiftre entre les deux extremitez 
d'vn Roy tref-iufte, &d'vn tyran trefmechant: mais il n'eft pas fî aifé à 
iuger,quad vn Prince tient quelque chofe d'vn bon Roy,& d'vn tyran. 
Car le temps,les lieux,les perfonnes,les occafions quife prefentent,con- 
traignét fouuent les princes à faire chofes quifemblent tyrâniques aux 
vnsj&loiiablcs aux autres. Nousdir6scyapres,cobienlegouuernemet 
Decifiô notable doit cftredifFerend,pour la différence des peuples, il fuffiilàprcfcot la- 
pourlesobligati- uoir touché,affin qu'onnemefurepaslatyrânieàlaféuerité,quiefttref- 
ons do Roy, & nece flaire à vn Princeiou bien aux gardes & fortereflés,ou bien à la ma- 
jefté des commandemens impériaux, qui font plus àfouhaittcr,queles 
douces prières des tyrans,qui tirent après foy vneforce ineuitable.C'eft 
pourquoyen termes de droit celuyqui feft obligé à la prière d'vn ty- 
ran 1 efttoufiours l reftitué:&fil fobhge par commandemét d'vn bon 

i. Lu per imprdho- v ' . , C 11 • I 

ncm.quodm«us.c. Prince, il ne peut eitre releue . Etnerautpasappeller tyrannie les meur- 
Puflùffcmo/œMc- très, banniffémens, faifîes,& autres executions,ou exploits d'armes qui 
fn cap' q 'hi'finuamc! & font au changement des Republiques ou reftabliffement d'icelles: car 
qui cicrici vci vo- [\ ne f e fift iamais , & ne fe peut faire autrement, quand le changement 
eft violent : comme on a veu au triumuirar, & fouuent aux élections de 
plufieurs Empereurs. auffi nedoibt on pas appelier tyrannie , quand 
Cofmede Medicis, après le meurtre commis en la perfonne d'Alexan- 
dre Duc de Florence, baftit des citadelles, f'enuironna de gardes eftran- 
geres , chargea les fugets de tributs & impofts : car il eftoit neceflaire 
d'auoirvn tel médecin à vne Republique vlcereede tant de feditions, 
& rebellions, &enuersvn peuple effréné & debordéen toute licence, 
qui fift mille coniurations contre le nouueau Duc, lequel a emporté le 
nom d'vn des plus fages, & vertueux Princes de fon temps . Au contrai- 
re, il aduient fouuent que pour la doulceur d'vn Prince, la Republique 
eft ruinée , & pour la cruauté d'vn autre elle eft releuee. On fçait allez 
combien latyranie de Domitian fut terrible au Sénat, àlariobleffe,aux 
grands féigneurs & gouuerneurs de l'Empire Romain : &: toutesfois 
3 . Tnn<joiL «Do- apresfamort les peuples, &prouincesfen louèrent } bien fort: par ce 
LarTcur & fc *î u '^ nc ^ rrouua i am ais officiers, ny magiftrats plus entiers que de fon 
uemé d'vaPrin. temps, de crainte & de frayeur qu'ils auoient. Car la tyrannie peut cftre 
ce,eit plus vtilc £ vn prince enuers vn peuple forcené , pour le tenir en bride auecvn 

quelatropgcan- r .. x -i r r • 1 m n 1 • 

de bonté. mors fort & roide : comme il le rait au changement d vn eltat populaire 

en monarchie : & cela n'eft pas tyrannie,ains au côtraire Cicerô appelle 
ty rannie la licence du populace effréné. Auffi la tyrannie peut eftre d'vn 
Prince contre les grands féigneurs , comme il aduient toufiours aux 
changemésviolens d'vne Anftocratie en monarchie,alors que le nou- 
ueau Prince tue.,bannit,c\:connTque les plus grands: ou bien d'vn Prin- 
ce neceifiteux &pauure,quine fçaitoù prendre argent, bien fouuent 

il 



LIVRE SEC OND. %n 

il ^drefTe aux riches, foit à droit ou à tort, ou bien que le Prince veut 
afiacbirle menu peuple de la (eruitude des nobles & riches, pour auoir 
par mefme moyen les biés des riches, & la faueur des pauurcs. Or detous 
les tyrâs il n'y en a point de moins deteftablcque celuy qui s'atache aux 
grands, efpargnant lefang du panure peuple. Car ceux là s'abufent bien 
fort,quivôt louant, &; adorât la bonté d'vn Prince doux.gratieuxjcour- 
tois,& fimple:car telle fimplicitéfansprudéce, efttrefdâgereufe & per- 
nicieufeenvnRby,.& beaucoup plus à craindre, que la cruauté d'vn 
Prince feuere,chagnn,reuefche,auarec\:inacceiiible.Etremble que nos 
pères anciens n'ont pas dit ce prouerbe fans caufc,De mefehant homme 
bon Roy :qui peut fembler eitrage aux aureilles délicates, & qui not pas 
accouftumédepoizerà la balance lesraifonsde part & d'autre. Parla 
foufïrâce &niaifefimplicité d'vn Prince trop bon,iladuientquelesfla- 
teurs,les courratiers,& les plus mefehans emportent les oflicesjes char- 
ges,les benefices,les dos,epuifàns les finances d'vn eftat:& par ce moyen 
le pauure peuple eft rongé iufqu'aux os, & cruellement afîerui aux plus 
grâds:de forte que pour vn tyran il en a dix mil.aufli aduient-il de celte 
bonté par trop grande vne impunité des mefehans, des meurtriers, des 
c6cufTionnaires:car le Roy fi bcn,& fi libéral n'oferoit refufer vne grâ- 
ce. Brief, foubs vn tel Prince le bien public eft tourné en particulier , & 
toutes les charges tombét fus le pauure peuple: corne on void les catar- 
rhes &fluxios envn corps floùet& maladif tôbertoufiours fus les par- 
ties \çs plus foibles. On peut vérifier ce que i'ay dit par trop d'exemples, 
tant des Grecs que des Latins : maisien en chercheray point autre part 
qu'en ce Royaume, qui a efté le plus miferable qui fut onques, foubs le 
règne de Charles furnomé le Simple, & d'vn Charles Faitneât.Onl'a veu 
auifi grâd, riche, & floriflant en armes, ôc en loix fus la fin du Roy Fran- 
çois i. lors qu'il deuint chagrin & inaccefïîble, Ôc que perfonne n ofoit 
aprocher de luy pour rien luy dcmâder:alors les eftats,ofnces Ôc bénéfi- 
ces n'eltoiét donnez qu'au mérite des gens d'honneur: ôc les dons telle- 
ment retrâchez, qu'il fe trouua en l'efpargne quâd il mourut,vn million 
d'or,& fept césmilefcus,&le quartier de Mars à receuoir,fans qu'il fufl 
rien deu,finon bien peu de chofe,aux Seigneurs des ligues,& à la bâque 
de Lyon, qu'on ne vouloitpaspayer pour les retenir en debuoinlapaix 
affeuree auec tous les Princes de la terrcles frotieres eftendues iufqu'aux 
portes de Milair.le Royaume plein de grâds Capitaines, Ôc des plus fça- 
uans homes du mode . On aveu depuis en douze ans que régna le Roy 
Henri ii. (la bonté duquel eftoit fi grande qu'il n'en fut onques de pa- 
reille en Prince de fbn aage)l'eitat prefque tout châgé.car corne il eftoit 
doux,gratieux &debonnaire,aufîi ne pouuoit-il rien refufer à perfon- 
ne. ainfiles finances du pere en peu de mois eftât epùifec . cm mifi plus 
que iamais les eitats en vête, ôc les bénéfices donez fans refpeàt, les Ma- 
giftrats aux plus ofFrâs,& par confequét aux plus indignes . les impofts 

t 



2i8 DE LA REPVBLIQJ/E 

plus grads qu'ils ne furet onc auparauât. & ncantmoins quâd il mourut 
Teftat des finâces de Fràce fe trouua chargé de quarâte & deux millios: 
après auoirperdu le Piedmont,laSauoye,rifle de Corfe,& lesfronticres 
du baspays.combienque ces pertes là eftoient petites 3 eu égard à la ré- 
putation^ à l'honneur . Si la douceur de ce grâd Roy euft eftéaccom- 
paignec de feuerité, fa bonté méfiée auec la rigueur, fa facilitéauec l'au- 
iterité,on n'euft pas 11 aifément tiré de luy tout ce qu'on vouloit. On 
me dira,qu'ileft difficile de trouuercemoyenentreleshomes,&moins 
encores entre les Princes, qui font le plus fouuentpreflezde pallions 
violentes, tenas l'vne ou l'autre extrémité. Il eit bien vray que le moyen 
de vertu enuironné de plufîeurs vices, corne laligne droi&e entre vn 
million de tourbes, eft difficile à trouuer : fi eft-ce neantmoins qu'il eft 
plus expédient au peuple, & à la côfèruation d vn eftat, d'auoir vn Prin- 
ce rigoureux & feuere.,que par trop doux & facile . la bonté de l'Empe- 
reur Pertinax,& la ieuneffe enragée d'Heliogabale^auoient réduit l'Em- 
pire Romain à vn doigt près de fa cheute, quand les EmpereursSeuere 
l'Africain, & Alexandre SeuereSurian, le reftablirent par vne feuerité 
roide,& impériale aufterité,en fa première fplédeur.,&majefté,auecvn 
merueilleux contentement des peuples & des Princes . Ainfi fe peut en- 
tendre l'ancien prouerbe, qui dit, De mefehant homme bon Roy: qui 
eft bien crud.,11 on le préd à la propriété du mot, qui ne lignifie pas feu- 
lement vn naturel auftere. & rigoureux, ains encores il tire auec fov le 
plus haut poincl: de malice, &d'impiete, ce que nos pères appelloient 
mauuais : corne Ion appelloit Charles Roy de Nauarre,le mauuais,l'vn 
des plus feelerez Princes de fon aage : & le mot de Mefehant fignifioit 
maigre, & fin . autrement le prouerbe que i'ay dit,feroit vne confufion 
du iufte Roy au cruel tyran . Il ne faut donc pas iuger le Prince tyran, 
pour eftre feuere ou rigoureux 3 pourueu qu'il ne cotreuienne aux Ioix 
de Dieu, & dénature. Ce poin&efclairci, voyons s'il eft licite d'atten- 
ter à la perfonne du tyran. 

S'IL EST LICITE D'ATTENTER A 

laperjonne du tyran & après fa mort anmller i & cajjer 
fis ordonnances. 
c h a p. v. 

tfrTfMJfc^ A propriété du mot Tyran ignorée en a trompé pîufieurs, 
o.Bartoi.tyrannum & JMwK °i u i a caufé beaucoup d'inconueniens . Nous°auons dit, 

deeem conie&uiis Vj jK'J&J%i) 1 n. 1 • J f n • ' T f ' 

probari dicinntra- J SC^IS 4 ue tvran e " celuy , qui de la propre audtonte le fait 

f8^.} d o. tyr5nia ' nu ' i^r<r Prince fouuerain , fans eledion, ny droit fucceffif ny fort, 

ny iufte guerre,ny vocation fpeciale de Dieu, c'eft celuy duquel les ef- 

critsdes anciens s'entendent, & les loix qui veulent, que celluy-là foit 

i.piutar.inArato& mis à mort:& mefmesles r anciens ont ordonné de grands loyers &re- 

compenfesaux meurtriers des tyrâs:c'eft à fçauoir les tiltres de nobleffe, 

de 



LIVRE SECOND. 219 

deproiïefle,decheuaIerie,Iesfl:atues,& tiltreshonorablesrbriefles bies tuerlc^raiT"" 
du ty ran,côme aux vrais libérateurs de la patrie^ou comme difoient les 
Candiots de la matrie . Et en ce cas ils n'ont fait aucune differece du bon 
& vertueux Prince au mefchant & vilaimcaril n'appartient à homevi- 
uat d'cnuahirla fouueraineté & fe faire maiftre de fes côpaignos, quel- 
que voile de iuftice,& de vertu qu'on pretede: & qui plus eft en termes 
de droicVceluy eft coulpable de mort qui vfe des marques referuees à la LL&su&a. dedi- 
fouueraineté.Si doc le fuget veut enuahir & voler l'eftat à Ton Roy,par "^£«^1 «do 
quelque moyé que ce foit,ou en l'eftat populaire,ouAriftocratique,de r « i,etur - c - 
côpaignon fe faire feigneur,il mérite la mort. Et par ainfînoftrequeftio, 
pource regard, n'apoint de difficulté. Il eft vray que les Grecs ont efté 
en difTeiét cotre les Latins^fi en ce cas on doit preuenir par voy e de fait, 
la voye de iuftice.car la loy l Valeriajpubliee à la requefte deP.Valerius 5 . pi ut ar.inp u biico- 
Publicola,le veutainii -.pourueu qu'après l'homicide, on aueraft^que ^j eft lidtc dc 
celuy qu'on auoit occis, auoitafpiréà la fouueraineté, qui auoit bien preuenir la voye 
erâdeapparéce.cardV vouloir procéder par voye de iufticejilfemble dc mftlce P OUL " 

6 1 / 1 n. n. • U ■ '1 d II > Cl v tuer vn tyran. 

que le reu plultolt auroit embraze la Republique,qu on y peult venir a 
temps. & cornent feroit-on venir en iugement celuy quiauroit laforce 
autour de luy? qui auroitfaifi les fortereiles?vaut-il pas mieux preuenir 
par voye défait , que voulât garder la voye deiuftice perdre lesloix,&; 
î'eftat?Toutefois 6 5olon fift vne loy cotraire,par laquelle il eft expreiré- 6 .pi uta r.inPubUco. 
met défendu d'vfer de la voye de fait,ni tuer celuy qui fe veut emparer Ia - 
delafouueraineté,quepremieremétonneluyaitfait&parfaitfonpro- 
cés:qui femble plus équitable que la loy Valeria:par ce qu'il fe trouuoit 
plufîeurs bons citoyés.,& gês de bien, occis par leurs ennemis,fous cou- 
leur de tyrannie^ puis il eftoit aifé de faire le procès aux morts. Mais il 
me femble.pour accorder ces deux loix^ en faire vne refolutio. que la ^n- A .. 

*• ... , r n ]f* , Dminctio pour 

loy deSolon doit auoir lieu , quand celuy qui eftfufpecl: detyrânie n'a accorder deux 
occupé niforces ni fortereiTes:& la loy Valeria,quâd le tyran s'eft decla- 01X contraires - 
ré ouuertemétjOU qu'il s'empare des citadelles & garnifons. Au premier 
cas,nous trouuons que le Dictateur Camil procéda par voye de iuftice 
cotre M.Manlius Torquatus:& au fecod cas, Brutus ôc Crafîîus tuèrent 
Cefar.CarSolon pour y auoir efté par trop religieux,ne peut empefcher 
qu'à fon veu, & fceu Pifîftratus de fuget,& citoyen ne fe fift maiftre : & 
les meurtriers qui occirét les tyrans d'Athènes, n'y procédèrent pas par 
voye de iuftice.On peut ici former plufîeurs queftiôs : à fçauoir fî le ty- 
ran que i'ay dit peut eftre tué iuftemét fans forme ni figure de procès, fi 
aptes auoir empiété la fouueraineté par force ou par finefîe, fe fait élire 
parles eftats:caril femble que ceft acre folénel d'élection eft vne vraye 7 .i.fi pC rimpreflîo. 
ratification de latyranie.que le peuple a pour agreable.iedineâtmoins ncm &1 -qu»"»«»r- 

>.i n 1. • , ^ I r I t> ^ > ceiem. quoJ mctu. 

qu il eft licite de le tuer,& y preuenir par voye de fait,fi ce n eftoit que le ff& ibidd - gio. mi. 

- A r •••11" r \ 1 n 1 r « >'i -ni r l'quodiuflù.ci.con- 

tyra deipouillat ion authorite,quittalt les rorces, & qu il remilt la puil- uenior.ij.q.8 io.au- 
fance entre les mains du peuple pour foufrir iugemét.car on ne 7 pcuc ap- qJiderfdveiywft! 



210 DE LA REPVBLIQ^VE 

peller confcntemét,ce que les tyrâs font faire au peuple defpoùillé de fà 
puiflanceicôme Sulla qui fe fift eftablir dictateur pour quatre vingts ans 
par la loyValeria, qu'il fift publier ayâtvne armée puiffante dedâs la ville 
o.in iib.de îcgib. j e Rome,Ciceron difoit°que ce n'eftoit pasloy : & en cas pareil Cefar, 
quife fift faire dictateur perpétuel par laloy Seruia:&CofmedeMedi- 
cis,lequel ayant vne armée dedâs Floréce,(e fift élire Duc,& fur la diffi- 
culté qu'on y faifoit, il fift faire vne fcopterie deuant le Palais , qui hafta 
bien les Seigneurs 6V Magiftrats de palier outre, mais fi les fucceileurs du 
tyran par lôg trait de téps^côme de centansauoiét tenu la fouueraineté, 
en ce cas la prefcription de fi logues années, corne en toutes autres cho- 
8.i.hociurc.$.du<fius fes pourroit feruir de 8 titre,quoy qu'on die quelafouueraineténepeut 
Ô q «p.vSientes a de eftre ° prefcripte,c'eft à dire en moins de cent ans. & mefmemét s'il n'y a 
lurcmrand. eu n j O pp f] t ion,ni proteftation des fugets au contraire : corne celle du 

Tribun Aquila,lequelfut fi braue,d'ofter la couronne qu'on auoitmife 
fus la ftatue de Cefar, quelque puiflancc qu'il euft , & qu'il trouuaft cela 
fort mauuais , iufqu a mettre à la fin de tous les mandemens , & grâces 
qu'il ottroyoir,S'ilplaïft au Tribun Aquila. Voila quât àcepoincldu 
tyran vertueux ou mefchâtqui fe fait feigneur fouuerain defon auérori- 
té.Mais la difficulté principale de noftre queftio gift à fçauoirjfi le Prin- 
ce fouuerain venu à l'eftat par voye d'eleîtionjOuparfor^ou par droit 
fucceffifjOU par iufteguerrejOU par vocatio fpeciale de Dieu, peut eftre 
tué,s'il eft cruel J exa6teur,& mefchât à outrâce : car c'eft la fignification 
9. Paris depmeo Lu qu'on done au mot Tyran. Plufieurs 9 Docl:eurs &Theologiês,qui ont 
â^nuïat oS"- touché cefte queftion, ont refolu qu'il eft licite de tuer le tyran, & fans 
reregerntyrannum. cfiftinctiomcx: mefmes les vns ont mis ces deux mots inc6patibles,°Roy 

Andr. lierai, m titu- , n 11 n ** 1 

îo. qux fin: regaiia tyran,qui a elte caule de ruiner de trelbelles & rleuriiiantes Monarchies. 
ij.ij!™Ii.anTmar" Maisafin de bien décider cefte queftion^ il eft befoing de diftinguer le 
de princfpXînjln- Prince abfoluement fouuerain,de celuy qui ne l'eft pas: & les fugets d'a- 
gei.de ciaua in fum- Uec j es eftrâgers.Car il y a bien différence de dire que le tyran peut eftre 

ma.verbofcditio.q. / •/ , , 1 / , X\ 

vit. Amoni. in fum- licitement tue par vn Prince eltranger,ou par le luget.Ettoutainli qu'il 
Sni.'acceniimus*. eft trefbeau & couenable,à qui que ce foit.defendre par voye de fait les 
camouftraS biens, l'honneur & la vie de ceux qui font iniuftement affligez,quand la 
detyrannia. porte de ïuftice eft clofe : ainfi que fift Moyfe, voyant battre & forcer 

o. Pans in traclat.de C ,.«, i V • 1 T rC n 1 r 

fyndk.intit. de e X - fonfrere,&: qu il n y auoit moyen d enauoir laraiion:auilieft-ce choie 
rL 1 autc r rn&feq" p ' trefbelle,& magnifique à vn Prince, de prendre les armes pour venger 
tout vn peuple iniuftemét opprimé par la cruauté d'vn tyran : corne fift 
le grâd Hercules, qui alloit exterminât par tout le mode ces môftres de 
tyrâs:& pour ces haults exploits a efté déifié, ainfi fift Dion, Timoleon, 
AratuSjCV autres Princes généreux, qui ont emporté le tiltre de cha- 
ftieurs,& correcteurs de tyrans. Auffi ce fut la feule caufe,pour laquelle 
Tmerlan Prince desTartares, denoça la guerre à Paiazet Roy des Turcs, 
qui lors afTiegeoit Coftantinople,difant qu'il eftoit venu pour chaftier 
fa tyrannie, &deliurer les peuples affligez. &de fait il levaincut en ba- 
taille 



LIVRE SECOND. m 

taille rangee,eri la plaine du mot Stella:& après auoir tué,& mis eii rou- 
rc trois ces mil Turcs,il fîft mourir le tyran enchailhé en vne cage. Et en 
ce cas il ne peut chaloir que le Prince vertueux procède cotre vn tyran 
parforce,ou par fineiîe,ou parvoyede iuftice:vray eft que file Prince 
vertueux a pris le tyran,il aura plus d'honneur àluy faire ion procez,& 
le chaftier corne vn meurtrier, vnparricide,vnvoleur,pluftoft que dv- 
fer enuers luy du droicl: des gens . Mais quât aux fugets,il faut fçiuoir il 
le Prince eft abfoluëmentfouuerain,ou bien s'il n eft pas fouuerain: car 
s'il n'eft pas abfoluëmentfouuerain., ileftneceflairequelafouueraineté 
Toit au peuple, ou bien aux feigneurs : En ce cas il n'y a doubte,qu'il ne 
foit licite deproceder cotrele tyran parvoye de iuftice,fi on peut fe pre- 
ualoir c6treluy:ou bien parvoye de fait & force ouuerte,ii autremét on 
n'en peut auoir la raifon: corne le fenatfiftenuersNeron au premier cas, 
& enuers Maximin en l'autre cas. d'autant que les Empereurs Romains , , 

n * i r r\ ■ i 1 A il- > n v i- i i.St5eton.inCaligul. 

n eftoiet rien autre choie, que Princes de la République, celt a dire pre- Tacnus inproœ- 
miers& chefs.demeurâtlaiouuerainetéau peuple &auSenat:comei'ay mi ° l " pnmi * 
moftré cy defTuSjque celle Republique làs'appeiloit Principauté. quoy 
que die*Seneque parlât en la perfonne de Néron fon dife iple,Ie fuis,dit 2. in iib.de ira. 
iL feul entre tousles hommes viuâs, eleu & choifî pour eftre lieutenant 
de Dieu en terre:iefuis arbitre delà vie & de la mort:ie fuis tout puifTant 
pourdifpoferàmon plaifir de l'eftat & qualité d'vn chacun, vray eft 
que de faicl: il vfurpa bien ceftepuiffance, mais de droit l'eftat n'eftoit 
qu'vnePrincipaufé,ou le peuple eftoitfouuerain. comme eft auiTi celle 
desVenitiens,quiontcondamnéàmortleurDucFalier, & fait mourir 
plufieurs autres fans forme ny figure de procès : d'autâtque Venize eft 
vne Principauté ariftocratique,où le Duc n'eft rien que le premier^ la 
fouueraineté demeure aux eftats des gentils-homes Vénitiens. Et en cas 
pareil, l'Empire d'Alemaigne, qui n'eft auïli qu'vne Principauté arifto- 
cratique, où l'Empereur eft chef & premier : la puifiancej&majefté de 
l'Empire appartiét aux eftats, qui debouterét l'Empereur Adolphe l'an 
m.c ex c v i.& depuis encores Wenceilan Tan m.c ce c. par forme deiu- 
ftice,comme ayant iurifdiction &puiiTance fur eux. Autant pouuons 
nous dire del'eftat des Lacedemoniens, qui eftoit vne pure ariftocratie, 
où il y auoit deux Roys., qui n'auoient aucune puiflance fouueraine, & 
n'eftoientrien que Capitaines. Et pour ceftecaufeil fetrouue que pour 
les fautes par eux commifes, ils ont efté condamnez à l'améde, comme 
Age(ilaus:ou à la mortxôme Agis & Paufànias: ce qui a efté aufti fait de 
noftre aage aux Roys de Dannemarch,& de Suéde: dot les vns ont efté 
bannis,les autres font morts prifonniersjes autres y font en cores. par ce 
que la NoblefTe prétend qu'ils ne font rien que Princes, & qu'ils ne font 
pasfouuerains, commenous auons monftré:auiTifont ils fugets aux 
eftats,qui ont droit d'ele&ion . Et tels eftoient anciennement les Roys 
de Gaule, que Cefar pour cefte caufe appelle fouuét e Regulos i c eft à dire 

t iij 



m DE LA REPVBLIQJV'E 

petits Roys,eftansfugets &iufticiablcs des feig rieurs, qui auoient toute 
fouueraineté:& les faifoient exécuter à mort^s'ils l'auoient mérité . c'eft 
pourquoy difoit Ambiorix Capitaine gênerai, qu'ils appelloient Roy 
des Liégeois . Nosmademés,dit-il,font tels, que le peuple n'a pas moins 
de puiffance fur moy,que moy fur le peuple . où il monftre euidemméc 
qu'il n'eftoit pas fouuerain. combien qu'il eft impofïlble que fa puiffan- 
ce fuft égale auec celle du peuple: comme nous auons monftre au cha- 
pitre de la Souueraineté. Mais file Prince eft abfoluëment fouuerain, 
comme font les vrais Monarques de France, d'Efpaigne, d'Angleterre, 
d'EfcoiTe, d'Ethiopie, de Turquie , de Perfe, de Mokhouie : defquels la 
puiffance n'eft point reuoquee en doubte , ny la fouueraineté mefpar- 
tie auec les fugets: en ce cas il n'appartient à pas vn desfugets en particu- 
lier, ny à tous en gênerai, d'attenter à l'honneur, ny à la vie du Monar- 
que, foitparvoye de fait, foit par voyedeiuftice, ores qu'il euft com- 
mis toutes les mefchancetez,impietez& cruautez qu'on pourroit di- 
re . car quât à la voye de iuftice, le fuget n'a point de iunfdiclion fur fon 
Prince,duquel dépend toute puiffance &c authorité de commander,& 
qui peut non feulement reuoquer tout le pouuoirdefes Magiftrats, 
ains aufll en la prefence duquel ceffe toute la puiffance, & iuriidiction 
detouslesMagiftrats J corps& Collegesjeftats&comunautezîcomme 
i.Au chap.de b fou- nous 1 auons dit 3 & dirons encores plus amplement en fon lieu . Et s'il 
?. Aucha'p.du re- n'eft licite au fuget de faire iugement defonPrince,auvafTal defonfei- 
ifr«s ïoiluem^es gneur,au feruiteur de fon maiftre : Brief s'il n'eft licite de procéder con- 
vns aux autres, iib.3. tre fon r ov par voye de iuftice , comment feroit-il d'y procéder par 
voye de fait? car il n'eft pas iciqueftion de fçauoir quielr. le plus fort, 
mais feulement s'il eft licite de droict, &filefugetapuiflance de con- 
damner fon Prince fouuerain . Or non feylement le fuget eftcoulpable 
o.i.quifquis ad î.iui. de leze majefté au premier chef/ qui a tuéle Prince fouuerain, ainsauili 
"îradiiuimaicft- 4 m a attenté.qui a donné 4 confeil,qui l'a voulujquil'a 5 penfé . & laloy 
^de^œnïff&Tn a trouu ^ ce ^ a fi énorme, que celuy qui eft preuenu, attainr,conuaincu, 
î.fi.quisnondicam f ans auoir foufïert condamnation , s'il decede } fon eftat n'eft point di- 

xapeie.de facrofan. , 6 ] r : C H. 1 JlfL' 

c. minuepour quelque crime que ce loit,ruit-ce le crime de leze majelte, 

6.1.vlt.adI.Iul.maie- 1 r • 1 • \ C \ \ • n / • r 

ftatisrr.&«.pxiiaics. norlmis le premier cher delamajelte, qui ne le peut ïamais purger par 
deaétio.initituc lamoredê celuy quieneftaccufé J & mefmes celuy qui n'en fut onques 
7.d.i.vit.adi.iui.ma- preuenu,laloy le 7 tient en cecas commes'ileftoitjacôdamné.Etcom- 
icftaLff. t>î en que la mauuaife penfee ne mérite point de peine,fî eft-ce que ce- 

luy qui a penfé d'attéter à la vie de fon Prince fouuerain, eft iugé coul- 
s. dd. in.d 1. fiquis pable de 8 mort,quelque repentence qu'il en ait eu.& de fait, il le trou- 
non dicam rapere. ua vn gentil-homme de Normandie, lequel fe confefla à vn Cordelier, 
de P œuis.£ qu'il auoit voulu tuer le Roy Frâçois i. fe repentat de ce mauuaisvou- 

loir.le Cordelier luy donna abfolution : & neantmoins depuis il en ad- 
uertitleRoy,quirenuoyale gentil-homme auParlemêt deParis,pour 
luy faire fon procès: oùil fut condamné à mort par arreft, & depuis exé- 



cuté. 



LIVRE SECOND. 213 

cuté . on ne peut dire que la Cour y procéda par crainte , veu que bien 
fouuent elle refufoit de vérifier les edits , & lettres patentes, quelque 
mandement que nYt le Roy . Et combien qu'il fe trouua vn homme in- 
fenfé,&dutoutfurieux,nommé Caboche, à Paris, qui tira l'efpee con- 
tre le Roy Henri 1 1. fans aucun erTedt. , ni effort, neantmoins il fut con- 
damné à mourir, fans auoir eçard à fa frenaifîe,que la loy 9 cxcufe,quel- 9. Liiiicitas.de offic. 

r 1 r \ r • r r > 1 • prarfid. fatis, înquit, 

que meurtre ou melchancete que race le furieux . ht ann qu on ne die i P r f ur orc torejue- 
point que les hommes ont fait ces loix.,& donné ces arrefts, nouslifons tur * 
en la faincl:eefcriture,que Nabuchodonofor Roy d'Affyrie , gafta le 
pays de la Paleftine , afliegea la ville de Hietufalem , la força 3 pilla, rafa 
maifons & murailles,bruîlale Temple, & fouilla le Sanctuaire de Dieu, 
tua le Roy, & la plufpart du peuple, emmenant le lurplus efclaue en Ba- 
bylone: &là fift faire vne ftatue d'or reprefentant fon image^ com- 
mandement à tous,fans exception, de l'adorer, fur peine 'd'eftre bruf- i.Danieii$ ca P .s. 
lez tous vifs: & fift getter en la fournaife ardente ceux qui refuferent l'a- 
dorer :& neantmoins le Prophète 1 addreflant vne lettre aux Iuifs, qui 2 .Baruchias ca P .i.& 
eftoientenBabylone,leurefcrit qu'ils prient Dieu qu'il donne bonne Hicrem ^7- 
&heureufe vie à Nabuchodonofor & àfesenfans, & qu'ils puiflent ré- 
gner autant que le Ciel durera . Aufïi Dieu appelle Nabuchodonofor 
3 fon feruiteur,promettant qu'il le fera grand feigneur.y eut-il iamais ty- Jk"î23T? * & 
ran plus deteftable que ceftuy-là, de nefe contenter pas d'eftre adoré, 
ainsencores faire adorer fon image, & fur peine d'eftre bruflétout vif/ 
Et neantmoins nous voyons le Prophète Ezechiel irrité cotre Sedechie 
Roy de Hierufalem,detefterbien fort fa perfidie, déloyautés rébel- 
lion contre fon Roy Nabuchodonofor,, & qu'il ne meriroit rien moins 
que la mort. Encoresauons nous vn exemple plus rare de Saiil, lequel 
eftàt forcené du malin efprit, fift tuer tous les Preftres de Dieu fans cau- 
fequelcôque.,& s'efforça par tous moyens de tuer ou faire tuer Dauid: 
& neantmoins Dauid l'ayant en fapuiffance par deux fois,, la Dieu ne 
plaife, dit-il, que l'attente 4 à la perfonne de celuy que Dieu a facré:& 4> samueii.cap.rf. 
empefcha qu'on luy filt aucun mal. & côbien que Saùl fuft tué en guer- &14 * 
rej î eft-ce que Dauid fift mourir celuy qui luy en apporta la tefte , di- 
fant:Va mefchant,as tu bien ofé mettre tes mains impures fus celuy que 
Dieu auoitfacré?tuen mourras . Cepoin&eftfort conilderable: car 
Dauid eftoit iniuftement pourfuiui à mort par Saùl,& n'auoit pas faute 
de puiffance, comme il monftra bien aux ennemis . d'auantage il cftoit 
eleu de Dieu, &facré par les mains de Samuel, pour eftre Roy du peu- 
ple^ auoit efpoufé la fille du Roy : & neantmoins il eut en horreur de 
prendre qualité de Roy 3 & encores plus d'attenter à la vie > ni à l'hon- 
neur de Saiil , ni fe rebeller contre luy , ains il aima mieux fe bannir foy- 
mefme hors du royaume. Aufïilifons^iouSjquelesplusfaindtsperfon- Liofcph .de feah 
nages qui furet iamais entre les Hebrieux, qu'on appelloit 3 EfTxi^c'eft à j u ? *°£ Q nwy 
dire les vrais exécuteurs de la loy de Dieu,tenoient que les Princes fou- 

t iiij 



i2 4 DE LA REPVBLIQJ/E 

ucrains^quels qu'ils fêtent doiuenteftre inuiolables aux fugets, com- 
me faerez,&enuoyez de Dieu. On ne doute pas aufïi que Dauid Roy 

7 .s.imuet.i.cap.ij.i. & Prophète neuft 7 l'efprit de Dieu , iliamais homme l'auoit eu : ayanc 
deuant Tes yeux la loy 8 de Dieu,qui dit : Tu ne mefdiras point de ton 
Prince,& ne detracteras point des Magiftrats . Il n'y a rien plus fréquent 

91.PctriLi7r.Ti. entouteM'efcriturefaincl:e,queladefénfc, non pas feulement de tuer, 

™^4.r. 1 ' 8caclRo " ni attenter à la vie ou à l'honneur du Prince : ains auflides Magiftrats, 
ores, dit l'efcriture,qu'ilsfoientme(chans. Si doriques celuy eftcoulpa- 
ble delezemajeftédiuine & humaine, quidetracle feulement des Ma- 
giftrats, quelle peine peut fuffire à celuy qui attente à leur vie?-car la loy 
de Dieu eft encoresplus precifeen ce cas j que ne font lesloix humai- 

j.i.i.adLiui.maie- nes:d'autant que la loy 'Iulia tient pour coulpabledeleze majefté, qui 
aura donné confeildctuerleMagiftrar,oucommiiTaire qui apuiflance 
décommandera la loy de Dieu défend de detradter aucunement du 
Magiftrat. De refpondreauxobiections &argumensfriuolesdeceux: 
qui tiennent le contraire, ce feroit temps perdu : mais tout ainfi que ce- 
luy qui doute s'il y a vn Dieu, mérite qu'on luyface fentir la peine des 
loixjfans vfer d'argumens:auilîfont ceux là qui ont reuoqué en doubte 
vue choie 11 claire, voirepubliec par liures imprimez, que les fugets peu- 
uent iullement prendre les armes contre leur Prince tyran , & le faire 
mourir en quelque forte que ce foit : combien que le? plus appareils de 

1. Martin. Lmhcr. fçauans 'Théologiens tiennent qu'il n'eft iamais licite, non pas feule- 

Caluin.In Ioanem, * . • 1 r 1 il r r» ■ r ■ r > n 

&ùiinftinitioae. ment de tuer,ains de le rebeller contre Ion Prince louueram : h ce n elt 
qu'ilyeuft mandement fpecial de Dieu, & indubitable .-comme nous 
4-Regum cap.?, auons de 3 Iehu , lequel futeleu de Dieu, & facré Roy parle Prophe- 

L 1 Qm. . -l 1 /* • 1 util"» 

te,auecmandement exprès de faire mourir larace d Achab. Il eltoit 
fuget, & n'attenta iamais contre fon Prince pour toutes les cruautez, 
exac!:i6s,& meurtres des Prophètes que le Roy Achab & Iefabel auoiét 
fait:iufqucsàce qu'il eut mandement exprès de la voix de Dieu parla 
bouche du Prophète. & défait Dieu luy ailifta tellement, qu'auec peti- 
te compaignie,il fift mourir deux Roys, & quarante deux Princes du 
fang,&touslesPreftresidolatres,apresauoirfaitmanger aux chiens la 
Roynelefabel.Maisilnefault pasparangonner ce mandement fpecial 
deDieuauxconiurations & rebellions des fugets mutins cotre le Prin- 
«.sieidaa. cefouueraiii. 4 Nous lifons que les Princes Proteftansd'Alemaigne, de- 

uant que prendre les armes contre l'Empereur , demandèrent à Martin 
Luth er s'il eftoit licite: il refpondit franchement qu'il n'eftoit pas licite, 
quelque tyrannie ou impiété qu'on pretendift.il ne fut pas creu:aufTï la 
fin en fut miferable, & tira la ruine des plus illuftresmaifons d'Alemai- 
gncicjuid nulla iufta caufa videripotefi y comme difoit Ciceron , aduerfaspa- 
triam arma capiendi . Et toutefois il eft bien certain, que la fouueraineré 
de l'Empire ne gift pas en la perfonne de l'Empereur , comme nous di- 
rons en fon lieu: mais eftant chef,on nepouuoit prendre les armes que 

du 



y 

6i\o. 



LIVRE SECOND. n 5 

du confentement des Eftats, ou de la plus grade partie . combien donc 
eft il moins licite contre le Prince fouuerain ? le ne puis vfer de meilleur 
exemple que du fils enuers le pere.laloy deDieu dit, que celuy qui aura 
mefdit du père ou de la mere,foit mis à mort . Et file père eft meurtrier, 
vojeur^trahiftreàlapatne^nceftueuxjparricidejblafphemeur.atheifte, 
qu'on y adiouftece qu'on voudra. ie confeffe que tous les fuplices ne 
. fuffiront pas pour le punir : mais ie dy que ce n'eft pas au fils à y mettre 
la main, quia nulla tant a impïetaSjnullum tantum fcelm efi^quod fit parricidio 
windicandum , comme difoit vn ancien orateur. & toutefois Ciceron 
ayant mis celte queftion en auant, dit que l'amour de la patrie eft en- 
cores plus grand. ie dy donc que iamais le fuget n'eft receuable de rien 
attenter contre fon Prince fouuerain,pour mefchât & cruel tyran qu'il 
foit.il eft bien licite de ne luy obéir pas en chofe qui foit contre la loy 
deDieu ou de nature,s'en fuir,fe cacher,parerles coups,foutt°rir la mort 
plus toft que d'attenter à fa vie, nia fon honneur. O qu'il y auroitdety- 
rans,s'il eftoit licite aux fugets de les tuer.celuy qui tire trop de fubfides 
feroit tyran,comme le vulgaire l'entend •. celuy qui commande contre 
le gré du peuple feroit ° tyran, ainfi qu'Ariftote le definift es Politiques: J;^Sî^Sfi 
celu v Qui auroit cardes pour la feureté de fa vie feroit tyran : celuy qui » r y ro ? inc i uit ' ideft 

■ / 71 o I J J x fortis,inepte tamen. 

feroit mourir les coniurez contre ion eitat leroit tyran. Et comment ie- 
roient les bons Princes affeurez de leur vie ? Non pas que ie vueille fou- 
ftenir qu'il ne foit licite aux autres Princes de pourïuiure par force& par 
armes les tyrâs,commei'ay dit,mais ce n'eft pas au fuget. combien que 
ie ferois pluftoft de l'aduis de Diogene le Cynique, lequel ayât vn iour 
rencontré Denys le Ieune,lors qu'il eftoit en Corinthe banni de fa ty- 
rannie, ioiiant par les rues auec les bouffons, &meneftriers, &difcou- 
rant de leurs ieux, du meilleur fens qu'il euft luy dift : Tu es bien main- 
tenât en eftat indigne de toy. le t'en fçay bon gré, dift alors Denys, d'à- 
uoir compaftion de moy.Et penfes-tu,dift Diogene,que ie die cela par 
compafïîon de toy ?ains pluftoft en defpit de ta vie, devoir vnefclaue 
tel que toy digne de vieillir, & mourir au malheureux eftat de tyrannie 
corne ton pere,feioùerainii en feureté &pafferfon temps entrenous. 
Pourroit-on auoir de plus cruels bourreaux que la frayeur & la crainte? 
iedi frayeur & crainte perpétuelle de perdre fa vie, fes biens, foneftar, 
&tousfes parens Garnis îles tyrans en font làtoufiours auec vn trem- 
blement continuel, &milfoupç ) ons, enuies, rapports, ialouzies, appé- 
tits de vengeance, & autres paillons qui tyrannizent plus cruellement le 
tyran, qu'il ne fçauroit faire fesefclaues auec tous les tourments qu'il 
pourroit imaginer .Et quel malheur plus grâdpourroit adueniràl'ho- 
me,que celuy qui prefle & force le tyran de rendre fes fugets beftes & 
ftupides,de leur trancher tous les chemins de vertu, & des fciéces bon- 
nettes , pour eftre fuget à mil efpions & courratiers, pour fçauoirtout 
ce qu'on fait,ce qu'on dit,ce qu'on penfe ? & au lieu de ioindre & vnir 



ii6 DE LA REPVBLIQJVE 

les liens en bone amitié,fcmer entr'eux cent mil querelles & diflenfions, 
afin qu'ils foient touiiours en defianceles vns des autres? Et qui doubte 
que le tyran languilTant en tel martyre, ne (bit plus afflige 8c tourmété., 
que s'il mouroit mil fois \ la mort, difoit Theophralte, eft la fin des mi- 
feres,& le repos des malheureux difoit Cefanlvn 8c l'autre parlâr,com- 
me s'il n'y euft point eu de peine eftablie aux mefehans après celte vie. 
Et pat ainfî celuy qui defire que le tyran foit tué, pour foufTrir la peine 
de fes merites,il demande Ton bien & Ton repos . Combien que la pluf- 
part des tyrans ont ordinairement près de leurs perfonnes des efpon- 
ges,& mignons, fus lefquels ils fe defchargent,afin quelepeuple en- 
trant en fureur^s'attache à eux : comme Tibère auoit Seian, Néron Ti- 
gillin, Denys le Ieunej Phyliile, 8c Henri Roy de Suéde, Georges Pref- 
chon, qui furent donnez en proye à la furie du peuple. Et l'Empereur 
Caracalla, qui filt mourir tous les flateurs quilauoient induit à tuer fon 
frerejpour acquérir la grâce du peuple . 8c parce moyen les tyrans bien 
fouuent l'ont efchappé belle . Mais il on commençait à la perlonne du 
tyran,fes couratiers, & les plus proches de Ycs parens , iufques aux fem- 
mes & filles, eftoient tuées: ce qu'on faifoit non feulement en toute la 
Grece,ains auffi en Sicile : comme après la mort de Hierofme le tyran, 
fes fœurscVcoufinesfuretcruellemët démembrées par la rage du peu- 
ple. Puis tous les domeltiqucs du tyran ordinairemer, toutes fes liâmes., 
voire bien fouuent tous les edits caliez , ores qu'ils fullent louables, 8c 
neceffaires:afin qu'il ne reliait rien de la mémoire du tyran, vray clique 
bien touuent on retenoit les bonnes ordonnances. C'ellpourquoy di- 
5.iib. i4.adAtticS, foit * Ciceron., qu'iln'y arien plus vulgaire., quedaprouuerles actes du 

hb.i6. \'-U r & • 1» i ' o 1 • 

tyran,& mettre au ciel les meurtriers qui! ont tue. Combien quen vn 
Atdc^nwMD. 6 autrelieuildit, que la difficulté n'eltpasrefoluè'jàfçauoir s'il faut que 
vu* wùKiTaunÂrat l'homme de bien affilie au confeil du tyran , pour chofe qui foit bonne 
veniendûmne fit in 8c prouffitable. Et toutefois celle quellion dépend de Y autre . car fi on 
i C s aiiqu.rd7re a bona fait confeience d'affilier au confeil du tyran,pour chofe bonne qu'il fa- 
deuberacurus/ît. CC)C l e crainte qu'ona en ce faifant d'approuuerfa tyrannie ^pourquoy 
approuueroit-on les bonnes loix 8c ordonnances qu'il a faites ? car c'ell 
auffi bien ratifier fa tyrannie,& donner exemple aux autres, comme de 
confeiller chofes bonnes 8c louables au tyran : Ci ce n'elioit qu'on vou- 
luli dire,que la tyrânie,qui eft en la force 8c vigueur,, ell appuyée 8c au- 
torifee du confeil des gens de bien,foubs couuerture d'vn acte bon& 
loùable:&ceIuy qui elt mort ne peut relîufciter pour la ratification de 
fes actes : qu'il faut bien fouuent entretenir par neceffité forcée, ou rui- 
ner du tout la Republique.En quoy le capitaineThrafibule,apres auoir 
donné la chaffe aux trente tyrans d'Athenes,& Aratus ayant défait le ty- 
ran de Sicyonc,& à leur exemple Ciceron,apres la mort de Cdfar Dicta- 
teur,publierent les loix d'oubliâce, pour elleindre les appétits de ven- 
geance, ratifians pour la plufpart les actesdes tyrans, qu'on nepouuoic 

calîer, 



LIVRE SECOND. 227 

caflerjfàns ruinerde toutpoinct laRepublique. Et par ainfi quand nous 
lifons,que lesa&es^edits &ordonnances de Néron &Domitian furent 
abolies parle Senat,cela s'entêd des chofes iniuftes & iniques.autrement 
l'euerfion de l'Empire s'en fuit bien ton: enfuiuie : veu les fain6tes loix & 
ordonnances., 8c les actions louables de Néron , les cinq premières an- 
nées qu'il fut Empereur , par l'eftat defquelles Traian iugea qu'il n'auoit 
point eu fon pareil. C'e(t pourquoy leslurifconfultes & Docteurs ont r 

7 tenuquelefucceffeurdutyran eft, obligé auxfaicls&promefleslcgi- 7 .hancqu*ftioncm 
times du tyran. Ainfi fift l'Empereur 8 Conftantin le Grand , lequel par Ban^nhMoMbS 
edit exprès caffa les acles de Licinius, qui eftoient contraires au droicT; * P Ia "f • q u ° dv j-& 
commun, & ratifia lefurplus.le 9 fèmblable fut fait par Theodofe le ma.mi. 15 .&ie q . 
ieune & Arcadius Empereurs,apres la route du tyran Maximus. j^e ty~ corXut.co?ne.c5- 
rannusjnqtiit contra m refcri^jit.non valere prœcipimusjegitimis eius rejeriptts i^ex^Soû- 
rninimèimpuznandis. Et combien que par vengeance du tyran Maximus, P ie Martin. kude. 

Ta (T C • J- 11 . J mtraaadepnncip. 

ces deux îeunes Empereurs euilent rait vn edit gênerai, par lequel ils q- ^. Feiin. incaô. 
oftoient tous les biensfaits.,eftats,dons,& offices qu'il auoit ottroyez:& conffimt . Ancaran. 
mefmesilscaflbiét tous les arrefts & iugemésparluy donez : toutefois Z^fv^mm^dcù'. 
depuis 1 en déclarât leur edit. ils ratifièrent & confirmerét tous fes actes ??!"#■ e L ccIef - Ç- 

r ^ * . m dd.in l.barbanus de 

&c6mimons obtenues (ans dol& fans fraude. Ces derniers mots, fans offic.prxt.Baid.ini. 

t 1 « f r ■■ 'i < r» i-n 1 • « diç-navox. delcs;ib. 

dol,& (ans frauderont adioultez contre les couratiers, agens,& entre- s. î.i.de infirmants 
metteurs des tyrans,contre lefquels principalement on'fc doit attacher, ç^oM?**™*' 
afin qu'il n'y ait perfonnequiprenne exemple debaftir fa maifonde la 9 c àYd?v™w Th ^ 
ruine des autres,pendant que la tyrannie eft en fà force , ou les troubles i.<u.wicat. 
de la guerre ciuile diuifent la Republique:comme îladuint en l'eitat de 
Milan, pendat que les Venitiens,les François, les Suifles, les Efpaignols, 
les Sforcesioùoient à boutehors. entre autres Iafon Iurifcofulte obtint 
don des biés du feigneur Triuulce,qui tenoit pour la maifon de Frace: 
mais les François cftans de retour, Iafon fut bien battu de Ces loix, & de- 
cifionsparTriuulce.comBienqu'entelcasilny vapastâtdes loix,& 
décidons reiglees., que d'vne équité naturelle, qui gilt en l'arbitrage de 
ceux qui fçauent manier les affaires d'eftar,& balancer fagemét le profit 
particulier au cotrepoix du public, félon la variété des temps, des lieux 
&desperfonnes: en forte toutefois que le public foittoufioursplus 
fort,& préféré au particulier: fi l'equité,c\: la raifbn n'y refîfte formelle- 
ment . cômes'il appert que les receueurs ayét eftéfommez J & puis con- 
traints de payer aux ennemis, ou au tyran, c'eft bien la raifon qu'il leur 
foit alloùéiainfi quiifutiugé pai^arreftdu Parlement de Naples., pour ^i^«2ifc 
ceux qui auoient payé aux receueurs du Roy Charles vin. après le re- 
tour des Efpaignols on vouloit contraindre les receueurs à payer deux 
fois, la raifon naturelle l'emporta par defTus le profit public, mais fi les 
receueurs fans aucune fommation., ni contrainte, ou bien par quelques 
pourfuites afTectees,s'eftoiét ingérez de payer au tyran,, ou bien aux en- 
nemis,ilspourroient iuftementeflre contraints non feulemet de payer 



n8 DE LA REPVBLIQJ/E 

derechef, ains auffi feroient coulpables delezc majéfté. Parainfi pour 
conclure cefte queftion., qu'il ne fautpas que les bonnes ordonnances 
6; actes louables du tyran. occis foient caliez. Et en cela les Princess'abu- 
fent bien fort,qui caftent tous les actes des tyrans predcceiicurs,&: mef- 
mes qui donnét loyer à ceux qui ont tué les ty rans^pour leur faire plan- 
che à la fouueraincté: carilsneferotiamais afleurez de leur vie, s'ils n'en 
font punitionxôme fift treiîagement l'Empereur Seucrus, qui fift mou- 
rir tous ceux qui auoient eu part au meurtre de l'Empereur Pertinax : ce 
quifutcaufe,ditHerodian.,qu'iln'y eutperfonne quiofaft attenter à (a 
vie. & Vitellius Empereur fift mourir tous les meurtriers & côiurez con- 
tre Galba, qui auoient prefentérequeftes lignées de leur main à l'Em- 
pereur Othon pour auoir loyer de leur déloyauté . & Théophile Em- 
pereur de Conftantinople, fift appeller tous ceux qui auoient fait fon 
père Empereur,aprcs auoir occis Léon Arménien, pour les recompen- 
fer d'vn il grand bien fait ilefquclseftans venus auec plufieurs qui n'y 
auoient point efté, furent exécutez à mort : & qui plus elt, l'Empereur 
D omitian fift mourir EpaphLodite, fecretaired'eftat,pour auoir aidé 
à Néron à fe tuer , qui l'en requeroit trefinftamment . Ainfi fift Dauid 
aux meurtriers de Saiil & de ion fils, qui penfoient enreceuoir grand 
loyer. Et mefmes Alexandre le Grand fift mourir cruellement lejmç^r- 
trier de Darius,ayât en horreur le fuget qui auoit ofé mettre la main (us 
fon Roy,ores qu'il fuft droit ennemi de guerre d'Alexâdre.Et me fem- 
ble que la chofe qui plus a conferué les Roys de Frâce , & leurs perfon- 
nes inuiolables, eft qu'ilsn'ont point vfé de cruautez enuers ceux qui 
leur attouchoient defàng,quoy qu'ils fuflentattaints, conuaincus, de- 
clarez,voire condamnez comme ennemis de leur Prince,& coulocblcs 
de leze majefté:comme lean 1 1. Duc d'Alençon, ores qu'il fuit cod.; Lu- 
né comme tel, par forme légitime, & l'arreftde mortàluy prononcé 
par le Chancelier : toutefois le Roy Charles v 1 1. ne voulut pas qu'on 
Pexecutaft. Plufieurs ont blafmé cefte douceur, comme pernicieufe: 
mais ils ne voient pas, que celuy qui met vn Prince de fon fang entre îv. ; 
mains des bourreaux, ou qui le fait aiiafïlner, forge le coufteau conere 
foymefme.car on aveu les Empereurs de Conftantinople, anciens & 
nouueaux, & plufieurs Roys d'Elpaigne & d'Angleterre, qui ont vou- 
lu fouiller leurs mains du fang des Princes, fouffrir en leurs perfonnes ce 
qu'ils auoientfait aux autres, on aveu cnlamaifonde Caftille vn Prin- 
ce tuer fix de fes frères: & en moins de trente fix ans quatre vingts Prin- 
ces du fang d'Angleterre j comme nouslifons en Philippe de Commu- 
nes, cruellement tuez, ou exécutez par les mains des bourreaux. Or la 
plus grande feureté d'vn Prince fouuerain eft., qu'il faut qu'on cro) e 
qu'il eft faincï, & inuiolable . le fcay bien qu'on a blafmé Seleucus, de 
n'auoirfait mourir DemetriusPailiegeu-r des plus vaillas Princes qui fut 
onques, Payant retenu prifonnier: & Hue Capet,d'auoir gardé en pri- 

10 n 






LIVRE SECOND. n 9 

Ton le dernier Prince du fang de Charlemaigne, & Henry premier Roy 
d'Angleterre, d'auoir tenu iufques à la mort en prifon fon frère aifné 
Robert : comme auflî Chriflierne père de Federic Roy de Dannemarc 
dauoir gardé vingteinq ans prifonnier fon oncle Roy de Dannemarc, 
qui mourut en pnfon:&Iean Roy de Suede,quitiét depuis neuf ans fon 
frerc aifné Henry prifonnier : & la Royne d'Angleterre fa coufme,qui a 
toullours prétendu que les deux Royaumes luy appartiennent : mais ils 
ont efté,&fontparce moyen plus reuerez de leurs fugets, que fils les 
auoient fait mourir. On me dira que la garde de tels Princes eft péril - 
leufe-.Ieleconfeffe, & fut la feule raifonquimeut le Pape de donercon- 
feil à Charles de France,de faire mourir Conradin,fils de Manfroy Roy 
de Naples . & toutesfois il fe trouua allez d'héritiers d'Aragon , qui ne 
laiflerentpas de chaflèr ceux de la maifon d'Anjou, & recouurer le Roy- 
aume . & ce pendât celuy qui le fift mourir, fut depuis condâné à mort, 
&iaçoit qu'il en refchappàjiieft-ce que l'infamie d'vn fupplicedetefta- 
ble commis fans caufe en la perfonne d'vn ieune Prince innocét, eft de- 
meurées ceux qui le firent exécuter . Et quand on eut pardonné à Iean 
Ducdc Bourgongnele meurtrecommis en la perfonnede Loys Duc 
d'Orleâs, chacû difoit que deflors en auat on auroit bô marché du fang 
des Princes,comme il aduint:car on luy ioiia la pareille, & de fang froid. 

T>E LESTAT AK1 STOCK. AT 1 QVE. 

C H A P, VI. 

'Aristocratie eft vne forme de Republique, 
ou la moindre partie des citoyens commande au fur- 
plus en gênerai parpuiflance fouueraine,& fur chacun 
detousles citoy es en particulier, enquoy elle eft con- 
traire à l'eftat populaire,ou la plufpart des citoyens co- 
mande à la moindre en nom collectif: & neanemoins 
femblable., en ce que ceux là qui ont commandement fouuerain en l'v- 
ne & l'autre Republique, ont puifîance fur tous en nom particulier, 
mais non pas en nom collectif cV gênerai. La puiifance du Monarque 
eft plus illuftre que les deux autres, d autât que fon pouuoir f eftend fur 
tous en gênerai, & fur chacun en particulier. Et tout ainil que la Mo- DifFerécc de l'A- 
narchie eft royale,ou feigneuriale,ou ty rânique: auffi l'ariftocratie peut MonïchL.* * 
eltrefeigneurialeJegitimejOufacliieufej qu'on appeiloit anciennement 
Oligarchie,c'eft à dire,feigneurie de bié petit nombre de feigneurs: co- 
rne eftoiét les trente feigneurs d'Athènes défaits parThrafy ouïe, qu'on 
appelloit les trente tyrans : ou les dix commiflaires députez pour corri- 
ger les couftumes de Rome,qui auoient par factions, & puis à force ou- 
uerte empiète la feigneurie. C'eftpourquoy toullours les anciens ont 
pris le mot d'Oligarchie en mauuaifepart,& l'Ariftocratie en bonne 

v 




2 jo DELAREPVBLIQVE 

part,c'eft à dire la feigneurie des gens de bien . Mais nous auons moftré 
cy deiïïiSj qu'il ne faut pas auoir efgard en matière d'eftat(pour entédre 
quelle eft la forme dvne Republique) fî les Seigneurs font vertueux ou 
vicieux, corne il eft requis pour fçauoirle gouuernement d'icelle. Auiïl 
eft-il bien difficile, & prefque impoflible, d'eftablir vne Ariftocratie 
compofee feulement d e gens de bien, car cela ne fe peut faire parfort, & 
aulfi peu par ele£tion:quifont les deux moyésvfîtez,aufqucls onadiou- 
fte le troifiefme du chois, & du fortenfemble . Or eft- il qu'il faut auoir 
des plus gens de bien & de vertu, pourfaire chois desbons:attendu que 
les mefchans n'éliront iamais que leurs femblabIes:&toutesfois les plus 
gens de bien ne feront pas fi eftrontez & impudens, de fe nommer, & 
choifîr eux- mefmes pour gens de bien : corne difoit Laclance Firmian, 
enfe moquant des fept Sages de Grèce: fils eftoient fages à leur iuge- 
ment,ils n'eftoient pas fages : fi au iugement des autres, encores moins: 
puis qu'il n'y auoit que fept fages, & que tous les autres eftoient fols . Si 
onme dit qu'il faudroitfuiure laformedes anciens Ro mains .,& autres 
Latins., aux chois qu'ils faifoient par ferment folennel de nommer les 
plusvaillans &guerriers,celuy qui eftoit cogneu des plus belliqueux 
ennommoit vnfemblableàluy, &ceftui-cyvn autre, & le troifiefme 
par mefme fuitte nomoit le quatriefme, iufques à ce que le nombre des 
légions fuft rempli .mais il faudroit faire loy,quele nombre des Sei- 
gneurs fuft limité . Et qui pourroit eftre garend au public , que l'vn des 
nommez ne choifîft pas pluftoft fon pere,fon fils, fon frère, fon parent, 
fon amy, qu'vn homme de bien & de vertu ? C eft pourquoy il n'y a 
point, ôc n'y eut peut eftre iamais de pures Ariftocraties,ovi les plus ver- 
i.Poiyb.iib.z. tueux euffent la Seigneurie . Car combien que les x Py thagoriens ayans 
attiré a leur cordelie les plus nobles & généreux Princes d'Italie,au téps 
du Roy SeruiusTulhus, euffent changé quelques tyrannies, en iuftes 
Royautez^efperansque peu à peu ils pourroient aufïi réduire les Oli- 
garchies, & Démocraties en Ariftocraties , fî eft- ce toutesfois que les 
chefs de parties & Tribuns populaires, craignans eftre defpoùillez de 
leur puiifance, drefferentde grandes coniurations contr'eux,&, com- 
me il eftoit aifé aux plus forts de vaincre les plus foibles, les bruflerenc 
en leur dietre, & maffacrerent prefque tous ceux qui auoient efchap- 
pé le feu. Soit donc que les nobles, ou vertueux s ou riches, ou guer- 
riers, ou pauures,ou roturiers, ou vicieux, tiennent la Seigneurie : fî 
ceft la moindre partie des citoyens, nous l'appellerons du nom d ? Ari- 
ftocratie . Quand ie dy la moindre partie des citoyens, i entends la plus 
grande partie du moindre nombre des citoyens, affemblez en corps 
& communauté : comme fil y a dix mil citoyens, & que cent gentils- 
hommes feulement ayent part à la fouueraineté, fî foixantc font d'vn 
aduis.,ils ordonneront & commanderont abfoluëmcnt au refte des 
. neuf mil neuf cens citoyens en corps, qui n'ont que voir en l'eftat, 

&aux 



LIVRE SECOND. 231 

& aux autres quarante qui ont bien part en i'cftat,mais ils font en moin- 
dre nombre. en outre les foixante que i'ay dit, auront commande- 
ment fouuerain fur chacun des dix mil citoyens en particulier : comme 
aufïi feront les cent en corps, fils font d'accord : & en ceux là feront 
les marques de la Majefté fouueraine . Il ne faut pas auoir efgard au pe- 
tit, ou plus grand nombre des citoyens, pourueu qu'ils foient moins 
de la moy tié . car fil y a cent mil citoyens , & que dix mil ayent la fei- 
gneurie, l'eftat n'eft ny plusny moins Ariftocratique, que fil y auoic 
dix mil citoyens, & que mil feulement tiennent l'eftat : attendu qu'en 
l'vne & l'autre Republique la dixiefme partie a la fouueraineté. autant 
pouuons nous dire de la centiefme , ou miliefme partie des citoyens. 
Etmoins il y en a, l'eftat en eft plus afleuré & plus durable, comme gj^* âr " 
l'eftat des Pharfàliens a efté des plus floriilans de la Grèce : &c neant- 
moinsiln'yauoit que xx. fèigneurs. &mefme laRepublique deLace- 
demonne, qui a emporté le prix d'honneur pardellus toutes les au- 
tres d'Orient, ores qu'elle fuft tref-peuplee d'hommes & plantureufe, 
fieft-ce qu'il n'y auoit que x x x. feigneurs qui eftoient eleus, des plus 
gens de bien pour demeurer en l'eftat toute leur vie. Les Epidauriens., 
dit 1 Plutarque, n'au oient que cent quatre vingt citoyens > des plus ri- «aapopkteg.gr» 
ches & apparens qui euffent part à la fouueraineté : & de ce nombre on 
prenoitlesConfeillersd'eftat. L'ancienne Republique de Marfeille en L'ancien eftat de 
Proucnce, auoit fix cens 3 hommes des plus riches qui tenoient la fei- 3 .scrabo. C * 
gneurie, & qui a efté des plus, voire, au ingénient de Ciceron, la mieux 
ordonnée qui fut onques en tout le monde. & de ce nombre de fix 
cens eftoient pris les Sénateurs , & quinze Magiftrats., & des quinze y 
en auoit trois Prefidens, qui eftoient comme les Confuls Romains. 
Nous pouuons faire mefme iugement des Republiques des Thebains, 
&Rhodiots, après que leurs eftats populaires furent changez en Ari- 
flocraties,les plus riches femparerentdela feigneurie. Aufïi 4 voyons 4j.miusiib.j4. 
nous que le Proconful Q_Flaminius,eftabht les villes des Theiïaliens en 
forme d'Ariftocratie,faifant les Sénateurs &lesiuges des plus riches, ôc 
donnant la puiffance fouueraine à ceux qui auoient plus d'intereft que 
leur Republique demeuraft en paix & en repos . Eam partem ciuitatum 
fecitpotentiorcm, cuifalua tranqmllaque omnia magts ejjè expediebat, dit Tire 
Lîue . Comme il feft fait aufïi en la Republique de Genes,apres qu'elle L'eftatde Gcne*. 
fut diftraite de Tobeiffance des François, André Doriadu contente- 
ment des habitans,l'an m.d.xxviii. eftablit vne Ariftocratie de 
xxvii 1. familles choifies des nobles &c roturiers, de ceux qui a- 
uoient fîx maifons dedans Gcnes,qui furent toutes anoblies , laif- 
fant à la diferetion de la Seigneurie de choifir par chacun an dix per- 
fonnes pour leur vertu, ou pour leur nobleffe,ou bien pour leurs ri- 
chefTes.de ces x x v 1 1 1. familles il eftablit vn confeil de quatre cens hom- 
mes par chacun an , quielifentleDuc, &les hui6t gouuerneurs pour 

v i j 



2# DE LA REPVBLIQJ'E 

deux ans continus,qu'on appelle laSeigneurie: qui cognoillènt des af- 
faires d'eftat. & fil y a choie de confequence,on la rapporte au Sénat, qui 
eft compofé de cent hommes eleus par forme de baloter, comme à 
Vcnize . & chacun des huict gouuerneurs, après fon office expiré, de- 
meure pour deux ans procureur de la République^ dés lors en allant 
demeurent du confeiî priué, auec ceux qui font, 8c ont efté Ducs, qui 
font procureurs de la Republique tant qu ils viuent.En outre,il y auoit 
quarante capitaines eleus par chacun an, 8c cent hommes députez à cha- 
cun capitaine, quieft vne légion de quatre mil hommes, pour la force 
&defenfcdelavillc : 8c auoit celle légion vncolonnel,ou capitaine en 
c\\d] qu'ils appelloient le gênerai . Quant au potentat, il eft toufïours e- 
ftranger,qui a deux lieutenans eftrangers , l'vn pour le criminel , i'autre 
fifcal : 8c cinq luges ciuils eftrangers pour deux ans, qu'on appelle la 
Rote. Mais il y a fept luges extraordinaires du pays, pour délayer ou 
abréger les procez . Outre lefquels y a cinq Syndics, pour informer co^ 
trele Duc 8c les gouuerneurs,apres leur charge expiree,faifant publier, 
fil y a perfonne qui ait rien à dire contr'eux.& fils font trouuez innocés, 
L'etacdcGene- on ^ eur baille lettresd'innocence . Lamefme anneeque Gènes futefta- 
uc. blie en eft at Ariftocratique, la Republique de Geneue fut aufïi chan- 

gée de Monarchie Pontificale en Ariftocratie. combien que ia long 
temps auparauant la ville pretendoit liberté contre le Duc, 8c contre 
l'Euefque . mais alors lafouueraineté abfoluë fut reftitueeàla ville : 8c 
deux cens hommes eftablis en forme Ariftocratique , qu'ils appellent le 
grand confeil ,,auec puiffance fouueraine 8c perpétuelle. 8c du grand 
confeil eft eleu le Sénat de lxxv. perpétuel : 8c du Sénat eft compofé 
le priué confeil de x x v. aufli perpétuel : 8c les quatre Syndics eleus de 
deux en deux ans, pour les fouuerains magiftrats: outre les luges 3 8c 
autres magiftrats ordinaires. Mais la différence de cefte Ariftocratie eft 
notable d'auec celle de Gènes: d'autant quele grand confeil, le Sénat,. 
& priué confeil font eleus à perpétuité: à Gènes, &prefqu'en tous les 
Cantons de Suifle, tous magiftrats, Sénat, & grand confeil font mua- 
blés par chacun an,horfmis quelques Magiftrats qui demeurent deux 
ans . qui fait que l'eftat eft beaucoup plus fuget à changement : 8c à 
Geneue beaucoup plusaffeuré. Dauantage, le chois du grand confeil, 
du Sénat, 8c du priué confeil de Geneue ne fe fait pas tout à coup,com- 
me à Gènes, mais vacation aduenant par mort,ou forfaiture d'vn Con- 
feiller du priué coleil des vingteinq on procède au chois d'vn Côfeiller, 
du Sénat , des feptante cinq pour fubftituer au priué confeil: 8c d'vn 
Confeiller du grâd confeil, pourmettreauSenat,&d'vnbourgeois,ou 
pour le moins d'vn des citoyens, pour mettre au grand confeil, qui ne 
foient notez ny diffamez, 8c fans auoirefgard aux biens ny à la no bief- 
félins à la vertu, & réputation entière, autant que faire fepeut.quieft 
vn autre moyen du quel vfoient les Lacedemoniens, elifant les feigneurs 

au pris 



LIVRE SECOND. 135 

au pris qu'ils mouroient, & pour le (cul refpedt. d'honneur, & de vertu. 
Les feigneurs des ligues,horfmis les Grizons, & les cinq petits Cantons, 
ontquafifemblable forme de Republique Ariftocratique. comme on 
voit à Surich le grand confeil de deux cens , & le Sénat , &le confeil fe- 
creteftre eftabliàla forme de Geneueiou pour mieux dire celuydeGe- 
neue à la forme de Suric,quieltprcfquesfemblable à Berne.La différen- 
ce ton tesfoii cil telle,que ceux ci changent tous les ans de grand confeil 
& de Sénat : caries confiâmes qu'ils appellent ZùnrTt,c6pofees chacune 
d'vn ou deux,ou uois meftiers,qui font xi.à Schaphuze,xii.à Suric,xv. 
à Bafle, es autres plus ou moins, elifent douze perf onnes de chacune cô- 
frairie pour legrand confeil, &pour le Sénat ils en elifent deuxautres, 
comme àSuric, ou trois comme àBafle,defquels lvn eft le chef delà 
confrairieien fdrtequ'il fefaitvn grand confeil de deux cens à Suric, à 
BaiîedeccxLii n.à Schaphuzede lxxxvi. & le Sénat deSuric eft 
de cinquante, à Schaphuze de x x v r. à Bafle de l x 1 1 1. mais qui font 
eleus par les confrairies, font confirmez par le grand confeil , foient Sé- 
nateurs ou magiflrats, ou par l'ancien Sénat: comme Bafle. car le Sénat 
pourmoytié eft ancien, qui a efté en charge fix mois, & l'autre moytié 
du Scnat eft de ceux qui font nouuellement eleus -.affinquetoutàcoup 
le Sénat ne châge pas. vray eft que l'ancien Sénat de Bafle elift toufiours 
le Sénat pour l'année fuiuante,& les Burgermeiftres : qui ont pour cô- 
pagnons trois Tribuns,commeàSuric : ôc deux à Bafle., qui font quatre, 
auec les deux Burgermeiftres , qui ont neuf autres perfonnes pour ad- 
ioints,qu'on appelle les x 1 1 1. lefquels manient toutes les affaires fecre- 
tcs,& aduifènt çntr eux de ce qui doibt eftre délibère au Sénat: & àSuric 
il y a en outre le confeil des finances, qui eft de huicl perfonnes, ou l'vn 
des Burgermeiftres prefide: &le nouueau Sénat iugeles caufes crimi- 
nelles, à Suric & à Scaphuze : es autres le Preuoft de l'Empire ôc trois Sé- 
nateurs au nom de tout le Sénat, lequel Preuoft eft eleu par le Sénat: & 
généralement tous ceux qui font infâmes ou baftards n'ont iamais en- 
trée au Sénat, qui font tous arguments necefïairespour monftrerque 
leureftat eft Ariftocratique : ôc encores plus à Berne, Lu cerne, Fri- 
bourg, &Soleurre,oùles confrairies &affemblees n'ont aucun pou- 
uoir ny puiffance de fafîèmbler, que pour les chofes qui concernent 
leurs meftiers. mais tous les ans les quatre capitaines des villes choifif- 
fent xvi. bourgeois des plus gens de bien,& fans reproche : ôc le mardi 
ptochain deuant Pafques elifentle grand confeil de deux cens, combié 
qu'il n'y en a que cent à Lucerne, ôc plus de deux cens à Berne, ôc puis le 
grand confeil elift rAuoyer,quils appellent ein Schuldtheffen: & les au- 
tres magiftrats. Ôc particulièrement l'Auoyer auec les x v 1. fufdits, ôc les 
quatre capitaines elifent le Senat:qui eft de x x v 1. à Berne, ôc dex v 1 1 i.à 
Lucerne: qui n'eft que fix mois en charge: &àBernevn an: & les quatre 
capitaines font aufti annuels eleus par le grâd cofeil:& tous les iugesfont 

v iij 



2 54 DELAREPVBLIQVE 

eleus par les quatre capitaines, & treforiers: & font confirmez parle Sé- 
nat. & quant au dernier reflort les appellations des premiers iuges ref- 
forciflentauSenatde xxvi. & du Sénat aux lx. qui font compofez des 
xxv i. que i'ay dit,&xx xv i. eleus parles xxvi. & le dernier reflort eft 
au grand confeil . quand il queftion de la vie lé grand confeil eft affem- 
bléjOU l'Auoyer prefide, & l'arreft eft dôné en dernier reffort.Fribourg 
vfedemcfme façon pour élire le grand confeil de cc.quielift le Sénat 
de xxi m. perfonnes,& l'Auoyer, & les quatre capitaines. Il eft bien 
vray que telles Ariftocraties font gouuernecs populairement: car cha- 
cun du peuple, fil n'eft infâme, peur eftre du grand confeil & du Sénat, 
& paruenir aux plus grands eftats, & d'autant plus aifément que tous 
magiftrats font annuels . & telles Républiques feront moins fugettes au 
changement d'eftat,que fî le grand confeil eftoit compofé des nobles, 
ou des plus riches feulement, contre lefquels le menu peuple a toufiours 
querelle, car les autres Ariftocraties font eftablies des plus riches,ou des 
plus nobles , ou des plus anciennes familles -, ores qu'elles ne foient no- 
bles. Toutesfois il y a toufiours plus eud'Ariftocratiesdes familles an- 
ciéneSjOu nobles,que de riches^ou vertueux. côme les Republiques des 
Samiens,Corcyreans,Rhodiots,Cnidiens,&prefque toutes les Repu- 
bliques de Grèce, après la victoire de Lyfandre, furent par luy changées 
^.Thucydid xeno. 4 eil Ariftocraties des plus anciennes familles : en prenant x. oux x.ou 

riutar.m Lylandro. 1^1 -»•_/• jm 

xxx. pour le plus,aulquels il attribua la puiflancefouueraine. Aufii 
voyons nous l'eftat de Venize,que nous auons monftré cy deuant eftre 
du tout Ariftocratique,& celuy deRhagufe,de Luques,d'Aufbourg 5 de 
N uremberg, eftre a ufTi compofé en forme Ariftocratique des plus an- 
L'cftat des Rha- ciennesfamilles,quifont en bien petit nombre . Car quant aux Rhagu- 
guficns. fiens, qu'on appelloit anciennement Epidauriens, & qui ont rebafti la 

ville de Rhagule près de l'ancienne Epidaure, qui fut rafeede fond en 
comble par la rage des Gots,f eftans exemptez de la puifïaftce des Alba- 
nois,ont eftabli vne République Ariftocratique des plus noblcs,c\: an- 
ciennes famil!es,prefque au pourtraidt de Venize. encoresfont ils beau- 
coup plusfoigneux de leur noblefle que les Vénitiens : car le gentil-ho- 
me Vénitien peut prendre vne roturière: mais le Rhagufien ne peut 
efpoufcr vne citadine, ny vne eftrangere pour noble qu'elle foit,fi elle 
n'eft damoyfelle de Zarafin ou de Cantharo, & qu'elle ait du moins va- 
lant mil ducats . auffi n'y a il que xxim. familles nobles qui ayent part 
à l'eftat, pourueu qu'ils foient aagez de vingt ans: alors ils ont entrée au 
grand confeil, quieliftvn Sénat de lx. gentils-hommes jpourlema- 
niement des affaires d'eftat , & des caufes d'appel au deflus de trois cens 
ducats, & des procez criminels de confequence , comme fil eft queftio 
de l'honneur, ou de la vie d'vn gentil-homme. & outre le Sénat y a vn 
confeil priuéde douze perfonnes,auec le Recteur de la Republique, 
muable par chacun an : & cinq prouifeurs, qui reçoiuent tous ceux qui 



ont 



LIVRE SECOND. i# 

ont à prefenter requefte en quelque confeilque ce foit : outre les fîx 
Confuls des caufes ciuiles 3 Se les cinq iuges criminels, & les trente luges 
d'appel iufques à trois cens ducats inclufîuement .il y aplufîeurs au- 
tres magiftrats, defquels nous parlerons en leur lieu. Nous ferons mef- L>cftat j e Lu ; 
me iugement de la Republique de Luques, qui eft auiTi Ariftocratique, ques. 
attendu que de cinquante Se deux mil citoyens , qui furent leuez il y a 
vingt ans ou enuiron a il n'y a que les anciennes familles de la cité qui 
ont part à la puiffancefouueraine: defquels on eliftleSenatdefîx xx. 
hommes par chacun an. Se du Sénat font eleus les dix confeillers du 
pnué confeil annuel , y compris le Gonfalonnier. Nous dirons aufïi 
en foil lieu des magiftrats de cefte Republique . Il fuffift pour le pre- 
fent de monftrer les eftats Ariftocratiques , pour le regard de la fou- 
ueraineté, affin d'entendre par exemples diuers des nouuelles Se ancien- 
nes Repu bliques^lavraye nature de rAriftocratie.DifonsauiTi de leftat empire d'AIe- 
d'Alemagne , que plufieurs croyent, Se mefmes les plus fçauans d'Ale- ^jftlcraric. *"* 
magne ont publié par efçrit , que c'eftoitvne monarchie . l'en ay tou- 
ché cy délais quelque mot, mais il faut icy monftrer que c'eft vn eftat 
Ariftocratique. Car depuis Charlemaigne iufques à Henry l'Oifèleur, 
c'eftoit vne pure Monarchie par droit fuccefllf du fang de Charlemai- 
gne. & depuis Henry l'Oifeleur^la Monarchie a continué par droict 
d'élection , aflez longuement , Se iufques à ce que les fept Electeurs ont 
peu à peu retranché la fouueraineté, ne laiffant rien à l'Empereur que 
les marques en apparéce., demenranten efFect la fouueraineté aux eftats 
des fept Electeurs de trois cens Princes ou enuiron, Sedes Ambafla- 
deurs députez des villes Impériales. Nous auons monftré que l'eftat 
eft Ariftocratique, où la moindre partie des citoyens comande aufur- 
plus en nom collectif, Se à chacun en particulier . Or eft il que les eftats 
de l'Empire, compofez de trois à quatre cens hommes, corne i'ay dit, 
ont la puiflance fouueraine, priuatiuement à l'Empereur, Se à tous au- 
tres Princes & villes en particulier, de donner la loy à tous les fugetsde 
l'Empire, décerner la paix ou la guerre , mettre tailles Se impofts , efta- 
blir luges ordinaires Se extraordinaires pour iugerdes biens,de l'hon- 
neur, &de la vie de l'Empereur, des Princes, & des villes Impériales, 
qui font les vrayes marques de fouueraineté . S'il eft ainfî., comme il eft 
tout certain , qui peut nier que l'eftat dAlemagne, ne foit vne vraye 
Ariftocratie ? Qu'il foit vray ce que i'ay dit , il eft aflez euidét, puis qu'il 
eft ainfïque la force du commandement fouuerain dépend des recez, 
ou décrets des eftats: les décrets font faits par les fept Electeurs, qui 
ont vn tiers des voix, Se par les autres Princes de l'Empire, qui ne 
font pas trois cens, qui ont aufli vn tiers des voix, & par les députez 
des villes Impériales , qui font foixante Se dix ou enuiron , qui ont 
l'autre tiers des voix deliberatiues : pour arrefter, caffer , confirmer , ou 
infirmer ce qui eft propofé. Et n'y arien de particulier pour le regard 

v iiij 



2 3 <î DE LA REPVBLIQjyE 

de l'eftat, qui foit differed des autres Ariftocraties,fînon que les fept 
Electeurs ont vn tiers des voix, les Princes vn autre, les villes le furplus. 
de forte que files fept Electeurs & les députez: ou les députez, & les 
Princes: ou les Electeurs , & les autres Princes font d'accord, le décret 
pafle . & d'autant que les Princes Ecclefiaftiques font en plus grand 
nombre, ils emportent bienfouuent par deffus leslaiz.qui futlacau- 
fe qui empefcha les Princes laiz fe trouuer à la diette de Ratifbonne 
l'an m. d. xl vi. & tout ainfî qu'au deffoubs de vingt ans, les gentils- 
hommes de Venize,de Luques, & de Rhagufe n'ontpoint d'entrée au 
grand confeil, ny part en la foueraineté:aufTi les enfansde famille des 
Princes , foient ieunes ou vieux , n'ont point de voix deliberatiue , fils 
ne font qualifiez Princes de l'Empire . qui font certain nombre de 
Ducs, Marquis, Comtes, Landgraues, Burgrafues,Margraues, Barons, 
Archeuefques, Euefques . Car combien que le Duc de Lorraine foit 
Prince de l'Empire, fi eft-ce que le Comte de Vaudemont fon oncle 
n'elt réputé, nyaflis aux cérémonies qu'entre les enfans de famille des 
Princes . Plusieurs toutesfois penfent que les Princes., & villes Impéria- 
les ont leur eftat fouuerain à part, & que les eftats de l'Empire font 
comme ceux des ligues desSuiïfes . Mais la différence eft bien grande: 
car chacun Canton eft fouuerain , & ne foufre loy, ny commande- 
ment des autres, & n'ont autre obligation entre eux que d'alliance of- 
fenfîue &defenfiue, comme nous auons dit en fon lieu, mais l'Empi- 
re d'Alemagne eft vni par les eftats généraux , qui mettent les villes , 6c 
les Princes au ban Impérial, & defpoùillent les Empereurs de leur cftat 
par puiflance fouueraine, commeils ont débouté les Empereurs Adol- 
phe, & Ouancelot fils de Charles quatriefme, & plufieurs autres . Da- 
uantage les eftats font ordinairement décrets, & ordonnances qui 
obligent tous lesfugetsde l'Empire, tant en gênerai qu'en particulier. 
Et qui plus eft les dix cicles, ou circuits de l'Empire, qu'ils appellent 
auffi banlieues, tiennent leurs eftats particuliers, & rapportent les re- 
queftes, plaintes, & doléances aux eftats généraux pourreceuoir leurs 
commandements &refolutions.Dauanta<re les Princes électeurs le iour 
d'après le couronnement de l'Empereur, aduoiient tenir leurs eftats 
de l'Empire, &c non pas de l'Empereur, iaçoit que celafè face entre les 
mains de l'Empereur. Brief le reifort,& fouucraineté de toutes appella- 
tions en matière ciuile. au deffus de vingt efcus,par les anciennes, & de 
quarante par les nouuelles ordonnances, appartiennent à la chambre 
Impériale, communeà tous les fugets de l'empire, qui eft compofeede 
xxiii. iuges , & d'vn Prince de l'Empire, pris par chacun an, félon l'or- 
dre des circuits . & fil fautiuger entre deux Princes, ou entre les villes, 
foit de la vie,de l'honneur, ou des biens,la cognoiffance en appartient à 
la chambre Impériale, fil ne plaift aux eftats d'euoquer,& retenit la 
cognoiffance: commel'an m. d. l v. ileftportépar ordonnance de 

l'Empi- 



LIVRE SECOND. 257 

l'empire, que filyadeilors en auant Prince, ville, ny fuget de l'empi- 
re qui Icue les armes contre la nation Germanique, qu'il fera iugé par 
les eftats, qui à celte fin feront tenus àTorme . & par le recez de la 
diette d'Aufbourg de l'an m. d. l v. defenfes furent faidtes à tous fu- 
gets de l'Empire, de ne fortir horsles limitesau fècours des Princes e- 
itrangers, foubs grandes peines . & qui plus eft , il eft expreiTémcnc 
porté par les ordonnances de l'Empire, liurc 1 1. chapitre x x v. 1 1 1. 
qu'il n'y ait Prince,ville ny communauté, qui foit fi hardi d'empefeher 
les appellations des fugets de l'Empire à la chambre Imperiale,fus gran- 
des peines. En dernier lieu, l'Empereur comme chef,vnift encores 
plusles membres de l'Empire en vne Republique, que fil n'y auoit que 
les eftats feulement, l'ay dit chef del'Empire,ou Capitaine en chef,non 
pas qu'il foit fouuerain, comme plufîeurspenfent: car au lieu que les 
Roys & monarques font les Princes, l'Empereur toutau contraire cil 
eleu&faict par les Princes. Et comment feroit il fouuerain & fuget de 
l'Empire, feigneur &vaffal de l'Empire Pmaiftre & contraint d'obéir 
aux eftats ? & non feulement aux eftats , ains aum* aux vicaires de l'Em- 
pire : ce qu'on pourroit trouuer effrange : & toutesfois il eft véritable. 
Il me fouuient auoirleuvne lettre d'vn feigneur peniionnaire du Roy, 
eferipte au Conneftable en date du x 1 r. May m. d. l i i. par laquelle il 
efcriuoit que le Roy de France fe debuoit plaindre au Duc deSaxe,& 
Comte Palatin vicaires de l'Empire, pour auoir iufticede l'Empereur, 
Charles v. & de Ferdinand Roy des Romains, fuiuantla bulle d'or, & 
les ordonnances des eftats, par ce qu'ils auoient intercepté les lettres du 
Roy addreflees aux eftats de l'empire, au refusqu auoit fait l'Archeuef- 
que de Magonce,de receuoir& prefenter leldidtes lettres aux eftats 
comme Chancelier de l'empire. Et par le recez de la diette Impériale te- 
nue à Hildeberg l'an m.d.liii.U fut arrefté, que pas vn delà Cour de 
l'Empereur ne maniroit les affaires de l'empire : comme i ay veu par let- 
tres de l'Ambaffadeur de France . Et quand il eftqueftion de leuer de- 
niers pour les affaires de l'empire, ils ne font pas portez à l'efpargne de 
l'Empereur, ains ils font mis en depoft es villes de Strafbourg, de Lu- 
bec;& d'Aufbourg, & n'eft pas au pouuoir de l'Empereur d'en leuer 
vn feul denier fans la permifïion des eftats. Qui môftre que ceux-là font 
bien loing de- leur opinion qui penfent que l'Empereur foit fouuerain, 
& appellent l'Empire monarchie, comme fil eftoit foubs la puiflance 
d'vnMonarque. Ains au contraire Maximiliani.bilayeul de ceftui-cy, 
quoy qu'il fuft Empereur aflcz ambitieux, dift aux eftats de l'empire, 
qu'il n'eftoit pas befoin de prendre la couronne Impériale du Pape, ny 
farrefterà telles ceremonies,veu que lapuiflance iouueraine eftoit aux 
eftats. Si on me dit que l'Empereur fait affembler les eftats: cela eft vray, 
fil y a quelque affaire vrgcnt,& extraordinaire: mais les diettes ordinai- 
res font affignces aux recez de chacune diette . combien que le moindre 



2> >8 DE LA REPVBLIQJfE 

magiftrat en Rome, & en Athènes auoic puifïance de faire affemblcr 
tout le peuple qui tenoit la majefté fouueraine : & le Conful comman- 
doit aux Sénateurs de fafïembler foubs peine de procéder contre eux 
par faifie de corps & de biens . & neantmoins les Princes ne font con- 
traints de venir aux eftats, t'il n'y a que l'Empereur quilesmâde, comme 
ils rirent bien entendre à l'Empereur Charles v.l'an m. d. liiii. Et i ; il 
aduient que l'Empereur, ou le Roy des Romains fortent des frontières 
de leur pays, ils marchent fus les terres des autres Princes quafi comme 
étrangers . Si on dit que l'Empereur eft iuge entre les Princes 3 & vil- 
les Impériales : cela eit bien vray en première inftance, & quand les 
parties l'ont accepté : mais c'eft en qualité de lieutenant pour l'Empire: 
comme en cas pareil le Duc de Saxe,& Comte Palatin peuuent aufliiu- 
ger en qualité de vicaires Impériaux : & neantmoins l'appel aux eftats 
iufpend la puifïance de l'Empereur, aufTi bien comme des vicaires Im- 
périaux. Encores peut ondire,que lesPrincesde l'empire cnrafTem- 
blee des eftats, vfent de ces qualitez enuers l'Empereur, Vostre 
sacrée maieste', quine peut conucnirfinonà celuy quieft 
fouucrain: Iediqueces honneurs ne donnent pas la fouueraineté: au- 
trement le Roy des Romains , feroit auffi fouuerain , tellement qu'il y 
auroit deux fouuerains:& toutesfois l'vn fuget à l'autre . Et de fait Geor- 
ges de Helfuftein Baron de Gondelfîngen , portant lesremonftrances 
du Roy des Romains aux eftats de l'empire tenus au moys de May 
m.d.lv i. dift ainfi :De la part du Roy des Romains noftre 
fouuerain feigneur . Mais il y a bien plus d'argument en ce que l'Empe- 
reur donne les fiefs de l'empire vacans, & en inueftit qui bon luyfem- 
ble,fanslç confentement des eftats. Icrefpondsque leconfentement 
exprès des eftats n'y eft pas requis : aufli n'eft-cc pas outre le vouloir 
des eftats qui le foufîrent, & peuuent retrancher ceft article, comme 
ils ont fait les autres marques de fouueraineté. combien que l'Ambaf- 
fadeur Manllac , penfoit que l'Empereur n'a pas cefte puiiîance : & ad- 
uertit le Roy que l'Empereur Charles v.auoit inuefti Philippe d'Efpa- 
gne du Duché de Milan à Bruxelles l'an m. d. li. fans auoir eu lecon- 
fentement des eftats : mais il ne fe trouuera pas vne feule inueftiture de 
fief Impérial j où le confentement exprès des eftats y foit . Auiïi eft-il 
certain que l'Empereur ne baille les inueftiturees linon en qualité de 
Lieutenant pour l'empire -.tout ainfi qu'il reçoit la foy & hommage 
des Princes pour & au nom de l'empire: comme il receut en cas fem- 
blable le fieur de Chantonet chargé de procuration fpeciale du Roy 
Catholique l'an m. d. l xv. pour faire la foy &hômage à l'empire du 
Duché de Milan, & vicariat perpétuel de Syenne. No us ferons mefme 
iugement des confirmations des bénéfices, & droits de regales, qu'il 
donne à ceux qui font eleus par les chapitres, corps,& collèges, fuiuanc 
les concordats du Pape auec l'empire : & des lettres de fauuegarde, qu'il 

donne 



LIVRE SECOND. ' lj9 

donne aux Ambaflàdeurs.Hcraux d'armes, & autres eftrangersoù la 
claufe ordinaire y eft appofee portant ces mots, D'autant que toute 
choie nous eft pofTible à caufe de noftrc charge Impériale : qui mon- 
tre afîez que l'Empereur eftoit anciennement Monarque fouuerain. 
Ce qu'il ncft plus . &mcfmes les eledeurs ,& autres Princes de l'Empi- 
re , refufcrent à l'Empereurla diette qu'il demandoit l'an m. d. lxvi. 
& ordonnèrent que l'argent qu'on leueroit pour fubuenir aux affaires 
de la guerre, ny 1 Empereur , ny fes miniftres n'y toucheroient point. 
Et pour le trancher court, il ne faut que voir ks articles du ferment 
fait par ks Empereurs, entre ks mains des électeurs de l'Empire, que 
i'ay cotez au chapitre du Prince qui tient en foy & hommage d au- 
truy,pour cognoiftre encores plus euidemment que la fouueraineté 
de l'empire n'eft aucunement à l'Empereur: ores qu'il porte les fee- 
ptres, les couronnes , les habits impériaux , & qu'il précède les autres 
Roysauxceremonies,&mefmequ'onluyattribue la qualité de maje- 
fté tref-facree. Et àdireyray, on ne fçauroit luy faire tant d'honneur 
quelamajeitédu fain £fc Empire, du quel ileitchef,merite:mais lacou- 
ftumedesAriftocraties bien ordônees, eft d'ottroyer lemoinsdepuiP 
fance àceluyqui plus eft honoré :& moins d'honneur à ceux qui plus 
ont depouuoir: comme ks Vénitiens fçauentauifitrefbien pratiquer. 

Puis donc que nous auonsmonftré que l'empire eft vn eftat Ariftocra- 
tique, il faut conclure qu'il n'y a Pr^ 

ueraineté.-ainsnefont autre chofe que membres de l'empire gouuer- 
nantehacunfon eftat foubs la puiilànce, & fans déroger aux loix& or- 
donnances de l'empire. En quoyplufieurs fabulent qui font autant de 
Republiques.come il y a de Princes & de villes impériales . Nous auons 
monftré cydeflus le contraire, mais tout ainfi qu'en ce Royaume cha- 
cune ville & feigneur a ks luges, Confuls, Efcheuins, & autres magi- 
flrats particuliers qui gouuernent leur eftat, ainfï eft-il des villes Impé- 
riales : horfmis qu'ily a plus de iuges Royaux,& l'empire n'a que la cha- 
bre Impériale, qui cognoift des appellations des autres iuges, & les vi- 
caires impériaux. Et neantmoins quand il aduient que l'empire eft diui- 
fé en fadions&partialitez, & ks Princes bandez les vns contre lesau- 

tres,ce qu'on a veuaiTezfouuent,alorsl'eftat municipal des villes,& iu- 
rifdiftion fubalterne des Princes, fe tourne en plufieurs eftats Ariftocra- 
tiques& monarchies particulières : & de chacumembre fefait vn corps 
particulier de Republique fouueraine . Et tout ainfi que le corps 

vniuerfel de l'empire eft entieremét Ariftocratique : aulfi les villes impé- 
riales tiennét l'eftat Ariftocratique, cÔme Aulbourg, Nurébercr,^or- 

me,&autresvillesimperialesquifontprefquetoutesAriftocratfques:&: 
fil y en a quelques vnes plus populaires, comme Strafbourg,ficft-ce 
que le gouuernemcnt eft Ariftocratique. le mettray feulementpour 
abréger, l'eftat delà ville de Nuremberg,la plus grande, la plus illuftre 



24 . e DE LA REPVBLIQJ/E 

& la mieux ordonnée de toutes les villes impériales , qui eft eftablie en 
forme Ariltocratique . car il n'y a que xxvm. familles anciennes qui 
ont puifTance fouuerainefur tout le rcfte des fugets, qui font plus de 
ï.conraJ.ccir. quatre cens mil au rcfïort de Nuremberg. f Decesxxvi u. familles on 
Leftatde Nure- e ]j{^ tous les ans des Cenfeurs fans reproche: & cela faid^tous les magi- 
ftrats font deftituez de leur puifTance . alors les Cenfeurs elifent le Sénat 
de xxv i.perfonncs : lequel Sénat en elift x i ii.pour le priué confeil 
des affaires fecrettes. & du mefme Sénat on elift les xi i i.Eicheuins: ou- 
tre les fept Burgo mail très, qui eft vn autre confeil particulier, qui a pa- 
reille puiflancc que le confeil des dix à Vcnize . Voila ceux qui manient 
l'eitat . le laifle à parler des cinq iuges criminels, & douze pour le ciuil, 
&du Preuoft des viures, èV des deux treforiers, & des trois arbitres des 
tutelles, qui font quaflen mefme office que les procureurs fainct Marc 
à Venizc au pourtraict de laquelle ceux de Nuremberg ont voulu fi- 
gurer aucunement la leur. Et combien qu'il y ait des villes impériales 
plus libres les vnes que les autres, à fçauoir, celles qui ne font ny en 
fugetion,ny en protection des Princes, comme Nuremberg, Scraf- 
bourg,Lubec, Hambourg , Brème, Worme, Spire: il eft-ce qu'elles 
font toutes fugettes à l'Empire. Vray eft qu'il y en a plufieurs qui fe 
font exemptées de la puiflancc des Princes pour fc maintenir en liber- 
té, & tenir nuëment de l'empire, comme la ville deBrun(uich,qui f'eft 
diftrai&e de l'obciflance des Princes deBrunfuich:W n orme,& autres 
qui fe font exemptées de la puifTance des anciens feigneurs: & en cas pa- 
reil les Suifles & Grizons , qui ont Républiques feparees , 6V qui eftoiec 
fugets de l'empire . Et mefmes les feigneurs du Canton de Fribourg au 
traidtéde combourgeoifïe faiâcntr'cux, & les feigneurs de Berne, ap- 
pellent la ville de Fribourg membre de l'empire, iaçoit qu'ils ontleur 
eftat à part en pleine fouuerainetc: les autres confeflent tenir leurs priui- 
leges & liberté de gouuerner leur eftat des Empercurs,comme Vri, Vn- 
derualden, cVSuits, & en ont lettres patétes de Loys deBauieres Empe- 
reur, en datte de l'an m. c ce. xvi. Aufïi les Tietmarfois, pour l'aflcu- 
rance, &afïïetteinuiolablcde leur pays,fitué aux frontières du Roy- 
aume de Dannemarc, fc font fouftraits de l'Empire : & ont eftabli 
leur Republique en forme Ariltocratique de xlviii. feigneurs, qui 
tiennent la fouueraineté tant qu'ils viuent : & fil en meurtquelqu'vn, 
on en elift vn autre en fa place. Vrayeftque l'an m d. lix. Adolphe 
Duc de Holftein feftorça les aflugetir: prétendant que Chriftiernefon 
bifayeul auoit obtenu de l'Empereur Friderich 1 1 i. la feigneurie des 
Tietmarfois, pour feftre démembrée de l'empire: comme i'ay veu par 
lettres du fleur Danzai, Ambaffadeur pour le Roy en Dannemarc. Il ap- 
pert donc que l'eftat d'Alemagne eft vne droite Ariftocratie,& non pas 
monarchie. Mais il faut prendre garde en l'eftat Ariltocratique, de ne 
confondre pas les feigneurs fouuerains auec les magiftrats, & auec le 

Sénat. 



, 



LIVRE SEC O ND. 241 • 

Sénat . Car quelquefois la Republique a fi peu de Seigneurs, qu'ils font 
Sénateurs & Magiitrats . comme les Pharfaliens n'auoient que xx. Sei- 
gneurs, les Lacedemoniens xxx. les Tietmarfois xlvii 1. & n'y auoit 
point d'autres Sénateurs que la Seigneurie, mais les Gnidiés,qui elifoiét 
tous les ans i x. citoyens, qu'ils appelloient Amymones/aufquels ils &Piutaf. in a P o P h. 
donnoient toute puiflànce de manier Teftat (ans rendre compteùls ne- 
ftoient pas pourtant Seigneurs fouucrainsjmais bien Magiftrats fouue- 
rains:demeurât la fouueraineté abfoluë en la No blefTe, comme i ay dit. 
En cas femblableceux deSurichelifoient tous les ans xxxvi. Magi- 
ftrats, qui gouuernoicnt quatre mois chacune douzaine :& dura celte 
formeiufquesà l'an u- cccxxx.que le menu peuple chaHa les Magi- 
ftrats, faifant vn Sénat de deux cens h6mes,& vn Côful.Mais c eft beau- 
coup leplusfeur, pour petite, que foit l'Ariftocratie, de feparer les fei- 
gneurs du fenatj& le fenat des magiftrats-.come il fe fait à Rhaguze,orcs 
qu'il y ait peu de Seigneurs, & que la Republique foit de petite eftédue. 
& par cy deuât les Seigneurs de la Republique de Chio,qui eftoit efta- 
blie en forme Ariftocratique par certains gétils-hommes Geneuois de 
la maifon Iuftiniéne l'ayant conqueftee fus les Empereurs d'Orient., eli- 
foient tous les ans x 1 1. Conieillers d'eftat pour leur Sénat, auec quatre 
gouuerneursmuablesdefixenfixmois, &vnMagiftrat fouuerain de 
deux en deux ans:& ont maintenu leur eftat iufqu'à ce que le grand fei- 
gneur,depuis peu d'annees,l'a reùniâ l'Empire d'Orient . Voila quant à* 
la définition d'Ariftocratie . Nous dirons en fon lieu les vtilitez,& dan- 
gers qui font en l'cftat Ariftocratic, & la manière de s'y gouuerner . Re- 
lie maintenant de refpondre à ce queditAriftote touchât TAriftocra- 
tie^qui eft du tout contraire à ce que nous auons dit.Ilya,dit 7 il,qua- y.WMcap.j.poiic 
tre fortes d'Ariftocraties.la premiere^où il n'y a que les richcs.&iufqu'à JpP lnion , f^u- 
certain reuenu, qui ont part a la Seigneurie: la ieconde, ouleseltats& riftoaatic. 
offices font diftribuez par fort à ceux quiplus ont de biés : la troifiefmc, 
quand les enfans fuccedent aux pères en la feigneurie : la quatriefme, 
quand ceux-là qui fuccedent vfentde puiiîance feigneuriale, & com- 
mandent fansloy . Etneantmoins au mefmeliurc/ &: peu après il fait 8.iib. 4 .ca P .7. 
cinq fortes de Republiques : c'eft à fçauoir la royale,, la populaire, celle 
de peu de feigneurs , & celle des gens de bien , & puis vne cinquiefme 
compofee des quatre . puis il dit que la cinquiefme ne fe trouue point. 
Nous auos monftré cy deflus , que telles meflanges de Republiques eft 
impoflible, & incompatible par nature : monftrôs aufli que les efpeces 
d'Ariftocratie pofeesparAriftote, ne font aucunement confiderables. 
L'erreur eft venu de ce qu'Ariftote ne definift point que c'eft d'Arifto- 
cratie. De dire que c'eft ou il n'y a que les riches ^ ou les gens de bien 
qui ay ent part à la feigneurie,il n'y a point d'apparéce : car il fe peut fai- 
re que de dix mil citoyens, il y en ait fix mil qui auront deux cens tfeus 
de rente, & part à la feigneurie,& neantmoins l'eftat fera p op ulaire, at- 

x 



241 DE LA REPVBLI QV E 

tendu que la plufpart des citoyens tiendra la fouueraineté: autrement il 
n'y aura point de Republique populaire . autant peut-on dire des gens 
de bien, qui peuucnt eftre laplufpart des citoyens qui auront part à la 
feigneurie: 6V neantmoins au dire d'Ariftote l'eftat fera Ariftocratique. 
car s'il prend la bonté auplus haut degré de vertu, il ne fe trouuera per- 
fonneiîî à l'opinion populaire,chacunfc dit homme de bien :6V leiuge- 
ment en eft (i perilleux,que le fage Caton,choifi pour arbitre d'hôneur, 
n'ofa donner fentence, f ï Q_. Lu£tatius eftoit homme de bien ou non. 
Toutefois pofons le cas que les gens de bien 6V de vertu en toute Repu- 
blique facent la moindre partie des citoy ens,6V que ceux-là tiennent le 
gouuernail de la Republique : pourquoy par mefme moy é n a fait Ari- 
itote vne forte d'Ariftocratie, où les Nobles tiennent la feigneurie, veu 
qu'ils font toufiours en plus petit nombre que les roturiers? pourquoy 
n'a-il faitvneautre forte d'Ariftocratie, où les plus anciennes familles., 
ores qu'elles foientrotutiereSjCommandent? corne il aduint à Florence 
après que la No bielle fut chafTee. car il eft bien certain qu'il y a plufieurs 
familles de roturiers fort anciennes, 6V plus illuftrcs que beaucoup de 
gentils-homes frais émoulus,qui peut eftre ne fçauent qui eft leur père, 
aulîipouuoit-il faire vne autre forte d'Ariftocratie, où les plus grands 

*.iib.j.cap.j.poiit. auront la feigneurie,come il dit luymefme 9 qu'il fe faifoit en Ethiopie. 
&parcofequétaumTAriftocratiedes beaux,despuiflans,des guerriers, 
des fçauâs, 6V autres qualitez femblables, qui feroiét vne infinité d'Ari- 
ftocraties toutes diuerfes . Encores y a-il moins d'apparence en ce qu'il 
dit,que la troifiefme forte d'Ariftocratie eft celle où leseftats 6V offices 
font donezparfortauxplusrichesrattédu quele fort tient entièrement 
del'eftat populaire. Orilconfefle que la Republique dAthencseftoic 

i.piucarJnPcricic. populaire:6V neâtmoinsles grands eftats,offices 6V bénéfices ne fe 'don- 
noiét qu'aux plus riches au parauat Pericles : 6V en Rome,qui cftoit auffi 

a.iiuius iib. 4 . populaire au parauant la loy Canuleia * les eftats & bénéfices ne fe don- 
noient qu'aux plus anciens gentils-homes, qu'ils appelloiét Patriciens, 
qui eft vn trefeertain argumét,que la Republique peut eftre populaire, 
& gouuernee Ariftocratiquemét. 6V qu'il y a bien notable differéce en- 
tre l'eftat d'vne Republique 6V le gouuernement d'icelle : comme nous 
auos dit cy deffus. Quât à l'autre forte d'Ariftocratie.qu'Ariftote dit Sei- 
gneurier fans loy, &refîembler àlatyrannie.nousauôsmonftré la diffé- 
rence de la monarchie royale/eigneuriale 6V tyrânique,qui eft fembla- 
ble en l'ariftocratiejOÙ les leigneurspeuuétgouuerner leurs fugets efcla- 
ueSjCVdifpofer de leurs biens, tout ainfïquele Monarque feigneurial, 
fans vfer de loix,& fans toutefois les ryrannizer: corne le père de famille, 
qui eft toufiours plus foigneux de fes efclaues,qu'iln'eft desferuiteursà 
louage, car ce n'eft pas la loy quifait le droit gouuernemér, ains la vraye 
iuftice 6V diftribution égale d'icelle. 6V la plus belle chofe du monde 
qu'on pourroit délirer en matière deftat,auiugemét d'Ariftote,eftd'a- 

uoir 



LIVRE SECOND. 243 

uoirvn fàge & vertueux Roy, qui gouuerne Ton peuple fansaucuneloy: 
attendu que la loy fert à plufîeurs de piège pour tromper 3 & qu elle eft 
muette^ inexorable , côme la noblefTe de Rome } fe plaignoit, qu'on 5 lib z Prin# 
vouloiteftablixloix,&fegouuerner par icelles après les RoyschafTez, 4-Udcorig.iuris. 
quigouuernoiétfansloy.,felonladiueriité des faits qui feprefentoiet. 
ce que les Confuls& laNobleiTe , qui tenoient aucunement la Repu- 
blique en eftat Ariftocratique., continua iufques à ce que le peuple fa< 
voulât preualoir en eftat populaire, qui ne demande que l'equalitéde 
loix,receutla requefte de fon Tribun Terentius Arfa., & (îx ans après 
auoir debatu contre rAriftocratiefeigneuriale des nobles, fiftpafTeren 
force de loy,quede(lorsen auâtlesConfuIs&Magiftrats (èroient obli- 
gez aux Ioix, qui feroienr faites par ceux là que le peuple deputeroità 
celle fin . Ce n'eft donc pas la loy qui fait le Prince en la Monarchie , & 
les Seigneurs en l'Ariftocratie iuftes& bons, mais la droite iuftice qui 
eft grauee en l'ame des iuftes Princes & Seigneurs, & beaucoup mieux 
qu'en tables de pierre. &plus lesedits & ordonnances ont efté multi- 
pliées, plus les tyrannies ont pris leur force, comme il aduint foubsle 
tyran Caligula,qui à propos & ians propos faifoit des edits, & en lettre 
fi *menue qu'on ne les pouuoitlire,afin d'y attraper les ignorans. & fon s ' ranqu > m a s * 
fucce(Teur,& oncle Claude fift pour vniour 6 vingt edits: & toutefois la «• Trâc i uiLinClaud - 
tyrannie nefutoncficruelle,niles hommes plus mefchans.Or tout ainfî 
que l'Ariftocratie bien ordonnée eft belle à merueilles,aufTi eft elle 
bien fort pernicieufe il elle eft deprauee: car pour vn tyran il y en a plu- 
fîeurs: &mefmes quand la No blelTefe bande contre le peuple,comme 
iladuientfouuent:&commeanciennementquandon receuoit les no- 
bles en plusieurs Seigneuries Anftocratiques, ils faifoient 7 ferment de- 7 .Arifto.iib.;.c.?. 
ftre à iamais ennemis iurez du peuple, qui eft la fubuerfion des Ari- 
ftocraties. 

DE L'EST AT PO P VL A IRE. 

C H A P. VII. 

'Est at populaire eft la forme de Republique, oùlapluf- 
part du peuple enfemble commande en fouueraineté au 
furplusennom collectif , & à chacun de tout le peuple en 
particulier.le principal poinct de l'eftat populaire fe remar- 
que en ce que la plufpart du peuple a comandement, & puiifance fou- 
ueraine non feulement fur chacun en particulier, ains auffi fur la moin- 
dre partie de tout le peuple enfemble.de forte que s'il y a xxxv.lignees, 
ou parties du peuple, côme à Rome, les dix huiâ ont puifîance fouue- 
rainefurlesxvn.enfemble,& leur donnent loy: ainfî qu'on peut voir 
quâd Marc O&aue fut deftitué du Tribunat à la requefte de Tibère 
Gracchus fon côpaignon^l'hiftoirc porte qu'il fut pué de quitter vo- j.piutarànviuGac 

xij 




2 4 4 DE LA REPVBLIQJ/E 

La diffèrcce qu'il lontairemcntfon eftatauparauantque les dix huit lignées cuiTentdoné 
y a de donner les j eur vo i x . Et d'autât que Rullus tribun vouloir par la requefte qu'il Dre- 

voix par teftes, _ • i ^ i i- -r i * i * * .3 . * 

ouparhgnccs. Tenta au peuple, touchât ladiuiiion des terres, que les commiflaires qui 
auroient cefte charge,fu(Tent eleus par la plus grade partie, des x v 1 1. li- 
gnées du peuple feulemét,Ciceron alors Coful print cefte occafion en- 
tre autres, d'épefeher l'entérinement de fa requefte^ la publication de 
la loy,difant que le Tribun vouloit fruftrer laplufpartdu peuple de fa 
voix, mais c'eftoit la chofe la moins cofiderable, d'autât que la requefte 
du Tribun portoit ^S'ilplaifoit au peuple ( c'eftà dire à la plufpart des 
xxxv.Iignees) que la moindre partie du peuple (àfçauoirxvn. lignées) 
députait les cômifîaires. car la majefté du peuple demeuroit entière, at- 
tendu que lamoindre partie du peuple eftoit députée au plaifîr & vou- 
loir de la plufpart: afin qu'on ne fuft point empefché d'afîembler les 
x x x v.lignees pour peu de chofe, corne il fe faifoit à la nomination des 

a.ciceroinRuiium. Dcne fi ces p ar } a loyT)omitia:s'il vaquoit quelque bénéfice par la mort 

des Augures,Preftres & Pôtifes ,on aflembloit xvn. lignées du peuple, 
& celuy qui eftoit pourueu & nommé par neuf lignées du peuple eftoit 
receu par le Chapitre ou Collège des Pontifes . Quand ie dy la pluf- 
part du peuple tenir la fouueraineté en Peftat populaire , cela s'entend 11 
on prend les voix par teftes,comme à Venize,à Rhagufè, à Gènes, àLu- 
ques, & prefqu'en toutes les Republiques Ariftocratiques: mais Ç\ on 
prend les voix par lignées, ou paroilTes^u communes, il fuflift d'auoir 
plus de lignees,ou de paroiffesjou de comunes,ores qu'il y ait beaucoup 
moins de citoyensrcome il eft quai! touflours aduenu es anciennes Re- 
publiques populaires. En Athènes le peuple eftoit diuifé en dix lignées 
principales, &enfaueur deDemetrius& Antigonus on y enadioufta 
deux:& outre cefte diuifion,le peuple eftoit départi en tréte&ilx claf- 
fes. ainfi en Rome la première diuifîon du peuple faite par Romule, 
eftoit de trois lignees:& depuis fut diuifé en trente paroiffes^qui auoiêt 

4 * ' chacune vn curé pour chef: & chacun,dit 4 Tite Liue,dônoit fa voix par 

teftc.mais par l'ordonance du Roy Seruius,il fut diuifé en fix clafles., fé- 
lon les biens & reuenu d'vn chacun: en telle forte, que la première clafle 
où eftoient les plus riches,auoit autât de pouuoir que toutes les autres, 

^DioniT. Hahcar. * fo j es ç cr u; U ries d e ia première demeuroient d'accord : c'eft à dire lxxx. 
Centuries qui n'eftoient que huicT: mil : & les quatre fuiuâtes n'eftoient 
quedehuiâmihorilfuffifoitde rrouuer en la féconde claile autant de 
Centuries qu'il f'en falloit de la premiere:tellement qu'on ne venoitpas 
fouuentàlatierce nia la quarte, & moins encores à lacinquiefme,&: 

é.Liuiusiib.i.Dio- 6 iamais àla fixiefme, où eftoit lerebut du peuple & des pauures bour- 
geois,qui eftoit alors de foixante mil & plus.,au nombre qui en fut leué: 
outre les bourgeois des cinq premières claifes.& il l'ordonnance du 
Roy Seruius fuft toullours demeurée eh fa force, après que les Roys 
furent chaffez , l'eftat n'euft pas efté populaire : caria moindre partie 

du 



LIVRE SECOND. 14; 

du peuple auoitla J fouueraineté: Mais le menu peuple toft après fe j-DioaiCHatycaM. 
reuoka contre les riches, & voulut tenir fes eftats à part, afin qu'vn 
chacun euft voix egale,autantle pauure que le riche , le roturier que le 
noble.& ne fe contenta pasrcar voyant que les no blestiroiét à leur cor- 
delle leurs adherâs,il fut disque la Noblefie n affiftcroit plus aux eftats 
du menu pcuple,qui fut alors diuifé en dixhuit lignees:& peu à peu par 
fucceftion de temps on y adiouftaiufques à trente cinq lignées : &par 
les menées & fadtios des Tribunsja puilTance pareille qu'auoit l'aiTern- 
blee des grads eftats en llx clafTes, fi.it attribuée aux eftats du menu peu- 
ple,commenous auos dit cy deffus . Et d'autant que les affranchis, & au- 
tres bourgeois receus par merites,c6fus,&meilez par toutes les lignées 
du peuple Romain,eftoient en plus grand nombre fans comparaifon, 
queles naturels & anciens bourgeoises emportoientla force des voix: 
ce que le'Cenfeur Appiusauoit fait pour gratifier le menu peuple, & j.LiuînsUb.y.&Hbr. 
obtenir par ce moyen ce qu'il voudroit.Mais Fabius Maximus eftant cpuo ' 10 ' 
Cenfeur,fift enrooller tous les afranchis, & ceux qui eftoient iflus d'eux 
en quatre lignées à part,pourc6feruer les anciennes familles des bour- 
geois naturels en leurs droicts : & emporta le nom de Trefgrandjpour 
cefeul a6te,quieftoitde confequence bien grande:& toutefois perfon- 
ne ne s'en remua . Cela continua iufques à Seruius Sulpitius Tribun du 
peuplejequel trois cens ans après 6 voulut remettre les afranchis aux li- «.nor.cpito.77A8. 
gnees des maiftres qui les auoient afranchis, mais il fut tué deuant qu'en 
venir à chef: & toft 7 après cela fut exécuté pendant les guerres ciuilcs de ?• i<fem epito.s*. j 
Marius & de Sylla:pour rendre l'eftat plus populaire, & diminuer i'au- 
«Storité de la Nobleile . 8 Demofthene s'efforça de faire le femblable en s.piutar.in Demo- 
Athenes,apres la victoire dePhilippe Roy de Macedoine,ayantprefen- 
té requefte au peuple,, tendantafinqueles afranchis & habitans d'A- 
thènes fufTent enroollez au nombre des citoyens:mais il fut débouté de 
fa requefte fus le champ : combien qu'il n'y euft alors que vingt mil ci- 
toy ens,qui eftoit de fept mil plus que du temps de 9 Pericles:qui n'en le- „ inPcricle 
ua que treize mil, & cinq mil qui furent vendus comme efclaues, pour 
s'eftre qualifiez citoyens . Ce que i'ay dit feruira de refponfe à ce qu'on 
pourroit alléguer , qu'il n'y a point, & peut eftre qu'il n'y eutonques 
Republique populaire,où tout le peuple s'aifemblaft pour faire les loix 
& lesMagiftrats , & vfer des marques de puilTance fouueraine :ains au 
contraire bonne partie d'iceux ordinairement font abfens : & la moin- 
dre partie donne la loy : mais il fuffift que la pluralité des lignées I'em- 
porte,ores qu'il n'y euft que cinquante perfonnes en vne lignée, & mil 
envneautre,attenduquelaprerogatiUe des voix eft gardée à chacun, 
s'il y veut affilier . vray eft que pour obuier aux factiôs de ceux qui bri- 
guoient les principaux des lignées, quand on faifoit quelque loy qui 
portoit coup, on y adiouftoit ceft article, Que la loy qui feroit publiée 
ne pourroit eftre caiTee,ii ce n'eftoit par les eftats du peuple, ou il y euft 

xiij 



z+6 DE LA REPVBLIQJVE 

du moins fîx mil bourgeois,comme on void fouucnt en Demofthene 
o.iflAriftidc. & aux vies des dix Orateurs. °& Plutarque dit, que l'oftracifmen'auoic 
pointdelieUjs'ily auoitmoins de fix mil citoyens quieuffent confenti. 
3.m awusvcnet. ^ e ^- ^ ail jg gardé parles ordonnances de' Vcnize en ce qui eft de 
coniequence , & mefmes en celles de la iuftice celle claufe y eft adiou- 
ftee, Qu'il ne fera aucunement dérogé aux ordonnances par le grand 
Confeil,s'iln'ya du moins mil gentils-homes Venitiens,& que les qua- 
tre parts., les cinq faifant le tout, ou les cinq parts, les fîx failant le tour, 
en demeurcntdaccord.ee qui eft conforme à laloy descorps&CoIle- 
i. l nominationum ges où il faut que les l deux tiers aflîft et aux délibérations, & que lapluf- 
d uod C cii5qic V vni- P arc ^ cs ^ eux z ^ crs ^ olz d'accord,pour donner loy au furplus : car de mil 
uofitat. cinq cens gentils-hommes Venitiés,ou enuiron,au deflus de vingt ans, 

( car il ne fe trouue point depuis cet ans qu'ils ayent efté plus qui tiennéc 
la Seigneurie)ils ont ordonné que mil s'y trouueroiét,qui font les deux 
tiers: & que du nombre de mil gentils-homes,huit cens pour le moins, 
qui font quatre cinquiefmcs,demeurerontd'accord:cequin'eft pas nc- 
ceflaire es corps&Colleges,où la plufpart des deux tiers l'emporte. mais 
il appert par ces ordonnances, que de quinze cens, il en faut huit cens 
pour le moins,qui eft laplufpart des citoyens pris par teftes, &non par 
lignées ou paroi(les,comme ilfe fait es eftats populaires, pour la multi- 
tude infinie de ceux qui ont paît à la Seigneurie.-encores le plus fouuenc 
on confondoitlesfurTragesdeslignees,iufqu'à laloy Fufia publiée l'an 
a.Dioiib.38. dela x fondation de Rome d.cxcii 1. pour les reproches que les vns 
faifoient aux autres d'auoir confenti vne loy inique . Ainfî font les Sei- 
gneurs des ligues, & les villes d'Alemaigne, qui font plus populaires, 
comme Strafbourg,&par ci deuant la ville de Mets,qui eftoit auffi po- 
pulaire^ les treize Magiftrats eftoiét eleus par les paroilTes, comme ils 
font encores à prefent,& aux ligues grifes parles communes. Vray eft 
que les Cantons Duri,Schuuits.,Vnderuald,Zug,Glaris, Appenzel, qui 
font vrayes démocraties, & qui retiennent plus de liberté populaire, 
pour eftremontaignars.s'aflemblét pour la plufpart en lieu pubiic, de- 
puis l'aage de x 1 1 1 1. ans,&par chacun an: outreles eftats extraordinai- 
res^ là ils elifent le Sénat, & l'Aman, & autres Magiftrats, &leuent la 
main pour donner la voix à la forme de l'ancienne chirotonie des Re- 
publiques populaires, & contraignit bien fouuét leurs voifîns à coups 
de poing de leuer la main, comme on faifoit anciennement. & encores 
d'auantage aux ligues des Grifons qui font les plus populaires, & gou- 
uernecs plus populairement que Republiques qui foient.Ainfi font ils 
lesaifemblees des communes pour élire l'Aman, qui eft en chacun des 
petits Cantons le fouuerain Magiftrat : où celuy qui a efté par trois ans 
Aman il feleuedebout.&s'excufant au peuple demande pardon en ce 
qu'il auroit failli,& puis il nomme trois citoyens, defquels le peuple en 
choifîft vir.apres on elift fon lieutenant, qui eft comme Chancelier, & 



treize 



L I V R E S E C O N D. i47 

treize autres confeillers, entre Iefquels y en a quatre pour le confeil fe- 
cret des affaires d'eftat. Et puis le Camarlingthreforier de l'efpargne.Et la 
différence eit notable pour le gouuernement des autres Cantons de 
Suifîes,& des Grifonsrcar celuy qui a gaigné deux ou trois officiers prin 
cipaux dvn Canton des 5uiifes., qui fegouuement par Seigneurs, ù(è 
peut afleurerd'auoir gaigné tout le Canton: mais le peuple des Gnfons 
ne fe tient aucunement fuget ny ployable aux officiers j fi on ne gaigné 
les communes, corne i'ayveu par lettres de l'Euefque de Bayonne Am- 
bafladeur de France. Et depuis M. de Bellieure Ambatfadeur, homme 
bien entendu aux affaires,ayanr la mefme charge, donna aduis du mois 
de May m.d.lx v. que l'AmbaiTadeur d'Elpaigne auoit prefquefait re- 
uolter les ligues des Grifons, de forte qu'en la ligue delaCadeilyauoit 
plus de voix pour l'Efpaigne que pourla France. & depuis la ligue de 
linguedine n'ayant pas receu les deniers promis par les Efpaignols,mift 
la main fus les penfîonnaires d'Efpaigne , & les appliqua à la torture, & 
puis les condâna en dixmilefcusd amende:oiirÂmbafladeur de Fran- 
ce fift fi bien.que deux mois après ils enuoyerent conioin6tementauec 
les Cantons de Suides vingt fept Ambafladeurs en France, pour renou- 
ueler & iurer l'alliance. Nous conclurons donc que la Republique eft 
populaire^où la plufpart des bourgeois, foit par teftes., foit par lignées, 
ou claffes, ou paroiffes, ou communes, a la fouueraineté . Et toutefois 
Ariitote tient le 2 contraire, Il nefaut pas,dit-il.,fuiure l'opinion cornu- i.iib. 4 .cap.4. 
ne,quiiugel'eftat populaire,quandlaplufpartdu peuple alafouuerai- opiniôd'Arifto- 
neté.Et puis il baillepour exemple treize cens bourgeois en vne cité, où " touchant re- 
les mille elHs les plus riches & bien aifez ont la feigneurie, & en debou- ^°^ u altc * 
rent le furplus, on ne doit pas, dit-il, chaîner ceft eftat populaire : non 
plus que l'ariftocratie n'eft pas celle où la moindre partie des citoyens a 
la fouuerainetéjqui foient les plus pauures . Puis il conclud ainii.L'eftat 
populaire eft auquel les pauures bourgeois ont la fouueraineté: cVl'ari- 
itocratie,quand les riches ont la feigneurie,foient plus ou moins en l ? v- 
ne & en l'autre . Etpar ce moyen Ariftote renuerfe l'opinion commune 
de tous les peuples, voire mefmes des Legiflateurs & T^iilofophes : la- 
quelle opinion commune a toufioursefté, eft& fera maiftrefle en ma- 
tière de Republiques. Combien qu'il n'y a raifon veritable,ny vraifèm- 
blable pour fe départir de la commune opiniomautrement il s'en enfui- 
uramil abfurditez intolérables & indiflblubles • Car on pourra dire, 
que la faction des dix commiffaires députez pour corriger les couftu- 
mesde Rome,qûi empiétèrent l'eftat,eftoit populaire: iaçoit que tous c a ^!&i!iuiu" alr " 
les 5 hiftoriens l'appellent Oligarchie, ores qu'ils fuffent choifis , non 
pour leurs biens, ains feulement pour leur prudence: & au contraire 
quand le peupleleschafla pour maintenir fa liberté populaire, on euft 
dit que la Republique fuft changée en ariftocratie . & s'il y a vingt mil 
citoyens riches qui tiennent la feigneurie, & cinq cens pauures qui en 

x iiij 



i4fi DE LA REPVBLIQVE 

foient déboutez, l'eftat fera ariftocratique: & au contraire s'il y a cinq 
cens pauures gentils-hommes qui tiennent la Seigneurie , & que les ri- 
ches n'y touchet poinçon appellera telle Republique populaire. Ainii 
parle Ariftote, où il appelle les Republiques dApollonie, de Thera & 
de Colophon populaires., où bien petit nombre des anciennes familles 
fort pauures auoient la feigneurie fus les riches. Il paife plus outre, car il 
dir,quefi la plufpart du peuple ayant la fouueraineté donnoit les offices 
aux plus beaux,ouauxplusgrands,reftat,dit-il.,neferoitpaspopulaire,, 
ains ariftocratique : qui eft vn autre erreur en matière d eftat : attendu 
qu'il n'eft pas queftion, pour iugervn eftat, de fçauoir qui à les Magi- 
ftrats & offices , ains feulement qui a la fouueraineté , & toute puiffance 
d'inftituer ou deftituer les officiers,& donner loy à chacun . Toutes les 
abfurditezfufdidlesrefultent de ce qu' Ariftote a pris la forme de gou- 
uerner, pour l'eftat d'vne Republique . Ornous auons dit cy deiïus en 
paflànt, que l'eftat peut eftre en pure Monarchie Royale, &legouuer- 
nement fera populaire:c'eft à fçauoir,fi le Prince donne les eftatSjoffices 
& bénéfices aux pauures auffi bien qu'aux riches , aux roturiers auffi 
bien qu'aux nobles,fans acception nifauéur de perfonne . & fe peut fai- 
re -auiîi que l'eftat royal fera gouuerné ariftocratiquement,file Prince 
donne les eftats & offices à peu de nobles, ou auxplus riches feulemér, 
ou aux plus fauoris. Et au contraire, fila plufpart des citoyens tient la 
fouueraineté , & que le peuple donne les offices honorables , loyers &c 
bénéfices aux nobles feulemét: comme il fe fift en Rome,iufqu a la loy 
CanuleiaJ'eftatferapopulaire.gouuernéariftocratiquemét; &filano- 
blefle,ou peu de riches, a la Seigneurie, & que les charges honorables, 
& bienfaits foient donnez par les Seigneurs aux pauures & roturiers, 
auffi bien corne aux riches fans faueur de perfonne jl'eftatfera ariftocra- 
tique gouuerné populairement . Si donc tout lepeuple, ou la plufpart 
d'iceluy, a la fouueraineté .,& qu'il donne les eftats & bénéfices à tous 
fans refped: de perfonne:ou bien que les offices & bénéfices foint tirez 
au fort de tous les citoyens, on pourra iuger que l'eftat eft non feule- 
ment populaire, ainsauffi gouuerné populairement : comme il fut pra- 
tiqué par l'ordonnance faite àla requefte d'Ariftide, que tous citoyens 
fuifent retenus à tous eftats, fansauoir égard aux biens, qui eftoit caffer 
la loy deSolon: &parmefme moyen fî la feigneurie des nobles, ou 
des plus riches feulement a part à la fouueraineté , & que tous les autres 
foient déboutez des eftats & charges honorables, on pourra dire que 
l'eftat eft non feulement ariftocratique, ains auffi gouuerné ariftocrati- 
quemétjainil qu'on peut voir en l'eftat de Venize . Peut eftre on me di~ 
ra,qu'il n'y a que moy de ceft aduis, & que pas vn des anciens^ moins 
encores des nouueaux, qui ont traité de la R epublique,n'a touché cefte 
opinion rlenele veux pas nier, mais cefte diftindion m'a femblé plus 
que neceilaire,pour bien entédre l'eftat de chacune Republique: n on 



ne 



LIVRE SECOND. 245? 

ne veut fe précipiter en vn labyrinthe d'erreurs infinis ,efquels nous 
voyons qu'Ariftote tombe , prenant l'eftat populaire pourariftocrati- 
que, & au contraire : contre la commune opinion, voire mefmes con- 
tre le fens commun. Or ces principes mal fondeZjileftimpofTible de 
rien édifier feurement . De ceft erreur pareillement eft iflu l'opinion de 
ceux qui ontforgé vne Republique méfiée des trois,que nous auons cy 
deffus regetee . Nous tiendrons doncpourrefolu,que l'eftat d'vne Re- 
publique eft toufiours fimple , ores que le gouuernement foit contrai- 
re à l'eftat : comme la Monarchie eft du tout contraire à l'eftat populai- 
re: &neantmoins la majeftéfouueraine peut eftre en vn feul Prince, qui 
gouuernera Ton cftat populairement, côme i'ay dit, ce ne fera pas pour- 
tant vne confuflon de l'eftat populaire auec la Monarchie, qui font in- 
compatibles : mais bien de la Monarchie auec le gouuernement popu- 
laire, qui eft la plus afTeurce Monarchie qui foit . nous ferons fem blable 
iugementde.l'eftatariftocratique,& du gouuernemét populaire : qui 
eft beaucoup plus ferme & afleuré, que fi l'eftat & le gouuernement 
eftoient ariftocratiques. Et combien que le gouuernement d'vne Re- 
publique foit plus ou moins populaire, ou ariftocratique, ou Royal, 
ii eft- ce que l'eftat en foy ne reçoit comparaifon de plus ni de moins:car 
toufiours la fouuerainetéindiuifible& incommunicable eft à vn feul, 
ou à la moindre partie de tous,ou à la plufpart : qui font les trois fortes 
de Republique que nous auonspofees. Quant à ce que i'ay dit, que le 
gouuernement peut eftre plus ou moinspopulaire, cela fepeut iuger 
es Republiques desSuiffeSjOÙles Cantons Duri, SchuuitSjVnderual, 
Zug.Giaris, Appenzel, fe gouuernent par les communes quitiennent la 
fouueraineté.-auffi de ces cinq Cantons,il n'y a pas vne ville muree,hors 
mis Zug. les neufautres Cantons, &Geneue fe gouuernent par les Sei- 
gneurs qu'ils appellent le Confeil, comme i'ay apris de M. de Baffe- fon- 
taine Euefque de Limoges,qui a le plus longuemét,& aufïi dextrement 
que pas vn AmbaiTadeur,manié cefte charge fans reproche, & auec 
bien grand honneur. & mefmes les Bernois, qui compofent leur Sénat 
de gens mechaniques, elifentleurs Auoy ers des plus nobles & ancien- 
nes familles,aufTi font-ils moins fugets aux emotions:& au contraire les 
Seigneurs des trois ligues grifes, qui font les plus populaires, font plus 
fugets aux feditios: comme les AmbafTadeurs des Princes ont toufiours 
expérimenté. Car le vray naturel d'vn peuple,c'eft d'auoirpleine liberté 
fans frein nymors quelconque: & que tous foient égaux en biens, en 
honneurs,en peines, en loyers : fans faire eftat ni eftime de la nobleffe, 
ni dcfçauoir,ni devenu quelconque: ains, comme dit Plurarque aux 
Sympofiaquesjils veulét que tout foitgetté au fort, au poids, à la liure., 
fansrefpect nifaueur de perfonne . & fi les nobles ou les riches fè veu- 
lentpreualoir,ilss'efforcentdclestuer,ou bannir, & départir leurs con- 
fifcationsauxpauures.commeilfefiftàreftabliifement des eftatspo- 



i 5 o DE LA REPVBLIQJVE 

pulaires de Suifle , après laiournee de Saupac , où prefque toutela no- 
blefle fut exterminée , & le furplus contraint de renoncer à leur noblef- 
fc&neantmoins déboutez alors des eltats& offices ^horfmis à Surich 
&àBerne.c'eftpourquoy anciennement es Republiques populaires, 
ondemandoit que les obligations fuflent bruflees oumifesau néant, 
commeilfefaifoitbien fouuent :que les biens fuflent départis égale- 
ment,auec defenfes d'acquerir.Encores voit- on quelques leigneurs des 
ligues diuifer les pendons publiques & ordinaires à chacun des fugets 
en particulier. & qui plus a d'enfans malles, il a plus que les autres au 
partao-e des deniers. Et mefmes le Canton de Glaris dft inftance à l'Am- 
bafladeurMorlet Tan m. d. l. que les pendons particulières & extraor- 
dinaires fuflent mifes en commun, le Roy fiftrefponfeàrAmbaflàdeur 
qu'il retrancheroit pluftoft fa libéralité. Les anciennes Republiques 
populaires faifoient bien pis, de bannir ceux qui elloient les plus fages 
& plus aduifez au maniment des affaires, comme fut Damonmaiftre de 
Pericles : & non feulemét les plus accorts, ains aufïi les plus iuftes & ver- 
tueux,come fut Ariftide en Athènes, Hermodore en Ephefe: craignans 
que la lumière de vertu de quelque grand perfonnage, n'ebloiïift les 
yeux du menu peuple, &luy fift oublier la douceur de commander, 
& par ce moyen afleruift volontairement fa liberté au iugement &dif- 
cretion d'vn homme fage & vertueux : à plus forte raifon craignoienc 
ils,que la nobleffe des hommes illufl:res,ou la prudéce, oularicheflefift 
ouuerture àl'ambition pour empiéter l'eftat . Au contrairejes nobles 
& riches ne font point d'eftat dupopulaire,maisilseftimentque c'eft 
bien la raifon que celuy qui a plus de noblefle ou de biens, ou de ver- 
tu,ou de fçauoir,foit plus eftimé.,prifé & honoré: & que les charges ho- 
norables fontdeuës àtellesgens, & par ce moyen ils s'efforcent touf- 
iours de forclorre Iespauures,& le menupeuple de manier l'eftat . Or il 
eft împoflible de modérer ces deux humeurs côtraires de meime breu- 
3.Plutar.inSoione. uage. Combien que Solon fe J vantoit, que s'il auoit puiflance de faire 
loy, qu'il eftabïiroit des ordonnâces égales aux riches, aux pauures, aux 
nobles,aux roturiers.ee que les riches entédoient de l'equalité geome- 
triquedes pauures de l'equalité arithmétique . Nous dirons en Ton lieu 
de l'vne & l'autre equalité,& les commoditez & inconueniens de cha- 
cune des trois Republiques . maintenant ilfuffift de fçauoir les défini- 
tions^ qualitez des Republiques. 

LE 



1 5 I 





LE TROISIEME LIVRE 

DE LA REPVBLI Q_V E. 

T>h Sénat > & de fa, puijjance. 
CHAPITRE I. 

E Senat.eft l'affemblee légitime des Confeillers d'eftat, 
pour donner aduis à ceux qui ont la puiffance fouue- 
raine en toute Republique . Iufques icy nous auons 
difeouru de la fouueraineté,& des marques d'icelle: 
puis nous auons touché la diuerfîté des Republiques. 
Difons maintenant du Sénat , puis nous dirons des Of- 
ficiers , mettant les chofes principales en premier lieu . Non pas que la 
Republique ne punie eftre maintenue (ans Sénat. Car le Prince peut 
eftre (îfage^ Il bien auifé,qu'il ne trouuera meilleur cofeil quele fien: 
ou bien (e défiant d'vn chacun , ne prendra l'aduis ny des fiens, ny des 
eftrangersrcomme 1 Antigon Roy d'Afie,Loys x i. en ce Royaume,que 
l'Empereur Charles v. fuiuoit à la trace, * Iules Cefat entre les Romains 
qui nedifoit iamaisrien des entreprifes,ny des voyages, ny duiourde 
la bataille: qui font venus à chef de hautes entreprîtes, ores qu'ils fuffent 
aflaillis de grands & trefpuùTans ennemis: & d'autant eftoient-ils plus 
redoutez, que leurs defTeings eftans clos & couuerts, fe trouuoient plus 
toft exécutez 3 que les ennemis en euffentîe vent^ qui par ce moyen 
eftoient furpris : & les fugets tenus en ceruelle , & prefts d'exploiter, & 
obéir à leur Prince,fi tort qu'il auroit leué la maimtout ainfi que les mé- 
bres du corps bien compofez font prefts à receuoir, & mettre en erfecl: 
les mandemens de la raifon, fans auoir part au confeil d'icelle. Or°plu- 
fieurs fanscaufe,,à mon aduis, ont doubté,s'il eft plus expédient d'auoir 
vn fage & vertueux Prince fans confeil, qifvn Prince hebeté pourueu 
de bon cofeil:& les plus fages ontrefolu quel'vn ny l'autre ne vaut rien. 
Mais fi le Prince eft fi prudent qu'ils fupoîent, il n'a pas grand affaire de 
cofeil:& le plus haut poinct qu'il peut gaigner es chofes de cofequen- 
ce,c'eft de tenir fesrefolutionsfecrettes,lefcmellesdefcouuertes,ne fer- 
uent non plus que mines efuentees. Auffi les fages Princes y donnent fi 
bon ordre, que les chofes que moins ils veulent faire, font celles dot ils 
parlent le plus. Et quant au Prince hebeté , comment feroit-il pourueu 
deboncofeiljpuis que le chois dépend de fa volonté?& que lepremier 



i.Plutar.in Derae. 

trio. 

z. Tranquil. in C«- 

far. 



o. ceftequeftion eft 
touchée par Lapri- 
diuscnla vie deSe- 
uere. 

S'il eft moins da- 
çercnx d'auoir 
vn bô Prince af- 
filié d'vn mau- 
uaiscôfeil,qn'vn 
mauuais Prince 
conduit par bon 
confeil. 



i 5 l DE LA REPVBLIQ_VE 

poinctdefageffegift à fçauoir bien cognoiftre les hommes fages, & en 
faire le chois à propos , pour fuiure leur confeil ? Mais d'autant que la 
fplcndeur & beauté de fagefle eft fi rare entre les hommes, & qu'il faut 
receuoir en toute obeiflance les Princes qu'il plaift à Dieu nous en- 
uoyer,le plus beau fouhait qu'on peut faire,c'eft d'auoir vn fàgc cofeil: 
& n'eft pas à beaucoup près fî dangereux d'auoir vn mauuais Prince, &c 
bon côîeil,qu'vn bon Prince conduit par mauuais confeil., comedifoit 
l'Empereur Alexandre, fay dit que le Prince foit conduit parl'aduisdu 
cofeihee qu'il doit faire non feulement es chofes grades & d'importan- 
ce., ainsencores es chofes légères. caril ny arien qui plus authorife 
les loix,& mandemet d'vn Prince,d'vn peuple,d'vne feigneurie,que les 
faire palier par l'aduis d'vn fageconfeil,d'vn Senat,d'vne Cour. comme 
Charles v. {innommé le Sage , ayant receu les .appellations & plaintes 
de ceux de Guyene,fugetsduRoy d'Angleterre^contreuenant dire- 
ctement au traité de Bretigni, il aflembla tous les Princes en Parlement, 
difant qu'il les auoit fait venir pour auoir leuraduis, & fe corriger, s'il 
auoit fait chofe qu'il ne deuil faire. Car les fugets voy as les edits & man- 
demens paflez, contre les refolutions du confeil., font induits à les mef- 
prifer: & du mefpris des loix viét le mefpris des Magiftrats, & puis la ré- 
bellion ouuerte contre les Princes 3 qui tire après foy la fubuerfion des 
eftats. C'eftpourquoyon remarqua, que Hierofme Roy de Sicile per- 
dit foneftat, &fut cruellement tué, auec tous (es parens &amis,pour 
j.LiuiasdeHietony auoir mefprifé le Senat,fans rien luy 5 comuniquer: & parle moyen du- 

mo: Régnante Hie- l r 1 • ' V n. ■ o 1 

jonc manferat pu- quel Ion ayeul auoit gouuerne 1 eitat cinquante ans oc plus., ayant em- 
poft U mort?e n iusnS- pieté la fouueraineté.Cefàr fift la mefme faute gouuernant la Republi- 
uo^neTccon- que fans l'aduis du Sénat : àc la principale occafîon qu'on printpour le 
fBJtifuerum. tuer.fut par ce qu'il ne daignafe leuer deuât leSenat, à la fuafion de fon 
flateur Cornélius Balbus.& pour mefme caufe les Romains auoient tué 
le premier, & chafTé le dernier Roy , d'autant que l'vn mefprifoit le Se- 
nat,faifant tout à fa tefterl'autre le vouloit abolir du tour, fuprimant les 
Sénateurs par mort.Et pour celte caufe le Roy Loys x i. ne voulut pas 
que fon fils Charles viniceuft plus de trois mots de Latin,qu'on a rayez 
de l'hiftoire de Philippe de Comines: afin qu'il fègouuernaft parcon- 
feil,cognoiffant bien que ceux qui ont bonne opinion de leur fuffifan- 
ce, ne font rien que de leur cerueau : ce qui auoit réduit Loys x r. à vn 
doigt près de fa ruine.,comme il confefîa depuis. AufTï eft-il certain que 
le fçauoïr d'vn Prince,s'il n'eft accopli d'vne bien rare cViinguliere ver- 
tu^eft comme vndangereux coufteau en la main d'vn furieux : &n'y a 
rien plus à craindre quvn fçauoir accompaigné d 'iniuftice , & armé de 
puifTance.il ne s'eft point trouué de Prince,hors le faicl: des armes,gue- 
r es plus ignare que Traian,ny quafî plus fçauant que Néron :& toute- 
fois ceftuy-cy n'eut onques fon pareil en cruauté , ny ceftuy-là en bon- 
té; l'vn mefprifoit, l'autre reueroit le Sénat. Puis donc que le Sénat eft 

vne 



LIVRE TROISIEME. '%$ 

vnechofe fîvtile en la Monarchie, & fî necefTaire es eftats populaires cV 
Ariftocratiques , qu'ils ne peuuent fubflfter , difons en premier lieu des 
qualitez requifes aux fenateurs ,puis du nombre d'iceux :& fil doibt 
y auoir plus d'vn côfeil, & les chofès qu'on y doibt traiter : & en dernier 
lieu quelle puifTanceon doibt donner au fenat. I'ayditque lefènateft 
vneaffemblee légitime, celaf'entend de la puiffance qui leur eft donnée 
du fouuerain, de fafTembler en temps, 6c lieu ordonné. Quant au lieu 
il ne peut chaloir où (bit: car bien fouuent l'occafion leprelente ou les 
affaires fedoibuent exécuter .mais Lycurgue Legiflateur a efté loué de 
la defenfe qu'il fift de mettre pourtraits,ny peintures, au lieu ou le fenat 
deliberoit : parce qu'il aduient fouuent, que la veiie de telles chofès di- 
ftrait la fan taifie,&tran (porte la raifon qui doibt entièrement eftre ten- 
due à ce qu'on dit . fay dit Confeillers d'eftat, pour la différence des au- 
tres Conièillcrs & Officiers qui fouuent font appelez, pour donner ad- 
uis aux Princes,chacun félon fa vacation &c qualité, & neantmoins ils ne 
font point côfeillers deftat,ny ordinaires.Et quâd au tiltre de fenateur, 
il fîgnifie vieillard, comme auffi les Grecs appellent le Sénat >«e^<=tf,qui 
monftrebien que les Grecs & Latins compofoient leur confeil devieil- 
lards,oudeSenieurs,quenous appelions Seigneurs,pourl'aucl:orité & 
dignité qu'on a toufîours donné aux anciens , comme aux plus fàges & 
mieux expérimentez . Auffi par lacouflume des 6 Athéniens., quand le <?.Dcmofthc.contra 
peuple eftoit affemblé pour donner aduis , l'huiffier appelloitàhaulte cpaucm * 
voix ceux qui auoient attaint cinquante ans, pour côfèiller ce qui eftoit 
bon&vtile au public. Et non feulement les Grecs & Latins ont déféré 
la prerogatiue aux vieillards de donner confeil à la Republique.-ains 
auffi les égyptiens, Perfes, Hebrieux., qui ont apris aux autres peuples 
de bien & iàgement ordonner leurs eftats. Et quelle ordonnance plus 
diuine vouions nous que celle de Dieu ? Quand il voulut eftablir vn 
fenat, Aflemblezmoy,dit-il, foixantecV dix des plus anciens de tout le 
pcuplcgens fages &craignans Dieu. Car combien qu'on peuft trou- 
uer nombre de ieunes hommes attrempez, fages, vertueux, voire expé- 
rimentez aux affaires (chofe toutesfois bien difficile) fi eft-ce qu'il fe- 
roit périlleux d'en compofèr vn fenat (qui feroit pluftoftvniuuenat) 
d'autant que leur confeil ne feroit receu,ny des ieunes, ny des vieux: 
car les vns feftimeroient autant, &les autres plus fages que tels con- 
feillers. Et en matière d'eftat., fi en chofe du monde,l'opinion n'a pas 
moins, & bien fouuent a plus d'effe6t que la vérité. Or il n'y a rien plus 
dangereux, que les fugetsayent opinion d'eftre plus fages que les gou- 
uerneurs. Et fî lcsfugets ont mauuaife opinion de ceux qui comman- 
dentjComment obeyront-ils ? & fils n'obeiffent quelle iffue en peut-on 
efperer? C'eft pourquoy Solon défendit au ieune homme l'entrée du fc- 
nat,ores qu'il femblaft eftre bien 7 fage. Et Lycurgue auparauantSolon, 7 .r,^4m a™» 
compofalefenatde 8 vieillards. Et non fans caufe les loix ont donné la >"•■'*•« 'V'- 

y 



I 

2J4 DE LA REPVBLIQ_VE 

prcroçatiuc d'honeur, priuileges,& dignitez aux vicillards,pourIa pre- 
lumption qu'on doibtauoir qu'ils font plus fages, mieux entendus, & 
plus propres, à confcillcr que.les icunes . le neveux pas dire.que la quali- 
té de vicilleflè iurfife pour auoir entrée au Sénat d vne Republique , & 
mefmemcntfi la viciflefle cil recTÙe & ia décrépite, défaillant les forces 
naturelles, &quclecerueau affoibline puifle faire fon debuoir. Platon 
nielme, qui veut que les vieillards (oient gardes de la Republique, ex- 
cuie ceux-là. Auili cft-ildic en l'efcriture, que Dieu ayant eleufoixan- 
te & dix vieillards, leur donna l'infufion de fagefle en abondance. Et 
^.o'oanateonupta pour celte caufe les 9 Hebrieux appellent leurs fenateurs, les fages. Et 
nedrim. Ciceron appelle le fenat l'ame,la raifon, l'intelligéce d'vne République: 

voulant conclure que la Republique ne peut non plus fe maintenir fans 
(ènat que le corps (ans ame, ou l 'homme fans raifon, ôc panât qu'il faut 
que les fenateurs foient refolus par vne longue exercice d'ouir,pezer, 
ôc refouldre les grandes affaires. Car les grands cV beaux exploits en ar- 
mes,^ en loix^ ne font rien autre chofe que l'exécution d'vn fagecofeil, 
que les Grecs pour cefte caufe appelloient chofe facree:les Hebrieux 
i.iimfnnaamcnm ' .fondcment,fus lequel toutes les belles & louables actions fontbafties, 
& fans lequel toutes les entreprifes fe ruinent . Quand ie dy fageffe, ïen- 
tends qu'elle foit conioin te à la iuhuce ôc loyauté : car il n'elt, pas moins, 
& peut eftre plus dangereux dauoir de mefehans hommes pour fena- 
teurs, quoy qu'ils foient fubtils &bien expérimentez, que dauoir des 
homes ignares & lourdaults. d'autant que ceux-là fe fouciét peu de ren- 
uerfer toute vne cité, pourueu que leur maifon demeure entière au mi- 
lieu des ruines :&quclquesfois parialouficde leurs ennemis défendent 
vne opinion contre leur conlcicnce : ores qu'ils n'ay entautre profit,que 
le triomphe qu'ils rapportét de la honte de ceux qu'ils eitimerontauoir 
vaincus, tirant ceux de leur faction à leur cordelle . il y en a d'autres qui 
nefontpoulfez ny d'enuie,ny d'inimitié, mais bien d'vne opiniaiiretc 
indomtable, pour fouitenir leur aduis, fans iamais ployer à la raifon, ôc 
viennent bien fouucnt armez d'arguments . comme fils auoientàcom- 
Opiniâtreté per batre les ennemis en plein Sénat rqureit vne pelte prefqueaufli dange- 
niaeufe en vn reu f e comme l'autre, & qu'on doibt euiter comme la roche en haute 
mer : ou il efi: neceffaire d'obéir à la tépefte,caler les voilesjaiffer la rou- 
te, &fe reculer du port, auquel en fin on furgira , quand on aura le vent 
en poupe . C'eft pourquoy Thomas le More Chancelier d'Angleterre, 
eftoit d'aduis qu'on nedifputaft point de ce qu'on auroit propofé le 
mefmeiour: ains que ladifpute enfuit referuee au iourfuyuant : affin 
que celuy qui aura dit fon aduis (ans y penfer , f efforce de le fouftenir, 
plulf oft que f en départir . Il faut donc que le fage fenateur defpoùille à 
l'entreedu confeil la faueur enu ers les vns, la hayne enuers les autres, 
l'ambition de foy-mefme: ôc qu'il n'ait autre but que l'honeur de Dieu, 
6c\c falut de la Republique. Enquoy les Lacedcmoniens eltoientfort 

louables. 






LIVRE TROISIEME. i S7 

]ouables,quandilyalloitdupublic:carceux-làmefmesquiauoientc6- 
batu vne opinion, (e formalifoienc pour la defendre.,quàd elle eftoit re- 
foluëpar le conleihpar ce qu'il eftoit ^xprelfément défendu de dilputer 2.Pi U tar.iaLycur. 
de ce qui eftoit paflé par le Sénat: comme il eftoit en la Republique des s°- 
Acheans 3 & des Florentins . Quant au fçauoir, bien qu'il {bit requis, & j.Liuiu S iib. 3 i. 
mefmement la fciencedes loix., deshiftoires, & de l'eftat des Republi- 
ques:toutesfois le bon iugemét, l'intégrité, la prudencefont beaucoup 
plus necelfaires. Mais la principale qualité, & la plus requife en vn Séna- 
teur, ceft qu'il ne tienne rien des autres princes & feigneuries,foit en foy 
&: hommage, foit par obligation mutuelle, (bit pour la penfîon qu'il en 
tire : & combien que ceft la chofè la plus dangereufe à vn eftat, fi eft- ce 
qu'il n'y a rien plus fréquent au confeil des Princes.Toutesfbis les Veni- l } cft dangereux 

a ' , l , A r i f rr \ \ • r s d'auoir vn con- 

tiens pourleur regard ont touiiours donne allez bonordre,iulquesa failer d'eftat pé- 

clore l'entrée de leur confeil aux preftres, par ce qu'ils ont ferment au fi °nnaire d'vn 

•^i ■ c ■ loJ L! i autre Prince. 

Pape de ne rien faire contre luy : oc deuant que baioter^on crie tout haut 
fira ipreti. Et mefmes ils bannirent Hermolaus Barbarus AmbalTadeur, 
commeils ontfait encor' depuis peu de téps le Cardinal de la Mule aufïl 
leur Ambafladeur, pour auoir pris le chapeau du Pape fans congé delà 
feigneurie. mais en ce Royaume ie trouue que xxxv.Chaceliers ont efté. 
Cardinaux,ou Euefques pour le moins:& en Angleterre on a veu ie fem 
blable. & mefmes en Polongne i'Archeuefque de Guefne eft Chance- 
lier naturel du Royaume : deiorte que lesRoys ont efté contraints d'a- 
uoir vn vichancelier homme lay. Et quant aux pendons données par 
les eftranges aux mignons & gouuerneurs des Princes, c'eft chofe fî 
ordinaire,que cela a pafTé en couftu me. Et mefmes Cotignac Ambafla- 
deur de France en Turquie, ofa bien efpoufer vne Dame Grecque fans 
en aduertir le Roy : comme depuis peu d'années vn autre a voulu ef- 
poufer la feur duRoyde Valachie,àlafufcitationdeMehemetBafcha, Qu, aIit « du fe. 
&duDucdeNixe, 6V pourle refus qu'il enafairJeBafchal'a defpoiiil- r 
lé de fon eftat, & en inueftit celuy qui a vfurpé le Royaume de Polon- 
gne.Tellesentreprifes fontdangereufes à vn eftat, &ne deuroient pas 
ainfi paflér par foufrance. Voila les principales qualitezdu vray Con- 
feiiler d'eftat. En plufieurs Républiques on y requiert aufïi lanobleife, 
comme à Venize,Rhaguie., Nuremberg : ou lesricheflès comme à Gè- 
nes : & anciennemet en Athènes par les ordonnances de Solon, & pref- 
que en toutes les Republiques anciennes . Et mefme l'Empereur A ugu- 
fte ne vouloit pas que le Sénateur Romain de fon temps euft moins de 
xxx. miiefeus valant, &fupploya ce qui d.cffailloit aux fages Sénateurs, 
non que cclafuft neceflaire au confeil: mais pour ofter les plaintes 
des vns, & la faction des autres, qui font ordinaires quand on efgale les 
pauures aux riches, les nobles aux roturiers, aux eftats & honneurs 
qu'on diftribue .en la principauté Ariftocratique : telle qu'eftoit l'eftat 
fb ubsAugufte. Il eftoit aufti requis pour auoir entrée au Sénat, qu'on, 

y j J 



naceur. 



i 5 g DE LA REPVBLICJVE 

cuit eu office honnorable & charge publique . Et pour cefte caufe les 
Cenfeursdecinqencinqans enregiftroiet aurooleduSenat tous ceux 
quiauoient euMagiftrat. Et quand Sulla voulut fupployer le nombre 
g. Appian.ub.i. ^cs Senateurs,par ce qu'on en auoit fait 8 mourir xc.il inftitua x x. Quç- 
IxHoiib-* fteurs , & Cefar quarante, * affin qu'au mefme inftant ils euflent entrée 

kbiomixApicraf au Senat,&puifTance d'opiner ce qui n'eftoit pas 3 permis anciennemér, 
lo - ores qu'ils ne fuifent appeliez Senatcurs,iufques à ce qu'ils fuflènt nom- 

mez & enregiftrez parles céfeurs. Cefte couftumceft encores àprefent 
gardée es Republiques bien ordonnées-.^ nul n'eft receu en Polongnc 
Sénateur, qui ne foit Palatin, Euefque., Caftellan, ou Capitaine, ou qui 
n'ait eu charge d'Ambafladeur . & nul n'a feanec auDiuan du Roy de 
Turquie, que les quatre Bachats,les deux Cadilefquers,&lesxi i.BelIer- 
beis, après les enfans du Prince qui prefident au confeil en Tabfence du 
père . Mais cela ne doibt pas auoir lieu enuers les marchans d'office, ny 
en la Republique où Ion traffique les honneurs,& magiftrats à prix d'ar- 
gent,attenduquelafcience &lavertu,quifontneceflairesauxconfcil- 
lers d'eftat, font chofes facrees & fi diuines qu'elles ne tombent iamais 
en commerce, quant à l'examen du Confeiller d'eftat, il fc faifoitauftî 
fbubs les derniers Empereurs, comme nous lifons en Cafïiodore, isfcl- 
Nombrc des fc- mittendos in Senatum examinare cogit foUicitus honor Senatus. Quat au nom- 
bre des Sénateurs, il ne peut eftre grad,vcu la perfection requife au Co- 
feiller d'eftat. Il eft bien vray qu'es Republiques populaires &Arifto- 
cratiques,oneft forcé pour euiter aux feditions.,depaiftre bienfou- 
uét la faim enragée des ambitieux qui ont part à lafouueraincté . com- 
me en Athenes,on tiroit tous les ans au fort quatre cens Sénateurs , par 
6 pktar.inSoio. l'ordonance e de Solon. depuis le nombre fut augmenté iufqucs àcinq 
cens, qui eftoient cinquante de chacune lignée : & après qu'on eut ad- 
ioufté deux autres ligneeSjàfçauoirrAntigonide&Demetriadc onac- 
creut le nombre iufqucs à fîx cens,qui châgeoient tous les ans:ores qu'il 
n'y euft du temps de Pericle que x 1 1 i.mil citoyens, & x x.mil au téps de 
Demofthene.Pour la mefme caufe quei'ay dit,Platô en fà Republique, 
qu'il a fait populaire,compofe le Sénat de cen t foixante & huit, des plus 
accorts & aduifez., qui eftoit la trentiefme partie des cinq mil & quaratc 
citoyens.En casfemblable Romulepnntla trentiefme partie desfugets 
pourfaireleScnatRomaimcarde ui.mil qu'ils eftoiét' il en print cent 
des plus nobles.& apresauoir receu les Sabins il doubla le nôbre,quifut 
accreu de cet par Brutus.cV ce nombre de trois ces Sénateurs en trois ou 
quatre ces ans ne fut point augmété,comme nous lifons en Dion : iaçoit 
que du téps de Cicerô ils n'eftoiét gueres moins de cinq césxar luy-mef- 
me eferit qu'il fen trouua ccccxv.au Sénat, quad il fut délibéré de faire le 
procez à Claude, qui depuis futTribû du peuple,outre ceux qui eftoiet 
es Prouinces, ou que la vieilleffe, ou maladie exeufoit. Et peu après Cc- 
(àr en EU iufquesàmil, partie Gaulois, & autres eftrangcrs : & mefmes 

L. Lici- 



LIVRE TROISIEME. i S7 

L. Licinius barbier, corne dit Acron. Mais Augufte cognoiffant le dan- 
ger qu'il y auoic de faire fî grâd nombre de Senatcurs,n J en retint que fîx 
cens, qu'il vouloit réduire à l'ancien nombre de trois cens : qui toutes- 
fois n 'eftoit à peu près que la dixrmlliefme partie des citoyens. Il ne faut 
donc pas eftablir le nombre des SenateurSjCU efgard à la multitude du 
peuple, ny pour feruir à l'ambition des ignorans,& moins encores 
pour en tirer argent: ains feulement pour le feul refpec-tde la vertu & 
fageflTe de ceux qui le méritent . ou bien f'il n'eftpofhble autrement de 
faouler l'ambition de ceux qui ont part à l'eftat es Républiques po- 
pulaires & Ariftoeratiquês , & que la necefïité contraigne a ouurir 
la porte du Sénat à la multitude., qu'il foit ordonné qu'il n'y ait que 
ceux qui auront eu les plus grands charges, &magiftrats quiayent voix 
deliberatiue: comme en la Republique populaire des Candiots, tous 
les citoyens auoient entrée au Sénat, &opinoient , mais il n'y auoit 
que les ) Magistrats qui euffent voix deliberatiue . & au confeil des A- ï 4 .pôii° t " #4 * c ap 
chxans il n'y auoit que le Capitaine en chef, & les dix Demiourges qui 
euflentvoix deliberatiue pour arrefter les * opinions, mais il n'en faut 2 - Luuu$llb -3 1 
pas venir là., fi autrement on p eut obuier aux {éditions populaires .car 
outre le danger euident,quieftd'euenter le confeil communiqué à tant 
de perfonnes,c'eft donner occafîon aux fadlieux de troubler vn eftat, fî 
ceux là, qui ont voix deliberatiue, ne f accordent à l'opinion de ceux 
qui n'ont que voix cofultatiue, qui n'eft comptée pour rien. Et affin de 
preuenir l'vn & l'autre danger, les anciens Grecs trouuerent moyen de 
faire vn confeil àpart des plus fàges Senateurs,qu'ijs appelîoient <txro^~ 
tetç> &c&nK\wntç 9 affin d ad uifèr aux affaires vrgentes, & de ce qu'on de- 
uoit tenir fècret, ou cômuniquerau Sénat . iointaufïi qu ileft bien mal- 
aiféd'afïèmbler les Sénateurs en tel nombre qu'il efl requis, & les fai- 
re tomber d'accord,& ce pendant l'eftat demeure en danger, & l'occa- 
fîon de bien negotierpafîe. car combien que la dignité de Sénateur en 
Rome fuft grande, fî eft-ce que l'Empereur Augufte quelques amendes 
qu'il euft ordonnées àfaute d'y affilier n'y peut remédier, & fut côtraint 
comme eferit Dion, decinqquideuoient l'amende en prendre vn au 
fort. & Rufcius Carpio pour les inuiteràleurdeuoir.laiffaparteftament 
certaine fomme de deniers à ceux qui viend roient au Sénat, car il eftoit 
requis du moins cinquante Sénateurs pour faire arreft, & bien fouuent 
cent., ou deux cens : & quelquesfois quatre cens., qui eftoient les deux 
tiers des fix cens Sénateurs, comme il fc fait es corps & collèges . mais 
Augufte ofta la ncceffité qui eftoit de quatre cens, comme efcntDion. 
4 dauatage le Sénat ordinaire n'eftoitaiîemblé que trois fois le mois, & «• Dl °** 
filneplaifoitauConfulj fans le mandement duquel lefenat ne fèpou- 
uoit aflembler,ou du plus grand Magiftrat en i'abfenceduConful,on 
paiToit quelquesfois vn an fans appeller lefenat/ comme fîftÇarfir en 
fbn premier Confular, ayant le fenat contre luy,& ce pendant fift arre- J c / anciu 

y lij 



i 5 8 DE LA REPVBL1QJVE 

lier au peuple ce que bon luy fembla.Solonauok bien mieux pourueu 
aux Atheniens,caril auoit ordonné^outre le Sénat des quatre cens mua- 
ble par chacun an,vn conleil priué & perpétuel des Areopagites, com- 
pofé defoixante des plus fages, & fans reproche, qui auoit le maniment 
des affaires plus fecrettes. On apperceut bien de quelle importâce eftoit 
ce confeil , car aufli toft que Periclcs,pour gaigner la faueur du peuple, 

4 .PLtar.iuPericie. euc 4 Q fâ j a pgi{f ance aux Areopagites., renuoyant le toutau peuplera 
Republique fut ruinée. Nous trouuôsaufti que les yEtoliensauoiét ou- 
tre le grand confeil qu'on ayip û\o'u r Panœtolium 3 vç\ priué confeil choi- 

î.Liuiusiib-jf. fi des plus ia.ges d'entr'euXjdefquels 5 parlant TitcLiuc, Sanâweflapud 
JEtolos confilium eorum quos apocletos appelant. &c peu apres^t^ rcanum hoc 
gentïs confilium. auparauant il auoit diz y Legibus AEtolorum cauebatur y nede 
pacebelloue } niJîin Pan&tol'iOt&Tylaico confilio agent tir. Nous lifons aufïi 
que la Republique populaire des Carthaginois,auoit outre le Sénat de 
c c c c.vn côfeil particulier de xxx. Sénateurs des plus experimétezaux 

j.life je affaires. Cartbaginefe s dit 5 Tite Liuc, xxx Jcgato s Jenioru Principes ad pacem 

petendam mittunt. iderat fanfiius apudeos concilium^ maximaque ad Senatum 
regendum 'vis. ce que les Romains nauoient pas. Auffi Tite Liue f'ebahift, 
comme d'vne chofe eftrange,que les Ambaffadeurs de Grèce & d'Aile, 
qui eftoiét venus à Rome, nauoient rien peu fçauoir des propos que le 
Roy Eumenes auoit tenu en plein Sénat cotre le Roy Perfeus.adiouftât 
ces mots, Eo filent io claufa curiaerat. en quoy il monftreafTez quedefon 
temps, &ia long temps au parauat, rien nefefaifoitauSenat qui ne fuir 
euenté. qui faifoit que les Sénateurs quelquesfoiseftoient contraints de 
fairelacharge de fecretairesd'eftat,auxarrefts qu'ils appelloientfecrets, 
& prendre le fermét d'vn chacun que la chofe ne feroit diuulguee,qu s el- 
le ne fuft exécutée, corne dit IulleCapitolin: caria loy Siqun aliquid^De 
pœnis y qui condamne au gibet ou au feu ceux qui reuelent lesfecrets du 
Prince,n'eftoit pas encores publiée. Et comment euft on tenu chofe fe- 
crette où il y auoit quatre à cin q,& quelquesfois fix cens Senateurs,ou- 
tre les fecretaires ? & mefmes les ieunes enfans des Sénateurs y entroient 
auparauant Papyrius pra?tex tatus,& en portoient les nouuelles aux Mè- 
res . Mais Augufte en fin y remédia par le moyen que i'ay dit, eftablif- 
fant vn confeil particulier des plus fages Sénateurs, & en petit nombre: 
fans faire entendre au Sénat que ce fuit pour délibérer des affaires fecret- 
tes: ains feulement pour aduifer fur ce qu'on deuoit propofer au Senar. 
& toft après la mort d'Augufte,Tibere demanda au Sénat xx. hommes 
pouraduiferfeulcment,commeilfaifoitemcndre,à ce qu'on rapporte- 
roit au Sénat. & depuis cefte couftumefutfuiuie des plus fages Empe- 
reurs, àfcauoirGalba,Traian, Adrian,MarcAurele,AlexandreSeuere. 
& de ceftui-cy parlant Lampridius : Ilnefift onquesjdit-iljordonancc, 
qu'il n'y euft x x. Iurifconfultes , & plu fleurs autres gens fignalez & en- 
tendus aux affaires iufques à cinquante, affin qu'il n'y en euft pas moins 

que 



LIVRE TROISIEME. i 59 

que pour faire vu arreft du Senar. Ou il appert cuidemment qu'en ce 
confeil prime fe depefchoient les chofes grandes, & que cen'efloit pas 
feulement pour délibérer fur ce qu'on propofèroit au Sénat : ains pour , 
refoudre ôc décider les affaires fecrettes Ôc importantes ., ôc peu à peu 
les oiler au Sénat. Et parce moyen on remédia auffi àvne autre diffi- 
culté (qui ièroit ineuirable en la Monarchie) pour la multitude de Sé- 
nateurs qui ne pouuoit fuiure i'Empereur,auquel toutesfois doit touf- 
iours affilier fon confeil, ainfî que les anciens Théologiens & Poètes 
ont fignifié, faifant que la deefle Pallasfufl toufiours à la dextre de Iu- 
piter . autrement il faudroit que le Prince fuft attaché au lieu où le Se- 
natferoit farefidence, cequi n'eflconuenable àlamajeflé fouucraine., 
ny poffibîe. Et combien qu'il fè depefche plufieurs chofes au priué 
confeil qu'il n'eflpas befoin de rapporter au Prince: il efl-ce qu'il eft 
bien expédient qu'vn chacun penfè qu'il les entend, pour les au&orifer 
dauantage,amn que les fugets ne dient pointée Roy ne l'entend pas . Et 
pour celle caufe le grand Seigneur des Turcs a toufiours vn treillis qui 
refpond de fa chambre au Diuan,où fe tient le confeil , affin de tenir 
les Rachats, ôc ceux du confeil en ceruelle, ôc qu'ils penfènt toufiours 
que leur Prince les voit, les oyt, les entend. Mais peut élire dira quel- 
qu'vn la Republique efl fi eftroitte, ôc les hommes d'expérience en fi 
petit nombre,qu'il nefen trouuerapas à" fufire. Ilell bien vray fil'eflat 
efl fi angufle, qu'il n'enferoit pas grand befoing, comme en la Repu- 
blique des Pharfaliens,il n'y auoit que xx.perfonnesquieuffent la fèi- 
gneurie, Ôc n'y auoit point d'autre Senar, ny confeil priué que les xx. 
Seigneurs . Et toutesfois la Republique des Lacedemoniens toufiours 
auparauant,& depuis auoirconquellé toute la Grece,n'auoit que xxx. 
Seigneurs pour la feigneurie ôc pour le Sénat: mais neantmoins de ce 
nombredexxx.il yenauoitvn fortpetitnombrepour leconfeil pri- 
ué, comme nous lifonsen z Xenophon eflabliflant cefle forme d'eilat iHb.3.rerum gr«- 
en Athènes, où ils députèrent xxx. Seigneurs. & aux autres villes de la 
Grèce dix Seigneurs lbuuerains, fans autre Sénat ny confeil particulier, 
laraifon eftoit qu'ils auoient refolu de changer toutes les Republiques 
populaires de la Grèce en Ariftocraties, ce qu'ils n'eufîent peu faire es 
moindres villes,fils euflent érige feigneurie., Senat,& confeil priué. Mais 
à prefent il n'y a prefque Republique foit populaire ou Ariflocrati- 
que qui n'ait vn Sénat, &vn confeil particulier, & bien fouuent outre 
l'vn ôc l'autre,vn confeil eilroir, & principalement les Monarques . Car 
quoy que l'Empereur Augufle furpaffafl tous les autres, qui depuis 
l'ont fuiuy en prudéce ôc heureux exploits,fi auoit il outre le Scnat,& le 
confeil particulier,vn autre confeil ellroit de Mecenas Ôc d'Agrippa,a- 
ucc lefquels il decidoit les hautes affaires: ôc 6 n'appella que ces deux pour 6 . Dio.1ib.53. 
arrefterf'il debuoit retenir ou quitter l'Empire : comme Iulle Ca:far a- 
uoitQJ>adius ôc Cornélius Balbus, pour fon confeil ellroit, ôc 7 auf- t***** IulHo 

y liij 



iCo DE LA REPVBL1QJ/E 

quels il baiîloir fon chifre pour communiquer leurs fecrets . Aufïi Caf- 
iïodore parlant des fecrets du Prince âiCoit y t^4rdimm nim'is efi Principe 
meruiffc jecrctum . Nous voyons en cas femblable la Cour de Parlement 
de Paris, auoir cité l'ancien Sénat de ce Royaume , auparauant le grand, 
confeil , & le confeil priué, & le confèil eftroit, où les refolucions font 
prifes des plus grandes affaires délibérées auparauant au confeil priué, 
& confeil des finances, fi les chofès méritent qu'on les rapporte . là fon 
fîgnez les rooles des dons, lettres,& mandemens : là font ouuerts les pa- 
quets des Princcs,dcs Ambafladeurs,des Gouuernenrs & Capitaines, &c 
les refponfes commandées aux Secrétaires deftat. Et combien que par 
l'ordonnance de Charles ix. faite au mois de Noucmbre m. d. lxiii. 
non imprimee,il eft porté au premier article quand le Roy fera efueillé, 
que tous les Princes, & ceux de fon confeil entreront en la chambre: 
neantmoins l'ordonnance n'a pastoufiours elle gardée. Il y aaufîivn 
confeil à part pour les finances, auquel affilient les Intendants & fecre- 
taires d'eftat des finances, & le treforier de l'efpargne . Et outre cela , les 
Princes ont toufiours eu vn confèil eftroit de deux ou trois des plus 
intimes &feables . Et ne faut pas trouuer eftrangc la diuerfité,& plu- 
ralité de confeilsence Royaume, veu qu'en Efpagne il y en a fept, ou- 
tre le confèil eftroit, qui fè tiennent toufiours près du Roy en cham- 
bres feparees, & toutesfois en mefme corps de logis, affin que le Roy 
allant de l'vnà l'autre foit mieux informé des affaires, c'eft àfçauoir, le 
confèil d'EfpagneJe confeil des IndeSjle confeil d'Italie, & du bas pays, 
le confeil de la guerre, le confèil de l'ordre fainct Iean, le confeil de l'in- 
quifition . Si on dit que la grandeur del'cftat le requiert, ie ne le nie 
pas : mais 11 voit-on auffi à Venize qui n'a pas grande eftendue de 
pays, quatre confeils outre le Sénat & grandconlbiUc'eftàfçauoirjIe 
confeil des fages de la marine, leconfeildes fages de la terre, le confeil 
des dix, le confeil des fept, où le Duc fait le feptieune qu'ils appellent 
la fèigneurie, quand il eft ioint auec le confeil des dix, & les trois Pre- 
fidensde la quarantaine, outre le Sénat de lx. qui reuient à fix vingts 
compris les Magiftrats. Et qui empefehera fil y a peu d'hommes di- 
gnes d'eftre Confèillers deftat, qu'on face le Sénat petit & le confeil 
priué moindre? l'eftat de Rhagufè eft bien eftroit, & neaiumoins le 
Sénat eft de Lx.perfonnes,& le confeil priué de douze. Le Sénat de 
Nuremberg eft dexxvi.le confeil priué de xin.cV vn autre confeil 
des fèpt Burgomaiftres. Le Canton de Schuits eft le plus petit de to us, &: 
neantmoins outre le Sénat de x l v. perfonnes,il y a vn confeil fecret des 
fix premiers Sénateurs & de l'Aman. & la mefme forme fe garde au Can- 
ton d' Vri . Car quant aux Cantons de Suric, Berne , Schaphu2e, Bafle, 
Soleurre, Fribourg, Lucernc, il y a outre le grand confeil vn petit con- 
feil. le grand confeil de Berne eft de ce. le petit eft de xxvi. à Lucernc 
décent, & le petit de xv i u. à fain£t Gai auflile grand confeil eft de 

LXVI. 



LIVRE TROISIEME ïa 

• 

L x v i. le petit de x x 1 1 1 1. à Coire le Sénat eft de x x x. le cofeil cftroit de 
x v. Et fans aller h loing,on fçait allez que 1 eftat de Geneue eft enclos au 
pourpris & circuit de la banlieue' : &neantmoins outre le confeil des 
deux cens,il y avn Sénat de lxxv.& puis le confeil priué de xxv. Et n'y 
a il petit Câton(horfmis les trois ligues grizes,gouuernees par comunes 
populaires) qui n'ait outre le Sénat vn priué côfèil.&les vns en ont trois, 
voire quatre : corne le Canton de Bafel, où les affaires fecrettes font ma- 
niées par deux Bourgomaiftres , & deux Soubmaiftres . & à Bern en cas 
fcmblable,lesdeux Auoyers,& quatre Banderets, manient les chofes fè- 
crettes,côme le cofeil eltroit en la Monarchie . Et mefmes aux diettes & 
iournees des treize Cantons, il n'y a que le confeil priué des Ambaffa- 
deurs qui arrefte lesabfcheids , & décerne lescommifïîons touchant 
les affaires communes . le dy donc qu'il eft tref-vtile en toute Republi- 
que, d'auoir pour le moins vn confeil priué, outre le Sénat, puis que la 
reigle des anciens Grecs & Latins nous l'cnfeigne, la raifon nous le mô- 
ftre, l'expérience nous l'apprend . Mais la différence eft notable entre 
le Sénat des Republiques populaires, ou Aristocratiques & des Mo- 
narchies: car en celles là, les aduis & délibérations font prifes au plus 
eftroit, & particulier confeil : & les refolutions arreftees au plus grand 
confeiljOu en l'affemblee des Seigneurs ou du peuple, fî la chofe eft 
telle qu'on la doiue publier : mais en la Monarchie,on prend lésa Juis & 
dcliberatiôsau fenat,ou confeil priué : & larefolution au confeil eftroit. 
Celafe peut voir à tout propos en Tite Liue, quand il eft queftion de la 

Î)aix,ou de la guerre, ou des autres affaires de confequence qui touchét 
aMajefté, la délibération eft prife au Sénat, & la refolution arreftee par 
lepeuple,commei'aymonftrécy 7 deffus par plufîeurs exemples. Et en 7.^^.^ 
cas pareil., quâd la guerre fut dénoncée aux Romains par les Tarentins, q««dci a fouucrai- 
le Sénat, ditPlutarque,* donna laduis, & le peuple deTarente ottroya «• inPynho. 
fon mandement . Celafe peut voir à Venize,quand il fe prefente quel- 
que difficulté entre les fages, elle eft rapportée au confeil des dix, & fils 
fctrouuét parties, on afïèmbleauec les dix le cofeil des fept : & fila cho- 
fe tire après foy confequence, on fait appeller le Sénat : & quelquesfois 
aufTi,(combien que rarement) le grand confeil de tous les gentils-hom- j,.Bombusin hîfto- 
mes Vénitiens: ou la dernière refolution fe prend. 9 Qui eftoit l'ancien- ?*****•&>«**** 

c *i — ' in Repu. 

ne couftume l de Carthage : ou fi le fenat ne tôboit d'accord,le différend r-Aridot.iib.Lcap .*. 
eftoit difputé,debatu. ) & décidé par le peuple. Or cefte différence de re- P ° 
fouldre &arrefterlesaduis J prouientdelafouueraineté, & de ceux qui 
manient le gouuernement. Car en la monarchie, tout fe rapporte à vn 
feul : en l'eftat populaire, au peuple . Ec plus le monarquef affeure de fa 
puiffance & fuffifance,moins il communique d'affaires au fenatrou bien 
pour f'en deueloper, il luy r'cnuoye les commiffions de la iuftice extra- 
ordinaire ou le iugement des caufès d'appel: mefmemét fi le fenat eft en 
telle multitude, que le Prince publiant à tant de perfonnes fes fecrets, ne 



mas- 



zto. DE LA REPVBLIQVE 

puiffe venir à chef de Tes de fie in. s. Ce fur le moyen que Tibère l'Empe- 
reur trou ua d'amufer le Senar au iugement des procez de confequence, 
pour leur faire oublier peu à peu la cognoiffance des affaires d'eftat . & 
après luy Néron ordonna que le Sénat cognoiltroitdescaufes d'appel, 
quiauparauant fadreffoientàIuy,&que l'amende du fol appel au Sé- 
nat fuît auffi grande, que fi lu y mefmes euft cogneu de la caufe : faifanc 
parée moyen d'vn fenat,vnecour &iurifdi£tion ordinaire, qui n'auoic 
iamais accouftumé de iuger pendât la liberté populaire, finon extraor- 
i. Poiyb.iibtf.de mi- dinairement z desconiurations contre la Republique, & d'autres cri- 

litari ac doineftica r-itri • l • •* I» n. I I • • i 

Rom. mes lemblables qui touchoiet 1 eitat : ou que le peuple qui auoit la co- 

gnoiffance de plufieurscas,renuoyaft la cognoiffance au Sénat. C'eft 
pourquoy Ciceron aceufant Verres difoit en celle forte. Quo confugient 
Jocijïquem implorabunt ? ad Senatum deuenient y qui è Ferre [ïtpplicium fu- 
mât ?non efl vfitatum.non efl Senatorium. En quoy fe fontabufez ceux qui 
ont penfé que le fenat iugeoit,quad ils ont veu que les fenateurs eftoiéc 
tirez au fort pour iuger des caufes publiques & criminelles ..tantoft à 
partfoy,tantoft auec les cheualiers parla loyLiuia, & puis auec les che- 
ualiers J & les financiers parla loy Aurélia, car il y a bien differéce du Sé- 
nat en corps,& des Sénateurs pris en qualité de iuges: & du côfeil priué, 
ou des confèillersd'iceluy venâsés cours fouueraines pour iuger. Mais 
le Sénat n'eut onques deuant Néron iurifdiction ordinaire.mefmes Au- 
gufte ne voulut pas que le Sénat fempefehaft au iugemét de l'honneur, 

3 .Dioiib.J5. ou de la vie des fenateurs,bié qu'il en jfuft importuné J parfonami Me- 

cenas : & combien que Tibère fouuent leur renuoyaft telles caufes , fi 

quln:? c ' hbî &fc " cft-cc que ce n'eftoit que par forme de comifïion : 4 ce que depuis l'Em- 

5.s P artian.mAdria. p ercur Adrian ' fifi: paflcr en forme de iurifdidion ordinaire . Onaveu 
en cas femblable que Philippe le Bel, pour fe deffaire de la Cour de Par- 
lemét,& luy ofterdoulcemét la cognoiflTance]des affaires d'eftat,rerigea 
en cour ordinaire,luy attribuât iurifdidtion, & feance à Paris : qui eftoïc 
anciennemétlefenatdeFrancer&fappelleencoresauiourd'huylacour 
des Pairs, qui fut érigée par Loys le ieune félon la plus vraye opinion., 
&pour donner confeil au Roy, comme on peut voir en l'érection du 
Comte de Mafcon enpairrie par Charles v. Roy m. ce eux. où il efl: 
dit que les Roys de Frâce ont inftitué les xii. Pairs pour leur donner cô- 
feil & ayde. & fappelloit comme encores a prefènt par prerogatiue 
d'honeurlaCourde Parlcmér,(fans queue) comme on peut voir es let- 
tres qu'elle eferit au Roy : au lieu que les autres nouuellemét eftablics y 
adiouflent Parlement deRoùan,deBordeaux,de Dijon. Et neantmoins 
fus les remonftrances de la Cour pour la difficulté qu'elle faifoit de pu- 
blier les lettres patétes dônees à Rouan Icxvi. Aouft m . d. l x i i i.Ic Roy 
diftaux députez de la Courte ne veux plus que vous méfiiez d'autre 
chofe que de faire bonne & briefue iuftiçe . Car les Roys mes predecef- 
feurs ne vous ont mis au lieu où vous eftes que pour cefl effecl : & non 

pour 



LIVRE TROISIEME. %c 3 

pour vous faire ny. mes tuteurs, ny protecteurs du Royaume, ny coler- 
uatcurs de ma ville de Paris : Et quand ie vous commanderay quelque 
choie, fi trouucz aucune difficulté^ trouueray toufiours bô que m'en 
faciezremonitrances, & après lesauoir faietes, fans plus de réplique ie 
veuxcftre obey. toutesfois le Parlement fiit encores d'autres remon- 
llranceç, d'autant qu'il y eut partage fus la publication defdictes lettres: 
qui donnèrent oeçafion à l'arreftdupriuéconfeildu xxiui. Septem- 
bre enfuiuant, par lequel le partage futdeclairé nul^auec defenfès au 
Parlement de mettre en délibération les ordonnances émanées duPvOy 
concernant les affaires defbt : ce qui auoit efté fait aufli par lettres pa- 
tentesdelan m. D.xxvn.Encas pareil le grand confèil quin'eftoitpref- 
ques employé qu'aux affaires deffar.au règne de Charles vu. & vin. fut 
peu à peu fi rempli de procez,quc Charles vu i.en fift vne cour ordinai- 
re de dix fept côfeillers,àufquels Loysx i i.en adioufta iufques à x x. ou- 
tre le Chancelier,quie(ioitprefidentd'iceluy:de forte que foubsle Roy 
François on y fiit vn prefidentaulieu du Chancelienquin'eitoient em- 
ployez finon à la cognoiffance des caufes extraordinaires par forme de 
commiiTionj&renuoy du confeilpriué, & ordinairement aux appella- 
tions du Preuoftdellioilel.Auffivoyonsnouslecôfeilpriuéeftre qua- 
fi réduit en forme de cour ordinaire, cognoiffant des differens entre les 
villes Se parlemens , & le plus fouucnt entre les particuliers pour peu de 
chofe-.affin que celte grande comç&gnie d'hommes illuitres & fignalez 
fuft empefehee à quelque chofe£,-ayant quafi perdu la cognoiûance des 
affaires d'eitar, qui iamaisnepeuuent reu(Iiràheureuiefin,fi elles font 
communiquées à tant de perfonnes: où la plus faine'partie des meilleurs 
cerneaux elt toufiours vaincue par la plus grade . ioint auilî qu'il en: îm- 
poffible de tenirle cofeil fecret,ny fçauoir qui le decouure en telle mul- 
titude,ny chafler ceux qu'on tiét pour iuipects : fi on ne vouloit vfer de 
la couftume des anciens Atheniés, en vertu de laquelle les fenateurs, par 
vn fecret iugement qu'on appelloit &x,QvfopÇoç}& pouuoient codamner 
en toute liberté,fans enuie,le fenateur languardjOU qui fouilloit la fplç- 
deur de fon eftat.comme en cas pareil les Romains auoiét les Cenieurs, 
qui fans forme ny figure de procez auoientaccouitumé de rayer les fe- 
nateurs îndignes J &parcemoyenIesexclurreduSenat,f'iIsnevouloié'c 
efiayer la fentence des iuges,qui efloit par deifus la cenfure,ou bien que 
le peuple donnai! nouueau magiftrat,& charge honnorable à. celuy qui 
auroit efté rayé par les cenfeurs,oucodamné par les iuges.Mais on peut 
blafmerlesRomains,d*auoirtropaifémetreceu&rayé lesfènateurs, & 
en trop grad nombre: car pour vne fois Fabius 4 Buteo qu'on fiit Dicta- 4 - Bonis epi»**. 
teurpourfuployerleSenat,en receut clxxvii. &Lentulus&GelIius 
cenfeurs pourvue reueue en rayèrent l x 1 1 1 1. Combien eft-il plus feanc 
&conuenablcàla grandeur & dignité d'vn fenat,d'en receuoirpeu qui 
foient choifis entriez comme perles, que d'efleucr au plus haut degré 



2*4 DE LA REPVBLIQVE 

d honeur les hommes dignes & indignes, pourapres les précipiter auec 
vne éternelle infamie & deshoneur d'eux, & de ceux qui leur onrpredé 
la main?ce qui toutesfois ne (e peut faire fans danger defedition.Depuis 
quatre cens ans que le confeilpriuc d'Angleterre fut edablià l'indice 8c 
pourfuitte d'vn Archeuefque de Canturberi Chacelier d'Angleterre, il 
n'yeutquexv.perfonnes:&n'aiamaispafléxx.perfonncs.&parlemoyé 
de ce petit côfeil, ils ont entretenu leur edat trefbcau & floriffant en ar- 
mes & en loix. cela Ce voit par leurs hidoires, cV par le traiclé de paix fait 
entre Loys i x. & Henry Roy d'Angleterre, qui pourfèureté plus grade 
fut iuré par les xvi i.côfeillers du côlèil priué,c'ed à fçauoir,vn Archeuef- 
que Châcclier,vn Euefque,fix Cotes., & fix autres Seigneurs auec le grad 
threforier,& le magidrat qu'ils appellét la grade Iudiced'Angleterre.Si 
on me dit que bien fouuét l'ambitio,la faueur,rimportunitc,la neceiTi- 
tépreffed'enreceuoirplufieurs.fansauoirmoyëdelescognoidre.Iere- 
fpôds que l'ordonancede Solonauoit pourueu à toutes cesditficultez,cV 
feroit de befoin qu'elle fud gardée en toute Republique, c'ed à fçauoir 
que nul nefud receu au faint Sénat des Areopagites, qui n'eud parlé aux 
plus hauts lieux d'honneur fans pris & fans reproche if'affeurans bien 
que ceux-là qui fedoient peu tenir en précipices fi dangereux & figlif- 
fans, qu'ils pourroient bien tenir place au fenat fans tomber ny chance- 
ler. C'ed pourquoy tous les anciens Grecs & Latins ont fi haut loué le 
Sénat des Areopagites, quiedoiteompofé de Lx.perfonnes, corne nous 
lifons en Athenseus. On garde bien encores celte coudume aux cinq 
petisCantons,queceux-laqui ont paflé par toûts les edats honorables, 
ils demeurent fenateurs perpétuels, mais ce n'ed pas pour auoir fort 
bonne refolution,& moins encores pour tenir les affaires d'edat fecret- 
tes, en ce que les fenateurs des petits Cantons, qui font xLv.à Zoug, 
c x L 1 1 1 1. à Appenzel,& plus ou moins es autres^uand il ed quedion 
de chofe de confèquence chacun fenateur a charge de mener auec luy 
au confeil deux ou trois qu'il aduifera pour le mieux :en forte qu'ils fe 
trouuent quelquesfois quatre ou cinq cens, partie fenateurs, partie qui 
ont voix deliberatiue. Voila quand au nombre des confeillers d'edat. 
Difons aufli vn mot de ceux qui doiuét propofer.,& de ce qui doit edre 
propofé. Quant au premier on a toufiours eu grad. efgard ancienneméc 
a la qualité de ceux qui demandoient l'aduis au fenat. Caron voit que 
c'edoitla propre charge des plus grands magidrats en Rome, qui pour 
cède caufe fappelloient Confuls:ou en leur abfence le plus grand magi- 
5.ciccroine P iftoiis drat qui fud en Rome, c'ed à fçauoir, le y Prêteur de la ville : qui rece- 
rcvïano t,Prst °" soient les requedes des particuliers, les lettres des gouuerneurs, lesam- 
bafladeurs des Princes, & peuples alliez pour en faire le raport au Senar. 
& en Grèce ceux qu'on appelloit <urçj£>wte\ qui auoient mefme charge 
que ceux qu'on appelle Prouifèurs en la Republique deRhagufe : & en 
la République de Venizeles Sages.côbien que les trois Auogadours or- 
dinal- 



LIVRE TROISIEME. 2 6t 

dinairement propofentaufènat fur ce qu'on doir délibérer. Aucon- 
feil des Grecs le Prefidentfaifoit crier par vnhuiffier s'il y auoit perfon- 
nequi vouluft fuader quelque chofe-.ce que Tite 5 Liue parlant des $.Vb.yù 
Acheansdit généralement ^timosett Çrœcorum. Mais quant aux ^to- 
liens leur coultume eftoit notable 3 digne d'eftre gardée par tout, & 
fort louée & approuuee 6 de Philopemen Capitaine en chef de la li- 6Liuiu5,lb -^ 
gue des Acheans : c'en; à fçauoir que le Prefident^ouceluyquicon- 
lèilloit le premier de faire quelque chofe en plein Sénat, nauoit point 
de voix deliberatiue pour l'affaire qu'il propofoit: ce qui peut ofter 
lespratiques & menées couuertes quife font au fcnat des eftats popu- 
laires & Ariftocratiques,où les plus fafcheux tirent aifément les autres à 
leur opinion. Mais ie ne puis approuuer la façon de Gènes, où il n'y a 
que le Duc feulement quiaitpuiffancedepropofer ce qu'il luy plaift 
au Sénat, car outre la difficulté qu'il y a de parler au Duc afïiegé de tous 
coftez, &enuelopéd'vne infinité d'affaires, & luy mettre en veuemil 
raifons parle menu pour les déduire au confeil, encores y a-il danger 
de donnerfî grande authorité à vne perfonne, qu'il puiffe dire, ou celer 
au Sénat tout ce qu'il luy plaift,& qu'il ne toit licite à autre qu'à luy d'en 
parler . Er mefmes il y a danger que celuy qui propofe foit fî grand 
qu'on ne le puifle franchementcontredire. C'eft pourquoyon afage- 
ment pourueu en ce Royaume , qu'il fuft permis à tous ceux qui ont 
entrée au confeil ( ores qu'ils nayent ny voix deliberatiue „ny feance) 
de raporter les requeftesd'vn chacun, &aduenir le confeil de ce qui en; 
vtile au public, afin d'y pouruoir.Etleplusfouuent on demande leur 
aduis ,puis aux confeillers d'eftat , qui ont feance &voix deliberatiue: 
en forte que les plus grands feigneurs opinent les derniers : afin que la 
liberté ne foit retrâchee par l'auétorité des Princes, & mefmes des hom- 
mes factieux & ambitieux, qui ne fouffrent iamais de contredits : en 
quoy faifant, ceux qui ont voix confultatiue feulement , parent le che- 
min à ceux qui ont voix deliberatiue, & abreuuent le confeil bien fou- 
uent de bonnes &viues raifons :& s'ils ont failli ils font réduits par les 
autres fans ialoufie .Qui eft vne couftume beaucoup plus louable que 
celle des Romains, où le Conful demandoitpremieremenr l'aduis au 
Prince du Sénat, ou bien à. celuy qui eftoit defigné Conful pour l'an- 
née fuiuante . Et neantmoins le contraire fefaifoit deuantlepeuple,car 
les particuliers opinoient les premiers., 6 puis les Magiftrats, afin quela 6 ' D,0 ' , î8 ' 
liberté des petits ne fuftpreuenue par l'auctorité des grands .iointauffi 
que l'ambition de parler le premier,tire après foy bien fouuent l'enuie 
des vnsj&r la ialoufie des autres. Aufïi voit-on, queles Empereurs tyrans 
pour décharger fur le Sénat le maltalent que le peuple auoit de leurs 
cruautez,ils propofoient,ou faifoient lire leur aduis : & fi hardi de con- 
tredire . Cela n'efï pas demander confeil, ains commander eltroicle- 
ment . dequoy fe plaignant vn ancien Sénateur, difoic : Viàimus curiam 



iéz DE LA REPVBLIQjyE 

elinguemjn qua dicere quod velles y f>ericulofum:quod noUes y mïferum effet : d'au- 
tant que l'Empereur Domirian, vnus Joins cenfebat qttod omnesfequerentur: 
louant Traian, quod eo rogante Jèntentias libéré dicere liceret , vincerétque 
Jèntentia, wo«^r/>«^,yfi/wf//or.Maisie defircroisqueleconfeilfuftrefer- 
uéaumatin, caronnedoitpastenir pour aduis bien digéré, ce qui eft 
fait après difner, comme dit Philippe deCominesi&mefmement au 
pays où les hommes font fugets au vin : laiffant l'opinion de Tacite, 
Gttm^ de m0nb * ?c l u i troULie bonne la façon desanciés Alemans,quinedeliberoientia- 
mais des grandes affaires , finon entre les gobelets : pour decouurir le 
cucur d'vn chacun , éVpours'echaufer à perfuader ce qu'ils trouuoient 
le plus expédient: mais ils ont bien changé de couftume, d'autant que 
leurs contracls ne tiennentiamais, s'ils font faits après boire :& celle 
feule caufefufiiftauiuge pour les caffer. Quantaux affaires qu'on doit 
tr . , propofer, cela dépend des occafions.& affaires quifeprefentent. Les 

Les affaires qu'o Y F jiu • J A L V 11 

doibt propofer anciens Romains delibcroient premièrement des choies touchant la 
aufenac. religion,comme le but & la fin où toutes les actions humaines doiuent 

8.Poiyb.Hb.(î.dcmi- commencer & finir. Auffiiamais,dit 8 Polybe,n'y eut peuple plus de- 
Rom.dvïcipZa. " uot que ceftuy-là, adiouftant que par le moyen delà religion, ils efta- 
blirent le plus grand Empire du monde. Puis après on doit parler des 
affaires d'eftat plusvrgentes , &qui touchent de plus près au public: 
comme le faidt de la guerre & de la paix , où il n'eft pas moins périlleux 
de conuertir le confeil en longues difficultez, que la précipitation y eft 
dangereufe. Auquel cas, comme en toutes chofes doubteufes, les an- 
ciens auoient vne reigle qui ne fouffre pas beaucoup d'exceptions: c'eft 
à fçauoir 3 Qujl ne faut faire, ny confeiller chofe qu'on doubte il elle eft 
iufte ouiniufte,vtileou dommageable: fi le dommage qui peut adue- 
nir eft plus grâd que le profit qui peut reùfiir de l'entreprife . Si le dom- 
mageeft euident, & le profit doubteux , ou bien au contraire,il ne faut 
pas mettre en délibération lequel on choifira . Mais les difficultez font 
plus vrgentes, quand le profit qu'on efpere eft plus grand , & qu'il fait 
contrepoix au dommage,de ce qui peut refulter des entreptifes . Tou- 
tefois la plus faine opinion des anciens doit emporter le prix : c'eft à 
fçauoir , Qiuï ne faut faire nymife ny recepre des cas fortuits, quand il 
eft-queftiondeTeftat. C'eft pourquoy les plus rufez font porter la pa- 
rolle aux plus fimples, pour mettre en auât & fuader vne opinion dou- 
teufe, afin qu'ils ne foient blafmez s'il en vient mal : & qu'ils empoi tent 
l'honneur, fi la chofe vient à poinâ. Mais le fage Sénateur ne s'arrefte- 
raiamaisauxcas fortuits & auantureux,ains s'efforcera toufiours par 
bons & fages difeours tirer les vrais effe&s des caufes précédentes . Car 
. , ^ , on void allez fouuent les plus hazardeux & téméraires eftre les plus 

La deehequon . , A n „ , , , * 

difoic Fortune heureux aux exploits . Et pour celte caule ks anciens Théologiens 
chaffec du con- n ' nt iamais introduit leur dceffe Fortune au confeil des Dieux. Et tou- 

leil des autres r . , . r \ r 1 •• iiri r 

Dieux. terois on n oit quan autre choie, que louer ou blaimer les entreprîtes 

par 



LIVRE TROISIEME. 167 

par la fin qui en reùlTit, &mefurer la fagcfTe au pied de fortune . Si la 
îoy ? condamneàmort le fbldat qui a combatu contre la defenfe du ?.i.3.<feremilk.£ 
Capitaine , ores qu'il ait rapporte la victoire 3 quelle apparence y a-il 
de pezer en la balance de fageffe les cas fortuits & fuccés heureux ? Àuili 
telles aduantures continuées, tirent le plus fouuent après foy la ruine 
des Princes aduantureux. Et par ainii, poureuirer à ce qu'il ne foir rien 
arreité au confeil témérairement , l'aduis de Thomas le More me fem- 
blebomqu'onpropofevn iourauparauantcequ'on doit refoudre le 
iourfuiuant ,afin que les délibérations foient mieux digérées : pour- 
ueu toutefois qu'il ne foit point queition de l'intereft particulier de 
ceux qui ont voix au confeil: car en ce cas il vaut beaucoup mieuxpren- 
drelesaduisfuslechanipj&iansdelay, que d'attendre quelefaimuge- 
ment des vnsfoit preuenu par les menées des autres , & qu'on vienne 
préparé de longue trainee de raifons,pourrenuer(cr ce qui doit eib'e 
conclud.Et toutainfl que la vérité plus elle eftnue, &fimplement de- 
duite,pluselle eft belle : aufïi eft-il certain, que ceux qui la deguifent par 
force de figures luy oftent fon luftre & fa naïfue beauté . chofe qu on 
doit fur tout fuir au cofeiLafmaulliquelabncfueté Laconique pleine 
de bonnes raifons donne place à chacun de dire fon aduis comme il le 
doit faire: & non pas baloter comme à Venize,ou palier du coité de ce- 
luy duquel on tientl'opinion 3 comeilfefaifoitauSenatde Rome . Car 
ilsletrouuoienttouiioursempefchez, quand la chofe mife en délibéra- 
tion auoit plusieurs chefs & articles, qui eltoient en partie accordez,& 
en partie regcttez,de forte qu'il eitoit neceffaire de propofer chacun ar- 
ticle a part:ce que les Latins difoient diuidere fententUm : & faire pafler & 
reparler les Sénateurs de part & d'autre . les Vénitiens fe troUuent aufïi 
es mefmes diEicultcz^qui les contraint de prendre iouuent les opinions 
verbales., & quitter les balottes, defquelles melmcsils vfent quand il elE 
queftion des biens,de la vie & del'honneur,à la façon des anciens Grecs 
& Romains : chofe qui ne fe peut faire fins iniuft ice,pour la variété infi- 
nie descasquifeprcfententàiuger. Orcombienqueîe Sénat de laRe- 
publique ne foit point lié a certaine cognoiflance, auifine faut-il pas 
qu'il s'empefche de la iunfdidtion des Magistrats, fi cen'eft fur le dé- 
bat des plus grands Magiitrats & Coursfouucraines. Et pour celle cau- 
feTibere l'Empereur proteita 9 venantai'eltat, qu'il ne vouloir rien al- quïmTibcnl" " 
terer, ny prendre cognoiflance de la:iarifdi.dlion des Magiitrats ordi- 
naires . & ceux qui font vue cohue du Sénat, <k confeil pnué,jaiuallcnt 
grandement la dignité d'iceluy ,au lieu qu'il doit eftre refpeété pour 
authorifer les actions des Princes , &: pour vaquer entièrement aux af- 
faires publiques s quifjffifentpourempefchervn Sénat. fî ce n'eitoit 
quand il e(t queition de la vie , ou de l'honneur des plus grands Prin- 
ces & feigneun, ou delà punition des villes, ou d'autre chofe de telle 
confequencç, qu'elle mente l'ailemblee d'vn Sénat: comme ancienner 

z ij 



268 DE LA REPVBLIQJVE 

ment le fenat Romain cognoiflbit par commifïîon du peuple des 

trahifons 8c coniurations des alliez contre la Republique > comme 

i.Liuiu*ub.x^. on voidenT. 'Liue. Refteencores le dernier poinctde noftre defini- 

tion,c'eft àfçauoir, que le fenat eft eftabli pour doner aduis à ceux qui 

Le Scnat eftabli ont la fouueraineté . l'ay dit doner aduis, parce que le fenat d'vne Repu- 

fculemcnt pour bliquebien ordonnée, ne doit point auoirpuiflànce de cômander, ny 

donner aduis, & . x i *• •rjoJi-L-" 

nonpaspourcô- décerner mandemens,ny mettre en exécution les aduis & deliberatios: 
mander. mais il faut tout raporterà ceux qui ont la fouucraineté.Si on demande 

s'il y a Republique où le fenat ait telle puilfance, c'eft vne queftion qui 
gift en fait: mais ie tiens que la Republique bien eftablie ne le doit pas 
fouffrir, 8c qu'il ne fepcutfaire fans diminution de lamajefté , & beau- 
coup moins en la Monarchie qu'en l'eftat populaire ou Aristocrati- 
que. Et en cela cognoift-on la majefté fouueraine d'vn Princc,quand il 
peut, 8c la prudence quand il fçait pezer & iuger les aduis de fon con- 
feil, & conclure félon la plus faine partie, &nonpas félon laplus grade. 
Si on me dit qu'il n'eft pas conuenable de voir les Magiftrats 8c Cours 
fouueraines, auoirpuiflànce de commander & décerner leurs commif- 
fions en leur nom , 8c que le Sénat qui iuge de leurs differens foit priué- 
de cefte puiflance . Ierefpons que les Magiftrats ont puiflance déco m- 
mâder,en vertu de leuriiiftitution^eredion 8c création^ des edits fur 
ce faits,pour limiter leur charge & puiflance . mais il n'y eut onques fe- 
nat en aucune Republique bien ordonnée, quiait eu pouuoir de com- 
mander en vertu de foninftitution. Aufliilne fètrouue point en ce 
Royaume, ny en Efpaigne, ny en Angleterre, queleconfeilpriué foit 
érigé ou inftitué en forme de corps 8c Collège, & qu'il ait puiflance par 
edit ou ordonnance de rien ordonner, nyco mander, comme il eft ne- 
ceflaireà tous Magiftrats,ainfi que nous diros ci après. Et quât à ce qu'on 
dit que le cofeil phué cafleles iugemés 8c arrefts des Magiftrats 8c Cours 
fouueraiiaes , 8c que par ce moyen on veut conclure qu'il n'eft pas fans 
puiflance. le refpons^que les arrefts du confeil priué ne dependét aucu- 
nement d'iceluy^ains de la puiflance royale, & par comiflion feulement 
en qualité de iuges extraordinaires pour le fait de la iuftice : encores la 
comiflion, & cognoiflance du confeil priué,eft toufiours coniointe à la 
perfonneduRoy.Aufli voit-on quetous les arrefts du cofeil priuépor- 
tentcesmotSjP ar le roy en son c onse il: lequel ne peut rien 
faire fi le Roy n'eft prefent, ou qu'il n'ait pour agréable les actes de fon 
confeil . Or nous auons monftré cy deflus , que la prefence du Roy fait 
cefler la puiflance de tous les Magiftrats. comment dôc le confeil priué 
auroit-il puiflance le Roy prefent ? s'il ne peut rien faire en l'abfence du 
Roy,que parcômiflion extraordinairc.quelle puiflance dirôs nous qu'il 
a?Sidonquesau fait de la iuftice le cofeil priué n'a pas puiflance de co- 
mâder,comentl'auroit-il aux affaires d'eftat ? C'eft pourquoy on rapor- 
tc au Roy ce qui a efté délibéré au coofeil , pour entendre fa volonté. 

ce qui 



LIVRE TROISIESME. 2.6? 

ce qui a efté fait de toure ancienneté, car mefme ilfetrouue vne charte 
ancienne faifant mention d'Endobalde Comte du Palais du RoyClo- 
taire^uiaffembloitle Parlement du Roy, &afTîftoit aux délibérations 
qu'il rapportoitau Roy,qui dônoit fes arrefts . Mais on pourroit dou- 
ter 11 le Sénat en l'eftat populaire & Ariftocratique ne doit auoir non 
plus de puiffance qu'en la Monarchierattendu la différence qu'il y a d'vn 
feigneur àplufieurs,d'vn Prince au peuple,d'vn Roy à vne multitude in- 
finie d'homes . Ioint auffi que nous liions qu'en la republique Romai- 
ne,qu'ontientauoir efté des plus floriflantes,& des mieux ordonnées 
qui fut onquesje Sénat Romain auoit 1 puifïànce dedifpoferdesfinan- i.cicerànVatin.A. 

n.1'J J rLJIri'oJl- i ranj difpenfatio ita 

ces,qui elt 1 vn des grands poincts de la maieite : & donner Iieutenans a fimpencs senamm, 
tous gouuerneurs de x Prouince : & décerner les ? triomphes : & difpo- iofiïaJpîdu P id?m 
ferdelareligion.Et pour cefte caufeTertulian difoit,queiamais aucun j-J^f™* Polyb ' 
Dieunefutreceuen Rome fans décret du Sénat. Etquantaux Ambaf- udemciceroinva 

t 1 ». 1 * \ rt tin.Ernepatnjeccr- 

iadeurs des Roys & peuples, iln y auoit queleSenat qui les receult, & tiflïmus pamdda/ 
licentiaft . Et qui plus eft,il eftoit défendu fur peine de leze majefté, de nami^dTnq^bas, 
prefenter requefte au peuple, fans auoir pris l'aduis du Sénat, comme ÏÏe^vrLTtUz 
nousauons dit cy deffus . Ce quin'eftoit pas feulement en Rome , ains eius . rcllnls au£bo " 

rr 11» , ,. ' t I in • ntate darentur. 

aufli en toutes les Républiques de la 4 Grèce : & pouryauoir contreue- 3-Liuiusiib.18.Nun- 
nu'Thrafybulus futaceufé de leze majefté en Athènes, comme aufïî ph^^popuium*- 
dcpûisfut AndrotionparDemofthene.ee qui eft encores mieux gardé SatTonemarbiKii 
àVenize qu'il nefutonques en Rome ny en Grece.Nonobftât tout ce- i uc c c ius ho "f r r 

1 1 / t < pênes Senatum hiil- 

la.iedy que le fenat des eftats populaires &ariftocratiques ne doit auoir fe:nercgesqmdem 

I» J ■ o J IL 6 1 CT J JJ niaieftaremeiusor- 

que laduis& délibération, oc que lapuiilance dépend de ceux qui ont dimsimminuifle. 
lafouueraineté. Et quoy qu'on die de la puifïànce du fenat Romain, ce J u bi!«! 1 "* 
n'eftoit quedignité,authorité, confeil,& non pas puiffance: car le peu- 5. p iu«rinLyria. 
pie Romain pouuoit quand bon luy fembloit, confirmer ou infir- 
mer les décrets du Sénat, lequel n'auoit aucune puifïànce de comman- 
der,^: moins d'exécuter fes arrefts, comme 6 Denys d'Halicarnasatref- *.nb.*. 
bienremarqué. Aufll voit-on à tout propos en TiteLiue cesmots.S e- 
natvs decrevit, popvlvs ivs s i t. où Fefte Popees'eft abu- 
fé interprétant ce mot, Populw iufîit 3 qu'il dit lignifier Decreuit : car c'e- 
floit au Sénat à décerner, & au peuple à commâder : comme quand Ti- 
teLiue parle de l'auctorité deScipionl'African, Nutusàus prodecretis 
fatrum 3 pro populi iufiis ejje . Et le moindre Tribun s'oppofant au fenat, 
pouuoit empefeher tous fes arrefts. I'ay remarqué cy deffus quelques 
lieux de 7 T. LiuejOÙ il appert euidemmét, que le fenat ne pouuoit rien 
commanderj&mefmeparcedecret^oùileftditjQuele Confulfi bon 7- hb -4- hb -3°- &1 7- 
luyfemble, prefentaft requefte au peuple pour faire vn Dictateur : & 
s'ilnepIaifoitauConful,quele Prêteur de lavilleenpriftla charge :& 
s'il n'en vouloit rien faire, que l'vn des Tribuns le fift :leConful,ditT. 
Liuc,n'en voulut rien faire,&fiftdefenfe au Prêteur d'obéir au fenat. Si 
le fenat euft peu commander, il n'euft pas vfé d e ce langage : & le Con- 

z iij 



IL. 



z 7 o DE LA REPVBLIQJ/E 

fui n'euft pas défendu d'obéir au fenat. Et mefme lefenat nepouuoit pas 
commaderauxPreteurs,ainsilvfoit du mot, Si bon leur femble,Si leur 
plaift. Decreuerunt patres i)tM. lunius Prœtor vrbanus y fî ei vider etur , de- 
cemuiros agro Samniti ^Appuloque quoad e'w publicum erat , metiendo diiii- 
dendoque crearet . & fî on veut dire que ces mots , Si Confulibus y fîPrœto- 
riWWfrtftfr, emporte commandement,le contraire fevcrifieen ce que 
dit T. Liue,patlant de la punition des Capoiians, que le Conful Fuluius 
ayant leu larreft du fenat,quiportoit ces mots. Intégrant remadScnatnm 
reijceret 3 Jtei r uideretur ) interpretatum ejjè qitid magts è R,epublica duceret œfti- 
mationcmfiyipermijjam, & paffa outre fans auoir égard à l'arreft du fenat. 
Aufli n'y auoit-il vne feule commifTion , ny mandement en toutes les 
délibérations & décrets du fenat : & n'auoient ny mailiersny fergens, 
qui font les vray es marques de ceux qui ont puiflance décommander, 
Geiiiusiib.ij.cap. comme difoit 8 Varron après le Iurifconfulte Meffala . Mais les Maei- 
ftrats ayans les décrets du fenat en main , decernoïent leurs mâdemens 
& commiflions pour les exécuter, fî bon leurfèmbloit : s'affeurans bien 
que le fenat fouftiendr oit leurs exploits & adtions.C'eftpourquoy Ce- 
far dit, que les Confulsfevoyans armez de ceft ancien décret du fenat, 
qui commençoit par ces mots :Que les Confuls, & autres Magiftrats 
pouruoient à ce que la Republique ne fouffre aucun dommage: fou- 
dain font leuee de gens & d'armes contre Cefar . Mais fî le moindre des 
Tribuns s'oppofoit au fenat,il falloit vuider l'oppofîtion deuât le peu- 
ple.Et pour cefte caufe il y auoit ordinairement quelques Tribuns à la 
porte du fenat, au parauant que la loy Atinia leur donnai!: entrée , auf- 
quels on monftroit le décret du fenat,pour le confentir & auctorifer au 
?.iiuiusiib.«. nom du peuple,y mettant la lettre T. ou le diffentir,y mettant ce'mot 
Ve TO,c'eft à direjlerempefche.de forte que le fenat ne faifoit rien que 
par fouffrance du peuple, ou defes Tribuns, qui eftoient corne efpions 
du fenat, & gardes de laliberté du peuple, qui ont toufîours eu leur op- 
pofîrion frâche:iî le peuple par loy expreffe ne leur oftoit^comme il fift 
ïSaïuftinTnsur.ci- a la requefte de C. 1 Gracchus Tribun du peuple, donnant permiffion 
confdâf. prOUinC1S au ^ enat ^ e difpofer des Prouinces confulaires pour cefte année là, auec 
defenfes aux Tribuns de s'y oppoferpour cefte fois là feulemét. carde- 
z. ckero pro kgc puisle peuple z donnafouuentles Prouinces &gouuernemës fans auoir 
Manii.Appianiib.i. ny l' ac } u i s ny lau&orité du fenat . De dire que le fenat difpofoit des fi- 

Lmms lib.i8. J .in , n . r rr * -1 f r ■ 

nancesjil elt vray.,mais c eltoit par iourrrace,& tant qu'il plailoit au peu- 
ple : comme on peut voir par la loy Sempronia , par laquelle le peuple 
ordonna que lesfoldats feroient veftus des deniers de î'efpargne. Or 
celuy qui nauoit pouuoir que par fouffrance & par forme de précaire, 
n'a point de puiffance,comme nous auons dit cy deiTus.aufïi voit-on en 
casfemblabkjqueles AuogadoursdeVenize fouuent empefehent les 
oppofîtions du fenat & du confeii des dix, & font renuoyer l'affaire au 
grand confeii. Mais encores on peut dire, que fî le fenat en corps & af- 

femblee 



LIVRE TROISIEME. 271 

femblee légitime n'euft eu puifîànce décommander, qu'il n'y euft eu 
aucune différence encre les décrets du fenat, 8c ce qu'on appelloit Au- 
clorité. Or eft-il, que s'il y auoic moins de c c ce. fenateurs par l'ordon- 
nance d'A uguftcqui depuis furent réduits à cinquâte:ils ne donnoient 
fînon 3 auc"torité,& ne s'appelloit pas décret : comme aufTi on peut voir y Dio.ub.j*. 
parla loy 4 Cornelia, publiée à la requefted'vn Tribun du peuple,ilfut n C iianam UsmC 
défendu au fenat de plus ottroyerpriuilegesnydiipenfcs, s'il n'y auoit 
du moins deux cens fenateurs . Il faut donc conclure que le fenat en tel 
nombre auoit puiffance décommander. Iedy quele décret de fanatu- 
rc n'emporte aucun commandemét,non plus que la fentence du iuge, 
fi la comiiîionn'eftau pied . Or le fenat ne deeernoitiamais., & ne pou- 
uoit décerner commifïionny mandement: il n'auoit donc point de 
puiffance de commander. Et encores quelque décret que fift 1 e fenat,il 
n'auoit trait que pour vnan.*commeatrefbiennotéDenys'd'Haly- sAib - 9 ' 
carnasr&n'eftoient pas perpétuels, comme Conan 6 efcrit. Comment *• îib.T.cap.dcScna. 
donc, dira quelqu'vn., le fenat fift-il amener trois cens foldats citoyens 
Romains, qui reltoient delà légion qui auoit faccagé Rheges en Sicile, 
lors qu'elle y eftoit en garnifon, & les fift flaiftrir, 8c puis décapiter de- 
uant tout le peuple,nonobftant, & fans auoir aucun égard aux oppoll- 
tions des Tribuns, ny aux appellations des condamnez, crians à haute 
voix, que les loix fàcrees eftoient foulées aux pieds . A cela y a double 
refponfe,qu'il eftoit queftion de la difeipline militaire,qui n'auoit rien 
de 7 commun pour ce regard auec les loix domeftiques.en fécond lieu, 7-Poiyb.iib.<>xiuius 
c'eftoit bien l'aduisdu fenat, mais l'exécution fe faifoit par les Magi- ' * 4 ' 
ftrats,qui n'eftoiét tenus d'obéir au fenat, s'ils n'euffent voulu, combien 
que la îufte douleur qu'on auoit dVnfîlafche 8c vilain tour commis à 
Rhege,faifoit ceffer toute lapuifïànce des loix. Et fouuentencas fem- 
blables onpaffoit lacontrauention aux loix par 8 foufîrance. Mais ou- s.vakr.Max.iib.8. 
tre cela,Papinian refpond, qu'il ne faut pas auoir égard à ce qu'on fait à A PP whbl - 
Rome,mais à ce qu'il faut faire, c'eft pourquoy fouuent les Tribuns du 
peuple empefchoiét les entreprifes du fenat: 8c mcfmes le Tribun Cor- 
nélius fift faire defenfe au fenat de n'entreprendre rien de ce qui appar- 
renoit à la majefté du peuple : ce que Dion n'euft pas eferit , il le fenat 
n'euft fait plusieurs entreprifes fus l'eftat . Iefçay bien qu'on alléguera 
le dire d'vn autre lurikonCultc, 9 Senatum m facere pojje. mais cela s'eft dit y . 1. non ambigmu 
delapuiifance du fenat, après auoir eu iurifdi&ion ordinaire, comme dcle s ibus£ 
nous auos monftré cy dcfîus : combien que les edits des moindres Ma- 
giftrats,v£diles. > & Tribuns,& mefme l'au&orité priuee des Iurifconful- 
tes faifoit vne partie x du droi£t,& paffoit en force de loix: ores qu'ils ar.inrerumamot. 

» rT • rC * \ t r> • i L gallus. quod ius 

neulient aucune puifîànce nycommadement quelconque. Sidonques conftimtum dicitai 
lefenat., en l'eftat populaire, n'a point de puifîànce ordinaire de com- ln<Ul - 
mander.ny de rien faire que par fouffrance,beaucoup moins lauroit-il 
en l'eftat Ariftocratique, ou en la Monarchie 3 8c d'autant moins en la 

z iiij 



i 7 t DE LA REPVBLIQJVE 

Monarchie, que les Princes font plus ialoux de leur eftat que le peuple^ 
Et par ainfi quan don dit ., qu'il n'eftoit pas licite de prefenter requefte 
au peuple,c'eftà dire aux grands cftatsfansauoirraduisdufenat:chofe 
i.imcrprcsAppiani qui n'eftoit pas neceffairc pour prefenter 1 requefte au menu peuple: 
y«k. l î!b.iStciu. celan'empefchoit pasles Magiftrats,apres auoir eu l'aduis du fenat co- 
^Teltonomanus tnnre au l eur de sadreflfer au peuple . La mefme refponfe fert aufll,à ce 
incap.i.dcRe.se- q ue Jj c lofephl'Hiftorien, que Moyfe défendit au Roy de rien faire en 
rdiakgcncadpk- ce qui touche le publicjfàns l'aduis du fenat & du Pôtife ( combien que 

bem quidem iniuflu n ' \ C I I ' a •! . * i* • '1 

senamsrogationcm celt article ne letrouue point en toute la loy)une senluitpas que le 
pTmpeïktV aï™- ^°y m ^ tenu ^ e f umre l eur aduis.iaçoit * qu'il s'appelle le premier fena- 
gatumeft.piutar.in teur, & le chef de fon confeil. car telles qualitez ne diminuent en rien 
jiius fcnatoram.de la majefté : ores qu'il appellaft les fenateurs fes copaignons^ou Ces bons 
ismuu . . maiftres & feigneurs , comme Tibère qui appelloit les fenateurs ïnàul- 
gentijïimos dominos ^ainfî que nous lifons en Tacite . & neantmoins en vn 
décret du fenat raporté par Pline le ieune, nous lifons ces mots : Volun- 
tati tamen PrincipisfuijCui in nutta refasputaret repugnare,in hac quoque re ob~ 
fequi. Auffi lesfenateurs.,ou confeillers d'eftat, à parler proprement, ne 
font ny officiers ny commiffaires, & n'ont autres lettres en ce Royaume 
qu'vn fimple breuet (igné du Roy, fans feel ny cachet, portant en trois 
mots, que le Roy leur donne feance,& voix deliberatiue au cofeil,tant 
qu'il luy plaira : & le Roy mort, ils ont befoin d'vn autre breuet : hors 
mis ceux qui pour leur qualité, ou charge en ce royaume , entrent au 
La raifon pour confeil. Et la raifon principale pourquoy le fenat d'vne Republique ne 
quoyleScnatne doit pas auoir commandemét,eft que s'il auoitpuiflfance de comman- 
puiflance de cô- der ce qu'il confeillc, lafouueraineté feroit au confeil : & les confeillers 
mander. d'eftat au lieu de confeillers feroient maiftres , ayans le maniement des 

arTaireSj& puiffanced'enordoneràTeurplaifir . chofe qui ne fe peut fai- 
re fans diminution,ou pour mieux dire,euerfîon de la majefté,quieft fï 
haute & il facree, qu'il n'appartient à fugets, quels qu'ils foient, d'y tou- 
cher, ny près nyloing. Etpourceftecaufele grand confeil de Venize, 
auquel gift la majefté de leur eftat, voyant que les dixentreprenoient 
par deflus la charge à eux donnée, leur fîft defenfe fur peine de leze ma- 
jefté, de commander ny ordonner chofe quelconque., ny mefme d'ef- 
crire lettres qu'ils appellent diffinitiues , ains qu'ils eufTent recours à la 
Seigneurie,iufqu'à ce que le grand confeil fuftaffemblé.pour la mefme 
caufe ils ont ordoné,que les fîx confeillers d'eftat, qui afliftét au Duc,ne 
feroient que deux mois en charge, afin que lacouftume de comman- 
der ne leur dû. enuie de continuer, & afpirer plus haut. Toutefois fî mes 
aduis auoient lieu, ie ne ferois pas d'opinion qu'on châgeaft & rechan- 
geaftles confeillers d'eftat., ains pluftoft qu'ils fuffent perpétuels, com- 
me ils eftoient en Rome J Lacedemone,Pharfale,& maintenant à Gene- 
ue & aux Cantons desSuiffes . Car le changement annuel qui fe faifoit 
en Athenes J & maintenant à Venize, Rhagufe,Luques, Gènes, Nurem- 
berg 



LIVRE TROISIEME. 273 

berg, &enplufîeurs autres villes d'Alemaigne, non feulement obfcur- 
ciftbienfortlafplendeurdu fenat, qui doit reluire corne vn foleil^ains 
aufïi tire après foy le danger ineuitable d'euenter & publier les fecrets 
dvn eftat . iointaulTique le fenat tout nouueau ne peut eftre informé 
des affaires p a (Te es, ny bien continuer les erremens des affaires encom- 
mencees. quifutla caufe que les Florentins ordonnèrent à la requefte 
de Pierre Soderin Gonfalonnier,que le fenat de l x x x.feroit muable de 
{ix en fix mois 3 horfinis ceux qui auoient efté Gonfalonniers, pourin- 
former le nouueau fenat des affaires . la mefme ordonnance a efté faite à 
Genes,de ceux qui ont efté Ducs ou Syndics . En quoy les Rhagufîens 
ont mieux pourueu à leur fenat que les Vénitiens , car à Venize le fenat 
change par chacun an tout à coup : mais à Rhagufe, les fenateurs qui ne 
font qu'vn an en charge^changét les vns après les autres,& non pas tous 
envn an . C'eft donquesle plus feur que les fenateurs foient en charge 
perpetuelle,ou pour le moins les fenateurs du confeil particulier,com- 
mc eftoit celuy des Areopagites. 

DES OFFICIERS ET COMMISSJIRES. 

C H A P. II. 

'O f f 1 c 1 e r eft la perfonne publique qui a charge ordinal fo lc " e & *££& 

re limitée par edit. Commiffaire eft la perfonne publique faircs. 

qui a charge extraordinaire,limiteeparfimplecommiffion. 

11 y a deux fortes d'officiers & de commiffaires: les vns qui 
ont puiffance de commander, qui font appeliez Magiftrats : les autres 
decognoiftre,ou d'exécuter les mandemés: & tous font perfonnes pu- 
bliques:mais toutes perfonnes publiques ne font pas pourtant officiers 
ou commiffairesicomme les Pontifes, Euefques,Miniftres font perfon- 
nes publiques,&beneficierspIuftoftqu ofhciersrqu'iFnefaut pas mef- j- Ariftoc. iib, 4 . C ap. 
lerenfemble, attendu que les vns font eftablispour les chofes diuines, 
les autres pour les chofes humaines.,qui ne fe doiuent point confondre. 
Iointauffique Feftabliflementdeceux qui font employez aux chofes 
diuines,ne dépend pas des editsny des loix politiques, commefontles 
officiers. Voyons doncfi les définitions que iay pofees font bonnes, 
auparauant qu'entrer en ladiuifîon des officiers :dautat qu'il n'y a per- 
fonne,, ny des Iurifconfultes, ny de ceux qui ont traité le faict de la Re- 
publique, qui ait dit au vray que c'eft d'officier, ny de commiffaire, ny 
de Magiftrat . & toutefois c'eft chofe bien neceffaire d'eftre entendue, 
puifque l'officier eft l'vne des principales parties de la Republique > & 
qu'il eft impoffible d'imaginer Republique fans officiers ou commif- 
faires . Et d'autant que les Republiques le font premièrement ferui de 
commiffaires que d'officiers, comme nous dirons cy apres,il eft befoin 
déparier en premier lieu des commiffaires, & de la différence qu'ils ont 




i 7 4 DE LA REPVBLIQ^VE 

i.iib.4. auec les officiers. 1 Ariftote dit, que le Magiftrat eft celuy qui a voix de- 

liberatiue au fenat &: en iugement, & qui a pouuoir de commander . Il 

ïofXWTHTir*T- a pp e jl e Magiftrat "^A^qui n'clt propre linon à ceux qui ont'puiffan- 
ce de commander,& non pas aux officiers fcruans,com me huiffiersjfer- 

4M.6. gens,trompettes,notaires,qu'il met au 4 rang de Magiftrats, cVquinont 

aucune puiflance de commander : de forte que la définition demeure 
courte pour ce regard . Encores eft-cc chofe plus abfurde dire que ce- 
luy n'eft point Magiftrat qui n'a entrée au confeil priué, & voix delibe- 
ratiue,& puiflance de iuger:& s'il cftoitainfijil n'y auroit point, ou fort 
peu de Magiftrats en toutes les Republiques,attendu qu'il y a fi peu de 
confeillers du priuc Confeil es Republiques bien ordonnées , & entre 
ceux-là pasvn qui ait voix deliberatiue finon par commi(lion:& ores 
qu'ils ay ent voix deliberatiue , ils n'ont point de commandement , ainfi 
que nous auos dit cy defllis. Quant aux Iurifconfultes il y en a peu qui 

j. im.iib.de iurif- ayent touché cefte corde: & mcfmes le Docteur 'Gouean confeffe que 
la définition du Magiftrat luy a toufioursfemblé difficile, & de fait il y 
a failli, car il a dit que Magiftrat eft celuy à qui le Prince a donné quel- 
que charge . en cefte (orte tous Commiflàircs feroient Magiftrats: 
maisleDocleur Cuias au premier chapitre de fes Notes , dit qu'il don- 
nera trois definitiospour vne, outre celle d'AriftotCjc'eft à fçauoir,Ma- 
giftrat eft vne perfonne publique qui prefide en iuftice., ou bien qui 
cognoift aufiegedeiuftice^ou bien qui a îurifdidtion & iugement pu- 
blic . de forte qu'à fon conte il affigne quatre définitions auec celle d'A- 
riftote . Or c'eft droidtement contre les maximes de tous Philofophes, 

fc'Ariftot.iib.<.to- &coutreles 6 principes de Dialectique, qu'on puifle donner plus d'vne 

P lc - définition à vne chofe :auftieft-il impofïible par nature . Et îi on veut 

dire queplufieurs deferiptions fe peuuent donner d'vne mefme chofe: 
il eft bien vray 3 mais cent deferiptions ne fçauroient efclaircir 1 eflenec 
ny la nature delà choie . Toutefois la faute, en termes de droicr,eft plus 
notable,&mefmes en matière deMagiftrats & officiers, quieftl'ouuer- 
ture du droict- où les Iurifconfultes commencent:car la principale mar- 
que du Magiftrat,qui eft de commander, y defaut.& tous lieutenans de 
Magiftrats cognoiifent, & prefidenteniufticc,&auiîege de iuftice, Ôc 
toutefois ne font point Magiftrats: & quant aux Euefques,ils ont iuge- 
ment public,&fiege en iuftice, &cognoiiTànce corne les anciens Pon- 
tifes, & les Cadis en Orient, & neantmoins ils ne font point Magiftrats, 
attendu qu'ils n'ont aucun pouuoir de commander,ny de faire appellcr 
deuant eux,ny d'emprifonner,ny d'exécuter leurs iugemens: auiîi n'ont 
ilsny (ergent ny officier à qu'ils puiflent commander, non plus que les 
Cadis de Turquie^ les anciens Pontifes: cela eft tout notoire. & d'ail- 
leurs,.tel a puiilance decommander,qui n'a point de iurifdiction^ny de 
cio'gnôiilahce de caufe, comme nous dirons tantoft . Et qui plus eft,!cs 
commilluires desçaufes publiques extraordinaires députez ancienne- 
ment 



LIVRETROISIEME. * 75 

met parle peuple Romain, que la loy appelle Quœflores parricidij:mo\ct 
comme à prefent les commifîaires députez par le Prince ,puiflance de 
cognoiftrc.preiider eniufticejiugerjCommandcrjContraindre > & tou- 
tefois ils nettoient point Magiftrats . S'il eft ainfi, pas vne des trois défi- 
nitions ne fe peut fouftenir . Et neantmoins il y a vne autre faute,de n'a- 
uoir point diftingué les Magiflrats des autres officiers , ny fait aucune 
différence entreTofficier & le commiflaire • Charles Sigon , qui femble t^uSU^^ 
auoir plus curieufemét recherché la définition du Magiftrat, y a failli en 
prufieurs fortes: car il appelle Magiftratstous ceux qui ont charge pu- 
blique des chofeshumaines,fans faire aucune différence des officiers & 
des comiffiaires , ny des Magiitrats auec les autres officiers > qui ont aufïî 
charge publique : puis il d onne à tous Magiftrats puiflance de iuger,de 
commander, d'exécuter, & prendre garde au vol des oifeaux . Or ilfaut 
que la définition duMagiftratconuienne à toutes Republiques, I'ay 
dit que l'officier eftperfonne publique: ce qui n'eft point reuoqué en 
doute,car la differéce du particulier à l'officier eft, que l'vn a charge pu- 
blique.» l'autre n'en a point . I'ay dit charge ordinaire, pour la différence 
des commiflaires,qui ont charge publique extraordinaire, félon l'occa- 
fîon qui fe prefente:comme anciennement le Dictateur & les commif- 
fairespour informer des crimes donnez par le peuple à larequefte des 
7 Magiftrats. I'ay dit limitée par edit,pour l'érection des charges publi- 7. U-dc origine, 
ques ordinaires,, érigées en tiltre d'office . autrement ce n'eft point offi- 
ce,s'il n'y aedit,ou loy exprefîe. Ce qui a toufîours efté gardé es ancien- 
nes Republiques des Grecs Se LatinSj& mieux à prefent que iamais : & à 
cefte fin les Princes font publier leurs edits es cours fouueraines& fubal- 
ternes desmoindres offices . & en ce Royaume les lettres d'offices nou- 
uellement érigées font iéellees encireverde, &:en las defoyeverde & 
rouge, & le ftile différer, A tous prefcns&aduenir,&c. ayant trair per- 
pétuel: ou les lettres patétes des commiftions font en cire iaune, en (im- 
pie queue de parchemin, & qui n'ont iamais trait perpétuel. Etcobien Ef ii ts & j 01 - x rc , 
que tous les corps & Collèges foientottroyez par le Prince auec char- quifes pour l'c- 
ges limitées à perpétuité comme i'ay dit: fi eft-ce que fi le Roy veut r 
croiftre le nombre du corps & Collège des iuges., ou autres Magiftrats, 
voire des moindres fergés^rieurSjtrôpettes.arpéteurs^angayeurs, &o 
il faut edit exprès qui foit publié\,verifié,& enregiftré. & de fait tous les 
regiftres de la iuftice en font pleins . Quand ie dy trait perpétuel , cela 
s'entend aufïi bien des offices qui font annuels,que pour ceux-là qui les 
tiennent à vie: car l'office demeure toufiours, après qu'il eft vne fois éri- 
gé par edit,quelque temps qu'il foit prefeript à l'officier, iufqu a ce que 
par loix.ou edits. contraires il foit caffé : ores que l'office foit pour dix 
huit mois commelacenfure,ou pourvn an , comme eftoient tous les 
autres offices en Romeparlaloy 4 Villia:ou pour fix mois, corne eftoiét 4 .Liuiusiib. 4 o. 
les Sénateurs de Floréce,lors que l'eftat eftoir populaire, ou pour deux 



CCS. 



1 



trio 



i 

U1US 



27* DE LA REPVBLIQJ/E 

mois,come les fix Confeillers de la Seigneurie qui affiliée au Duc de Ve- 
nize:ou pour vn iour,côme les Capitaines des deux forterefles de Rha- 
gufe, muables par chacun iour . Mais en quelque forte que les offices 
{oient érigez pour eftre charge ordinaire,& publique., il ne fepeutfaire 
fans loy. non pas qu'il foit befoin de parchemin pour eferire, ou de cire 
verte pour féeller, ou de Magiftrats pour publier les edits touchant-les 
érections d'office . car l'efcripmre, le féel , la vérification ne font pas la 

8. inonfigura.de a- loy ..non plus queles autres 8 actes & contradts.ainsau contraire il n'y 
diomb. euc on q UCS loj x pj us fbrtes,ny mieux gardées que celles des Lacedemo- 

9. Piuurch. niens,que 9 Lycurgue défendit d'eftre efcrites.,& pour cefte caufe on les 

appelloit Rhetesdes Athéniens auoient bien quelque forme de prefen- 
ter la requefte au peuple, &c fî le peuple la receuoit elle paffoit en force 
de loy,, qu'on auoit accouftumé de grauer en bronze, & attacher à vn 
pillier. Ainfi quand ilfut queftion d'ériger cent Sénateurs nouueaux en 
Athènes des deux lignées nouuelles,àfçauoir de l'Anrigonide & De- 
t.in Dcme- 1T , etr Jade,la loy en fut publiée au 'peuple . ce qu'on faifoit en l'érection 
de tous autres offices , comme on peut voir en Thucydide,Plutarque & 
Demofthene . Nous ferons mefme iuçement des Magiftrats Romains: 
Dionyf.Hb. 4 .Li- comme l'érection de deux Confuls en tiltre d'office fefift par la loy z Iu- 

u.jshb.z. 1-1 1 t » il i i r 

5.Dionyf.iib.io.Li- nia: l'érection des Tribuns par la loy 3 Duillia. Et quand il fut queftion 
^LiuiusW. défaire l'vn desConfuls roturier, cela fefift parla loy 4 Licinia:&: de- 
puis par la loy 5 Sextia ilfutarrefté qu'ilyauroit vn Prêteur pour tenir 
la iuftice en Rome : & par la loy Cornelia quatre Prêteurs pour Tes cau- 
£cs publiques & criminelleSjOutre les autres ja érigez : ce qui auoit bien 
«.Liuiusiib.40.Fc- e (té fait par laloy 6 Bxbia,maisce neftoitque de deux ans l'vn, & non 

ltus hb. 16. in voce ^ 1 - il 

rogat.i.r.dc origine pas en tel nombre . Ainfi peut-on voir de tous les autres Magiftrats éri- 
gez par les Empereurs qu'il y a toufîours edir exprès, par lequel le teps, 
le lieUj& la charge ordinaire font limitez: comme en tout le premier 
& douziefme liure du Code, & aux edits de Iuftinian , où chacun Ma- 
giftrata fon edit particulier. I'ay misauffien noftre définition ce mot 
de Charge ordinaire., par ce que les mandemensdu peuple Romain, 
ottroyezpar les commifïions & charges extraordinaires s'appelloient 
auffi bien du nom de Loy,comme pour les offices ordinaires, & la char- 
ge, & le temps , & le lieu eftoit limité par la commifïion : ainfï qu'on 
peut voir des commifïions ottroyees aux Dictateurs , qui fe faifoienc 
quelquefois par ordonnance du peuple , comme i'ay monftré cy deC- 
fus : & la commiffion ottroyee à Pompée pour cinq ans, pour mettre à 
fin la guerre Piratique, & auoir commandement fur toutes les coftes, Ôc 
villes maritimes delamerMediterranee,luyfutottroyeeparlaloy Ga- 
binia : & la commiffion pour faire la guerre au Roy Mithridate, luy fut 
d ccernee par la loy Manilia. mais pourtant que cen'eftoient que char- 
ges extraordinaires, on ne peut appeller cela offices, qui font ordinai- 
res, & ont trait perpétuel. Et fait à noter, que le temps fut limité à cinq 

ans 



iuns. 



LIVRE TROISIEME. 277 

ans pour, le plus à la requefte deCatule : afin que pendant ce terme 
Pompée meit fin à la guerre , & qu'il ne la fift durer, pou): èftre touf- 
iours en charge. & fi pluftoft la guerre encore finie, fa corrïiïHlïion expf»- 
roit . par m cime raifon la commifllon d£s4^i&a^étors èftoit limitée à fix 
mois pour le plus : & fi pluftoft ils auoiertt^is'ËrXà lai Charge, la com- 
"miifion expiroit: comme nous auons monftré cy deflus pa* plusieurs 
exêples , qu'il y a eu des Di&rateurs qui n'onYeftéJèh charge qu'vVmois, 
huit ioursjVn iour :;c ! omme on peut 4 - voir de 'lalJïétâUiré de ^Bmylius -t-t»»».**.* 
Mamcrcus, lequel fe demrft voloritàirérnéu quitta fâxhargelé iôu# d'a- 
près qu'il fut dieu Dictateur, ayantiàtisfaitaîaconftt\iffion. Gar autre- 
anenr la nature des commiffions eft telle ^qu'elle nà ny temps ' t ny lieu, 
ny charge qui ne fe piriffe reuoquer: & n'ackiiet cjUafi iamais que le téps 
ibit limité es Monarchies, comnle ilfëfàit es cù.àzs populaires &arifto- 
cratiquesjpour la crainte qu'on a qute |a-commifiion àuec grande puif- 
fànce, ne tire après foy vneoppreffioncîe liberté: comme firent les dix 
commiflaires députez par Je peuple R&main pour corriger les couftu- 
mes anciennes, & faire chois des loix les plus vtiles : leur commifïion 
qui ne deuoit pafïer vntair, eftant ej5pirce 3 fut par le peuple prorogeea- 
uec puiflance abfo lue, & tous les ^UagiftratsiuipencvUS'durant la com- 
mifïion : ce qui leur donna occafion d'empiéter lje#at,&: le retenir la 
troifïefme année par force* Et po ur cela le peupledeflors érigea les offi- 
ces des Tribuns du peuple, gardes de la liberté, pour demourer touf- 
iours en leur office, iaçoit que tousles autres Magiftrats fufïèntfufpen- 
dus parla commifïion du * Di&ateur. A quoyles Florentins ne reme- ^eflusinvcrboo- 
dicrent pas, quâd ils faifoient dix commiflaires de quatre en cinq oublié pomaiege. 
ans^uec puiflance abfoluë; & fufpetïfion de tous Magiftrats, fans prefi- 
xionde temps pour ordonner la Republique, & corriger les abus. Par 
ce moyen les factieux occupèrent Teftat en erTeét, ores qu'en apparen- 
ce ils fiflenc beau femblant de f en defpoiiiller .car la fufpenfion de tous 
Magiftrats donne puifïànce infinie aux eomrnifTaires, &ne fe peut fai- 
re (ans danger,fi ce n'eft en la Monarchie . comme il le fai\ en ce Royau- 
mependant la régence de Charles v. qui députa cinquante Commiffai- 
rcs reformateurs en tout le Royaume, à la requefte des Eftats qui lors 
furent tenus à Paris : pour eftre par eux informé des abus des officiers, 
qui furent tous fufpendus. Etpourentendreplusaifémentla différence 
de l'office & de la commifïion, il fe peut dire aucunement que l'office eft 
comme vnechofe empruntee,que le propriétaire ne peut demader que 
le téps prefix ne foit expiré : & la commifïion eft corne vne chofe qu on 
a par foufrance, & par forme de précaire, que le feigneur peut deman- 
der quand bonluyfemble.c'eft pourquoy tacite parlant del'Empire z .i,b.i 7 . 
de Galba, qui ne dura que trois mois,& quâd on ne l'euft point tué bien 
toft il fuft mort croulant de vieillefle,il dit qu'il auroit l'Empire par for- 
me de co million : IPrecariumfcm imperiû £r breui tranfturum. mais la c6- 

A 



z 7 8 DE LA REPVBLIQVE 

$ni(IiQ@ cft de telle nature , qu'elle expire aufïi toft que la charge eft exe- 
cwcee:o.res quelle ne foit reuoquec,ou que le temps fuft otroy é plus 16g 
que l'execUtionicV neantmoins peut eftre reuoquee toutesfois & quâtes 
-. i. ftqoia de iurif- ^ u ïl pMï Ê celuy qui l'a 7 decernce,foit la choie entière ou non : corne 
dia.& fequent. nousaji.oos môftré çy de (Tu s par l'exéple des Dictateurs. Et à ce propos 
ilyavii ancien arreit de la Cour, extrait duregiftre coté olim. donné 
contre Ies.H.uiffiers enuoyez aux grands iours deTroye,lefquels ne- 
ttoient point du corps de la Courr&neammoins la comiffion des grads 
ioursje.xpiree ils fe portoient pour Huiifiers.,ilfutdit par arreft qu'ils 
nettoient point officiers. le demeure fur ce poin£t,qui femble,pcut 
eftre à quelques vns exercitez aux affaires iàns difficulté (car quant aux 
Iurifconfultes qui ne bougent des .efcholes ils font excufables) & tou- 
£fchinc C & C Dc! tc ^ ol$ ^ es deux plus grands Orateurs de leur aage, c'eft à fçauoir, ^fchi- 
moflhenc. ne & Demofthene, fondoiét en partie l'eftat de leurs harangues,& plai- 
doyer fur cepoin6b.CarCtefîphon ayant prefenté requefteau peuple, 
à ce qu'il luy pleuft faire couronner Demofthene en plein théâtre dvne 
couronne d'or, pour les mérites enuers la Republique, &mefmcment 
pourauoir vaqué à fortifier les murailles, & autres places fortifiables de 
la ville d'Athènes.: y£fchine. empefcha l'entérinement de la requefte, & 
pourfes caufes d oppofition difoit,que par les ordonnances il falloit au 
preallable rendre compteau peuple, comme tous Magiftrats eftoient 
tenus . Demofthene ayant pris la caufè refpond ., que l'ordonnance ne 
parloit que des Magiftrats: cV que la charge de fortifier, & reparer les 
murailles neftoit point Magiftrat, ains feulement vnefimplecommif- 
fîon, qu'il dit en fon vulgaire,opc ^^uumoj ^''GntAteicwZtcL^wj 0^&w>- 
tièt», ce que les Latins pro prement appellenrC«ra//0,c'eft à dire,commif- 
fion . Il ne fe faut pas efbahir fi Demofthene a feeu bien diftinguer, & 
mettre la différence en lacommiffion & l'office, ce qu'Ariftoteacôfon- 
s. iàemvAw*- du par tout. Aufsilvn auoit toufiours manié les affaircs:rautre,dit 8 Laer- 
Z7^ZZIZ ce, ne f en eftoit iamais entremis . C'eft pourquoy Nicolas Grouche, & 
vocat phiiofophos Charles Sigon pour n'auoir entédu la différence de l'office & de la com- 
ble, million, fe font fi fort trauaillez par répliques & dupliques, fans pou- 
uoirfortir des contrarietez qu'ils ont pofé fans propos, & qui fèroient 
longs à réfuter par le menu . mais i'efpere que le tout fera bien efclarci à 
celuy qui aura leu ce liure . Icy, peut eftre,dira quelqu'vn, que les Com- 
miffaires de Chaftelet, &des Requeftcs du Palais font officiers: com- 
ment fe peut-il donc faire que l'office & la commifsion ne foient tout 
vn: A celaie refponds,que d'ancienneté cen'eftoientque (impies com- 
mifsions, qui depuis pour l'vtilité qui en refultoit furent érigez en fil- 
tre d'offices ordinaires & perpétuels, demeurant neantmoins le pre- 
mier nom de Commiflaires par abus, ou pour l'honneur delà Cour,qui 
cognoift des appellations intergettees deleurs iugemens: & qui leur co- 
mettoit anciennement la cognoiffance qu'ils ont à prefent . car fi ce n'e- 

ftoient 



LIVRE TROISIEME. l 79 

ftoierit cncorcs que (impies Commiflaires delà Cour, elle pourroit les 
rcuoquor, ce que le Roy mcfmes ne peut faire, (mon es crois cas de l'or- 
donnance de Loys xi. comme tous les officiers de ce Royaume. Non 
pasquclacomnulfianfoit incopauble auec l'office, carlaplufpartdes 
c.onutttflions ne fadixflent fin on aux Magiilrats , mais l'officier ne peut 
efire Comnatilaire en qualité d'officier, pour la mefme charge limitée 
parfoii office. Car les commiffions,qu'on appelle excitatiucs, adreflant 
au x orrtcicr.spour chofe qui eft de leur office, ne font point propremét 
coaimiilionSjfile 6 temps ou le lieu n'eft altéré par la commilfion-.come <f.i.i.devariiscogni. 
de iuger.ksjdernicrs proccz,& laifler les premiers^par ce que le temps, 8c quTVroauworSÎ 
l'ordre poçté parles edits eft altéré parau&orité du Prince ou du Maçri- P r . inci P-. Je p«>eur. 

*»Y •> I r t? Lafrac.in repet. ca. 

ih*ar,alor.s:c , ellcommi{lion..Or la dinerence eft fi notable, que les 7 lu- quoniamcoiura. de 

• Ai Vi • r v en > j r ■ ' r r P r °bar. dd.ln 1.& 

niconlu}restjcnnent,queiilotticier a luge du tait porte parla commil- cuia.deiufiqiia.Ee- 
fionen qualité d'officier,leiugementeft nul. mais celaf'entend dechofe fiioSin. AngcUô- 
qui ne touchoit point Ton office . car ('il y a concurrence de la commif- f^ Io Alu1r . Pa . 
iion ex-cicatiuc,aucc la charge portée par l'ereclion d'office, la cognoif- »or.Fcim cardinal. 
lance ordinaire eit préférable a la commi{iion,toutamli que la qualité «fe^sfeiipr-m. 
de l'officier eft préférable au Commiffaire: & les actes des officiers plus 
afleurez que des Commiflaires : & par ainfi en telle concurrence, fi l'of- 
ficier commis en chofe qui eft de fa charge, n'a point déclaré en quelle 
qualité il cognoiffoit,i'a6tefera pris comme del'officier,afin qu'il foie 
plus 8 ferme ôc plus fiable . iointauffi que les commidlôs & charges ex- JSïïjôdwiïn* 
traordinaires font odieufes.fi ce n'eft pour cognoiftre des abus des offi- ^ï 1 . .™"! v & , ibi 

^ v 3 l O h dd.Bald.inl.fi miles. 

ciers,comeilie faitaVenizedecinq ans en cinq ans, 6V a Gènes tous les dereiia.miiic.Feiin. 

s lr y r J r- - TT • CL J 1 ind.cap.cumexof- 

ans, ou les Syndics lont.deputez Comiliaires,pour cognoiltre des abus ficij. 
cômis par les magiftrats 8c officicrs(cequieftoit ancienneméten Athè- 
nes attribué à certains Magiftrats ordinaires) ou pour décider les procez 
multipliez pendât les guerres ciuiles, comme fift Vcfpafian l'Empereur, 
ainfi que ditSuetone: ou bien pour cognoiltre des chofes qui touchée 
lapluipart des officiers, ou bien tout vn corps 8c collège: en ce cas les 
confinions font necefTaires.&mefouuient que le Roy Charles i x. ayant 
décerné fes lettres patentes l'an m.d.l x x. pour la reformation générale 
des eaues ckforefts deNormandie, qui tiroit après foy la cognoilîance 
du plus beau de fon domaine,les Prcfidens 8c Confeillers du Parlement 
de Rouan furent interdits d'en cognoiltre, 8c cobien qu'ils enflent re- 
mué ciel 8c terre pourempefeher l'interdictio, C\ eft ce qu'en fin ils lac- 
corderent,apres que ie leur eu prefenté les iuffions rcïrerees, 8c que ie te- 
noisenprocezxxi i.Confeillers,& le premier Prefident à partie, pour Toutes fortes de 
lescasrcfultans delà commiffion :8c tout le corps de la ville de Rouan, comiw 10ns * 
pour les droicls qu'ils prctendoiét contre le Roy,& que c'eftoit la cail- 
le pour laquelle l'auois obtenu l'interdiction. Mais pour efclarcir brief- 
uement toutes les fortes de Commiflaires :foit pour le gouuernemêt de 
prouinces,ou pour la gucrre,ou pour la iuftice,ou pour les finances,ou 

A ij 



!8o DE LA REPVBL1QJVE 

pour autre chofe qui concerne l'eftat, nous dirons que les commiflîons 
font émanées du Prince fouuerain, ou des magiftrats, ou des commif- 
faires députez par le fouuerain.les Commiflaires font officiers ou par- 
ticuliers . fî la commiflion fadreffe aux officiers, ou bien c'eft chofe qui 
leur cil attribuée par l'érection de leur office., ou qui ne leur appartient 
point. Et en quelque forte que ce foit ou à l'officier, ou bien au particu- 
lier , la commifTiô eft décernée pour cognoiftre & pafler outrepar def- 
fus lappeljOU pour déférer à l'appel deuoluauPrince fouuerain,fi la cô- 
milfion eft émanée de luy, ou aux Magiftrats nommez parla commif- 

5 .i.:uumcc.dc iudic. f] on:ou bien lecomhTaire eft délégué par celuy que le 5 fouuerain ade- 
puté, comme il eft permis quelquesfois par lacommiffion, pour l'in- 

rauthf nt. aàhsc d= ft ru fti on des afEures ou des procez, iufques à fentence 9 diffinitiue ex- 

îudic.Ccap.vtdebi- l Ji 

ms.de appcKcap.fu- clufîuement ou incluiiuemét,{auf l'exécution fil en eft appelle, ou bien 

pcrquarftionum.de , „ mfr , r nii- i •» r n • n t r • 

offic. d c :eo«. io. lesComidaires ionteitablis parles Magiitrats, pour cognoiitre du fait 
cn:n BaxroSus" de" ou du droi£r,ou de l'vn & l'autre enfemble^fans aucune puiflance de cô- 
rciudicpoftinnc- ma nder,ou auec pouuoir &commandemét. Ceftediuifîonferappor- 

centium & Holtien- } , I . fi 

fcm. Bircoi.ini..T.o- re a tous Comiflaires en quelque forme de Republique que cefoit. Gela 

rc.deinrifd.Anhcr. . „ A , * * M £"• J 1 © 1 

indecif. capeL To- le peut voir en 1 eltat des Romains,ou lerait de la guerre, & le gouuerne- 
ment des pays & prouinces nouuellement conqueftees appartenoit 
aux magiitrats & officiers ordinaires , à fçauoir aux Confuls, Prêteurs, 
Quefteurs . Mais lors que l'Empire des Romains fut eftenduhors l'Ita- 
lie, alors on commença à députer des Commiflàires pour gouuerner 
les prouinces au lieu des magiftrats ordinaires: qu'on appelloit Pro- 
confuls.,Propreteurs,Proqueiteurs: c'eft à dire, commis ou lieutenans 
des Confuls, des Prêteurs, des Quefteurs. comme on peut voir en Tite 
x Liue,lequel parlant de Philon,quifut le premier ProconCu\ 3 4flum cum 
Tribunifflebis eft ad populum fermât cum Philo confulatuabiijjet.pro Qonftile 
rem gèrent. & telles commifïions eftoient leplusfouuentparfoufrancc 
du peuple ottroyees par le Sénat, à ceux qui auoient fbrti de leurs offi- 
ces :lefquelsfaccordoient enlemble pourlegouuernemét des prouin- 
ceSjOuf'ilsnepouuoient tomber d'accord, ils gettoientaufortjcequ'iîs 
diioicnt , Corn parure inter fe , autfortiri.fi ce n'eftoit que la charge & 
commiflion fuft de telle confequence, quelle méritait eftre décernée 
fans fort, à quelque grand capitaine que le Sénat nommoit : ou il y a- 
uoit brigues & factions, le peuple ottroyoit la commiflion à la reque- 
fte des Tribuns : comme il fe fift à Scipion l'Africain , auquel Iepeuplc 
ottroya la commiflion pour faire la guerre en Efpagne & en Afrique, 
& par ce moyen faire quitter l'Italie aux ennemis. Et femblable commif- 
fion fut ottroyeeau capitaine Paul v£myl, fans getter au fort pour faire 
la guerre contre Perfèus Roy de Macédoine :&c à Pompée contre les 
Pirates,& contre Mithridare. & le peuple pouuoit nomer qui bon luy 
fembIoit,iaçoit qu'on euftgetté au fort,ce qui n'aduenoit pas fouuent: 
car ordinairement on gettoit au fort, ceux qui auoient efté l'année 

prece- 



LIVRE TROISIEME. 281 

précédente Confuls, Prêteurs, &Queftcurs. & d'autant que la charge 
défaire laguerreà Mit liri date tomba par ibrt ci Sylla.,Marius fu borna, 
vn Tribun du peuple pour la voiler à Sylla,afnn qu'il l'emportaft. qui 
fut caufede la plus cruelle, &fanglante guerre ciuile qui fut onques. Et 
en cas femblable pourle fait de la Iufticc, quand il eiloit queftion de 
quelque cas énorme, le peuple ottroyoit la commiflion au Sénat, & le 
Sénat commettoit quelques vus de fon corps, non feulement pour Tin* 
ftruclion, ains aufïî pour faire cV parfaire le procez . comme il fe lift du 
Prêteur L.TubuIlus luge des meurtres, quiauoit commis tant de con- 
euffions, que le peuple Jaiflant la voye ordinaire., & les magiftrats à qui 
en appartcnoitla cognoiflance,renuoya le tout au ! Sénat parcommif- I .ciccroiib.i.dcfî- 
fîon extraordinaire: & le Sénat députa Cn.Scipionpourleiuger.com- mb - 
me en caspareil quand il fut queftion des ports d'armes, & meurtres ad- 
uenus entre les liabitans de Noncer, & les Pompeians, l'Empereur Né- 
ron donna la commiflion au Senar, & le Sénat députa les x Confuls. vTacitJib.!* 
Quelqucsfois le Sénat fans commiffion du peuple, & comme par main 
fouuerainedonnoitCommiiTaireSjfile cas dont cftoit queftion, auoit 
elle commis en Italie hors le territoire de Rome: comme chofe appar- 
tenant au Sénat ^priuatiuemcnt à tous autres, ainfî que dit ° Polybe, o.iib. dcmiikanac' 
comme il aduint d'vne volerie cftrange, & meurtre cruel, duquel par- c^m^ Kp ^' "\ 
le Ciceron au liure des nobles Orateurs, où il dit que le Sénat dépu- 
ta les Confuls pour en cognoillre. Or il appert par les exemples cy 
detîus déduits,, que les CommiiTaires députez par le fouuerain,foient 
magiftrats ou particuliersjpeuuent 3 commettre, f'il n'eft expreffément j.i.a iudke.de iudic. 
défendu parla commiflion: ou qu'il foit queftion ) del'eftatenlacom- i.Baid.ini.i.deiure 
million : comme les Ambafladeurs, ou députez pour traitter paix^ ou JSSS'Se'^edb 
alliance ou autre chofe femblable. ou qu'il ibit queftion de la vie, ou de impei-aton.c. 

... , . - ni j m • t^ • \>t i-U.dc otti. cuis cm 

1 honneur de quelqu vn :.qui elt le cas de Papiman . Depuis 1 hmpe- mandata. 
reur Iuftinian ordonna par forme d'edit 4 perpctucl 3 que les commif- î£.cap.fu P «qBçr 
faires députez par le fouuerain ne pourroient commettre que Fin- £^p,i e a mSn& 
flrudtion des procez, & q u 'ils coenoiftroiét du fait, f'il en eftoit appel- ibl s !o - de «fc«pr. 

■*■ 1 • \ 1 1 r ni -11 -n-- Io.Andr.&Panorm 

le. Mais pour obuier atouts le plus leur elt de reigier lesCommnlaires cap.cum B«toiduj 

par la commiflion, comme il le faites Republiques bien eftablies. Et 

combien qu'on peut faire pluiieurs queftions, touchant les commif- 

fions d.ecernees,tant parle Prince fouuerain que par les magiftrats,tou- 

tesfois ie n'en toucherayquedeuxou trois qui font neceflaires d'eftre '• l n i uis j hcui § * 

J i 1 monc.iTunctac. 

entendues par ceux qui ont lemaniement des affaires, foit en srierre ou 6 - i-fadicium foiui- 

l . rr , l ,. r , ° .. tur.de îudiois. I.& 

en paix. Laiiiant donques toutes diiputes pour abréger, nous dirons cjuiadcinrifdia. 

1 • rc n" r 1 ■ P • v f • 7.Panor.Butiio.Do- 

que la commiliion celle, 11 celuy qui 1 a ottroyee vient a ? mourir , ou minier Fdin. in ca . 
qu'il reuoque 6 la commi(lion:ou que le Commifïaire pendant fa conv JSÎSpS'Sl 
million obtiene office, ou magiftratefgal à celuy qui a décerné lacom- oogat.de rcicript. 
rniilion.Orlareuocation cxpreire.porcee par lettres du 7 Princc,touchc 8. cap.duAim.ca'p 1 . 

/f 1 • 1 8 ■ ■ r 1-t^.. 1" pcnul.de prxbend, 

auili bien les ignorans, comme ceux qui en iont.aduems. ht combien {&.*. 

A iij 



28i DELAREPVBLIQVE 

que les actes du commiffaire qui eft ainfi reuoqué, au parauant la li- 
gnification à luy faicte, tiennent pour le regard des particuliers, enuers 
lefquelsle CommuTaire a exécuté fa commi(Tion,&me(memét fils ont 
procédé volontairement Cachât bien, quant à eux, que la commiffion 
eftoit reuoquee : toutesfois enuers les autres, les actes du Commiflairc, 
9 . cap.cxiitcm.de depuisla reuocation 9 n'ont point deforce,parla ' rigueur de droi£t:& 
BwritjmoLPMor. ncantmoins la railon équitable veut qu'ils y (oient tenus,iufqucs-àce 
Fcim.ina.cap.cictc- qu'ils ayent eftéaduertisde la reuocation . Car tout ainfi que leCom- 
i.imoia.tn fcap.cç- miflaire n'apoint depui(Tance,iufquesàcequ'ilaitreceu & x accepté la 
STcanlm dcciûo. commiffion : aufli la commiffion dure., fi la reuocation n'eft fignifiee: 
A°Xïia^!urcap] ou du moins que le CommifTaire fçache qu'il eft reuoqué . Ccft pour- 
ra" fonfd^tffif*. 4 llo y ' Cel(usdifoit,quelesa6tes dugouuerneurdeProuince,fontboj 
pnfid.rT. & valables,fi le commiflairenefçait qu'il eft rcuoquéiquoyquele Pape 

S uaiiccr.dc aceufat. * Innocent luit d aduis que cela n a point de heu, quand il y va delnon- 
"Banoiini. Barba- neur,ou de la vie,& qu'il (bit iuiuy de plufieurs,' fi eft-ce toutesfois qu'il 
rius deoffi. prartor var ^ « d'opinion . Et combien qu'il fuft Pape & Prince fouuerain, 6c 

nu.iS.Romaa.inlis * JT T x * 

cui.de vcrb.obiig. fçauanc Iurifcomulte, fi eft- ce qu'il déclara qu'il ne vouloit pas qu'on 

Cardinal. cormLn;. » , n v ,., ■ r ■ r-\ » » «P 1 « Il 1 1 

Roman.finguUo. ('arrertait ace quil auoit elcnpt, ni n y auoit railon bonne & vallable. 
« conqucftionc a dc Mais pour ofter toutes ces dirricultez anciénes,les fecretaires d'eftat ont 
iSco fp fc "it A £ accouftumé d'apofer aux commiffions, & prefqu'en tousmandemens, 
cap.3.dc probaccxt & lettres patéteSjCefteclaufe D v iovr de la signification 
de ces près ente s. qui eft & doibt eftre entendue, ores qu'elle 
fuft omife; Voila quant à la reuocation exprefle. Aufti fînift lacommif- 
7 .!.&qHîa.dciuiif- fion par 7 la mort de celuy qui l'a ottroyee, foit Prince ou Magiftrat, 
irncîi? Hoftienf. Pa- pourueu toutesfois quela chofe foit entière rautrementle Commiflàire 
nfcdSclïkAn- peut continuer ce qu'il a encommencé fans fraude . car combien que le 
gciin Li.dc mriidic. ÇommifTaire nefuibpasaduenidela mort du Prince par dénonciation 
imer.i.ficjuisaiicui. exprefle, neantmoins qu'il feeuft bien cftât leschofes entiercs^ilnepeut 
^.man atum. g ^_ entreprendre. Quand iedyia chofe entière, cela fentend qui ne fe 
rom&i 1 fi U cgo":'. peut laiiTer fanspreiudice du public,ou des particuliers . comme en ma- 
dciuredot. t i crc deiuftice, fi les parties ont contefté,la chofe n'eft plus entière , ains 

. . les commiflaires peuuent & doibuent paracheuer ce qu'ils ont corn- 
ai, venditor.de m- . r . r ri 

dic.cap.i.de offic.de rnence.,ioit que le Prince, ioit que Je Magiltratles ait commis, ou en 
d?îudi. T ' CspU 1 termes de guerre, fi la bataille eft rangée deuant Pennemy., & que la re- 
traittene ic peuft faire fans péril euident, le Capitaine en chef ne laiilèra 
pas à donner la bataille, après qu'on luy aura fait fçauoir la mort du 
Prince. Toutesfois les commiffions émanées du Prince, ou lettres de 
comandement, font en cela différentes des autres lettres Royaux^qu'on 
appelle lettres deiuftice , car celles cy demeurent en leur force & vertu: 
les mandemens expirent après la mort du Prince . neantmoins le Prince 
nouueau peut auoir pour aggreable & ratifier (comme il fait fouuent) 
les actes de ceux qui ont continué la chofe entière aprcslamortdefon 
predeceffeur : ce quelesmagiftrats ne peuuent faire enuers les cômùTai- 

res 



LIVRE TROISIEME. i$ 

res bâillez par eux : caries ratifications, en terme deiuftice.,ne font ia- 

mais l reccuables . Or ce que nous auons dit des commiflaires.na point offi obf r™onfur&1n 

de lieu pour le regard des officiers: car leur puiflance ne finift point «p.«partcdccani. 

.1 j r» • » 1! r • -r derefcnpt.ext.Mo- 

pour la mort du Prince .-ores quelle loit aucunement tenue en lou- îin.inm. decenfib. 

{• o C C 1 '• r v '\ 1 1 inconfuct. Parif.t 

rrance, & comme lulpendue, îutques a ce qu ils ayent lettres du nou- Jx . gio.i.nu.131. 
ueau Prince, ou confirmation d'iceluy pour continuer en leurs offices. 
Et pour celte caufe le Parlement de Paris après la mort du Roy Loys x i. Arrêta différais 
ordonna que les officiers continueroient en leur charge , comme ils p" ri f & de Vo- 
auoient fait auparauant, attendant la refponfedu nouueau Roy :fuy- loufc. 
uant vn ancien arreft donné au mois d'Octobre m. ccc lxxx i.en 
cas pareil. Auffi le Parlement de Toulofè après la mort de Charles vir. 
en ordonna autrement que le Parlement de Paris., c'eft à fçauoir qu'on 
ne donnerait audience, ny arreft iufques à ce qu'on euftlettres du nou- 
ueauRoy.neantmoinsl'ilfuruenoitafïaircs,quelaCourt y procéderait 
par lettres & commiffions intitulées, Les gens tenans le Parlement 
Royal de Toulofe , auec le feel de la Cour fans faire mention du Roy. 
mais d'autant que le Roy venant par droit fucceffif vfe de fa majefté au 
parauant qu'il l'oit facré, comme il futiugé par arreft du Parlement de 
Paris, le x î x. Auril. M.ccccxcvni.il n'appartient pas aux officiers, 
ny aux Parlemés,ny au Sénat de procéder en autre qualité que d'officiers 
du Roy, & foubs fa puiflance Jettres, nom, & feel : ce qu'ils pourraient 
faire eftant le Royaume eledtif, comme ilfe fait en Polongnc &Dan- 
nemarc. Et neantmoins il eft rout notoire,que les commiffions & char- 
ges de commiflaires expirent après la mort du Prince, foit qu'il vienne 
par droit d'eledtion ou de fucceffion . En quoy plufîeurs fe font fore 
trauaillez pourchercherla * raifon, & en fin fe font refolus & accordez *-J iL , | nca P-fîn ^ 

• n * n M l rr r r il i "m.dclcg.&jncap. 

en ce poincr,que celt d autant que les orhees lont rauorablcs, & les pum eod. Ban.in 

*. rc \- r I • 1 1* -l i» m deludic.Cuneus. 

commiflionsodieules:oubien que lavoye ordinaire, comme ils di- Aibenc caftrenf. 
fenteft fauorable, la voye extraordinaire odieufe . ce qui ne peut auoir Xfmei}^^ 
lieu, foit pour la punition des crimes, qui eft le plus fouuent extraordi- 
naire^ la plus fauorable : foit pour la faueur des perfonncs,ou des faits 
qui méritent qu'on vfe de la voye ' extraordinaire . Les autres ont pen- j.i. idcvanisice*- 
fé que c'eft d'autant que le Prince ne meurt point : ce que nous auons re- tJ 
futé cydeflus:iointque cela ne peut auoir lieu es Royaumes qui vien- 
nent par élection, combien qu'anciennement en ce Royaume mefmes, 
le Prince neftoit point appelle Roy deuant qu'il fuft facré, comme du 
Tilletaremarqué. Dauantagefî celte raifoneftoit receuable,il f'enfuy- 
uroités Republiques populaires & Ariftocratiques, que les commif- 
fions feraient perpétuelles, car le peuple ny les îeigneurs en corps ne 
4 meurent iamais,fils n'eftoient tout à coup exterminez. Mais la rai- . 
fonde ceftediuerfîté prouientde ce que les offices font perpétuels, ou dciudic 
pour le moins ont toufiours temps limité, &font fondez enedit auec 
puiflance de continuer la charge: où les commiffions cefTent, eftant 

A iiij 



284. DE LA REPVBLIQJ/E 

la charge exécutée & n'ont aucun appuy de loix, comme nous auons 
dit . Car quant à l'arrelt de la Cour qu'on met en datte du v 1. Octobre 
m.ccclxxxi. par lequel il fut dit, que les mandemens Royaux font 
de pareil eifecl,apres que deuant la mort du Roy., cela fentend fi la char- 
ge efl: commencée à exécuter . Et parainfî quand l'office eft annuel, file 
Prince meurt deuant l'an, l'officier neantmoins paracheucral année de 
fon office : ou Pilelt perpétuel, il continuera tant & Ci longuement que 
la loy luy permet : par ce que l'office ne dépend point d'vn fimple man- 
dement reuocable, ou d'vne charge qui ne peut recommencer : ains il 
cil appuyé fus vnc loy reccuë, publiée , vérifiée , enregiftree : de forte 
que l'office ne peut eftrcfupnmé que par edi&,& loy contraire .-com- 
me quand il fut queition de fupnmer les Tribuns militaires, qui a- 
uoient puiffance confulaire, cela fc fift par la loy Licinia. & quand le 
cinq& fixiefme prefident du Parlement de Paris furent mprimczlan 
M.D.xLiin.cela fe fin: par edicl exprès, comme on peut voir aux re- 
gistres faits au temps du Pv.oy François liure v. fol. lxx xxv. verf. & 
fol. l xx xx ix. par edicls particuliers, tout ainfique par edicl gênerai 
fait par Charles 1 x. à la requefte des eflats d'Orléans m. d. l x. to.us offi- 
ces érigez depuis la mort du Roy François furent fu primez. Et qucl- 
quesfois grand nombre d'officiers font érigez tout à coup : comme par- 
odie! publié en Parlement au mois d'Auril m. d. x 1 1 1 1 1. on érigea 
foixante fergens . & les iuges criminels furent érigez en tout le Royau- 
me par edicl: de l'an m.d.xxvii. Cela elt fi eftroittement gardé en ce 
Royaume, que mefmes les clercs du Greffe de Parlement furent érigez 
en tiltre d'office par edicl: exprès, & depuis fuprimez par autre edicl à 
l'inftancedu Greffier en chef au mois de May m.d.x L1111.& mefmes 
il fe trouue es registres de la Cour ereclfon en tihre d'office d'vn lan- 
gayeur de pourceaux par edicl exprès, vérifié au.mois de Juillet l'année 
mefme. Aufîi les fueccifeurs en l'office érigé par edicl., n'ont plus de be- 
foin de nouuel edicl, ny de lettres à cire verde . Et pour celte caufejes 
commiffions du Prince addrellees aux officiers en qualité d'officiers, 
5. Bart m 1. termina- continuent s en leurs fuccelTeurs : ce quine fepourroit faire fi lacom- 
cxly u cpan^r.m rniflion f addrefibit enleur propre & priué 6 nom, pour le chois exprès 
cap.i.quodmctus. q U ' on fakdes perfonnes.Encoresy a il d'autres différences entre l'offi- 
am.deoffi.adeg. c ier &: Je commiflaire, d autant que la puiflance des officiers outre ce 
cesdefoiu. qu'elle efl ordinairo,eft toufiours plus auclorifee & plus eftendue que 

lacommifTion.c'eil pourquoy les edicls& ordonnances laiflent beau- 
coup de chofes à la religion de diferetion des magistrats, qui * plpycnt 
de interprètent equitablement les loix. félon l'occurrence & l'exigence 
des cas qui fe prelentent. mais lescommiffaires font bien autremet obli- 
gez de attachez aux termes de leurs commiffions : & mefmement où il 
eftqueftion des affaires d'eftat : comme es charges ôe commiffions des 
Ambaffadeurs, ou députez pour negotier entre les Princes, les com- 

miffaires 



a.l.penuk.deiuftitia. 



LIVRE TROISIEME. 285 

miflaires ne peuuent pafler vn feul traict de la leçon qu'ils ont par efcrit* 
fi celte claiiie (qu'on mec fouuent es charges ôc initructions des Am* 
baflàdeurs, & députez pour traitterauec les Princes) n'y eit appofee, 
c'eft à lçauoir , Selon les personnes^ qu'il verra le* 
matières difpofees, r p ouïra adiouiler ou diminuer à fa créance , félon fa 
prudence & difcretion.qui eit femblableàla claufède laquelle parle 
l'Orateur ^(chines, au plaid oyé qu'il a fait pour la defenfe de fa léga- 
tion, où il dit, que celte claufe inieree en la commhTion des Ambafla- 
deurs , Qy/ilsfacent tout ce qu'ils verront eftre au profit public, cela.dit 
il , ne l'entend pas des charges fpeciales . Auilî la claufe que i'ay dit ne 
feitend pas aux obligations cVrefoludons principales des traittez, ains 
aux accefloires de moindre importance : comme fil elt queftion de 
tranfiger,ou quitter quelque droict, cela ne peuuent ils faire fans man- 
dement fpeciahveumeimemécqu es moindres affaires des particuliers, 
vn procureur ayant mandement gênerai, aucc pleine & entière puiflan- 
ce,nepeutneantmoinsrien donner,quitter,aliener,tranfiger/ ny defe- 7.1. contra. $. vit. de 

r 1 r N r r ' 1 J~ • i 1 pactis. I. uanfaclio- 

rerjny rerercr leierment a perlonne,ians charge Ipecialc: beaucoup nis.de traKfac.i.mS- 
moins fèdpibt-il faire éscholèsqui touchent le public, &mefmement datodc P rocilratl - 

1 L 3 procuratortotorum 

qui concernent l'eltat : com bien quef'il parle fa charge le tout fepuif eod.i. iufiuiâdum §. 
i c » -r • i jr 1 j 1 • vlr.de1ure1uran.l5. 

le conhrmer par ratihcation,pour le regard leulement de celuy qui ra- deacccptii. 

tifie. Et iaçoit qu'es affaires des particuliers, celuy fe peut dire auoir daS mhJr.ïbî 

9 bien & deué'mentexecuté fa charge,qui a mieux fait qu'on ne luy auoit J^ÏSwkSS 

dit: fieft-ce qu'aux affaires d'eltat cela n'a pas toujours lieu: & le fol- guu.vic. adMacc- 

1 1 •• 1/11-11 11 do.C. 

dat qui a combatu, ou le Capitaine qui a donne la bataille contre la de- *.i.fiquismihibona 

£• /' n 1 r ■ r> ' 1 1 »-i / 1 • n • Ç.fedfimandauitdc 

enle a luy ratdte mente la mort, ores qu il ait emporte la victoire: acquk.h«ed. vM 

comme fift bien cognoiftre Papyrius Curfor Dictateur au colonnel JSÎ^ifctaw 
delà cheualerie, qui auoit tué xx.mil des ennemis. fans auoir perdu deiibcran.i.j.i.fide- 
centfoldats, contreuenant auxderenlesqui luyeltoient raictes. Autli 1.1.3 de remiiit. 
Cefar * parlant d vn fien Capitaine nommé Syllanus, dit qu'il lift bien 1,> 
& fagement de ne donner la bataille, ores qu'il fuit certain d'emporter 
la victoire : par ce que, dit-il, ce n'eft pas au Capitaine de palier par def- 
fus les defenfes à luy faites. Et tant fen faut qu'on doibue rien faire 
en matière de guerre contre les defenfes, que melmes le Capitaine lieu- 
tenant d'autruy ne doibt donner la bataille , fil ne luy elt expreffé- 
ment commandé. qui futlacaufeque le Comte d'Aiguemondfut en 
danger, & eut vne reprimende d'auoir donné la bataille au Marcfchal 
de Termes, bié qu'il euft eu la victoire: parce qu'il auoit iouéau hazard 
tout l'eftatdu bas pays fil euft perdu la bataille. Mais ce dernier poinct 
f'entend des capitaines qui n'ont point de charge de commander en 
tiltre d'office . car l'officier comme le Conful , le Conneftable, le Capi- 
taine en chef, érigé en tiltre d'office, pour auoir plein commande- 
ment fus l'armée & faire la guerre, peut en vertu de fon office, &: fans 
attendre mandement fpecial,faire la guerre aux ennemis declairez, les 



iU DE LA REPVBLIQJE 

pourfuiurc, donner la bataille, afïicgcr, cVprcndrcf'il peut les forteref- 
îes, & diipoler de l'armée à fa dilcretion :hl n'y auoit defenfesparticu-r 
hères du fouucrain, par lcfquelles fa puifiance full iufpendue . mais 
ayant pris les places fortes, ou les chefs des ennemis 3 il ne des peut ren- 
dre (ans mandement ipecial.Vray cil qu'es Republiques populaires 
ecs poiuvh-iey ne font pas , auffi ne peuuent ilscltre gardez àia rigueur: 
ai as fouuGnt il adulent que les capitaines difpofènt des plus grandes 
affaires, ce qu'ils ne pourroient faire en la monarchie : pour la difte^ 
renée qu'il y aid'auoir l'aduis & volonté d'vn Prince, ou d'vn peuple: 
d'vn homme ou de trente mil: comme on peut voir à tout propos en 
Tite Liue : où les cornmiiïions elloicnt décernées bien fort amples: 
comme en la guerre contre les Hetrufques, on donna toute puifian^ 
5 Luùusiib.io. ce à Fabius. 3 Qmniumrcrum, dit- i\ 3 arbiirium, & àjenatu > & apopulûj & -a 

4 . mais 1 .31. collega Fabio Confnli pçrmiffum. <k en autre, 4 mitio liberum paris > acbeïïi ar<- 

bitriurn permijjum. Et toutesfois encorcs gardoient ils celle différence 
entre les officiers & les commifiaires : que les Confiais, Prêteurs, •& au- 
tres ayans pouuoir de faire guerre en vertu de l'office, eiloient aduouez 
de leurs actions fans autre ratification, fils n'auoient entrepris les cas 
concernans la majeflé.,que nous auons cottezey deflus : mais fi les com- 
miflaires pafioient leur commiiTion,il eftoit necefiaire de faire ratifiée 
leurs actions : comme Pompée ayant eu la commiffion contre Mithri- 
date paffabien plus outre, & entreprint la guerre contre plufieurs au- 
tres peuples: donnant ôc oilant les Royaumes, eftats J & villes par lu y 
conqueitees à qui bon luy fembla. & combien que le peuple ne vou- 
luft rien cailèr,ny reuoemerdes chofespar luy maniées, toutesfois a- 
près fes triomphes il fi il plufieurs fois infiance au Sénat d'auoir pour 
agréable ce qu'il auoit fait: & d'autant que le Sénat en faifoit difficulté^ 

5 . Dio.piutarinP5- ' vfant de longues remifes enfon endroit, il prmt alliance en la maifon 
r cl °* de Cefar, pour fc fortifier Tvn l'autre contre ceux qui les voudroient 

rechercher, car combien qu'il eu(l commillion générale, & en ce cas 
que le tout fuil àfadiicretion, h eil- ce ncantmoins que la claufe gène- 
raie des commiilions, fe doibt régler en lone qu'on face le profit de la 
Republique: mais cela n'emporte pas puifiance de rien faire au dom- 
jaVVT focuntor 3 ma g e à u public : ce qui ne feroit pas 4 mefm e permis au fait d'vn parti- 
dccondit.iadeb. culïer, qui auroit donné charge générale . car ces mots portez parles 
commifiions.foient çouuerneurs, capitaines, iug-es, ou ambaffadeurs. 

j.l.invcnditione.ç. J *> F 1 - v l ° 1 / r 

de remporc 1. hac A la d i s c R e t i o n, a l a prudece,a ia volonte,ou autres iem- 

vcnditio.de contra- 1 1 1 1 r " T v l> J'1 f J I • o 

hcn.empt.i.creditor biables,tc rapportet touliours a I examen d vn homme de bien &en- 
«ujïdd^EmS- r ^ cr : & ^ a moindre 6 faute peut eilre recherchée, mefmement quâd il efl 
âit ; , quellion del'e(lat,ou de notable inrereftau public: car 1 Vno race n cil 

7. I. a ptocuratore. 1 J 1 . , : Y. ■ À 

maudati ci. uiici- pas receuable,ny 1 excuied erreur en celuy qui aacceptevne charge pu- 
tas. S. ficut.de oOîc , ,. . j r»l J J 1 r f \ 

prxfid î.fcdadde.-. blique,& beaucoup moinslilademandee,pratiquee,arrachee.htiile5. 
La" 1 semmaml °* fautes ne font excufablcs 7 pour lefimple fuel des particuliers,quad on 

a pris 



LIVRE TROISIEME. i8 7 

a pris la charge de faire quelque chofe les vns pour les autres,ores que ce 
foitgracuitemen^cornrnentferoientellesexcurablesoûilyvadereftar, 
ou du public ? Nous dirons par cy après , fi le fugetdoibt receuoirvnc 
cômiflion iniufte,ou û la doibt regeter, & comment il fy doibt porte», 
car ce que nous auons dit, ne touche que les commiflions iuftes &rai»- 
fonnabies: & pour déclarer la différence qu'il y a entre les commiflions 
& les oflàcos Aquoy i'adioufteray encores l'authorité des Iurifconfultes 
pour fatisfaire àceux qui pourroyent doubter de ce que i'ay dit : en co- 
parant noftaefàçon de parler à celle des Romains : comme en ce que dit 
Feux Pompée , Citm imperio ejje dicehatur apud antiquos, cuinominatimà 
populo dahaturimperium : ccft à dire par commiflion expreflc,fans aucune 
appellation de magiftrat , auquel la loy donnoitla puiflance décom- 
mander, comme nous voyons en Tite Liue , lors que Hannibal affiegea 
Rome, placuit, dit- il , omnes qui ditfatores , confules , cenforéjke fuijjènt , cttm 
imperio eJJè,donecreceJJijfit bofiis à muris.ccù. à dire par commiflion. Et Ci- 
ceron parlant d'Augufte, Demus, inquit jimperium C œ far i, fine quon s mili- 
tari* geri non poîeft : d'autant qu'il ne pouuoit encores tenir ofrice,qui eft 
vn paiTage quiaforttrauaillé Charles Sigoo, qui euft eu plus d'hôneur 
d'eferire de toute autre chofe que du droit des Romains,mefmement où 
il trairte de ludiciis.Et la différence des Requeftes eftoit notable pour de- 
mander vn Magiftrat,ou vne commiflion . car le Magiftrat fe deman- 
doit en vertu des loix ia publiées & receuës, QlfOS VELLENT 
C N SV LE S F I ERI 9 comme on fait des offices vacans: 
mais pour les commiflions de commandement, on vfoit de ces mots, 
"DELL E N T inhérent 3 9 it huic <vel illi imperium effet , in bac vel illa * iiuiusiib.*r. 
prouincia . ce qui eft dit de Scipionl'African.qui eut commiflion auec 
puiflance de commander, par ce qu'il n eftoit pas en aage pour eftre 
Magiftrat. EtCiceron ? parlant de toutes fortes de commiflions difoit, i.inRuiium. 
Omnes pote fiâtes 3 imperia y curationes ah vniuerfo populo 'Romano proficifii con- 
uenitAc mot potefiates fentend des gouuerneurs de prouince. le mot 
imperia , des capitaines qui ont commiflion particulière pour faire la 
guerre. le mot curationes eft dit de toutes autres charges fans puiffan- *».^7- 
ce de commander . car le mot Imperator fignifie proprement Capitai- 4.u!§.grau'ii.3.s.r. i & 
ne en chef: comme Pline z parlant de Pompée y Toties Imperator, ante- CiVmma^S." 
quam miles, mais généralement le mot curatio emporte toutes fortes de ^g'^^sRcipu- 

* ./-T 1 n / i il <-r bhcx.l.curatot.coJ. 

commiflions .comme il eftaife deiuger parce lieu de Ciceron : 5 fdem tit.i. 7 .dcoffic. P r - 

r -n • ri r ^ • r \ confl.i.&i.dcopc- 

transjero m magijtratus , curationes y Jacerdotta. quilont les trois iortes de rib. P ubiic.i.i.&i 7 . 
charges publiques ?Aufli Vulpian 4 diftinguefbrt bien le magiftrat de mun^Spcnit de 
celuy qu'il appelle curatorReipuh. duquel il afaitvnliure 5 exprès: & la "tbf"^^^ 



loy l'appelle du mot Grec logiftes: qui n'auoit puiflance de côdamner, clam 



quod vi aut 



1. vit. quod cuiu£ 



énoncer 1 amende: ce qui eitoit permis a tous magiltrats, ainii quevniuerfitae. 
quenousauonsmoftré cy deflus.Maisilfaitànoter,que la commiflion ^ u ^ tordcmodo 
paffe en force d'office par edit: & ce qui n'eftoit attribué qu'au plaifir g'^ 1 "™^* 



2 gg DE LA REPVBLIQJ/E 

dcssapagillrats vient en rikre d'office, quand celuy quial^fauneraineté 
pa£ut loy. comme anciéncment lesConfulselifoiencle&feizeJcapsd'cfc 
tquadccjqu'ils appelioienc Trïhtmos milimm, iufqucsà'l an de lafondatio 

7 ,Liuiusiib 9 . iteaRarod g b xl 1 i- qu'il fut ordonné par loy exprefTe,publiee 7 à la re- 
•apeftepd&jTribrinsroru peuple, qu'ils feroientideilorsenauant eleus par 
iûpcuple:cequifut toufiours gardé depuis, ho rfmisquâdil fut queftio 
xkÊuisrJa guerre àPei-feus Roy de Macedoinejes côfuls Liciniafe & Caf- 
fi us prefchtcrent requefte au peuple, tendant à; fin quarpourcefte année 
là\& la us tirer à confequence, les Tribuns rriilitaifes (fufoit choifîs par 

8.Liuiusiib. 4 i. icsConfuls,attendu l'importance de la guerre: ce qui fut ordonné. 8 Auf- 
fi anciennement les magiftrats faifoienrde leurs cfclaues leurs huiffiers, 
greffiers., maffiers, trompettes : comme il Pc It fait en ce Royaume inf- 
ques à Philippe le Bel,qui fut le premier qui olta celte puiffan ce aux Bail- 
lifs & Senefchaux , laiflànt aux feigneurs iufticiers puiflfance d'eftablk 
fergerus& notaires en leur territoire: comme on peut voir es regiftres 
delà châbre des comptes, & en cas pareil leprocureur generalduRoy 
commettait pouraduoeat du Roy qui bon luyfembloit. depuis cefte 
commiffion particulière d'vnmagi{trat,apa{Té en forme d'office tr«f- 
honnorablejOttroyé parle Prince. 

. . . 
7) ES MJGISTI^ATS. 
Chap, m. 

O v s auons dit des commiffaires, & de la differéce qu'il 
y a entre les cônMàires & les officiers : par ce que l'ordre 
requeroit qu'on dilt premièrement des commiffaires, 
comme eltans auparauat qu'il y euft offices eftablis. Car 
il eft bien certain que les premières Republiques cftoiét 
régies par main fouueraine ' fans loix.cV n'y auoit que la parole ,1a mine, 
Les premiers la volontedes Pnncespour toute loy, ieiquels donoient Jeschargesen 
peuples gouuer- p a j x & cn guerre à qui bon leur fembloit, & lesreuoquoient auffi toffc 
fils vouioient,affinque le tout dependiftde leur pleine puiffance,& 
qu'ils ne fuffent attachez^nyàuxIoiXjnyauxcouftumcs.Aufïi Iofephc 
Phiftorien au fécond liure contre Appion, voulant monftrer l'antiquité 
illuftre des Hebrieux,& de leurs loix dit, que le mot de loy ne fè trouue 
point en tout Homère : qui eft bien vn argument que les premières Re- 
publiques n'vfoient que de commiffaires, attendu que l'officier ne peut 
eftre eftabli fans loy expreffe, comme nous auons dit, pour luy donner 
charge ordinaire & limitée à certain temps: choie qui fèmble diminuer 
la puiffancedu fouuerain. Etpour ceftecaufeJesRoys & Princes qui 
font plus ialoux de leur grandeur, ont accouftumé de mettre en toutes 
lettres d'office vneclaufè ancienne, qui retient lamarque de monarchie 
feigneuriale , c'eft à fçauoir, que l'officier iouyra de l'office, Ta n t 

qv'ii. 



r 













LIVRE TROISIEME. 28? 

o^v *i l n y s p l a 1 r a . Et iaçoit que cefte claufc ne feruede rien 
enceRoyaume,veu l'ordonnance de Loysxi.gardeeinuiolablement, Équ'il nous plaira 
& qu'en Efpaigne, Angleterre, Dannemarc,Suede,Alemaigne,Poloi- sHà prefentinu- 
gne, & en toute l'Italie,, pareille ordonnance eft obferuee : fieft-cè que £ c e e s cures ° 
les fecrctaires d'eftat ne l'oublient iamais. qui eft vn grand argument 
que toutes; charges anciennement eftoienten commifîion . Nous di- 
rons cy après fi cela eft expedient,comme plufieurs ont fouftenu . Mais 
difons au parauantdu Magiftrat que nous auonspofé par noftre defî- 
nition,eftrerofficierquipeutcommander.Oriln'yapasmoinsdecon- 
fufion ésautheurs, entre l'officier Se le Magiftrat, qu'il y a entre l'officier 
& le commifîàire . Car combien que tout Magiftrat (oit officier , ficïk- 
ce que tout officier n'eftpas Magiftrat, ains feulement ceux-là qui ont 
pouuoir de commander, ce que le mot Grec "^g^*} ôccl^^th lignifie 
aflez,comme qui diroit commandeurs: Ôc le mot Latin A4agiflrattts 3 c[\ii 
eft impératif, lignifiant maiftrifer &[do miner. & d'autant que le Dicta- 
teur eftoit celuy qui plus auoit de puiilànce de commander , les an- 
ciens l'appelloient magiJier z populi:&c le mot de Dictateur fignifie corn- ziîetàsïn verboo- 
mandeur , comme qui diroit edictateur \ car edicere c'eft commander. ^Sn^kaiicarn. 
enquoy fe font abufez ceux qui ontfuppofélesliuresde la langue La-, 
tine foubs le nom de Marc Varron , difans que le Dictateur s'appel- 
loitainfi, quia dittus ab interrege : mais à ce compte le colonnel des gens 
decheuals'appelleroitaufïi DiCkztcur ^quiadiceretur àT)iflatore > com- 
me il fe voit par tout en Tite Liue : & faudrait qu'il s'appellaft pluftoft 
Ditfatus en lignification paffiue , que Z>/VrWor en actif, l'ay cy deiïus 
monftré que les lignifications du Magiftrat inueritees par les ieunes do- 
cteurs fcholaftiques, ne fe pouuoient fouftenir, ny pareillement celle 
d'Ariftote 4 ,qui appelle Magiftrat celuy quia voix deliberatiue en in- 
génient & au confeil priué, & puiilànce de commander, & principale- Hte **j*? 
inent, dit-il, de commander. Mais au fixiefmeliure de la République, 
voyant qu'il y auoit. vue. infinité d'officiers qu'il appelle tous*/;^, il 
s'efttrouué fort ernpefché: d'au tant qu'il y en a de neceffaires/ les autres j.«W* a ,W. 
àlornemet & fplédeur de la Republique 6 : & puis tous les miniftres des Sr^r 
MagiitratSjfergés^huiiTierSjgreffiersmotaires^efqUels ilappelledu'nom /"^*^«- 
commun de Magiftrat, comme ceux quiont 'puiilànce de comman- 
der. &paiTe plus outreen ce qu'il dit, que tels miniftres ont puiflancede 
.comander,-^ ajynç /urnfëfes.'Et toutefois en autre lieu 7 ildemâde, files 7initioiibj. P oiitic, 
l>ara'ngueurs,orateurs .& iugesfontMagiftrats:&refpond qu on pour- 
voit dire quils ne font point Magiftrats, Se qu'ils n'ont point de part au 
.commandement . C'eft pourquoy Catoii d'Vtique chaftiant les gref 
fiers,cotreroolleurs& commis des receueurs, Il vous doit fouuenir,di- 
foit-il,que vous eftes miniftres, & non pas Magiftrats, ainfi que dit Plu- 
tarque. Qyautaux prefçheurs ou harâgueurs, qu'ilappelle 8 Ecclcfiaftes, s. tim*i*ak. 
s'ils n'ont commandement & par puiilànce ordinaire^il eft Lien certain 

B 



4- è /uelxiça. izi- 



i 9 o DE LA REPVBLIQJVE 

qu'ils ne font point Magiftrats, mais le plus fouucnt ils font Magiftrats: 
i'entends ceux-là quiauoient puiflance es Republiques populaires & 
Ariftocratiqucs de fuader ou difïuadcr au peuple les chofes qui leur 
fembloient vtilcs, qu'ils appelloient aufïi Rhetkoras : combien qu'en 

%. piutar.inPhoci«- Athènes , chacun particulier auoit puiflanec de parler 1 : mais en Rome 
cela n'eftoit pas licite , fi IcMagiftrat qui prcfîdoit à laffemblec ne le 
permettoit. Et quant aux iugesils s'abufent auffide dire qu'ils ne font 
pasMagiftrats,veu queplufieurs font magiftrats: &la diuifîon quel'Em- 

9 in aua.de kdic. pcrcur'fait des iuges , c'eft que les vns font Magiftrats., les autres non. 
Il faut donc confeffer, qu'entre les perfonnesqui ont charge publique 
& ordinairc,lcs vns font magiftrats, les autres non : & par ce que la né- 
gation fait ladiuifiondefanaturevitieufe, nous auons dit que les per- 
sonnes publiques qui ont charge ordinaire limitée par loix ou par edits 
fanscommâdcmentjfontfimplcs officiers., que les derniers Empereurs 

,u . ^ appelloient 1 orôW'a/w.Les anciens docteurs x ontfuiui l'opinion d'Accur- 
i.hb.i.&it.c. rr jj ^ . . f r . m 

i.Bart.inamhent.n fc qui ne met aucune dimnition ny diltincuon des officiers., ny des co- 

ab illuftri confhtu. \jL . i «n • -1 J- f 1 - t »-i r- 

i).Baid.ini.i.deoffi. mmaircs,ny des magiltrats:maisil dit iimplemer qu il y a quatre fortes 

eu» cui mandata fo m agîlbatS> <?fc^ ^ & 

Mthint^'*" 1 ' 1, perfc<£lifTimcs,aufquels il attribue touteomandemét. qui font pluftoft 
qualitcz honorables qu'on attribue félon la condition des perfonnes. 
combien que cefte diuifion de qualitcz manquc,attendu que les Patri- 
4 i.i.dcproiimii r a- ces eftoient plushonorez 4 ,& marchoiétdcuât les illuftrcs:& ceux qu'ils 
X?$!c. & l6 ' c appelloient **Auguflales 3 eftoient plus dignes que ceux qu'ils appelloiét 
«thenî! Sa. ctarijjimi . & de fait les dignitez eftoient ainfî ordonnées du temps des 
**■ Empcreurs,depuis,&long temps au parauantluftinian , c'eft à fçauoir, 

f ofas de ver P **ncq tfHuflrc s, SpeÛabiles, ^At4guft<xles y CUrijfimi ,fiue SpecioJt& Tcrfi- 
figwiE ftiRimi: qui eftoient qualitez aufli bien attribuées aux 'particuliers corn- 

ab.de inluSsF " meauxMagiftrats.Maiscequcdit Bartol 7 qu'il y a certains qui ont la 
a dignité fans charge , corne les Comtes & Marquis, aufqucls toutefois il 
attribue commandement,& toute iuftice,nc mérite point de refponfe, 
car il fe contredit luy mefmc trop cuidemment. Et eft aufïî peu proba- 
.. blc quand ildit,quelesmaiftrcs*d'efchole ont iurifdidtion fur leurs di- 
dciufthia. fciplcs, & puiflance d'eftablir ftatuts : & s'il cftoit ainfî, la puifïàncedo- 

meftique,& difeiplinc des familles feroit du tout confufe auec la iurif- 
diction publiquerce que nous auons monftré cftreimpolTible. Alexan- 
dre le premier Iurifconfultcdcfonaagc,a bien touché plus près de la 
yraye définition du Magiftrat,cH ce qu'il dit,qu'il n'y a que ceux-là ma- 
giftrats qui font iuges ordinaires . cV toutefois ce n'eft pas afTez : car il y a 
tel magiftrat qui a puiflance de comander, qui n'a point de iurifdiclion 
ordinaire.come les Céfeurs & les Tribuns du peuple : & au côtrairejes 
ancies Pontifes.,auflî bien que nos Prelats,eftoyétiuges ordinaires, ayas 
cognoiflànce vniucrfelle des chofes relïgieufes & facrecs. Ainfî peut-on 
voir,que les anciens & nouucaux docteurs n'ont pas traité ce poincl:,ny 

touché 



LIVRE TROISIEME. i 9 i 

touche les difficultcz.ny différence des officiers,Magiftrats & comiflai- 
res comme la chofe le meritoit bien . Or combien que les définitions 
des Magiftrats, officiers, & commiflaires ne ferrouuent pointés lam- 
beaux des Iurifconfultes ; fi eft-ce qu'en plufîeurs endroits on peut re- 
marquer leur aduis,& par le difeours des hiftoires. Car Vlpian ? efcrit ^.i.i.c qu i* iusdi- 
qu'ileft permis à tous Magiftrats de défendre leur iurifdiction par pei- ccnu * 
nés iudiciaircs,horfmis à ceux qu'ils appelloiét Duumuiri. Qui n'eft pas 
feulement entédu des amendes pécuniaires, ainsaufïi demain z mife fus * i-cumabeo. adL 
lesbiés Ôc fuslesperfonnes. Toutefois il appert,dira quelqu'vn,que Vl- 
pian ayant exceptéles Duumuirs,qui eftoient en pareille puiflance que 
les Efcheuins des comunautez de ville, qui n'ont point de iurifdiction, 
les a neâtmoins compris au nombre des Magiftrats. & a voulu dire que 
les Duumuirsauoientiurifdi6"tion: car pour néant fèroient ils exceptez, 
s'ils n'eufTent point eu de iurifdiction. Toutefois le mefme Iunfconful- 
reen autre 1 lieu ditjque lesDuumuirsn auoient aucune iurifdiction,ny ji*Ui«|A*4t 
cognohTance quelconque, fînon de receuoir les cautions au befoin, ôc 
mettre en faifinerqui tient plus,dit-iP,ducommandement,que de la iu- diâ!" " c 
rifdiction.encores ildit,qu ils ne font en ce cas que fîmples J commiffai- * A1 I&Uics §- ,bi * 
rcs des Prêteurs, qui leur donnèrent cefte commilfion pour leur abfen- 
ce,afin d'obuier aux dangers eminens: comme en cas pareil depuis on 
leur donna puhTance 4 de donner tuteurs aux pauures mineurs, pour la 4.i»us<îandi detu* 
conferuation de leurs biens. Ec s'ils auoient quelque commiifion ou- 
tre cela,c'eftoit plus de quelque chofe legere,que de puhTance Me com- 5 .i.caqus.admuni- 
mander. Ce n'eftoient donc pas proprement Magiftrats. Et par con- cipa " 
fequentil s'enfuit, que tous Magiftrats ayans iurifdiction, ontpuiflan- 
cede condamner, faifîr, exécuter. Ce qui femble auoir efté ancienne- 
ment ortroyé à tous Magiftrats par la loy AteriaTarpeia 6 , publiée Tan <f.Dionyfiib.8,Gcii. 
ce x c vi i. après la fondation de Rome, par laquelle il fut dit, que tous bbj^îôcepecu- 
Magiftrats auroientpuiffance de dénoncer l'amende iufquesà la fom- latus * 
me de lxvi .fols: autant que deux bœufs ou trente brebis eftoienc 
cftimez par la loy mefme . ôc depuis croiffant le reuenu ôc les richefles 
des Romains,les Magiftrats haufferent les amendes Tauf au menu peu- 2.Liuiusiib.z5.xxx. 
pie la decifion 4 ,par la loy Icilia ( qu'ils appelloient certatio multtœ:) mais "uiLT^eftà 
fouuent il remettoit 7 l'amende. d'autant que lafentence du peuple con- m ^ iftrat ^. M . 

i .\i> r 8 7- Cicero Philip.i. 

damnatoire a 1 amende portoit infamie :ce qui depuis fut abrogé . 4 Dio»^ 
Toutefois ie diray en parlant, qu'il y a vne faute notable en Feftus Po m- c. 
peius Ôc en Aule Gelle , qui eft demeurée iufques icy à corriger, où il y 
a xxx. boum & duarum ouium^w lieu dcxxx> omum. qui a fait qu' Au- 
le Gelle, ayant fuiui la faute des autres a dit, qu'il y au oie lors plus de 
bœufs que debeftes à laine . Mais Denys 9 d'Halycarnas monirre ex- s.iib.io. 
preffément, que la plus haute amende n'eftoit que de deux bœufs ou 
trente beftes à laine . Et au mefme lieu en Aule Gelle il y a vne au- 
tre faute plus notable , où il dit jmultam 3 quœ fuprema dicitur in fingulos 

Bij 



yfius hb.7. 
modo mult, 



191 DE LA REPVBLIQ^VE 

dies inflitutamfuiffc:\\ faut rayer le mot ^/«rautfcmét il n'euft pas efté li- 
cite au Ma'giltrat de condamner pour plufîeurs forfaits en mefmeioun 
mais le mot de fingulos veut dire pour tefte : de forte que fi plufîeurs 
auoient orTenfé t le Magiftrat pouuoit dénoncer à chacun l'amende de 
foixante fîx fols pour le plus. Encoresyavne autre faute, où il dit ouem 
probouem,& a figuré que ouïs eftoit de mafeulin gère . Ce qui n'eftoit au 
i do nif.iibio.Fc- parauantlaloyTarpeia permis finon aux Cofuls: car il n'y auoitlors,& 
ûushb.14. n'y eut de lxxx vui.ansapresaucunPretcurny j£dile en Rome: vcii 

qucl'erec1:i6 du premier Prêteur fut faite l'andelafondation de Rome 
,, ., „ ccclxxx vi.Ciceron l ayantfait des Ioix à fonplaifir pour faRepubli- 

a.lib.idelegib.Ma- ni 1 U 1 I \* 

^iftracus omne m- que a 1 exemple de Platon , en met vne par laquelle il donne a tous Ma- 
habc.uo &au pC * giftrats iurifaiclion,& aufpices.Or celuy qui a iurifdiclion à parler pro 
cuiraai?d. 0ffic " aUS premét,il a aufli dit vn 3 Iurifc6fulte,les chofes fans lesquelles on ne peut 
exercer la iurifdiclion , c'eft à fçauoir puiflance de commander : telle- 
ment que laiurifdiclion des anciens Pontifes & denos Euefques n'eft 
qu'vnefimplccognoiflance: vray eftqueles Euefques ont cognoiffan- 
ce beaucoup plus grande que les anciens Pontifes, car ils peuuentem- 
prifonner en leurparquet,& condamner àla torture > ores que les Ma- 
giftrats facent exécuter leurs fentences . les anciens Pontifes n'auoient 
point cela, nycognoiflance des mariages, ny de plufîeurs autres caufes 
que les Euefques ont àprefent,comme nous dirons en fon lieu .Toute- 
fois on peut dire que cela n'eft pas gênerai , que tous Magiftrats ayent 
4.Gcii.nb.iî.c.ii. puiflance de c6mander:car 4 MefîalaIurifconfulte > & Marc Varron ont 
wfrionm^ijpï k*^ P ar eferit, qu'entre les Magiftrats les vns auoientpuiflance de don- 
henfioncm tanmm, ner aflîpiiation, ou faireadiourner par deuanteux,& pareillement main 

alii neutrum habent. «-> ' . r r \ » 1 rr 

mile, les autres auoient main mile leulement : & qu il y auoit aufli des 
Magiftrats qui n'auoient nyl'vnny l'autre: & ceux qui n'auoient que 
main mife n'auoient qu'vn flmple fergent: ceux qui auoient l'vn & l'au- 
tre, auoient auffi leurs maffiers: ceux qui n'auoient puiflance de faire 
adiourner, ny de mettre en prifon , ils n'auoient ny fergens ny mafTiers. 
quand ie d y main mife ., l'entends la faifle de corps &c de biens, car la 
, , main mife eft donnée à plufîeurs qui ont iurifdiàion * foncière ,qui 

5-Couftume de Sens. * r 7 • > n • 

&c n'ont pas puiflance de toucher aux perlonnes: ce qui n eitoit pas an- 

ciennement par les loix des Romains , defquels il eft icy befoin de par- 
ler^ difeourir en brief leur puiflance, pour efclaircir comme en plein 
iour,lapuiflancedetousMagiftratsentoutefortedeRepublique:cho- 
fe qui n'a point eftéencores touchée parnos Docteurs. Caries grands 
La puiflance des Magiftrats., àfçauoirles Confuls, Prêteurs, Cenfeurs, & entre les Com- 
Njngiftrats Ro- m i{] a j res \ c Dictateur, & celuy qu'on appelloit Interrex, & les Gouuer- 
neurs de Prouince auoient Maffiers, & par confequent ils auoient puif- 
fance de faire adiourner par deuant eux chacun des particuliers , &c 
les moindres Magiftrats , horfmis les Tribuns . en oultre ils auoient 
pouuoir de condamner à i'améde,faifir & emphfonner à faute d'obeïr. 

Les 



mains. 



V 



LIVRE TROISIESME. z 93 

LesTribuns n'auoient aucune puilfance de faire affigner perfonne par 
deuant eux, mais biendecôftituerprifonniers,iufqu'auxConfulsmef- 
mes : commeL.Drufus Tribun,, qui fiil mettre en prifon le Conful Phi- 
lippe, par ce qu'il l'auoit interrompu parlant au peuple: qui eftoit 4 cri- 4 .DionyCiib.j 
me de leze majefté,&: capital. & neantmoins ils n'auoient pas puiffance 
de Elire adiourner perfonne par deuant eux : comme leur rift entendre 
le Iunfconfulte Labeo , lequel ne voulut comparoir par deuant eux 
eilant adiourné; & dift pour (es defenfes,que les Tribuns n'eftoientpas 
inltimez pour auoiriu({:ice& iurifdi£tion,ains feulement pour s'oppo- 
fer à la violence, cV aux abus des autres Magiitrats, & donnerfecours& 
aydeauxappellans, quiefloient iniuftement opprimez, & emprifon- 
nerceux qui ne voudroient déférer à l'oppoiition : comme le Tribun 
Sempronius voyant que le Cenfeur Appiusne vouloit fe démettre de 
fon office dix huidt mois après qu'il eut elle Céfeur (fuiuâtlaloy ^£mi- 
lia,qui auoit réduit le terme de cinq ans preflx à la Cenfure, au terme de 
dix huiclmois)luy diil qu'il le feroit mettre en prifon,s'iln'obeiiloitàla 
loy y£milia,duconientement des iix autres Tribuns du peuple .-mais 
Appius ayant prattiqué trois Tribuns , qui s'oppoferent aucomman- • 
dément des fept, il demeura en fonofrice.car l'oppoiition d'vnfeul Tri- 
bun fuffif oit pour empefcherles autres, s'il n'en eitoit autremét ordon- 
né par le peuple. C'eitpourquoy vn Tribun 5 parlant à la Noblefle di- j.Liuiusiib.6. 
foit: Faxo neiuuetvoxifia vetOj qua collegas nofiros continentes tam Uti 
duâitis. & peu après , Contemni iam Tnbunos^lebis , quippe quœ poteftas iam 
Juam ipja r vimjrangit intercedendo : nonpojp œqw iure agi , 'vbi imperium pênes 
illos ,penes Je auxilium tantum fit : nifiimperio communicato 3 nunquam plcbem 
in parte pariRcïpubllcœ ejje . Le peuple demandoit qu'il fui! auiTi permis 
de faire vn Conful roturier . Cefte querelle dura quarante & cinq ans, 
pendant lefqueîsil n'y eut point de Confuls . En quoy iifembie que les 
Tribuns n'auoient point de comandement: carils demandoient qu'on 
fift vn Côful roturier,afin que le peuple euft vn Magiftrat de fon corps, 
qui euft pouuoir de commander: par ce que les Tribuns n'auoient que 
la voye d'oppoiition . Toutefois on peut dire,que hs Tribuns en celle 
harangue làraifoient leur puiiTance plus petite qu'elle n'eiknt : car 6 Vl- 6 - , - l - dei 
pian parlant proprement , & en lurifconfulte dit , qu'il n'eft pas licite 
dappeller en iugement fans congé ou commiffiondu Magiftrat, les 
Confuls, Preteurs,Proconfuls,&: tous autres, dit-il, qui imperium habent y 
& iubere poffunt in carcere du ci. & en autre 7 lieu,ilrepete les meimesraots. 7-i.fed & fi. fine 
htparainli nous conclurons, que lesMagiitr